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Revenir sur ses pas est le livre posthume de Monsieur Lacassagne Robert. Pendant un an, nous avions rendez vous le mercredi à onze heures, chez lui. Mr Lacassagne attendait ce rendez vous tout comme moi. Après avoir échangé sur le quotidien, je me mettais en face de lui et je lui faisais signe que j'étais prête. Alors pendant une heure, plus rien ne pouvait le distraire de sa narration . j'entend encore son accent chantant et ses rires. Il avait un rituel qui venait nous dire que la séance était terminée: la prise de son médicament. Alors nous nous dirigions vers la salle à manger , toujours en retard car l' histoire de sa vie se racontait aussi dans le couloir et dans l' ascenseur. Merci Monsieur Lacassagne pour ces moments inoubliables. Pascaline Duchemin-Pinard
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Seitenzahl: 69
Veröffentlichungsjahr: 2020
« C'est quelque chose de revenir chez soi. C'est le même cadre, la même odeur, la seule chose qui ait changé, c'est vous. »
Benjamin Button
Les petits souliers ou comment
Souvenirs d’école
Mes plus beaux souvenirs avant
Biarritz
La maison où je suis né
La guerre
Le sapin de Noël
Les femmes pendant la guerre
La classe 43
La libération de Paris
Aux lendemains de la guerre :
Et après la vie ….
Le concours des PTT : 1953
Paris et le quartier 36 :
Les lingots d’or
Le 31 décembre1954
Une nouvelle Vie à
Mon arrivée à la Ville aux Dames :
Quelques anecdotes
Le Grand Village
La fanfare et la salle Louis Renard
La poste et les changements de noms
Le théâtre à la Ville aux Dames
Mon triple pontage
Quelle existence !
Se raconter au jardin…
Se raconter au jardin
Histoires d’opéra
Les jours heureux
Je pourrais dire que je suis réduit à attendre les petits souliers qui claquent dans les escaliers ou bien qui sonnent le pas dans les couloirs. Réduit est un peu réducteur mais ce que je veux dire par là c’est que mes journées sont rythmées par ces petits souliers.
Je me surprends à me demander « eh ben qui va là ? ». Cela ressemble un peu au régiment mais un régiment avec de bien beaux soldats qui sont à ré engager sans se poser de questions.
Il faut dire que cela me met en éveil, ces petits souliers.
Pourquoi suis-je revenu à la Ville aux dames ? Lorsque Dominique m’a parlé de cette maison, j’avoue que je n’étais pas du tout emballé à l’idée de me retrouver en maison de retraite ! Aujourd’hui je m’en réjouis. Vous imaginez, ce vieux bonhomme que je suis, tout seul dans sa maison à Véretz et puis je n’aurais pas pu découvrir tout ce petit monde ici qui prends soin de moi. Jamais je n’aurais imaginé écrire mon histoire pardi !
J’ai connu le village en 1950 et jusqu’ à mes soixante ans en 1983.
On a dit qu’il fallait que je pense à laisser la place aux autres ! Et c’est comme ça que je suis tombé à la retraite. C‘est une bien drôle expression ça : tomber à la retraite !
Alors on a trouvé une maison à Véretz. C’était la maison d’un facteur qui faisait la tournée à Saint Pierre des corps. Il voulait se rapprocher de ses enfants et il a mis sa maison en vente. Et nous, nous l’avons achetée.
Je ne m’ennuie pas ici, je me laisse vivre.
Madame Papin, elle nous a expliqué comment on vivait à la MAFPA et nous a dit « J’ai un logement qui sera vide dans deux jours si vous voulez !».
Deux jours ! « Tu comprends à force de vieillir, on s’affaiblit, tu seras bien ici » m’a dit ma fille.
Et en effet, dans les trois jours suivants, j’emménageais à la MAFPA Jeanne Jugan. Il a été adroit le bougre, Dominique, mon fils. Il a trouvé trois copains costauds pour me déménager !
Il faut quand même s’adapter !
Quand tu as été habitué à vivre tout seul et que du jour au lendemain tu te retrouves à vivre en communauté, il y a quelques réglages à faire.
Au début, je chantais dans les couloirs, comme ça, par habitude mais une dame m’a dit « Mr Lacassagne, il ne faut pas chanter aussi fort et pas dans les couloirs ! » Bien mon capitaine ! Et alors, je coupe le sifflet dans les couloirs. Mais je n’arrive pas à ne pas chanter chez moi. C’est comme aussi quand je regarde le rugby à la télé ou les matchs de foot, j’ai des acclamations qui m’échappent !
Changer d’endroit, ce n’est plus de mon âge.
Ecrire son histoire, c’est une sacrée aventure. Je n’ai pas envie d’une biographie ordinaire, j’ai juste envie ici de partager des souvenirs que j’ai choisis et qui ont du sens pour moi.
Tout commence avec ma naissance : le douze août 1923.
1926
Comme il est difficile de raconter mes souvenirs d’école. La mémoire fout le camp !
Je suis un gamin de Talence à côté de Bordeaux. A l’époque il y avait deux types d’école chez nous : l’école laïque et l’école privée des frères. Elle était sacrément réputée l’école des frères et elle faisait concurrence à l’école laïque. Moi, je suis allé à l’école laïque.
L’école des frères était payante et beaucoup plus loin de la maison et mes parents ne pouvaient pas payer l’école. L’école des frères, c’était pour les notables, pour les gens aisés, la haute société comme on dit. Vous imaginez bien qu’un gamin de tonnelier cela ne puisse pas aller à l’école des Frères.
Et tant mieux ! Car moi, je suis allé à l’école de la République, celle de Jules Ferry. C’est lui qui a poussé à ce que les gosses puissent aller à l’école, puissent recevoir une éducation : L’éducation pour tous !
L’école communale était obligatoire. Il n’y avait pas d’uniforme à proprement parlé, nous portions une blouse grise mais pas forcément.
Parfois cela pouvait être aussi un tablier noir. Les filles, je crois qu’elles portaient une blouse rose.
Je ne suis plus très sûr.
Dans certaines familles, d’une année à l’autre, on raccommodait les blouses pour que cela fasse une année de plus. Elles étaient boutonnées sur le côté. Elles n’avaient pas grande prétention.
Nous rentrions à l’école enfantine vers six-sept ans. Une délivrance pour nos mères ! Elles disaient : « Pourquoi ne prennent-ils pas nos drôles un peu plus jeunes ». Elles en avaient un peu marre de nous avoir dans leurs jupons.
Après l’école enfantine, il y avait le cours élémentaire de sept à neuf ans, le cours moyen de neuf à onze ans et le supérieur de onze à treize ans. Ce cycle s’appelait je crois l’école primaire supérieure : l’EPS autrement dit. A la fin du cycle, on passait notre certificat de fin d’études. Qu’est-ce qu’on était fiers avec ce premier diplôme qui nous tombait dans les bras ! Pour beaucoup, cela signifiait aussi l’arrêt de l’école et le début de la vie active.
Les deux communes Talence et Bègles se sont regroupées et cela en faisait des gamins à qui il fallait enseigner le français, le calcul, l’histoire et la géographie. A l’école, nous n’apprenions pas la guerre 14-18. C’est bien trop tôt, il y avait encore des blessures, des souffrances trop présentes. Ce sont nos pères qui nous racontaient la guerre mais surtout le bon côté de la guerre mais rarement le mauvais côté. Toutes ces histoires, loin du canon, en arrière et qui permettaient de tenir le coup. Mon père était au deuxième génie de Montpellier puisqu’il était tonnelier considéré comme ouvrier en bois.
Et pour ceux qui voulaient mais surtout qui pouvaient, on poursuivait notre scolarité en brevet élémentaire (le BE) et ensuite le brevet d’études primaires supérieures (BEPS). Il y avait tout un tas de catégorie, c’était un vrai fouillis. On sortait de ces études vers l’âge de seize ans. Après, il y avait le lycée. Le Lycée était surtout pour les enfants issus des couches sociales plus aisées. Nos parents payaient des cotisations lorsqu’ on poursuivait dans les classes du brevet d’études primaires supérieures. Ce n’était donc pas possible pour tout le monde.
Il y avait les riches et les pauvres et cela se sentait dans les écoles : les pauvres bougres et ceux qui étaient toujours en haut.
Si nous ne pouvions pas faire le lycée, on rentrait dans des écoles spécialisées pour apprendre un métier comme l’école des arts et métiers.
J’ai donc passé à seize ans mon BEPS. « Bon maintenant il a son BEPS, va-t-il continuer ? » c’est la question que mon père se posait. Mais en 1940 tout bascule pour moi comme pour beaucoup d’entre nous. La guerre ! Pauvre jeunesse !
