No futur - Serge Revel - E-Book

No futur E-Book

Serge Revel

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Beschreibung

«C’est ce que je veux t’enseigner, ma Jade, pour que tu échappes à l’emprise des malades incurables d’un Progrès illimité qui conduit inexorablement les hommes vers la fin du monde dans lequel ils croient jouir de ce qu’ils pensent être le bonheur absolu : la satisfaction immédiate du moindre désir. Leur plaisir est illusoire et c’est une course effrénée vers le toujours plus qui se heurtera forcément au mur de l’impossible.

"No futur", ma Jade, mais j’entrevois une petite lueur pour les survivants d’un monde fini.»

Il y a deux ans à peine, il restait optimiste. Et puis, peu à peu, devant l’aveuglement des politiques soumis aux puissances tutélaires de l’argent, devant la mort programmée de l’humanité, il ne lui reste qu’un mince filet d’espoir.

À PROPOS DE L'AUTEUR 

Né à Chambéry, Serge Revel a été maître de conférences à l’Université Lumière Lyon 2, maire de Pressins, 38, vice-président du Conseil Général de l’Isère.

Depuis 1989, il est l’auteur et metteur en scène des Historiales, 1er spectacle historique d’Auvergne Rhône-Alpes. Auteur de nombreux ouvrages, tous remarquables, il explore sans cesse de nouveaux horizons bien souvent d’une actualité criante.

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Seitenzahl: 74

Veröffentlichungsjahr: 2026

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Couverture

Copyright

Titre

Préface :

Il est des textes qui parlent haut et fort.

Voilà des années, des décennies que l’on crie, que l’on alerte quant à la destruction de notre civilisation.

Les scientifiques, les médias, les agriculteurs et éleveurs, tous nous donnent les arguments, les preuves de notre folie. Cette course vers le profit, profit pour qui ? Certainement pas nous, les consommateurs, les humains, les habitants de cette terre…

Serge Revel, je le connais bien, il écrit divinement bien et il sait traiter les sujets délicats avec douceur, pour preuve ses deux derniers ouvrages, l’un traitant du « mariage forcé » l’autre de « la solitude ».

Dans ce livre, il nous secoue, nous interpelle, et il a raison ! Que faisons-nous ?

A force de se dédouaner, de rejeter la faute sur l’autre, sur la société, les institutions, le temps joue contre nous…

Et nous, cela signifie tout le monde, toute notre civilisation, la population mondiale.

NO FUTUR, une affirmation lourde de sens ! A force de détruire, est-il possible que nous soyons nous-mêmes les acteurs de notre perte ?

Telle est la question… !!!

Andrew Learsi

Je suis là depuis plus d’une heure, amorphe, sur ma chaise-longue, dans le jardin, face à la colline tachetée de blanc. Les merisiers sont en fleurs. Gaïa, ma chienne Border-Collie, cherche des caresses, pousse mon coude, insiste. J’y réponds machinalement. La tête me tourne. Je bois un quatrième whisky. La bouteille est à mes pieds.  D’ici à ce soir elle sera vide. C’est un jour avec. Un jour alcoolisé. Quand la déprime est trop violente, je vais acheter une bouteille. Au début, il y a deux ans, deux verres me suffisaient pour être ailleurs, pour ne plus m’attrister, m’enfoncer. Pour oublier ma peur, cette angoisse mortelle devant l’avenir. Oublier Chlothilde qui n’en pouvait plus de vivre à côté d’un alcoolique dépressif ou plutôt du pessimiste que j’étais devenu. Il a fallu rapidement passer à trois verres puis à quatre et finalement il me faut vider une bouteille pour perpétuer cet état second qui ne me fait plus rien. Je le sais, j’en suis conscient et, le lendemain, je me raisonne. Continence pendant quelques jours avant de replonger.

J’ai peur. Peur du lendemain, des mois et années à venir. Moi qui suis depuis toujours d’un naturel optimiste, moi qui me projette facilement dans l’avenir, échafaudant mille projets, mille voyages, je me retrouve, depuis deux ans, vide de futur et presque désespéré devant les temps prochains. Aucune perspective, rien. Toute idée se heurte au doute. Terrifiant ! La faute à qui, à quoi ? Au confinement, aux règles sanitaires qui ont brisé la vie sociale, au bouleversement climatique annoncé et déjà bien présent, plus deux, plus trois ou quatre degrés d’ici à la fin du siècle, peut-être avant, qui exige un vrai changement de vie et de consommation ? A la technologie qui, sous prétexte de nous libérer nous rend de plus en plus dépendants ? Aux médias qui rongent le même os pendant des semaines avant de se jeter frénétiquement sur un autre ? A la société de dénonciation permanente de l’autre ? Aux réseaux sociaux qui véhiculent plus de haine et d’intolérance que d’amour ? Et la guerre en Ukraine, l’invasion, la menace nucléaire… J’ai peur et ne crois plus en l’homme. Un nouvel ordre mondial était né après-guerre. Un équilibre fragile mais la vie avait repris et ce qu’on appelait alors le progrès régnait comme une espérance. Des jours meilleurs étaient arrivés, ce que me disait mon père. On avançait joyeusement vers la catastrophe, je m’en rends compte maintenant.

No futur ! Je me mets en boule, je m’escargofie dans ma coquille, protection bien égoïste surtout pour moi qui adore, qui adorais la vie, les contacts, les autres. Je m’étiole, je m’aigris, je maigris émotionnellement, je me surprends à détester les autres, à m’en méfier moi qui étais généreusement ouvert. Je me réfugie encore dans les associations caritatives, Restos du cœur, Handicap International, parrainages d’enfants, aide aux migrants… mais mes collègues sont aussi moroses que moi. On y reste parce qu’on n’a pas le droit de tout lâcher, d’abandonner mais on n’y croit moins. L’enthousiasme a disparu. Routine et rituel. Une façon de maintenir la tête hors de l’eau, de ne pas sombrer, la certitude devenue de plus souvent illusion que d’autres ont besoin de nous, des pas chanceux, des boiteux de la vie.

Partout dans le monde, les peuples se réfugient dans un nationalisme obsolète, dans le rejet des normes environnementales, dans un complotisme qui nie la science, dans un retour du religieux de plus en plus intrusif. Dans la vie politique, dans la société, dans la vie personnelle. Jusqu’ à l’absurde, jusqu’à la prochaine dictature mondiale des esprits. Jusqu’à la destruction de la liberté de penser et donc de critiquer

Dans les steppes de l’Asie Centrale de Borodine. Mon téléphone… Raymond, un ami de jeunesse, un ami de toujours. Il me demande si je veux faire une rando avec lui en Chartreuse. Le grand Som. J’accepte bien sûr ! Partir, marcher, grimper, fuir le monde et se retrouver. J’en ai besoin. Mais serais-je en état ? Il me reste un peu de volonté. Je m’arrêterai à ce cinquième verre.  On discute un bon moment. De tout et de rien. Plutôt de rien. Je lui dis mon désarroi, mes doutes, mes craintes. Je bafouille, me répète. Il m’écoute, il m’approuve. Je ne suis plus seul.

L’hiver est arrivé. Brusquement. Il a neigé cette nuit. Extraordinaire ! Depuis des années la neige avait disparu des plaines. Parfois quelques flocons comme une illusion.

Il a neigé, une belle petite couche d’une dizaine de centimètres de neige lourde. Un grand, un immense silence d’éternité. Comme si rien n’avait changé, comme si tout était gommé des terribles agressions des hommes sur la nature. Qui semble prendre sa revanche.

Je sors, je monte dans ma voiture pour gagner la colline lointaine où il a beaucoup plus neigé. je marche dans la lumière blanche, dans cet univers ouaté, dans cette beauté retrouvée d’une nature vierge.

Quelques traces, déjà… les sabots d’un chevreuil, des pattes d’oiseaux, si fines, les empreintes d’un lièvre facilement reconnaissables.

Je marche dans le temps retrouvé, dans le temps éternel. Les branches des arbres sont toutes surlignées de blanc. Un monde en noir et blanc, féerique. Des festons de fête, celle de la nature.

J’avance, la neige crisse sous mes pieds. Je dérange le silence. Je me grise de ce paysage, du mystère de cette forêt où les grands troncs des chênes et des hêtres sont les colonnes d’une immense cathédrale.

Je me mets à prier, une belle prière païenne, pour que l’instant se fige, pour que toute cette beauté demeure. Au moins quelques semaines comme du temps de mon enfance, de mon adolescence.

J’espère un hiver vrai, qui dure, qui s’inscrit dans les saisons retrouvées.

J’imagine la panique sur les routes, en ville, le grand désordre et j’en souris.

Je marche et remonte le temps, je vois des paysans ouvrir un chemin dans la neige, j’entends des enfants jouer, je vois fumer des cheminées.

Voilà près de deux heures que je marche et brusquement le ciel se charge de nuages sombres et tombent les premières gouttes, tombent rapidement des déluges de pluie et la magie peu à peu disparaît et, lorsque je rentre, sur la départementale, tout est redevenu comme avant… routes grises, poteaux métalliques, flots de voitures, camions en files, la zone industrielle… l’immense supermarché, les éclairages en plein jour qui clignotent, scintillent, immense gaspillage…

Le rêve fut bien éphémère !

Je clopine de plus en plus. Pendant mes années d’adolescence et d’adulte, j’attendais demain, je rêvais. J’ai voyagé, découvert, je me suis instruit chaque jour un peu plus, curieux de tout, curieux des autres. L’avenir était sinon radieux du moins riche de promesses et puis, insidieusement, depuis plus deux ans, le doute, l’incertitude, le sentiment de précarité. No futur ! Le vide ou l’écran noir. Le brouillard souvent. Naviguer à vue. Tout est cotonneux, plus rien de solide, de palpable. Plus rien sur quoi s’appuyer. Lassée d’attendre, Gaïa saute sur mes genoux et se love contre moi. Tu t’en fiches, ma vieille. Ce n’est pas ton affaire ! Mon portable sonne de nouveau. L’adagio d’Albinoni. A chaque correspondant important pour moi sa musique. C’est Flo, ma fille. Elle me dit que Lyon est dans la crasse. Alerte pollution. Elle demande de mes nouvelles.

⸺ Ça va mieux ? Tu reprends vie ? Tu as arrêté de boire ?

⸺ Non… Je n’y arrive pas. C’est plus fort que moi.

⸺ Je passe samedi avec Jade. Elle te remontera le moral !