Phèdre - Jean Racine - E-Book

Phèdre E-Book

Jean Racine

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Beschreibung

Phèdre est une tragédie en cinq actes et en vers de Jean Racine créée le 1er janvier 1677 à Paris sous le titre Phèdre et Hippolyte. Racine n'adopta le titre de Phèdre qu'à partir de la seconde édition de ses Œuvres en 1687. La pièce comporte 1 654 alexandrins. Inspirée de la mythologie grecque, la pièce met en scène l'amour conçu par Phèdre, femme de Thésée, pour Hippolyte, fils de Thésée et d'une Amazone.

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Jean Racine

 

Phèdre

 

 

 

 

 

ACTE I

 

SCENE I - HIPPOLYTE, THERAMENE

 

 

HIPPOLYTE

Le dessein en est pris, je pars, cher Théramène,

Et quitte le séjour de l'aimable Trézène.

Dans le doute mortel où je suis agité,

Je commence à rougir de mon oisiveté.

Depuis plus de six mois éloigné de mon père,

J'ignore le destin d'une tête si chère ;

J'ignore jusqu'aux lieux qui le peuvent cacher.

 

THERAMENE

Et dans quels lieux, Seigneur, l'allez-vous donc chercher ?

Déjà, pour satisfaire à votre juste crainte,

J'ai couru les deux mers que sépare Corinthe ;

J'ai demandé Thésée aux peuples de ces bords

Où l'on voit l'Acheron se perdre chez les morts ;

J'ai visité l'Élide, et, laissant le Ténare,

Passé jusqu'à la mer qui vit tomber Icare.

Sur quel espoir nouveau, dans quels heureux climats

Croyez-vous découvrir la trace de ses pas ?

Qui sait même, qui sait si le Roi votre père

Veut que de son absence on sache le mystère ?

Et si, lorsqu'avec vous nous tremblons pour ses jours,

Tranquille, et nous cachant de nouvelles amours,

Ce héros n'attend point qu'une amante abusée...

 

HIPPOLYTE

Cher Théramène, arrête, et respecte Thésée.

De ses jeunes erreurs désormais revenu,

Par un indigne obstacle il n'est point retenu ;

Et fixant de ses voeux l'inconstance fatale,

Phèdre depuis longtemps ne craint plus de rivale.

Enfin en le cherchant je suivrai mon devoir,

Et je fuirai ces lieux que je n'ose plus voir.

 

THERAMENE

Hé ! depuis quand, Seigneur, craignez-vous la présence

De ces paisibles lieux, si chers à votre enfance,

Et dont je vous ai vu préférer le séjour

Au tumulte pompeux d'Athènes et de la cour ?

Quel péril, ou plutôt quel chagrin vous en chasse ?

 

HIPPOLYTE

Cet heureux temps n'est plus. Tout a changé de face

Depuis que sur ces bords les Dieux ont envoyé

La fille de Minos et de Pasiphaé.

 

THERAMENE

J'entends. De vos douleurs la cause m'est connue,

Phèdre ici vous chagrine, et blesse votre vue.

Dangereuse marâtre, à peine elle vous vit

Que votre exil d'abord signala son crédit.

Mais sa haine sur vous autrefois attachée,

Ou s'est évanouie, ou bien s'est relâchée.

Et d'ailleurs, quels périls peut vous faire courir

Une femme mourante et qui cherche à mourir ?

Phèdre, atteinte d'un mal qu'elle s'obstine à taire,

Lasse enfin d'elle-même et du jour qui l'éclaire,

Peut-elle contre vous former quelques desseins ?

 

HIPPOLYTE

Sa vaine inimitié n'est pas ce que je crains.

Hippolyte en partant fuit une autre ennemie.

Je fuis, je l'avoûrai, cette jeune Aricie,

Reste d'un sang fatal conjuré contre nous.

 

THERAMENE

Quoi ! vous-même, Seigneur, la persécutez-vous ?

Jamais l'aimable soeur des cruels Pallantides

Trempa-t-elle aux complots de ses frères perfides ?

Et devez-vous haïr ces innocents appas ?

 

HIPPOLYTE

Si je la haïssais, je ne la fuirais pas.

 

THERAMENE

Seigneur, m'est-il permis d'expliquer votre fuite ?

Pourriez-vous n'être plus ce superbe Hippolyte,

Implacable ennemi des amoureuses lois,

Et d'un joug que Thésée a subi tant de fois ?

Vénus, par votre orgueil si longtemps méprisée,

Voudrait-elle à la fin justifier Thésée ?

Et vous mettant au rang du reste des mortels,

Vous a-t-elle forcé d'encenser ses autels ?

Aimeriez-vous, Seigneur ?

 

HIPPOLYTE

Ami, qu'oses-tu dire ?

Toi qui connais mon coeur depuis que je respire,

Des sentiments d'un coeur si fier, si dédaigneux,

Peux-tu me demander le désaveu honteux ?

C'est peu qu'avec son lait une mère amazone

M'ait fait sucer encor cet orgueil qui t'étonne ;

Dans un âge plus mûr moi-même parvenu,

Je me suis applaudi quand je me suis connu.

Attaché près de moi par un zèle sincère,

Tu me contais alors l'histoire de mon père.

Tu sais combien mon âme, attentive à ta voix,

S'échauffait au récit de ses nobles exploits,

Quand tu me dépeignais ce héros intrépide

Consolant les mortels de l'absence d'Alcide,

Les monstres étouffés et les brigands punis,

Procuste, Cercyon, et Scirron, et Sinnis,

Et les os dispersés du géant d'Epidaure,

Et la Crète fumant du sang du Minotaure.

Mais quand tu récitais des faits moins glorieux,

Sa foi partout offerte et reçue en cent lieux,

Hélène à ses parents dans Sparte dérobée,

Salamine témoin des pleurs de Péribée,

Tant d'autres, dont les noms lui sont même échappés,

Trop crédules esprits que sa flamme a trompés ;

Ariane aux rochers contant ses injustices,

Phèdre enlevée enfin sous de meilleurs auspices ;

Tu sais comme à regret écoutant ce discours,

Je te pressais souvent d'en abréger le cours :

Heureux si j'avais pu ravir à la mémoire

Cette indigne moitié d'une si belle histoire !

Et moi-même, à mon tour, je me verrais lié ?

Et les Dieux jusque-là m'auraient humilié ?

Dans mes lâches soupirs d'autant plus méprisable,

Qu'un long amas d'honneurs rend Thésée excusable,

Qu'aucuns monstres par moi domptés jusqu'aujourd'hui

Ne m'ont acquis le droit de faillir comme lui.

Quand même ma fierté pourrait s'être adoucie,

Aurais-je pour vainqueur dû choisir Aricie ?

Ne souviendrait-il plus à mes sens égarés

De l'obstacle éternel qui nous a séparés ?

Mon père la réprouve ; et par des lois sévères

Il défend de donner des neveux à ses frères :

D'une tige coupable il craint un rejeton ;

Il veut avec leur soeur ensevelir leur nom,

Et que jusqu'au tombeau soumise à sa tutelle,

Jamais les feux d'hymen ne s'allument pour elle.

Dois-je épouser ses droits contre un père irrité ?

Donnerai-je l'exemple à la témérité ?

Et dans un fol amour ma jeunesse embarquée...

 

THERAMENE

Ah ! Seigneur si votre heure est une fois marquée,

Le Ciel de nos raisons ne sait point s'informer.

Thésée ouvre vos yeux en voulant les fermer,

Et sa haine, irritant une flamme rebelle,

Prête à son ennemie une grâce nouvelle.

Enfin d'un chaste amour pourquoi vous effrayer ?

S'il a quelque douceur, n'osez-vous l'essayer ?

En croirez-vous toujours un farouche scrupule ?

Craint-on de s'égarer sur les traces d'Hercule ?

Quels courages Vénus n'a-t-elle pas domptés !

Vous-même où seriez-vous, vous qui la combattez,

Si toujours Antiope à ses lois opposée,

D'une pudique ardeur n'eût brûlé pour Thésée ?

Mais que sert d'affecter un superbe discours ?

Avouez-le, tout change ; et depuis quelques jours

On vous voit moins souvent, orgueilleux et sauvage,

Tantôt faire voler un char sur le rivage,

Tantôt, savant dans l'art par Neptune inventé,

Rendre docile au frein un coursier indompté.

Les forêts de nos cris moins souvent retentissent.

Chargés d'un feu secret, vos yeux s'appesantissent.

Il n'en faut point douter : vous aimez, vous brûlez ;

Vous périssez d'un mal que vous dissimulez.

La charmante Aricie a-t-elle su vous plaire ?

 

HIPPOLYTE

Théramène, je pars, et vais chercher mon père.

 

THERAMENE

Ne verrez-vous point Phèdre avant que de partir,

Seigneur ?

 

HIPPOLYTE

C'est mon dessein : tu peux l'en avertir.

Voyons-la, puisqu'ainsi mon devoir me l'ordonne.

Mais quel nouveau malheur trouble sa chère OEnone ?

 

 

SCENE II - HIPPOLYTE, OENONE, THERAMENE

 

OENONE

Hélas ! Seigneur, quel trouble au mien peut être égal ?

La Reine touche presque à son terme fatal.

En vain à l'observer jour et nuit je m'attache :

Elle meurt dans mes bras d'un mal qu'elle me cache.

Un désordre éternel règne dans son esprit.

Son chagrin inquiet l'arrache de son lit.

Elle veut voir le jour ; et sa douleur profonde

M'ordonne toutefois d'écarter tout le monde...

Elle vient.

 

HIPPOLYTE

Il suffit : je la laisse en ces lieux,

Et ne lui montre point un visage odieux.

 

 

SCENE III - PHEDRE, OENONE

 

PHEDRE

N'allons point plus avant. Demeurons, chère OEnone.

Je ne me soutiens plus, ma force m'abandonne.

Mes yeux sont éblouis du jour que je revoi,

Et mes genoux tremblants se dérobent sous moi.

Hélas !

 

OENONE

Dieux tout-puissants ! que nos pleurs vous apaisent.

 

PHEDRE

Que ces vains ornements, que ces voiles me pèsent !

Quelle importune main, en formant tous ces noeuds,

A pris soin sur mon front d'assembler mes cheveux ?

Tout m'afflige et me nuit, et conspire à me nuire.

 

OENONE

Comme on voit tous ses voeux l'un l'autre se détruire !

Vous-même, condamnant vos injustes desseins,

Tantôt à vous parer vous excitiez nos mains ;

Vous-même, rappelant votre force première,

Vous vouliez vous montrer et revoir la lumière.

Vous la voyez, madame, et prête à vous cacher,

Vous haïssez le jour que vous veniez chercher ?

 

PHEDRE

Noble et brillant auteur d'une triste famille,

Toi, dont ma mère osait se vanter d'être fille,