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Le 20 novembre 2021, le Golf Drouot aura fermé ses portes depuis quarante ans. Triste anniversaire, mais aussi l'occasion de rendre hommage à ce "temple du rock n'roll", à ses créateurs, Henri et Colette Leproux, ainsi qu'à tous ceux qui y sont passés. Au Golf Drouot, le rock n'roll put s'enraciner, avant de gagner la France entière. Des légendes y sont venues, des légendes y sont nées : Bill Haley, Johnny, Long Chris, Eddy Mitchell, Sheila, Gene Vincent, Jonasz, Vigon, Evy, David Bowie, Séverine, Les Forbans, Patrick Hernandez, Trust... et tant d'autres. Moi, je fus le barman du Golf Drouot. Aujourd'hui, je reprends ma place derrière le bar pour vous raconter son histoire. Entrez. Le tremplin est prêt, les artistes sont là. Je vous sers quoi ? Christian Georges
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Seitenzahl: 131
Veröffentlichungsjahr: 2021
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Carte postale numérotée du Golf Drouot, n°944, 1960
La rencontre avec Long Chris a été ma chance. Hasard
ou destin, il fut mon voisin et l’un des pionniers du rock
n’roll en France. Notre rencontre va me mettre sur le chemin
qui me conduira droit au Golf Drouot.
Christian Georges
INTRODUCTION
AVANT LE GOLF DROUOT: LA MUSIQUE DÈS LES PREMIERS PAS
Une enfance musicale
Premier engagement avec ma guitare
Premiers pas au Golf
Long Chris : premier autographe
Une idole, Henri… et moi
Sous l’aile d’Henri Leproux
DERRIERE LE BAR DU GOLF
Première saison au Golf
Le tremplin du vendredi
Le perfectionnisme de Christian Décamp
Johnny et compagnie
On ferme !
« LES ANNÉES ALEX MÉTAYER »: juillet 1971- fin 1973
Coup de foudre
Parenthèse au Golf
Encore Johnny…
… toujours Johnny
INTERMÈDE À ROUEN 1974-1975
Le Golf… jusqu’à Rouen
Retour à Paris – et au Golf
LE BARMAN DU GOLF: 1976-1981
1976
Dans les coulisses du Golf
Point chaud au Golf
Chuuuut…
Le Golf… quand le Golf est fermé
1977
Des étoiles comme s’il en pleuvait
Divin instinct
Un petit chez les grands
1978
Royal au bar !
Quand le cœur fait boum
Repos ! Ou pas…
Le Golf… et les autres
Protection rapprochée
Et l’amour aussi…
1979
Amitiés musicales
À table !
Faites vos jeux
Vert de peur
Premières ombres
1980
Un prix Nobel au Golf
Naissance des radios libres
Déménagement
Chercheurs d’or
Salut les copains… 20 ans !
Johnny for ever
1981
Mauvais suspens judiciaire
Le couperet
Le dernier tremplin
Le dernier jour
Le Golf abandonné
APRÈS LE GOLF
Le Golf, le Golf toujours
Les DJ, l’âme du Golf
Au micro de RTY
On rend l’antenne !
Reflets de Golf
Silence, on tourne !
Jeu, set et match !
Une place au chaud
In memoriam
Le Golf au musée
En chantant…
Un spectacle ?
Un amour de Golf
Le Golf exposé, les jeunes emballés
« La jeunesse a toujours raison »
Le Golf s’exporte
Musicasens, musique des sens
L’écrire dans le marbre
12 juin 2014
… et Colette vacille
Les enfants du Golf
Hommage à Henri
En route vers la gloire
Un Zénith !
Ma tournée
Tonton Henri
Florilège
Le Golf en ligne
J’ai été le barman du Golf Drouot en 1971, puis de 1976 à la fermeture, fin 1981. De ces années bénies, je conserve une multitude de souvenirs et d’anecdotes emmagasinés, non seulement derrière le bar, mais aussi comme portier, DJ ou artiste à mes heures. Ainsi que de nombreuses amitiés.
J’avais en tête l’envie de rendre hommage à Henri et Colette Leproux, gardiens de ce temple mythique du rock n’roll. La curiosité des uns voulant découvrir le lieu, la nostalgie des autres, m’ont décidé à mettre par écrit les souvenirs de cette délicieuse période.
De nombreux livres raconteront encore et encore le Golf Drouot et l’histoire des groupes qui y sont passés. Ils seront toujours très documentés et de bonne qualité. Mais aucun ne vous dévoilera l’histoire d’Henri et Colette au Golf, car pour le faire il faut l’avoir vécue avec eux. Ce fut mon cas. Aujourd’hui, je viens vous confier comment cette complicité entre Henri, Colette, les musiciens et les « enfants du Golf » s’est tissée pendant vingt-sept ans.
Je suis fier d’en avoir fait partie et d’avoir su transformer cette première expérience en une longue carrière dédiée au spectacle.
Quand on parle du Golf, il est important de comprendre le rôle qu’il a joué dans l’évolution de la musique pendant les vingt-sept années où il fut ouvert. D’ailleurs, les professionnels ne s’y tromperont pas. Salut les copains, l’émission sur Europe 1 comme le magazine, seront nourris par les jeunes artistes découverts au Golf Drouot. Franck Teno et Daniel Filipacchi viendront tout naturellement fêter les 20 ans de Salut les copains au Golf Drouot le 5 novembre 1980.
À l’Olympia, Bruno Coquatrix profitera aussi de cette vague des yéyés issue du Golf. Avec Henri Leproux, il organisera la « Guitare d’or » en 1962. Pendant des années, les deux hommes se retrouveront régulièrement le midi autour d’une bonne table, preuve de l’intérêt que l’Olympia portait au Golf.
Enfin du côté de la télévision, Maritie et Gilbert Carpentier inviteront dans leurs émissions des artistes venus du Golf. Ils seront, dans l’ombre du spectacle, attachés au travail que faisait Henri avec celui qu’il appelait « sa vedette » : le Golf Drouot. Je serai témoin un jour, à la Maison de la Radio, d’une émission sur Radio Bleu où les deux couples se retrouvèrent. Gentillesse et respect les unissaient tous les quatre.
Ces personnages ont pris part à la réussite de nombreux jeunes artistes de l’époque. Au Golf, Henri était l’artisan qui leur permettait de se frotter au public pour la première fois. Quand directeurs artistiques ou producteurs venaient là les écouter, ils découvraient souvent un groupe ou un artiste à signer.
Henri a tenu à ce que le Golf reste un lieu d’expérimentation, le rock n’roll évoluant sans cesse avec de nouvelles couleurs, heureusement ! Les autres acteurs du monde musical le savaient, et avaient un profond respect pour ce travail.
Henri avait comme devise (entre autres) : « La jeunesse a toujours raison ». Elle le lui a démontré avec le temps.
Christian Georges
Je vois le jour le 4 janvier 1947, à Paris. Ma mère est petite main dans un atelier de grande couture, mon père fabrique des moules en plâtre pour les créations de son frère dans un atelier de céramique. Petit, dans le bureau de mon oncle, je sors un violon de son étui et monte des gammes à l’abri des regards (et surtout des oreilles des autres, pour leur plus grand bien !).
Nous vivons rue Blomet, dans le XVe arrondissement, juste en face d’un célèbre bal : « le bal nègre ». Il accueille des artistes dont le nom s’est gravé dans l’Histoire : Joséphine Baker, Louis Arm-strong, Boris Vian, Juliette Gréco et tant d’autres, accompagnés par l’orchestre Barel et Coppet. Gamin traînant dans les pattes des musiciens pendant les répétitions, je grandis bercé par la musique antillaise. Les premières scènes de Touchez pas au grisbi, l’entrée Jean Gabin dans le restaurant, sont tournées dans cet établissement. Il me suffit de revoir le film pour retrouver la rue de mon enfance intacte, telle qu’elle est dans mes souvenirs.
Dans une rue voisine habite la famille Terzieff. Marc Terzieff, frère du comédien Laurent Terzieff, est photographe de mode. J’ai douze ans quand il demande à ce que mon frère et moi posions pour des vêtements d’enfants : 10 francs la photo, ce sera mon premier cachet.
À l’école, à part les cours de chant, je m’ennuie terriblement. Mais j’ai treize ans, et mes cousins Michel et Jacques me font écouter Be bop a lula de Gene Vincent sur un bon vieux tourne-disque Teppaz. C’est la toute première fois que j’entends du rock n’roll, c’est un coup de foudre !
À cette époque, l’émission télé Âge tendre et têtes de bois, présentée par Albert Raisner, fait découvrir le Golf Drouot à la jeunesse1. Je n’ai qu’une envie : être là-bas. Mais je n’ai pas encore l’âge d’entrer, il va me falloir attendre...
1 Le Golf deviendra vite trop petit pour la notoriété de l’émission, les enregistrements se feront alors au Moulin de la Galette. Plus tard, quand l’émission ne sera plus enregistrée en public, Albert reviendra au Golf : l’émission prendra alors le nom de Point Chaud.
J’ai quatorze ans quand je fuis l’école et deviens apprenti boucher. Avec mes premières paies, j’achète une guitare et une méthode pour apprendre à jouer, les clés du bonheur. Avec mon pote Jean-Charles, nous montons un duo, écrivons des textes et des mélodies dans le style d’Hugues Auffray ou de Long Chris, période cowdens.
On s’amuse, on vibre, on rêve…
Un dimanche soir, dans un restaurant où mon frère, comédien, récite des poèmes, il apprend au patron que nous chantons en duo. Le patron est lui-même chanteur, il fait partie du spectacle de cabaret Le Raspoutine : il draine un certain nombre de gens connus dans son restaurant, comme Frida Bocara, José Arthur, Danyel Gérard… Il veut nous entendre. Nos guitares ne nous quittent pas, et le patron nous demande tout de suite de jouer. On est les rois d’Hugues Auffray et deux ou trois morceaux nous portent chance. Le soir même, nous sommes engagés pour chanter le week-end : c’est notre premier engagement. J’ai alors seize ans et demi (le demi compte à cet âge-là !), et jusqu’à mon départ pour l’armée, je chanterai seul ou en duo dans ce restaurant, le Gaudéamus, au cœur du quartier latin.
Et enfin, un jour, dès notre prestation finie, nous filons… au Golf Drouot ! Nous avons l’âge d’entrer ! Pour la première fois, j’emprunte l’escalier qui mène jusqu’au temple du rock n’roll. L’émotion est au rendez-vous.
Ce soir-là, Vigon chante avec les Lemons, dans un style très R&B. Michel Jonasz est au clavier. Dans ce lieu magique, je peux les écouter, et même leur parler. Vigon a un look étrange, petite chemise à carreaux et pantalon marron retenu par des bretelles. Il m’expliquera vingt ans plus tard : « Nous chantons avec le ventre. Or la ceinture me comprime ». Dans cette même soirée jouent aussi Pat Winther et les Sounders, dans un style plus country.
Jamais Jean-Charles et moi n’avons dit à Henri Leproux que nous chantions dans des restaurants le week-end, même si ce n’était pas du rock n’roll. D’ailleurs, nous ne parlions pas à Henri à cette époque : on prenait notre ticket avec consommation et on écoutait les autres chanter.
Colette à la caisse du Golf © RANCUREL Photothèque, tous droits réservés
L’une de nos idoles est Long Chris. Il chante, fréquente le Golf. C’est un copain de Johnny Halliday, pour qui il écrit d’ailleurs des paroles de chanson.
Et il habite près de chez moi.
Je cherche par tous les moyens à le croiser pour obtenir une dédicace de ce grand cow-boy.
Ma petite fiancée de l’époque a pour copine la sœur de Long Chris. Elle me donne son adresse, et il me faut tout mon courage pour me décider à aller chercher cet autographe dont je rêve. Arrivé au sixième étage, je sonne à la porte le cœur battant, sa mère m’ouvre. Derrière elle, une porte vitrée donne sur la salle à manger, où Long Chris prend son dîner. Elle me connaît de vue : elle tient un magasin de retouches vestimentaires, et il lui arrive de proposer à ma mère de l’aider quand elle a trop de travail. Ce soir-là, son fils s’apprête à partir pour le Golf, elle ne veut pas le déranger. Alors je repars bredouille, mais je reviendrai. Et cet autographe, je finirai par l’avoir !
Je revois Chris à plusieurs reprises. Commence à m’habiller chez Western House, avenue de la Grande Armée, magasin de référence pour les cowboys. Tous comme lui, je monte à cheval. Je lui déniche des soldats de plomb pour sa collection des campagnes napoléoniennes et de la guerre de Sécession. Il m’offre une ceinture d’armes qu’il a lui-même confectionnée, me dit-il.
En 1968, Long Chris et sa mère, madame Blondieau, montent un village de vacances au lieu-dit les Sables Vignier, entre La Cotinière et Domino, sur l’île d’Oléron. Elle me propose de venir donner un coup de main pour le service et l’animation. Tout se passe tellement bien que l’année d’après, je suis de nouveau là pour la saison de l’été 1969. Willem Blondieau, le père de Chris, vient passer quelques jours au mois d’août. De temps en temps, nous prenons ensemble l’apéritif et il me montre ce qu’il écrit : je suis touché par son écriture et je comprends les racines du talent de Chris. À Paris, quand je croiserai son père, nous prendrons une petite mousse avec beaucoup de plaisir.
L’année 1969 est mythique dans la chanson française. Elle recèle une magie supplémentaire pour moi. Henri Leproux, sa femme et son fils viennent passer quinze jours de vacances au village où je travaille : ce séjour sera à l’origine d’une amitié qui durera quarante-cinq ans.
À leur arrivée aux Sables Vignier, madame Blondieau me demande de prendre soin d’Henri, Colette et Robin. Après une soirée au village, j’emmène les clients dans une boîte de nuit, « Le Psychédélique », à Saint Denis. Les propriétaires de l’établissement apprennent que non seulement, Henri Leproux est présent, mais que l’arrivée de Johnny est annoncée pour un concert dans une ville de l’île, Le Château d’Oléron. Il me propose d’organiser un grand méchoui et me demande de les inviter avec tous leurs musiciens et techniciens. Avec l’insouciance de mon âge, j’accepte de faire l’intermédiaire auprès d’Henri, et Johnny accepte l’invitation !
Lors de cette superbe soirée, je dîne avec l’idole, assis juste en face de Johnny, Henri à côté de lui. C’est un moment superbe, joyeux. Johnny blague avec Henri, leur complicité et leur amitié sont évidentes. Johnny, que je découvre, est très taquin. Après avoir allumé une cigarette assez parfumée, il la tend à Henri :
Johnny : Fume.
Henri : Johnny je n’ai jamais fumé une cigarette de ma vie.
Johnny : Si tu es mon ami, fume.
Henri : Non Johnny, je n’ai jamais fumé de ma vie.
Johnny : Alors tu n’es pas mon ami ?
Henri : Comment tu peux dire ça ?
Johnny : Alors fume.
Un dialogue de sourds mené par Johnny avec dans les yeux de l’amusement, mais surtout de l’amitié et de la tendresse. Il prend Henri par le cou et l’embrasse sur la joue en éclatant de rire. Je sens quand-même Henri soulagé que le jeu prenne fin.
À l’époque, on ne parlait pas de tabagisme passif. Quelques années plus tard, en sortant d’une visite médicale du travail et d’une radio des poumons, Henri me dira en parlant du médecin :
« Quel con ! Il m’a dit d’arrêter de fumer. »
La seule ombre de ces vacances est un coup de téléphone annonçant le décès de Michel, barman au Golf Drouot, d’une crise cardiaque. Michel a été le premier barman d’Henri Leproux, complice incontournable des débuts du Golf. Il était son bras droit, ils partageaient le même amour du métier à l’ancienne. Je serai le messager de cette triste nouvelle.
Quand le séjour de la famille Leproux se termine, Henri me demande de venir au Golf lors de mon retour à Paris. Il a apprécié ma façon d’animer, ma polyvalence et mon répertoire. C’est à partir de ce moment-là que commencera ma période Golf Drouot. Elle durera jusqu’à la fermeture du club, en novembre 1981, et bien au-delà par l’amitié.
À mon retour de l’ile d’Oléron en septembre 1969, je vais tout naturellement voir Henri au Golf. Quand on entre dans l’intimité de ce club en semaine, alors qu’il est fermé au public, l’ambiance est différente. La lumière est tamisée, le calme et le silence s’imposent. Les gens présents sont tous venus voir Henri pour une raison ou une autre.
Des journalistes veulent faire un papier sur le Golf et Henri. Des producteurs demandent conseil pour un groupe, des chanteurs, des artistes. Des attachés de presse veulent présenter leurs poulains. Des
