Néo-djihadistes - Claude Moniquet - E-Book

Néo-djihadistes E-Book

Claude Moniquet

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Beschreibung

Portraits de djihadistes du XXIe siècle

Mohamed Merah à Toulouse, Jérémie Louis Sidney à Strasbourg, Hakim Benladghem à Bruxelles, Muriel Delgauque qui se fait exploser en Irak, Colleen LaRose (dite « Jihad Jane ») interpellée avant des attentats sanglants en Europe et bien d’autres encore : les « néo-djihadistes » sont parmi nous. Délinquants, convertis, solitaires ou marginaux, hommes ou femmes : ils remplacent les premiers combattants d’al-Qaïda. Tous tentent de se purifier par la guerre sainte ou de donner un sens à leur vie. Si le risque des grands attentats, comme ceux du 11 septembre 2001, reste réel, l’époque est aussi aux actions posées par des solitaires ou des « micros cellules » extrêmement difficiles à pénétrer. Ceux que les Anglo-Saxons appellent les « homegrown terrorists », c’est-à-dire « les terroristes de l’intérieur », nés et élevés en Europe ou aux États-Unis, vivent au cœur même des pays qu’ils vont cibler par leurs attentats. Ce ne sont pas des « idéologistes », mais des révoltés mus par la haine…. Pour la première fois, un livre raconte qui ils sont, dévoile leur recrutement, leur formation et explique comment ils ont été endoctrinés. De plus, se basant sur l’étude de plusieurs centaines de cas, l’auteur dégage des « profils types » de ce nouvel « ennemi intérieur » qui menace notre société. Enfin, en conclusion, l’auteur propose des mesures simples et efficaces pour faire face à cette nouvelle menace.

Comment devient-on dhijadiste ? Comment vaincre cette menace ? Cet ouvrage propose de répondre à ces interrogations.

EXTRAIT :

En mars 2012, la France découvrait le visage de Mohamed Merah et, surtout, les ravages que pouvait faire un jeune extré¬miste, fasciné par le djihad, mais né et éduqué dans l’hexagone.
En 2013, la même France apprenait à connaître le sergent Ni¬cholas Brody, ancien prisonnier d’al-Qaïda en Irak, converti et radicalisé par ses geôliers qui souhaitaient en faire une arme mortelle contre les Etats-Unis.
Le premier est malheureusement bien réel, tandis que le se¬cond n’est qu’un personnage de fiction. Mais tous deux corres¬pondent à un même « profil ». Celui de ceux que j’appelle les « néo-djihadistes » (par opposition aux premières générations de djihadistes, venus du Moyen-Orient ou d’Afrique du Nord) : d’anciens délinquants, des convertis, des solitaires ou même des femmes, tous élevés (ou ayant vécu la plus grande partie de leur vie) en Occident. Tous baignés dès leur plus jeune âge dans la culture, les valeurs et le mode de vie qui sont les nôtres. Des individus, pourtant, pétris de haine, déséquilibrés ou révoltés, aigris par leurs échecs ou leur marginalisation dont, pourtant, ils sont souvent les premiers (sinon les seuls) responsables. Des individus qui ont pour point commun d’avoir été « pris en main » et radicalisés par de pseudo imams, des prêcheurs auto¬proclamés ou des organisations terroristes.
Un nouvel ennemi. Un ennemi intérieur.
A titre professionnel, j’observe l’islamisme radical et sa version violente, le djihad, depuis trente-deux ans.

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Veröffentlichungsjahr: 2015

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Néo-djihadistes

Claude Moniquet

Ce livre est dédié à la mémoire des victimes de Mohamed Merah :

Maréchal-des-Logis Chef Imad Ibn Ziaten, du 1er Régiment du Train Parachutiste, tué le 11 mars 2012 à Toulouse

Caporal Abel Chenouf et Caporal Mohamed Legouad, du 17ème Régiment du Génie Parachutiste, tués le 15 mars 2012 à Montauban

Johnatan Sandler et ses fils, Arieh Sandler et Gabriel Sandler ; Myriam Monsonégo tués le 19 mars 2012 à Toulouse.

Caporal Loïc Liber, du 17ème régiment du Génie Parachutiste, grièvement blessé le

15 mars 2012 à Toulouse

Aaron Bijaoui, lycéen de 15 ans grièvement blessé le 19 mars 2012 à Toulouse.

Il est également dédié à Madame Latifa Ibn Ziaten, mère d’Imad Ibn Ziaten, une femme admirable qui a décidé de transformer sa douleur en force et mène un combat courageux contre l’intégrisme et ses ravages et a créé

l’Association Imad Ibn Ziaten pour la Jeunesse et la Paix.

Avant-propos

En mars 2012, la France découvrait le visage de Mohamed Merah et, surtout, les ravages que pouvait faire un jeune extrémiste, fasciné par le djihad, mais né et éduqué dans l’hexagone.

En 2013, la même France apprenait à connaître le sergent Nicholas Brody, ancien prisonnier d’al-Qaïda en Irak, converti et radicalisé par ses geôliers qui souhaitaient en faire une arme mortelle contre les Etats-Unis.

Le premier est malheureusement bien réel, tandis que le second n’est qu’un personnage de fiction. Mais tous deux correspondent à un même « profil ». Celui de ceux que j’appelle les « néo-djihadistes » (par opposition aux premières générations de djihadistes, venus du Moyen-Orient ou d’Afrique du Nord) : d’anciens délinquants, des convertis, des solitaires ou même des femmes, tous élevés (ou ayant vécu la plus grande partie de leur vie) en Occident. Tous baignés dès leur plus jeune âge dans la culture, les valeurs et le mode de vie qui sont les nôtres. Des individus, pourtant, pétris de haine, déséquilibrés ou révoltés, aigris par leurs échecs ou leur marginalisation dont, pourtant, ils sont souvent les premiers (sinon les seuls) responsables. Des individus qui ont pour point commun d’avoir été « pris en main » et radicalisés par de pseudo imams, des prêcheurs auto-proclamés ou des organisations terroristes.

Un nouvel ennemi. Un ennemi intérieur.

A titre professionnel, j’observe l’islamisme radical et sa version violente, le djihad, depuis trente-deux ans.

Je l’ai d’abord fait en tant que journaliste puis (pendant vingt ans) comme agent du renseignement et enfin, depuis 2002, comme directeur de l’European Strategic Intelligence and Security Center (ESISC), une société de renseignement privée, d’analyse du risque et de conseil, basée à Bruxelles mais servant des entreprises et des gouvernements dans le monde entier.

J’ai donc assisté, en spectateur privilégié à la montée en puissance du djihad dans les années quatre-vingt et quatre-vingtdix, puis au séisme mondial que furent les attentats du 11 septembre et aux guerres qui en découlèrent.

Je l’ai vu se développer, se diversifier, évoluer sans cesse, comme un virus mutant résistant à tout traitement et s’adaptant sans cesse. Et ce malgré les pertes énormes subies, depuis dix ans, par l’organisation d’Oussama Ben Laden, ses « filiales » et leurs affidés.

La dernière de ces mutations en date, c’est précisément l’irruption de ces néo-djihadistes qui, à mes yeux, présentent un risque très particulier.

D’abord, bien entendu, leur passeport ou leur apparence physique leur donnent des possibilités (de déplacement, de pénétration, d’action) dont leurs « frères » orientaux ne disposent pas. Mais aussi et surtout, leurs actes criminels, parce qu’ils sont un ennemi intérieur, sont mille fois plus pernicieux que ceux des djihadistes « traditionnels ». Parce que, étant fondamentalement « des nôtres », ils brisent les liens qui nous unissent et menacent le contrat social qui est à la base de toute démocratie. Parce qu’ils deviennent des facteurs (et des vecteurs) de méfiance, de division, de haine voire même, s’ils devaient proliférer, d’implosion de nos sociétés.

Les néo-djihadistes sont un véritable cancer.

J’ai donc décidé de leur consacrer cet ouvrage, basé sur des années d’observations, de recherches et d’analyse. J’ai tenté de comprendre, dans ces pages, comment et pourquoi ils franchissaient le pas, rejoignaient une mouvance qui nie le progrès et l’intégration. J’ai voulu discerner ce qui les pousse à passer à l’acte et à commettre l’irréparable. J’ai tenté d’en dresser sinon les « profils » du moins une typologie. Et, dans la conclusion de ce livre, j’ai avancé des propositions sur ce qu’il convient de faire pour affronter la menace.

Ma méthodologie est simple : je me suis interdit toute référence à des informations classifiées, d’une part pour des raisons légales évidentes mais aussi parce que ces informations ne sont, par définition, pas vérifiables par le grand public. Tous les faits et éléments rapportés dans ce livre proviennent donc de « sources ouvertes », librement accessibles et que tout un chacun peut consulter.

Si ces pages aident à une prise de conscience, alors, j’aurai fait ma part du travail.

PREMIÈRE PARTIE

Une galerie de Portraits

I / L’ANCIEN VOYOU QUI VOULAIT « METTRE LA FRANCE À GENOUX » : MOHAMED MERAH, UNE HISTOIRE FRANÇAISE

Les terroristes islamistes qui semèrent la mort à Paris dans les années quatre-vingt commirent plusieurs attaques qui, du 7 décembre 1985 au 17 septembre 1986, devaient faire près de 200 blessés et plus de dix morts. C’étaient des Tunisiens, manipulés par le Hezbollah libanais pour compte des services secrets iraniens1.

Ceux qui s’en prirent à la France, dix ans plus tard, lors de la campagne d’attentats organisée par le Groupe Islamique Armé, à l’été et à l’automne 1995 (10 morts et près de 200 blessés) étaient, pour l’essentiel, des Algériens, instrumentalisés par une organisation algérienne et prenant leurs ordres en Algérie2.

Le terroriste d’al-Qaïda qui conçut une attaque, potentiellement meurtrière mais jamais menée à bien, contre l’ambassade américaine à Paris en septembre 2011, était un Tunisien, ayant vécu en Allemagne et résidant illégalement en Belgique. Il avait été formé en Afghanistan.

Rien de tel avec Mohamed Merah. Il est né en France et, même s’il possède la double nationalité, est Français de naissance. Il a été éduqué et est allé à l’école en France. Il a vécu en France sans interruption, si ce n’est quelques courts séjours au Moyen-Orient, au Pakistan et en Afghanistan. Il a été incarcéré en France suite à des délits en série et a même tenté de s’engager dans la Légion Etrangère. Mohamed Merah, l’homme qui a importé le « djihad individuel » en France, le terroriste sans pitié dont l’histoire retiendra qu’il a été l’auteur des premiers attentats islamistes réussis dans l’hexagone depuis 17 an est un pur produit de la société française de ce début du 21ème siècle. Que cela nous plaise ou non.

Son parcours est évidemment celui d’un raté, d’un marginal, d’un inadapté qui n’a, sans doute, rien trouvé de plus dans sa version personnelle de la guerre sainte qu’une occasion de régler ses comptes. Il n’en est pas moins exemplaire et illustre parfaitement le propos de ce livre. Arrêtons-nous un moment à cette dérive.

Une famille violente et déchirée

Mohamed Merah voit le jour à Toulouse, le 10 octobre 1988, dernier né d’une fratrie de cinq3. Il a deux frères et trois sœurs. Il est issu de l’un de ces milieux modestes que l’on retrouve souvent dans l’immigration nord-africaine : mère sans profession, père ouvrier. Assez rapidement, cependant, cet homme fruste se lancera, en marge de sa profession, dans ce que les Algériens appellent le trabendo, un marché noir plus ou moins illicite visant à pallier l’incurie crasse des autorités d’Alger en approvisionnant les magasins grâce à des produits achetés sur des circuits parallèles, dans des pays voisins ou en France.

Dire que la petite enfance de Mohamed n’est pas heureuse relève de l’euphémisme. Il reçoit peu d’amour de ses géniteurs. Le père, polygame (aux yeux de la loi française, sa seule épouse légitime est Zoulikha Aziri, la mère de Mohamed, mais il contracté plusieurs mariages religieux) est violent et bat femme et enfants. Le fils aîné, Abdelghani, en témoigne : « Au fil des années, mon père devenait de plus en plus violent. Il nous battait. Tous les garçons, ainsi que ma mère […] Je me rappelle que, à 5 ans, je ne parlais presque jamais en sa présence. Je me contentais d’obéir […] Mon géniteur me frappait pour la moindre bêtise, pour la moindre contrariété. Il en faisait de même avec ma mère. Quand j’essayais de m’interposer, j’en prenais pour mon grade. J’avais droit à une raclée. Progressivement, je devenais son souffre-douleur. Je n’ai jamais vu un père battre de cette manière son propre fils. Alors que j’avais moins de dix ans, il me corrigeait comme on frappe un adulte. Il était d’une violence inouïe. Il tapait avec les poings. Parfois, c’étaient des gifles et des coups de pied. D’autre fois, il s’armait de la ceinture ou du mémorable fil d’antenne ».4

Selon certains témoignages, la mère, Zoulikha, a, elle aussi, la main lourde. Abdelghani l’accuse surtout d’avoir fait preuve de « la même irresponsabilité » que son père : « Après son divorce, elle oubliait parfois d’emmener Mohamed à l’école, préférant faire la grasse matinée… » Une chose est certaine, en tout cas : elle ne trouvera jamais le courage élémentaire de protéger ses enfants et leur apportera bien peu d’amour.

Mohamed, cependant, souffrira moins des excès de son père que ses aînés. La situation empirant, Zoulikha se décide à s’enfuir, accompagnée de ses enfants : en 1992, ils passent plusieurs mois dans un foyer social. En 1993, le divorce est prononcé. Mohamed sera très profondément blessé par cette séparation.

Mais Zoulikha, plus occupée à savourer sa toute nouvelle liberté qu’à faire face à ses devoirs, néglige sa progéniture. Le cadet des Merah fait ce qu’il lui plaît, devient violent, manipulateur et menteur. En l’absence du père et profitant de la faiblesse d’une mère manifestement dépassée par les évènements, et alors qu’Abdelghani, passe plus de temps hors de la maison que dans celle-ci, c’est un autre aîné de Mohamed qui règne sur la famille : Abdelkhader, né en 1982.

Ce dernier ne connaît qu’une loi : la sienne. Et, reproduisant très fidèlement le modèle de son père, il l’impose par les poings. Ou pire encore. Délinquant dès son plus jeune âge, inquiété à de multiples reprises pour des faits de violences et de trafic de stupéfiants, Abdelkhader se veut pourtant le gardien de la morale et de la réputation de sa famille. Lorsque l’aîné de la fratrie, Abdelghani, épouse, en 2003, une jeune femme dont l’un des grands-parents est juif, Abdelkhader l’insulte, le traite de « mécréant » et lui porte sept coups de couteau… Ce qui lui vaudra de passer quelques mois en détention.

L’incident, qui a failli virer au drame – l’un des coups a été porté à quelques centimètres du cœur – est particulièrement révélateur. Car il n’y a pas que la violence à imprégner l’enfance et l’adolescence des jeunes Merah : le racisme et l’islamisme sont également présents dans ce qu’il faut bien appeler cette « famille ». Les parents Merah n’avaient jamais caché leur intolérance face à tout ce qui n’était pas musulman, le père affichant de surcroît un antisémitisme virulent. Cette attitude est-elle davantage dictée par la « totale inculture » et « la « profonde ignorance » des parents que par une idéologie, comme le pense Abdelghani ? Sans doute, oui, mais cela ne change pas grand-chose à l’affaire : les enfants grandissent dans un climat délétère, d’une extrême brutalité, caractérisé par le rejet absolu, si ce n’est même la haine, de toute différence.

L’enfance d’un délinquant

Au début des années 2000, pour avoir poignardé son frère, Abdelkhader est donc arrêté et incarcéré à la maison d’arrêt de Seysses, près de Toulouse. Celui qui y entre est un « délinquant islamiste » (pour reprendre les mots d’Abdelghani) : il est obsédé par al-Qaïda et par Oussama Ben Laden mais encore très peu « structuré » sur les plans théorique et religieux. C’est un salafiste djihadiste qui en ressortira, le 30 juillet 2003.

C’est quelques semaines plus tard que le nom des Merah fait sa première apparition dans les dossiers de la DST5. Dans une déposition actée à l’occasion de l’un de ses différents avec Khader, Abdelghani l’a en effet signalé comme un « terroriste potentiel ». Il est entendu pour clarifier ses déclarations, mais on ne le prend pas au sérieux.

Curieusement, malgré d’évidentes dispositions, ce n’est pas Abdelkhader qui rejoindra ouvertement, le premier, la mouvance salafiste organisée, mais bien Souad, une des sœurs aînées de Mohamed Merah. Naguère « émancipée » et très libre de mœurs, elle se rapprochera, au fil des épreuves (en l’occurrence les incarcérations à répétition de son compagnon, un trafiquant de stupéfiants) des courants islamistes les plus radicaux. Portant désormais niqab et gants noirs, admirative des « djihadistes », elle introduira Abdelkhader dans son nouveau milieu et l’ex-truand se trouvera une nouvelle vocation : le prosélytisme.

Mais ne brûlons pas les étapes et revenons-en à Mohamed. A 6 ans, il est placé dans un foyer, en même temps que ses frères et sœurs. Le 15 novembre 1995, un inspecteur de l’aide à l’enfance écrit dans un rapport : « C’est un enfant déprimé, qui ressent une forte angoisse d’abandon. Il a assisté à de très nombreuses violences familiales […] sa mère vient très peu le voir. »

Feuilleter les rapports sociaux consacrés à la famille Merah et, plus particulièrement à Mohamed, c’est assister à une longue dérive, à une véritable « déconstruction » de sa personnalité qui fait qu’un enfant qui aurait pu, malgré une enfance difficile, devenir un adulte heureux et équilibré, se tournera vers la délinquance, puis vers le terrorisme.

Avril 1997 : « Mohamed est un enfant en danger par manque d’un cadre éducatif minimal dans lequel l’enfant pourrait trouver des repères stables et cohérents».

Printemps 2000 : « Selon Madame Aziri, Mohamed est sous l’influence négative de son frère, Khader, qui tyrannise toute la famille. Elle explique que Khader frappe Mohamed, l’incite à la violence et au non-respect des femmes… »

Le 6 février 2001, Liliane Chanson-Fischback, la principale de son collège, le signale au Procureur de la République : « Mohamed risque de se transformer en un adolescent dangereux au vu de ses capacités intellectuelles… »

En 2003, âgé de 15 ans, Mohamed Merah s’éloigne définitivement du système scolaire général et tente un CAP de carrosserie. Dans le même temps, il multiplie les actes de petite et moyenne délinquance. Outrage, rébellion, vol, vol aggravé, recel, destruction de bien public, violence envers les personnes : son casier judiciaire ressemble à un véritable catalogue de la « voyoucratie » ordinaire. En sept années, avant ses dix-huit ans, il passera quinze fois devant le juge de la jeunesse. Mineur, il s’en sort chaque fois avec de petites peines assorties du sursis. A cette époque, entre une famille sans amour et la rue où il zone jour et nuit, les seuls moments où il semble heureux, c’est lorsqu’il se livre à son passe-temps favori : des rodéos sur des scooters et des quads d’origine plus que douteuse.

Mais en 2007, c’est le faux-pas de trop. Il est jugé pour un vol de sac à main. Il n’est plus mineur et ses sursis tombent : il en prend pour vingt mois. Le coup est rude pour un garçon qui a grandi sans autorité et ne connaît de loi que celle de la rue. Et, de fait, loin d’effectuer le retour sur lui-même qui pourrait être salutaire, il est consumé par la haine. A Abdelghani, il confie : « Je ne sais pas comment, mais un jour je me vengerai de la France… »

Mais il y a plus grave : il doit encore être jugé pour des faits de vols dans une habitation qui ont mal tourné : au cours de leur fuite, Mohamed Merah a provoqué un accident qui a blessé des gendarmes et tué un chien policier. Un comportement sans surprise. Un de ses anciens complices ne dira-t-il pas : « Il était très déterminé par rapport aux policiers et prêt à tout pour s’échapper. Pour lui, c’était un jeu… »6. L’affaire, d’ailleurs, l’amuse autant qu’elle l’inquiète car on en a parlé à la télévision.

Merah est donc interrogé mais l’audition est mal menée et, malgré les aveux partiels de ses complices, il passe à travers les mailles du filet. Des années plus tard, lors du siège de 32 heures qui précédera sa mort, il confiera aux policiers : « Je savais qu’il n’y avait qu’Allah qui pouvait m’aider. Donc, je lui ai demandé de m’aider et il m’a facilité [les choses] en me montrant que les gendarmes étaient à côté de leurs pompes. Ça, ça a été une preuve d’Allah. Et depuis ce jour-là, je me suis converti sérieusement à la religion… »

Voilà donc le Dieu de Mohamed Merah : un Dieu qui protège les voleurs et les violents, un Dieu qui permet et encourage le mensonge, un Dieu qui soutient, envers et contre tout et tous, les « musulmans » contre les « infidèles ». Rien d’étonnant à ce que, par ce Dieu-là, il se sente poussé vers le Djihad.

En tous les cas, de ce jour, Merah change. Il se calme, ne parle plus que de religion et lit quelques livres. Il se rapproche aussi de détenus pour des faits de terrorisme. Dont Sabri Essid, qui avait été impliqué, en 2007, dans un réseau islamiste toulousain envoyant des volontaires combattre en Irak7 et qui sera condamné à cinq ans de prison pour ces faits. On ne le sait pas encore, mais Mohamed Merah est devenu salafiste.

« Un délinquant en voie de radicalisation »

Sorti de prison en septembre 2009, il se fait discret et fréquente assidûment une mosquée salafiste de la banlieue de Toulouse. L’endroit est connu des Renseignement Généraux qui, dès 2003, y comptaient quelques dizaines d’extrémistes. En 2010, le même service en recense « plus de 400 »… Il y est d’ailleurs en pays de connaissance puisqu’il y retrouve, entre autres… Sabri Essid.

Dans les mois qui suivent, Souad, Abdelkhader et Mohamed Merah fonctionnent un peu comme une « cellule familiale de propagande ». Ils parlent beaucoup, rencontrent de nombreux jeunes en rupture sociale et tentent de les convertir à leur système de pensée. Abdelghani s’inquiète, à juste titre, de voir le trio tourner autour de son fils, Thibault.

Ecoutons-le : « Progressivement, nous allions découvrir l’ampleur du désastre à côté duquel nous sommes probablement passés de justesse. Mes frères, ma sœur et certains de leurs complices salafistes ont essayé de manipuler Thibault, un mineur de 14-15 ans, afin qu’ilrejoigne leur secte obscurantiste. Ils sont allés jusqu’à lui inculquer des idées dangereuses en lui tenant des propos qui visaient à banaliser la mort, à ses yeux. Ils lui ont offert des livres sur la mort, qu’il lisait derrière notre dos, notamment chez Souad. Il nous montrera, après les attentats, l’un de ces petits fascicules intitulés Demain la mort. Il est précisé, par exemple, que le croyant ne découvre sa « sincérité » qu’en « s’exposant à la mort », bien évidemment « en martyr ».

Et les salafistes du clan Merah n’en restent pas aux mots et aux lectures. Mohamed tentera de convaincre son neveu de l’accompagner pour voler une Kalachnikov chez un trafiquant de stupéfiants du quartier. Il lui demandera, un autre jour, s’il se sent capable « de se faire exploser dans le métro de Toulouse ».

Il semblerait d’ailleurs qu’il n’ait pas limité ses talents de recruteur à son cercle familial. Aïcha, une jeune mère de famille de Toulouse l’accuse, en effet d’avoir tenté de manipuler son fils, alors âgé de 15 ans. Le jeune garçon a été emmené par Merah à son appartement : « Il lui a imposé de regarder des vidéos d’al-Qaïda. Des scènes insoutenables. Des femmes exécutées d’une balle dans la tête et des hommes égorgés. Mon fils m’a appelé. On a finalement pu le récupérer. Il est resté enfermé là-bas de 17 heures à minuit. » Aïcha dépose plainte, ce qui lui vaut une agression en bonne et due forme : « Mohamed Merah est venu devant chez nous. Il m’a menacée et frappée. Il disait que j’étais athée et que je devais payer comme tous les Français. Il n’arrêtait pas de répéter qu’il était un moudjahidin et qu’il mourrait en martyr, qu’il effacerait de la terre tous ceux qui tuaient des musulmans… »8

Mais les paroles ne suffisent plus à Mohamed Merah. Il veut de l’action. Il veut « se venger de la France » ou encore, comme il le dira à plusieurs reprises, « la mettre à genoux ».

En juillet 2010, il tente de s’engager dans la Légion étrangère. Etant donné la radicalisation de sa personnalité dans les années qui précèdent, on peut penser que ce n’est pas dans le but de changer de vie ou d’effacer son passé mais, plus probablement, pour y apprendre à manipuler armes et explosifs. Mais il recule avant même de passer les entretiens et examens de sélection et quitte le centre de recrutement où il n’a passé qu’une nuit.

Il revend une vieille BMW qu’il avait achetée comme épave et entièrement retapée (ce qui prouve, si besoin était, qu’il n’était nullement « condamné » à la marginalité par quelque malédiction sociale : peu doué pour les études, Mohamed Merah avait de l’or dans les mains et aurait pu faire un excellent garagiste). Il se sert de l’argent ainsi récolté pour faire un tour du Moyen-Orient : Turquie, Liban, Irak, Jordanie. Il passe même trois jours à … Jérusalem avant de séjourner un mois au Caire où Abdelkhader s’est rendu à plusieurs reprises depuis 2006 et a de nombreux amis dans la mouvance extrémiste.

Est-ce grâce à ces filières moyen-orientales qu’il trouve le chemin de l’Afghanistan ? Mystère. Il est pourtant arrêté à Kandahar, le 22 novembre 2010. Il est muni d’un visa de tourisme délivré à Douchanbé, au Tadjikistan et tente d’entrer en contact avec les Talibans. Son manège attire l’attention de la police locale qui l’interpelle et l’interroge. Peu convaincus par son histoire mais n’ayant, somme toute, pas grand-chose à lui reprocher, les policiers le remettent aux Américains. Il est expulsé vers la France et son nom est porté sur une liste noire qui lui interdit de se rendre désormais aux Etats-Unis.

Il rentre en France le 5 décembre 2010, via Dubaï. Fin décembre, la DCRI, informée par la DPSD9 (elle-même renseignée par l’armée américaine) entreprend une vaste enquête sur le jeune voyageur. Mais plusieurs semaines sont perdues car Merah a modifié sa date de naissance sur son passeport, ce qui aura pour effet d’éloigner la DCRI vers une fausse piste, dans le nord de la France. Lorsque la DDRI10 de Toulouse est enfin saisie, elle commence à s’intéresser au jeune homme, clairement identifié comme un délinquant récidiviste proche des milieux islamistes. On envisage même de mettre une partie de sa famille sur écoute.

En huit mois, Merah va faire l’objet de pas moins de cinquante filatures qui permettent, entre autres choses, de constater qu’il fréquente des personnes proches de Forsane Alizza, un groupe de propagande plaidant pour l’application de la sharia en France. En juin, Toulouse, qui voit en Mohamed Merah un « individu au lourd passé délinquant, en phase de radicalisation », demande à Paris de mettre en place la procédure visant à informer la justice afin d’ouvrir une enquête officielle. Mais la centrale ne réagit pas. Pourtant, estime Toulouse : « La présence de Mohamed Merah à Kandahar, connu pour être une zone de transit abritant des cellules djihadistes, doit nous interpeller… »

Si ce n’est par la multiplication des dossiers qu’elle doit gérer, l’absence de réaction de la DCRI ne s’explique pas. Mohamed Merah appartient à une famille qui a surgi sur les radars du renseignement intérieur depuis déjà plusieurs années. Son frère et sa sœur sont des militants salafistes connus. Le nom des Merah était apparu en marge de l’affaire de la « filière irakienne » de Toulouse dans laquelle Sabri Essid avait été impliqué. Et lui-même, depuis déjà longtemps, devrait faire l’objet d’une attention particulière : dès le 20 octobre 2006, les Renseignements généraux ont ouvert à son nom une « Fiche S » (pour « Sûreté de l’Etat ») le répertoriant comme un salafiste pouvant « fournir une assistance logistique à des militants intégristes ». L’existence d’une Fiche S., dite aussi « demande de mise en attention», entraîne une procédure particulière : lorsqu’un service de police ou de gendarmerie interpelle ou contrôle une personne fichée, les faits doivent immédiatement être signalés aux RG qui « alimentent » ainsi leur dossier. Le 18 novembre 2007, par exemple, Merah sera contrôlé à la frontière espagnole, au col du Perthus alors qu’il se rend en Espagne pour assister, semble-t-il, à une réunion internationale de jeunes salafistes.

Mais les meilleures pratiques peuvent parfois être battues en brèche par la bureaucratie et par les rivalités de service. Ainsi, la « Fiche S. » de Mohamed Merah disparaîtra11. Ce document doit être renouvelé tous les deux ans, de manière à ne pas encombrer le système avec les fiches de personnes ne présentant plus d’intérêt (et aussi pour ne pas s’intéresser de façon indue à des individus ne présentant plus aucun danger, ce qui s’assimilerait à un fichage purement politique). Or, en 2008, deux années, donc, après l’apparition de Mohamed Merah dans le système, les RG avaient été fusionnés avec la DST pour former la DCRI. Les spécialistes de l’islam radical des Renseignements Généraux ont été évincés par ceux de la DST et la « mémoire » des RG a été balayée. Il faudra donc attendre l’enquête approfondie de 2011 pour qu’un nouveau dossier soit ouvert.

Un « djihadiste individuel »

Alors que la DCRI et son antenne locale s’intéressent de près à lui, Merah sort très peu de son petit appartement de la rue Sergent Vigné. Il y surfe sur internet et passe des journées entières à regarder des films violents ou des images d’attentats et d’assassinats d’otages. La DDRI remarque, pourtant, qu’il entretient des relations suivies avec des figures connues de la mouvance salafiste toulousaine, mais aussi avec des extrémistes britanniques.

En août 2011, il repart pour l’Asie centrale (ce que la DDRI avait prévu). Cette fois, ce sera le Pakistan. Echaudé par son expérience de 2010, il ne tentera plus de passer en Afghanistan mais restera plusieurs semaines dans un pays où il sait pouvoir trouver ce qu’il cherche : le contact avec des extrémistes qui pourraient lui prodiguer un entraînement minimal. Dans les provinces du nord-ouest, cette zone sans loi contrôlée par les chefs de guerre islamistes et les tribus, il est pris en main par Moez Garsallaoui.

Une figure particulièrement intéressante que ce Moez Garsallaoui. Né en Tunisie à la fin des années soixante, il s’est installé en Syrie en 1990 puis a gagné l’Europe où il a demandé l’asile politique en Italie avant de partir pour la Suisse. En 2003, il a épousé (religieusement), Malika al-Aroud, veuve d’Abdessatar Dahmane12 et activiste connue du « djihad virtuel » sur internet. En Suisse, le couple a animé un site web djihadiste (activité pour laquelle Garsallaoui sera condamné à 7 mois de prison). Fin 2007, il a gagné le Pakistan où il sera rapidement considéré comme l’un des principaux coordinateurs des filières djihadistes européennes.

Garsallaoui est proche du Jund al Kilafah (« Les Combattants du Califat »), une organisation présente aussi bien au Pakistan et en Afghanistan qu’au Kazakhstan. Il oriente Merah vers un camp du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP) l’organisation la plus importante de la mouvance talibane pakistanaise. Il n’y passe, semble-t-il, que deux jours, recevant une très succincte formation au tir et au maniement des armes automatiques. Le bruit courra, après sa mort, sur différents sites web djihadistes, qu’il a refusé d’y suivre une formation en vue de commettre un attentat suicide.

Une hépatite l’ayant obligé à écourter son séjour, il regagne la France et est hospitalisé à Toulouse, au service des maladies tropicales infectieuses de l’hôpital Purpan. Il se fera remarquer en refusant d’être soigné par des femmes.

Le 14 novembre 2011, il est auditionné par trois fonctionnaires du renseignement intérieur : un brigadier de police de la DDRI prénommé « Hassan » (pseudonyme opérationnel) qui travaille sur son dossier depuis décembre 2010 et, surtout, deux enquêteurs de « T3 », la section « Islam sunnite » de la sous-direction du contre-terrorisme de la centrale, descendus spécialement de Paris.

Durant près de trois heures, Merah s’explique : s’il a beaucoup voyagé, entre autres au Pakistan, c’est pour faire du tourisme, visiter des lieux saints et se chercher une bonne épouse. A l’appui de ses dires, il exhibe plusieurs photos banales, comme celles que prendrait tout jeune homme découvrant des pays lointains. Les hommes du contre-espionnage, malgré ce qu’ils savent déjà de lui, ne détectent rien…

Pourtant sa décision est sans doute déjà prise. Il se forme à l’action en regardant en boucle des vidéos djihadistes et se lance dans ses derniers préparatifs. Le 16 février 2012, il achète, pour 349 euros, la caméra avec laquelle il filmera ses actions. Il se procure des armes, aussi : deux ou trois Colts 45, un pistolet mitrailleur Uzi, un autre pistolet mitrailleur Sten, un fusil à pompe, des munitions. Il loue deux voitures et des box de garage …

Ses préparatifs lui auraient coûté environ 20 000 euros qu’il s’est procurés, affirmera-t-il plus tard aux policiers, par des braquages.

A partir du 4 mars 2012, il surfe avec insistance sur internet, recherchant des annonces placées par des militaires. Le 6 mars, il rend visite à un concessionnaire Yamaha de la banlieue de Toulouse et lui demande comment localiser et désactiver le traqueur installé sur les deux roues de la marque pour les localiser en cas de vol. Deux heures plus tard, il dérobe un scooter T-Max dans une zone industrielle. Son frère reconnaîtra qu’il l’a accompagné chez le concessionnaire et était présent lors du vol. En fin d’après-midi, c’est d’ailleurs Khader qui achète le blouson de cuir noir qui sera porté par Merah lors des attaques.

Cinq jours plus tard, le 11 mars, à 16 heures, Mohamed Merah rejoint, sur un parking de Toulouse, le Maréchal des Logis-Chef Imad Ibn Ziaten, du 1er Régiment du Train Parachutiste13. Les deux hommes ont rendez-vous pour une transaction portant sur l’achat d’un deux roues. La scène a été filmée (images et son) par la caméra portée par Merah.

Imad est un beau jeune homme de trente ans, bien dans sa peau et sportif. Il ne se laissera pas impressionner par son agresseur.

Au bout de quelques instants de discussion, Merah sort une arme et lance : « Mets-toi à plat ventre. Je rigole pas, mets-toi à plat ventre. »

Imad refuse, mais il reste calme, habitué à gérer le danger : « Tu ranges ça tout de suite. Je ne me mettrai pas à plat ventre. Tu dégages, je ne me mettrai pas à plat ventre. Je reste. Tu vas tirer ? Vas-y, ben tire. » Un coup de feu éclate, suivi d’un deuxième, le coup de grâce. Avant de s’enfuir, Mohamed Merah lance au corps qui gît à ses pieds : « C’est ça, l’islam, mon frère : tu tues mes frères, moi je te tue… »

Quatre jours plus tard, le 15 mars, c’est à Montauban que le tueur frappe. C’est là qu’est caserné le 17e Régiment du Génie Parachutiste (17 RGP), une unité dont le savoir-faire technique est mondialement reconnu, entre autres en matière de déminage. Des compagnies du « 17 » ont été déployées en Afghanistan à de nombreuses reprises depuis 2001.

Un groupe de militaires se trouve devant un distributeur de billets de la Société Générale. Arrivé sur son scooter, Merah s’approche et tire. Le caporal Mohamed Legouad est tué, ainsi que le caporal Abel Chennouf (qui sera achevé alors qu’il tente de se réfugier, en rampant, dans une boulangerie). Le caporal Loïc Liber est grièvement blessé. Il survivra mais restera tétraplégique.

Devant la caméra, toujours sanglée sur son buste, Merah fait, avec les doigts de sa main gauche, le chiffre « 3 ». Le nombre de ses victimes. Puis il s’enfuit, en hurlant « Allah Akhbar », Dieu est grand ! Dans sa fuite, il oublie des étuis de cartouches et perd un chargeur. Le soir, il dîne tranquillement avec Abdelkhader et une de ses sœurs avant de participer à un rodéo…

Le 18 mars, c’est à nouveau à Toulouse qu’il vise deux militaires. Les enquêteurs ont retrouvé les images qui ont été filmées, ce jour-là, par sa caméra. Il pose longuement devant un grand miroir du hall d’entrée : silhouette noire, gants noirs, blouson noir, sac noir. Seul son casque est blanc. Dans l’ascenseur, il charge et arme son mini-Uzi avant de faire le chiffre « 2 » avec les doigts. Le nombre de proies qu’il chasse ce jour-là. Mais il rentrera bredouille. Ses « cibles » sont absentes.

Le lendemain, à huit heures du matin, il arrête son scooter devant le collège Otzar Hatorah, un collège juif de la ville rose. Il abat trois enfants et un adulte. Jonathan Sandler, professeur de religion âgé de 30 ans et ses fils Gabriel (4 ans) et Arieh (5 ans) sont tués sur le trottoir, devant l’école. Myriam Monsonégo (7 ans) est blessée sur le trottoir. Elle tente de se réfugier dans la cour de l’école. Le tueur la rattrape, la jette à terre puis, la tenant par les cheveux, l’achève d’une balle. Un adolescent est blessé. Profitant de la panique, « le tueur au scooter », comme le surnomme désormais la presse, s’enfuit à nouveau. Dans l’après-midi, il disputera un match de football avant de passer la nuit en boîte.

Mais la fin est proche. Merah a été identifié. L’adresse IP de l’ordinateur de sa mère est l’une de celles d’où un utilisateur s’est connecté à l’annonce passée par Imad Ibn Ziaten. Le 20 mars, une surveillance discrète est mise en place autour de son immeuble. Il parvient pourtant à le quitter, passe plusieurs coups de téléphone à des médias puis rentre chez lui. Une journaliste de France 24 avec laquelle il s’entretient alors le décrira comme « très éloquent et donnant très calmement des détails assez spécifiques » sur ses actes : « Il a expliqué, par exemple, que pour la première victime, il avait ramassé les douilles. Il a également rectifié le nombre de coups de feu tirés en direction des deux militaires [à Montauban] : dix-sept et non pas douze. »14

Un siège de 32 heures et une « confession »

A trois heures du matin, le 21 mars, le quartier est bouclé et un premier assaut est donné. Dans un échange de coups de feu, deux fonctionnaires sont blessés.

S’engage alors un siège de plus de trente heures qui se terminera par la mort de Merah.

La manière dont la police s’y est prise a été très critiquée. Elle a aussi servi d’argument aux habituels tenants de la théorie du complot. Pour eux, Merah a été abattu, simplement parce qu’il « devait mourir ». Pourquoi ? Il en savait trop. N’aurait-il pu être, par exemple, un agent des services français, activé à Dieu sait quelles fins obscures ou ayant échappé au contrôle de ses manipulateurs ?

Tout ceci est évidemment absurde. Le magazine « Le Point » s’est procuré le rapport du contrôleur général Amaury de Hauteclocque15, le chef du Raid. Il permet de mieux comprendre ce qui s’est joué dans ces heures-là.

A 03h15, la colonne d’intervention du Raid est devant la porte de l’appartement de Merah. On procède à la mise en place « du système d’ouverture forcée » de cette porte lorsqu’elle s’ouvre soudainement et qu’une main en jaillit, porteuse d’une arme de poing. Merah fait feu à de nombreuses reprises, forçant la colonne d’intervention à battre en retraite, avec deux blessés, dont un grave.

A 05H35, l’assiégé répond à des sommations en ouvrant à nouveau le feu, par l’une des fenêtres de son appartement. Puis s’engage une curieuse et longue phase de négociation : « Mohamed Merah faisait preuve, en apparence de bonne volonté. Celle-ci se manifestait de plusieurs manières. Il acceptait, par exemple, de nous remettre l’une de ses armes (pistolet semi-automatique) en la jetant par la fenêtre vers 07h15, le mercredi 21 mars 2012. Il acceptait encore de nous désigner un véhicule de location stationné à l’arrière du bâtiment et à l’intérieur duquel il avait entreposé des armes. Toutes ces manifestations permettaient au service enquêteurde rassembler des éléments de preuves susceptibles de confirmer son implication dans les faits de l’espèce. Ses déclarations étaient, en tout état de cause, de nature à nous laisser raisonnablement penser qu’il était dans les meilleures dispositions pour accepter le protocole de reddition. »

Du côté de la police, la négociation est menée par les spécialistes du RAID mais aussi par « Hassan », le fonctionnaire de la DCRI qui a été tiré de son lit aux premières heures du jour après que Merah eut annoncé qu’il ne parlerait qu’à lui. Entre les deux hommes se noue un curieux dialogue. Avec finesse, Hassan flatte son interlocuteur : « Tu m’as bien eu, hein, sur ce coup-là ! »

Content de lui, Merah se livre, entrecoupant aveux précis sur les faits qu’il vient de commettre et longs monologues de justification. Il avouera même avoir projeté d’assassiner le brigadier de police : « De toute façon, je devais t’appeler pour te dire que j’avais des tuyaux à te donner, mais en fait, j’allais te fumer… »16

Il revendique son appartenance à al-Qaïda, affirme avoir voulu tuer des militaires et des policiers du fait de l’engagement de la France dans la lutte contre l’organisation de Ben Laden, entre autres en Afghanistan. Ses premières victimes, militaires, étaient des français musulmans ? Qu’à cela ne tienne : un musulman qui sert dans l’armée française ne peut être qu’un « traître ».

Dans l’après-midi, Merah promet sa reddition pour la soirée, à 23h00 au plus tard. D’ici là, il souhaite avoir « un peu de temps pour se préparer », la perspective de la détention à perpétuité qui l’attend « n’étant pas facile à son âge ». Le RAID accepte, l’important étant encore de privilégier une issue sans violence. Mais à 22h45, coup de théâtre. Merah revient sur son engagement et défie, à nouveau, la police. Non, il ne se rendra pas. Il n’y a, d’ailleurs, jamais réellement pensé et a simplement cherché à gagner du temps pour se reposer et se préparer à l’affrontement final. Il veut maintenant « mourir les armes à la main » mais affirme qu’auparavant, il fera le maximum de victimes dans les rangs de la police. S’agit-il d’une « bouffée délirante » quelconque ? Que du contraire, comme le souligne Amaury de Hauteclocque : « Durant toute la phase de négociation, Mohamed Merah tenait un discours réfléchi, rationnel et cohérent. Il assumait son attachement à l’islam radical, citant régulièrement des versets du Coran ou encore certains propos imputés à Ayman al-Zawahiri, le chef du réseau terroriste al-Qaïda, tels que « j’aime la mort autant que vous aimez la vie ». Mohamed Merah revendiquait ses actions avec force détails, sans manifester le moindre remords. Il ne dissimulait nullement ses intentions homicides à l’égard des forces de sécurité (militaires et policiers) sans pour autant utiliser l’invective et l’injure. »

La nuit est ponctuée d’explosions : le RAID fait régulièrement détoner des grenades assourdissantes pour empêcher le terroriste assiégé de se reposer. Vers trois heures du matin, on entend un coup de feu dans l’appartement puis on n’y détectera plus aucun mouvement pendant plusieurs heures. Merah veut-il faire croire qu’il s’est suicidé de manière à attirer les fonctionnaires de police dans un piège ? Possible. On sait aujourd’hui que, pour se protéger des tirs et des éclats, il s’est réfugié dans la cuve de sa baignoire.

Dans la matinée du 22 mars, vers 10 heures, l’assaut final est donné. Mohamed Merah s’engage alors « dans une action désespérée d’une rare violence, destinée apparemment à tuer un maximum de policiers engagés sur l’opération ». Après plusieurs minutes d’affrontement (le RAID tente toujours de le prendre vivant), les tireurs d’élite, pour protéger leurs camarades doivent « se résoudre à faire une action de feu destinée à le neutraliser».Mohamed Merah est tué. « Le RAID, conclut sobrement de Hauteclocque, n’est pas parvenu à interpeller Mohamed Merah et à le maintenir en vie contre son gré. »

Une polémique assez détestable suivra, alimentée entre autres par d’anciens membres du GIGN, « l’unité sœur » du RAID au sein de la gendarmerie. Il n’entre pas dans le propos de cet ouvrage de s’y intéresser, mais je crois utile, pour trancher le débat, de livrer quelques lignes écrites à Amaury de Hauteclocque, dès le 23 mars 2012, par son équivalent dans la gendarmerie, le général Thierry Orosco : « Face à la détermination farouche de ce dangereux individu, nous avons vu le courage de tes hommes et je tenais à te témoigner personnellement de la solidarité de l’ensemble des militaires du GIGN […] Notre connaissance réciproque et la confiance que nous avons l’un envers l’autre me conduisent naturellement à ne pas juger des choix tactiques et des modalités d’engagement que tu as retenus et qui t’ont été dictés par la complexité de la situation. En homme d’action, je soutiens ta liberté de décision. Ça et là, des polémiques apparaissent pour nous opposer. Je condamne sans restriction ceux qui prétendent nous donner des leçons alors même qu’ils n’étaient ni présents sur les lieux ni responsables de cette intervention. »17

Une faillite du renseignement ?

Mohamed Merah n’est certainement pas arrivé à « mettre la France à genoux », comme il le souhaitait. Mais, en huit jours, il a tué sept fois – quatre adultes et trois enfants – et il a aussi blessé un militaire et un jeune garçon. Son itinéraire sanglant a profondément déstabilisé le contre-espionnage français auquel on a reproché de ne pas avoir tenu compte de la dangerosité de l’homme qui était pourtant « signalé » depuis 2006.

La querelle sur l’intervention du RAID a, donc, rapidement été supplantée par une autre mise en cause : celle du renseignement français, et singulièrement, de la DCRI. Dire qu’il s’agit d’une « faillite » du renseignement est devenu banal. Mais ce n’est pas aussi simple.

Alors que s’est-il passé ?

Devenu ministre de l’intérieur après la victoire de la gauche aux élections du printemps 2012, Manuel Valls a ordonné à deux hauts fonctionnaires de police, le contrôleur général Guy Desprats et l’inspecteur général Jérôme Léonnet de mener une mission d’information. Celle-ci a donné lieu à un rapport de 17 pages, rendu public à la demande du ministre. Ce document a été fortement critiqué par certains mais il n’en constitue par moins une pièce d’autant plus intéressante que telle démarche de transparence est particulièrement rare en France.

Les deux policiers estiment que, même en tenant compte de la « désactivation inopportune » de la « Fiche S » de Merah, à compter du premier semestre 2011, « pour tardive qu’elle ait pu être, [sa] détection par le renseignement intérieur est donc avérée »18.

Par la suite, les choses vont se compliquer puisque « la phase d’évaluation qui s’ouvre ensuite [après le signalement de Merah par l’armée américaine, en décembre 2011] est marquée par une série de défaillances objectives qui commencent avec le délai de réaction de la centrale, difficile à expliquer autrement que par la charge de travail de la sous-direction en charge du domaine, l’attentisme du service toulousain en l’absence de réponse de sa centrale et, in fine, par un entretien au cours duquel, faute de préparation,les agents du renseignement intérieur n’ont jamais été en mesure de mettre Mohamed Merah face à ses contradictions. »

Ce dernier point vaut la peine que nous nous y arrêtions.

On l’a vu, « Hassan », l’opérateur de la DDRI à Toulouse, assistait à l’audition de Merah, le 14 novembre 2011. Mais, selon les informations disponibles, il n’a pas eu droit au chapitre et s’est vu cantonné dans un rôle de spectateur muet. L’entretien aurait été entièrement mené par un (ou deux) fonctionnaire(s) venus spécialement de Paris et qui connaissaient beaucoup moins bien le dossier que leur collègue de l’échelon local.

Un peu hâtivement, MM Desprats et Léonnet en concluent que « La conclusion de cet entretien n’ouvre aucune perspective opérationnelle. De fait, à partir de janvier 2012, le dossier Merah ne paraît plus constituer une priorité d’action pour le renseignement intérieur, en tous cas en termes de surveillance».

A mon sens, cette conclusion est faussée. Il y a bien eu « perspective opérationnelle » : Paris a proposé d’envisager le recrutement de Merah en qualité d’informateur, mais Toulouse, à raison, a refusé. C’était l’impasse.

En tout état de cause, entre fin 2010, date de son retour d’Afghanistan, et le printemps 2011, qui verra la DCRI-Toulouse demander à Paris de « judiciariser » le cas de Mohamed Merah, un enquêteur du service, le brigadier « Hassan » travaillera quasi quotidiennement sur le dossier et tiendra très régulièrement son chef, le commissaire Ballé-Andrui, informé de ses progrès.

L’ouverture d’une enquête judiciaire aurait pourtant permis des recherches plus larges. De nombreuses auditions, des perquisitions et autres devoirs d’enquête auraient été possibles et auraient peut-être permis de préciser la menace que représentait Merah. Et, qui sait, il aurait peut-être même pu être placé en détention provisoire et/ou empêché de se rendre au Pakistan, ce qui aurait gêné voire rendu impossible, son passage à l’acte.

Enfin, après la fameuse audition du 14 novembre 2011, la centrale mettra trois mois à prendre position sur les suites à donner à l’enquête en cours. « Hassan » et son chef considèrent toujours que l’homme est dangereux et que des mesures doivent être prises. Mais en février, la réponse de Paris arrive : pas question de monter en puissance. Au contraire, Merah devrait être recruté…

Dans l’absolu, l’idée n’est pas stupide. Si l’on veut récolter des renseignements sur la mouvance salafiste, ce n’est évidemment pas en approchant des sources aux enfants du Sacré-Cœur ou à l’Armée du Salut qu’on y arrivera. Se « payer » un jeune musulman proche des milieux radicaux fait donc sens. Pour autant que l’on puisse le « contrôler ». Mais dans le cas d’espèce de Mohamed Merah, une telle manœuvre est impensable – c’est d’ailleurs l’avis de Toulouse où l’on estime son profil « incompatible » avec un recrutement et une manipulation.

Et pour cause. Mohamed Merah est un délinquant multirécidiviste. Il a, malgré son jeune âge, un passé de violence déjà très long. Psychologiquement, il est instable, fragile, anxieux et a des crises de paranoïa. Depuis plusieurs années, il s’est radicalisé et fréquente des extrémistes connus (Sabri Essid, son frère Abdelkhader, des membres de la mouvance la plus dure des salafistes toulousains). Enfin, on sait qu’il s’est rendu en Afghanistan et au Pakistan. Paris a tort et Toulouse a raison. Mohamed Merah n’est pas une recrue potentielle : c’est une bombe à retardement. Mais la centrale ne tiendra pas compte de ceux qui connaissent le mieux ce « client » atypique.

Le 15 mars 2012, après l’attaque de Montauban, la DDRI alertera Paris et demandera à être associée aux recherches. Refus du parquet local qui privilégie des pistes non politiques – règlements de comptes ou vengeance – voire, si l’on envisage une piste politique, celle de l’extrême droite.

Le lendemain, l’antenne toulousaine de la DCRI transmet à Paris une liste de suspects potentiels, liés à « l’islam radical ». On y retrouve des noms de la fratrie Merah.

Le dimanche 18 mars, la DCRI fait tourner ses ordinateurs et le fichier CRISTINA (« Centralisation du Renseignement Intérieur pour la Sécurité du Territoire et des Intérêts Nationaux ») est mis à contribution. CRISTINA recense et permet de croiser des centaines de milliers d’éléments relatifs à des dizaines de milliers de personnes : résultats d’écoutes téléphoniques et d’interceptions d’emails, rapports d’informateurs, auditions, informations sur les armes et les véhicules, relations entre les individus.

Un peu après vingt heures, le système « crache » une quinzaine de noms de suspects. Mohamed et Abdelkhader Merah figurent sur la liste. Douze heures plus tard, Mohamed Merah ouvre le feu devant l’école Otzar Hatorah.

La « faillite du renseignement » n’est donc pas totale, loin de là. Les fonctionnaires locaux ont fait leur travail et l’ont bien fait. Mais ils n’ont pas été suivis par leurs chefs, à Paris, qui ont mal évalué la dangerosité de Mohamed Merah, ont perdu du temps et ont privilégié une hypothèse de travail des plus discutables (le recrutement).

Cela étant, même si ces erreurs ont eu des conséquences tragiques, il s’agit bel et bien d’erreurs. Si faillite il y a eu, c’est celle de tout un système et pas seulement celle du renseignement : faillite de la protection de l’enfance et des services sociaux, faillite de l’éducation nationale et de l’administration pénitentiaire et, in fine, erreurs de jugement des fonctionnaires de la DCRI.

Ces derniers dysfonctionnements s’expliquent-ils par la surcharge de travail des services de sécurité intérieure, confrontés, depuis le début des années 2000, à la croissance exponentielle du nombre de dossiers à gérer ? C’est possible.

Fin 2012, en tout cas, la sous-direction du contre-terrorisme de la DCRI a vu ses effectifs considérablement renforcés. Mais pour ce faire, économies obligent, le service n’a pas pu recruter. Il a donc démantelé une autre sous-direction, consacrée à la « subversion violente » et qui s’intéressait particulièrement à l’extrême droite et à l’extrême gauche. Une erreur, sans doute puisque, crise économique et tensions sociales aidant, certains groupes appartenant à ces deux mouvances sont, eux aussi, en voie de radicalisation. Que se passera-t-il, demain, si c’est de cette extrême droite ou de cette extrême gauche violentes que vient la menace ? Que se passera-t-il si un sympathisant de l’un ou l’autre bord passe à l’acte, comme le fit Anders Breivik à Oslo, en juillet 2011 ? Sera-t-il détecté à temps ?

Justes ou non, les sanctions, cela étant, sont tombées : à Toulouse, le commissaire Ballé-Andrui a été écarté de la tête de la DDRI. A Paris, la commissaire Dominique Roulière, « patronne » du contre-terrorisme a laissé la place à une autre femme, la commissaire Lucille Rolland.

Au moment où j’écris ces lignes, en février 2013, l’enquête sur les tueries de Toulouse et Montauban se poursuit. Fin mars 2012, au terme de quatre jours de garde à vue, Abdelkhader Merah s’est vu mettre en examen « pour complicité d’assassinats, association de malfaiteurs en vue de la préparation d’actes de terrorisme et vol en réunion ».

De nombreuses zones d’ombre demeurent encore. Entre autres sur l’argent : celui qui a permis à Mohamed Merah de voyager plusieurs mois, de s’acheter des armes et de louer des véhicules provenait-il bien de braquages comme il l’affirma à la police dans les heures précédant sa mort ? Ou a-t-il été financé par d’autres ? Le rôle de son frère (et d’autres…) s’est-il borné à l’aider à se procurer le scooter dont il se servit ou est-il allé plus loin ? Certains étaient-ils au courant de ce qui se préparait et, si oui, qui ?

Seule certitude, la thèse du « Loup solitaire », avancée dans les jours qui ont suivi les attentats, bat de l’aile, même si Merah semble avoir mené un « djihad individuel » dans le sens où il paraît avoir toujours été seul au moment du passage à l’acte.

Ce concept de « Loup solitaire » est d’ailleurs éminemment discutable, mais j’y reviendrai dans la deuxième partie de ce livre.

1. Sur le « réseau Saleh » et les attentats de 1985-1986, voir Claude Moniquet, La Guerre sans visage, Paris, Michel Lafon, 2002, pages 221 à 264.

2. Ibid, pages 301 à 318.

3. La plupart des détails de l’histoire familiale de Mohamed Merah telle que je la retrace sont tirés du livre que son frère, Abdelghani a écrit avec Mohamed Sifaoui : Mon Frère, ce terroriste, Editions Calmann-Lévy, Paris, 2012. Il témoigne également très longuement dans le passionnant documentaire réalisé par Mohamed Sifaoui pour M6 : « Mohamed Merah : itinéraire d’un terroriste français » (M6, 2012).

4. Abdelghani Merah, op. cit., pages 71-72.

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