Un chemin vers moi-même - Marïa Guégan - E-Book

Un chemin vers moi-même E-Book

Marïa Guégan

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Beschreibung

Marïa Guégan a vécu dix ans dans l'ombre d'un conjoint autoritaire et violent, avant de retomber dans les bras d'un homme brutal. Après un dépôt de plainte, est venu le temps des questionnements et de la quête de soi : il fallait à Marïa se réparer intérieurement, et trouver le moyen de chasser, définitivement, la violence de sa vie. Avec l'appui d'un magnétiseur transgénérationnel, la jeune femme s'est alors penchée sur son passé et sur l'histoire de sa famille. Une approche libératrice, qui lui a apporté des clés, tout en lui permettant de se retrouver elle-même.

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Seitenzahl: 126

Veröffentlichungsjahr: 2022

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« La violence commence là où la parole s’arrête. » Marek Halter

J’ai écrit ce livre pour les femmes qui subissent des violences au sein de leur couple. Moi-même enfant en souffrance puis femme battue, j’ai mis beaucoup de temps avant de me libérer de l’infernale spirale de la violence. J’ai consulté des psychologues, fréquenté une association, et j’ai suivi des séances de magnétisme transgénérationnel. Ces séances m’ont été salutaires.

Je sais combien il est difficile aux femmes de parler des violences qu’elles subissent. La pression sociale, qui enjoint à faire bonne figure en toutes circonstances, la difficulté à s’avouer que son couple est un échec, l’emprise exercée par le conjoint qui prive la femme de son libre-arbitre… Tout cela rend difficile la parole et le ressaisissement de soi. Pour ma part, après un début de prise de conscience, le déclic a vraiment eu lieu lorsque je suis retombée dans les bras d’un homme violent après avoir subi des coups par mon premier conjoint pendant dix ans. Deux hommes violents de suite… Je me suis dit qu’il était grand temps de creuser, de sonder mes mécanismes. Alors, je me suis tournée vers un magnétiseur, qui, à l’issue de notre premier entretien, m’a proposé des séances de magnétisme transgénérationnel. Cette approche vise à approfondir la connaissance que l’on a de ses ancêtres et de ses proches, pour mieux comprendre son propre fonctionnement et parvenir à rompre avec d’éventuels schémas familiaux toxiques. Avec l’aide de ce thérapeute, j’ai ainsi exploré mon histoire et celle de ma famille. J’ai découvert bien des choses grâce à lui. J’ai pu faire des ponts entre certains proches et les hommes qui m’ont maltraitée. Plus généralement, ces séances m’ont amenée à me reconnecter aux miens – aux personnes bienveillantes qui m’ont accompagnée tout au long de mon parcours, comme aux autres – et dérouler ce fil, explorer cet héritage, m’a permis de reconquérir mon identité. Cela était essentiel, car après des années de violences conjugales, je ne savais plus bien qui j’étais. Maintenant, je sais d’où je viens, je sais qui je suis, et je suis plus à même de faire les choix qui sont bons pour moi. J’ai retrouvé mon élan, ma vitalité. Et je peux affirmer, enfin, que jamais plus un homme ne me frappera.

Avec cet ouvrage, c’est donc, aussi, un message d’espoir que je veux délivrer. Je suis la preuve qu’il est possible de casser ses chaînes et de remonter la pente, même quand on est descendu très bas, même quand on est resté très longtemps très bas. Je vous livre ici mon expérience de femme maltraitée ainsi que l’histoire de mes proches et mon rapport à chacun d’eux. Explorer mon héritage familial m’a beaucoup aidée à avancer. J’espère que mon cheminement vous inspirera ; peut-être qu’à votre tour, vous partirez en quête de vos racines pour retrouver confiance et vous sentir apaisé.

Table des matières

I. Thomas

II. Ma mère

III. Mon père

IV. Lala

V. Mes grands-parents maternels

VI. Gabriel

VII. L’élan retrouvé

Pièces annexes

I THOMAS

J’ai rencontré Thomas en terminale. Pendant plusieurs années, nous sommes restés amis. Nous nous entendions très bien. Thomas se confiait à moi. Comme je suis liante, j’ai su le mettre à l’aise. Pour ma part, j’aimais bien son côté un peu fou, il riait facilement, il semblait sociable et aimer faire la fête… Puis, en mai 2009, nous sommes sortis ensemble. Comme il avait caché son jeu ! Au bout de quinze jours à peine, il me frappait. Tout à coup, je me suis aperçue qu’il m’avait montré pendant toutes ces années un faux visage. Dans le privé, il était l’exact contraire de la personne souple, rieuse et avenante qu’il affichait en société. Je me souviens, peu après, d’un autre coup qu’il m’a porté. Nous étions partis en week-end au Croisic et marchions le long d’un petit chemin côtier. Il y avait des gens devant et derrière nous. Ai-je dit quelque chose qui ne lui a pas plu ? Soudain, il s’est retourné vers moi et m’a donné un coup de tête sur le front. Autour de nous, personne n’a rien vu. J’ai récolté une belle bosse. La violence a continué. Il me tirait parfois par les cheveux ou me tapait sur la tête. Après une soirée, il lui arrivait fréquemment de s’en prendre à moi dans la voiture. Il se défoulait. Il s’était contenu en public, il avait joué un jeu qui l’avait sans doute épuisé, alors, ensuite, il fallait que « ça sorte », il laissait libre cours à ses pulsions et je dégustais...

Nous avons continué à vivre ainsi. Nous cachions notre situation, personne ne devait savoir que j’étais battue, c’était un accord tacite entre nous. Vus du dehors, nous étions le couple idéal, bien sous tous rapports. Tout le monde nous pensait stables et heureux. Nous vivions dans une jolie maison, Thomas avait une belle situation, et en tant qu’enseignante, je n’avais pas à me plaindre non plus. Tout cela était factice. À l’intérieur, chez nous, au fond de nous, tout se fissurait et partait à vau-l’eau.

Après m’avoir frappée, Thomas passait à autre chose. Il ne s’excusait pas. De mon côté, j’acceptais la situation. Je l’ai acceptée dès le premier coup qu’il m’a porté. J’étais perturbée, mais je n’en voulais pas à Thomas. Pire que tout, c’est moi qui revenais vers lui après pour le rassurer :

« C’est bon, ne t’inquiète pas, Thomas, ça va aller ! »

Je ressentais en lui un mal-être profond. Il me semblait beaucoup plus torturé que méchant ou manipulateur. J’ai cherché à le sonder, à savoir pourquoi il me frappait. Je communique beaucoup par nature. J’ai tenté de discuter avec lui des coups qu’il me donnait. Quand une émission sur les violences conjugales passait à la radio ou à la télévision, je proposais d’en parler, et d’évoquer le mal-être qui le rongeait. Il a toujours refusé d’aborder le sujet. Mes questions le dérangeaient. Il restait terré dans son silence, incapable de puiser au fond de luimême. Thomas s’est toujours montré réfractaire à la discussion, mais j’ai eu l’occasion de rencontrer ses parents, qui m’ont, indirectement, donné quelques clés de son comportement. Je pense que Thomas était emprisonné dans l’éducation qu’il avait reçue.

Il avait grandi auprès de parents froids, mal dans leur peau et pétris de rancœur. On n’exprimait pas ses émotions dans sa famille, il fallait toujours faire bonne figure, et montrer que tout allait bien. Dire qu’on était un peu fatigué, ce n’était pas permis. On se faisait traiter de feignant. Il fallait se donner corps et âme dans son travail, on fuyait le plaisir, le laisser-aller. Le père de Thomas était très dur. C’était un homme machiste, autoritaire et dominateur. La mère était très manipulatrice, elle créait des histoires. Ils tenaient ensemble un magasin de chaussures. Quand nous allions déjeuner chez eux, ce qui n’était pas de gaieté de cœur, ils passaient le repas à critiquer leur entourage. Tout le monde en prenait pour son grade. Untel n’avait pas fait ci, Machin avait mal rangé sa voiture, et ce commerçant, comment pouvait-il gagner sa vie en travaillant si peu, en n’ouvrant pas le dimanche ?... Je me sentais très mal à l’aise avec eux, je n’arrivais pas du tout à être naturelle. Je ne les ai jamais entendu dire des choses sympathiques sur les autres, même sur des personnes censées compter parmi leurs amis. Ils fréquentaient par exemple un couple de boulangers, qu’ils critiquaient également.

Auprès de ses parents, Thomas n’a pas pu s’exprimer. Il devait aller bien. Et s’il allait mal, il devait faire comme si tout allait bien. Il ne s’est jamais confié ni ouvert aux autres. Il n’a pas appris à s’écouter, à développer sa vie intérieure. Il a appris à mentir, à se mentir, à enfouir ses émotions, et à afficher un sourire de façade. Je pense que Thomas ne s’est jamais connu. Les parents ont toujours conservé une emprise folle sur leurs enfants, même devenus adultes. Leur fille était totalement embrigadée. Elle passait le réveillon du nouvel an avec eux, elle n’avait pas coupé le cordon. Mère et fille étaient fusionnelles, elles s’appelaient très régulièrement et ne faisaient rien l’une sans l’autre. Thomas de son côté est resté prisonnier du schéma parental et n’a jamais accédé à lui-même. « Être soi » n’avait pas de sens pour lui, il fallait jouer un personnage social et renvoyer une image de soi policée et irréprochable. Tout ceci devait générer en lui de très fortes tensions, et je suppose que ce sont ces tensions intérieures qui l’amenaient à éclater.

J’ai peu à peu perdu mon indépendance d’esprit à ses côtés. Je n’étais plus Marïa. Je me suis effacée, oubliée, je me suis bridée. Je me suis conformée à sa manière de voir la vie. Avec Thomas, comme avec ses parents, il fallait s’inscrire dans la norme, répondre en tout point et sans faillir aux diktats de la société. J’ai été mutée dans une cité au cours de ma carrière. Au départ, Thomas était content car je me rapprochais de lui géographiquement, mais rapidement il a trouvé que ma situation manquait de tenue, « et puis tu ne vas pas dépenser ton énergie pour ces jeunes-là ! ». Ces « jeunes-là » ne méritaient pas que je m’intéresse à eux… Je me suis laissé entraver par ses idées obtuses, son étroitesse d’esprit. J’ai une certaine appétence pour les modes de vie artistes, pour ceux qui ont une liberté en eux et mènent une vie anticonformiste. Je fréquente quelques personnes qui sont ainsi, dont une amie partie faire le tour du monde.

Avec Thomas, j’ai étouffé cet appel de la liberté logé au fond de moi. Il voulait tout maîtriser, à un point pathologique. Il détestait que l’on vienne nous rendre visite à l’improviste. Je me faisais accabler d’injures si des gens passaient sans prévenir. Il ne supportait pas l’imprévu. Tout devait être organisé à l’avance, réglé au millimètre. Quel calvaire au quotidien ! Il fallait aussi qu’il prenne tout en main. Il était par exemple impensable pour lui que je m’occupe de classer nos papiers, je ne pouvais que mal faire de son point de vue, car ce n’aurait pas été fait à sa manière. Lui seul savait gérer l’administratif. Ses exigences, son souci de la perfection, son besoin de maîtrise me stressaient terriblement au jour le jour. Je n’avais pas intérêt à m’opposer à lui… et puis c’était peine perdue, il ne cédait pas.

Sans doute n’ai-je pas voulu voir que notre situation ne me convenait pas. J’ai été dans le déni, je me suis fait croire que je pouvais m’adapter à la vie qu’il nous imposait.

En décembre 2012, un cap a été franchi. Thomas m’a donné un coup au visage, ce qu’il n’avait encore jamais fait. Ma peau marquant facilement, j’ai eu un énorme hématome tout autour de l’œil. Il a été choqué par son acte. Il ne supportait pas être confronté à ce bleu, qui le renvoyait sans doute à une part de lui-même qu’il refusait de voir. Plutôt que se remettre en question, il a préféré se débarrasser de moi. Il m’a lancé de but en blanc :

« C’est fini, Marïa. »

Puis, pris d’un coup de sang, il m’a fait grimper dans la voiture et s’est mis à conduire comme un fou jusque chez ma tante, qui habitait à quatre heures de route. Il m’a déposée en bas de chez elle, et m’a laissée plantée là. C’était pendant les vacances de Noël, il y avait du monde chez ma tante, je me sentais très mal à l’aise. Il a fallu que je justifie mon bleu. J’ai dit que j’avais reçu un coup à la salle de sport. Respectueuse et discrète de nature, ma tante n’a pas cherché à en savoir plus. Plus tard, elle m’a cependant avoué qu’elle avait senti que quelque chose n’allait pas dans mon couple. À l’époque, j’étais bien incapable de parler des violences à mes proches.

Après notre rupture, j’ai traversé une période très pénible. Malgré ce que j’avais enduré avec Thomas, je n’ai pas supporté qu’il me quitte. Je voulais rester avec lui. Je sais que beaucoup trouveront masochiste, voire suicidaire, le fait de m’être accrochée à lui, mais j’étais sous son emprise et dans une dépendance affective. De plus, je ne trouvais pas totalement anormal de souffrir, je ne me sentais pas la victime de Thomas. Bien entendu, j’aurais préféré une relation plus sereine et légère, j’avais conscience que notre couple était dysfonctionnel, mais au fond de moi, je n’étais pas si choquée que cela par la situation. C’est sans doute à cause de mon passé. Quand j’étais enfant, l’ambiance à la maison était conflictuelle, et j’ai été maltraitée par ma belle-mère, une femme perverse qui me cachait mes goûters, arrosait mes habits d’eau de Javel, faisait des chantages au suicide... C’est le paradoxe de certaines personnes maltraitées : elles savent qu’elles n’évoluent pas dans un univers normal, elles ont conscience que la vie des autres est différente de la leur, pourtant elles ont intégré, au fond d’elles, le schéma délétère qui leur a été transmis et elles n’envisagent pas de s’en départir. Ainsi, je me sentais en terrain connu dans cet univers de violence.

En décembre 2012, Thomas a donc annoncé qu’il me quittait. Dans les faits, il ne m’a jamais laissée tranquille. Pendant deux ans, nous n’avons plus partagé le même toit, mais sinon, tout était comme avant. Il ne me lâchait pas, il m’appelait constamment, nous avions des relations sexuelles. Il avait conservé son emprise sur moi. Les coups aussi étaient toujours là. Je suis descendue très bas à cette époque. La situation était si confuse, si pénible, si déstabilisante… J’ai senti à un moment que j’étais sur le point de sombrer, et j’ai fini par prendre mes distances. Thomas, qui a perçu que je me détachais, m’a dit alors :

« On se remet ensemble. »

Nous étions en 2014. J’ai accepté, mais à la condition qu’il se fasse soigner. Nous avons repris notre vie commune, et Thomas ne s’est jamais fait suivre. J’ai compris qu’il ne le pouvait pas. Il n’a jamais appris à se remettre en question, à s’auto-analyser. Je lui demandais quelque chose d’inaccessible en son for intérieur.

À partir de là, tout s’est accéléré. Nous nous sommes pacsés. Après quelques mois presque sereins, sans violence, les coups sont revenus, et malgré tout, j’ai voulu avoir un enfant de Thomas. J’étais vraiment dans le déni. Je suis tombée enceinte en mai 2018. Pendant la grossesse, Thomas m’a frappée. Puis l’accouchement s’est très mal passé, il ne m’a pas du tout soutenue. À la maternité, il était présent dans la salle de travail, mais sans être là pour moi. Je souffrais physiquement, je pleurais, il était incapable d’affronter mes émotions. Il ne m’a pas pris la main, ni même touché l’épaule,