My Birdy Life - Gérard Bocage - E-Book

My Birdy Life E-Book

Gérard Bocage

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Beschreibung

Un voyage au coeur du Cotentin, presqu'ile normande qui serait aujourd'hui parfaitement inconnue du plus grand nombre si le cours de l'histoire du XXème siècle n'en avait décidé autrement. L'histoire se passe quelques années après la fin seconde guerre mondiale. Alors que les vestiges sont visibles partout, Sainte Mère Eglise, petite commune d'à peine plus d' un millier d'âmes, tente de refermer les plaies d'un très lourd tribut payé par les populations civiles encore meurtries aujourd'hui. A ces héros venus d'Outre -Atlantique et Outre- Manche qui ont marqué durablement l'histoire.

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Seitenzahl: 164

Veröffentlichungsjahr: 2018

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A mes Chers Parents…

Sommaire

Avant-propos

Entre terre et mer, le Cotentin

Des relations compliquées entre Winston Churchill et le Général de Gaulle

Winston Churchill – Cet homme d’Etat méconnu

Quelques années après la guerre

Une histoire … Un film

Les inventions maison

Le Calvados – Une spécialité bien normande

Du collège au Lycée

Le plongeon dans le grand bassin

De La Mer à l’Outre-mer

Un tournant décisif

La vie de famille

La disparition du père

Le retour en province

Le dernier fleuve sauvage d’Europe

La découverte des assurances industrielles

Un pari osé

L’épreuve la plus difficile

Après la plongée, une autre troisième dimension

Du vol de loisir à l’ornithologie

La Loire – Fleuve Royal

Un autre grand bouleversement

Et maintenant cap à l’Est

Les planeurs ne sont jamais très loin

L’accident qui changera le cours des choses

Un anniversaire – 60 ans

Une mission exploratrice

Le club des Amis de Ouarzazate

Le temps des investigations

Le retour de Vincent en France

Un radical changement professionnel

La création de ma propre affaire

Un feu d’artifice étincelant

La création d’une seconde affaire

Ainsi va la vie

Avant-propos

Au départ, je ne pensais pas écrire un récit, encore moins un livre. Pour des raisons professionnelles, un informaticien m’a suggéré un jour d’écrire une petite biographie pour un site internet. Cela lui semblait important pour soutenir mon développement.

Je me suis donc mis à l’ouvrage, mais il était non seulement difficile de me présenter et encore plus compliqué de le faire en étant synthétique. Tout est tellement imbriqué, entremêlé, fait de liens de causalité. Tout à mon ouvrage, j’ai tenté vainement d’être concis. Au bout d’une dizaine de pages, j’ai rendu mon tablier pour l’exercice initial mais j’avais découvert avec plaisir, le jeu de l’écriture. Je trouvais agréable et amusant d’être en immersion dans mes souvenirs pour certains très lointains. C’est assez captivant de dérouler la bobine de sa propre vie, de retrouver les âmes et les lieux qui peuplent mes souvenirs et ont fait de moi celui que je suis aujourd’hui.

En toute humilité, j’invite aujourd’hui ma famille, mes amis et lecteurs curieux de partager quelques moments dans des contrées insolites de ce voyage qui commence dans le Cotentin. Je vous souhaite une bonne lecture, vous découvrirez peut-être des secrets, des blessures, des audaces qui ont marqué mon parcours.

Entre terre et mer, le Cotentin

Le Cotentin, est un département aux particularités géographiques uniques. Cette presqu’île, autrefois une île, grâce à ses portes à flots, s’étend de l’embouchure de la baie des Veys près de Carentan et l’embouchure de l’Ay au niveau des Landes de Lessay. Ce secteur forme la partie Nord du département de la Manche, parfaitement délimité par la mer à l’Ouest, au Nord et à l’Est et par une vaste zone de marais inondable au Sud Est. Cette bande de marais qui coupe la partie de terre restante, rendait la péninsule difficilement accessible l’hiver, avant que des routes modernes ne soient aménagées. Des dispositifs hydrauliques proches des écluses permettent l’évacuation des eaux de surface, eaux de pluie et de marées évitant la pénétration des eaux de mer à marée haute. La région est très humide et il faut drainer ces zones marécageuses, diluer le sel en amont des ouvrages et éviter les inondations. Ces dispositifs peuvent également jouer le rôle inverse, à savoir retenir dans une zone l’eau apportée à marée haute. Pendant la seconde guerre mondiale ces systèmes ont constitué une arme efficace mise au point par Rommel, pour piéger les alliés en inondant des dizaines de milliers d’hectares constituant autant de pièges pour les troupes aéroportées lors du débarquement de Normandie. De nombreux parachutistes sont ainsi morts noyés.

Les plus vieilles roches de France, granite, gneiss ou grès y affleurent dans la Hague et en particulier à Jobourg. Géologiquement, les Marais du Cotentin et du Bessin font partie du Massif Armoricain, le Plain est rattaché au Bassin Parisien. A L’ouest, la côte fait face aux iles Anglo-Normandes de Jersey, Guernesey, et Chausey.

L’île d’Aurigny, plus au Nord est séparée du cap de la Hague par le Raz Blanchard connu des marins comme une zone très dangereuse aux courants impressionnants et falaises escarpées. Le climat est océanique avec des saisons douces et humides. La pluviométrie est importante et le temps est capricieux. Averses et soleil jouent à cache-cache au gré des marées. L’hiver, la neige n’est pas systématique mais elle peut être abondante et durable. Face à la mer tout près de la Hague, la maison de Jacques Prévert, à Omonville La Petite, fut le dernier refuge du poète. Le cancre, Les enfants du Paradis ou La chanson des feuilles mortes sont encore aujourd’hui dans toutes les mémoires. A quelques kilomètres de là se niche le plus petit port de France, Port Racine, avec seulement 28 amarres. Grâce à ce climat si doux et aux sols acides, de nombreux jardins exotiques remarquables sont encore visibles aujourd’hui notamment à Vauville, Urville Nacqueville ou Anneville en Saire.

Port Racine - Le plus petit port de France

Des relations compliquées entre Winston Churchill et le Général de Gaulle

Cette terre du Cotentin sera lors du dénouement de la seconde guerre mondiale, un lieu stratégique, aujourd’hui célèbre dans le monde entier. De grands chefs d’état l’ont choisi comme centre du dénouement de l’invasion nazie. Le Général de Gaulle débarquant en Angleterre le 17 Juin 1940, impressionna Churchill par sa détermination à poursuivre le combat. De Gaulle une semaine plus tôt était encore inconnu mais Churchill choisit de parier sur cet homme récemment nommé sous-secrétaire d’Etat à la Défense Nationale. Malgré les réticences de son cabinet, Churchill permit au Général De Gaulle de lancer ses appels à la BBC, d’appuyer financièrement la mise en place des forces françaises libres et lia politiquement son gouvernement à la France Libre. Winston Churchill fut le premier à proposer que la France et l’Angleterre s’unissent afin de libérer la France de l’envahisseur, car il savait plus que quiconque que l’Angleterre serait à son tour envahie. Il fallait, disait-il, oublier les vieilles rancunes entre nos deux pays et faire front commun contre L’Allemagne. Leur relation fut assez tumultueuse. L’un et l’autre avaient un fort tempérament et une vision de la situation parfois divergente mais ils avaient l’intelligence de trouver des compromis. La francophilie de Churchill était indéniable. Il connaissait bien la France, admirait son histoire et faisait l’effort de parler français dans un style bien personnel. De Gaulle reconnaissait l’immense courage de Churchill, sa discipline, sa très grande expérience politique et diplomatique ainsi que son fair-play. Roosevelt, lui, était très hostile aux intérêts gaullistes, considérant la France envahie comme vaincue définitivement et il n’accordait aucune confiance au Général de Gaulle. Il le qualifiera d’aventurier gaffeur, arrogant voire dangereux. Churchill ne parviendra pas à modifier la manière de voir de Roosevelt mais il parviendra à le convaincre d’entrer dans le conflit. Il se résignera à suivre les orientations politiques de Roosevelt aux dépens d’une alliance étroite entre l’Angleterre et la France libre. De Gaulle sera tenu à l’écart de la préparation du débarquement en Normandie. Il faudra attendre l’accueil réservé à Bayeux au Général de Gaulle pour que les américains adoucissent leur politique vis-à-vis du Chef du Gouvernement provisoire de la République Française. En visite à Paris en Novembre 1944, Winston Churchill reçu un accueil triomphal et il conservera toute son admiration pour l’énergie et le génie du Général de Gaulle. Après sa défaite électorale en 1945 et le retour des travaillistes au pouvoir, il repassera dans l’opposition et restera le meilleur ami du chef du Gouvernement provisoire. De 1951 à 1955, "le vieux lion" revient aux affaires à la tête de son pays. En novembre 1958, le Général de Gaulle, devenu président du Conseil, peut enfin décorer son "allié du temps de guerre et ami du temps de paix" de la croix de la Libération. Churchill rappellera que « l’ingratitude envers les grands hommes est la marque des peuples forts". Entre les deux hommes, des divergences existaient, mais la raison supérieure de l’Etat l’emportait. C’est une leçon de vie à retenir.

Winston Churchill – Cet homme d’Etat méconnu

Avant de devenir homme politique, Winston Churchill avait eu un parcours atypique et peu connu. Il était passionné de chevaux et de Polo, sport pratiqué dans l’aristocratie britannique. Très jeune, alors qu’il entretenait des relations difficiles avec ses parents, il décida de rejoindre les armées de l’empire britannique sur différents fronts, notamment en Inde, comme correspondant de presse du journal Morning Post. Il participait aux réunions avec les Etats-majors et relatait l’évolution des armées sur le front. Dans le même temps, il se fit connaitre et apprécier de sa hiérarchie, en brillant lors de compétitions de polo. Quelques années plus tard, il fut envoyé en Afrique du Sud où l’Empire Britannique menait une guerre contre les Boers. Il effectuait sa mission de journaliste en tant que correspondant de guerre, et prenait part aux missions offensives contre les Boers. A cheval, il se rendait sur les lignes de front pour apporter les missives de l’Etat. Il sillonnait campagne, collines et forêts et effectuait des dizaines de kilomètres chaque jour. Son rôle était essentiel. Il existait peu de moyens de communication en cette fin de 19ème siècle. Il n’avait alors qu’une vingtaine d’années et son sens de l’analyse et de la stratégie étonnait déjà les officiers supérieurs. Lors d’un déplacement avec des troupes en train, le convoi tomba dans une embuscade. La locomotive et les wagons déraillèrent. Il prit alors le commandement des opérations de sauvetage, en commettant l’erreur de se dessaisir de son révolver le temps des manœuvres. Il s’en rendit compte face à un combattant Boer. D’instinct, Il prit conscience de son erreur et pour échapper à la mort se rendit prisonnier. Ne se sentant pas l’âge de croupir dans un trou à rats, il entreprit avec trois camarades de s’évader après plusieurs mois d’observation. Mais les choses ne se passèrent pas comme prévu et l’affaire tourna court. Sous le feu nourri des gardes, ses camarades firent demitour, il profitera de la confusion pour s’enfuir. Il errera des journées entières dans la campagne sud-africaine proche d’une voie ferrée en observant les heures de passages des trains de marchandises d’une mine non loin. Après des semaines, il rejoindra Pretoria et retrouvera les troupes britanniques. De retour en Angleterre, il fut accueilli en héros et se présenta aux élections et fut élu député à seulement 26 ans. Puis, pendant le conflit de 14-18, il sera ministre de la guerre.

On a souvent reproché outre-Manche à Churchill ses changements de bords politiques lorsqu’il ne se sentait plus en harmonie avec les idées de son propre camp. C’est aussi grâce à cette intelligence qu’il constitua un gouvernement d’union nationale pour sauver l’Europe du désastre.

Il aimait dire qu’à 20 ans, être de gauche, c’est avoir du cœur. Mais si à 40 ans on est toujours de gauche, c’est que l’on n’a pas de cervelle.

Un autre trait de sa personnalité moins connu est son goût pour l’écriture. Il écrira 35 ouvrages. Son style est unique, dans un anglais absolument parfait, des phrases concises avec des mots justes et simples. Il reçut même le prix Nobel de littérature en 1953 pour l’ensemble de son œuvre. Il échappa un certain nombre de fois à la mort en banalisant chaque fois les choses. Un jour, dans le bureau ovale du Président Américain, il fut pris d’un malaise cardiaque et refusera qu’on le transfert à l’hôpital. Comme il dira lui-même plus tard, ce n’était pas grave, juste une crise cardiaque !

J’ai eu l’occasion sur les conseils de mon Ami Rodney Smith, qui habite aux Pays de Galles, de lire des écrits de Churchill en version originale anglaise. Quel bonheur ! Ils sont aujourd’hui encore des chefs d’œuvre de la littérature anglaise.

Quelques années après la guerre

C'est au début de l’hiver 1951, seulement quelques années après cette terrible épreuve dont la Normandie et plus particulièrement le Cotentin furent témoins, que je suis né. Comme tout bon normand, je n’ai pas échappé à la règle, et je suis blond aux yeux bleus. Le berceau familial se situe sur la côte Est, dans un village d’une trentaine d’âmes, situé à mi-chemin entre Sainte Mère Eglise et la mer, Beuzeville au Plain. Les deux communes ont ensuite fusionné.

D’origine modeste avec un père cantonnier et une mère à plein temps au foyer, j’ai fait mes études primaires à Sainte Mère Eglise avant de poursuivre à Cherbourg. J’ai acquis tôt le sens du travail. Dès la plus jeune enfance, les vacances et les temps de loisirs étaient consacrés au travail. Nous nous rendions en famille dans les fermes du voisinage pour améliorer les revenus du foyer. Les travaux à exécuter étaient physiques. C’est papa qui donnait le ton et chacun accomplissait sa mission avec ardeur : tailler les haies, biner les betteraves, faire le bois, ramasser les pommes pour ensuite faire le cidre de l’année, ramasser l’herbe pour les lapins, nourrir les poules, jardiner notre potager, sonner 3 fois par jour la cloche de l’église…

Les missions étaient multiples et nombreuses, et nos conditions de vie précaires. Pas d’eau potable à la maison ni même d’évacuation des eaux usées. Chaque jour, on allait chercher l’eau à la pompe à 200 mètres de la maison ou à la fontaine Saint Brice, le saint patron du village, célébré une fois par an quelques jours après la fête des morts. Saint Brice fut le successeur de Saint Martin de Tours à sa mort en 397.

A Beuzeville au Plain, l’eau de la fontaine est réputée pour guérir les maux de ventre. Les remèdes aux problèmes de santé étaient souvent en dehors des circuits médicaux établis. Des foules venaient parfois de loin pour s’approvisionner en eau curative. Nous avons dû attendre de nombreuses années avant qu’un puit ne soit creusé dans le jardin. L’eau était enfin à moins de 50 mètres de la maison et la force des bras suffisait à transporter deux lourds seaux d’eau plusieurs fois par jour. Malgré ce point gagné, il fallait continuer chaque semaine à aider notre mère pour la grande lessive à la pompe du village. Toujours en quête d’amélioration, un jour notre père, avec l’aide des ainés, a voulu réaliser une évacuation des eaux usées. Pendant plusieurs jours épuisants, les plus robustes de la famille ont creusé une grande tranchée de la maison jusqu’à au fossé au bord de la route, 70 mètres plus bas. Plusieurs années plus tard, un robinet et un évier ont équipé la maison mais il n’y avait toujours pas de salle de bain ni de toilettes. En guise de toilettes : un petit cabanon dans le champ. Et La baignoire, s’il est possible de l’appeler ainsi, c’était la lessiveuse à linge dans la cour, et ce, par tous les temps !

Tout au long de l’année, sans qu’un rendez-vous ne soit omis, il fallait sonner trois fois par jour la cloche de l’église. C’était le fruit d’une négociation avec le Maire du village. En échange de ce bon procédé, la famille vivait dans le presbytère pour un loyer modeste. Cette mission faisait l’objet d’un relais entre nous. Tâche parfois ludique, parfois pénible en hiver ou temps pluvieux, elle avait toute son importance, car elle donnait le tempo de la vie du village. La cloche du midi sonnait la pause pour les ouvriers agricoles, et annonçait le retour à la ferme pour un repas attendu.

Notre village regroupait trois fermes, deux grandes et une petite, et quelques habitations. La région est renommée pour l’élevage de chevaux, notamment des trotteurs. Dans ce domaine, la famille Lecuyer était célèbre. Hervé, Georges-Éric et Jean-Yves étaient éleveurs et ils ont gagné les plus grandes courses de trot au monde dont le célèbre prix d’Amérique. Course mythique, ses trois minutes tiennent encore en haleine des dizaines de milliers de spectateurs à Vincennes et des millions de téléspectateurs.

Il y avait aussi les écuries De Folleville, Thomain, Levesque, Brohier et d’autres encore. La ferme d’Hervé à Beuzeville au Plain était au départ tournée vers la culture et l’élevage, avant de se consacrer exclusivement aux chevaux. Naisseur de grands champions, cette activité était plus lucrative que la culture ou l’élevage de bovins.

La maison familiale

L’école et le travail familial laissaient peu de place au reste. Mais, la proximité de la mer nous proposait la pêche comme échappatoire. Pêche de toutes sortes, à pied aux marées descendantes, à la crevette à marée basse. Armé d’un filet plat d’un mètre de largeur avec un long manche, on le poussait devant soi, appuyé contre le ventre pour ratisser les fonds sablonneux et piéger les crevettes grises. Toutes les pêches étaient pratiquées, y compris les plus originales. Il suffisait d’ouvrir grand les yeux, d’éviter gendarmes ou autres gardes. Par souci d’économies, je confectionnais moi-même mes propres filets à partir de fils achetés à la coopérative des pêcheurs professionnels à Cherbourg. Toutes les ruses et astuces étaient permises, et des pièges de toutes natures étaient imaginés à partir d’observations et de réflexion. La pêche en mer était plus compliquée. C’était navrant d’imaginer les maquereaux à quelques centaines de mètres du rivage sans savoir comment les atteindre. Je mis donc mon imagination en marche pour réaliser un vaste filet à grosses mailles en arc de cercle d’une vingtaine de mètres de long à manœuvrer à deux. Ce n’était pas miraculeux, mais de temps en temps, soles, plies ou maquereaux se faisaient piéger. Aidé de mon ami Louis, photographe professionnel revenu au pays pour fuir les turpitudes de la capitale, nous étions très habiles. Amoureux de la nature et de la mer en particulier, il travaillait en freelance. Après la marée, nous vendions notre pêche dans les fermes sur le chemin de retour au village. Les crevettes grises appelées en patois normand « soticots » se vendaient par kilos encore bien vivantes. C’était une denrée chère, et les invendues finissaient cuites le jour même dans un grand fait-tout avec juste un rameau de bois de cassis pour donner aux crevettes un bel aspect rosé. Nous les vendions le lendemain en plus de la pêche du jour.

Les activités extra scolaires variaient en fonction des saisons. L’hiver était la plus prospère « aux affaires ». Avant de prendre le chemin de l’école, j’accomplissais une mission quasi rituelle et bien rodée qui consistait à relever les « nasses » à rats musqués, réputés pour leur fourrure. J’en tirais un petit pécule quotidien auprès du chiffonnier de Sainte Mère Eglise. Le code était simple. Si un chiffon flottait au bout de la canne en bois installée en bas du chemin qui monte vers la maison, le chiffonnier savait que maman avait un butin à lui remettre. La qualité de la fourrure dépendait de l’intensité du froid. Il fallait donc être vigilent et attendre le moment le plus piquant pour poser les pièges. Ils étaient fabriqués avec du grillage de mailles moyennes acheté à la quincaillerie. A un kilomètre à la ronde, je disposais une dizaine de nasses dans les cours d’eau ou dans des « abreuvoirs », des retenues d’eau alimentées par un petit ruisseau qui abreuvaient les vaches l’été. L’hiver ces pièces d’eau étaient souvent en crue. Le piège était basique mais efficace. Il était en forme d’entonnoir vers l’intérieur. Le but était de faire