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"Prenez du Doliprane et restez au lit", telle est la prescription des médecins lorsqu'en mars 2020, Pascal Fouache est contaminé par le Covid. Il a alors soixante-neuf ans et est en bonne santé. Pourtant, les jours passent et son état s'aggrave. Il faudra que Marie-Laure, sa femme, s'oppose violemment à un médecin du Samu pour que Pascal soit pris en charge par une ambulance. Ce n'est que le début d'un douloureux périple, pour l'un comme pour l'autre. Loin l'un de l'autre. A son arrivée aux urgences, Pascal est immédiatement placé en coma artificiel. Il restera des jours entre la vie et la mort. Marie-Laure le sent, le sait, grâce au soutien d'un ami médecin qui lui donne des nouvelles de son mari. Quand Pascal sort du coma, le soulagement est immense. Mais pourra-t-il redevenir l'homme qu'il était ? Après un tel voyage, une reconstruction à l'identique est-elle possible ? Sur un ton parfois grinçant mais garanti sans pathos, Pascal raconte le coma, le Covid, l'hôpital, le difficile retour à une vie "normale", tels qu'il les a vécus. La voix de Marie-Laure vient soutenir la sienne, en prendre le relais, dire aussi le quotidien des proches. Ensemble, ils donnent à voir une réalité du Covid peu perceptible malgré la profusion d'images et d'informations sur le sujet. Un témoignage fort, intime mais universel.
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Seitenzahl: 229
Veröffentlichungsjahr: 2023
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J’aurais aimé pouvoir écrire ce livre seul. Vous comprendrez aisément pourquoi cela n’a pas été possible. Je suis cependant heureux car de cette impossibilité est né un nouveau projet commun avec Marie-Laure, ma femme.
Le journal médical figurant dans ces pages est constitué d’extraits de celui qui m’a été communiqué par l’hôpital.
Note aux lecteurs
Début 2020
Jeudi 12 mars
Vendredi 13 mars
Samedi 14 mars
Dimanche 15 mars
Lundi 16 mars
Mardi 17 mars
Mercredi 18 mars
Jeudi 19 mars
Vendredi 20 mars
Samedi 21 mars
Dimanche 22 mars
Lundi 23 mars
Mardi 24 mars
Mercredi 25 mars
Jeudi 26 mars
Vendredi 27 mars
Samedi 28 mars
Dimanche 29 mars
Lundi 30 mars
Mardi 31 mars
Mercredi 1er avril
Jeudi 2 avril
Vendredi 3 avril
Samedi 4 avril
Dimanche 5 avril
Lundi 6 avril
Mardi 7 avril
Mercredi 8 avril
Jeudi 9 avril
Vendredi 10 avril
Samedi 11 avril
Dimanche 12 avril
Lundi 13 avril
Mardi 14 avril
Mercredi 15 avril
Jeudi 16 avril
Vendredi 17 avril
Samedi 18 avril
Dimanche 19 avril
Lundi 20 avril
Lundi 4 mai
Mercredi 20 mai
Mars 2022
Remerciements
À propos de l’auteur
C’est vous qui le dîtes
En ce début 2020, comme chaque année, deux choses me préoccupent : élaborer la stratégie d’Eagle, ma société de conseil en gestion des entreprises, et organiser les voyages que Marie-Laure, mon épouse, et moi ferons dans les semaines et mois à venir.
Nous habitons à quelques kilomètres d’Aix-en-Provence, à Meyreuil, petit village où il fait bon vivre mais dont les hivers peuvent être très rigoureux. Voyageurs insatiables et fous de golf, nous délaissons donc régulièrement ses frimas, en quête de chaleur et de découvertes.
Notre choix se porte sur Marrakech. Nous adorons cet endroit, les gens sont accueillants et les golfs du sud de la ville sublimes. Nous y avons récemment déniché une toute nouvelle maison d’hôtes où nous sommes heureux de retourner.
Notre seule source d’inquiétude à ce moment-là est la coloscopie que je dois faire tous les trois ans, en prévention du cancer colorectal. L’examen est prévu le 9 mars à l’Hôpital Privé de Provence.
Quelques signaux d’alarme résonnent aussi à l’écoute des nouvelles venant de Chine. Une épidémie liée à un virus en provenance de Wuhan semble prendre de l’ampleur. Toutes les chaines d’information en parlent, les intervenants se succèdent, disant tout et son contraire, mais le gouvernement français fait savoir qu’il n’y a pas lieu d’y voir une menace pour notre pays. Mme Agnès Buzyn, ministre de la Santé, explique que ce coronavirus ne nous atteindra pas et que, même si tel était le cas, notre système de santé saurait y faire face.
Pourtant il est si contagieux que quelques jours plus tard, le gouvernement isole Wuhan et ses 12 millions d’habitants pour en limiter la propagation. Je ne suis pas étonné que les dirigeants chinois aient pris de telles mesures, je m’étonne en revanche que ça n’ait que si peu de répercussions sur les décisions de ceux qui nous gouvernent.
Je connais bien l’Asie, j’y ai créé de nombreuses sociétés, à Singapour, en Corée et en Chine, pour le compte de CMR-Jumbo, entreprise spécialisée dans la surveillance et le contrôle de puissants moteurs diesels à applications terrestre et marine que j’ai dirigée durant trente-huit ans. Je ne suis pas aussi optimiste que nos dirigeants. J’ai conscience que nous sommes à la veille du nouvel an chinois, ce qui signifie que la population va se déplacer en masse, chacun voulant rejoindre sa famille ou sa terre natale. Durant plus de dix jours, d’innombrables personnes vont circuler, en train ou en avion, à travers tout le pays. Sans compter les travailleurs étrangers ou les touristes qui reviendront ensuite chez eux...
Je relègue ces questionnements pour me concentrer sur l’examen que je dois subir. Celui-ci se déroule bien, les résultats sont bons.
C’est donc rassurés que nous préparons notre départ pour le Maroc. Rassurés quant à mon état de santé mais troublés par le ballet des médecins sur les plateaux télé. Nous hésitons à partir. Beaucoup d’analystes se veulent rassurants, nous maintenons donc notre voyage.
Le 12 mars, nous nous rendons à l’aéroport pour notre vol direct Marseille-Marrakech, assuré par Royal Air Maroc, une compagnie dont la spécialité est de changer les horaires et les dates quand bon lui semble ! Ce ne sera pas le seul aléa de notre périple...
Si nous partons pour trouver calme et douceur, à l’embarquement, l’ambiance est toute autre. Les passagers marseillais pour notre destination sont globalement bruyants et de mauvais goût. Une bande de cinq jeunes hommes, obèses et barbus, braillent et mettent la pagaille dans la file d’attente. Les gens ne disent rien mais n’en pensent pas moins.
Personne ne porte de masque.
En rejoignant nos places dans l’avion, nous constatons que ces sympathiques individus occupent la rangée de sièges juste devant la nôtre. Durant tout le vol, ils poursuivent leurs nuisances, s’agitent comme s’ils étaient dans le virage Nord du stade Vélodrome, le jogging descendu sur les hanches, les fesses à l’air, postillonnant à profusion.
Marie-Laure et moi devons offrir avec eux un contraste saisissant. Je ne parle pas seulement de bonnes manières. Avec son souci du détail, ma femme a tout prévu pour juguler nos appréhensions quant à ce virus dont finalement personne ne sait grand-chose. Il ne nous manque plus qu’une combinaison... avec nos masques et nos gants, nous ressemblons à des martiens ! Ce sont peut-être des précautions inutiles mais, dans le doute, mieux vaut être ridicules que malades.
Notre arrivée dans l’aéroport flambant neuf de Marrakech nous indique en tout cas que nous ne sommes pas les seuls à être inquiets. Les policiers, plus attentifs que d’ordinaire, nous demandent d’où nous venons et combien de temps nous comptons rester tandis qu’on prend notre température. Si, en France, aucune mesure n’est prise, il semble qu’il n’en aille pas de même au Maroc. Que se serait-il passé si nous avions eu de la fièvre ?
Une fois dehors, je me détends instantanément, le sourire me gagne. J’aime beaucoup ce pays, cette ville, sa chaleur, la chaleur de ses habitants. Nous évitons juste le centre. Marie-Laure n’aime pas la place Jema el-Fna, les vendeurs des souks sont désagréables et il n’y a rien d’intéressant à part pour les amateurs de contrefaçons. Il nous arrive tout de même de faire quelques achats côté Gueliz ou Hivernage, il faut avoir les bonnes adresses et être vigilent car la qualité des produits n’est pas toujours au rendez-vous. De toute façon, le shopping n’est pas notre priorité. Nous sommes là pour une semaine de détente et surtout de golf. La Mecque de ce sport se trouve maintenant à deux heures et demie de Marseille, impossible d’y résister ! Treize parcours au total. Le Royal, L’Amelkis, Al Madeen, la Palmeraie, au Nord, sont très beaux mais nous préférons ceux du Sud, vers la route de l’Ourika. Royal Palm, Ourika, Noria, Assoufid, Samanah... ils sont sublimes. Par temps clairs, tous offrent une vue sur l’Atlas. Les espaces sont superbement entretenus et il n’est pas rare d’y trouver de bons caddies qui sachent vraiment jouer. Notre hôtesse a déjà réservé tous nos départs pour les jours à venir, il n’y a plus qu’à profiter !
Abdou, le chauffeur de l’hôtel, vient nous chercher. Nous le connaissons bien, il est toujours de bonne humeur, prêt à faire plaisir, très serviable et incollable sur les derniers potins. Après une demi-heure de trajet, nous savons tout du commerce, des touristes et du temps qu’il va faire... beau, bien sûr ! Inch’Allah !
Enfin, notre voyage s’achève. Sous nos yeux se dessine la Villa d’Isa. Lové au cœur des golfs du Sud de Marrakech, un petit domaine de neuf chambres d’hôtes a récemment vu le jour, fruit de la passion d’un jeune couple français. Nous les avons découverts il y a quelques mois alors qu’ils se lançaient tout juste dans l’aventure. Toujours aussi accueillants, Anne-Cassandre et Didier nous font part des évolutions du site depuis notre précédente venue, au mois de novembre. Côté jardin, les plantations ont commencé, il offre déjà les chatoyantes couleurs des fleurs du pays. Les chambres sont toutes plus belles les unes que les autres et les salles de bains immenses. Ici, tout n’est que beauté et sérénité. On adore, on s’y sent chez nous. Sans compter qu’ils ont aussi un cuisinier extra dont le couscous est une merveille ! Ce qui nous fait hésiter à rester ici ce soir. D’autant que, arrivés en retard grâce à la Royal Air Maroc – pour ne pas changer –, nous avons juste le temps de nous installer dans notre chambre avant d’aller dîner. Mais Marie-Laure me parle depuis quinze jours d’un petit restaurant français qu’elle avait aimé la dernière fois, nous décidons donc d’y retourner.
Alors que nous quittons l’hôtel, des clients français demandent à allumer la télévision. Emmanuel Macron apparaît à l’écran. Le ton n’est pas le même que celui employé jusqu’ici par les membres de son gouvernement. Le registre est bien plus alarmiste. Ce n’est plus une épidémie mais une pandémie et, finalement, elle arrive en France. La faute aux cathos ! Qui par centaines se sont réunis dans l’Est, trois jours durant, s’embrassant à tout-va, sans voir le mal et sans savoir qu’ils se contaminaient. C’est le premier « cluster » – foyer, c’était trop compliqué – identifié. Notre président annonce des mesures fortes : fermeture des écoles et décalage des paiements des cotisations et impôts pour les entreprises.
Tout ça sent très mauvais ! Après l’attentisme coupable, les décisions drastiques. Bien sûr, ce n’est pas simple. Mais quand on veut le poste, il faut assumer et être responsable. Or être responsable, c’est parfois admettre qu’on ne sait pas. C’est agir, aussi, plutôt que de se contredire jour après jour.
Un peu perplexes, nous partons au restaurant. Nous y passons un agréable moment. Le patron nous fait cependant part de son inquiétude. La haute saison approche mais il ne sent pas les touristes arriver.
Abdou, venu nous chercher, est fébrile. Suite au discours d’Emmanuel Macron et aux décisions de l’Europe, le roi du Maroc a décidé de fermer son pays. Dès demain, pas un avion, pas un bateau, pas une voiture ne pourra y entrer ou en sortir.
Une angoisse énorme me garrote la gorge. Que sommes-nous venus faire ici ? Et si nous attrapions le virus, comment serions-nous soignés ? A n’en pas douter, si le roi du Maroc doit se faire soigner, il pourra aller à l’hôpital américain de Neuilly. Lui, il aura un avion ! Mais nous ?
A la première heure, j’appelle Serge. Son ami Jean-Marc et lui tiennent une agence de voyage avec laquelle j’entretiens des relations de confiance depuis plus de vingt ans. Ils sont merveilleux de professionnalisme. Serge me confirme que tout est bloqué aucun avion ne décolle ni n’atterrit. Officiellement. Comme toujours, il y a des exceptions. Il va œuvrer à notre retour, il me rappelle dès que possible.
Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, nous partons jouer au golf. Mais la sérénité et l’enthousiasme ne sont pas au rendez-vous. Nos swings sont lamentables... à l’image de notre moral.
De retour à la maison d’hôtes, nous échangeons avec les autres résidents. Chacun s’interroge sur ce qu’il va faire ou pouvoir faire. A priori, il y a ce jour-là, 25000 Français à Marrakech, tous veulent rentrer. Certains sont allés à l’aéroport. Il n’y avait pas encore foule mais ils n’ont pu obtenir aucune information.
Je suis grand voyageur sur Air France, avec une carte Club 2000. Quand j’étais à New-York et que les tours jumelles venaient de s’effondrer, en Afrique pendant la guerre du golfe, quand ce volcan nordique crachait sa fumée, quelles que soient les conditions, ils ont toujours réussi à me faire rentrer. Cette fois, lorsque je les appelle sur la ligne réservée, mes interlocuteurs sont désemparés, incapables de dire quelle sera la situation dans les prochains jours. Je téléphone alors à l’ambassade de France. Curieusement, j’obtiens la communication rapidement et tombe sur un fonctionnaire qui m’indique qu’effectivement le Roi a tout bloqué mais que le ministère des Affaires Étrangères négocie pour le rapatriement des résidents français. Que le Roi empêche les gens d’entrer dans son pays en raison du risque d’infection peut se concevoir mais qu’il les empêche de le quitter relève d’une logique incompréhensible.
Je suis convaincu qu’il faut persister à essayer de partir. Peut-être via un autre pays car certains vols sont tout de même assurés. Mais pour combien de temps ?
Serge se manifeste en fin de journée. Il nous a pris deux billets pour Lisbonne, le Portugal n’ayant pas encore condamné ses frontières, d’où nous rejoindrons Marseille.
Apaisés, nous allons dîner dans un restaurant bien meilleur que celui de la veille. Un instant de répit bienvenu au regard de ce qui nous attend.
Les autres résidents de l’hôtel rentreront sur un vol par Zurich. Le prix du billet a doublé mais tout va bien. Notre vol n’étant qu’en fin de journée, nous partons pour le golf de l’Ourika. Nous ne nous sentons pas malades mais nous ne brillons pas sur le parcours. Si Marie-Laure joue bien, l’angoisse colle à chacun de mes drives.
De retour à la Villa, mauvaise nouvelle : les vols pour le Portugal sont annulés. Serge gère, nous rentrerons lundi en passant par Londres. Départ six heures trente du matin, donc lever trois heures, mais on devrait réussir à s’échapper...
Nous sortons passer la soirée au Buddha Bar. Toujours aucune mesure particulière, ni dans les restaurants, ni ailleurs. En nous raccompagnant, Abdou se veut rassurant, nous pouvons rester le temps que nous voulons chez lui, il nous accueille dans sa famille. Merci, Abdou, c’est très gentil mais on préfèrerait rentrer chez nous.
A la réception, la télé nous apprend que le vol de Londres est annulé aussi. Ok. Demain, nous ferons comme tout le monde, nous irons à l’aéroport. Nous passons une très mauvaise nuit. Une crainte diffuse nous envahit. Tant qu’on n’est pas malades, tout va bien !
Abdou venu nous récupérer nous explique qu’il est allé à l’aéroport ce matin et que c’est la cohue là-bas. Effectivement, il y a foule. Passer les filtres permettant d’accéder aux halls prend du temps. Il n’y a pas de contrôle de température mais beaucoup de gens sont juste venus aux nouvelles, sans bagages. Dans le hall principal, la confusion règne. Des milliers de personnes scandent « Macron, des avions ! Macron, des avions ! » Les guichets sont fermés, les employés ne pouvant donner des informations qu’ils n’ont pas. Le comptoir Air France, ouvert, est pris d’assaut. Alors même que les employés énervés ne cessent de répéter qu’il n’y a pas d’avions, que les atterrissages sont interdits et que donc les décollages le sont aussi, nous entendons un avion décoller. Renseignements pris, il est à destination des Émirats. Étrange...
Nos billets initiaux ayant été émis par la Royal Air Maroc, je me dirige vers leur comptoir. Là, pas la peine de faire la queue, il n’y a personne. Aucune solution ne semblant se dessiner à l’aéroport, nous reprenons le chemin de la Villa d’Isa, un peu dubitatifs quant au spectacle qui nous a été offert. C’est maintenant clair, nous faisons face à une pandémie mondiale mais si nous avons bien vu quelques masques ici et là, presque personne n’en porte dans un tel lieu, pourtant carrefour humain très fréquenté. Mais il est difficile de savoir où en trouver, ceci expliquant peut-être cela...
A l’hôtel, l’un des résidents nous dit qu’il a trouvé par internet une place sur un vol via la Suisse... au triple du prix habituel. Mais va-t-il seulement être assuré ? Nul ne le sait.
On est dimanche, l’agence est fermée, pourtant, vers midi, Serge m’appelle. Depuis hier, il ne ménage pas ses efforts et ceux-ci ont payé. Nous avons deux places sur un vol Air France qui devrait décoller demain à 16 heures. Après Lisbonne, Zurich et Londres, je doute un peu mais félicite et remercie chaleureusement Serge. Avant de raccrocher, il me suggère fortement de nous rendre très tôt à l’aéroport où ça va être la panique car, a priori, ce vol Air France sera le seul de la journée. Par téléphone, le consulat et Club 2000 me confirment que l’avion devrait partir. Nous devrions être rassurés mais les doutes persistent vue l’ambiance dans le pays.
Nous restons diner à l’hôtel pour un dernier couscous, à la hauteur de nos souvenirs, délicieux ! Nous échangeons avec les autres résidents. Après cinq heures passées en ligne, un couple a réussi à acheter deux billets pour la Suisse... à 1200 euros la place. Et c’est pourtant une vraie victoire. D’autres sûrement aussi patients que j’aurais su l’être, nous racontent qu’ils ont essayé mais qu’à chaque fois qu’ils trouvaient une place, le temps de sortir la carte de crédit, elle avait déjà disparu. Un spécialiste en informatique leur conseille d’ouvrir la page la carte à la main, de se précipiter sur le premier vol qui apparaît et de payer sans regarder le montant. Ce n’est qu’à ce prix qu’ils peuvent éventuellement, mais sans garantie, décrocher le Saint Graal !
Nous préparons nos bagages avant de nous coucher. Nous voulons être prêts à affronter la journée de demain dans les meilleures conditions. Ce qui implique de quitter l’hôtel avec beaucoup d’avance, de façon à passer sereinement les filtres et les files d’attente interminables.
Difficile de dormir. Nous ne pensons qu’à notre vol et aux infos entendues ce soir sur les chaînes spécialisées. La valse des médecins sur les plateaux ne fait que renforcer la confusion, chacun a son avis, aucun consensus n’émerge. Pas de réelles annonces, les politiques insistent juste sur le fait que les masques comme les gants ne servent à rien et selon l’OMS, avec des mesures préventives, les pays peuvent arrêter la pandémie. Mais quelles mesures ? On n’est même pas d’accord sur le port du masque ! Qui, pour l’instant, n’est vendu qu’aux soignants dans les pharmacies. Pour clarifier encore un peu plus, le gouvernement persiste à organiser les élections municipales, en mettant en place des mesures appropriées et suffisantes bien entendu. Ne perdons pas le sens des priorités ! Évidemment, la participation sera très faible, les suffrages exprimés non représentatifs mais seul le résultat compte. A Marseille, en cas de deuxième tour avec une triangulaire, la gauche de Samia Galli trouvera une opportunité de faire élire le maire de son choix. Tous y croient encore, le scénario d’une deuxième saison Netflix est en train de s’écrire mais sans Gaudin cette fois. Nous, à Meyreuil, nous voterons pour notre maire actuel. Il est très bien, aucune raison d’en changer.
Mais demain est un autre jour. Espérons qu’il nous permettra de nous sortir de ce mauvais pas, de retrouver notre village.
Abdou est venu très tôt car, entre ceux qui ont un vol et ceux qui tentent d’en avoir un, il va y avoir un monde fou. Secondé par deux porteurs, il nous accompagne jusque dans l’aéroport. Il nous faut une heure pour accéder au hall central, malgré l’absence de mesures spécifiques. Le guichet Air France est une fois encore pris d’assaut et, bien que le vol ne décolle que dans trois heures, la file d’attente Flying Blue est plus que conséquente. Une heure supplémentaire sera nécessaire pour obtenir enfin les précieux sésames : nos cartes d’embarquement pour Paris.
Nous passons la douane. Les bagages sont enregistrés, aucun retard n’est annoncé. Alors que les panneaux d’affichage indiquent que tous les vols pour la France sont annulés, le nôtre est maintenu. Nous devrions pouvoir commencer à respirer. Mais l’angoisse ne me quitte pas vraiment.
Dirigeant d’entreprises, j’ai voyagé dans le monde entier pendant quarante ans. L’incertitude de partir, la crainte de rater une correspondance sont stressantes, le retard et le manque d’informations sont insupportables. Avec les compagnies aériennes, de ce côté, j’ai été servi ! Espérons que cette fois fera exception.
Mais c’est mal parti. Notre avion n’est toujours pas devant la porte.
Même avec une heure de retard, son apparition suscite plus de soulagement que de colère. A bord, l’ambiance est vraiment particulière. Chacun réalise sûrement la chance incroyable qu’il a de rejoindre son pays quand les nouvelles se font de plus en plus alarmantes.
A l’arrivée à Paris pourtant, aucun contrôle ou autres mesures. Si Roissy n’était pas presque vide, on pourrait penser qu’il s’agit d’un jour ordinaire.
Notre vol suivant est prévu à 21h15. L’avion-balai qui ramasse les voyageurs de retour de l’étranger pour rentrer en Provence. Je l’ai pris un nombre incalculable de fois. Nous nous rendons au salon Air France du Terminal 2 pour nous restaurer un peu. Au buffet, c’est une jeune fille qui fait le service. « Mesures Covid » nous dit-elle. Une première ! Qui nous laisse sceptiques. C’est bien beau de mettre en place des mesures pour la restauration mais est-ce bien utile quand on laisse entrer tout le monde, d’où qu’il vienne, sur notre sol ? L’hôtesse nous informe que le Président de la République va faire une allocution à 20 heures. Je me sers un verre de Bordeaux et m’installe confortablement pour l’écouter.
Contrastant de façon saisissante avec ce que nous venons de constater, Emmanuel Macron annonce que nous sommes en guerre. Dès demain et pour quinze jours, les déplacements, les réunions familiales, tout est interdit. La France est confinée. Une autorisation de sortie dérogatoire sera désormais nécessaire pour aller travailler ou même promener son chien. Tous les vols en Europe sont suspendus. Nous sommes rentrés in extremis ! Le chef de l’État précise que les ressortissants français pourront cependant rentrer chez eux. Ça, c’est la théorie. En pratique, il faut payer, très cher, tous n’en ont pas les moyens.
Il est plus de minuit quand nous retrouvons notre chez-nous. J’envoie un mail à Serge pour le remercier. Je l’appellerai demain. Après une nuit de sommeil que j’espère réparatrice.
La nuit a été bonne. Le soulagement d’être rentrés en France y a grandement contribué.
Sur les chaînes d’infos, les conséquences du discours d’Emmanuel Macron sont partout. Les petites entreprises ne paient plus ni eau et électricité ni loyers. Les frontières de Schengen sont fermées, toutes les liaisons avec des pays non européens sont suspendues. Le confinement décrété prend effet à midi. Chacun doit rester chez soi, à l’exception de ceux dont le travail est indispensable et qui peuvent l’exécuter en respectant des règles de sécurité.
Le nombre de personnes hospitalisées en réanimation est de plus en plus conséquent. 175 décès sont dus chaque jour au Covid-19, joli nom donné à cette cochonnerie.
Télé, radio, internet, on ne parle que du Covid. Partout, tout le temps. A priori, il touche surtout les plus de 70 ans, les obèses, les diabétiques, les fumeurs ou les personnes souffrant de pathologies cardiaques. Je ne suis rien de tout ça, avec un peu de chance, je serai épargné. Seulement voilà, je ne suis pas un mec chanceux. Si j’ai réussi dans mon boulot, c’est uniquement grâce au travail, la chance n’y est pour rien. Au golf, quand j’envoie ma balle dans les arbres, elle est perdue à 50%, retrouvée injouable à 40%, revenue correcte à jouer à 10%. En principe, c’est une chance sur deux... A la caisse du supermarché, c’est toujours quand vient mon tour de payer que le rouleau de papier de la machine à carte bancaire est épuisé. Rien de grave. Jusqu’ici.
Dire que le 21 janvier dernier, Mme Buzyn, ministre de la Santé, assurait que le risque d’introduction du coronavirus en France était très faible, ajoutant, le 24 janvier, que le risque de propagation du virus de Wuhan était modéré, que notre système de santé était bien préparé. Aujourd’hui, les hôpitaux sont saturés, les gens confinés et ceux, de plus en plus nombreux, qui veulent porter des masques n’en trouvent pas. Les stocks sont insuffisants alors que fin janvier, notre ministre de la santé affirmait que nous en avions plusieurs dizaines de millions et que si, un jour il fallait en porter, les autorités sanitaires les distribueraient à ceux qui en auraient besoin. Force est de constater que tout se passe exactement comme ils l’avaient annoncé...
Je ne devrais peut-être pas mais un nouveau Lidl a ouvert pas loin, j’adore y acheter toutes sortes d’outils de bricolage et de jardinage. Ils sont généralement de bonne qualité et à des prix imbattables. Il est encore permis de faire des courses, je m’y rends donc, portant gants et masque. J’y déniche un scarificateur, sorte d’engin à passer sur le gazon pour aérer la terre et enlever les herbes mortes. Vue la quantité ramassée en une heure, c’est un bon investissement.
Aux infos, on sent bien que l’atmosphère est de plus en plus pesante. Selon Castaner, ministre de l’Intérieur, les policiers ne sont pas à risque de contamination, ils n’ont donc pas besoin de porter des masques. Seulement, les concernés ne sont pas tous d’accord. Dix mille d’entre eux se sont mis en arrêt de travail.
Aujourd’hui, moi, j’avais prévu de travailler, de relancer les clients. Mais je me suis trainé, senti bizarre, je n’arrivais à mener aucune tâche à bien. En me couchant, je vérifie ma température : 38,5°. J’ai des courbatures et des maux de tête. J’ai dû prendre froid, peut-être en m’occupant du jardin ? Ça ira sûrement mieux demain. J’avale tout de même un Doliprane.
Je suis toujours fiévreux, j’ai mal à la tête, les courbatures me font encore souffrir. Je me sens si épuisé que je reste au lit toute la journée. J’ai perdu l’appétit. Marie-Laure me force à avaler un déjeuner mais je n’ai vraiment pas faim.
J’écoute les informations et mon moral tombe au fond de mes chaussettes.
Je ne me sens pas mieux ce matin. Il me semble au contraire que ma température a augmenté. Le thermomètre le confirme : 39°. Marie-Laure – Babou, comme je l’appelle – commence à s’inquiéter et part appeler le médecin du village.
Pendant ce temps, Emmanuel Macron se félicite des actions gouvernementales et continue à s’enferrer dans ses mensonges et ceux de ses ministres. Ils sont tous plus mauvais communicants les uns que les autres !
Babou téléphone donc au docteur R. Sa réponse est sans ambiguïté et sans appel : il ne reçoit plus personne à son cabinet. Il faut rester couché, prendre du Doliprane. « Surtout restez chez vous, ne sortez pas, ça finira par passer. »
La fièvre mise à part, je ne ressens rien de particulier. Mais je suis très fatigué. Je reste donc au lit avec pour seule occupation le spectacle des politiques, des médecins, des journalistes, de tous ces guignols qui s’agitent dans la petite lucarne. Chacun dispense sa science sur un ton docte, persuadé de détenir la vérité. Le pompon est décroché par le jeune réanimateur qui passe ses journées sur LCI. Il ferait mieux d’aller exercer son métier, d’aider. Les toubibs, comme les lits et les appareils respiratoires, manquent. Tout manque. Sauf les avis éclairés.
