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A l'intérieur de chaque être se cache une histoire. Aujourd'hui, j'ai l'envie de dévoiler la mienne et l'ambition d'aider d'autres personnes à se libérer de leur fardeau. Je souhaite prouver qu'on peut s'en sortir et se relever après les dures épreuves de la vie, retrouver le sourire, se projeter et atteindre ses objectifs en travaillant sur soi et en PO-SI-TI-VANT. Solaire et passionnée, je suis tombée amoureuse d'un homme brun ténébreux au sourire ravageur. Mais qui était véritablement cet homme ? Jusqu'où était-il prêt à m'emmener ? Jusqu'où étais-je capable d'aller pour le satisfaire ? L'amour est-il plus fort que tout comme inscrit dans les livres de notre enfance ? Vaut-il la peine d'être vécu au risque d'y perdre son identité et ses valeurs ? Cette histoire va vous faire voyager à travers les pays, les années et surtout les vives émotions ...
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Seitenzahl: 492
Veröffentlichungsjahr: 2021
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Scène 1. La Rencontre
Scène 2. Mes 29 Ans
Scène 3. Une Epreuve
Scène 4. La Découverte De Ses Racines
Scène 5. Le Retour à La Réalité
Scène 6. De Nouvelles Perspectives
Scène 7. Un Cap
Scène 8. Le Départ
Scène 9. Le Quotidien
Scène 10. Escapade A Paris
Scène 11. Visite Au Maroc
Scène 12. Des Découvertes Perturbantes
Scène 13. De Nouveaux Horizons
Scène 14. Le Désert
Scène 15. Le Soleil
Scène 16. Les Retrouvailles
Scène 17. L’Inde
Scène 18. Des Changements
Scène 19. Une Colère Noire
Scène 20. Ma Vie d’Etudiante
Scène 21. Un Nouveau Cap
Scène 22. L’Annonce Surprise
Scène 23. La Déception
Scène 24. Un Pas
Scène 25. La Demande
Scène 26. Le drame
Scène 27. La Dernière chance
Scène 28. Paris
Scène 29. Une Nouvelle Vie
Scène 30. Du Nord au Sud
Scène 31. Retour Dans Le Passé
Scène 32. Les Retrouvailles
Scène 33. Le Questionnement
Scène 34. Ma place
Scène 35. Le Drame
Scène 36. De Belles Découvertes
Scène 37. En Tête-à-Tête
Scène 38. Une Eclaircie
Scène 39. Une Epreuve
Scène 40. Des Rapprochements Eloignés
Scène 41. Une Nouvelle Vie
Scène 42. La Rencontre familiale
Scène 43. La Turquie
Scène 44. La Préparation Du Mariage
Scène 45. Le Choix De Ma Robe
Scène 46. La Préparation Accélérée
Scène 47. Les Feux De Colère
Scène 48. Des Changements
Scène 49. En Mode Action
Scène 50. Le Chamboulement
Scène 51. La Salle de Réception
Scène 52. Le Jour J : Le 31 Août 2019
Les Voeux d’Haroun
Mes Voeux
Scène 53. La Vie Maritale
Scène 54. Au Secours …
16 Septembre 2019
Scène 55. Un Retour Réglementé
Scène 56. Des Découvertes Noires
Novembre 2019
Scène 57. Les Affrontements
Novembre 2019
Décembre 2019
Scène 58. La Décision
20 Décembre 2019
Scène 59. Ma Nouvelle Vie Sans Lui
20 Février 2020
Scène 60. La Réalité
Scène 61. La Vérité Vraie
J’étais enfin réveillée après m’être effondrée de fatigue dans le canapé. Sans énergie. J’étais venue déjeuner chez ma mère avec ma sœur. Il faisait gris, il pleuvait et il faisait froid. Tout ce qui me minait le moral. Au secours !!!
- Allez lève-toi, on va partir se balader au centre-ville avec ta sœur.
- Non maman, je n’en ai pas envie …
Ma mère avait tellement insisté que j’avais fini par céder. Il était 16 heures, nous étions parties toutes les 3 nous promener en ville, bien couvertes étant donné le froid de canard qu’il faisait en ce samedi 22 janvier 2011. En fin d’après-midi, nous parcourions ainsi les magasins ou plutôt, je les suivais nonchalamment en traînant les pieds. Rien ne m’intéressait, aucun goût pour essayer ni aucune envie de me faire plaisir.
Le temps était tellement déprimant que nous nous étions réfugiées dans une galerie commerciale à l’abri du vent et de la pluie. Ça tombait bien car ma mère nous avait parlé d’un grand magasin de chaussures qui se trouvait à l’intérieur.
Après avoir observé la boutique, j’avais fini par m’asseoir pendant qu’elles discutaient. Je contemplais les poufs de couleur noir et fuchsia, mes couleurs préférées. C’est pour vous dire à quel point j’étais intéressée par ce qui se passait autour de moi. Jusqu’à cet instant précis qui allait changer mon destin … Je venais d’être frappée par la foudre. Mon corps s’était métamorphosé en un tourbillon, tantôt de frissons, tantôt de courant de chaleur et de picotements qui s’emparaient de chacun de mes membres. Mais qu’était-il en train de se passer ? J’avais l’impression de perdre le contrôle de moi-même.
Deux jeunes hommes venaient d’entrer et je m’étais perdue dans le regard de l’un d’entre eux, ou plutôt le sien avait plongé dans le mien. En tout cas, nos regards s’étaient croisés et nos cœurs étaient en train de chavirer et de battre la chamade. Tout prenait un sens. Ce charmant jeune homme s’était arrêté à la caisse et avait engagé la conversation avec ma mère, ma sœur et le vendeur qui était présent. J’avoue que je prêtais désormais beaucoup plus attention à ce qui se passait.
Depuis plusieurs mois, je m’étais enfermée dans la solitude et ce regard m’avait redonné espoir. Il est vrai que ma mère avait devancé les choses puisqu’elle s’était amusée à divulguer que ma sœur et moi étions célibataires. Malgré notre gêne, cette révélation était tombée à pic ! Je m’étais enfin décidée à me lever et à le rejoindre. Plus j’avançais vers lui, plus mon cœur faisait « boum boum ». C’était incroyable et pourtant ... J’étais accoudée sur le comptoir de la caisse et lui s’était décalé pour ne laisser que quelques centimètres entre nous. Il m’avait demandé mon prénom, mon âge et la confirmation que j’étais bien libre. Et inversement. Il m’avait précisé qu’il allait avoir 30 ans dans 3 jours, détail que j’avais bien enregistré. A ce moment précis, je souhaitais prolonger le temps ou précisément l’arrêter, j’avais retrouvé l’énergie, le sourire et l’envie … d’avoir envie. Il me fallait ainsi trouver une excuse pour prolonger ma présence dans cette boutique, étant donné que nous étions sur le point de partir. La seule qui m’était venue à l’esprit était de faire un dernier tour pour ne pas passer à côté d’une belle paire de bottes. Et il s’avère que l’une d’entre elles avait particulièrement attiré mon regard. J’étais donc passée aux essayages avec l’attention de ce charmant jeune homme à mes côtés, qui je savais maintenant, se prénommait Haroun.
Nous avions échangé des regards profonds, de douces paroles et des sourires intenses. Il était malheureusement temps de passer à la caisse avant de repartir et de mettre fin à ce moment de pur bonheur. Petite délicatesse qui m’avait fait sourire, il m’avait offert une réduction et demandé mon numéro de téléphone. Malgré mon cœur qui s’était remis à battre, la peur s’était emparée de moi. Je lui avais répondu que je n’étais pas intéressée en omettant volontairement de spécifier ma peur d’aimer à nouveau et surtout de souffrir. Il avait insisté, précisant que ça ne coûtait rien en me donnant le sien sur un petit post-it jaune que j’avais soigneusement et précieusement rangé dans mon sac. Il y avait du monde à la caisse. Cela ne l’avait pas empêché de me suivre du regard jusqu’à ce que je sorte du magasin. Quant à moi, je m’étais retournée plusieurs fois pour immortaliser son sourire. Sur le chemin du retour, je me sentais désormais beaucoup plus légère, joyeuse et motivée malgré la pluie qui ne cessait de tomber.
Alors qu’il occupait mes pensées depuis 3 jours, nous étions le 25 janvier et c’était son anniversaire. Certes, j’avais son numéro de téléphone et j’aurais pu lui envoyer un message ou encore lui téléphoner mais j’avais envie de le revoir pour confirmer les battements de mon cœur. J’avais terriblement envie mais quelle excuse pouvais-je trouver pour le croiser par hasard ? Elle était toute trouvée. Quelques mois auparavant, je m’étais inscrite dans la salle de sport qui se trouvait juste à côté de sa boutique. J’avais donc décidé de m’y rendre après le travail.
Il était 18 heures et je venais de me garer près de la galerie commerciale où j’espérais fortement le croiser. Je soufflais, je respirais et je contrôlais mes pulsions en m’approchant peu à peu de la salle de sport. Je passais la surface du magasin au radar. Dommage, il n’était pas là. Allais-je avoir plus de chance en sortant de ma séance ? J’avais bien l’intention de l’écourter. J’étais déçue de son absence mais après tout, rien n’était prévu. A peine arrivée à ma voiture, j’avais opéré un demi-tour car il fallait que j’en aie le cœur net, d’autant plus ce jour précis. J’étais entrée dans le magasin et avait demandé franchement au vendeur si Haroun travaillait ce jour. Il m’avait indiqué que non. Je l’avais alors chargé de lui souhaiter un joyeux anniversaire de ma part. Il était temps de repartir et de vaquer à mes autres occupations.
Les jours passaient et mon envie grandissait. Je me rendais régulièrement à la salle de sport dans le seul but de le croiser jusqu’à ce qu’un soir, sortant de ma séance, je l’aperçu. Il était occupé avec un client et malgré cela, il s’était dirigé vers moi, hors du magasin. C’était comme s’il avait été hypnotisé par ma présence. Plus rien ne comptait si ce n’était moi. Mon cœur battait. Il m’avait interpellé :
- Pourquoi ne m’as-tu pas encore appelé ?
- Parce que si je t’appelle, tu auras mon numéro (sourire).
Nous échangions sur nos vies. Il avait été très touché du fait que je vienne lui souhaiter son anniversaire. Je me souviens lui avoir précisé rapidement que j’étais maman d’une petite fille de 6 ans. C’était important qu’il le sache avant de débuter quoique ce soit. Il m’avait répondu : « Je ferai comme si c’était la mienne et même encore plus quand on en aura nous-même ». Il était si confiant. Il m’avait invité à fumer une chicha. J’avais souri car je ne connaissais pas et par crainte, j’avais encore refusé. Un autre soir, après une séance de sport éreintante, j’avais remis un peu de brillant à lèvres pour oublier les rougeurs de mes joues au cas où je le croiserais. Il était présent et il m’avait invité une fois de plus. J’avais alors trouvé l’excuse que je devais rentrer me doucher et que ça ferait tard pour sortir. Ce soir-là était différent, non pas parce que nous étions le 14 février, célèbre fête des amoureux mais parce qu’il m’avait précisé qu’il devait partir rendre visite à sa famille à l’étranger quelques jours plus tard.
Il s’appelait Haroun, il avait 30 ans et il était divorcé. Il était Marocain, le teint légèrement hâlé, un charmant sourire, un accent séduisant, une belle chevelure et j’avais tout simplement craqué. Je ne pouvais plus résister et j’avais donc accepté son invitation. Nous nous étions donné rendez-vous le 16 à 19h30 sur la Grand Place. Etant donné ma méfiance à l’égard des hommes, je ne voulais pas qu’il sache tout de suite où j’habitais.
Ce fameux soir était arrivé. Après le travail, j’avais soigneusement pris le temps de me préparer. Ma mère était venue garder Capucine. J’avais décidé de porter ma robe violette en satin que j’adorais et les bottes que j’avais achetées le jour de notre rencontre. Pendant mon embellissement, il m’avait envoyé un message pour m’indiquer qu’il aurait 15 minutes de retard. Il avait désormais mon numéro de téléphone car le matin même, je lui avais envoyé un mot afin de confirmer notre rendez-vous du soir. J’avais trouvé cette attention « gentleman » même s’il s’agissait simplement d’une marque de respect. Il était temps de partir. Malgré son retard prévenu, je voulais arriver à l’avance pour avoir le temps de souffler une fois sur place. J’étais garée près de l’église. Je l’attendais à l’angle d’un magasin. Mon impatience à l’idée de le voir montait. Il était enfin arrivé, il se trouvait à quelques mètres de moi. Il était sorti de sa voiture :
- Bonsoir ma princesse, je t’emmène.
Cette fois, il n’avait pas fallu me prier. Nous étions heureux de nous revoir. Nous étions donc allés dans un restaurant oriental. Tout se passait merveilleusement bien, nous échangions des confidences sur nos histoires de cœur et de famille. Nous avions tant de choses à nous dire. Pendant le repas, il avait posé sa main sur la mienne :
- Tu as trouvé le bon, je suis l’homme de ta vie.
J’avais alors des papillons dans le ventre et des étoiles plein les yeux. Pensait-il sincèrement ses mots ?
Le temps filait trop vite. C’était une merveilleuse soirée. Il s’était garé derrière ma voiture et avait arrêté le moteur. Nous étions un peu timides. Il m’avait demandé de le regarder et m’avait fougueusement embrassé. Je lui avais rendu son baiser. J’avais des cœurs dans les yeux. J’avais compris à cet instant même qu’il avait rouvert mon cœur. « 23h16 », il fallait que je parte retrouver la réalité. Nous nous étions promis de nous revoir dès son retour de voyage, à savoir, 2 semaines plus tard.
Dès le lendemain, il m’avait envoyé un message. Il était ravi de notre soirée et avait hâte d’en revivre une autre. J’étais toute joyeuse et motivée au travail. Je reprenais le cours de ma vie en attendant que ces 2 semaines passent. Il m’avait donné peu de nouvelles mais quand il m’en avait donné un soir, il s’en était excusé en expliquant que lorsqu’il rentrait au Maroc, il n’avait aucun répit car tout le monde le sollicitait. J’étais compréhensive. Il avait ajouté :
- Je me rattraperai en rentrant ma petite femme.
Je n’en attendais pas tant. J’étais sur mon nuage.
C’était le jour J, celui de son retour. Nous étions samedi. Nous devions nous attendre à 14 heures sur un parking près de chez moi. J’avais hâte et j’étais tout excitée à l’idée de le retrouver après ces jours qui m’avaient semblé interminables. Il était l’heure de retrouver mon destin …
A peine arrivée sur le parking, j’avais reconnu sa voiture. Il était déjà là. Il était descendu pour m’accueillir. Il s’était approché de moi :
- Tu ne m’embrasses pas ?
J’en mourrais d’envie à vrai dire mais j’estimais que c’était à lui de faire le premier pas. Il m’avait attrapé par la taille. Il m’avait serré très fort contre lui pour ensuite venir m’embrasser avec entrain. Waouh … il m’avait fallu un temps pour reprendre ma respiration et retrouver mes esprits. J’avais compris à ce moment-là qu’il ressentait la même chose que moi. Installés et attachés en voiture, il m’avait demandé où je souhaitais aller :
- Emmène-moi où tu veux tant que je suis avec toi.
Je m’étais surprise à prononcer ces mots de vive voix mais je me sentais tellement bien que je voulais juste me laisser transporter.
Direction la côte d’Opale. Le grand air nous ferait du bien et nous permettrait de respirer à travers nos fortes émotions. Sur le chemin, aucun silence, je lui posais des questions sur son voyage, ses origines, ses racines qu’il prenait plaisir à me raconter en me précisant qu’il m’emmènerait prochainement. C’était une journée sous le signe du voyage.
Arrivés à destination, nous marchions lentement main dans la main, poussés par la force du vent. Je m’étais demandé si la force du vent était plus forte que celle de mes émotions. La réponse résidait en moi. Nous nous dirigions vers le phare, lieu typique de cette plage où nous avions croisé des pêcheurs malgré le temps. Au pied de ce fameux édifice, nous nous étions posés pour regarder l’horizon, il avait entouré ses bras autour de moi, nous regardions dans la même direction et déjà il se projetait, il nous projetait. Ce que j’étais en train de vivre était un rêve éveillé … Après ce magnifique après-midi rempli de tendresse et de confidences, nous avions repris le chemin du retour jusque chez moi. Et pour terminer cette journée parfaite de retrouvailles, nous nous étions endormis dans les bras l’un de l’autre en rêvant de notre futur étoilé.
Après ce formidable week-end, il nous fallait revenir à la réalité avec tout ce qu’elle engendrait, à savoir la vie professionnelle. La sienne était fortement remplie, une belle réussite pour son âge qu’il ne devait qu’à lui-même. Il était arrivé en France pour faire des études mais par manque de moyen, il avait commencé à travailler sur les marchés et avait ensuite ouvert une dizaine de magasins de chaussures et de prêt-à-porter. Nous avions ri quand je lui avais demandé son métier exact. Après un long silence, il m’avait répondu qu’il était investisseur. Il aimait les chiffres, les multiplications et il s’en amusait car c’était un jeu pour lui.
Non seulement, il m’attirait physiquement et je le trouvais charmant et admirable par sa réussite. J’étais si fière de plaire à cet homme. Quant à mon corps, il était tout émoustillé.
Mon anniversaire approchait, j’allais fêter mes 29 ans et c’était pour moi une immense joie que de pouvoir le fêter avec l’homme que j’aimais et qui m’aimait en retour.
C’était le grand jour. Pour le début de la soirée, j’avais prévu un apéro-dînatoire en petit comité avec ma sœur et des amis et ensuite, nous devions nous rejoindre avec Haroun dans un bar d’ambiance. Arrivés dans ce lieu, nous nous étions enlacés. Nous avions arrosé mes 29 années de champagne, de rires, de danse et de passion. Une soirée inoubliable puisqu’il avait prononcé ces mots magiques :
- Je t’aime, tu es la femme de ma vie.
Waouh … j’étais aux anges et tout simplement heureuse. Le lendemain, il avait décidé de m’emmener à Paris, la ville des amoureux pour marquer cet événement. Nous étions montés à la tour Eiffel et avions fait des vœux nous concernant. Une de nos premières aventures. Il me surnommait « Hobi » qui signifie AMOUR en arabe et moi « Chobi » car il était chou et il était désormais mon amour.
A chaque événement, il y avait donc un nouveau titre. Cette fois, c’était donc « Hobi et Chobi en amoureux à Paris ». Ça nous faisait tellement rire.
Les semaines passaient et notre amour grandissait. Je me souviens, un jour, nous étions chez lui et il avait confié à son cousin présent :
- Cette femme me fait tourner la tête, je n’ai jamais ressenti ce que j’éprouve pour elle, elle m’a fait découvrir l’amour.
Ces mots s’étaient ancrés dans mon esprit tant ils étaient lourds de sens pour moi qui n’avait vécu que des échecs jusqu’alors. Nous vivions une passion dévorante. Nous nous retrouvions souvent après nos journées de travail respectives sinon nous passions du temps au téléphone ou nous échangions de nombreux messages en attendant le week-end. Le samedi soir, nous étions encore sortis danser 2 ou 3 fois parce que j’adorais ça mais nous avions vite cessé de le faire. Il ne voulait plus du fait que nous étions en couple. Ça ne se faisait pas selon lui. Un après-midi, nous buvions un verre en terrasse sur la Grand-Place en pavé de notre ville. Nous étions face à la mairie. Il s’était alors tourné vers moi :
- Un jour, on sera sur le balcon là-haut. On se mariera.
Il me complimentait sans cesse. Il me trouvait belle du haut de mes 1m74, il aimait mes cheveux bruns, mes grands yeux bleus, mon intelligence, ma répartie, mon grain de folie, ma façon originale de me vêtir, mon énergie débordante … Il disait que je l’avais envoûté tellement il était fou d’amour et réciproquement. Ce que je ressentais pour lui était indescriptible. Il me trouvait très attentionnée, romantique et me demandait toujours de lui apprendre à l’être pour me combler davantage. Il se considérait comme un homme à l’ancienne, un « vrai homme » avec un côté sauvage qui exprime peu ses sentiments. Je l’appelais parfois mon « doux sauvage ». Il m’appelait « fofolle dialy » quand je le faisais rire. Il ajoutait toujours « dialy » à chaque marque de tendresse. Cela signifie « mienne, à moi » en arabe. Je lui appartenais selon lui. Il s’était rapidement montré possessif ce qui selon moi était une preuve d’amour. Je lui écrivais sans cesse des mots doux toujours signés d’un « je t’embrasse » suivi d’adverbes tels qu’amoureusement, langoureusement ou encore délicieusement … Je lui avais d’ailleurs confectionné un cœur sur lequel j’avais inscrit 100 adverbes sur le thème de l’amour. A ce sujet, il aimait dire que j’étais son professeur de l’amour. En retour, il s’en servait dans les messages qu’il m’adressait et me surprenait en se dévoilant :
Ma hobi dyali, Je n’aurais jamais pensé qu’une femme aussi exceptionnelle que toi pourrait s’intéresser à moi. Je t’embrasse sauvagement.
Nous nous découvrions au fil du temps. Nous partagions nos souvenirs d’enfance, nos rêves, nos projets d’avenir, nous échangions sur nos différentes cultures et religions. Nous nous accordions car je le trouvais à l’écoute, dans la communication et tolérant. Tantôt il dormait chez moi, tantôt, je dormais chez lui.
Encore des points positifs pour que mon cœur grandisse même si j’avais commencé à percevoir des traits de caractère qu’il me fallait creuser davantage pour comprendre. Il était assez susceptible et sanguin. Cependant, nos sentiments ne cessaient de se développer de jour en jour.
Un soir pour nourrir davantage la flamme de notre amour, je lui avais préparé une petite surprise ou précisément je voulais être sa surprise bien méritée. Nous étions chez lui, nous avions fini le repas et regardions la télévision, allongés dans le canapé, serrés l’un contre l’autre. J’étais montée à l’étage prendre ma douche. J’avais enduit mon corps de lotion parfumée, j’avais enfilé un body en dentelle, glissé des bas résilles sous un peignoir en satin, enfilé des gants et des talons hauts. Je me sentais irrésistible et femme fatale. En descendant les marches de l’escalier, je lui avais demandé de couper le son de la télévision et de fermer les yeux. Il riait d’avance sans savoir ce que j’avais comploté. J’avais mis une musique douce sur mon téléphone. Hop, hop, hop … il n’y avait plus qu’à opérer pour ma soirée « séduction ».
Arrivée face à lui, je lui avais demandé d’ouvrir les yeux et de profiter du spectacle. Lorsqu’il les avait ouverts pour me découvrir dans cette tenue affriolante, l’expression de son visage avait complétement changé. Je m’attendais à un sourire et des étoiles dans les yeux, au lieu de ça, il était froid et loin d’être joyeux.
A peine, j’avais fait glisser mon peignoir sur le long de mes épaules, il m’avait demandé de le remettre d’un ton sévère et les yeux rivés sur l’écran. Je me sentais idiote dans cette tenue et n’avait pas compris sa réaction. Pour le coup, la surprise était ratée. J’étais remontée à l’étage sur-le-champ pour revêtir ma tenue de nuit et redescendue toute gênée comme une petite fille :
- Que se passe-t-il mon Chobi d’amour ? Je ressens comme un petit malaise. Tu n’as pas apprécié ce jeu de séduction ?
- Pas du tout. Tu ressembles à une « pute ». Je ne veux pas une femme comme ça à mes côtés. Je trouve que s’habiller de cette façon est une honte.
- Euh … je voulais juste te faire plaisir.
- Ne te présente plus jamais devant moi dans ce genre de tenue et tout se passera bien.
J’avais acquiescé. Je pensais vraiment lui faire plaisir. De ce fait, je m’étais demandé si j’en avais trop fait. A priori, oui. Je m’étais alors blottie dans ses bras pour l’apaiser. A mon grand étonnement, il n’avait vraiment pas aimé ma prestation. C’était donc la première et dernière fois que j’allais m’apprêter de la sorte devant lui. C’était un détail dans notre histoire car nous nous rapprochions de plus en plus et nos sentiments s’intensifiaient au fil des jours.
J’étais une femme heureuse et amoureuse mais j’étais aussi une maman comblée grâce à mon adorable petite fille de 6 ans qu’Haroun avait souhaité rencontrer rapidement. Bien évidemment, j’étais fortement touchée par sa demande. A cette époque, j’avais Capucine 1 semaine sur 2 en garde alternée. Nous avions fait des repas et des sorties dans des parcs. Ça se passait plutôt bien jusqu’à ce qu’un soir, elle fasse une petite crise de jalousie. Il la taquinait beaucoup en lui disant :
- Je vais te prendre ta maman.
Je pense qu’au fond, ça l’amusait mais il ne se rendait pas compte qu’à son âge, elle avait juste besoin d’être rassurée. Il avait donc décidé qu’on attendrait un peu avant de refaire des choses tous les 3. J’étais tellement amoureuse que j’avais accepté car il n’y avait aucun mal à attendre que mon chéri et ma fille s’apprivoisent.
Cela faisait presque 3 mois que nous étions inséparables d’amour et nous nous apprêtions à vivre une première épreuve. J’avais un retard de menstruations. Un soir en rentrant du travail, j’étais passée à la pharmacie pour acheter un test de grossesse avant de le rejoindre chez lui. Nous l’avions effectué ensemble. Ces quelques minutes d’attente étaient interminables. La réponse était positive. Je me souviens, nous étions dans sa chambre, assis sur le lit. Ma réaction était silencieuse alors que la sienne était joyeuse :
- Ma petite femme d’amour m’a fait un bébé, je suis heureux.
A travers son bonheur, j’étais rassurée et nous vivions notre joie commune. Il me fallait tout de même faire une prise de sang pour certifier cette nouvelle. Quelques jours plus tard, j’avais eu la confirmation. « Hobi et Chobi : parents ? »
Autant j’étais heureuse à l’idée d’avoir un enfant avec l’homme que j’aimais, autant j’avais peur car j’élevais déjà Capucine seule depuis ses 4 ans et ce n’était pas facile tous les jours. 3 mois que nous nous aimions et malgré cet amour intense et sincère, nous nous connaissions à peine même si nos sentiments nous faisaient véritablement penser le contraire. Nous prenions conscience de l’importance de cet événement qui pourrait changer nos vies à tout jamais. Tous les 2, nous étions transportés par l’envie de concrétiser notre amour et partagés par les « qu’en dira-t-on ». Surtout lui. Pratiquant, il m’avait expliqué que sa religion ne permettait pas d’avoir un enfant hors mariage et que si nous décidions d’aller jusqu’au bout, il fallait nous marier prochainement.
Les choses prenaient un tout autre sens avec ces précisions. En effet, je découvrais un monde inconnu pour moi mais c’était celui dans lequel il était né. J’appréhendais de me mêler dans un univers que je ne connaissais pas mais notre amour si intense était tellement fort. J’étais prête à prendre ce risque. Était-ce de l’inconscience ? Peut-être mais j’avais confiance en moi, en lui et en nous.
Lorsque Capucine était chez son papa le week-end, je dormais chez Haroun. J’arrivais le vendredi soir et bien souvent le samedi, je l’accompagnais dans ses magasins pour l’aider car c’était un jour de forte affluence. J’adorais me rendre utile pour lui, d’autant plus que c’était LE lieu de notre rencontre. Après une journée bondée, nous étions rentrés, il me paraissait froid et distant. Je lui avais alors demandé si tout allait bien. Et là, il s’était emporté dans une colère que je n’avais pas comprise. Je me sentais étrangère à la scène. Il était très désagréable. Je cherchais à comprendre la raison et il m’avait répondu froidement que je pouvais partir si la situation ne me convenait pas. C’est alors que je l’avais pris au mot, j’étais partie à pied en emportant ma veste sur le bras. Etant donné qu’il était venu me chercher la veille, je n’avais pas ma voiture. En réalité, je pensais qu’il allait me retenir car son comportement était inapproprié, d’autant plus que j’étais nauséeuse en raison de mon état. Alors que mes larmes coulaient, j’avais croisé son cousin sur la route qui avait proposé de me raccompagner. Ma fierté m’avait contrainte de refuser. 1 heure de marche m’avait fait du bien en dépit de l’incompréhension.
De retour chez moi, je réfléchissais à ce qui avait pu se passer ou encore à ce que j’avais pu dire ou faire qui aurait pu le blesser. J’avais beau me creuser la tête, c’était le néant. J’avais tenté de l’appeler à plusieurs reprises et de lui envoyer des messages, aucun retour.
Le soir tard, j’avais donc décidé de me rendre chez lui car le silence me pesait. Il m’avait ouvert froidement la porte. Il était fermé à la discussion. Nous avions fini par nous réconcilier. J’étais ravie même si je n’avais pas réussi à savoir la cause de son comportement.
C’était déjà arrivé 1 ou 2 fois. Notamment, un soir, quand nous étions chez moi. J’avais préparé un dîner en amoureux que nous avions partagé dans la salle à manger. Après le repas, il avait quitté directement la table pour s’installer sur le canapé pendant que je débarrassais :
- Quand on sort de table, une chaise se range mon Chobi.
C’est alors qu’il m’avait lancé un regard foudroyant. Aussitôt, je lui avais précisé que c’était pour rire et que c’était lui-même qui m’avait demandé de lui apprendre les bonnes manières. Il s’était complétement fermé et n’avait pas apprécié que je lui donne un ordre comme il l’avait spécifié. Je me devais, dorénavant, de maîtriser mon humour.
Il nous fallait reparler de la situation car le temps pressait dans le cas où une des deux décisions s’imposerait. Nous en avions alors parlé longuement et sérieusement et avions fait le choix de ne pas garder cet enfant. Je pense qu’il n’était pas prêt à assumer son choix aux yeux des autres. J’étais française, catholique et déjà maman. Je n’avais sans doute pas le profil idéal dans son monde. LA décision était prise. J’avais pris rendez-vous pour faire une échographie et subir l’intervention. Il m’avait accompagné lors de l’examen. Bien évidemment le médecin ne connaissait pas notre choix donc il était heureux de nous décrire ce qu’il voyait à l’écran. J’affichais un faux sourire et Haroun et moi, nous fuyions du regard. Je m’étais rendue seule à l’hôpital pour rencontrer le personnel de santé afin qu’il m’explique les conditions dans lesquelles se passerait l’IVG. Nous avions donc 1 semaine de réflexion.
Cette semaine était très particulière, non seulement par cette circonstance mais du fait qu’il soit parti en déplacement professionnel en Chine. Je me sentais terriblement seule et face à mon destin. Je n’étais plus certaine de vouloir effectuer ce geste, je me demandais sans cesse si c’était vraiment ce que je désirais.
Clémence, ma sœur, fêtait son anniversaire. Elle avait prévu une belle soirée entre amis. Apéro dinatoire et sortie pour danser toute la nuit. Je n’avais aucune excuse pour ne pas m’y rendre. Haroun était en voyage et j’étais seule puisque Capucine était chez son papa. Avec Clémence, nous avions toujours été pudiques sur nos vies intimes, surtout moi, peut-être en raison de notre éducation et de notre enfance. Je ne pouvais pas lui dire la vérité mais je me devais de l’accompagner. Je m’en réjouissais d’avance malgré mon esprit fortement préoccupé. C’était l’occasion de penser à autre chose et de combler ce vide en moi.
Je portais mon masque du sourire festif avant d’entrer chez Clémence. Pendant le repas, Haroun m’avait téléphoné. J’étais tellement heureuse car il ne m’avait pas donné de nouvelles depuis son départ. Je m’étais alors éclipsé dans une chambre pour avoir de l’intimité. Rien que le fait d’entendre sa voix m’avait redonné de l’énergie et un vrai sourire pour me guérir quelques instants de mes nausées que j’avais tout au long de la journée. Je m’intéressais à son voyage et lui au bruit qu’il entendait. Je lui expliquais que c’était la musique qui retentissait chez ma sœur pour son anniversaire. Il n’était pas content que je sorte sans lui et m’avait demandé de ne pas continuer la soirée à l’extérieur car je ne devais pas m’absenter sans lui.
Sur l’instant, je pensais qu’il plaisantait car lui m’avait expliqué qu’il était dans un grand hôtel dans lequel il y avait des soirées mondaines quotidiennes et un SPA dans lequel il se faisait masser. Certes, je n’étais pas ravie mais parce que je lui faisais confiance, je ne lui avais fait aucune remarque. En revanche, lui, ne s’était pas gêné. Déçue de nos échanges lointains, j’avais perdu toute ma joie après avoir raccroché. La soirée de ma sœur continuait de plus belle et j’avais suivi tous les convives pour aller danser. Mes nausées étaient réapparues puissance 10 et c’était de plus en plus difficile pour moi de justifier mon état car je ne pouvais pas prétexter l’alcool puisque je n’en avais pas bu et n’en buvais jamais d’ailleurs. J’avais feint une migraine.
Son retour approchait et la date de l’intervention aussi. J’avais posé une journée de congé pour aller le rechercher à l’aéroport de Paris. Je m’impatientais à la porte d’arrivée. Plus il approchait, plus je voyais son sourire et ses yeux s’illuminaient à ma vue. Les petits désaccords téléphoniques avaient disparu et nous étions simplement heureux de nous retrouver. Nous avions du mal à nous décoller l’un de l’autre. C’est comme si nous étions seuls à l’aéroport.
Cette journée était sous le signe de l’amour, il m’avait rapporté un souvenir, un collier avec un diamant qui allait devenir mon porte-bonheur. J’étais comblée. Cependant, un sujet ne pouvait être épargné car l’intervention approchait à grands pas. Nous en avions reparlé et il avait clos le sujet en disant que c’était la bonne décision. Je pressentais que ce sujet deviendrait tôt ou tard tabou.
Nous étions la veille de l’intervention. Nous avions rendez-vous à l’hôpital afin que je prenne un médicament au préalable. L’infirmière nous avait emmenés dans une salle pour me donner ce fameux cachet. Avant de l’introduire dans ma bouche, nos regards, vides, s’étaient plongés l’un dans l’autre sans un mot. Une fois posé sur ma langue, je savais que si je l’avalais, c’était fini et je l’avais avalé car c’était la décision que nous avions retenue. L’atmosphère était froide.
Nous étions repartis comme si rien ne s’était passé et avions occulté le geste que nous venions de faire. Le reste de la journée s’était bien déroulée. Belle soirée. Bonne nuit. Le lendemain, c’était la dernière étape. Lever tôt, direction l’hôpital. J’étais dans une chambre de 3 lits séparés par un rideau, proche de la fenêtre. Nous attendions notre tour. Au moment de me lever pour partir en salle de torture, forte hémorragie qui avait provoqué en moi une certaine panique. J’avais la tête qui tournait, le regard flou, je retenais mes larmes mais le mal était déjà fait et il fallait en finir. Pendant que l’infirmière me nettoyait, Haroun me regardait l’air inquiet sans prononcer un mot. Nous n’avions pas besoin de parler car nos regards suffisaient à eux-mêmes.
Je me souviens encore de la froideur de cette salle. J’étais en position gynécologique. J’avais la tête qui tournait de plus en plus et le bruit des instruments me pétrifiait. Je n’avais pas eu le temps de finir ma phrase pour prévenir de mes étourdissements que je m’étais évanouie. Je me suis réveillée parce qu’une dame me tapotait les joues. Ma tension avait fortement chuté et j’avais fait une autre hémorragie. J’étais silencieuse mais mes larmes emplissaient mon visage à mesure que je ressentais mes organes bouger en moi. Je ne pourrais jamais oublier cette sensation de me sentir dépossédée. C’était tout simplement horrible.
Au retour dans ma chambre, Haroun m’attendait. J’étais quelque part rassurée de sa présence. Pendant que l’infirmière lui expliquait les « complications », je sentais le sommeil me gagner. A mon réveil, il était toujours là. Il était temps de rentrer et de retrouver la réalité et le quotidien de nos vies. Je m’étais effondrée à sanglots dans la voiture. Il retenait ses larmes mais je lisais la tristesse sur son visage. J’avais pris un arrêt maladie car j’étais fortement affaiblie physiquement et perturbée moralement.
Le temps de mon arrêt de travail, j’étais restée chez lui. Je ne voulais pas être seule. Il était à mes petits soins mais ce sujet était bel et bien devenu tabou. Il fallait oublier et la vie devait reprendre son cours. J’avais rapidement repris le travail pour justement oublier. Heureusement, ma collègue et amie Gabrielle me soutenait. Grâce à elle, j’avais retrouvé mes rires, tout du moins dans le domaine professionnel.
Dans ma sphère personnelle, c’était différent. J’avais de plus en plus de mal à supporter l’éloignement d’Haroun. Pourtant, nos quotidiens n’avaient pas changé mais il était indéniable que quelque chose en moi avait changé à tout jamais. J’avais besoin de combler cette part de moi qu’on m’avait enlevé. Seule la présence d’Haroun pouvait la satisfaire. C’était notre décision mais je ressentais de l’injustice et déjà des regrets. Après ce geste, je lui avais définitivement ouvert mon cœur. Je me consacrais davantage à lui et ma dévotion était égale à l’amour que je lui portais.
L’été approchait à grands pas et comme à son habitude, Haroun retournait chez lui au Maroc. Il m’avait invité à l’accompagner pour me présenter à sa famille et à ses amis. J’étais plus qu’heureuse. Je me souviens lui avoir demandé si nous allions emmener Capucine. Pour une première fois, nous irons tous les 2 afin que tu sois à l’aise, nous prendrons ta fille plus tard, avait-il répondu. J’avais acquiescé, un peu déçue.
Le départ approchait et son discours changeait toujours quant à l’organisation prévue au Maroc. Il m’expliquait qu’il possédait une maison près de chez ses parents et que du fait qu’on ne soit pas marié, il ne pouvait normalement pas me présenter. Je m’intéressais beaucoup à sa culture et sa religion car elles faisaient intégralement partie de lui et j’aimais tellement cet homme que je voulais tout connaître.
Quelques jours avant notre départ, il était soulagé car un de ses frères, Djibril avait annoncé mon arrivée à ses parents. J’avais compris qu’il communiquait peu avec eux. Etait-ce par respect ou par peur ? Bonne question. Nous étions donc partis en voiture sur sa Terre natale, ville réputée pour ses clémentines. C’était mon premier vrai voyage, j’étais émerveillée par les paysages en traversant la France et l’Espagne. Cet homme me faisait non seulement voyager physiquement mais aussi émotionnellement. Il me permettait une ouverture à d’autres horizons et de nouvelles découvertes à tous niveaux. Il enrichissait mon cœur, mes pensées et tout simplement ma vie.
Je me souviens qu’en arrivant chez lui, sa maman m’avait fortement serrée dans ses bras et je m’étais sentie tout de suite acceptée. Il y avait du monde à la maison, son frère Djibril, sa sœur Yasmina et ses nièces. Nous attendions tous l’arrivée du papa, j’appréhendais mais beaucoup moins qu’Haroun.
Lorsque son papa était entré, Haroun s’était précipitamment levé en sa direction. Il l’avait regardé avec des yeux d’enfant. J’avais trouvé cet instant très beau tant il en émanait du respect et de l’amour. C’était à mon tour de le saluer, je ne savais pas trop comment m’y prendre car nos traditions étaient différentes. Haroun m’avait prévenu que je ne pouvais pas embrasser les hommes. Je lui avais donc serré la main et nous avions échangé un grand sourire, sincère.
C’était l’heure du thé, des biscuits et des retrouvailles. Miam Miam … les pâtisseries, j’étais dans mon élément et ma gourmandise était à son comble. J’étais au paradis du sucre ! Nous passions le temps à nous sourire car la barrière de la langue était malheureusement présente. Je connaissais quelques mots car j’avais acheté des bouquins sinon je parlais espagnol avec Yasmina et Haroun faisait l’interprète. Ces premières vacances au sein de la famille étaient merveilleuses. Je me sentais telle une princesse reçue au palais. Leur accueil était si chaleureux.
Haroun osait à peine me parler et me sourire face à sa famille. Les premiers jours, j’en étais chagrine car je ne comprenais pas. Il m’avait expliqué que nous devions garder une certaine distance par respect pour la famille et les autres aussi d’ailleurs. Nous nous retrouvions donc le soir dans l’intimité car la journée, nous partions très souvent tous ensemble en balade. Nous avions parfois quelques désaccords dans le sens où j’avais des règles de conduite à tenir que je ne connaissais pas.
Je me souviens particulièrement d’un après-midi, nous avions prévu d’aller à la plage, j’étais donc montée me changer pour enfiler un maillot de bain et en me rejoignant Haroun m’avait fait une colère par rapport à ma tenue. Je ne comprenais ce que je devais porter, mis à part un maillot de bain pour aller à la plage, j’étais un peu perdue. Après s’être calmé, il m’avait ordonné de me couvrir car je devais cacher ma peau. Je commençais à comprendre même si c’était parfois difficile du fait de ne pas avoir d’explications claires. Mes tenues vestimentaires étaient finalement faciles à choisir. Plus de prise de tête, longues robes et gilets tout au long du séjour et legging et long t-shirt pour la plage. Pour moi, ce n’était qu’un détail car j’étais tellement heureuse d’être parmi eux, je me sentais intégrée malgré la barrière de la langue.
Haroun me faisait visiter sa ville natale, son lycée, sa maison de naissance et ses terres d’agriculture … Il était fier. Les journées passaient bien trop vite tant nous profitions de chaque instant. Je souris encore en pensant aux premiers repas. Nous étions tous installés autour de la table basse. Ils mangeaient tous avec les mains à l’aide de pain, je voulais faire comme eux mais en fait, je ne me nourrissais que de pain car je n’avais pas la technique. Haroun se moquait gentiment de moi. Je mange peu de viande mais pour honorer les plats, j’essayais d’en prendre. Haroun n’osait pas m’en donner sous le regard de son père, c’est donc son père lui-même qui préparait mes petits morceaux. J’avais trouvé cette attention charmante. Nous avions tous ri car Haroun avait traduit à ma demande qu’ils avaient tous des couteaux à la place des doigts. C’était un réel partage humain et les rires suffisaient à notre bien-être.
Un matin, alors qu’Haroun avait une affaire à régler, à noter que sa vie professionnelle le suivait jusqu’au Maroc, je m’étais rendue seule chez ses parents. J’appréhendais un peu car ils m’attendaient pour le petit-déjeuner et le fait de ne pouvoir communiquer verbalement me gênait un peu. Finalement, j’étais déjà tellement fière d’avoir retrouvé la route seule qu’en arrivant, je les avais tous embrassés. C’est en voyant la tête de son frère Djibril que j’avais compris que quelque chose était anormal. Oups … dans mon élan de joie, j’avais oublié une règle … Ne pas embrasser les hommes ! Je riais toute seule.
Quand nous partions sur les marchés, j’avais les yeux écarquillés en voyant des énormes bêtes pendre à de gros crochets dans l’attente d’être acheté par les clients. Drôles de boucheries. Tout était différent de chez nous ou plutôt de chez moi. Cela m’amusait et m’enrichissait car les personnes se contentaient de peu. Dans un centre commercial qui venait d’être construit, j’avais l’impression d’être une célébrité car les personnes me regardaient avec insistance en affichant des sourires. Je prenais plaisir à les leur rendre. Haroun m’avait expliqué que mon physique, grande brune aux yeux bleus et blanche de peau interpellait.
Leur façon de conduire était assez comique même si elle demandait beaucoup de vigilance. Il y avait 3 voitures côte à côte sur 2 files. Tant qu’il y avait de la place, ça convenait. Je passais du temps en cuisine avec sa maman, Yasmina et ses nièces. Il faut dire que les femmes étaient très actives à la maison, le mode de vie était différent du mien mais j’appréciais et je découvrais encore et encore. Sa maman m’impressionnait à sortir le poulet bouillant du four avec les mains. Nous en avions attrapé un fou rire et nous nous étions ensuite serrées dans les bras l’une de l’autre pour immortaliser ce moment de joie. Sa maman ne comprenait pas que je ne comprenne pas leur langue. Et on riait de plus belle. C’était une dame dévouée qui prenait soin des autres. Son père riait toujours quand je sortais mon appareil photo, je lui demandais de faire des poses. Il n’était pas habitué à ce genre d’appareil et il prenait plaisir à se prêter au jeu. C’était un moment de complicité que je partageais avec lui.
Les jours se suivaient et je m’enrichissais de culture, de tolérance et de petits riens qui étaient bénéfiques à tout mon être. Nous avions d’ailleurs prolongé notre séjour. J’en étais ravie d’autant plus que mes relations avec sa famille se renforçaient. Une de ses nièces m’avait demandé de l’accompagner au lycée pour rencontrer son professeur de français. J’avais amené Yasmina en ville. Mon baptême de conduite était validé. La voisine m’avait invitée un soir pour fêter une naissance. Nous dansions entre femmes. Elles m’avaient initiée au déhanché sensuel. Je m’étais amusée. Quant à Haroun, il me comblait un peu plus chaque jour. Nous dormions à la belle étoile sur la terrasse de la maison en écoutant et en dansant sur des musiques romantiques. Le départ avait été difficile et rempli d’émotions. Son père ne voulait pas que je parte tellement il appréciait mon énergie, mes rires et mon originalité. Il avait confié à son fils qu’il devait impérativement me garder car j’étais une jeune femme exceptionnelle. Haroun me répétait souvent que je l’étais et là, doublement, c’était vraiment prodigieux que son père le pense. J’étais honorée. Les au revoir avaient été très rapides car Haroun les détestait.
C’était un merveilleux voyage humain et j’en avais appris davantage sur l’homme que je considérais désormais comme étant l’homme de ma vie. Le retour au quotidien avait été difficile. Il s’agissait de deux mondes différents et je me sentais perdue car ils me convenaient tous deux et l’un me manquait déjà avec les personnes qui en faisaient partie.
La réalité était que j’avais retrouvé Capucine. Evidemment, j’en étais ravie mais Haroun me manquait fortement pendant ma semaine « maman ». Après avoir passé du temps auprès de sa famille, j’étais encore plus attachée à lui, à nous et ses absences étaient dures. D’autant qu’après ce partage familial, je souhaitais qu’il passe du temps auprès des miens. Il avait toujours une bonne excuse pour éviter les repas de famille. Me concernant, une semaine « maman » et une semaine « femme » ne me convenait plus ou de moins en moins. Je ne demandais pourtant pas grand-chose. Partager avec ma famille était un sujet mais passer du temps tous les 3 avec Capucine était nécessaire à mon bien-être. Il ne le comprenait pas et à chaque tentative de discussion, j’avais le droit à une colère alors pour éviter le conflit, je me taisais et vivais ma peine en silence.
Certes, quand c’était ma semaine « maman », je la passais avec Capucine et ma famille. Nous faisions des activités, des sorties au cinéma et autres et lorsque c’était ma semaine « femme », je faisais ma valise et je partais la semaine chez Haroun. J’étais heureuse en tant que maman et en tant que femme mais jamais les deux en même temps. Je me consacrais pleinement, soit à l’une, soit à l’autre.
C’était le premier ramadan et je le vivais mal car je n’en connaissais que les grosses lignes. Haroun était le premier homme de mon entourage à le faire. L’inconnu total. Plus de mots doux et des conversations téléphoniques froides la journée. J’avais même l’impression qu’il ne m’aimait plus car de la distance s’installait entre nous. C’était dramatique pour moi et normal pour lui. Il avait donc du mal à me rassurer. Le soir, dès que le soleil se couchait, je retrouvais mon homme amoureux et nous vivions pleinement notre passion. Heureusement, une amie issue d’un couple mixte m’avait rassurée en m’apportant des explications. Je l’avais fortement remerciée car la situation me perturbait vraiment.
La fin de l’été avait sonné et j’avais subi une intervention gynécologique. Rien de grave, il s’agissait d’un kyste. Haroun m’avait accompagné comme il se devait et je me sentais apaisée par sa présence. J’étais contente car je savais que je pouvais compter sur lui dans les bons et les mauvais moments. Mon amour ne cessait de grandir et je lui rendais par des attentions en lui cachant des mots d’amour dans ses chaussures, des billets doux sur son pare-brise ou encore des poèmes tant il m’inspirait. Je le couvrais de cadeaux avec les moyens que j’avais. Il aimait fortement cette facette de ma personnalité, ce côté tendre, attentionné et conservateur. Des valeurs précieuses à ses yeux.
Il me fallait reprendre le travail après cet arrêt médical et je n’en avais vraiment pas l’envie. 10 années que je bossais dans ce domaine et j’en avais fait le tour malgré mon statut de responsable. Haroun m’avait fait découvrir d’autres choses à travers son monde professionnel. J’étais sa secrétaire, son avocate, son infirmière ou encore son professeur … Je me disais qu’il ne pouvait plus se passer de moi et qu’il m’intégrait pleinement dans sa vie comme lui dans la mienne. Je m’ennuyais au travail et j’avais envie d’un autre avenir. Certes ma destinée personnelle était toute tracée avec lui mais celle professionnelle me questionnait. A force d’en discuter, il m’avait proposé de travailler dans un de ses magasins, le temps que je trouve ma voie. J’étais d’autant plus comblée qu’il me fasse partager son monde et surtout qu’il m’accorde sa confiance. J’avais alors pris un congé sabbatique pour effectuer mes recherches en parallèle de mon contrat de travail en tant que Conseillère de vente en chaussures et prêt-à-porter. Une nouvelle page allait s’ouvrir …
En septembre, j’avais donc débuté ma nouvelle mission. Je m’investissais d’autant plus qu’il s’agissait de sa boutique. Je prenais des initiatives, je structurais, je réagençais régulièrement la surface de vente et j’innovais. Il était vraiment surpris et content car les clients lui faisaient de bonnes remarques face aux changements. Des ondes positives se dégageaient du magasin.
Nous avions convenu que lorsque c’était ma semaine « maman », je finissais tôt pour aller rechercher Capucine. J’étais à 5 minutes à pied de l’école et 10 minutes de chez moi. C’était l’idéal. Et pendant ma semaine « femme », je faisais la fermeture et nous rentrions ensemble comme un vrai couple.
Les fêtes de fin d’année approchaient et je me réjouissais à l’idée qu’il vienne chez mes grands-parents adorés. C’était aussi l’occasion de faire les présentations. Il avait refusé mon invitation sous prétexte que ce n’était pas important pour lui. Cette célébration ne faisait pas partie de ses traditions. Néanmoins, elle était précieuse pour moi. J’avais insisté, il avait clos le sujet, proche d’une crise car il n’acceptait pas ma déception. Je dissimulais donc ma peine. Nous avions alors programmé le Nouvel An que nous avions décidé de fêter en amoureux.
Cela faisait quelques mois que je travaillais au sein de son magasin et tout se passait bien. Certes, il y avait des règles à respecter telles que mettre une distance entre nous. Peut-être ne voulait-il pas que les clients et plus précisément les clientes sachent que nous étions en couple ? Selon lui, ça ne se faisait pas de se montrer proche dans la sphère professionnelle. Ce n’était pas mon intention car j’étais respectueuse mais il se montrait tout de même excessif. Plutôt que d’épiloguer, j’avais acquiescé car nous nous retrouvions le soir en passant du mode inconnu au mode intime. Les semaines « maman » étaient plus compliquées à gérer. J’avais trouvé un certain équilibre car le fait de travailler dans son magasin nous rapprochait encore plus. En tous cas, une chose est sûre, j’avais de plus en plus besoin de lui. Cet homme était devenu vital pour moi. Il me répétait souvent : « Je t’aime de tout mon cœur, mon corps, mon être, mon âme et mes veines ... Tu es foutue ». « Foutu » réciproquement dans le sens où notre amour était si passionnel et fort. Peut-être parfois un peu trop intense ... dans les mauvais jours. Haroun pouvait être un ange comme un démon. Autant il était doux et me complimentait avec des mots d’amour, autant il était excessif dans ses paroles. Il était susceptible et TRES colérique. Il était capable de passer du rire à la colère en un quart de seconde. A chaque colère, je me remettais en question, à savoir ce que j’avais pu dire ou faire qui aurait pu le blesser. J’étais complétement déstabilisée par ses abus. Il se fermait et fuyait à chaque fois. Il pouvait rester plusieurs jours sans me donner de nouvelles, sans répondre à mes appels ni à mes messages ou encore me raccrocher quand il entendait ma voix. J’étais dans un état déplorable quand c’était le cas. C’est comme si mes organes se tordaient à l’intérieur de moi. Je faisais des crises de larmes et d’angoisses. Il avait le don de mettre mes nerfs à rude épreuve. Le pire était que je ne connaissais malheureusement pas la raison de ses colères. Même lorsqu’il était calmé, il me disait que je devais comprendre et que je savais pourquoi. En réalité, j’avais beau ressasser les dernières scènes, je ne décodais pas mais pour éviter les conflits, je n’insistais pas tellement j’étais heureuse de le retrouver. Je me contentais de me satisfaire de son retour à mes côtés.
Un jour, en fin d’après-midi, il était venu me rejoindre au magasin avec son cousin. Après avoir rangé et nettoyé la surface de vente, nous nous étions posés tous les 3 pour discuter entre autres de la journée. J’étais assise sur ces fameux poufs noirs et fuchsia de notre rencontre. Ils se trouvaient près de la caisse. Au moment de partir :
- Peux-tu prendre mon sac à main qui est juste à côté de toi dans la réserve, s’il-te-plaît Haroun.
- Lève-toi, je ne suis pas ton serviteur.
Sur l’instant, je pensais vraiment qu’il plaisantait mais il ne me l’avait pas rapporté pour autant. Son cousin me l’avait gentiment tendu étant donné qu’il était aussi à sa portée :
- Waouh … ton cousin est bien plus sympa que toi (avec humour).
J’avais tout de suite regretté mes mots en découvrant son regard noir. J’avais déclenché une grosse colère en lui. Toute la soirée, il m’avait ignoré sans m’adresser un mot ni un regard. Je savais que devant son cousin, je devais me taire car cela n’aurait fait qu’envenimer la situation. En revanche, une fois que son cousin était parti, je lui avais demandé des explications :
- Que se passe-t-il Haroun ? Pourquoi m’as-tu ignoré toute la soirée ?
- Tu es irrespectueuse devant mon cousin en me demandant de te servir, je suis un homme. Et si mon cousin est plus gentil que moi, tu t’es trompée d’homme.
Waouh … ses propos étaient bien trop forts par rapport au contexte. Je ne lui avais pas demandé de me décrocher la lune, juste de prendre mon sac en tendant le bras. Il lui avait fallu 2 jours avant que le calme revienne. Etant donné que j’avais sa clé de maison et que je rentrais plus tôt que lui, il avait le choix de m’ignorer mais pas de me laisser entrer. Malheureusement, ce n’était pas toujours le cas. Lorsqu’il rentrait plus tôt que moi, il laissait la clé sur la serrure et donc je n’arrivais pas à ouvrir la porte. J’avais beau sonner, tambouriner ou encore gratter dans les volets, il était capable de me laisser 1 heure à la porte ou plus jusqu’à ce que je me résigne à repartir. Il me mettait hors de moi. Je perdais le contrôle de mon corps et de mon esprit.
Un jour, il m’avait vraiment fait peur. Selon lui, je lui avais mal parlé ou précisément, je n’avais pas employé le bon ton à son égard. J’avais d’abord essayé de le calmer en le prenant dans mes bras et il m’avait poussé violemment. J’étais tombée sur le sol. Je pleurais. J’étais pétrifiée. Il me regardait sans aucune expression et m’avait demandé de partir. Je ne voulais pas. Ses mots avaient été tellement durs que j’avais fini par céder. Il ne servait à rien d’insister. J’avais découvert une autre facette de lui.
Son ignorance avait duré une semaine entière. Ma semaine « maman » avait été horrible. Ce silence aurait sans doute pu durer plus longtemps si je n’étais pas allée chez lui le dimanche midi. La porte d’entrée était fermée. Il se trouvait dans la cuisine. Seule une fenêtre nous séparait. Je le suppliais de m’ouvrir à travers la vitre, il m’entendait mais ne me regardait pas. Par chance, sa petite nièce était venue le rejoindre dans la pièce. Alors que je le priais de m’ouvrir, la porte s’était entrebâillée. Sa nièce était derrière. Je m’étais précipitée avant qu’il ne vienne la refermer :
- Tu peux m’expliquer ce qui se passe Haroun. Une semaine sans nouvelle.
- Je te préviens … Tais-toi et ne dis rien devant mon frère. Ne sois pas irrespectueuse. Tu as eu de la chance de pouvoir entrer.
Quel accueil ! De ce fait, j’avais pris mon plus beau sourire mais je n’avais pas prononcé un mot nous concernant jusqu’à ce que son frère reparte. Le soir, j’avais réussi à lui faire retrouver la raison et je m’étais même excusée. A vrai dire, je lui présentais des excuses car me rabaisser lui donnait du pouvoir.
Lors de ces temps de colère qui prenaient toujours des proportions énormes, j’essayais sans cesse de me rattraper mais en réalité, je ne savais pas réellement de quoi puisque je n’en connaissais pas la cause. Il me répétait tellement que c’était de ma faute et que je les provoquais que je finissais par le croire. Cet homme me faisait ressentir des émotions si fortes que j’oubliais très vite ses excès. Un seul mot doux de sa part suffisait. J’avais pourtant bien conscience qu’il ne se remettait jamais en question et qu’il exagérait.
Un soir, je faisais une lessive chez lui. Son lave-linge se trouvait dans la cuisine. Nous regardions la télévision jusqu’à ce qu’un bruit nous interpelle. Je m’étais levée pour vérifier que tout allait bien. Il s’avère que le lave-linge avait un souci de canalisation et que la pièce s’était transformée en une piscine. En voyant la scène, je marmonnais :
- Au secours …
- Que se passe-t-il ? (Il s’était levé précipitamment)
- C’est la catastrophe !
- C’est juste de l’eau.
- Certes mais il faut tout éponger.
- Tu vas te dépêcher de le faire et arrête de râler parce que tu es insupportable.
- Tu pourrais m’aider.
- Je ne vais pas m’agenouiller pour le faire. Tu es une femme et c’est ton rôle !
Notre quotidien reprenait son cours. Entre mon travail au magasin, mes semaines « maman », les déplacements parmi ses boutiques sur la côte d’Opale ou encore en Belgique et les fournisseurs à Paris, il consacrait beaucoup de temps à son travail. Alors le peu qu’il m’accordait, je voulais en profiter. Je me montrais toujours très compréhensive pour éviter les divergences. Je l’attendais constamment.
En parallèle, je continuais à lui écrire des mots que je cachais dans les enveloppes des recettes du soir, je lui envoyais des SMS remplis de tendresse sans pour autant en avoir en retour, je lui achetais des petits présents et des vêtements. Je ne pouvais m’empêcher de le gâter.
Après avoir travaillé quelques mois dans son magasin qui se situait près de chez moi, il était sur le point d’en ouvrir un nouveau à une trentaine de kilomètres. Il faut dire qu’il ouvrait des magasins en un claquement de doigt. C’était impressionnant. Il avait un sens des affaires inné et admirable. Il souhaitait que je fasse l’ouverture et que j’y aille travailler quelques temps pour le bon démarrage parce qu’il me faisait pleine confiance. Je n’avais pas vraiment le choix que d’accepter malgré la distance car il était aussi mon employeur.
