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N'attendez pas le "bon moment", il n'existe pas. A vouloir toujours tout contrôler, on perd facilement ce dernier. Les lignes de ce livre sont les larmes que je n'ai pas réussi à verser, les mots que je n'ai pas réussi à exprimer pour parler de ces années sombres de ma vie. Pour raconter, extérioriser les fantômes d'un passé resté trop longtemps secret. Si le temps nous aide indéniablement à guérir, l'écriture nous aide assurément à affronter. Elle m'a personnellement permis d'aborder cette histoire, qui peut à toutes nous arriver, avec plus de force que jamais. En tant que victime. Le travail sur le chemin du pardon sera long mais je n'abandonnerai pas le combat. Pour moi, pour lui, pour eux, pour elle. Entourée, je témoigne à travers ces lignes que, malgré la profondeur des cicatrices, rien n'est jamais perdu.
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Seitenzahl: 46
Veröffentlichungsjahr: 2023
Chapitre 1 -
Quand le cocon se fissure
Chapitre 2 -
Le cœur entre Bordeaux et Marseille
Chapitre 3 -
Le monstre était dans la maison
Chapitre 4 -
Le plus beau rôle à jouer
Chapitre 5 -
Quand les griffes se resserrent
Chapitre 6 -
L'envol de la jeune femme
Chapitre 7 -
L'aveu ou le courage de la victime
Chapitre 8 -
Il ne vaut pas mieux que son frère
Chapitre 9 -
Tu n'es plus là où tu étais mais tu es partout là où je suis
Chapitre 10 -
L’épreuve de trop
Remerciements
Je me souviens encore de l'odeur des pizzas qui sortaient du four de la boulangerie que tenaient mon grand-père et ma grand-mère depuis de nombreuses années déjà. J'y revois les clients s'y presser et faire la queue devant la vitrine, la semaine comme le week-end, tant la réputation de leur boutique était bien établie.
Lui, la barbe hirsute et les mains cornées, tenait de mains de maître ses fourneaux, apprenant ses techniques aux curieux qui s'aventuraient dans la cuisine. Pains au chocolat, navettes, tartes et autres flancs... nous avions des caries sans même manger ses douceurs ! Main de fer dans un gant de velours, c'était un travailleur acharné au cœur tendre et docile.
Une personnalité touchante de vérité.
Entre le charisme de Fernandel et le comique de Louis de Funès, mon grand-père avait toujours une anecdote en stock ou une bêtise sur le bout de la langue.
Elle, les yeux d'un bleu profond, fidélisait la clientèle avec son sourire impassible et son accueil toujours chaleureux.
Maîtresse de maison, elle tenait son foyer avec la plus grande des bienveillances envers son mari et ses deux filles. La gentillesse incarnée, elle reflétait l’idéal de la grand-mère dans tout ce qu'elle apporte de sagesse et de stabilité.
Aussi sermonneuse qu’espiègle, nous ne manquions pas avec elle de moments de complicité. Constamment à nous faire manger et à nous gâter plus que de raison.
Une femme indéniablement attachante.
Des odeurs, des souvenirs, des ambiances, des regards tous gravés à vie dans ma mémoire et dans mon cœur.
Mes grands-parents formaient un binôme efficace au travail et un couple uni à la vie : probablement un des couples les plus heureux qu'il m'ait été donné de voir. Leur cocon, une maison du bonheur, à la porte toujours ouverte à la famille, aux voisins, aux amis, aux amis des amis.
Nous sommes à la fin des années 1980 et il fait bon vivre dans les quartiers de la cité phocéenne. Les générations se croisent, échangent et partagent tandis que la jeunesse se contente de peu pour s’épanouir.
C'est là, au cœur de cette décennie, dans cette environnement et entourée d'une fratrie soudée, que se sont déroulées les premières années de ma vie avec ma mère d'un côté et mon père de l'autre.
Comme beaucoup d'enfants à cette époque, je n'ai jamais vécu avec mes deux parents. Je ne les ai tout simplement jamais connus ensemble. Peut-être était-ce finalement moins douloureux comme ça.
Je n'ai vécu que l'alternance.
Celle qui crève le cœur des enfants. Je l'ai vécu et mal vécu. Échanger quotidiennement de maison, accumuler la fatigue de semaine en semaine, être tiraillée entre l'envie de partager davantage de temps avec l'un et d’être plus longtemps avec l'autre. L'impression de toujours devoir choisir, de rendre jaloux. Mes repères étaient totalement brouillés et j'appréhendais les soirées, les week-ends et surtout les vacances scolaires.
Fichues vacances scolaires. Bien trop longues.
J'avais du mal à les apprécier chez mon père. Mais, aussi distant qu'il pouvait paraître, aussi insensible qu'il pouvait parfois être, il restait mon père et l'amour que je lui portais n'a jamais failli. Je l'aimais. Profondément.
Tendrement. Mon papa, une grande partie de moi.
Et il m'aimait en retour, je le savais.
Pourtant, sans m'oublier pour autant, il aimait aussi beaucoup les femmes. J'ai vu passer dans ma vie de nombreuses belles-mères, des femmes aux situations différentes, parfois gentilles, parfois détestables, parfois transparentes.
Une seule était inégalable pour moi : Claudia. La belle et douce Claudia et ses deux enfants avec lesquels les étés m'ont paru moins longs au karting que tenait mon père. Je revois ces semaines passées à l'aider pour servir les clients et l'assister sur les pistes.
Je me revois, le sourire aux lèvres.
Oui je me souviens très bien de ces longues soirées d’été autour du barbecue à me rapprocher de lui, à absorber ses paroles, ses conseils, à rire à ses blagues. J’étais bien à cette époque, je ne demandais rien de plus. J’étais bien avec lui, avec Claudia, avec eux. Mon petit monde était en place et aucun nuage ne pointait à l'horizon.
J’étais bien avec eux, bien mieux que sur les bancs de l’école.
Renfermée, peu confiante en moi-même, j'ai survécu tant bien que mal aux années collège et à leur lot de moqueries. Ce que les enfants peuvent être bêtes et méchants à la pré adolescence.
Isolée, j’étais malmenée par certaines filles de mon âge et je redoutais les récréations et le temps de la cantine. Elles se pensaient supérieures, elles ne savaient pas ce que je vivais, ce qui m’empêchait d'aller vers elles et les autres.
Je me suis sentie si seule et incomprise à cette époque, comme vivant dans un autre monde. A l’époque comme aujourd'hui, être différente signifie forcément être inintéressante, infréquentable
Mes seuls moments de répit : quand mon père me faisait la surprise de venir me chercher à moto devant les grilles du collège.
