Sport Addict - Sylvain Leloir - E-Book

Sport Addict E-Book

Sylvain Leloir

0,0

Beschreibung

A 30 ans, épanoui dans ma vie familiale et professionnelle, le sport performance a été mis de côté. Mais un événement va réveiller le compétiteur qui sommeillait en moi et me faire basculer. Du running au triathlon, en passant par l'ultra-trail, je vais vivre des moments inoubliables. Cependant, la frontière entre la passion et l'addiction n'est jamais loin. Je la franchis lorsque je tente d'atteindre le Graal sur le format ultime du triathlon : un Ironman...

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern
Kindle™-E-Readern
(für ausgewählte Pakete)

Seitenzahl: 274

Veröffentlichungsjahr: 2020

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



[email protected]

Préface

« C’est moi, c’est vous, Je représente le sportif normal »

Cette phrase fortement inspirée d’une célèbre chanson de Big Flo et Oli colle parfaitement au but de ce livre.

Je ne suis pas un champion du monde de football, un champion de tennis gagnant plus de dix fois Roland-Garros ou encore un extraterrestre du trail gravissant le Mont-Blanc en courant. Je ne suis même pas un champion régional ou départemental mais je me lance dans l’écriture d’un livre pour raconter l’histoire d’un sportif ordinaire. L’argent démesuré du sport, les médias, les soirées mondaines sont bien loin de mon quotidien. Ce livre est le livre de nous tous, les sportifs qui vivons notre passion en conjuguant une vie familiale et une vie professionnelle en parallèle.

Marié, père de deux filles et consultant en informatique, je suis un vrai passionné de sport. Avec une fibre scientifique, rien ne me prédestine à écrire un livre même si j’ai toujours eu beaucoup d’imagination pour les poèmes à destination de mon épouse ou lors de l’écriture d’une nouvelle pour un concours à l’école.

Mais l’envie de partager est trop forte, de laisser un souvenir à mes enfants, mes futurs petits enfants de ce qu’a été ma vie de sportif jusqu’à aujourd’hui. Peut-être aurai-je la chance de croiser un inconnu en train de bouquiner ce livre sur la plage ce qui sera ma plus belle victoire.

Le sport n’a pas toujours fait partie de ma vie mais une fois que celui-ci a été injecté dans mes veines, il m’a lentement contaminé. Sans vaccin contre ce virus mais avec de bons anticorps, j’ai réussi à repousser cette contamination à ses débuts mais la lutte était perdue d’avance. J’ai bien essayé différents traitements pour m’en débarrasser mais rien n’y a fait et il revient de plus en plus fort pour arriver à son paroxysme lors de ces deux dernières années. Je n’arrive plus à lutter contre cette addiction pour mon plus grand bonheur.

Ce livre vous raconte cette histoire d’amour qui commence par un simple flirt avant de devenir obsessionnelle et qui va m’amener à vivre des aventures extraordinaires. Je vous invite à vous plonger dans mon quotidien de sportif et à vibrer avec moi.

Je dédie ce livre à Ingrid l’amour de ma vie et mes adorables filles pour leur soutien infaillible malgré mes différentes addictions qui jalonnent ma vie, mes parents pour leur accompagnement dans les épreuves sportives même encore à bientôt 40 ans, ma sœur, mes ami(e)s qui sont constamment en train de m’encourager, la grande famille du club d’athlétisme de Péronne, mes clients qui me permettent de concilier sport et travail, mes plus fidèles partenaires d’entraînement Cloclo, David et Christophe. Je dédie ce livre à tous les sportifs et les sportives ainsi qu’à tous les organisateurs et les bénévoles sans qui nous ne pourrions pas vivre de telles aventures.

Sylvain LELOIR

Table des matières

SAS DE DEPART

LE TOURNANT

MON PRECIEUX

ALPSMAN - DECOUVERTE

SAINTELYON DANTESQUE

ALPSMAN - LA CLOCHE

ET MAINTENANT

DERNIERE LIGNE DROITE

Sas de départ

10 Juin 2019,

Deux jours après la fin de l’Alpsman, un triathlon XXL, je décide d’écrire ce livre pour raconter l’histoire d’un mec ordinaire qui s’est pris de passion pour le sport au fur et à mesure de sa vie jusqu’à aller à l’épreuve ultime du triathlon.

J’ai pris l’habitude d’écrire un petit récit pour les copains du club d’athlétisme de Péronne après les grosses épreuves auxquelles j’ai eu la chance de participer pendant les deux dernières années. A chaque fois, des retours remplis de tendresse de ces personnes ressentant l’émotion qui me traverse durant ces épreuves et un jour un message d’Isabelle me disant qu’il ne me reste plus qu’à écrire un livre. Etonnant car cette idée m’avait traversé l’esprit au lendemain de cette épreuve légendaire.

Donc je décide de me lancer dans ce nouveau défi pour partager ma passion pour le sport. Mais l’écriture d’un petit récit de quelques lignes n’est pas tout fait la même chose que l’écriture d’un livre sur ma vie sportive. Je vais mettre toute mon énergie dans ce projet comme je le fais lorsque je prépare une épreuve. L’écriture est ma préparation et la publication est ma compétition avec sa part d’incertitude.

A travers ce livre, j’espère vous :

Faire vivre toutes les émotions que j’ai ressenties durant ma vie sportive particulièrement lors de mes deux dernières années durant lesquelles je me suis lancé des défis de plus en plus fous.

Tenir en haleine lors des différentes épreuves.

Faire rire avec toutes les anecdotes qui font mon quotidien.

Donner envie de vous lancer dans des défis que vous ne pensiez pas pouvoir réaliser un jour.

Ce récit est l’histoire d’un mec, que l’on croise tous les jours dans la vie, qui s’est lancé à fond dans sa passion, le récit d’un « sport addict », champion aux yeux de certains mais inconnu aux yeux de tout le monde.

Chapitre 1

Le tournant

« L’homme qui a le plus vécu n’est pas celui

qui a compté le plus d’années, mais celui qui

a le plus senti la vie »

Rousseau

Enfin…

5h du matin, je suis à bord du bateau de croisière, le Libellule, pour une traversée du Lac d’Annecy. Je ne suis pas un touriste, victime d’une insomnie, voulant profiter de la magie des premiers rayons de soleil dans ce cadre majestueux. Je suis dans la peau d’un triathlète. Je vais me lancer dans l’un des triathlons les plus difficiles de France. Le bateau nous amène au centre du lac pour le départ de l’épreuve. Avec Clo-clo et Jérôme, nous nous sommes mis à l’écart en profitant du ponton extérieur. La traversée est rapide mais j’ai le temps de repenser à mon retour dans le monde du sport, dans les compétitions, et surtout aux derniers mois consacrés à la préparation pour entrer dans la légende. La musique, de plus en plus forte, me ramène à la réalité. Le départ est tout proche. Nous nous encourageons et nous nous donnons rendez-vous dans quelques heures au sommet du Semnoz. J’ai peur du saut depuis le bateau puis de la traversée du lac en nageant. Mais je suis surtout terrifié à l’idée de me lancer vers l’inconnu d’une épreuve XXL…

7 ans auparavant, je suis loin de m’imaginer réaliser une épreuve de cette envergure. Le sport n’est plus ma préoccupation majeure sauf si le eSport est considéré comme une discipline à part entière. Je suis un sportif du Dimanche avec quelques randonnées VTT mais rien de plus. La compétition, qui était mon leitmotiv, n’est plus d’actualité. Marié, papa d’une petite fille et avec des trajets quotidiens importants, je n’ai plus le temps et le courage de pratiquer le sport de façon intensive.

Mais à l’aube de mes 30 ans, je n’ai pas le choix de cesser toute activité physique. Un stupide accident de moto m’oblige à rester cloîtré à la maison. Les séquelles physiques sont peu importantes. Mais le choc va réveiller le sportif compétiteur qui sommeillait en moi depuis mon coup de foudre pour mon épouse.

Une addiction en chasse une autre

Après deux mois à tourner dans la maison, je suis enfin libre de pouvoir reprendre une activité physique. Cette cure de deux mois sans la moindre dose de sport aurait pu me couper de tout désir de reprise. Mais c’est totalement le contraire qui se passe. Quelques heures après ma dernière visite à l’hôpital, je suis en tenue de cycliste prêt à remonter sur le vélo.

Je me revois à l’âge de 13 ans quand je débute dans le monde du cyclisme accompagné par mon papa. Je commence tout doucement pour le plaisir afin de partager des sorties entre père et fils. Puis, je deviens un véritable cycliste addict après l’obtention du bac. Tout mon temps libre durant mes études d’ingénieur est consacré à cette discipline. Je fais le métier comme nous disons dans le jargon. Je suis un véritable cycliste avec deux périodes bien distinctes dans la saison.

L’hiver est dédié à l’entraînement foncier avec des sorties lentes pour accumuler des kilomètres, de la musculation en salle et surtout des javas ! L’alcool, la cigarette et quelques substances pas très légales font partie de ces soirées nocturnes de la semaine, les zinzins et celles du week-end. La prise de poids est importante car le régime alimentaire n’est pas très orthodoxe. Mais le dimanche matin, je suis sur le vélo même après quelques heures de sommeil. C’est la période de l’année où les cyclistes se lâchent car nous savons que le moment venu nous abandonnerons tous ces extras.

Le reste de l’année est la saison cycliste totalement dévouée à ce sport exigeant avec l’abandon de toutes les sorties, des aliments inutiles, de l’alcool, ce qui entraîne une perte de poids importante avant d’attaquer les premières compétitions. Mon plat favori afin d’éliminer les excès hivernaux est de la soupe à la tomate. Ce régime conjugué à un entraînement de plus en plus volumineux implique une perte de poids radicale. L’écart est de dix kilos entre mon poids de cycliste non affuté et celui lorsque je suis sec. A cette époque, je descends jusqu’à 57 kilos pour 1m77, donc je suis très affuté. Je m’amuse à faire quelques places sur les courses départementales et régionales. Puis, j’arrête tout naturellement quand je rentre dans la vraie vie.

La musculature et la pilosité de mes jambes n’a plus rien à voir avec mes années cyclistes. Le plâtre efface définitivement toute trace d’un passé sportif. Mon mollet droit est devenu très poilu et surtout ridicule. Je n’ai plus du tout de souplesse au niveau de la cheville mais je n’en peux plus. Je pars faire une petite sortie à vélo. J’attrape une crampe au bout d’à peine 10kms mais je continue en pédalant comme je peux. Je viens de faire une sortie d’à peine une heure et je suis un homme heureux qui a eu sa petite dose d’endorphine.

Je reprends le travail immédiatement mais je ne peux pas encore pratiquer le sport avec mes collègues le midi. Je dois patienter en attendant que les séances de kiné fassent effet. Mais le monde virtuel ne m’intéresse plus. La console portable, qui accompagnait mon déjeuner, reste au fond du sac.

Une reprise difficile

Dès que ma cheville est apte, je me mets à une nouvelle discipline, le running. J’ai déjà couru de temps en temps quand le timing était trop serré pour la pratique du cyclisme mais jamais de façon assidue. Le vélo m’a toujours plus attiré mais mes collègues courent le midi donc je suis le mouvement avec mes premières foulées en 2012.

Chaussé de tennis qui trainent à la maison, un short classique, un t-shirt en coton et d’une simple montre pour suivre mon chrono, je me lance pour mon premier running avec un départ du stade de Valenciennes en direction d’un petit parc avec un long faux plat montant pour le rejoindre. Cette petite côte me semble interminable et je suis lâché très rapidement. Je viens de parcourir deux petits kilomètres et je suis lessivé.

Mon inactivité durant deux mois et ma pause amoureuse ont eu raison des acquis de toutes mes années sportives. J’arrive tout de même à courir sans faire de pause mais mon rythme n’est pas très rapide et loin du niveau de mes collègues. Le vélo et la course à pied sont deux sports complémentaires mais pas totalement identiques au point de vue musculaire. Mais je me prends au jeu et je ne suis pas prêt de m’arrêter.

Les entraînements passent rapidement d’une à cinq séances par semaine avec du vélo de temps en temps le week-end. Petit à petit, le running trouve sa place dans ma vie et je deviens de plus en plus addict à cette discipline. Un collègue de travail, Mohammed, emboîte mon pas et nous progressons ensemble. Nous avons tous les deux le même état d’esprit, en voulant participer à des compétitions rapidement.

Au fil des semaines, je suis de plus en plus à l’aise et je commence à pouvoir suivre les meilleurs du groupe qui sont des machines avec des chronos sur marathon de moins de 3h15. Nous terminons régulièrement nos séances par un petit sprint mais je ne suis pas encore en mesure de lutter.

Nous passons de très bons moments et je deviens très vite le plus accroc du groupe. L’addict est de retour avec l’achat de chaussures de running dans un magasin spécialisé et l’abonnement à un magazine pour suivre des plans d’entraînement.

Je me familiarise avec le jargon du running : allure, VMA, fractionné, endurance… Les entraînements sont plus structurés qu’à l’époque où je pratiquais le vélo avec une spécificité pour chaque séance : fractionnés courts, longs, aérobie, récupération… Ce sport me plait car il suffit de quarante-cinq minutes à une heure pour faire un entraînement complet alors que le vélo demande nettement plus de temps. Cette discipline permet de concilier facilement sport, travail et vie de famille. Le compétiteur a trouvé un nouveau sport pour s’exprimer.

Les premières fois

A peine trois mois que je m’entraîne et je regarde déjà le calendrier des courses sur route. Le sport « plaisir » de ces dernières années est fini et fait place au sport « performance ». Les premières fois dans notre vie sont des événements marquants comme notre premier baiser, premier amour… et la participation à ma première course reste ancrée dans ma mémoire.

Je débute par une petite distance le 10kms qui est ma distance de prédilection. Je me rends à Douai où la foule est impressionnante. Le nombre de participants n’a rien à voir avec le nombre de cyclistes présents sur les courses. Là où il est difficile de réunir 100 concurrents sur une course, je me retrouve au milieu de 1000 participants. Le running a deux facettes : le côté compétition avec ceux qui sont là pour le chrono et le côté fête avec des participants qui viennent concourir pour le fun sans aucune pression. Je suis un peu perdu au milieu de cette foule qui s’agite en attendant le départ.

Je ne suis pas dans les premiers sur la ligne de départ qui est noire de monde. Je suis venu pour faire un chrono donc je copie certains concurrents en m’avançant au plus près de la ligne et en passant au-dessus des barrières. Ça n’est pas très fair-play mais je n’ai pas envie de piétiner au départ, slalomer entre les concurrents et finalement faire un chrono médiocre. Je me rassure en discutant avec un concurrent à côté de moi qui se demande si on ne s’est pas mis trop près.

Le coup de feu retentit et je me lance à toute allure sur ce 10kms. Je croise les premiers au grès du parcours et je suis impressionné par leur vitesse. Je ne vais pas au même rythme mais je suis emporté par les autres coureurs et mon départ est trop rapide. Je suis euphorique mais mon corps me rappelle à l’ordre au bout de deux kilomètres et je ralentis naturellement pour terminer mon premier 10kms en un peu moins de 45 minutes. Je suis heureux et je viens de terminer ma première course dans un super temps.

Plus de dix ans que je n’avais pas touché à la compétition et il a suffi d’une fois pour replonger dans cette adrénaline qu’on ne retrouve que le jour des courses. La petite boule au ventre, la peur de ne pas réussir et la délivrance sont les ingrédients qui font que la course est toujours un plat délicieux.

Je vais enchaîner les compétitions sur 10kms et le chrono fait une chute vertigineuse. En 2012, chaque course me permet de gagner 1 minute sur le chrono précédent. Mon passé de cycliste et ma motivation dans les entraînements m’aident à progresser rapidement. Je participe pour la première fois à la Corrida de Péronne et je croise Cloclo qui est une ancienne connaissance de mes années cyclistes. Il a maintenant la cinquantaine mais je suis bien loin de le suivre avec son chrono de 40 minutes. Nous deviendrons des partenaires d’entraînement bien des années plus tard pour une aventure légendaire…Tous ces progrès me motivent à continuer avec le rêve fou de participer à un marathon.

Avec Mohammed, nous décidons de nous lancer dans l’épreuve mythique du running dès notre première année d’entraînement avec le marathon d’Amiens. Il est situé en fin de saison donc cela nous laisse le temps de profiter des vacances d’été avant de suivre un plan d’entraînement. La problématique du marathon est qu’il est nécessaire d’effectuer une sortie longue par semaine et que le créneau horaire du midi n’est pas suffisant. Donc j’empiète sur le week-end avec une sortie longue allant jusque trois heures. Nous nous fixons le même objectif ambitieux pour un premier marathon avec un chrono de 3h30. Nous sommes plutôt rapides sur 10kms donc l’objectif est réalisable.

Les entraînements se passent bien et nous partons très motivés à notre premier marathon. Amiens est la ville de mes premières études postbac avec son lot de soirées agitées mais ce dimanche matin je suis impressionné par le calme qui règne dans cette ville lorsque nous parcourons les premiers kilomètres. Le marathon d’Amiens est loin de la folie de course de Douai et l’ambiance y est nettement plus calme ce qui nous convient très bien pour notre premier 42,195kms.

La ville d’Amiens est à nous, les routes sont bloquées à la circulation et nous courons sur une des artères principales bondées en temps normal afin de rejoindre le canal de la Somme. Le parcours du marathon d’Amiens est plat et consiste à courir sur le chemin de halage en faisant demi-tour à mi-parcours. Nous faisons l’erreur du débutant en partant légèrement trop vite mais nous nous calons très rapidement sur notre allure de course. Le but est de maintenir une allure constante du début à la fin. Cette vitesse si facile à ses débuts qui devient de plus en plus difficile à tenir au fil des kilomètres.

Lors de notre aller, nous croisons les premiers qui sont déjà sur le retour. Leur vitesse est incroyable pour un marathon. Ils tiennent 42,195kms à une allure plus rapide que ce que je peux faire sur 10kms.

Le premier semi-marathon se passe très bien et nous restons côte à côte avec Mohammed puis c’est un grand demi-tour pour rejoindre l’arrivée. Nous sommes dans les temps pour réaliser 3h30. La foule est plutôt clairsemée sur les interminables lignes droites du chemin de halage. Mohammed montre les premiers signes de fatigue dès le 25ème kilomètre et mètre après mètre il s’éloigne de moi. Je le motive à recoller mais ça n’est plus possible donc je continue au rythme prévu jusqu’au 30ème et le fameux mur.

J’ai lu de nombreuses choses sur le « mur » et je ne comprends pas ce phénomène qui est inconnu dans le monde cyclisme. Le mur arrive quand notre corps se met à consommer des lipides qui sont une source d’énergie mais avec un rendement inférieur. Donc l’allure devient de plus en plus difficile à tenir. Il est difficile de comprendre uniquement avec la théorie, la pratique va m’éclairer sur ce phénomène car je me prends le mur en pleine face exactement au 30ème km. Est-ce psychologique ? Je pense qu’il y a une petite partie qui vient de notre mental mais surtout une importante baisse physique. Le changement de carburant ne me convient pas et je n’ai plus de jus. Les magazines disent que c’est maintenant que commence un marathon.

Il est vrai que les kilomètres avant le mur m’ont semblé faciles mais maintenant chaque pas devient de plus en plus difficile et je ressemble de plus en plus à un pantin désarticulé. L’objectif chronométrique n’est plus important mais le but est de rallier l’arrivée. Un spectateur me dit de bien balancer mes bras pour m’aider à progresser dans une petite montée, je le fais quelques mètres mais je n’ai plus l’énergie.

Mes amies les crampes, que je connaissais bien à mes débuts dans le cyclisme, viennent se rappeler à mes bons souvenirs, mais je refuse de marcher. Je suis un Runner et pas un marcheur. Je continue lentement tandis que d’autres sont arrêtés pour se décontracter les muscles. J’aperçois enfin la ligne d’arrivée et je termine mon premier marathon en 3h50. Mohammed arrive quelques minutes plus tard, épuisé. Nous sommes marathoniens, bien loin des records de nos collègues en 3h10 mais nous l’avons fait.

Après la ligne, nous devons marcher 500m pour retourner au vestiaire et nous trouvons cette distance phénoménale. Nous avançons très lentement jusqu’au moment où Mohammed est cloué au sol perclus de crampes. Il souffre mais un fou rire me prend alors que j’essaie de l’aider à faire ses étirements. La dose de drogue naturelle, générée par mon corps après cet effort, provoque cette euphorie passagère mais tellement agréable après la souffrance des derniers kilomètres.

La première année de running se termine avec ce premier grand moment et le Père Noël va m’apporter un nouveau jouet pour devenir encore plus fou de cette discipline : un GPS. A croire que mon épouse aime que je redevienne un addict du sport.

Génération Y

Je suis de justesse de la génération Y qui regroupe les personnes nées entre 1980 et 2000. La révolution technologique a été totale avec la fin de nombreuses choses comme le minitel, le téléphone à cadran, les cassettes VHS, les appareils photos avec pellicule, les cabines téléphoniques… Mais aussi le développement des ordinateurs et d’internet, des DVD, des consoles de jeux, des téléphones portables, de plus en plus high-tech…

La génération suivante dite Z a connu l’essor des réseaux sociaux et des jeux en réseau avec des titres comme Fortnite1... Je ressens tout à fait cette différence car je ne suis pas adepte des réseaux sociaux et jeux en ligne mais j’aime suivre l’évolution de la technologie comme le GPS pour faire du sport.

Mon premier GPS m’est offert à Noël 2012 avec un Garmin qui est une des références dans ce domaine. C’est une montre dédiée au running qui permet de programmer mes séances d’entraînement, d’analyser mes performances, voir mon historique et de regarder si le moteur tourne rond. Il se couple avec une application sur ordinateur ou sur téléphone pour analyser encore plus en détail chaque séance. Je suis le premier au travail à avoir ce type de montre mais tout le monde s’y met petit à petit. La bonne vieille montre ne suffit plus et nous aimons avoir ce gadget pour connaitre notre kilométrage, notre allure…

Cet appendice fait partie de ma tenue de runner et je suis perdu si celui-ci est déchargé ou ne capte pas. Il m’est arrivé d’attendre jusque 10 minutes le signal et de commencer uniquement ma séance lorsque la montre est prête. Il m’aide à progresser en travaillant vraiment à des allures cibles et en délaissant le stade d’athlétisme pour la campagne.

Fini le temps où le transfert des données était réalisé à la sueur de mon front grâce à une plume et un calepin où je copiais les données de mon compteur. Maintenant, il suffit de connecter le GPS pour avoir en quelques secondes l’historique de la séance, le kilométrage mensuel, annuel…

Pour ce livre, je me suis amusé à relire mes différents calepins de 1993 à 2003 et j’y retrouve un certain charme avec mon écriture de jeune adolescent que je ne retrouverai jamais dans le digital. Après le transfert, j’enregistre un petit commentaire pour chaque séance ce qui me permet également de remonter le fil du temps depuis 2012.

Par manque de temps, je ne suis pas un membre actif sur les réseaux sociaux sauf « Strava » qui est le pendant de Facebook mais uniquement pour le sport. Cette application permet de regrouper dans une même communauté toutes les marques de GPS et de pouvoir suivre les activités sportives de tous les copains.

Comme toute application, il y a plusieurs composants dont l’un des plus connus est la mesure des performances sur des segments. Ceci permet de se comparer à tous les cyclistes ou runners du monde entier. Le but est de décrocher le titre de King Of Mountain pour les hommes ou de Queen Of Mountain pour les femmes sur cette partie de route ou de chemin en étant le plus rapide.

J’adore cette fonctionnalité où j’essaie de donner le maximum pour être le King mais ce sont vraiment des efforts d’une intensité maximum pour réussir. Il faut que je sois au top de ma forme pour réaliser un chrono. De plus en plus de monde se prend au jeu. Il faut vraiment analyser le segment pour être certain d’y arriver. Je retente régulièrement plusieurs fois le même segment pour obtenir le titre mais il y a des champions « hors-normes » qui passent. Je m’avoue vaincu devant certaines performances époustouflantes. Les temps des professionnels qui sont passés juste avant nous est impressionnant. Leurs chronos sont vraiment phénoménaux bien loin de mes capacités.

Accompagné de ma montre, je continue de progresser rapidement au cours de l’année 2013 avec un 10kms en moins de 39 minutes à Morcourt dans l’Aisne, un premier semi-marathon sous la barre des 1h30 à Salouël près d’Amiens et moins de 3h30 pour mon second marathon à Lille.

Le semi-marathon reste le souvenir le plus marquant de cette année 2013. La course se déroule parfaitement bien avec un Cloclo en meneur d’allure personnel. Je bats mon record personnel en étant à la limite des crampes sur la fin de parcours. Le semi-marathon est la distance à partir de laquelle mon corps commence à souffrir réellement et les fins de course sont souvent compliquées. Je n’ai pas le temps de savourer car je suis attendu pour un repas de famille avec une raclette, qui est un de mes plats préférés. Je ne me sens pas très bien pour le retour en voiture. J’ai très mal au ventre et j’ai hâte de rentrer à la maison. Tout le monde est déjà sur place et j’arrive le dernier. Je salue tout le monde et m’apprête pour être dans une tenue respectable. Au lieu d’être à table avec tous les convives, je m’avachis sur le canapé car la douleur s’est accentuée. J’effectue un sprint en direction des toilettes pour une scène peu glamour. Je vomis du sang et mes selles sont d’un noir absolu. Tout le monde autour de moi s’inquiète, particulièrement ma belle-mère qui est dans le monde hospitalier. Il est vrai que c’est assez inhabituel mais une petite recherche sur internet indique que c’est un phénomène qui peut arriver après des efforts très intenses. Je ne m’inquiète pas plus que ça. Le « Smecta » deviendra mon allié incontournable lors des courses longues.

Le running m’apporte vraiment un bonheur immense mais je suis sur le point de croquer le sport défendu. Celui auquel il ne faut surtout pas que je goûte si je ne veux pas retomber dans mon addiction passée de cycliste conjuguée avec celle du running maintenant.

Le triathlon ? Jamais !

Je pense que je n’aurais pas été tenté aussi rapidement si je n’avais pas rencontré Éric. Nous aurions pu ne jamais nous connaître. Nous faisons le même métier dans la même société mais dans des secteurs différents donc nous aurions pu rester deux collègues qui se saluent dans les couloirs ou dans l’ascenseur. Mais nous sommes tous les deux dans la même session du stage d’intégration entreprise et la passion du sport nous amène à devenir amis pour de très nombreuses années.

C’est un addict au sport, il n’arrête jamais : marche, course, vélo… Il a un excellent niveau en course à pied et je me dis que jamais je ne deviendrai comme lui… Lui est célibataire et moi je suis en couple donc je ne peux pas faire autant de sport. La rivalité n’existe pas encore entre nous à cette époque, mais viendra de nombreuses années plus tard.

Mais Éric a sauté le pas vers le triathlon depuis quelques temps car c’est un sport moins monotone et surtout moins traumatisant que le running seul. Il ne cesse de me vanter tous les avantages. Cette discipline me tente mais je ne veux plus revenir dans le cyclisme en « faisant le métier ». Or je sais que si j’y vais, c’est dans une optique de performance pour me mesurer à Éric.

Le running me convient car j’arrive à être performant avec 5h de sport par semaine mais le triathlon demande beaucoup plus de temps car il faut ajouter le vélo qui est très consommateur et également la natation. Or pour retrouver un niveau proche de celui que j’avais, il va falloir que je cravache à l’entraînement avec de nombreuses heures de selle. Cette idée ne m’enchante pas donc je me consacre la majeure partie de mon temps au running.

Mais un triathlon au format court se déroule juste à côté de mon travail et je me laisse tenter par une première expérience pour le fun. Le format est idéal pour gouter à cette discipline : 750m en piscine, 20kms de vélo et 5kms de running.

Au niveau de l’entraînement, je retourne à la piscine 25 ans après avoir arrêté de faire des longueurs avec l’école. La natation c’est comme le vélo, on ne l’oublie jamais. Je sais toujours nager mais tenir le crawl pendant 750m c’est une autre histoire. Mais c’est mon objectif de réaliser cette distance uniquement en crawl comme tous les triathlètes donc je m’en-traîne à être capable de tenir peu importe la vitesse. J’augmente la distance au fur et à mesure des séances. Je ne glisse pas dans l’eau mais je me bats et je suis en mesure de tenir la distance. Je n’ai aucune montre pour compter mes longueurs donc je les décompte une à une dans ma tête en ajoutant une longueur si j’ai un doute.

Je ne suis pas un adepte de cette discipline que je trouve très monotone à mon goût. Le paysage est très pixellisé, je croise de nombreux cétacés sur les autoroutes rectilignes mais nous ne savons pas émettre de sons pour communiquer, Docteur Jekyll et Mister Hyde doivent cohabiter en moi pour établir une conversation.

J’augmente la dose de vélo les deux derniers mois pour ne pas être ridicule tout de même et je continue de gros entraînements de running.

Le jour de la course arrive avec Mohammed en premier supporter, une petite pression supplémentaire. Mon Bernard Hinault revient à la compétition et il a pris un sacré coup de vieux. Physiquement il n’a pas pris une ride mais il n’est plus du tout à la mode. Ce vélo qui était le top au début des années 2000 est devenu un vintage à côté des machines de guerre qui ont pris place dans le parc à vélos. Il se trouve tout de même quelques amis avec des VTT, des vélos de ville et d’autres compagnons de route encore plus vieux. Sur cette petite course, les triathlètes confirmés côtoient ceux d’un jour qui viennent découvrir cette discipline avec le vélo qu’ils ont sous la main. Mais il est heureux de ressortir son flamboyant orange sur une course. Sa dernière compétition remonte à l’année 2003 soit 10 ans. Cette course n’est pas un bon souvenir car j’ai délaissé l’entraînement. Je lutte pour ne pas me faire décrocher et je termine péniblement. La première partie de notre histoire entre mon précieux et moi se termine ce jour-là. Je le balance de rage dans l’herbe pour une très longue pause.

Direction la piscine où les triathlètes vont nager par vague de 8 coureurs par ligne d’eau. Je suis spectateur de la première série et les nageurs les plus rapides sont de véritables dauphins qui fendent l’eau à une vitesse incroyable. Le spectacle est magnifique et je suis admiratif de la gestuelle parfaite.

Je suis dans la seconde série et les organisateurs différencient les nageurs faisant le crawl sur la totalité de ceux alternant brasse et crawl. Je me retrouve donc avec les purs triathlètes et nous discutons rapidement du temps qu’on va mettre pour faire les 750m afin de nous placer dans un ordre logique. J’annonce vingt minutes et les yeux des autres triathlètes sortent de leurs orbites comme dans Tex Avery en croyant à une blague. Je comprends que je vais attendre sagement que tout le monde soit lancé pour démarrer.

Le départ est donné, huit coureurs dans une seule ligne ça remue. J’arrive à suivre quelques longueurs mais je suis rapidement lâché du groupe. Plus le temps avance et plus je me retrouve seul dans ma ligne d’eau. Je reçois une petite tape sur ma tête pour me signifier que j’ai terminé, je regarde la piscine, il reste une personne, ouf. Ça va être compliqué de gagner cette compétition…

La première transition de ma vie pour passer de la natation au vélo n’est pas facile car je ne suis pas habitué et je ne suis pas équipé d’une tri-fonction qui permet de faire les trois