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Résumé de l'histoire dans le synopsis des aventures de Rocambole.
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littérature française, Classique, AVENTURES, roman policier, Mystères
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Seitenzahl: 269
Veröffentlichungsjahr: 2023
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Pierre Alexis Ponson du Terrail
ROCAMBOLELA CORDE DU PENDUTome II : L’HOMME GRIS
Table des matières
L’HOMME GRIS
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII
XIII
XIV
XV
XVI
XVII
XVIII
XIX
XX
XXI
XXII
XXIII
XXIV
XXV
XXVI
XXVII
XXVIII
XXIX
XXX
XXXI
XXXII
XXXIII
XXXIV
XXXV
XXXVI
XXXVII
XXXVIII
XXXIX
XL
XLI
XLII
XLIII
XLIV
XLV
XLVI
XLVII
XLVIII
XLIX
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LI
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LV
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LVII
LVIII
LIX
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Il était dix heures du matin.
C’est le moment où la cité de Londres, solitaire et déserte depuis la veille au soir, commence à s’emplir de bruit et voit ses rues encombrées par une foule affairée.
Les négociants, les banquiers, les changeurs arrivent de toutes parts.
La gare de Commons street, les omnibus, les cabs jettent sur le pavé de la Cité un demi-million de personnes, entre dix et onze heures du matin.
On est parti pour la campagne la veille, entre cinq et six heures ; on revient travailler le lendemain.
Au coup de dix heures tout est ouvert, depuis les comptoirs des armateurs jusqu’aux boutiques de change.
Or donc, comme dix heures sonnaient, un cab entra dans Pater-Noster et s’arrêta à la porte de l’étude du solicitor dont l’infortuné M. Simouns avait été jadis le titulaire. Un jeune homme en descendit.
C’était un élégant gentleman en costume du matin, c’est-à-dire portant un vêtement de même étoffe, pantalon, gilet et jaquette, – ce que les Anglais nomment une suite, – ganté de daim et coiffé d’un chapeau gris.
Il s’adressa au valet qui avait pour mission de se tenir au rez-de-chaussée, sous le vestibule, et d’introduire les visiteurs.
– Mon ami, lui dit-il, n’est-ce pas ici l’étude d’un solicitor ?
– Oui, monsieur, répondit le valet.
– M. Simouns, je crois ?
Le valet secoua la tête.
– Oh ! dit-il, ce n’est plus M. Simouns.
– Il s’est retiré ?
– Non, il est mort.
– Fort bien. Quel est son successeur ?
– C’est M. James Colcram.
– Bon ! je désirerais lui parler.
– Voilà qui est tout à fait impossible ce matin, monsieur.
– Et pourquoi cela, mon ami ?
– Parce que M. Colcram plaide à la cour de Drury-Lane dans une affaire très importante.
Le gentleman parut quelque peu désappointé.
– C’est bien, dit-il, je reviendrai demain.
Et il fit un pas de retraite. Mais le valet le retint :
– Pardon, monsieur, dit-il.
– Qu’est-ce donc, mon ami ?
– Vous venez pour un procès, sans doute !
– Naturellement.
– M. Colcram a un premier clerc qui est dans l’étude depuis quinze jours seulement, mais qui est au courant de toutes les affaires.
Le gentleman parut hésiter.
– C’est à M. Colcram lui-même que j’aurais voulu parler.
– Je puis vous affirmer, monsieur, que M. Salomon Burdett, le maître clerc, est tout à fait au courant.
– Après ça, murmura le gentleman à part lui, je puis toujours sonder le terrain. Soit. Conduisez-moi auprès de monsieur… Comment l’appelez-vous ?
– Salomon Burdett.
– Bien. Conduisez-moi.
Le valet se dirigea vers l’escalier et le gentleman le suivit. Ils montèrent au premier étage. Là, le valet ouvrit une porte, disant :
– C’est ici.
Alors le gentleman aperçut un homme assis devant un bureau surchargé de paperasses.
Cet homme, dont on ne pouvait préciser la taille, car il ne se leva point, portait d’énormes favoris roux, une épaisse chevelure de même couleur et avait sur les yeux des lunettes bleues.
Il salua le gentleman, et, d’un geste, lui offrit un siège.
– Monsieur, dit alors le gentleman, j’aurais voulu voir M. Colcram.
– Oh ! monsieur, répondit le maître clerc, M. Colcram ou moi, c’est absolument la même chose.
– Vraiment ?
– Je suis au courant de toutes les affaires de l’étude.
– Je n’en doute pas. Cependant…
Et le gentleman regarda M. Burdett avec attention.
– Cependant, reprit-il, celle dont je viens vous parler est déjà ancienne.
– En effet, dit M. Burdett, elle remonte déjà à plusieurs mois.
Le gentleman eut un geste de surprise :
– Comment pouvez-vous le savoir, monsieur, dit-il, puisque je ne me suis point nommé et ne vous ai pas encore dit de quelle affaire il s’agissait ?
– Je pourrais vous répondre que je suis sorcier, monsieur, dit le clerc, mais je préfère vous dire que je vous ai déjà vu.
– Hein !
– Vous êtes Français et vous vous nommez M. Peytavin.
Le gentilhomme eut un nouveau geste de surprise.
Le clerc continua.
– Je vous ai vu hier à l’enterrement d’une pauvre femme qui se nommait Betzy.
– En vérité !
– La femme d’un certain Tom, qui a été pendu récemment pour avoir assassiné lord Evandale Pembleton.
– Le gentilhomme paraissait stupéfait.
– Et c’est bien certainement de l’affaire de lord William Pembleton, dit Walter Bruce, que vous venez me parler.
– En effet, balbutia le gentleman abasourdi.
– Il y a trois mois, poursuivit M. Burdett, Betzy est venue ici.
– Ah !
– Elle apportait à M. Colcram les papiers qui assuraient le gain du procès.
– Cependant, dit Marmouset, car c’était lui, M. Colcram n’a point voulu se changer de soutenir le procès.
– Il avait une bonne raison pour cela.
– Laquelle ?
– M. Colcram est jeune, il n’a pas encore fait sa fortune.
– Bon !
– Et pour soutenir un pareil procès, il faut beaucoup d’argent.
– Et Betzy n’en avait pas ?…
– Hélas ! non…
– Mais les personnes qui ont accepté l’héritage de Betzy, poursuivit Marmouset, ont de l’argent et beaucoup, et elles mettront à la disposition de Colcram telle somme qu’il exigera.
M. Burdett secoua la tête.
– Il y a encore une autre raison, reprit-il, qui empêchera M. Colcram de se charger de l’affaire.
– Quelle est-elle ?
– Il est nommé liquidateur de la succession de lord Evandale Pembleton.
– Ah ! fit Marmouset.
Et il regarda M. Burdett avec défiance.
– Enfin, continua celui-ci, M. Colcram ne veut en aucune façon entrer en lutte avec la société des Missionnaires évangéliques, qui est en Angleterre tout aussi puissante que le sont les jésuites en France.
– Monsieur, dit Marmouset en faisant un pas de retraite, excusez-moi de vous avoir dérangé, je me retire.
– Pardon, monsieur, dit M. Burdett, un mot encore.
– Parlez.
– Je ne suis pas M. Colcram, moi.
– Bon !
– Et je puis vous donner un bon conseil.
– J’écoute.
– Vous vous engagez dans une mauvaise voie, en songeant à faire un procès.
– Je ne vois pourtant pas d’autre moyen, fit naïvement Marmouset.
– Bah !
– D’abord vous devez savoir que la justice anglaise n’en finit pas et qu’elle a des longueurs inouïes.
– D’accord.
– Ensuite, vous êtes élève de Rocambole ?
Marmouset fit un pas en arrière.
– Quoi ! dit-il, vous savez… ?
– Je sais que tu es un imbécile ! répondit M. Burdett en français.
Et soudain ses lunettes tombèrent.
Marmouset jeta un cri.
L’bomme qu’il avait devant lui n’était pas, ne pouvait pas être Rocambole.
Et cependant il avait son regard.
Cependant il avait son timbre de voix.
– Oh ! fit Marmouset ému jusqu’aux larmes, c’est impossible… Vous êtes… non… vous n’êtes pas…
– Je suis encore plus fort que toi, mon pauvre ami, puisque tu ne me reconnais pas.
Et les favoris et l’épaisse chevelure rousse tombèrent à leur tour.
Cette fois, Marmouset ne pouvait douter.
L’homme qu’il avait devant lui, – c’était Rocambole ! Rocambole, qu’il avait cru mort…
Et comme l’émotion de Marmouset était au comble et qu’il se précipitait vers M. Burdett les mains tendues, celui-ci remit sa perruque, rajusta ses favoris, et lui dit froidement, en remettant ses lunettes bleues sur son nez :
– Ne faisons pas de bêtises, mon ami, on peut entrer ici d’un moment à l’autre.
– Vous ! vous ! dit encore Marmouset.
– Moi, répliqua Rocambole, qui commence par te dire que des gens comme nous ne mettent jamais la justice dans leurs affaires.
Rocambole était subitement redevenu M. Burdett, le maître clerc de M. Colcram.
Et comme Marmouset continuait à le regarder avec un étonnement profond, il lui dit en souriant :
– Tu ne t’attendais pas à me retrouver ici ?
– Certes non, dit Marmouset.
– Est-ce que vous m’avez cru mort ?
– Moi non, mais Vanda pleure et se désole.
Rocambole poussa un bouton de sonnette électrique qui se trouvait à la portée de sa main.
Un deuxième clerc entra. Alors M. Burdett lui dit :
– J’ai à traiter avec ce gentilhomme une affaire extrêmement sérieuse. J’entends qu’on ne me dérange sous aucun prétexte.
Le clerc s’inclina.
Mais comme il allait sortir, M. Burdett le rappela.
– Ah ! par exemple, dit-il si le révérend Patterson se présentait, vous me préviendriez.
– Oui, monsieur.
– Mon bon ami, dit alors Rocambole, racontez-moi donc comment vous êtes sortis du souterrain ?
– Nous avons été sauvés par Shoking.
Et Marmouset fit au maître le récit de leurs aventures dans les souterrains de la Tamise, et lui dit comment ils étaient parvenus à suivre ses traces, à lui et à Milon, jusqu’à l’ouverture donnant sur le fleuve.
Puis il lui dit encore comment Vanda avait toujours cru que Milon et lui s’étaient noyés, tandis que lui, Marmouset, avait gardé la conviction inébranlable que le maître n’était pas mort, et que s’il ne reparaissait pas tout de suite, c’est qu’il avait pour cela de bonnes raisons.
– Des raisons excellentes, dit Rocambole.
– Ah !
– Et souviens-toi que je suis provisoirement mort pour tout le monde, excepté pour toi.
– Même pour Vanda ?
– Même pour elle.
– Pauvre Vanda !…
Et Marmouset soupira.
– Alors, reprit-il, vous ne nous aiderez pas dans l’affaire de lord William ?
– Je ne suis ici que pour cela.
– Mais si vous êtes mort ?
– Imbécile ! n’es-tu pas là pour transmettre mes ordres et les exécuter ?
– C’est vrai, maître.
– Or, mon ami, poursuivit Rocambole, si nous n’avions affaire qu’à lady Pembleton et à sir Archibald, son père, si même lord Evandale était encore de ce monde, notre besogne serait des plus faciles.
– Peut-être, dit Marmouset.
– Mais nous avons à lutter contre une force bien autrement puissante que le tout-puissant gouvernement britannique.
– Le révérend Patterson ?…
– Et la bande noire, mon ami, les soldats à longue redingote et à cravate blanche, qui valent une armée de policemen et de détectives…
– Bon !
– Et qui, jour et nuit, recherchent ce pauvre homme gris qui, tu le sais, a été condamné à être pendu.
– Alors, dit Marmouset, il me semble que vous vous exposez quelque peu ici.
– Ah ! tu crois ?
– Et si bien grimé que vous soyez…
– Puisque tu ne m’as pas reconnu, qui veux-tu qui me reconnaisse ?
– Ce n’est pas une raison ; vos lunettes, votre perruque peuvent se détacher.
– Au lieu de me dire des niaiseries, reprit Rocambole, tu ferais mieux de me demander comment je suis ici.
– Je vous écoute, maître.
– M. Colcram, je te l’ai dit, s’est chargé de la liquidation et de la succession de lord Evandale.
– Bon ! fit Marmouset.
– C’est un homme habile et très honnête, ce jeune homme.
– Ah !
– Et il fera les choses en conscience.
– Eh bien ?
– Ce que le révérend Patterson ne voudrait pas.
– Pourquoi ?
– Mais parce que lord Evandale, en échange de la promesse qu’on lui faisait de le débarrasser à tout jamais de son frère, lord Evandale, disons-nous, a signé certains papiers qui attribuent à la Société évangélique des sommes considérables.
– Fort bien.
– Et M. James Colcram prendra certainement les intérêts de lady Pembleton.
– Alors…
– Alors le révérend Patterson, qui est un homme habile, a voulu avoir auprès de M. Colcram un homme tout à fait à lui.
– Et… cet homme ?
– C’est moi, dit froidement Rocambole.
– Vous ?
– Oui, mon ami.
Rocambole se mit à rire.
– Ah ! dit Marmouset, vous serez bien toujours notre maître à tous.
Rocambole continua à sourire.
– Le révérend Patterson a en moi, dit-il, la plus entière confiance, et ce que je lui conseillerai de faire, il le fera.
– Mais…
– Chut ! dit Rocambole.
En ce moment le deuxième clerc entra.
– Le révérend Patterson, dit-il.
– Bien, dit Rocambole. Dans une minute.
Le clerc sortit.
Alors Rocambole ouvrit une porte qui donnait dans un cabinet voisin et que recouvrait une draperie.
– Entre là, dit-il, regarde au besoin par le trou de la serrure. Il y a un trou dans la portière percé à la même hauteur : écoute de tes deux oreilles et surtout ne fais pas de bruit.
Marmouset entra dans le cabinet, dont Rocambole referma doucement la porte.
Puis il ouvrit et referma brusquement une autre porte qui donnait sur le carré, à seule fin de faire supposer au révérend Patterson, qui attendait dans la pièce voisine, qu’il venait de congédier son visiteur.
Le révérend Patterson entra.
C’était bien toujours l’homme que nous avons connu autrefois, grand, maigre, altier de visage.
Il s’assit auprès de M. Burdett et lui dit :
– Eh bien ?
– J’ai beaucoup réfléchi depuis hier, dit M. Burdett.
– Ah ! fit le révérend.
– Et nous ne déposséderons pas lady Pembleton aussi facilement que vous le supposez.
– J’ai des papiers bien en règle cependant.
– Oui, mais les armes dont nous nous sommes servies peuvent tourner contre nous.
– Que voulez-vous dire ?
– Permettez-moi de résumer les situations respectives.
– Faites.
– Nous avons servi lord Evandale contre lord William, son frère, n’est-ce pas ?
– Sans doute.
– Maintenant, il s’agit d’assurer le prix de nos services.
– Naturellement.
– Pour cela, il faut dépouiller lady Pembleton d’une grande part de sa fortune.
– Eh bien ?
– En bien ! qui nous dit que, ruine pour ruine, lady Pembleton ne se décidera pas à traiter avec lord William, qui est toujours à Bedlam ?
– Ah ! par exemple !
– C’était fort bien, il y a six mois, poursuivit M. Burdett, d’enfermer lord William à Bedlam.
– Et maintenant ?
– Maintenant, il est dangereux qu’il y reste huit jours de plus.
– Je ne vous comprends pas.
– Écoutez-moi et vous me comprendrez.
– Parlez…
– Il y a à Bedlam un homme qui n’est plus fou.
– Quel homme ?
– Edward Cokeries.
– Bien.
– Non seulement il n’est plus fou, mais il est devenu l’ami de lord William.
– Que dites-vous ?
– La vérité.
Et M. Burdett chercha dans un dossier qu’il avait sous la main une note écrite en chiffres.
– Je vais vous lire cela, dit-il, et vous verrez…
Le révérend fronça le sourcil.
Quant à Marmouset, du fond de sa cachette, il ne perdait ni un mot ni un geste de cette conversation bizarre…
Le révérend Patterson prit connaissance de la note que Burdett plaçait sous ses yeux.
Elle pouvait, en substance, se résumer ainsi :
« Le fou Walter Bruce et le fou Edward Cokeries vivaient à Bedlam dans une intimité parfaite et tenaient entre eux de mystérieux conciliabules.
« Or, quelquefois ; ils prononçaient tout bas le nom de Betzy.
Betzy, on se le rappelle, s’était évadée.
« Il était probable que Walter Bruce et Cokeries ignoraient encore la mort de Betzy.
« Mais il était certain aussi que Betzy avait eu en sa possession la fameuse déclaration du lieutenant Percy.
« Qu’était devenue cette pièce ? »
La note disait encore qu’on avait fouillé le logis de Betzy après sa mort et qu’on n’avait rien trouvé.
Quand le révérend Patterson eut pris connaissance de ce document, il regarda M. Burdett.
– Eh bien ? fit-il.
– Eh bien, répondit le premier clerc de M. James Colcram, voici ce qui peut fort bien arriver, c’est que lady Pembleton aille voir lord William à Bedlam.
– Bon !
– Qu’elle s’entende avec lui, et que lord William, pour une somme quelconque, fasse régulièrement abandon de tous ses droits.
– Et puis ?
– Alors lord William sortira de Bedlam et, au lieu d’un adversaire, nous en aurons deux.
– Diable ! mais comment empêcher cela ?
– J’ai trouvé le moyen.
– Ah !
– Un moyen excellent de séparer à jamais lord William de lady Pembleton.
– Que comptez-vous donc faire ?
– Écoutez-moi bien, mon révérend, dit encore M. Burdett.
– Voyons ? fit le chef de la Mission évangélique.
– La captivité de lord William n’a point ébranlé sa raison, comme on pourrait le croire.
– Vraiment ?
– Une main mystérieuse, que je soupçonne être celle de cette dame des prisons qui a favorisé l’évasion de Betzy, lui fit avoir des nouvelles de sa femme et de ses enfants. Avec la perspective de les réunir, on peut faire faire beaucoup de choses à lord William.
– Mais encore ?
– Il faudrait lui préparer une évasion.
– Par exemple !
– Et le faire sortir de Bedlam.
– Bon ! Après ?
– Après, reprit M. Burdett, on lui mettra quatre à cinq mille livres dans la main, on le conduira à bord d’un navire en partance pour l’Australie, à bord duquel il trouvera sa femme et ses enfants.
Alors, il faudra bien, acheva M. Burdett, que lady Pembleton et sir Archibald son père s’exécutent vis-à-vis de nous.
– Vous êtes un habile homme, monsieur Burdett, dit le révérend Patterson.
M. Burdett s’inclina modestement.
– Cependant, j’ai une objection à vous faire.
– Laquelle ?
– Rien n’est plus facile que de faire ouvrir les portes de Bedlam à lord William.
– Bon !
– Mais pourquoi simuler une évasion ?
– Parce que, dit M. Burdett, le jour où on dirait à lord William : on a reconnu que vous n’êtes pas fou, par conséquent vous êtes libre, ce jour-là il se méfierait, et Edward Cokeries plus que lui encore.
– Mais, une fois libre, consentira-t-il à partir ?
– Je m’en charge.
– Comment ferez-vous ?
– Je lui ferai signer une prétendue transaction avec lady Pembleton.
– Qui n’en saura rien ?
– Absolument rien.
– Et il partira pour l’Australie ?
– Avec des lettres de crédit sur un banquier de Sydney.
– Fort bien.
– Par cette transaction imaginaire, poursuivit M. Burdett, lady Pembleton s’engagera à payer une pension annuelle de cinq mille livres.
– Ah ! et cette pension sera payée ?
– La première année, oui.
– Et la seconde ?
– Oh ! la seconde, c’est différent.
– Pourquoi ?
– Mais parce que dans un an, la succession de lord Evandale sera tout entière dans nos mains. Alors, lord William et lady Pembleton s’arrangeront comme ils pourront.
– Décidément, monsieur Burdett, dit encore le révérend Patterson, vous êtes un fort habile homme.
M. Burdett salua.
– Maintenant, reprit le révérend, comment préparer cette évasion dont vous parlez ?
– Je m’en charge.
– Mais encore ?
– Qu’il vous suffise de me donner un mot.
– Pour qui ?
– Pour le directeur de Bedlam.
Le révérend s’assit auprès de la table de M. Burdett, et celui-ci mit devant lui du papier et une plume, disant :
– Voulez-vous me permettre de dicter ?
– Faites…
M. Burdett dicta :
« Il vous plaira, au nom de la Société dont secrètement vous êtes membre, donner au porteur de ce billet toutes les facilités qu’il vous demandera. »
Le révérend écrivit.
– Maintenant, dit encore M. Burdett, signez de votre signature particulière.
Le révérend mit au bas de la lettre une croix et un P qu’il fit suivre de trois points.
– Fort bien, dit M. Burdett.
Et il plia le papier et le mit dans sa poche.
– Quand irez-vous à Bedlam ? demanda alors le révérend.
– Oh ! ce n’est pas moi qui irai.
– Qui donc ?
– Un homme dont je suis sûr.
– Et quand nous reverrons-nous ?
– Après-demain.
– Ici ?
– Oui.
– Et à la même heure ?
– Parfaitement.
– Mais Colcram n’y sera-t-il point ?
– Non, il plaidera ce jour-là devant la cour de Marlborough.
Le révérend Patterson se leva.
Il fit un pas vers la porte, puis revint :
– Avec tout cela, dit-il, vous n’avez pas entendu parler de l’homme gris.
– On a prétendu qu’il s’était noyé.
– En effet.
– Mais je n’en crois rien, et je vous dirai même toute ma pensée.
– Voyons.
– L’homme gris a vu, en prison, Tom, le condamné à mort.
– Bien !
– Tom a dû lui raconter l’histoire de lord William.
Le révérend Patterson tressaillit.
– C’est pour cela, continua froidement M. Burdett, que je voudrais voir lord William et sa famille en route pour l’Australie.
– Vous avez raison. Cet homme gris est le seul homme que je craigne.
– Moi aussi.
– Faites donc vite et menez-moi cette évasion à bonne fin.
– Soyez tranquille.
Le révérend s’en alla.
M. Burdett le reconduisit jusqu’à la porte.
Puis, quand le révérend eut descendu l’escalier, le prétendu clerc revint dans son cabinet et rouvrit la porte du cabinet.
– Viens, dit-il.
Marmouset entra.
– As-tu entendu ? dit Rocambole.
– Tout.
– Eh bien ?
– Eh bien ! dit Marmouset en riant, je suis comme le révérend Patterson, je vous admire.
– As-tu deviné qui j’allais charger d’entrer à Bedlam ?
– Parbleu ! c’est moi. Seulement…
– Quoi donc ?
– Il me faut des instructions précises.
– Oh ! sois tranquille, dit Rocambole en souriant, je vais te les donner.
Et il alla pousser le verrou de la porte, afin que personne ne vînt les déranger.
Il était huit heures du soir.
Le brouillard était plus épais encore que de coutume, et les becs de gaz, noyés dans l’atmosphère, étaient impuissants à éclairer les rues.
Deux hommes cheminaient, néanmoins, dans Lembeth road, parlant tout bas, s’arrêtant quelquefois pour voir si personne ne les suivait, parfois aussi pressant le pas. Quand ils furent au coin de Lembeth road et de Bethleem place, ils s’arrêtèrent de nouveau.
À leur droite se dressait Bethleem-Hospital, c’est-à-dire la maison célèbre d’aliénés que le peuple de Londres, par corruption, appelle Bedlam.
En face d’eux s’élevait l’église catholique de Saint-George.
– Tout ce que vous venez de me dire, fit alors l’un des deux hommes, est bien extraordinaire, monsieur.
– Comment cela, ami Shoking ?
Et Marmouset, car c’était lui, posa sa main sur l’épaule de notre vieille connaissance.
– Vous ne savez pas si l’homme gris est mort ou vivant ?
– Je n’en sais rien.
– Cependant, vous êtes allé ce matin chez M. Colcram, le solicitor ?
– Oui.
– Avec l’intention de le charger du procès ?
– Cela est vrai.
– Et voilà que vous renoncez à cette idée !
– C’est que j’en ai une meilleure.
– Eh bien ! dit Shoking avec un accent de franchise toute britannique, vous ne m’empêcherez pas de croire…
– Quoi donc ?
– Que l’homme gris est vivant.
– Quel rapport peut-il y avoir entre l’homme gris et le solicitor Colcram ? dit Marmouset impassible. Attendez donc.
– Voyons, dit Shoking. Vous avez rencontré l’homme gris ce matin.
– En vérité !
– Et c’est lui qui vous aura dit… qui vous aura conseillé.
– Allons Shoking, dit froidement Marmouset, est-il convenu, oui ou non, entre nous tous qu’en l’absence de l’homme gris, c’est à moi qu’on obéit ?
– Cela est convenu, dit Shoking avec flegme.
– Eh bien ! faites ce que je vous commande.
– Soit, j’obéirai.
– Et ne vous préoccupez pas d’autre chose.
– Il faut donc que j’aille d’abord à Saint-George ?
– Oui.
– Que je traverse le cimetière, et que j’aille frapper à la porte du chœur. Bien, après ?
– Le sacristain viendra vous ouvrir et vous lui direz : « Je viens de la part de Tom. »
– Mais Tom est mort.
– Cela ne fait rien. Le sacristain saura ce que cela veut dire.
– Et puis ?
– Et puis il vous remettra une corde.
– Une corde ?
– Oui, celle de Tom. La corde du pendu.
– Bon. Ensuite ?
– Vous mettrez la corde dans votre poche et vous viendrez me rejoindre.
– Où m’attendrez-vous ?
– Ici.
Et Marmouset s’assit sur un des bancs du square.
Shoking s’en alla.
Il poussa la grille du cimetière, qui était toujours entre-bâillée, et il chemina, non sans une superstitieuse terreur, au travers des tombes.
Arrivé à la porte du chœur il frappa.
Le sacristain vint ouvrir.
Le sacristain et Shoking se connaissaient pourtant de longue date. Mais le premier ne reconnut pas le second.
Il le salua même avec une déférence inquiète et, à tout hasard, il dit :
– Que désirez-vous, milord ?
– Je viens de la part de Shoking.
Le sacristain tressaillit.
– Je connais cette voix, dit-il.
– Ah ! ah ! fit Shoking.
– C’est la voix de Shoking.
– Et c’est Shoking lui-même.
– Vous ?
Et le vieux sacristain ouvrit de grands yeux.
Shoking était, en effet, quelque peu métamorphosé : il était mis comme un prince, avait des boutons de diamant à sa chemise et des bagues à tous les doigts.
Shoking était redevenu lord Wilmot.
Ce lord excentrique qui, au dire de la plèbe de Londres, s’habillait en mendiant et passait souvent la nuit dans les tavernes ou dans les workhouses.
– Ah ! c’est vous ? dit le sacristain.
– C’est moi.
– Et vous venez de la part de Tom ?
– Oui.
– Vous savez pourtant que Tom est mort ?
– Je viens chercher sa corde.
– La corde qu’il avait donnée à l’homme gris et que celui-ci a léguée à l’abbé Samuel ?
– Précisément.
– Montez avec moi dans le clocher, Shoking ; je vous la donnerai : l’abbé Samuel m’en a donné l’ordre.
– Ah ! dit Shoking.
Comme ils gravissaient le petit escalier en spirale du clocher, le vieux sacristain reprit :
– Ah ! si cette corde était à moi, je ferais ma fortune, Shoking.
– Comment cela ? demanda le nouveau lord.
– Vous n’êtes pas sans savoir que la corde de pendu porte bonheur.
– Certainement non, car sans cela, ce serait une corde comme une autre.
– Naturellement.
– Alors, peut-être avez-vous eu la pensée d’en couper un morceau pour vous ?
– Dieu m’en garde !
– Comment donc alors feriez-vous votre fortune ?
– D’une façon bien simple, si elle était à moi.
– Qu’en feriez-vous ?
– Je la vendrais.
– À qui ?
– À un gentleman qui m’en a fait offrir cinq cents livres.
– Ah ! bah ! fit Shoking, il est donc bien riche, ce gentleman ?
– Mais oui.
– Et comment se nomme-t-il ?
– C’est M. John Bell.
– Qu’est-ce que cela ?
– Le second directeur de Bedlam.
Puis, après un silence :
– Ah ! fort bien, dit Shoking. Mais un gentleman qui est riche et a un si bel emploi, reprit Shoking, n’a vraiment pas besoin de cela pour être heureux.
– Il paraît que si, dit le sacristain.
Ils arrivèrent dans la chambre où couchait d’ordinaire l’abbé Samuel.
Celui-ci avait éventré la paillasse, car c’était dans la paillasse qu’il avait caché la corde qui avait étranglé le pauvre Tom.
Le sacristain y fourra la main et la prit.
Puis il la remit à Shoking avec un soupir.
– Cinq cents livres ! murmura-t-il, de quoi acheter un cottage auprès de Brighton.
Shoking roula la corde et la mit sous son manteau.
– Mais qu’en voulez-vous faire ? dit alors le sacristain.
– Moi ? rien…
– Comment, rien ?
– Du moins, je ne le sais pas.
– Ce n’est donc pas pour vous que vous la venez chercher ?
– Non.
– Bizarre ! murmura le sacristain.
Et il soupira de nouveau.
Shoking et lui descendirent.
Puis Shoking franchit de nouveau la porte du chœur et s’en alla tandis que le sacristain poussait un troisième soupir. Marmouset n’avait pas bougé du banc sur lequel Shoking l’avait laissé.
– Avez-vous la corde ? dit-il.
– Oui, répondit Shoking.
– Eh bien ! venez.
– Où allons-nous ?
– Vous le verrez, ami Shoking.
Et Marmouset prit le nouveau lord par le bras et l’entraîna vers Bedlam.
Marmouset eut sans doute bientôt fait sa leçon à Shoking, car un quart d’heure après, celui-ci sonnait à la grande porte de Bethleem-Hospital.
Marmouset demeurait au dehors, disant :
– Je vous attends.
Quand la porte fut ouverte, Shoking entra dans la prison.
– Que désirez-vous, monsieur ? demanda le concierge.
– Mon ami, dit Shoking avec humeur, vous pouvez m’appeler milord.
Le concierge se confondit en excuses.
Puis il renouvela sa question.
– Je désire parler au directeur, dit Shoking.
– Lequel ?
– Mais au directeur de Bedlam, parbleu !
– C’est que je ferai observer une chose à Votre Seigneurie.
– Quoi donc !
– Bedlam a deux directeurs.
– Ah ! fort bien.
– L’un qui se nomme John Bell esquire.
– Et l’autre ?
– Master Blount.
– Lequel est le plus élevé en grade ?
– Ils sont égaux.
– Ah ! c’est différent. Eh bien ! annoncez-moi à celui que vous voudrez.
– Je crois que M. John Bell est sorti ; aussi vais-je conduire milord chez M. Blount.
Et le concierge prit un trousseau de clefs à sa ceinture et ouvrit la grille qui séparait le parloir des corridors intérieurs de la prison.
Shoking traversa plusieurs cours et ensuite un jardin au milieu duquel s’élevait un pavillon.
C’était l’habitation particulière de l’honorable M. Blount, l’un des directeurs.
Le concierge sonna à la porte.
Un grand laquais vêtu de rouge vint ouvrir.
– Qui annoncerai-je ? demanda-t-il quand le concierge l’eut mis au courant.
– Lord Wilmot, répondit majestueusement Shoking.
M. Blount était encore à souper.
On introduisit Shoking au salon et on le laissa seul quelques minutes.
Ce temps lui suffit pour s’adresser, en guise de monologue, la réflexion suivante :
– Je ferai certainement tout ce que Marmouset m’a dit de faire, je dirai tout ce qu’il m’a chargé de dire, mais, foi de Shoking et de loyal Anglais que je suis, je veux être pendu avec la corde de Tom, que le sacristain m’a donnée, si je comprends quelque chose à tout cela.
Comme Shoking parlait ainsi en lui-même, une porte s’ouvrit au fond du salon et M. Blount entra.
C’était un petit homme un peu obèse, quelque peu chauve, brun de peau, la lèvre souriante et charnue, qui, de temps en temps, mettait à nu de belles dents blanches. M. Blount était un homme d’environ quarante-huit ans.
Lord Wilmot, c’est-à-dire notre ami Shoking, qui avait décidément du goût pour les grandeurs, lord Wilmot, disons-nous, rendit avec une dignité parfaite le salut que lui adressa M. Blount.
Puis il s’excusa de se présenter aussi tard, et, puisa son excuse dans une pressante nécessité.
– Milord, répondit M. Blount, j’écoute Votre Seigneurie.
– Mon cher monsieur, dit alors Shoking sans se départir d’un petit ton protecteur, vous voyez en ma personne un homme aussi malheureux que riche.
– Ah ! vraiment ?
Et M. Blount regarda le noble personnage avec intérêt.
– Je suis veuf de lady Wilmot, née à Duncaster, poursuivit Shoking.
M. Blount s’inclina.
– Veuf et sans enfant…
Ici lord Wilmot soupira… Puis il reprit :
– Mais j’ai un neveu… un neveu sur lequel j’avais concentré toutes mes affections.
– Hélas ! monsieur, dit charitablement M. Blount, en vous voyant ici, j’ai peur de deviner…
– Vous devinez sûrement, monsieur, mon neveu a perdu la raison.
– En vérité !
– Je lui avais fait donner une brillante éducation. Il parle toutes les langues européennes. Il a fort longtemps habité Paris, et il lui reste même une légère prononciation française quand il parle notre belle langue immortalisée par Shakespeare.
M. Blount s’inclina encore et attendit.
Lord Wilmot continua.
– Sa folie, sa monomanie plutôt, car il est fort raisonnable pour tout le reste, date de son séjour à Paris.
– Ah ! fit M. Blount.
– Je lui servais une fort belle pension annuelle, dix mille livres sterling, deux cent cinquante mille francs en monnaie française.
Il menait la vie à grandes guides, était au Jockey-Club, faisait courir et fréquentait les coulisses de l’Opéra.
C’est l’Opéra qui a causé sa folie.
– Peut-être, observa M. Blount, était-il d’une nature exaltée, et la musique, la danse ?…
– Vous n’y êtes pas.
Et lord Wilmot soupira encore.
– J’écoute, fit M. Blount.
– Un soir de l’hiver dernier, à l’Opéra, poursuivit Shoking, on donnait le Prophète ; mon neveu, fort amoureux d’un premier sujet de la danse, avait ses entrées dans les coulisses.
– Naturellement, fit M. Blount.
– La salle était splendide, tout le high-life parisien s’y trouvait. Mon neveu allait et venait de la salle dans les coulisses et des coulisses dans la salle.
Pendant le dernier entr’acte, il arriva une catastrophe. Un machiniste se pendit à un fil qui tombait du cintre, le long d’un portant.
– Il se pendit volontairement ?
– Oui, monsieur.
– Dans un accès de folie, sans doute ?
– Non, par désespoir d’amour.
– Ah ! vraiment ?
– Il était amoureux de cette même danseuse aux pieds de laquelle mon neveu faisait couler un fleuve d’or.
– Et cet événement eut sans doute une influence favorable sur la raison de M. votre neveu ? dit encore M. Blount.
– Vous n’y êtes pas…
– Ah !
– Le peuple parisien est le plus superstitieux du monde, poursuivit Shoking.
On avait à peine dépendu le malheureux machiniste dont le corps était encore chaud, que tout le personnel du théâtre se rua sur la corde.
Elle avait une belle longueur, cependant.
Mais elle fut dépecée en petits morceaux et chacun en eut sa part, depuis le régisseur jusqu’au plus modeste valet. Mon neveu eut également son petit bout.
– Ah ! ah !
– Cette même nuit, il alla au club, joua et gagna.
Les jours suivants, il eut un bonheur insolent.
– Et sa raison ?
– Attendez donc ! Au bout de huit jours, tout le club était décavé ; alors, on ourdit une petite conspiration contre mon pauvre neveu.
Un soir qu’il soupait au Café Anglais, on lui fit prendre un narcotique, il s’endormit profondément.
– Et on lui vola son bout de corde ?
– Vous l’avez dit.
– Et le malheureux jeune homme en est devenu fou ?
– C’est-à-dire, reprit Shoking, qu’il n’a plus qu’une idée fixe.
– Laquelle ?
– Se procurer une corde de pendu.
M. Blount se prit à sourire tristement.
– Hélas ! monsieur, dit-il, la folie de votre neveu n’est pas un cas unique.
– Vraiment ?
– Et nous avons ici même un gentleman parfaitement raisonnable, du reste, qui est frappé de la même monomanie.
– C’est un de vos pensionnaires ?…
– Plut à Dieu ! fit M. Blount en levant les yeux au ciel.
Et comme Shoking le regardait :
– C’est mon collègue, ajouta M. Blount, mon codirecteur, l’honorable M. John Bell, qui dirige avec moi cet établissement.
Et M. Blount poussa un gros soupir, tandis qu’un cri d’étonnement échappait au bon Shoking.
M. Blount continua :
– Oui, milord, cela est invraisemblable, et cependant, cela est vrai, mon codirecteur, mon collègue, est atteint de monomanie.
– En vérité ! dit Shoking.
– Ainsi, poursuivit tristement M. Blount, le directeur d’une maison d’aliénés est lui-même aliéné.
– C’est à n’y pas croire, monsieur.
– Aussi, personne ne le croit ; je suis allé chercher le lord-maire et je lui ai conté cela en grand mystère.
– Et que vous a-t-il répondu ?
– Le lord-maire a été fort étonné.
Puis, après un moment de réflexion, il m’a dit :
– J’irai demain visiter Bedlam et m’assurerai par moi-même de la vérité de vos assertions.
– Et il est venu ?
– Le lendemain.
– Eh bien ?
