Mémorial d'une vie - Jean Mur - E-Book

Mémorial d'une vie E-Book

Jean Mur

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Beschreibung

MEMORIAL D'UNE VIE: Histoire de familles "honorables", raconte la vraie vie de l'auteur et de son épouse, qui sont nés pendant la 2ème guerre mondiale. Parce qu'ils sont issus chacun, d'un parent pauvre, leurs autres parents, très riches, ont refusé cette mésalliance, sous prétexte "qu'on ne mélange pas les torchons avec les serviettes". Ces familles bourgeoises, égoïstes et orgueilleuses, sont aujourd'hui disparues mais leur nom est encore connu et célèbre. Dans ces conditions, l'auteur âgé de soixante dix huit ans et son épouse récemment décédée, qui ont été leur petits enfants, tiennent à rétablir la réalité sur "l'honorabilité" de ces familles, même s'il y a prescriptions cinquantenaire. La vie exceptionnelle et intéressante de ce couple, est relatée dans cet ouvrage. Ils ont, enfants été laissé à l'abandon, voire méprisés. Elevés dans la pauvreté, ils ont été mis à l'écart par leur famille de réputation "honorable". Pourtant elles étaient riches, certaines vivaient dans un château et n'ont rien fait pour les protéger et les élever. Leur auto biographie, largement alimentée par des anecdotes risibles ou moqueuses, vous feront marrer. Elles nous les fait vivre, d'abord dans un village viticole Languedocien, puis en coopération en Algérie et enfin en Ardèche où l'auteur nous raconte une vie riche en évènements. Livre passionnant, authentique et vivant.

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Seitenzahl: 198

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Ces « HISTOIRES DE FAMILLES « HONORABLES ». » sont dédiées :

A mon épouse, Sylvie MUR, née PIERRE-RIBOUD, décédée le 10 Juillet 2021

A ma grand-mère, veuve Madeleine CAMBON-CAUVY, décédée en 1977

A tous les membres vivants et à venir, de nos familles respectives :

MUR-CAMBON et PIERRE-RIBOUD.

Auteur : Jean MUR, Proviseur Honoraire.

Agé de 78ans aujourd’hui, J’ai trois raisons d’écrire ce mémorial d’une vie, titré : « Histoires de famille Honorables ». Il vous faudra toujours les situer dans le contexte de l’époque :

-D’abord, pour rendre hommage et pour remercier éternellement, toutes les personnes qui nous ont aidé à devenir ce que nous sommes devenus, Sylvie, son frère Daniel PIERRE-RIBOUD et moi-même, Jean MUR-CAMBON…

-Ensuite à amnistier, par prescription cinquantenaire, toutes les personnes qui n’ont pas voulu accomplir leurs devoirs familiaux. Elles avaient pourtant largement les moyens d’aider à élever des enfants qui étaient leur progéniture. Ils les ont plus ou moins abandonnés, pour des raisons de classe sociale, dont ces enfants n’étaient absolument pas responsables

Enfin, pour transmettre à nos descendants, l’Histoire de leurs ancêtres, afin qu’ils sachent d’où ils viennent. Qu’ils n’oublient pas qu’ils partagent une partie de notre hérédité…Alors, bonne lecture et veuillez m’excuser, si je n’ai pas pu mentionner toutes les personnes, qui pourtant l’auraient bien mérité…

J.M.

Sommaire

CHAPITRE 1 VALROS, VILLAGE OU SONT IMPLANTEES MES RACINES

CHAPITRE 2 1943-1957 : A VALROS, UNE NAISSANCE PAS ORDINAIRE

CHAPITRE 3 LES CIRCONSTANCES DE L’EPOQUE (après la deuxième guerre mondiale)

CHAPITRE 4 MA SCOLARITE, A LAQUELLE JE DOIS BEAUCOUP

CHAPITRE 5 SYLVIE, LA FEMME DE MA VIE, DE 1962 A 2021

CHAPITRE 6 1962-1977 ALGERIE

CHAPITRE 7 1977-2021 CHOMERAC

CHAPITRE 8 MA VIE CITOYENNE

ANNEXES

:

Annexe 1 ; Information complémentaires sur VALROS.

Annexe 2 : Origine de nos ancêtres de Rocquessols.

Annexe 3 : Ma seconde famille protectrice.

Annexe 4 : Souvenirs d’autres ancêtres.

Annexe 5 : Tu seras plombier mon fils.

LIVRET : EXTRAIT ALBUM PHOTO FAMILLE

CHAPITRE 1

Cette histoire prend sa source à Valros dans le département de l’Hérault, tout comme la Loire prend sa source, toute petite, au Mont-Gerbier-de-Jonc en Ardèche, d’où je l’écris. Comme la Loire elle ne sera pas un long fleuve tranquille, je tiens à vous prévenir…

Je suis né à Valros le 12 Février 1943

Valros tire son nom de Val-Cros (creux, humide) en langue occitane. C’est une petite commune rurale et viticole de 780 habitants pendant la Seconde Guerre Mondiale. Elle en a 1641 en 2018, grâce à sa proximité avec la ville de Béziers, située à 16 km et de Pézenas à sept kilomètres. Vous trouverez en annexe 1, des informations complémentaires sur Valros.

Il vous faut cependant connaître ce qui suit, pour comprendre le contexte dans lequel j’ai passé mon enfance : au temps des vendanges, les « étrangers » (montagnards de l’Aveyron ou du Tarn, Espagnols) arrivaient en grand nombre, apportant avec eux leurs rires, leurs chansons, leur gaité. Car, malgré le travail harassant, la chaleur, les mauvais logements qui étaient parfois des taudis, tout le monde riait, chantait dans les vignes et le village. L’air se chargeait de tous ces bruits auxquels se mêlaient les « clics-clocs » des sabots des chevaux, les cris des charretiers (hue, dia, allez…). Ces braves chevaux peinaient toute l’année dans les vignes qui faisaient la richesse du pays, par la production du « vin de table », dont Béziers était la capitale mondiale.Dans les vignes, les « colles » (groupes de huit coupeurs, un videur de seaux, un « quicheur » (presseur de raisins dans une comporte en bois) et deux porteurs de comportes avec deux « sémaillet » (longues perches en bois) pour les charger sur la charrette. Le travail, huit heures par jour, commençait à 7 h du matin et se poursuivait sous un soleil de plomb. Il vous forgeait vite des muscles d’acier. Avec le raisin, les garçons aimaient dessiner « la moustache » sur le visage des jeunes filles…Malgré la fatigue, le soir venu, tous pouvaient danser au son d’un accordéon, lutiner les filles, rire et encore chanter…

Cependant et à titre personnel, l’ambiance dans la vigne n’était pas toujours aussi idyllique que je la décris : aux mois de Juillet et Août, pendant lesquels je travaillais dans les champs au Touvet (voir au chapitre 9), s’ajoutaient, pour le jeune adolescent que j’étais, la période des vendanges: de 12à 14 ans comme coupeur ; de 14 à 16 ans comme videur et surtout de 16 à 18 ans comme porteur de comportes. Elles étaient particulièrement lourdes, ces comportes, parce que « quichées (pressées) comme un sourd » par Léontine, qui, pour le coup, était réellement sourde. Je dois remercier mon « coéquipier-porteur », déjà adulte et musclé, en la personne de mon ami M. Magne dit « Manou ». Il m’a toujours encouragé pour me remonter le moral, et souvent remplacé, pour mettre les comportes vides dans la rangée, pendant que je me reposais. Je suis également reconnaissant à M. François Granier (le patron et ami : voir chapitre 3) qui, de compassion devant ma fatigue physique, me démontrait par son affection, qu’il me soutenait et me comprenait. Il me prodiguait des paroles encourageantes : « à ta place, je ferais comme toi… ».C’était pour moi un honneur de ressembler au « patron que j’aimais » (sic)..Vous comprenez pourquoi j’ai choisi une orientation professionnelle vers les métiers industriels, plutôt que vers les professions agricoles (j’avais déjà donné dans l’enfance et l’adolescence…et la terre est toujours tellement basse !) Bien entendu, le travail était aussi intense dans les caves où le jus de raisin allait se transformer en vin de table. Les grappes fermentaient dans des cuves après être passées dans d’immenses pressoirs mécaniques à bras où les pompes, parfois électriques, transvasaient le vin dans d’énormes foudres en bois…Parfois, ces derniers fuyaient abondamment par accident.

Vendangeurs d’autrefois, où êtes vous passés ?

Maintenant, on ne se rend plus compte qu’on est en période de vendanges : Une énorme machine à vendanger très bruyante, enjambe les rangées de ceps. Deux tracteurs l’accompagnent, avec d’immenses bennes, récoltent la production pour la transférer en caves modernes, avec l’aide de grosses vis-sans-fin…

A la fin de la récolte, les ouvriers avaient conservé, depuis le Moyen-âge, le droit de grappiller, c'est-à-dire de récupérer les « broutignes » (petits raisins oubliés) et les grappes qui n’étaient pas encore mûres pendant la vendange…. L’efficacité du machinisme agricole d’aujourd’hui à complètement transformé le paysage des vendanges d’autrefois…Mis à part certains nostalgiques, personne ne semble vouloir revenir en arrière. On appelle ça le progrès…

Mais tout le monde ne vivait pas de la vigne :

Après la deuxième guerre mondiale, il y avait à Valros, deux boulangers, deux bouchers qui abattaient sur place, deux cafés autour de la place, « le cercle » pour les propriétaires où on jouait au bridge et « le café du centre » pour les ouvriers, où on jouait à la belotte. Il existait sept épiceries ! Rien que ça pour huit cents habitants… Tout s’y achetait au détail, en vrac et on rendait les consignes. Que d’économies ! L’épicerie de Madeleine Fraisse était privilégiée par ma grand-mère. A proximité de chez nous, et tenue par une fervente catholique. C’est même nous qui l’avons accompagnée au monastère « de la Présentation de Marie » à Ganges quand elle a pris le voile. J’allais lui rendre régulièrement visite avec mon épouse, quand nous rentrions à Chomérac par Alès. Elle était devenue Mère Supérieure du couvent (elle était très instruite). La dernière épicière historique à avoir fermé boutique est morte centenaire, Madame Savignol. J’ai encore le goût merveilleux de sa « saucisse de Lacaune » et de son « cantal doux », que mon oncle M. Cambon adorait comme nous. Même mon plus jeune fils pourrait encore en décrire le goût. Enfin, il y avait une quantité d’artisans. D’abord mon oncle Ferdinand Varailhes, menuisier-ébéniste. Il me faisait faire des mortaises sur sa combinée à bois et me faisait poncer les meubles et les cercueils, en me disant que : « dans ces cercueils, personne ne lui avait demandé de mettre des tiroirs pour y mettre ses économies ». Enfin, il y avait le maréchal-ferrant (chez qui je tirai le cordon du soufflet), le bourrelier (royaliste légitimiste, qui portait le deuil chaque 21 janvier), les tonneliers (avec leurs grands feux), les charrons, le ferblantier, le pompiste, et le cordonnier dit « lou pégot » (la colle). A Valros, c’était comme aux galeries La Fayette : « il s’y passait toujours quelque chose. »

Je certifie sur l’honneur que toutes les anecdotes qui vont suivre sont authentiques, que je les ai vécues bien que certaines aient pour source Jean-Louis Mur. Je vous dirais, comme mon compatriote Alphonse Daudet, quel homme du midi ne ment pas, il se trompe. Il ne dit pas toujours la vérité, mais il croit la dire .Son mensonge à lui, ce n’est pas un mensonge »…Mais ici, « c’est la vérité vraie », comme me disaient les élèves pris en flagrant délit de mensonge :

Le jeune Renou qui à l’époque habitait sur la route nationale, balançait pour s’amuser, des tomates bien mûres aux rares voitures qui circulaient avec les vitres ouvertes. Un jour, une tomate s’est écrasée sur la chemise blanche du sous-préfet de Béziers…Les fesses de Renou s’en souviennent encore.

Adrien Barrau avait entre-autre mission, de collecter les ordures ménagères à l’aide de son cheval et de son tombereau, ainsi que de recueillir le contenu des seaux hygiéniques dans une citerne métallique, surnommée « Tinette ». Contrairement à d’autres villages de la campagne Française, qui avaient des « WC champêtres » (dans un trou ou sur un ruisseau), nous, gens de Valros, ne pouvions faire comme eux, car non seulement le village était relativement compact mais surtout, la nappe phréatique était à quelques mètres sous nos pieds. Elle alimentait encore nos puits en eau potable (et tenait le pastis au frais) au cas où nos sources seraient défaillantes. Il est vrai que l’adduction d’eau au robinet est venue assez tard…Nous n’étions pas très modernes à Valros !

La commune avait donc embauché Barrau, homme bourru, pour cette indispensable mission de salubrité publique. Il n’avait pas d’odorat, ce qui lui permettait de manger son casse-croûte pendant que les ménagères vidaient leur seau d’excréments dans la tinette…Par gros orages, ma grand-mère vidait notre seau dans notre caniveau, ce qui parfois, le bouchait au fond de la rue, mais ça lui évitait de se lever trop matin. Par contre il lui arrivait régulièrement de jeter le «pissadou » (pot de chambre contenant uniquement de l’urine) par la fenêtre. Bien sûr cela faisait râler passants et voisins auprès de Mr le Maire, lequel maire était son fils…Lui-même, par accident, avait reçu un « pissadou » sur la tête par la «Pîano » (la pie), ce qui montre que la pratique était courante. Je signale que le tout à l’égout a été installé à Valros quand j’avais 14 ans, soit vers 1957.

Barrau était secrétaire de la cellule communiste, délégué CGT des ouvriers agricoles et permit à mon oncle, marcel CAMBON, son camarade de parti, d’acquérir une certaine notoriété, car c’est à cause des insultes que Barrau avait prodiguées au maire de l’époque, que mon oncle fut accusé et condamné à deux mois de prison.

A la sortie de prison, Marcel Cambon fut ovationné par « la foule des Valrossiens » et sa popularité monta d’un cran, ce qui, un jour, lui permit de devenir naturellement maire du village…. Il prend part à la lutte contre l’occupant, deviendra président du comité de libération et sera élu Maire de Valros de 1945 à 1953. En avance sur son époque, puisque les femmes viennent alors tout juste d’obtenir le droit de vote, il installe Marguerite Aleis comme première femme conseillère municipale de Valros. Il a toujours été intègre et n’a jamais utilisé les fonds de la commune, pour autre chose que le bien communal, ce qui n’est pas toujours le cas de nos jours. Il avait été premier de canton au certificat d’études, ce qui était très honorable à l’époque et l’aurait naturellement amené poursuivre ses études à St Pons, où se trouvait le Lycée technique de l’époque (ENT), Mais ses parents l’envoyèrent travailler la vigne à l’âge de 13 ans, comme ouvrier. Ceci explique probablement ses options politiques, quand il fut adulte ? Il avait fait l’école du parti communiste qui était sa seule « religion », c'est-à-dire le « communisme-Marxisme-léninisme », bref la Sainte Trinité et un seul Dieu, le camarade Joseph Staline ! En Mars 1953, je dinais dans sa famille, quand nous avons appris la mort du maréchal Staline (le petit père des peuple). Je me souviens avoir pleuré avec mon oncle, ma tante et mes deux cousines, la « perte incommensurable de ce Tyran criminel »…mais nous ne voulions pas encore le croire, car c’était encore de la propagande capitaliste…Il a fallu attendre la déstalinisation en URSS, par Nikita Khroutchev,( et ça n’a pas été rapide), pour commencer à douter, puis à le renier…Mais la doctrine de la « dialectique matérialiste », en convaincra beaucoup de rester dans la « ligne du parti »…

Une nuit, un début d’incendie se déclara dans la cheminée de la maison de Barrau. Pendant que tous les hommes du village faisaient la chaîne avec des seaux d’eau pour éteindre l’incendie, Mr Barrau resta dans son lit, se contentant de dire en patois : « ils l’éteindront bien !». C’était bien là sa mentalité profonde.

C’est Barrau qui conduisait au cimetière notre magnifique et impressionnant corbillard municipal, avec ses cordons et draps de deuil. Pour les quelques enterrements civils (n’oublions pas que Valros avait une majorité communiste) il remplaçait le curé avec grand plaisir, et faisait un discours haut en couleurs qu’il concluait en crachant sur la tombe. Je n’ai jamais compris pourquoi, car j’étais un enfant…Peut être pour signifier que le mort n’avait été qu’un pauvre prolétaire, c'est-à-dire rien du tout, ou pour signifier combien nous sommes dérisoires... Mais ça, c’était bien Barrau.

Azaîs, notre conteur-philosophe était toujours invité pour les repas de mariage ou de famille, car il était particulièrement doué comme animateur et comique. C’était l’intellectuel naturel du village, bien qu’il n’ait pas fait d’études secondaires, comme la majorité des Valrossiens.

Ma grand-mère me raconta, qu’invités à son mariage avec Prosper Cambon, mon grand-père, où allait être servi un plat de champignons délicieux, la cuisinière jeta dans la cour, l’eau où ils avaient bouilli. Les uns après les autres, tous les canards qui gravitaient dans la basse-cour, mouraient en buvant cette eau. Tout le monde comprit que certains champignons étaient mortels… Bref, heureusement que le brave ASAIS était là pour remonter le moral des invités…Quant à moi, bien que j’adore les champignons, je ne mange que ceux que je connais parfaitement et que j’ai de plus, fait vérifier par le pharmacien...(un homme averti en vaut deux)…

Marie Laoubete, physiquement imposante, au verbe haut et coloré, essayait de survivre en vendant dans des pots de verre, toutes sortes de bonbons en couleurs, que les gamins qui se servaient eux-mêmes, oubliaient souvent de payer, ce qui leur valait quelques remontrances.

Bref, elle inventa le « self service », mais ne fit jamais fortune comme Edouard Leclerc….

Marinette l’épicière, qui avait des jambes énormes, possédait la même accroche publicitaire que la « Samaritaine » à Paris : « On trouve tout chez Marinette », mail il fallait chercher longtemps pour trouver.

Une autre dame honorable, était une cleptomane incurable bien connue et surveillée comme « le lait sur le feu ». Elle avait toujours avec elle un parapluie qui lui permettait d’engranger ses petits larcins discrètement.

En sortant de chez Marinette, la pluie se mit à tomber et quand cette Dame, ouvrit son parapluie pour se protéger, toute l’épicerie qu’elle avait volée, lui tomba sur la tête. Cela fit rire tout le monde, sauf Marinette, qui déjà subissait beaucoup de coulage par son désordre. On n’avait pas encore inventé le système de vidéosurveillance...

Nénin, le marchand de moules, venait à bicyclette de Montblanc, « avec un physique et un pullover de marin au long cours, bronzé par la brise marine et des mollets de cycliste », pour revendre chez Marinette, divers coquillages. Il annonçait lui-même, avec l’accent qui le caractérisait dans les hauts parleurs de la mairie, qui portaient aux quatre coins du village : « Allo, allo, Nénin, marchand de moules de Montblanc, il est arrivé chez Marinette, avec des huitres et des moules de parc de Bouzigues, bien fraiches et bon marché. Une heure de vente seulement ; Qu’on se le dise ! … » Il m’arrive encore, 60 ans après, de le refaire avec son accent. Nous regrettons qu’il n’y ait pas eu un enregistrement de ce florilège : ça ferait un triomphe aujourd’hui. Quels beaux souvenirs de ce marin d’eau douce de la Thongue…

Mademoiselle Emma, en avance sur son temps, copie conforme de George Sand pour le moral et de Tartarin de Tarascon pour l’accoutrement, avait une allure bien masculine et se mêlait régulièrement aux hommes sur la place. Vêtue de noir, elle avait toujours la cigarette aux lèvres, les mains derrière le dos, les guêtres aux mollets, la cartouchière sur le ventre, et le fusil sur l’épaule… pour aller à la chasse…Elle n’a jamais fait l’objet de critiques ou allusions graveleuses.

J’ai eu confirmation par un homme qui se tenait dessous l’ arbre où elle ramassait des cerises, qu’elle était bien une femme. A cette époque, toutes les femmes avaient des culottes fendues entre les jambes, ce qui pour un observateur attentif qui se trouvait dessous, lui permettait d’entrevoir son sexe. C’était toute une technique pour ne pas s’uriner dessus, mais cela permettait aux dames d’uriner debout, sans besoin d’aller se cacher pour ne pas montrer ses fesses. Ma grand-mère était adepte… Ce qui mettait ses filles, ma tante et ma mère, en colère.

Autres temps, autres mœurs !

Raoul Ambal habitait au bas de ma rue. Il me fit très peur alors qu’âgé d’environ 5 ans, je le vis déboucher en bicyclette et à grande allure, et aller s’écraser dans le ruisseau, bien éméché. C’était un homme jovial, épicurien, convivial, imprévisible, insouciant et libre comme l’air. Nous étions biens amis. Il était amoureux de ses vignes, de son vin, du pastis et de la mer. Je me souviens d’une discussion sur la place du village : il tentait d’expliquer que ce qu’il avait mangé était très mauvais à son goût, mais il ne trouvait pas les mots pour le dire. D’un coup l’inspiration lui vient : « C’est mauvais…comme un verre d’eau ! »…Ce qui fit rire tout le monde, sans qu’il comprenne pourquoi on riait…Sacré Raoul !

Il fit rédiger son avis de décès en 2017 par cette publication : « Il a quitté ce monde avec une bouteille de vin de Rocquessols ». Et la bouteille de vin est bien dans son cercueil ! Tout est dit sur cet attachant et sympathique personnage, mon ami.

Les pêches miraculeuses du Grau-d’Agde, effectuées par les inséparables compères Jean Bonnet, Jean MUR (mon père), Raoul Ambal, de Serre…Ils pratiquaient la pêche en mer, au Grau-d’Agde, dans un « barcot » qui prenait l’eau, beaucoup plus que eux prenaient de poissons. Il fallait écoper en permanence pour ne pas couler. C’était surtout des parties de rigolades, ce qui témoigne de l’ambiance de ce village pauvre, mais jovial et heureux… Les temps ont bien changé me semble t il.

Michel plat, dit Platou, (de très petite taille) était un des rescapés des 4 jeunes Valrossiens fusillés, sans raison ni état d’âme, par un sauvage Nazi, qui s’enfuyait lors de la débâcle des Allemands, à la fin de la dernière guerre mondiale. Michel PLAT se baignait pour se rafraîchir, dans le ruisseau de St MICHEL, juste sous le pont, pendant que ses camarades étaient assis sur le parapet et regardaient, imprudents, la débâcle des Allemands. Pourtant on leur avait dit qu’il fallait toujours fuir une armée en déroute et qu’il ne fallait pas rester sur la route nationale, car les Nazis étaient encore plus fous que d’habitude..

Ce fut un grand malheur pour leur famille et tout le village. Une stèle a été édifiée en bordure de la route nationale et rappelle encore ce drame, qu’on célèbre encore au mois d’Août de chaque année. Augusta FABRE, la maman d’un de ces malheureux, consacra le reste de sa vie à faire l’infirmière bénévolement pour le village. Michel PLAT, devenu « le miraculé », héros du village, participait aux radio-crochets, et était devenu le champion du « tournement de Valros ». Cette course à vélo faisait plusieurs fois le tour du village. Sa mère n’appréciait peut être pas, car elle lui jetait le contenu d’un grand seau d’eau à chacun de ses passages, à moins que ce soit pour le rafraîchir et qu’il gagne la course ?

Les fêtes, bals, cavalcades, monacos, courses à vélo, balandrans et j’en passe, donnaient vie au village…Ma mère jeune fille, fut élue « reine du village » pour sa beauté, lors des cavalcades qui nécessitaient des mois de travail…Le monaco, appartenant à Charles Lizarot et animé par Paul Valat, était un jeu de roulette, comme dans les casinos. On y perdait plus d’argent qu’on en gagnait. Enfin, le « balandran » consistait à mettre une mèche de soufre pour parfumer la poignée d’une porte… quand on n’y mettait pas autre chose ! On charriait sur la place, ou on accrochait dans les platanes, tout ce qui trainait dans les rues.

Tout cela remplaçait largement la télévision que nous allâmes voir en chœur, pour la première fois et en noir et blanc au café de Pierre Grasset, dans les années 1960…Télévision qui s’étant démocratisée a fait disparaître cette vie communautaire, où l’amitié et le respect étaient de vraies valeurs, pleines d’actes concrets. Avant l’apparition de la TV, chaque soir en été, les femmes se réunissaient devant leur porte pour bavarder et refaire le monde. Les hommes sur la place, jouaient à la pétanque (qui veut dire « pieds tanqués en languedocien », c’est-à-dire fermés dans un cercle). L’hiver, on se réunissait entre voisins autour du feu, devant la cheminée et les nouvelles allaient bon train. On n’avait pas besoin d’un abonnement au quotidien « Le Midi-Libre », ni d’écouter les « informations-déformations ». Nostalgie pour moi ? Certainement étaiton véritablement mieux informés que par nos chaînes TV d’aujourd’hui : elles nous racontent beaucoup de «salades » sur la terre entière, tout en nous cachant l’essentiel…Mais beaucoup y croient, car « on l’a dit à la télé ! » Donc « c’est la vérité vraie » comme me disaient mes élèves quand ils me mentaient et qu’ils croyaient me prendre pour un imbécile.

Mais je leur disais : « Ce n’est pas au vieux singe que tu vas apprendre à faire des grimaces… ». Ainsi allait la vie à Valros, jusqu’à mes 19 ans.

Je le quittais pour d’autres cieux moins cléments. Mais Valros m’habite toujours, comme on ne peut l’imaginer, car c’est là où j’ai connu mes premières émotions amoureuses, où sont mon ADN et mes racines profondes, depuis plusieurs générations… Il en était de même pour ma mère Jeanne Cambon, qui après plusieurs décennies passées dans l’Isère n’avait rien perdu de son accent du Sud.

CHAPITRE 2

1943-1957 : à Valros, une naissance pas ordinaire !

Je suis né le 12 févriers 1943 à 5 H 30 du matin, sous le signe du Verseau, à Valros, dans l’Hérault, de Jeanne Cambon, ma maman. Mon géniteur, Jean-Marie Mur, n’a pas voulu me donner son nom quand ma tante, Laure Cambon et un cousin, M. Privat, sont allés lui annoncer ma naissance en son domaine viticole de Rocquessols : « Qu’elle lui donne son nom ». C’est ma grand-mère, veuve Madeleine Cambon, qui est allée me faire inscrire sur le registre d’Etat Civil sous le nom de Cambon, et les prénoms de Jean (Elle avait dit en patois : « Il est de Jean, donc il s’appellera Jean ! ») et Yvon, comme son futur parrain, Yvon Coucourus). Devinez à qui ressemblerait « Cé sariot » si on réadaptait la trilogie de Marcel Pagnol : Marius, Fanny et César ?...