Voyage en érotomanie - Carol G. - E-Book

Voyage en érotomanie E-Book

Carol G.

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Beschreibung

Carol G. à travers une histoire fictionnelle mais inspirée de son expérience explore les rivages d'un trouble méconnu : l'érotomanie. L'Amour peut ouvrir toutes les portes, celles du paradis comme celles de l'enfer. Quand Ruksana, une femme à qui tout réussit et que rien n'arrête quitte son île paradisiaque pour le sud de la France, elle rencontre Pedro, l'homme de toutes les situations et de toutes les circonstances. Il va l'aider à surmonter les difficultés de la vie et les secrets de famille. Tous les ingrédients sont réunis pour construire une belle histoire d'amour. Mais un poison mortel s'invite dans la recette et vient tout détruire transformant le rêve en cauchemar... Et si le prince charmant était en réalité le gardien de l'enfer ?

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Seitenzahl: 168

Veröffentlichungsjahr: 2020

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À ma fleur, à mes enfants

TABLE DES MATIÈRES

Avant-propos

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Chapitre 18

Chapitre 19

Chapitre 20

Chapitre 21

Chapitre 22

Chapitre 23

Chapitre 24

Chapitre 25

Chapitre 26

Chapitre 27

Chapitre 28

Chapitre 29

Chapitre 30

Chapitre 31

Chapitre 32

Chapitre 33

À propos de l’auteure

Remerciements

« L’amour est patient, il est plein de bonté ; l’amour n’est pas envieux ; l’amour ne se vante pas, il ne s’enfle pas d’orgueil, il ne fait rien de malhonnête, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il ne soupçonne pas le mal, il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité ; il pardonne tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout. »

(1 Corinthiens13 : 4-7)

AVANT-PROPOS

À mes lecteurs,

J’ai passé la première nuit de l’année 2020 à rechercher tout ce que je pouvais trouver sur l’écriture d’un livre !

Mais pas n’importe quel livre, un roman témoignage et il y aurait deux raisons à l’écrire : le talent et/ou le message à partager.

Avec « Voyage en érotomanie », j’ai souhaité témoigner et parler de l’Amour, sous toutes les formes.

L’amour inconditionnel, l’amour divin, l’amour Éros, l’amour malade, l’amour fou, l’amour assassin.

On dit que l’amour est une véritable force de guérison et que le cœur est le foyer de l’âme.

Selon vous, y aurait-il des personnes plus ou moins aptes à aimer que d’autres ?

Comme vous pourrez le constater dans ce roman, il m’aura fallu du temps pour acquérir cette certitude : « mal aimer » n’existe pas, soit nous aimons, soit nous n’aimons pas.

Le plus important est de se rendre compte qu’aimer mal ou être mal aimé veut seulement dire blesser ou être blessé.

Notre société définit la personne en fonction de son appartenance au couple.

Diriez-vous comme moi que l’amour ne se matérialise pas nécessairement dans une relation amoureuse ?

Car dans le couple, quelle garantie du bonheur ?

Quelles sont les preuves d’amour que l’autre attend et que je suis prête à lui donner ?

Y a-t-il un bénéfice caché ou l’attente d’un retour, comme donner pour recevoir ?

Puis-je librement exprimer mes besoins et s’ils sont satisfaits : est-ce toujours de l’amour ?

Quelles que soient les réponses, l’humain peut se priver d’amour Éros et vivre un célibat heureux, mais difficile de se passer de relations affectives, et de l’amour de ses proches.

Si l’amour est à l’origine du monde, le monde a encore besoin d’amour et l’Amour ne tue pas. C’est homme qui tue l’Amour.

L’amour est incapable de confondre l’empathie, le respect et la tendresse avec l’agression, le mépris ou l’humiliation.

En conclusion, si l’amour vous fait mal, vous devez savoir que votre bonheur est ailleurs.

Heureusement, j’ai appris que le chemin de guérison d’un cœur est toujours envisageable.

Et si je vous demandais d’attacher vos ceintures pour un voyage en érotomanie ?

Qui sait ?

Vous pourriez peut-être en revenir différent ?

1

Mars 2012.

« Je t’aime dans le temps. Je t’aimerai jusqu’au bout du

temps. Et quand le temps sera écoulé, alors, je t’aurai

aimée. Et rien de cet amour, comme rien de ce qui a

été, ne pourra jamais être effacé. »

— JEAN D’ORMESSON

« Tu verras, au départ tu te perdras en l’autre, à t’en couper le souffle, mais rien ne dure éternellement, et encore moins l’amour. Alors comme tout le monde, tu troqueras l’amour-passion pour l’amour compassion », m’avait-on dit.

J’ai donc cru que le temps et l’absence atténueraient l’amour.

Je me suis trompée.

Ni la fuite ni aucun adieu ne suffisent à étouffer le frisson.

J’aime toujours Adam et grâce à ce Boeing 777, je m’apprête à le retrouver après des mois d’absence.

Entre nous subsiste une incroyable alchimie.

Peu importe nos actes, peu importe nos paroles. C’est ça, la magie de l’amour.

Nous nous aimons et nous nous aimerons jusqu’à notre mort sans que je ne sache ni pourquoi ni comment.

Délicatement, je range ma vieille valise rose dans le compartiment au-dessus de ma place numéro 7K, mon chiffre préféré.

Quel beau présage !

Je me retrouve dans le même état que vingt ans auparavant, quand, avec trente francs en poche j’accostais sur l’île pour y vivre définitivement.

La Réunion, majestueuse…

Ce petit bout de terre en plein archipel des Mascareignes, posé comme un jaspe vert sur un écrin de velours bleu.

Mes promenades main dans la main dans le jardin d’Eden… À l’Ermitage… Le parfum des fleurs de l’ylang-ylang mêlé à celui du jasmin.

Les épices du marché forain de Saint-Paul… La bonne vanille de Bourbon et le massalé de mon passé… Les belles orchidées blanches qu’Adam m’offrait tous les samedis embaument toujours mon cœur.

Sa bonne humeur et sa chaleur m’ont manqué comme ses hauts massifs volcaniques, Piton des Neiges et Piton de la Fournaise.

Je vais retrouver tous mes lieux préférés.

Ma voisine déteste l’avion, surtout les vols long-courriers. Mais pour rendre visite à ses enfants, elle n’a pas vraiment le choix ! Moi, c’est l’inverse, j’adore voyager dans les airs.

J’ai transmis à mes enfants le goût du voyage, Sarah envisage même de devenir hôtesse de l’air.

J’ai fait ce trajet plus d’une centaine de fois en vingt ans et je ne m’en lasse pas.

Je multiplie les astuces pour rendre mon vol le plus agréable possible : choix de la place dès l’achat du billet, réservation côté hublot pour dormir contre la cloison… Peut-être aurais-je la chance d’être invitée à assister à l’atterrissage dans le cockpit ?

Comme la plupart des personnes âgées, ma voisine parle beaucoup et son débit rapide ne parvient pas à masquer son angoisse :

« J’ai besoin de me lever souvent pour me dégourdir les jambes, me dit-elle, je préfère le couloir. Je ne vais pas vous mentir, je redoute le décollage. Pas vous ? »

« Si vous le souhaitez, je peux vous proposer quelque chose. »

Je n’attends pas sa réponse.

« Je vais vous raconter une histoire. La dernière fois que j’ai pris l’avion, assis à votre place, à côté de moi voyageait un garde du corps du président de la République. Il profitait de ses congés pour visiter sa famille sur l’île, et comme vous, il souffrait d’une phobie de l’avion. Il ne voulait pas me restituer ma place côté hublot, je lui ai proposé de faire l’essai d’une respiration à quatre temps et les yeux fermés : 10, 9, 8, 7… »

Elle se calme et s’endort.

Je pourrais profiter des divertissements proposés par la compagnie, mais trop épuisée par ces derniers mois, abattue, j’écoute ma playlist sur mon smartphone, dans la pénombre de l’avion.

Quelques sièges plus loin, les pleurs d’un nourrisson tranchent avec la musique douce.

Je me suis toujours questionnée sur le miracle de la vie. Le placenta par exemple. Comment peut-il assumer ses fonctions aussi parfaitement sans être l’œuvre d’un créateur ?

Je fais partie de celles qui pensent que la vie est un don, une bénédiction, un cadeau de Dieu, qui ne cessera jamais d’étonner.

Toute vie humaine est sacrée, alors qui sommes-nous donc pour vouloir abîmer ou détruire ce cadeau divin ?

Je ressens l’urgence de mettre un terme au marasme, et retrouver l’enthousiasme de la vie. Un appel de nouveauté, le besoin de liberté et cette envie de retrouver Adam sont plus forts que tout.

Les heures défilent rapidement.

Au petit matin alors que l’avion est calme, je soulève le cache-hublot.

Je survole comme les oiseaux exotiques, la merveilleuse plage de Grande Anse, sa belle nature exubérante et colorée.

Tout comme moi, ils ont trouvé refuge, portés par les vents.

Le sud sauvage abrite aussi ce marin blanc, le paille-en-queue, le plus emblématique des oiseaux de l’île. Il prend son vol harmonieux au-dessus du littoral, dominant les cieux pour longer les plages du Sud.

Puis nous survolons la capitale.

Quel bonheur de retrouver Saint-Denis !

Ma voisine se réveille alors, fort étonnée d’avoir dormi dix heures d’affilée. Nous nous souhaitons un bon séjour avant de quitter notre place.

La chaleur et l’humidité des passerelles de débarquement m’assaillent.

J’emprunte l’escalier qui m’emmène directement au poste de contrôle douanier et aux tapis de bagages.

L’été austral et sa puissante chaleur m’enveloppent dès la sortie de l’aéroport. Un taxi me conduit vers les bureaux d’Adam ; comme toujours je sens mon cœur battre dans ma tête, impatiente de le retrouver.

La réunion d’Adam n’en finit pas.

Cela me laisse le temps de faire le point et réfléchir à nos retrouvailles.

Je crois que l’alchimie des deux êtres est la magie de l’amour.

C’est d’un sentiment d’amour inconditionnel que nous nous aimons, celui qui ne dépend jamais des actes.

De tels sentiments ne s’expliquent pas.

Ils sont instinctifs et profondément ancrés dans le domaine de l’inconscient.

Il y existe toujours de bonnes raisons de tomber amoureux : une attraction physique, l’intelligence, un statut, une bonne situation sociale…

Si Adam possède tout cela, je ne m’y suis pas arrêtée longtemps.

J’appréciais également ses défauts, même les pires ! Il est obstiné, intransigeant, obtus, exigeant.

Rassurez-vous : pas tout en même temps !

J’aime ses imperfections et les mauvais traits de son caractère qui tranchent avec ses élans de douceurs. Ses contrastes me subjuguent autant que cette île.

Mais si je les aime tant, pourquoi les avoir quittés ?

Pour la bonne cause, les études des enfants. Je suis rentrée en France.

J’ai laissé l’homme de ma vie, Adam, homme d’affaires affairé continuellement en mode business.

C’est inscrit dans son ADN.

Sa quête de réussite et sa détermination lui ont permis de devenir millionnaire à trente ans.

Bien qu’il possède à présent de quoi faire vivre quatre générations, il continue sur le même modèle.

S’est-il seulement rendu compte de mon départ ?

Comment un amour aussi magique et pur peut survivre à un tel éloignement ? Justement, cet amour transcende les frontières, nos sentiments. Rien ne peut le détruire, le remettre en question, ni l’altérer.

Ni les autres, ni les kilomètres, ni même nos propres doutes.

Comment vais-je lui expliquer ce qui m’arrive alors que je ne le comprends pas moi-même ?

Je suis tombée dans un piège peut-être à cause de mon empathie ou de ma vulnérabilité.

Une partie inconsciente connaissait la vérité, l’autre préférait l’ignorer.

Adam me fera la morale, c’est certain, accusant mon regard d’enfant, ma « naïveté » qui pour moi, ressemble plus à une déformation professionnelle : voir le meilleur chez chacun.

C’est sûr, avec son pragmatisme à toute épreuve, lui n’aurait jamais cru un tel scénario.

Je sais d’avance qu’il ne sera pas surpris. Avec lui, tout est toujours sous contrôle.

Cette réunion interminable me pousse encore plus loin dans mes souvenirs : notre première rencontre, pas la plus romantique, mais la plus cocasse.

Adam m’avait donné le surnom de « Matta » (fofolle en italien) à notre premier rendez-vous. Je me souviens.

La veille, je quittais le travail et le centre-ville de Saint-Denis bien plus tard que d’habitude.

Pour rentrer dans l’ouest de l’île, à Saint-Gilles où j’habitais, je passais par l’unique route qui rattache le Nord au Sud, la dangereuse route du littoral, « la route en corniche ».

Plus de cinquante mille véhicules l’empruntent chaque année, au pied de falaises hautes de deux cents mètres. Chutes de pierres et éboulis de grande ampleur ont déjà produit des dégâts matériels et des drames humains.

De l’autre côté, l’océan balançait des embruns sur la route pour rendre la chaussée glissante et la conduite difficile.

Je longeais la mer dans ma Mini Cooper, par une nuit obscure, inquiète.

Une voiture s’approcha très vite et frôla mon rétroviseur. Surprise, je fis un écart.

Quelques centaines de mètres plus loin sur la droite, la berline noire m’attendait.

Je n’osais descendre. Son conducteur vint à ma rencontre.

« Vous n’avez rien ?

— Non, tout va bien et vous ? lui répondis-je.

— Nous avons eu de la chance. Nous nous sommes tout juste frôlés. Notez mon numéro de téléphone, demain à la lumière du jour nous ferons le point. Je suis pressé et on ne voit presque rien. Appelez-moi, j’enregistrerai votre numéro. »

Une fois seule dans ma voiture, je composais le numéro.

« Allô, Adam à l’appareil. Enchanté.

— Moi, c’est Ruksana, vous savez la fille que vous avez failli jeter de la corniche !

— C’est très joli Ruksana, ça vient d’où ?

— C’est un prénom perse.

— Ah ! intéressant. Vous êtes perse alors. Je suis italien.

— Non. Je suis française originaire de Marseille. C’est mon père qui a choisi ce prénom. Avec son nom c’est tout ce qu’il m’a laissé d’ailleurs. »

Et nous avons continué cette conversation, encore quelques minutes. Pourquoi parler de moi, de ma vie à cet inconnu, ce soirlà sur cette route ? Peut-être parce que j’avais frôlé la mort ? Peut-être parce que je pressentais l’importance de notre rencontre et l’être bon qu’il était ?

Toujours est-il qu’il me draguait un peu, il avait commandé une femme spirituelle à l’univers. J’étais peut-être celle-là.

À ce moment, je ne savais pas encore où tout cela allait nous mener.

« Retrouvons-nous demain à 13 heures pour faire le point sur nos voitures respectives.

— Faisons comme cela, j’emmènerai les papiers de…

— Des papiers ? Vous voulez déjà officialiser notre union ? Ruksana ? N’allez-vous pas un peu vite en besogne ?

— Arrêtez. Je ne suis pas celle que vous attendez.

— L’avenir nous le dira. Mais votre voix est la plus jolie qu’il m’ait été donné d’entendre. J’ai toujours eu confiance en mon ressenti. Bonne soirée, Ruksana, et à demain. »

Je raccrochais plus perturbée que je ne l’aurais voulu.

Quinze heures plus tard, crayon noir autour des yeux et lèvres écarlates, je l’attendais à l’adresse indiquée dans son SMS.

Une franchise de restauration rapide, drôle d’endroit pour une rencontre. Je l’appelais :

« Bonjour. Je suis là, mais je ne vous vois pas.

— Entrez. Avancez tout au fond du restaurant. Vous allez me trouver, je finis de déjeuner. »

À l’instant où je posais les yeux sur lui, je fus saisie par sa beauté. Ses cheveux noirs de jais, sa peau mate et ses yeux verts le faisaient ressembler à un héros de romance. Un charme fou, un charisme que je n’avais encore jamais croisé sauf sur les plateaux de télé ou sur grand écran.

À cet instant même, je succombais.

Mon cœur s’emballait comme s’il était le premier à savoir qui je rencontrais, comme pour m’avertir.

Suivirent les bouffées de chaleur, les joues écarlates et les papillons dans le ventre.

Le coup de foudre.

Et cette étrange impression de déjà-vu, de déjà connu.

Résultat, j’étais tellement impressionnée que je me refermais comme une huître.

« Désolé, Ruksana, mais j’ai pris un peu de retard ce matin dans mon travail. Vous allez bien ? Je suis heureux que vous soyez venue. »

Il attendit quelques instants qu’il passa à me dévisager et à m’observer, des pieds à la tête.

« Sans vouloir vous vexer… Cette robe et ce rouge à lèvres… Si vous étiez ma femme, je vous enlèverais tout cela vite fait bien fait avec une idée derrière la tête, je vous l’avoue. »

Il rit. Mal à l’aise, je tentais de cacher mon émotion et comme toujours dans ces cas-là je devenais maladroite :

« Moi, en revanche, si j’étais votre femme je vous empêcherais de manger cette merde. »

Adam reposa son hamburger.

« Bravo. Vous me parlez sans ménagement. J’aime ça. Mais rassurez-vous, j’en mange depuis 20 ans et je ne suis pas encore mort. »

Il sourit à pleines dents blanches et bien alignées. Ce qui ne m’empêcha pas d’être encore plus désagréable malgré moi.

« Pourquoi ne pas m’avoir invitée à boire le café ailleurs, dans un endroit plus sympa ? »

Adam ne prit même pas la peine de me répondre.

« Assoyez-vous. Je vais aller vous chercher quelque chose à boire. Vous avez faim ?

— Une bouteille d’eau fera l’affaire. »

Il se leva et se dirigea directement derrière le comptoir, prit une bouteille sans la payer. Je le notais mentalement sans apporter de signification à cette incongruité.

En observant sa démarche, j’étais troublée. Cette impression de déjà-vu revint en force.

J’étais tellement troublée que je n’avais pas le choix. Il fallait que je parte. Si je restais une minute de plus, mon corps allait me lâcher.

Je courus trouver refuge chez mon esthéticienne, cent mètres plus loin, rue Pasteur.

Françoise, belle brune aux cheveux bouclés, était justement en pause.

À Saint-Denis, on la surnommait « ladilafé ».

C’était une expression créole qui ne pouvait pas mieux la caractériser : elle savait tout sur tout le monde « Il a dit, il a fait ». Tout, les rumeurs, les ragots, elle était au courant de tout et aimait tout raconter, colporter.

Ce qu’elle ne tarda pas à faire lorsqu’elle sut que je sortais du restaurant :

« Non ! je n’y crois pas ! Mais tu n’aurais pas rencontré le président de ce groupe de restauration, Monsieur Scalla ? Il roule en grosse berline noire, toujours élégant et mystérieux.

— J’en ai bien peur ! J’ai envie de me cacher et rentrer sous la

terre. »

Françoise poussa un cri strident !

« Wouah ! ma fille ! ôté ! veinarde ! Mon employée et moi on s’en est enfilé des hamburgers pour pouvoir avoir la chance de le croiser.

— Et moi je lui ai dit qu’il bouffait de la merde. Voilà ! fallait que ça tombe sur moi. »

Mon téléphone sonnait encore et encore pendant notre conversation.

« Dis donc ma cocotte, tu ne veux pas répondre ? »

Je décrochais, toujours aussi bouleversée.

« Allô ! allô ! Ruksana. Mais qu’est-ce qui vous prend ? Pourquoi êtes-vous partie si vite ? Allô ! allô ! Vous êtes vraiment une Matta, tiens ! »

C’est ainsi que depuis ce jour, je devins sa Matta.

Deux mois plus tard, un 12 avril, Adam arriva chez moi avec des orchidées blanches comme je les aimais.

« En roulant sur la route des plaines, je me suis arrêté voir un ami que je n’avais pas vu depuis longtemps. En sortant de chez lui, j’ai eu un déclic. Nous allons nous fiancer ma Matta, juste toi et ce couple d’amis. Pourquoi attendre ? Quand bien même nous nous connaissons depuis peu, je sais que c’est toi ».

Déjà, Adam dirigeait notre relation comme un chef d’entreprise, sans concertation en ne tenant compte que de son planning serré.

Je cachais ma joie.

J’avais envie de hurler de bonheur.

Je le savais ! Je le savais !

Adam et moi allions vivre ensemble et nous fiancer.

Une semaine après, c’était vêtue d’un sari indien bleu pâle que je me rendais à cette petite célébration qu’il avait organisée.

Mon amie Dominique, m’avait offert ce vêtement magnifique pour cette occasion unique et j’avais attaché mes longs cheveux blonds.

Adam voulait m’offrir une bague hors de prix, j’en avais choisi une plus simple, la somme prévue serait plus utile à un dispensaire.

Madagascar en regorgeait !

La nuit de nos fiançailles fut à la fois la plus belle et la plus terrible. Je me réveillais fiancée, mais pas sereine.

Un pressentiment…

Paradoxalement je voulais croire à notre nouveau bonheur.

Je mettais cela dans un coin de ma tête, décidée à profiter de notre vie commune.

Nous emménagions à la villa Sofia, une maison sublime, offrant tout le confort rêvé, surplombant la côte ouest, piscine à débordement sur l’océan.

Et la vie s’écoulait comme au paradis.

Durant nos longues nuits, nous laissions toujours le flusso d’aria soulever les rideaux dorés, les soirs où seule la lune éclairait notre chambre.

Les heures que je passais à lui masser les pieds, nos conversations sans fin, sa fougue et sa tendresse, comment ai-je fait pour me priver de ce qu’il y avait de meilleur pour moi, pourquoi ai-je décidé de partir si loin de lui ?

Aujourd’hui, quand il sort de son bureau derrière ses collaborateurs, mon cœur fait des bonds comme lorsque je suis tombée amoureuse.

On croit toujours qu’on peut s’habituer aux choses, à leur intensité, à l’émotion qu’elles provoquent en nous.

Eh bien, non.

Il me serre dans ses bras et je suis à la fois forte et en sécurité. Tout le contraire de ce qui me traverse en ce moment en métropole, à Marseille.

Une semaine ne suffira pas à me rassasier de sa présence.