Mémoires Posthumes d'un déporté - André Hartmann - E-Book

Mémoires Posthumes d'un déporté E-Book

André Hartmann

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Beschreibung

André Hartmann, déporté à Sachsenhausen de mai 1943, a livré tardivement ses mémoires. "Pour que la mémoire se transmette", il nous a livré un manuscrit et quelques témoignanges avec une consigne ferme : "Ce que j'écris, l'est d'un trait, au fur et à meure de souvenirs et de mémoire. Donc nulle refonte ni correction ; C'est écrit comme je l'ai vécu (ou survécu !) " Mais le poison instillé au sein de cet enfer a continué à agir au plus profond de son être, à le torturer durant toute sa vie. Aussi, ce travail de mémoire devait être complété par le témoignage des séquelles moins visibles : l'impact sur un être humain cabossé, sur sa vie au quotidien, ses phobies, sa relation aux autres, jusqu'à ses proches.

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Seitenzahl: 138

Veröffentlichungsjahr: 2024

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Souvenirs de mon père, André HARTMANN, déporté à Sachsenhausen de mai 1943

à mai 1945,

"Ça pourrait être pire"

Ce que j'écris, l'est d'un trait, au fur et à mesure de mes souvenirs et de ma mémoire. Donc, nulle refonte ni correction ; c'est écrit comme je l'ai vécu (ou survécu !)

André Hartmann

TABLE

AVANT PROPOS

ENFANCE

CONTEXTE HISTORIQUE

EXODE

OCCUPATION

RÉSISTANCE

ARRESTATION

CAVALE

PRISON MILITAIRE D'ORLÉANS

COMPIÈGNE

DÉPORTATION

PENDAISONS

EXTERMINATION

MARCHE DE LA MORT

LIBÉRATION ( ?)

RETOUR EN FRANCE

L’APRÈS-GUERRE

UN FOYER DÉCHIRÉ

DÉSTALINISATION ; UNE FAMILLE ÉCLATÉE

RECONSTRUCTION

ET JUSQU’À LA MORT

ANNEXE CHRONOLOGIE FAMILIALE DE LA GUERRE

Avant Propos

Mon père, André Hartmann, est décédé le 8 juillet 2012, ça fait bientôt douze ans. Il avait 87 ans. C’est à ce moment-là seulement que j’ai découvert tout un pan de son existence et l’ampleur du traumatisme de sa vie. Il n’a commencé à en parler que cinquante ans après les faits, et à témoigner activement quelques années plus tard. Et encore, uniquement dans certaines circonstances, et à quelques personnes qu’il pensait aptes à écouter. Et à entendre...

Adhérent à l’association des anciens déportés d’Ivry dont il est devenu président sur ses dernières années, il écrivait les discours pour les cérémonies commémoratives, il participait activement aux actions de l’association et rencontrait les jeunes élèves dans les collèges pour transmettre la mémoire... Mais il n’en parlait guère à son entourage et quasiment jamais en famille. Ma mère y était très réfractaire et l'empêchait d'en parler en perturbant ces conversations. Comme il l’a écrit dans ses notes : « je reprends mes souvenirs tels qu'ils me reviennent, surtout la nuit, j'en parle maintenant assez peu, car beaucoup d'oreilles n'aiment pas en entendre parler. » Il écrivait ça vers 2009-2010, soit environ soixante-cinq ans après les faits !

Et pourtant... J’aurais tant aimé qu’il m’en parle davantage. Ça m’aurait sans doute permis de comprendre tant de choses, de mieux le connaitre et, probablement, d’avoir une autre relation père fils avec lui. Mais s’il pensait que « beaucoup d’oreilles » n’aimaient pas entendre ces terribles souvenirs, c’est qu’effectivement des oreilles, parfois proches, ne le supportaient pas, et il a fini par les taire à son entourage.

Bien sûr, quand j’étais enfant, il lui arrivait de tenter de nous expliquer ce qu’il avait traversé. Je me souviens du grand livre de la déportation dans lequel j’avais entrevu les atrocités, pour lesquelles un enfant de six ou huit ans n’était pas prêt. Mais il le refermait vite en me regardant. Il voyait bien qu’il ne pouvait montrer ça à ses enfants. Parfois aussi, il commençait à nous raconter un épisode terrible où il avait dû se battre pour sa survie, parfois juste pour un seau de pommes-de-terre. Mais il s’interrompait rapidement pour ne pas nous exposer le sordide. Sans doute supportait-il douloureusement cette terrible frustration de ne pas pouvoir parler des horreurs vécues, de ne pas pouvoir partager cette souffrance.

Cette impossibilité de communiquer rappelle ce que décrit Primo Lévi dans la postface de Si c’est un homme1 : les réticences à affronter pour se faire entendre ont demandé beaucoup de temps avant qu’il ne trouve la force de les surmonter. Entre la normalité du présent et l'horreur du camp, il faut construire une « mémoire artificielle » et des « barrières défensives » pour parvenir à en faire un passé qui enrichit et affermit. La barbarie comme université2... Quelle force il faut pour se reconstruire ! Primo Lévi exprime la valeur cathartique du témoignage. C'est parce qu’il a eu très tôt la force de témoigner par le biais de son livre qu'il a pu se libérer de « ses émotions violentes et pénibles », se forger cette « barrière défensive ». Et c'est vrai qu'il considérait ce passé douloureux comme son école de la vie. Dure école, traumatisante...

Mon père évoquait ce même instinct de vie...

De survie... car il en souffrait toujours. Des séquelles physiques de maladies contractées là-bas, bien sûr, mais surtout le traumatisme d’une adolescence passée en enfer qui lui occasionnait des cauchemars quasi quotidiens ; l’impossibilité de rester alité, même quand il était malade, car il avait conservé l’étrange certitude que si un jour il n’arrivait pas à se lever, il serait mort le lendemain ; des sautes d’humeur incompréhensibles pour son entourage lorsqu’une scène du quotidien réveillait une blessure encore à vif : la vue d’un simple vêtement, un mot mal choisi, une image trop évocatrice... Car il est resté un écorché vif qui s’est efforcé de se reconstruire toute sa vie durant, et qui y est, en grande partie, arrivé. En tout cas en apparence.

Privé d’une scolarité pourtant prometteuse, il a dû s’inventer une profession, s’inventer une jeunesse, puisqu’on lui avait volé son adolescence3, se construire une vie familiale, quoique chaotique, puis une autre qu’il a réussi, petit à petit, à faire entrer dans une normalité.

Pourtant, jusque sur son lit de mort, quelques jours seulement avant de s’éteindre, les hallucinations provoquées par la morphine peuplaient encore sa chambre de SS qui le persécutaient.

Des souvenirs terribles le harcelaient pendant les quelques moments de répit que laissait sa maladie, jusque dans ses dernières heures. Il a dû se battre jusqu’au bout contre le traumatisme psychologique, contre cette blessure invisible qui n’a jamais cicatrisé.

Sur la fin de son existence, il a commencé à dépasser ce mutisme forcé. Alors il a commencé à parler. En avançant vers le terme de sa vie, le devoir de mémoire se faisait plus prégnant, plus impérieux et il livrait ses témoignages à d’autres et sous d’autres formes. Ses discours, ses échanges avec les collégiens, son témoignage filmé pour les archives d’Ivry et les notes manuscrites que nous avons découvertes, écrites à la plume sur un cahier d’écolier, révélaient ce besoin irrépressible de transmettre ses souvenirs avant qu’ils ne s’effacent avec lui.

Malheureusement, il a commencé à écrire bien tard ; plus de soixante ans après la fin du cauchemar. Aussi, malgré son empressement à témoigner, il n’a pu nous livrer qu’une trentaine de pages manuscrites qui s’entrouvrent sur l’horreur, mais laissent le regret de savoir que tant de choses se sont perdues.

N’étant pas moi-même témoin des faits historiques, je me disais que je n’avais aucune légitimité, en tant qu’enfant de déporté, à présenter ses mémoires, ni rien à ajouter. Mais comme on l’a vu, l’histoire de la déportation ne s’est pas arrêtée en 1945. Le poison instillé a continué à agir au plus profond de son être, à le torturer des années durant. Il a dû lutter toute sa vie. Aussi, j’aurais manqué à ce travail de mémoire de ne pas publier ses mémoires et de ne pas les compléter par quelques aspects moins visibles, moins connus de ses séquelles : ce qui reste après tout ça, l’impact sur l'être humain, sur ses proches, sur sa vie au quotidien, sur sa relation aux autres...

Il est des liens que je ne commence à entrevoir ou à comprendre depuis très peu de temps, des impacts sur sa famille, sur ses enfants, sur leur éducation et les répercussions sur leur personnalité... Son fort caractère, son charisme, sa détermination, fabriqués dans les forges de cet enfer laissent forcément des traces au travers de l’éducation dans le développement des enfants.

Personnellement, il m'a fallu environ cinquante ans pour prendre confiance en moi et discerner, sans les comprendre, l’existence de liens entre le vécu de mon père et certains aspects de ma propre personnalité. Comment prendre sa place face à une telle figure paternelle ? Père écrasant, émotionnellement distant ? C'était un très fort caractère que j'ai craint pendant une grande partie de mon enfance et que je n'ai commencé à connaitre qu'à la fin de mon adolescence.

Quoi qu’il en soit, il était comme il était... et certainement pas comme il aurait dû être si on ne l’avait pas transformé avant même qu’il ne se soit complètement construit. Et quand on soulève le petit bout du voile qui masque la monstrueuse réalité qu’il a traversée, on ne peut que pardonner et admirer le chemin qu’il a accompli pour repousser la barbarie instillée dans sa mémoire et le laborieux travail de reconstruction qu’il a accompli.

Et il a fini par vaincre la barbarie : sur la fin de sa vie, il a réussi à redevenir celui qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être.

1Se questo è un uomo, Primo Levi, Giulio Einaudi éditeur, 1958 ; traduction française : Si c’est un homme, Julliard, 1987

2 Comme évoqué dans la conclusion de l’appendice de novembre 1976, à Si c’est un homme.

3 Il a dû arrêter ses études pour travailler lorsque, dès octobre 1939, le gouvernement Daladier a interdit le Parti Communiste. Son père, Marcel Hartmann, élu communiste, a été contraint de rentrer en clandestinité, privant la famille du principal revenu. Quant à son adolescence... Arrêté en avril 1942, il n’avait que 17 ans, il ne sera libéré qu’en mai 1945.

Pour que la mémoire se transmette...

J’ai récupéré toute la documentation qu’il conservait sur cette période et en particulier ses écrits avec cette consigne : « Nulle refonte ni correction ».

La question que je me pose alors aujourd’hui, et en réalité depuis près de douze ans, c’est que faire de ses mémoires, puisqu’il a clairement demandé qu’on n’y apporte « aucune correction » ? Que voudrait-il qu’on fasse ? Comment transmettre sans pervertir le message qu’il voudrait laisser. Il a écrit ses mémoires très tardivement, et ses volontés ont évolué au cours de ses dernières années. Son témoignage aurait pu s’inscrire dans le livre Sachso4. Pourtant, il n'a pas voulu s'y joindre. Pourquoi ? N’était-il pas encore prêt quand il fut sollicité ? Avait-il peur que ses témoignages, réinterprétés, alimentent une littérature à vocation purement mercantile ? Avait-il peur de ne pas être cru, tant la réalité qu’il a vécu lui paraissait encore proprement incroyable ? Ou peur de trahir la vérité comme il l’a quelques fois évoquée ?

J’ai pourtant retrouvé, huit ans après sa mort, dans la bibliothèque juste à côté de son lit, un exemplaire de Sachso annoté de sa main de quelques détails issus de sa propre mémoire.

Il nous a peut-être laissé un indice au cours d’un de ses entretiens à propos de la question de la mémoire : « Vous savez, quand les témoins disparaissent, l’histoire est souvent... Chacun le dit avec son cœur, mais il l’a vécu. Là, je parle comme témoin pour l’instant ; je n’essaie pas d’échafauder : “j’ai fait ci, j’ai fait ça”. Mais il y a ceux qui en ont fait des romans. Moi je veux bien, mais il y a des choses qui sont... On ne fait pas exprès, mais on extrapole un peu... Et puis on risque de sortir de la vérité ! Alors moi, je reste dans la vérité tant que je peux ».

La peur de trahir la vérité !

Moi, cette vérité, je ne la connais pas ; j’ai la chance de ne pas l’avoir vécue. Alors il me paraissait clairement que je n’étais pas légitime à changer un mot de ses écrits, car c’est la réalité telle qu’il l’a subie, perçue et ressentie.

Aurait-il changé d'avis les dernières années, au moment où il a commencé à écrire et à témoigner ?

Pas moyen de le savoir, mais si je me lance au-jourd’hui, en espérant ne pas le trahir, c’est parce que j’ai réalisé que la pire façon de le trahir, serait de ne pas transmettre sa Mémoire.

Sur ses dernières années, mon père s’est beaucoup mobilisé pour partager ces terribles souvenirs, notamment aux plus jeunes. Aussi, toute imparfaite que soit cette contribution, la pire solution serait de ne rien tenter pour transmettre sa mémoire, et de la laisser s’éteindre dans l’oubli.

Mais aujourd’hui, près de douze ans après sa disparition, comment présenter ses mémoires, comment faire la part des choses sans pervertir la réalité, surtout quand il y a un rapport filial ? En faisant au mieux, m’a-t-on dit... Toute histoire, quand elle n'est pas propagande, n'est qu'une interprétation qui tend seulement vers l'objectivité...

Alors comment faire ? Rester dans un document fragmentaire ? Faire une de synthèse de ses écrits, de ses dessins, de quelques photos d'archive et des copies de ses écrits les moins illisibles pour montrer à quel point l'écriture parfois torturée laisse transparaitre la violence de ses souvenirs ?

J’ai finalement décidé de compléter ses mémoires par un témoignage sur sa vie d’après. On y discernera sans doute quelques traits des conséquences de la déportation qui se sont fait sentir, bien après son retour, tout au long de sa vie, sur lui, sur son entourage et peut-être sur la génération suivante : séquelles invisibles, insidieuses. Après la barbarie, ce qui est resté, c'est un être humain cabossé, des difficultés dans sa relation aux autres, à ses proches, la difficulté de dévoiler ses sentiments... Tout ce que psychologues et psychothérapeutes ont identifié bien plus tard sous le terme de traumatismes générationnels. Certaines conséquences ne commencent à se dénouer que récemment, même si je les entrevois depuis quelques années.

La solution que j’ai retenue, sera donc de respecter le souhait de mon père : livrer ci-après ses écrits tels qu’il les a laissés, sans refonte, ni correction. Cependant, ayant retrouvé différentes versions de ses témoignages dont des discours qu’il a rédigé, et des retranscriptions d’interviews, j’ai dû les ajouter en les insérant dans le texte de son manuscrit qui constitue la trame de ses mémoires.

Malgré cela, conformément à ses souhaits, ce texte n’a subi aucune modification.

Pour la fidélité de la restitution, ces ajouts apparaitront dans les pages suivantes avec des caractères différents.

Ainsi, les passages correspondant à des témoignages extraits d’autres documents : discours de commémoration qu’il a rédigés ou entretiens avec des journalistes, apparaitront sous cette forme.

Par ailleurs, les quelques remarques que j’ai dû ajouter seront [en italique et entre crochet (JH)].

Enfin, la dernière partie de cet ouvrage, à partir de “L’après-guerre“, constitue un témoignage indirect, reconstruit à partir des documents de ses archives personnelles et de mes propres souvenirs.

Joël Hartmann

4 Sachso, de l’amicale d’Oranienburg-Sachsenhausen, Éditions de minuit, 1981

Enfance

[Ce chapitre n’est pas exhaustif. J’ai retiré les passages strictement personnels. En revanche, il m’a paru important de rapporter la mémoire de sa vie familiale d’avant-guerre. Replacer le contexte permet de mettre en relief la rapidité et la brutalité avec laquelle la guerre a bouleversé les vies (JH).]

Nous aménageâmes au 173 Route Stratégique d'Ivry. Pour nous, ce fut un grand bonheur : un appartement moderne pour l'époque, quatre pièces situées sur une colline (hélas), électricité et gaz… Nous avions une vue sur le Bois de Vincennes et sur toute la ville d'Ivry. Ivry était une vie très agréable pour l'époque. Nous allions acheter le lait à la ferme ; nous étions entourés de verdure par le fort très proche et les cultures maraichères jusqu'en bas de notre colline. Et la vie plus heureuse commença pour nous.

Nous étions une famille heureuse avec des parents aimants et attentifs. De ma maman, je n'ai que de bons souvenirs, bien qu'au fil des ans notre famille comptât sept enfants, garçons et filles, assez turbulents mais, au demeurant, obéissants et respectueux des parents.

Papa, lui, fut toujours un très bon père, mais très occupé par le travail et aussi ses tâches politiques et syndicales dont il avait des responsabilités – car il fût élu conseiller municipal et aussi, au travail, délégué syndical. J'ai eu le privilège de l'aider dans cette tâche en étant un petit écrivain : il avait appris à écrire pendant la guerre. Il écrivait de façon très simple qui dénotait chez lui une pensée claire et précise. Quand j'eus dix ans passés, je lui récrivais les rapports ou tracts qu'il rédigeait. Je regrette de n'avoir pu garder ses écrits très clairs et précis dont seule la ponctuation était approximative.

Je me souviens de ma première année à l'école d'Ivry Centre. Pour nous y rendre, nous descendions par un sentier qui longeait les jardins maraichers, puis, après avoir tourné à droite, après avoir dépassé l'entrée d'une champignonnière souterraine, nous descendions la rue Malicot le long du petit bois à notre droite. Arrivés au bas, nous tournions sur la gauche puis nous arrivions place de la république. Après la grille, nous franchissions l'entrée où le directeur nous attendait. Nous passions devant lui, en le saluant béret bas, et il vérifiait la propreté des mains et aussi méthodiquement celle de nos oreilles. Cela ne l'empêchait pas d'être un brave homme à la figure ronde, d'autant qu'il avait eu une partie du front enfoncée pendant la guerre