Rhinocéros d'Eugène Ionesco (Analyse approfondie) - Niels Thorez - E-Book

Rhinocéros d'Eugène Ionesco (Analyse approfondie) E-Book

Niels Thorez

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Beschreibung

Cet ouvrage fournit une analyse approfondie de Rhinocéros d'Eugène Ionesco avec toutes les clés pour analyse l'œuvre.

Désignée par son auteur comme « une pièce antinazie », Rhinocéros est en fait bien davantage. À travers une formidable métaphore qui nous montre les hommes se transformer en véritables monstres, Eugène Ionesco dénonce en réalité tous les totalitarismes, et condamne de manière générale les ravages de l'anti-individualisme et du conformisme, qui tendent à abolir la différence entre les individus pour exalter les valeurs du groupe. Portée à la scène pour la première fois en France en 1960, la pièce remporte un franc succès, signant enfin la reconnaissance de son auteur, qui bataille déjà depuis plusieurs années pour imposer son théâtre. Depuis, Rhinocéros a fait le tour du monde et s'est affirmé comme un classique de la littérature. 

Après une courte introduction au sujet de l'auteur et de son œuvre, Niels Thorez dresse d'abord un panorama complet de la vie d'Eugène Ionesco, de sa Roumanie natale à la France, de ses premiers échecs à ses grands succès. Il nous plonge ensuite au cœur d'une des œuvres les plus célèbres de l'écrivain, Rhinocéros, grâce à un résumé particulièrement complet, avant d'analyser la pièce sous toutes ses coutures : on aborde tour à tour son contexte de création, ses personnages principaux, ainsi que ses thématiques. Parmi celles-ci, citons notamment le thème kafkaïen de la métamorphose de l'homme en monstre, la solitude du héros qui devient bientôt « le dernier homme », le phénomène de la contagion idéologique ou encore la faillite du langage, symptôme d'une profonde crise de la pensée. On trouve, pour terminer, une description du style de l'auteur et une analyse de la réception de la pièce. 


Profil Littéraire propose des analyses approfondies faisant le tour complet des plus grandes œuvres de la littérature. Notre objectif est de permettre à nos lecteurs d'aller plus loin dans leur expérience de lecture et leur offrir ainsi un nouveau regard sur l'oeuvre concernée. Nos "profils littéraires" sont conçus par des professeurs triés sur le volet et révisés par un comité éditorial constitué de professionnels de la littérature.

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Seitenzahl: 54

Veröffentlichungsjahr: 2015

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EUGÈNE IONESCO

Né en 1909 à Slatina (Roumanie).

Mort en 1994 à Paris.

Quelques-unes de ses œuvres :

La Cantatrice chauve

(1950)

Les Chaises

(1952)

Rhinocéros

(1959)

Dès 1929, au mépris d’un père qui aurait voulu faire de lui un ingénieur, Eugène Ionesco, alors âgé de 20 ans, s’engage dans une carrière littéraire. Aussi, le 11 mai 1950, lorsque la désormais célèbre pendule anglaise de M. et Mme Smith (La Cantatrice chauve, 1950) « frappe dix-sept coups anglais » sur la scène du théâtre des Noctambules, le dramaturge a-t-il déjà plusieurs œuvres à son actif : un recueil de poésie (Élégies pour êtres minuscules, 1931), un essai critique (Non, 1934), ainsi que de nombreux articles culturels, parus dans des revues d’avant-garde.

Sa première pièce lui est inspirée par un manuel de conversation franco-anglaise : L’Anglais sans peine. Sans réellement parvenir à convaincre le public, elle a le mérite d’éveiller l’attention de quelques critiques, sans aucun doute en raison de son caractère insolite. Au fil des ans et de ses créations – La Leçon (1951), Les Chaises (1952), Victimes du devoir (1953), Amédée ou Comment s’en débarrasser (1954), Jacques ou la Soumission (1955), Rhinocéros (1959), Le roi se meurt (1962) –, Ionesco s’impose comme un auteur innovant et comme le fondateur de ce qu’on appelle, malgré lui, le théâtre de l’absurde.

Ce nouveau théâtre est en réalité un anti-théâtre dans le sens où, porté par ses velléités de renouvellement, il s’oppose à toutes les formes et normes dramatiques en vigueur à l’époque. Non didactique, non idéologique, non psychologique, non réaliste, il est dépourvu à la fois d’intrigue et de héros. Si les débuts sont difficiles, Eugène Ionesco reçoit peu à peu les faveurs du public et de la critique. Aujourd’hui traduites dans toutes les langues, ses pièces ont été récompensées par de nombreux prix et sont encore jouées dans le monde entier.

RHINOCÉROS

Genre :

Théâtre.

1

re

édition :

1959.

Édition de référence :

Rhinocéros

, Paris, Gallimard, 1972.

Personnages principaux :

Bérenger, un homme ordinaire qui devient malgré lui le héros de la pièce et le dernier défenseur de l’humanité.

Jean, l’ami de Bérenger, qui est aussi tout son contraire.

Daisy, la collègue de Bérenger, avec qui il vit une brève idylle.

Dudard, un juriste prometteur ainsi que le rival de Bérenger pour la conquête Daisy.

Botard, un retraité de l’enseignement qui pense tout savoir et tout comprendre.

Le Logicien, un homme qui se croit savant et dispense son enseignement à qui veut bien l’écouter.

Thématiques principales :

la métamorphose, la monstruosité, la contagion idéologique, le conformisme, la claustration et l’effondrement du langage.

Rhinocéros est une pièce en trois actes et quatre tableaux (le deuxième acte est divisé en deux tableaux) qui trouve son point de départ dans la Roumanie nationaliste des années trente. Eugène Ionesco y est frappé par la propagation, aussi rapide que violente, des courants d’opinion fanatiques. Alors que le pays se soumet au processus de nazification, il assiste à la métamorphose radicale de ses collègues et amis, au point qu’il lui devient bientôt impossible de les comprendre et même de leur parler : ils sont devenus « rhinocéros ».

Publiée en 1959 à Paris, la pièce exprime, de manière générale, l’effroi de son auteur devant toutes les formes de totalitarisme : Bérenger, employé ordinaire, assiste, impuissant, à la propagation de la « rhinocérite » qui transforme ses proches en véritables monstres. Rhinocéros dépeint également une crise du langage, qui n’est jamais que le symptôme d’une crise, plus profonde encore, de la pensée. De fait, au-delà du totalitarisme, la pièce condamne tout système idéologique, toute idolâtrie, tout courant d’opinion qui dépossède l’individu de sa pensée. C’est pourquoi, plus de 50 ans après sa création, elle conserve toute son actualité : « Je me demande si je n’ai pas mis le doigt sur une plaie brûlante du monde actuel, sur une maladie étrange qui sévit sous différentes formes, mais qui est la même, dans son principe », pressent déjà le dramaturge en 1961 (IONESCO (Eugène), Notes et Contre-notes, Paris, Gallimard, 1966, p. 283).

LA VIE D’EUGÈNE IONESCO

LES DÉBUTS, ENTRE LA ROUMANIE ET LA FRANCE

Eugène Ionesco naît le 26 novembre 1909 à Slatina, une ville roumaine située au bord de l’Olt, d’un père roumain et d’une mère française. Mais dès 1911, la famille Ionesco s’installe en France, où le père prépare un doctorat en droit. La prime enfance d’Eugène Ionesco est marquée par la mésentente de ses parents. L’écrivain rapporte d’ailleurs, dans son Journal en miettes (1967), que sa mère, au cours d’une dispute conjugale, tenta de s’empoisonner avec une fiole de teinture d’iode.

En 1916, tandis que la Première Guerre mondiale fait rage, le père regagne son pays natal et engage une procédure de divorce. La mère subvient alors péniblement aux besoins de ses deux enfants. Pourtant, cette période est ponctuée d’épisodes heureux et mémorables, comme le fascinant spectacle du guignol observé au jardin du Luxembourg et, surtout, le séjour mayennais, au moulin de La Chapelle-Anthenaise, de 1917 à 1919. Là, placés par leur mère dans une famille d’accueil, Eugène et sa sœur cadette Marilina s’émerveillent des couleurs et des odeurs de la campagne. Ionesco y découvre également le sentiment de plénitude. Dès lors, son retour à Paris marque une rupture douloureuse qui ouvre sur le temps de l’écriture. Ionesco compose un scénario, un drame patriotique et ses premiers poèmes.

En 1922, il doit rejoindre son père en Roumanie, mais ses rapports avec cet homme autoritaire et opportuniste, toujours habilement rangé du côté du pouvoir, restent tendus. À Bucarest, l’écrivain rencontre sa future épouse, Rodica Burileanu (1911-2004), et s’engage véritablement sur la voie littéraire. Il étudie les lettres, prépare une licence de français et publie ses premiers articles dans des revues d’avant-garde : Fapta, Viata Literara, Zodiac, etc. En 1934, il fait scandale dans les milieux littéraires en s’attaquant à des auteurs roumains consacrés tels que Tudor Arghezi (1880-1967), Cezar Petrescu (1892-1961) et Ion Barbu (1895-1961), dans une série de pamphlets publiée sous le titre de Nu (« Non »). La même année, son diplôme en poche, il enseigne le français à Bucarest puis, en 1936, se marie.