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Ama est une jeune femme épanouie à l'aube de la quarantaine, entourée de ses proches, à l'équilibre entre sa vie professionnelle et familiale. Suite à une rencontre inattendue avec un amour de jeunesse, elle voit son existence bouleversée. Des doutes, des peurs, des blessures refont surface. Des capacités médiumniques et chamaniques se réveillent... Cet homme est à l'origine de cette transformation profonde. À travers ce témoignage, Ama part à la découverte d'elle-même. Elle nous livre son immersion dans cet univers romanesque où ses souvenirs s'entremêlent dans un tourbillon intemporel. Ainsi, elle ouvre une passerelle entre son incarnation présente et ses vies passées afin de libérer ce lien extraordinaire de flammes jumelles.
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Seitenzahl: 227
Veröffentlichungsjahr: 2021
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À mon « Papy Renard » qui, malgré la rudesse
de son existence, m'a laissée l’apprivoiser ;
À mes deux « petits princes » qui me rendent
responsables de ce que je construis aujourd’hui ;
À toi, la rose sacrée, unique au monde, qui fleurit
en mon cœur et me guide depuis toujours ;
À la lumière de cet amour inconditionnel qui vibre
au sein de mon âme éternelle.
par Alexandra La Voie Astrale
« Toutes nos passions reflètent les étoiles. » Victor Hugo
La littérature est talentueuse, surprenante, magicienne. Elle nous transporte dans un espace-temps où notre identité n’est plus qu’une enveloppe charnelle en sommeil. Notre âme s’envole, comme infiltrée dans cet autre. Les mots possèdent cette énergie spectaculaire : rien n’appartient au lecteur. Pourtant tout devient réel, prégnant, envoûtant... L’attraction est trop forte, terminer un chapitre et le suivant, pour nourrir suffisamment notre être de cette sève immatérielle. Serait-ce là un témoignage de la puissante présence de l’invisible ?
Et puis, il existe des récits qui nous font chavirer. Ceux-là sont précieux car ils sont le reflet d’une nouvelle étoile suspendue en nous. Être prêt pour l’inconnu, laisser derrière soi toute croyance, voilà tout le talent d’Ama au travers de Réminiscences. Intimement connectée à notre terre mère à la manière des Amérindiens, éternellement amoureuse, divinement reliée aux mondes subtils, l’auteure nous livre son autobiographie qui est à vivre comme une partition de musique en trois temps : se laisser parcourir par les vibrations, se relier au cœur, s’ouvrir au chant universel de l’âme. Les dimensions se confondent, et il n’est nul besoin de les distinguer, de les raisonner ; l’unique clé d’entrée est l’Amour.
Au travers des couloirs du temps, découvrez la passion de flammes jumelles, qui ne cessent de se reconnaître. L’ivresse amoureuse n’est jamais loin de la souffrance. La tentation de vie devient un écho à la déchirure du corps, du cœur et de l’âme ; en particulier quand on vit d’amour. Éros s’infiltre dans notre temple, s’infuse et se répand dans nos cellules jusqu’à se fondre dans l’infini de nos mémoires. Les mots deviennent les derniers héritiers d’aventures d’un soir ou de contes lointains nous emmenant dans des vies entremêlées. Entre rêve et réalité, présent et passé, à la recherche d’un futur, la flamme se frotte aux larmes, dans une ébullition froide où tout perd sens. Où tout prend soudain trop de sens : le cœur lourd, la respiration se fait silence pendant que l’univers emporte en son sein la magie d’alter-héros échoués et perdus en eux-mêmes.
À la manière de l’aigle, à mi-chemin entre la terre et les cieux, Réminiscences est une exploration d’horizons lointains, où l’on se pose. Dans la joie de notre présente réalité.
Tout reste à créer.
Alexandra La Voie Astrale1
1 Alexandra Lefebvre est une astrologue de l’âme. Intuitive et humaniste, elle étudie votre thème astral pour mettre en lumière votre chemin de vie. https://lavoieastrale.com
J’écris comme je respire ; une urgence insufflée par mes émotions. Coucher les mots, les observer danser sur le papier glacé avec cette grâce infinie marbrée de violence ; celle qui étreint mes sanglots. Les crier, les pleurer, les chanter, les rayonner enfin. Mes armes, ma voix et ma plume, vous traduisent la pudeur de mes sentiments. Je me laisse emporter par ces aveux. Je ne connais les multiples détours qui me mèneront à destination, mais je sais intimement que je me suis incarnée pour cette unique raison : expérimenter l'amour.
Durant ces longs mois de gestation à moi-même, de nombreux livres ont assouvi ma soif de découverte. Ma première révélation fût l’ouvrage d’Arnaud Riou, « Réveillez le chaman qui est en vous »2. C’est pourquoi, il m’apparut évident d’illustrer chacun de mes chapitres par une citation de son fabuleux « Oracle du Peuple animal »3. J’ai souhaité, d’autre part, accompagner mon texte de mélodies. Elles sonnent, résonnent, allument au fond de moi l’énergie créatrice qui nous relie tous ; telle une réponse à ce que nous vivons.
Mon récit est volontairement court, sans fioriture. J’aurais pu le développer, l’agrémenter de détails insignifiants, y insérer de multiples intrigues pour en faire un roman plus conséquent. Néanmoins, j’ai réalisé que je devais me limiter aux strictes informations que j’avais reçues au fil de mes diverses expériences médiumniques. J’ai accordé ma confiance à mon âme. J’ai écouté mes ressentis. Souvent les larmes, les frissons, les tremblements de mon corps me signifiaient que ce que je voyais, entendais ou écrivais, était juste. J’ai préféré rester fidèle à la vérité de mon cœur afin de vous livrer ce témoignage ; espérant ainsi qu’il puisse vous éclairer sur votre parcours spirituel de flamme.
Paix, Lumière et Unité en vous.
Ama
2Réveillez le chaman qui est en vous, Arnaud Riou, J’ai lu aventures secrètes, 2017
3L’oracle du peuple animal, Arnaud Riou et Marie-France Venon, Guy Trédaniel, 2016. Le coffret est composé d’un livret et de cinquante cartes.
J’ai gardé de l’enfance mon aptitude à m’émerveiller. Ma plus grande force, c’est ma tendresse. (Le Porc-épic)
Allégeance4
Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n’est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus ; qui au juste l’aima ?
Il cherche son pareil dans le vœu des regards. L’espace qu’il parcourt est ma fidélité. Il dessine l’espoir et léger l’éconduit. Il est prépondérant sans qu’il y prenne part.
Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. À son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s’inscrit son essor, ma liberté le creuse.
Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n’est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus ; qui au juste l’aima et l’éclaire de loin pour qu’il ne tombe pas ?
René Char
Une journée humide et grise : la météo idéale pour trier le grenier. Les caisses de vêtements minuscules s’empilent au milieu du landau, des poussettes, des lits à barreaux et de la chaise haute. Celles des décorations de mariage croulent sous celles des affaires de ma grand-mère disparue. Les peluches de mes garçons s’amoncellent sur celles de mon enfance. Mes cartons de lycéenne menacent de s’effondrer sur ceux de mes cours d’étudiante. Trésors cachés, témoignage d’un joyeux capharnaüm de presque quarante années. Je me pose et laisse la boîte de Pandore me délivrer ses secrets. Cahiers d’écolier, poèmes calligraphiés, portraits brouillés, plumes irisées, mélodies envolées, prose libérée, textes versifiés, rimes éveillées, livres cornés, lettres froissées, paroles insoupçonnées, chagrins d’été, bois flotté, places de ciné, foulard élimé, photos encadrées, peinture diluée, partitions illustrées, amour brisé, baisers volés, caresses acidulées, notes entrelacées, fleurs séchées, feuille de châtaigner, paysage printanier, cartes abandonnées, vagues en Méditerranée, voilier échoué... Par ces quelques mots légers, voyager sur ma toile d’araignée... Éphémère bonheur, abîmé par les grains du sablier ; instants presque oubliés...
Il est des lieux, des visages, des sourires, des histoires qui errent au gré de nos mémoires. Fantômes fragiles, intemporels, il est des récits qui vous bouleversent, qui abritent des souvenirs bien gardés, amarrés dans votre lointain passé. Laissez-les vous accompagner. Acceptez-les. Absorbez-les. Admirez-les. Abreuvez-vous de leurs tendres mélopées. Libérez-vous et réapprenez à Aimer !
4 Extrait du recueil Fureur et Mystère de René Char, paru pour la première fois en 1948
Préface
Introduction
Prologue
Chapitre 1
Janvier 2019
Mars 2018
Janvier 2019
Écosse, XIIIe siècle
Arizona, XVIIe siècle
Chapitre 2
Mars 2018
Mars 2000
Mars 2018
Arizona, XVIIe siècle
Chapitre 3
Mars 2018
Mars 2000
Écosse, XIIIe siècle
Chapitre 4
Arizona, XVIIe siècle
Avril 2018
Arizona, XVIIe siècle
Chapitre 5
Printemps 2018
Arizona, XVIIe siècle
Chapitre 6
Été 2018
Écosse, XIIIe siècle
Chapitre 7
Septembre 2000
Novembre 2018
Novembre 2000
Novembre 2018
Écosse, XIIIe siècle
Chapitre 8
Janvier 2019
Janvier 2006
Janvier 2019
Chapitre 9
Mars 2006
Janvier 2019
Écosse, XIIIe siècle
Mars 2006
Chapitre 10
Avril 2006
Écosse, XIIIe siècle
Arizona, XVIIe siècle
Chapitre 11
Avril 2006
Fin janvier 2019
Écosse, XIIIe siècle
Fin janvier 2019
Chapitre 12
Février 2019
Chapitre 13
Mai 2006
Mars 2019
Par-delà les mers et les continents. Au-delà du temps. Ici et maintenant. Éternellement.
Épilogue
Juin 2019
Juillet 2019
Remerciements
Prologue
Juillet 2020
Souviens-toi d’où tu viens... Remonte à la source... Souviens-toi qui tu es... Alors, seulement tu ressentiras où tu vas. (Le Saumon)
Je me réveille en sursaut, ruisselante, le souffle coupé. Il est trois heures du matin. Je vérifie : je me trouve bien dans mon lit. Autour de moi, tout est paisible. La machine à laver ronronne comme les chats sur le canapé, enfants et mari endormis. En moi, c’est une cascade de sensations qui se ravivent. Il m’a appelée ! Je croyais en avoir fini. J’étais tellement convaincue, cette fois, d’être à jamais libérée de son souvenir. J’ai tout essayé. Et pourtant...
Il a suffi d’une rencontre, une seule en plus de dix ans, pour me déstabiliser... Pour que les cendres de ma mémoire s’embrasent.
« Et crever le silence quand c’est à toi que je pense. Je suis loin de tes mains loin de toi, loin des tiens, mais tout ça n’a pas d’importance. J’connais pas ta maison ni ta ville, ni ton nom. Pauvre riche ou bâtard, blanc, tout noir ou bizarre ; je reconnais ton regard. Et tu cherches une image et tu cherches un endroit où je dérive parfois. »5
Assise dans le fond de l’église, absorbée par l’émotion, perdue vers la lumière des vitraux, je l’ai senti. J’ai senti son regard, ses pas se rapprocher et se faufiler parmi la foule d’âmes endeuillées. Je me suis retournée et je l’ai vu, devant moi, s’avançant, m’adressant un timide sourire. Un frisson incontrôlable parcourut alors mon corps appesanti. Mes jambes se dérobèrent, puis se mirent à trembler, sous le poids du temps morcelé. Une bouffée de chaleur m’enveloppa tout entière. Il fallait que je retire mon manteau ; j’étais proche du malaise. Un sursaut me fit revenir à l’instant présent. Je m’en voulais... Je m’en voulais tant. Pourquoi ? Pourquoi réagir de la sorte ? Je m’y étais préparée. Je savais que je vivrais cet instant redouté et, même si je ne voulais l’admettre, si attendu. Je m’étais interdite de manifester une quelconque émotion tout en visualisant la scène. Je devais me montrer détachée et confiante à la fois. Il était à présent face à moi. Il me tendit sa joue ; je me penchai du mauvais côté, troublée, déboussolée, les yeux embués. Certes, je pleurais la perte d’un être cher, néanmoins à cet instant précis, se mêlèrent avec finesse, la tristesse, la résignation, la joie d’un moment que j’avais refoulé, le remords, le manque. Cette part manquante : un abîme... Cette absence étourdissante que je n’avais réalisée. Je lui découvrais un air grave et sérieux. Je ne voyais plus l’adolescent rebelle et fragile, mais le père de famille qu’il était devenu, le poids des responsabilités ainsi que la fierté de l’être accompli.
La cérémonie terminée, nous nous sommes tous retrouvés, au moins une centaine, autour de la musique. Le chapiteau s’était empli d’une ferveur, d’un esprit de communion. Un fabuleux mélange de personnes qui avaient compté dans ma vie et de celles qui la partageaient toujours... Une symbiose. Le temps n’avait plus d’emprise sur nous. La mélodie me berçait, me calmait, m’apaisait. J’étais enivrée par toutes ces impressions contradictoires. Se retrouver sur une scène improvisée avec tous ces visages connus, inconnus... Et lui. Lui, si proche et si inaccessible... Plongée dans les albums photos amenés pour l’occasion, les lumières, les mélodies tourbillonnaient autour de moi. Elles me ramenèrent vingt ans plus tôt. Je n’étais alors qu’une jeune fille de dix-huit ans. L’insouciance, la passion, les partitions, l’effervescence des stages, les ateliers d’improvisation, les concerts. Oser s’exprimer, s’affirmer, danser, chanter, rire. Le partage, l’amitié, la scène et l’amour. Nous étions tous animés par cette passion, par la vie ! Tout a commencé ainsi. Enfin presque...
Transportée par ce flot d’énergie, je m’avançai naturellement vers lui. J’engageai la conversation. Échange banal de connaissances qui ne se sont plus vues depuis longtemps. On évoqua notre travail, nos familles respectives. Je souris quand il m’apprit qu’il avait lui aussi deux petits garçons. L’école, leurs bêtises, leurs activités, leurs caractères remplirent nos paroles. J’avais réussi à retrouver une contenance. J’étais portée par cette foule bienveillante, cette grande famille. En écoutant les témoignages et les hommages, je pris conscience que nous étions devenus des artistes, les artistes de nos existences, rendues si belles, si savoureuses grâce à l’œuvre d’un homme. Notre chef vivait en chacun de nous, dans tous nos projets. Ce soir-là, la vague créatrice vibra en moi. J’utiliserais cette force et cette plénitude afin de réaliser un nouveau spectacle avec mes élèves. Il fallait continuer de transmettre. Le flambeau ne pourrait s’éteindre. Au contraire, il brillerait bien plus éclatant grâce à toutes ces étincelles dispersées, libres, mais réunies par la magie de cet instant. « Tu es de ma famille de mon ordre et de mon rang, celle que j’ai choisie, celle que je ressens dans cette armée de simples gens. Tu es de ma famille bien plus que celle du sang. Des poignées de secondes dans cet étrange monde, qu’il te protège s’il entend. »5
L’heure tardive me fit revenir à la réalité. Je n’avais plus assez d’essence pour rentrer chez moi. Trois fois, j’avais essayé d’ouvrir mon réservoir dans l’après-midi. Ma maladresse légendaire : cela avait fait bien rire mon entourage ! Personne n’y était parvenu ; ce qui me rassura sur mon incompétence. Je m’imaginais en panne à une heure du matin, seule, en pleine campagne : cette perspective ne me réjouissait guère. Une de mes amies, peut-être encore plus inquiète que moi, proposa que l’un d’entre eux, me raccompagnât chez moi. Je l’entendis annoncer aux autres, sur le ton de la plaisanterie, qu’il ne fallait pas compter sur lui pour me ramener. Sa phrase me percuta de plein fouet. D’abord, je l’avoue, je pris très mal cette remarque. Comment me considérait-il ? J’étais mariée, heureuse avec mon mari et nos deux fils. Toute cette vie que nous avions construite, menés par notre idéal. Toutes les épreuves que nous avions dû affronter pour arriver à une telle simplicité. Que connaissait-il de mon quotidien ? Je lui en voulais tellement ! Quelle image avait-il de moi ? Qu’avais-je laissé entrevoir ? Pourquoi cette once de mépris ? Il fut un temps, oui je l’accorde, où je tombais dans ses bras à chaque fin de soirée. Cette époque était révolue depuis bien longtemps. Soudain, cette colère contenue se dirigea contre moi. Comment avais-je pu être aussi naïve ? Comment était-ce possible que je me sois mise dans un tel état, pour lui ? Pour cet individu qui me fit sentir presque pitoyable. Je saluai mes amis et repris ma voiture. Ils avaient enfin réussi à ouvrir mon réservoir, au bout d’une énième tentative. Contrariée, à la station essence, je me remémorai la tournure qu’avait pris la fin de soirée. J’en fis part à mon amie qui soupira. Elle avait été spectatrice de tous mes émois. Sa gentillesse à mon égard me fit oublier cet incident. Sur le retour, à mesure que le paysage obscurci défilait, je compris. À cette phrase résolument désinvolte devant ses amis, une autre fit écho en moi. « Toi et moi, nous ne pouvons pas nous voir quand nous sommes en couple. » Je fus transportée douze ans en arrière, quand il m’avait prononcé ces mots. Nous étions seuls chez moi, dans notre période de célibat commune. Ces soirées à rêver le monde, notre monde... Deux jeunes adultes, trompés par ce qu’ils avaient cru être de l’amour. Deux âmes égarées, qui s’étaient à nouveau retrouvées, alors qu’elles avaient l’impression que tout s’effondrait autour d’elles. Et si je prenais ces mots à contre-pied ? Et si c’était lui qui n’était pas certain d’assumer ses actes ? Et s’il était aussi troublé que moi par notre rencontre ? Celle d’aujourd’hui ? Celle où il m’attendait gare du Nord un soir de janvier 2006 ? Celle où, à dix-sept ans, il me prit furtivement la main. Nous courions dans le jardin de mes parents. Il m’entraîna à l’écart de nos amis. Cachés derrière un buisson, nous les observions, complices, nous chercher. Ma respiration s’accélérait à mesure que son visage s’approchait du mien. Celle de notre premier rendez-vous, où je lui parlais, mes yeux accrochés aux siens, les mains tremblantes, dans un café ? Toutes celles qui nous ramenaient inexorablement l’un vers l’autre ? Je m’endormais à ses côtés pour y trouver sa chaleur réconfortante. La douceur de ses étreintes soulageait mes angoisses, ma solitude. Celle où, lors d’un festival, je le découvris réellement ? Mais était-ce vraiment la première fois que nous nous dévisagions ainsi, avec toute l’impertinence de notre jeunesse ? Ces fragments épars dans ma mémoire se bousculaient. Mes pensées semblaient m’emmener au-delà de l’horizon et du temps. Comment tout cela était-il possible ? Comment un regard pouvait-il vous toucher au plus profond de votre être après tant de mois effeuillés et de saisons fanées ? Comment une personne peut-elle vous troubler à ce point alors que vous êtes éperdument amoureuse de votre conjoint ? Comment ? Je ne comprenais pas, j’étais désappointée.
Je ne me doutais pas que tu hanterais longtemps encore mes journées et mes nuits. Une vie, ma vie, nos vies... « Tu es de ma famille, tu es de ma famille, du même rang, du même vent. Tu es de ma famille, tu es de ma famille, même habitant du même temps. Tu es de ma famille, tu es de ma famille, croisons nos vies de temps en temps. »5
Voilà, il est trois heures. Je suis dans mon lit. Il m’a appelée durant mon rêve. J’ai la certitude que ce n’est pas mon inconscient qui m’a trahie. C’est lui. Je lui manque. Il est perdu, désorienté. Il a besoin de moi. Je le ressens dans mon corps, dans mon esprit, dans ma chair, dans mon âme.
Son appel ne cesse de résonner en moi. Je peine à me rendormir. Au désespoir se mêle une immense douleur. La séparation me semble insupportable. Nous sommes si jeunes. J’ai si peur. Je fuis... Les combats... Le froid saisissant... La faucheuse rôde autour de nous... La culpabilité inavouable... Il est mort à ma place.
L’air vif me cingle le visage. Mes cheveux s’emmêlent au vent. Les pans de ma longue robe violette s’envolent autour des étriers. Surtout ne pas s’arrêter. Continuer. Galoper. Toujours plus vite, plus loin. Ne jamais se retourner. Traverser cette forêt pour le retrouver. Franchir les obstacles et je serai libérée. Affranchie d’eux, de ce rang, de cette guerre, de cette vie que je ne désire plus.
Ils me poursuivent. J’ai conscience qu’ils n’abandonneront pas, question d’honneur. À mesure qu’ils se rapprochent, je perçois les cris, l’horreur, les représailles, la brutalité de ces corps animés par la haine, assoiffés de sang, de pouvoir. Alors que les sabots martèlent le sol endolori de souffrances et de martyrs, j’entrevois mon salut, la lumière, mon amour. Ils ne me rattraperont pas. Ils ne nous atteindront jamais. Plutôt mourir que m’en remettre à eux. Les arbres défilent à une vitesse démente, mon cœur bat à tout rompre dans mes tempes. Je ne peux plus me laisser envahir par la peur. C’est mon instinct de survie qui m’anime. Une pulsion maternelle contrôle mon corps et mon esprit. Je dois traverser cette sombre forêt, le protéger de ces pantins macabres, le cacher aux yeux du monde, le préserver de ces silhouettes machiavéliques. Ils souhaitent me l’enlever. Ils ne l’auront pas. Je ne m’arrêterai jamais.
La traque s’intensifie. Dans un dernier élan, nous nous élevons afin d’éviter cet arbre couché. En l’espace d’une seconde, tout espoir s’évanouit dans la pénombre des feuillages de mon âme. Je le vois, ce petit être fragile et précieux, s’écraser dans l’ornière. L’écueil... Je me précipite. Mon Dieu, ayez pitié de nous ! Protégez-le, protégez-nous ! Pourvu que cette chute ne soit pas la nôtre. Je m’élance vers ce petit corps inanimé drapé dans ces langes immaculés. Sa douce chaleur me caresse un bref instant. Le temps suspend sa course... Le ciel azur, les ramures verdoyantes tournoient autour de moi. Il me faut me relever pour reprendre la fuite. La fureur des sabots et des cris qui m’encerclent. Je suis piégée.
Au-delà des cimes sanguinolentes, ces visions incessantes heurtent mon esprit. Leurs plaintes déchirent mon être. Je fuis l’affolement, l’abomination, les yeux cernés de terreur : leur exécution. Je bondis inlassablement entre chaque roche jusqu’à l’étourdissement. Je trébuche. Je me relève, leurs mains accrochées aux miennes, avec pour unique repère, l’ascension effrénée du soleil érubescent au-delà des chemins abrupts.
Soudain, un obstacle redoutable se dresse devant nous : un large torrent imprévisible. Comment le franchir, accompagnée des enfants ? Je me retourne et examine leurs visages contusionnés. Seront-ils capables de braver la force de l’eau impétueuse ? Je mesure le danger. Nous n’avons malheureusement pas d’autre choix. Un par un, ils s’avancent vers moi, escortés par notre fidèle coyote. Par ses glapissements, il les encourage. Il m’aide à les faire traverser chacun leur tour. Les deux premiers ont atteint l’autre berge malgré leur appréhension. Je m’apprête à rejoindre mon dernier, lorsque je distingue sa frêle silhouette s’agiter. Seul sur le talus, la panique le gagne. Il se penche périlleusement. Je l’exhorte à conserver son calme et à m’attendre. Il n’écoute pas mes recommandations. Je pressens l’oiseau de mauvais augure précipiter son existence fugace. Je m’élance à contre-courant, essoufflée, mes pieds blessés percutent les pierres ensevelies. Mon sang se fige comme la funèbre nuée dans l’étendue céleste. Déséquilibré, il bascule. Je m’immerge entièrement dans l’onde glaciale. Des milliers de flèches me transpercent comme pour ralentir ma course salvatrice. Toutefois, rien n’est comparable à la douleur que j’éprouve lorsque je le vois sombrer face à moi. Instant de grâce, il réapparaît à la surface, se raccroche à une branche esseulée. Je parviens à sa hauteur. Vaine espérance ; je lui tends ma main afin qu’il s’y agrippe. Je le conjure de lâcher le fragile morceau de bois et de nager dans ma direction. Il s’exécute, mais trop affaibli, mon bras lui échappe. Il dérive. Ses pleurs écorchent mon cœur de mère face au gouffre béant. Puis, il percute violemment un rocher. Le silence insoutenable, écrasant, accablant, me foudroie de consternation. Je ne perçois plus le grondement de la rivière déchaînée. Fracassé, emporté, son petit corps disloqué flotte au milieu des débris de ce linceul limpide et troublé. Je hurle ma détresse au vent qui s’est levé. Mon brave coyote plonge pour tenter de le soustraire de la tourmente. Il ne peut résister lui aussi, englouti... Ysun6 l’a rappelé à lui. Je les suis longtemps sur la rive jusqu’à l’épuisement, jusqu’à ce que je ne les discerne plus, poussières d’étoiles aspirées par les rapides. Je m’effondre, noyée de culpabilité, anéantie. J’ai tout perdu : ma terre, mon village, ma famille. C’est moi qui aurais dû disparaître. Je m’adresse au Grand Esprit avec véhémence, avec une rage que je ne me connaissais pas. « Tu prétendais nous protéger et tu me les as enlevés ! Que ces hommes blancs avides de nos richesses me prennent en échange ! Eux, qui pillent notre sol, nos forêts, nos sources ; qui les salissent de leur arrogance et de leur cupidité. » Maigre butin au regard d’une âme dérobée, envolée à jamais. Les nuages filandreux se dissipent. Le firmament m’inonde de sa clarté éblouissante. J’entends sa voix surgir à travers le bouillonnement de la rivière. Telle une naufragée, je m’agenouille avec humilité face aux éléments démontés. Je perçois le souffle de la vie : leurs bras m’étreignent délicatement. Seul leur amour pourra guérir mes plaies. Nous allons poursuivre. Au-delà des sommets, des courants, des prairies, de ton regard espiègle et rieur, au-delà de l’innocence de vos sourires, nous vivrons cachés, en harmonie, en paix.
Il saura nous retrouver.
5 Paroles extraites de la chanson « Tu es de ma famille » dans l’album Non homologué de Jean-Jacques Goldman, 1985
6 Ysun est le dieu créateur des Apaches. C’est aussi un esprit très puissant mais sans forme propre, une entité immatérielle dont l’influence s’étendrait à tout être vivant.
Le monde attend que tu lui offres ta beauté, ta grandeur et ta dignité. C'est ainsi que tu célébreras sur la Terre la beauté du monde. (Le Cerf)
Ce matin, je goûte au plaisir du calme intérieur. La maison délaissée respire la quiétude. Avec les enfants, j’ai l’impression de vivre dans un tourbillon perpétuel d’agitation, de tâches, de paroles. Cette dernière décennie, comme de nombreuses mamans, je me suis consacré pleinement à eux. Je me suis effacée, oubliée jusqu’à l’épuisement. Vouloir être exemplaire sur tous les fronts. Leurs rires, leurs doux baisers, leurs petites mains, leur amour me portaient. Pourtant, mon corps fatigué a fini par lâcher. À la suite d’une énième maladie qui m’avait amenée au bloc, ce corps fébrile m’obligea à stopper cette quête démesurée de la perfection. Affaiblie, je décidai de ralentir, de cesser de me mettre la pression en permanence. Je devais commencer à me soucier davantage de moi. Je ne pourrais être réellement présente pour mes fils, je ne pourrais les aider qu’en étant sereine et détendue. La maladie me révéla d’autres maux. Je ne devais plus subir les « mots » des autres, ceux dont vous ne devriez pas vous soucier, mais qui s’imposent malgré tout et vous blessent profondément. Assumer mes choix, tout en m’éloignant de l’opinion des autres, des bien-pensants. Ces personnes qui ont toujours des conseils avisés sans réel réconfort à vous offrir. Celles qui font semblant. Je voulais m’alléger, retrouver la santé, mon chemin de vérité, la sincérité, la simplicité. Me retrouver telle que j’étais réellement, sans artifice. Pour cela, je devais dompter mes appréhensions et apprivoiser le temps.
Alors ce matin, je vais apprécier ce moment unique. L’accumulation, la pression des mois, la lourdeur de ces dernières années sur mes épaules. Toujours être forte, ne rien laisser transparaître. Continuer coûte que coûte malgré les embûches, les accidents de parcours, les instants de découragement. Toutefois, je ne suis pas à plaindre. Personnellement et professionnellement, je mène la vie dont je rêvais. Malgré cela, de nombreuses interrogations persistent. Quel sens donner à mon existence ? Suis-je à ma place ? Suis-je vraiment utile ? Plus jeune, je souhaitais laisser mon empreinte. Mon métier me permet de la réaliser. Néanmoins, je suis découragée. La conviction que ma vocation et mon engagement ne suffiront plus à faire évoluer les mentalités. À me nourrir.
Est-ce l’approche de la quarantaine qui me taraude ?
