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Digne d'un scénario de roman d'aventures, fourmillant d'anecdotes, n'omettant aucun jalon nécessaire à la bonne compréhension d'un destin politique hors du commun, ce petit ouvrage, finement ciselé, publié en 1921 à l'occasion du premier centenaire de la disparition Napoléon Ier séduit par son style vivant, enlevé et pétillant. « D'ordinaire, explique Georges Montorgueil, nous prenons Napoléon où l'histoire le prend, dans l'action même, et au premier éclair de son épée. » Dans ce livre, on le rencontre lorsqu'il est sur le trône et que l'Empire va sur son déclin.
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Seitenzahl: 83
Veröffentlichungsjahr: 2021
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NAPOLÉON ! BONAPARTE. Pourquoi distinguer entre ces noms ? Le vainqueur de Lodi n'est-ce pas le vainqueur d'Austerlitz ? Qu'est-ce qui sépare le soldat de la République du conquérant couronné ?
Un trône.
C'est ainsi que nous avons, dans l'album précédent, arrêté l'histoire de Bonaparte à la cérémonie du couronnement.
Bonaparte, le consul aux cheveux plats, le maigre et nerveux soldat d'Italie au jeune front auréolé de victoires, avait a ce moment accompli sa providentielle mission. Dans une France divisée, il avait restauré la paix et l'ordre. Il avait rendu au pays l'équilibre, que la Révolution, dont son enthousiasme ambitieux adoptait alors les principes, avait dû rompre.
La France, écrit judicieusement M. Louis Madelin, a été arrachée par lui à l'anarchie ; elle se dissolvait quand il l'a saisie de sa main ferme et l'a reconstruite. Avant deux ans, il avait fait ce miracle. Imposant son arbitrage aux querelles, il avait étouffé les factions et tourné vers les fins utiles la magnifique énergie qui, s'étant manifestée de 1789 à 1802, se dévoyait et se paralysait depuis 1795. Il a recherché dans les ruines les fondations de l'État : fils de la Révolution, il a voulu connaître cependant les traditions. Il les a retrouvées toutes latines. Elles cadraient avec son cerveau latin. Il a repris l'ouvrage magnifique des rois et l'a consolidé.
Le trône qui sépare Napoléon de Bonaparte fait-il donc deux hommes d'un seul homme ? Non. Vous allez voir qu'une inflexible logique maintient l'unité de cette vie fabuleuse. Sous la couronne, et jusque dans sa tyrannie martiale, et alors même qu'il aspire à descendre en voulant s'égaler aux dynasties traditionnelles, il reste l'apôtre armé de la foi nouvelle.
Vous assisterez à l'œuvre guerrière de l'incomparable soldat, à qui, jusqu'à Tilsitt, pourraient s'appliquer ces paroles de Montesquieu parlant d'Alexandre : La marche du vainqueur était si rapide que l'ennemi semblait plutôt le prix de la course que celui de la victoire.
Il y a témérité à vouloir décrire le secret d'un tel génie militaire. C'est un privilège qui n'appartient qu'à ses émules. Ah ! disait le lion, si les lions savaient peindre. Ils savent peindre, puisque le héros de la Xe armée, le général Mangin, a dessiné les traits essentiels du modèle qu'il s'est choisi : Le don du commandement et le prestige de l'intelligence la plus étendue et la plus rapide, joints au caractère le plus ferme, les qualités de l'une et de l'autre se complétant dans un équilibre parfait : avant tout, le coup d'œil qui discerne le point capital, la volonté qui s'attache au problème jusqu'à ce que la solution apparaisse avec toutes ses conséquences dès longtemps prévues, la maîtrise de soi qui subordonne toutes les forces à la raison souveraine.
Du soleil d'Austerlitz à l'astre déclinant dont les derniers feux dans la campagne de France, ne seront pas les moins beaux, que de batailles dont vous lirez les très sommaires récits ; mais surtout vous les verrez évoquées magnifiquement en des compositions qui enchanteront vos yeux et captiveront votre pensée. Au centre de ces combats, où
Quinze ans il fut
Le dieu que traînait la victoire
Sur un affût,
Napoléon n'a-t-il cherché que l'ivresse des triomphes personnels, oublieux, pour la sienne, de la gloire de son pays ? Il serait injuste de l'écrire et ce serait ingrat. Emporté par son génie trop haut et trop loin, il eut ses heures de vertige. Mais une sorte de fatalité ne l'y poussait-elle pas ? A l'apogée de sa puissance, ne trouvait-il pas plus de difficulté à traiter qu'à vaincre ? Non, la fureur guerrière ne l'animait pas ; sans cesse, on le surprend, prêt à mettre au fourreau sa prodigieuse épée et à consacrer ses conquêtes à affermir son empire, étendu sans mesure, et à en imposer la suprématie. Il voudrait se reposer, enfin, dans ces labeurs de la reconstitution, où il excellait avec autant de supériorité que dans ceux de la guerre. Des œuvres de son génie, la plus durable, n'est-ce pas l'organisation qu'il nous a léguée, et dont rien n'a pu faire fléchir, après plus d'un siècle, l'étreinte unitaire, centraliste et rigide ? Mais il avait déchaîné trop de peuples. Cette paix et cette suprématie, écrit M. Albert Sorel, l'Angleterre ne les voulait à aucun prix ; c'est pour s'y opposer qu'elle a combattu jusqu'en 1815, et c'est pour les imposer à l'Angleterre que Napoléon a combattu jusqu'à Waterloo. Marche ! lui criait la voix implacable qui le voulait à sa merci, épuisé, las et succombant. Cette voix, il l'identifiait, imprudemment, avec celle qui, en lui-même, le poussait à oublier que le levain des revanches nourrit, lent ou soudain, toujours sûr, les espoirs des peuples subjugués.
Il est permis à notre jugement de participer de la sérénité que donne le recul du temps. Il y a cent ans que le plus illustre des conducteurs d'hommes, sur ce rocher perdu dans l'Océan Atlantique dont la terre ne peut plus détacher ses regards, s'est endormi. Sa gloire épurée ne fait que grandir. Ses adversaires se sont, devant elle, pieusement inclinés. Au centenaire de sa mort, à Sainte-Hélène, cent-un coups de canon tirés par les Anglais ont salué la mémoire du captif à qui Hudson Lowe refusait de donner son titre impérial. Quelle portée a la courtoisie de ce geste chevaleresque, et quel retour !
On vous dira encore : Napoléon a laissé la France géographiquement plus petite qu'il ne l'avait reçue ; c'est vrai, mais ne l'a-t-il pas agrandie par le rayonnement de sa légende ? Calculez de combien, sans ce manteau de gloire, la France serait dans le monde, diminuée en beauté et en prestige !
Elle a connu, depuis lui, sur la Marne ou à Verdun, d'autres victoires, et dignes d'une illustration immortelle ; mais les généraux qui les ont gagnées nous ont dit : Celui-là était notre maître, nous avons été nourris du suc de sa pensée, de la moelle de son génie. La flamme de son cœur, à l'heure élue, brûlait dans nos cœurs...
Et ainsi, le passé napoléonien se rattache au présent et proclame l'unité indivisible de l'âme française.
Vous contemplerez, dans cet esprit, la belle histoire imagée de Napoléon. Et vous méditerez, génération qui êtes l'avenir, sur cette forte pensée du plus illustre des chefs à qui nous devons nos dernières victoires : La guerre n'est pas le but suprême, a dit le maréchal Foch, car au-dessus d'elle, il y a la paix. Quelle profonde parole sur les lèvres d'un soldat !
Napoléon ne l'eût point contredite, ses méditations de Sainte-Hélène en témoignent. Moins victime de sa propre erreur que du préjugé de la force prise pour arbitre du droit, cette paix, il la chercha dans la fortune des batailles. Et la plus formidable de ses désillusions, fut d'avoir été précipité de si haut sans avoir pu la conquérir.
Au lendemain de la cérémonie du sacre, — 2 décembre 1804, — qui L achève le cycle de Bonaparte et ouvre celui de Napoléon, nous sommes arrivés au tournant du règne. La République remet ses destinées entre les mains du soldat qui a commencé par la défendre contre la violence devenue anarchique, d'où elle était issue et contre le regret attardé du vieil ordre français qu'elle avait aboli. Le fer dont la patrie en danger, en 1792, avait armé ses fils, reçoit désormais, avec l'N couronné, le chiffre du maître, et ne sera plus tiré que pour lui, qui, devant les drapeaux magnifiquement conquis, inclinés sur son passage, va où la fatalité l'entraîne : vers la dernière de ces étapes géantes, sur le rocher battu des tempêtes, qui sera son calvaire et son tombeau, et l'assise la plus haute du piédestal sur lequel sa gloire immortelle est dressée.
Napoléon a presque atteint déjà le faîte de sa puissance, et, pour l'affermir, la paix lui est indispensable. Mais l'Europe, que ce soldat de la Révolution, drapé dans la pourpre césarienne, a alarmée, ne lui donnera la paix que s'il la lui impose. Il ne croit pas s'humilier en la proposant à son irréductible ennemie : Mon premier sentiment, écrit-il au roi d'Angleterre, est un vœu de paix. Je n'attache pas de déshonneur à faire le premier pas. Je conjure Votre Majesté de ne pas se refuser au bonheur de donner la paix au monde. Il n'éprouve qu'un refus, car la trame est ourdie qu'il va être contraint de rompre par le fer.
Napoléon, qui est l'homme des résolutions claires et vigoureuses, prend l'offensive. Il veut aller attaquer l'Angleterre chez elle qui se croit inexpugnable, et la frapper au cœur. Il a réuni une flotte à Boulogne et cent mille guerriers. Préparatifs gigantesques, mais vains. La tentative navale a échoué. Sa flotte, en fuite, est bloquée dans le port de Cadix, et n'en sortira que pour se faire détruire à Trafalgar.
Il en a un désespoir profond, mais bref. Il se retourne, tout d'un bloc Changeant de tactique, il porte sur la terre ferme l'action qu'il abandonne sur les flots. Et, d'un seul jet, il dicte le plan de l'admirable campagne de 1805. C'est au quartier du Pont-de-Briques, le 13 août. Daru tient la plume. Napoléon prévoit tout : l'ordre des marches, leur durée, les lieux de réunion des colonnes, les surprises, les attaques des villes fortes, les fautes de l'adversaire, et cela à deux mois et à deux cents lieues de distance. Sa vue embrasse tous les champs de bataille futurs, fixe les victoires, marque l'heure où ses armées entreront à Berlin et à Vienne.
On a pu croire, trompé par les apparences, que c'était là le fruit de l'improvisation : le plus heureux génie n'a pas de ces éclairs. Une méditation prolongée et secrète avait mûri dans le cerveau d'où semblait jaillir, au jour voulu, sous le choc brutal des événements, ce plan formidable et prophétique.
Le 1er octobre 1805, l'empereur a passé le Rhin.
