Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Albert, un homme vieillissant, raconte ses voyages engagés à Cuba, au Nicaragua, en Algérie, aux Etats-Unis, en Guadeloupe, et aussi ses aventures professionnelles de formateur pour adultes. Avec quelques réflexions sur le présent qui s' achève . Sous la forme de onze petits récits, comme autant d'adieux aux armes.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 104
Veröffentlichungsjahr: 2023
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Albert est né juste au début de la guerre mondiale, la seconde... Tout petit, il est tombé dans la lutte des classes.
« Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes. » C’est le titre du film de Zilberman qui l’a bien fait rire.
Parce que lui, oui, il l’avait eu cette chance-là. Ses parents, des ouvriers de Villeurbanne militaient depuis toujours.
Et en plus son père avait été résistant, donc le déterminisme social, il connaît. Toute sa vie s’en est ressentie.
J’ai rencontré Albert en l 'an 2000 et nous sommes devenus très amis. Il m ' a raconté ses histoires par étapes, doucement, en nous accompagnant d’un délicat bourgogne.
Ses histoires ne sont pas toujours militantes et même quelquefois paraissent compliquées. Je l’ai accouché de 11 récits de courtes ou plus longues aventures, toutes du siècle dernier, et décidé de les écrire, d’en faire un recueil.
Avec son accord. La « gloriole » n’est pas son genre, comme il dit, et il m’a demandé de ne pas dévoiler son nom,juste son prénom. Récit des luttes et des voyages d’un homme d’hier, Albert, encore vivant aujourd’hui.
Ceci écrit avec l’envie de transmettre les idées de solidarité collective de cet homme vieillissant. Seuls nos actes seront témoins de ce que nous avons fait de nos vies. Lorsque l’on ne peut plus voyager, combattre, ou même marcher, alors, il faut écrire
1956 tabassages rue de la “ Ré“
1958 Yves Montand aux Célestins
1961 d’un putsch à l’autre
1963 en prison pour travailler
1968 victoire syndicale, défaite politique
1978 San Francisco, d’autres horizons.
1979 Algérie, un pari pédagogique.
1987 une brigade au Nicaragua
1988 aventures caribeo-pédagogique
1996-2022 Cuba solidarité et amour
1967-1999 Luttes syndicales
1956, Tabassage rue de la“ Ré“ à Lyon
Ou comment on devient révolté ...
Les jeunes lyonnais d‘alors, ne disaient pas, rue de la République, on disait qu ’on allait « faire la rue de la Ré ». Lieu de rencontres très attractif pour ces jeunes gens des années soixante.
Mais ce soir-là, ce ne furent pas de bonnes rencontres.
En novembre 1956, Albert venait d’avoir 17 ans, jeune homme fils d’ouvriers, en lycée technique, il participait à Lyon à une manifestation du parti communiste, qui avait été interdite.
Il n’était pas membre du parti communiste, mais si on touchait à celui-ci, on touchait à son père et à sa mère, ouvriers militants modestes et irréprochables...qu’il aimait et admirait. Ils avaient participé à tous les combats de la classe ouvrière, y compris comme résistants durant l’occupation allemande.
L’objet de cette manifestation était de protester contre les exactions dont étaient victimes alors les permanences communistes, les attaques contre ses militants, les violences diverses et variées dont l’incendie de l’immeuble de l’Humanité à Paris, à l’occasion des événements de Budapest, où l’Union soviétique était intervenue, de manière injuste et sanglante.
L’extrême droite pétainiste ressuscitée 11 ans après la Libération, la droite revancharde, mais aussi des socialistes pro Algérie Française, en profitaient pour régler leurs comptes dans la violence, avec le Parti Communiste Français, accusé de complicité avec la répression en Hongrie, aidés par des bandes de nervis violents, où apparaissaient déjà des ex-paras de la guerre d’Indochine et les nouveaux de la guerre d’Algérie, qui avait débuté 2 ans plutôt.
Les manifestants à l’appel du PCF, tentaient donc de défiler, place de la République au centre de Lyon en scandant « le fascisme ne passera pas », bien seuls, bien isolés, dans une atmosphère de chasse à l’homme. Ils n’étaient pas nombreux dans le maquis, comme chantera Kent, 35 ans plus tard. Peut- être 300 à 400 personnes.
Protestant contre deux CRS qui s’acharnaient à coup de matraque sur un homme à terre qu’il jugeait âgé (peut-être 50 ans!) en les traitant de salauds, Albert se fit lui-même matraqué, puis arrêté par deux crs qui le tenaient en lui immobilisant les bras, tandis qu’un commissaire en civil et imperméable, lui donnait des coups de poings dans le ventre.
Un photographe du Progrès, journal local, lui a tiré le portrait au magnésium, « c’est un coco celui-là? » disait-il, en interrogeant les flics.
Un adolescent de 17 ans, 1,64 m, 60 kg: il y avait en effet de quoi s’interroger sur la dangerosité de cet individu.
Ils le relâchèrent, et il se mit immédiatement à vomir, c’est un homme d’une trentaine d’années, un « coco » pur jus, qui l’a ramené à la porte de chez lui à Villeurbanne, en lui expliquant les tours et contours de la lutte de classe...
Voilà c’était sapremière manifestation...
Il n’en a jamais rien dit à ses parents pour ne pas les inquiéter ; mais Il n’est pas impossible que cette violence subie à l’adolescence par les représentants d’un certain ordre, ait fait de lui, à jamais, un révolté, et peut être même un révolutionnaire.
Par la suite, il se souviendra de cette manifestation comme d’un premier geste de révolte collective.
Plus tard, la répression en Hongrie lui apparut comme contraire à ses valeurs. Mais il manifestait alors surtout pour soutenir les idées de ses parents, pour protéger leur identité.
Yves Montand aux Célestins, à Lyon.
En septembre 1958, un autre événement marqua la fin de l’adolescence d’Albert.
Il faut ici rappeler qu’en mai 1958, un coup d’état militaire frappa la République Il est de bon ton de l’oublier aujourd’hui pour ne pas ternir l’image du gaullisme, mais il y a bien eu un coup d’état militaire le 13 mai 1958.
La guerre d’Algérie, cette « sale guerre » qui ne disait pas son nom, pourrissait tout et durait depuis 3 ans et demi déjà. Des contacts secrets avaient eu lieu entre les rebelles algériens et des émissaires du gouvernement français.
Opposés à toutes négociations, les généraux français, politisés, qui avaient subi l’humiliation de Dien Bien Phu, 4 ans plus tôt, s’emparèrent de tous les pouvoirs civils et militaires en Algérie le 13 mai 1958, se proclamèrent comité de salut public, dans la foulée, envoyèrent des unités parachutistes envahir la Corse, qui bascula également du côté des putschistes, et firent parvenir un ultimatum au gouvernement français légal, exigeant la mise en place d’un gouvernement de Salut public, prêt à la guerre totale en Algérie, y compris exterminatrice. Le chef auto proclamé de cette rébellion militaire, qui sous certains aspects ressemblait à celle de Franco en Espagne, était Massu, le « vainqueur » de la « bataille d’Alger », pendant laquelle, aux côtés de milliers d’Algériens torturés et assassinés, mourut également Maurice Audin, chercheur mathématicien, communiste d’Algérie, assassiné par des militaires français. Le président Macron le reconnaitra, 65 ans plus tard ....
Albert était sensible à tout cela, car dans sa famille, on était très politisés et les discussions étaient passionnées.
De Gaulle, informé des manœuvres antirépublicaines des militaires, avait des liaisons avec ceux-ci, et avec les milieux de droite et d’extrême droite, particulièrement actifs, joua habilement le « sauveur suprême ». Seule la lâcheté des politiciens français serviles, à l’exception du PCF, de Mitterrand et de Mendès, (ce fût leur honneur) porta De Gaulle au pouvoir.
Et son avènement est bien né d’un coup d’état militaire, certes sans guerre civile, mais par abandon avant le premier round de l'immense majorité des élus.
Car la question est : que ce serait- il passé si les députés avaient résisté et refusé de se plier au diktat miliaire ?
Déjà la résistance s'organisait, le parti communiste, la Cgt et d'autres forces avaient appelé à manifester contre le pronunciamiento, défilé en nombre, derrière « le fascisme ne passera pas », et dans ses mémoires De Gaulle dit qu'il pensait alors avoir perdu la bataille politique.
La veulerie de ceux qui se réclamaient alors de la SFIO et du radical- socialisme, permit au Général de forcer la main du parlement. Ceci amena la 5e République, dont nous encore aujourd'hui les effets institutionnels subissons et sociaux.
Ces événements renforcèrent les tenants de la guerre à outrance en Algérie, ce qui rendit ensuite impossible une paix salvatrice et réconciliatrice. Les pensées anti-immigration d'aujourd'hui, sont, en partie, l'héritage, même en 2020, de cette guerre.
Quant à la bande de copains du lycée de la Martinière à LYON et du quartier à Villeurbanne, dont Albert faisait partie, ils étaient tous fils de famille ouvrière ou paysanne, et prêts à en découdre, car ils s’étaient déjà affrontés plusieurs fois avec les bandes de nervis d’extrême droite qui sévissaient déjà à Lyon, notamment à la Croix rousse.
Ils avaient à peine 19 ans, et ce qui se profilait à l’horizon, pour eux, c’était la guerre en Algérie. Parlez d’une perspective! Surtout avec leur état d’esprit d’anarchistes, communards, antimilitaristes....
Tout au long du mois dramatique de mai 1958, ils avaient vécu dans l’angoisse et la révolte, et chaque jour apportait son lot de nouvelles politiques incendiaires.
C’était leur dernière année d’études à la Martinière à Lyon, les cours furent très perturbés et le dernier trimestre inexistant.
De Gaulle organisa rapidement un référendum créant au 28 septembre la 5e République, 1958. Là et encore, la date ils en fut n’étaient fixée pas nombreux dans le maquis à défendre le NON.
La France était menacée d’une forme de fascisme insidieux, où l’extrême droite et les gaullistes emportaient tout, des services « d’action civique » se mettaient en place, de véritables milices tournaient autour, et la radio et la télé aux ordres faisaient le reste.
Leurs parents étaient inquiets, ils leur disaient de moins s’exposer, que des listes de suspects d’antigaullisme allaient être dressées, ils craignaient de retrouver l’atmosphère de 1940, lors de l’arrivée de Pétain...
Donc, cette bande de jeunes se battait un peu seuls contre tous, mais, cependant, des femmes et des hommes, plutôt célèbres disaient publiquement et courageusement leur désaccord avec le raz de marée du pouvoir personnel, et Yves Montand, fut de ceux- là. C’était alors un chanteur extrêmement populaire. Il afficha sans ambiguïté son NON au référendum pour la 5e République. Et c’est ainsi que le 26 septembre, il devait chanter au théâtre des Célestins.
Le soir de la représentation, les nervis de droite, les ultras, certains habillés en para, se massèrent sur les escaliers du théâtre, tentant d’empêcher les spectateurs d’entrer, le PCF et d’autres organisations avaient appelé à contre-manifester.
Des jeunes gens avec Albert, étaient plusieurs centaines en haut des marches et devant l’entrée du théâtre, bien décidés à ce que la soirée se déroule et que Y. Montant puisse chanter.
L’affrontement eut lieu, des coups furent échangés,
Des mouvements de foule durèrent un long moment.
Puis Y. Montand apparut à la porte du théâtre des Célestins, avec Simone Signoret, prit rapidement la parole, et entra au théâtre pour chanter.
Les flics présents ne bougeaient pas, se contentant de regarder les manifestants, et finalement, devant le nombre grandissant de défenseurs du théâtre, les nervis partirent, non sans hurler des obscénités et des appels au meurtre ...La représentation pu se tenir. Le 28 septembre, au référendum, le oui l’emporta avec 80 % des voix.
15 mois plus tard, Albert partit en Algérie pour deux ans.
D’’un putsch à l'autre
Le 21 avril 1961, Albert avait 21 ans, il y avait 14 mois qu’il était en Algérie, pour le compte de l’armée française mais sans son propre consentement... et qui ne dit mot ne consent pas.
Entre septembre 1958, date du référendum pour la 5erépublique (voir chapitre précédent) et octobre 1959, date de son départ à l’armée, Albert avait milité à sa façon, prenant part à toutes les manifestations à Lyon contre la guerre en Algérie, notamment.
Et il y en eut de nombreuses, souvent durement réprimées, à l’appel des organisations de gauche, courageuses : des communistes, des démocrates sincères, des chrétiens, des artistes et intellectuels et des syndicalistes.
« La question », le livre d’Henri Alleg, interdit, avait été largement diffusé sous le manteau. La censure régnait assez brutalement parfois sur la presse, et le régime gaulliste était particulièrement violent en matière de censure.
Albert était caporal depuis peu, basé à Philippeville, dans la 5e compagnie du 3e bataillon de zouaves, qui était chargé de la protection des trains et des voies ferrées sur la ligne Philippeville/Touggourt.
Dans la journée il travaillait dans les bureaux, avec Pedro, séminariste, sursitaire, arrivé depuis peu, tous les deux hommes de troupe du contingent, sous la hiérarchie d’un sergent major et d’un sergent-chef, engagés, ayant fait l’Indochine, et qui « glandaient » royalement, car c’était Pedro et Albert qui se coltinaient tout le boulot d’administration de la compagnie.
