X. se raconte - Niil Rage - E-Book

X. se raconte E-Book

Niil Rage

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Beschreibung

Ce roman raconte l'histoire de Xiao, une jeune homosexuelle d'origine chinoise. Cette "escort" nous fait part de sa vie, dans ce qu'elle a de plus simple, et de plus intime à la fois, la découverte sociale, psychologique et sexuelle, dans le contexte de la fin des années 90, début 2000, à Toulouse, la ville rose. Une biographie basée sur la tolérance, l'ouverture d'esprit, épicée de quelques passages érotiques délicieusement suggérés, tout en finesse. On plonge volontiers dans la tête de cette jeune femme et de celle qui va partager sa vie, à tel point que ce livre se laisse dévorer sans voir le temps passer. Pour un public averti, on y aborde la sexualité sans tabou, on y consomme de l'alcool et de la drogue.

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Seitenzahl: 258

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Sommaire

PREFACE

Chapitre I : Qui suis-je ?

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre II : Le passé d’Alice

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre III : Et maintenant...

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

EPILOGUE

PREFACE

Bonjour, je m'appelle Xiao. Drôle de prénom ? Peut-être, peut-être pas... Mes parents m'auraient prénommée ainsi à cause de ma petite taille à la naissance ; mais je me suis bien rattrapée depuis ; non pas que je sois bien grande, mais je suis plutôt dans la norme, avec mon mètre soixante-dix, compte tenu de mes origines.

Je suis une jeune fille, hum, enfin, une jeune femme d'une petite trentaine d'années et j'habite la banlieue toulousaine. Dans ma tête, j'ai encore vingt ans, je ne vois pas les années passer, et j'ai du mal à me voir grandir, vieillir. Je suis née au sud de Shanghaï, mais je n'ai aucun souvenir de cette époque-là. Mes parents m'ont envoyée en France, chez un oncle, peu après ma naissance, compte tenu du « Wan Xi Shao », la politique démographique de ce temps-là. Je n'en sais pas plus que ça, mes contacts avec eux restent vagues, et je ne sais pas vraiment comment j'ai pu arriver en France, ni si j'ai des frères ou des sœurs, justifiant cet acte « d'abandon ».

Toujours est-il que ma vie ici a été convenable, j'ai été aimée, ou tout du moins bien éduquée, me semble-t-il. J'ai eu accès à la culture française, à sa belle littérature et bien d'autres choses que je découvrai bien plus tard et qui ont fait de moi ce que je suis aujourd'hui.

Je tiens d'ores et déjà à vous avertir que ce que vous lirez dans cet ouvrage peut vous paraître choquant, pourtant les pratiques auxquelles je fais allusions sont bien plus répandues que certains pourraient le croire. La bienséance environnante, ou l'hypocrisie générale emmène la population à ne pas voir ce qui existe depuis bien longtemps. Partout j'entends dire que c'est la génération actuelle qui est débauchée, mais en réalité, il s'agit juste de la médiatisation de tout ce que l'on cachait jusqu'à lors. N'y voyez nullement de ma part la volonté de corrompre les jeunes générations, ni de régler des comptes avec certaines personnes et particulièrement les hommes, car, ah oui, j'oubliais de vous préciser qu'aussi loin que je me souvienne, je n'ai jamais été attirée par eux, j'ai toujours aimé les femmes.

Pas les « garçons manqués », pas les clichés de la « lesbienne-chauffeur de poids-lourds », non, juste la femme dans toute sa féminité. Oui on peut être une femme à part entière sans aimer les hommes, si vous en doutiez...

Cette dernière part de ma personnalité m'a bien entendu coûté de gros désagréments vis-à-vis de ma famille ; Chinois, traditionalistes au possible ; ces oncles et tantes comptaient bien me marier à un de leurs compatriotes et faire perdurer les valeurs d'un système et d'une famille à l'honneur irréprochable. Bien évidemment, sous mes airs innocents, mon fort caractère les a poussés à couper les ponts avec moi. Enfin, presque tous les ponts, puisque certains de mes cousins, beaucoup plus ouverts sur la question des libertés sexuelles me comprennent tout à fait, ce qui m'a permis de garder toujours contact avec cette petite part de mes origines.

Je n'oublie pas, je n'oublie rien, je sais qui je suis, je sais d'où je viens, je sais ce que je veux, parfois, mais je sais surtout ce que je ne veux pas. Pourtant les gens croient pouvoir changer les autres, par la force, par le pouvoir, les menaces ou la ruse, mais rien n'y fait, je suis ma propre voie, malgré les déceptions que cela a engendré, chez moi, et surtout dans mon entourage.

Je ne m'arrêterai que rapidement sur mon enfance, qui a été banale : école publique, résultats plutôt bons, sans pour autant briller outre-mesure. J'ai connu l'incompréhension des autres enfants, à cause de ma différence, sans plus de méchanceté que n'en ait subi un autre finalement. J'ai eu quelques amis, certains sont toujours là, d'autres ont été perdus de vue... bref, une enfance tout à fait normale .

Ma vie a commencé à devenir une petit peu plus particulière, au milieu de mon adolescence, à la découverte de ma sexualité, à la découverte de certains milieux et de certaines personnes qui ont eu un rôle-clé dans mon avenir pas très reluisant pour les uns, euphorisant pour les autres, chacun ira de son avis, voire de son jugement, puisque c'est apparemment dans la nature de l'Homme, mais ce qui est sûr, c'est que je me sens … LIBRE !

I

Qui suis-je ?

1

Pour vous, tout commence ici... mon enfance, une généralité, à quelques petites exceptions, certes, mais, qui n'a pas au moins une particularité, qui le différencie, qui fait de lui cet être unique ? Sa personnalité, son passé, sa famille, son éducation, son nom, sa couleur de peau, ses idées et ses idéaux...

Je n'ai jamais connu la persécution. Ayant grandi dans une petite ville de la banlieue de Toulouse. Une banlieue ni défavorisée, ni bourgeoise, un endroit où l'on trouve un peu de tout si l'on peut dire. Cette demi-mesure, cette modération avec laquelle je qualifie cette ville aurait très bien pu décrire ma vie, ça a été le cas pendant un certain temps, du moins, jamais trop haut, jamais trop bas... se fondre dans la masse, ne pas se faire remarquer, s'intégrer... J'ai été poussée à aller dans ce sens-là. Je me souviens qu'une année, on m'a même inscrite au catéchisme, alors que toute ma famille était... je ne sais même pas en fait, nous n'en avons jamais parlé.

En France je devais faire comme la majorité, ne pas sortir des rangs. J'étais douée pour ça, et je le suis encore, en apparence, évidemment, car vous l'avez compris ma personnalité est un tantinet plus acide que ça.

Si je parle de persécution, c'est parce que parmi les gens que j'ai côtoyé, qui ont eu une vie assez semblable à la mienne, j'entendais beaucoup de gémissements :

« On ne nous accepte pas », « nous sommes victimes des préjugés », « nous ne sommes pas différents »... et j'en passe. De mon point de vue, la majorité de ceux-ci se rejetaient eux-mêmes. Ils n'étaient pas plus mal vus que moi ou que d'autres, mais dans le fond, la complainte ouvre la porte aux mille excuses, l'échec, la peur … « Je suis différente, c'est pour ça que l'on m'apprécie », c'est ce que l'on m'a enseigné, et que je n'ai jamais entendu dans la bouche d'un autre.

L'école donne naissance à tout un tas de méchanceté, l'enfant sort de son cocon et découvre le monde, l'autre, tout ce qui n'appartient pas à son petit foyer. C'est l'inconnu, l'incompréhension, on se protège de tout ça comme l'on peut, avec les mots, avec les poings... C'est la nature, chaque animal doit découvrir la vie et apprivoiser ce qui l'entoure. Bizarrement, j'ai l'impression, d'avoir toujours tout pu comprendre, tout pu accepter, j'ai toujours vécu sur une frontière imaginaire, avec d'un côté mon moi profond, d'un autre le moi que je voulais bien montrer pour faire bonne figure. Faire la part des choses entre ce que l'on pense, ce que l'on aime et ce qui pourrait être pensé, aimé est essentiel à mon avis. Il est très dur de rester objectif quand on est passionné, pourtant s'ouvrir permet de nourrir sa passion tout en envisageant d'autres points de vue.

Petite, j'aimais déjà énormément la lecture, je changeais d'univers, j'apprenais à maîtriser la langue, je me fondais dans les personnages, je vivais les livres. J'étais déjà une « actrice », je creusais les personnages des romans, à travers mon œil d'enfant, dans un premier temps, puis plus profondément avec le temps, et j'essayais de transposer leur personnalité dans le monde qui m'entourait. De temps en temps j'essayais de me glisser dans la peau de l'un d'entre eux, non pas que je jouais à être eux, enfin si, au début, un peu comme tous les enfants le font ; mais je cherchais à ressentir mon monde comme eux le ressentiraient. C'est à travers cela que je suis devenue aussi empathique, probablement. L'essentiel pour moi, n'est pas ce que pensent les gens, mais pourquoi et comment ils en sont arrivés à penser ainsi.

Ma vie a commencé à se révéler à moi à mon arrivée au collège. Petit à petit, toutes mes camarades se mirent à s’intéresser aux garçons, à vouloir leur plaire. Je ne comprenais pas pourquoi cela me laissait indifférente, sans pour autant être rebutée par eux ; je discutais, riais, échangeais avec eux. Je ressentais de la complicité, avec le recul, je compris un peu plus tard qu’ils ne l’entendaient pas de cette oreille et que nous interprétions bien mal, chacun de notre côté les réactions et les attentes de l’autre.

Vers douze ou treize ans, la naissance de sensations nouvelles a commencé à me mettre la puce à l’oreille. Je ne savais pas que cela existait, et, me sentais bien seule. Mon cœur s’emballait, mes mains devenaient moites, et je souriais parfois bêtement lorsque j’étais en présence de mon amie Clothilde. Nos corps avaient commencé à se former, nos hormones nous jouaient des tours. Elle me parlait sans cesse de ce garçon, dont j’ai tout oublié. Je souhaitais seulement qu’elle me parle d’elle, mais, bien qu’elle se confiait à moi, cette période ne fut marquée que par ses goûts en matière de garçons.

Deux années s’écoulèrent ainsi, où je n’avais plus d’yeux que pour elle et je me décidai à lui demander si elle croyait que deux garçons ou deux filles pouvaient tomber amoureux l’un de l’autre. C’est là qu’elle m’apprit que ça existait et que, bien que ce ne soit qu’une minorité, c’était assez répandu. Il a fallu que j’attende mes quatorze ans pour apprendre l’existence de l’homosexualité. C’est donc là que je compris tout, toutes cessensations qui s’éveillaient en moi dès que je regardais les lèvres des filles, leurs formes naissantes, puis croissantes.

Je décidai alors de lui avouer, de manière générale dans un premier temps, cette préférence qui était la mienne, ce qu’elle comprit et m’assura que cela ne la dérangeait pas. Toutefois, notre relation devenait plus distante, il semblait qu’elle avait une sorte de gêne à se trouver seule avec moi dans une pièce. Le temps passait, et je perdais une amie. A la fin de notre année de troisième, nos chemins allaient se séparer et je décidai de lui déclarer mon amour. Sa réaction me surprit, en partie. Qu’elle me dise que ce n’était pas son cas, qu’elle me considérait uniquement comme une amie, et qu’elle n’aimait que les garçons, ça, je m’y attendais. Mais c’est ce denier jour de classe, ce jour du mois de juillet où nous nous retrouvâmes pour nos résultats du brevet. En partant, elle se retourna vers moi, me déclara que nos chemins ne se recroiseraient probablement jamais. Elle s’approcha de moi et m’embrassa tendrement sur les lèvres. Je n’oublierai jamais ce moment, cette émotion, cette révélation qui se fit foudroyante. Je ne compris jamais ce qui la poussa à faire cela, ce mystère sera à jamais scellé. Je voulais recommencer, je savais que ma vie irait dans ce sens, j’en étais désormais convaincue. Cette dernière image restera éternellement gravée en moi, elle s’éloignait sur le trottoir, elle était de dos, ses hanches se dandinaient gauchement dans son jean bleu délavé, son débardeur rose était en partie recouvert par ses longs cheveux châtains et bouclés, puis elle disparut. Mon cœur se serra, ma poitrine prête à exploser, les yeux embués, je mourais d’envie de lui courir après, mais je savais que c’était vain, et préférai profiter de la magie de l’instant. Je ne la reverrai plus, et pourtant, elle resterait à jamais à mes côtés. Triste fin, mais … heureux commencement de cette vie, de ma vie.

Par la suite, au lycée, ne sachant comment je serai considérée ou traitée, je décidai de me consacrer uniquement à mes études et à mon objectif : le baccalauréat. Cela porta ses fruits, puisque je l’obtins avec mention bien. J’étais une littéraire. La lecture me permettait de rêver, de m’évader, d’imaginer ce que je m’interdisais de vivre… Je découvrais des mondes dont je ne soupçonnais même pas l’existence, des mondes de luxure, certes, auxquels on pouvait être enchaîné, soumis, passionné ; dont on semblait ne jamais pouvoir s’extraire, où l’alcool, les drogues et le sexe étaient omniprésents. Mais au-delà de cette apparence, j’y voyais une certaine forme de liberté, où les tabous n’avaient pas lieu d’être, où l’on pouvait être soi-même. Cela m’effrayait horriblement, tomber dans cet engrenage était horrifiant. Pourtant je m’imaginais que c’était le seul lieu où je pourrai vivre pleinement cette différence qui était la mienne. Cela restait de la fiction, en des temps et lieux différents des miens.

C’est ainsi qu’à ma majorité, bac en poche, j’arrêtai mes études et commençai à chercher à combler ce vide qui me rongeait depuis des années. Je n’avais jamais pu partager mon amour avec quiconque, je n’avais plus eu de contact physique depuis l’été où Clothilde sortit de ma vie, je n’avais encore jamais découvert le corps d’une femme autre que le mien, je n’avais jamais eu de relation charnelle, hormis mes plaisirs solitaires, emplie des émotions que je ne pouvais qu’imaginer lors de mes lectures quelque peu scabreuses. J’aimais découvrir mon corps comme si c’était celui d’une autre, et ressentir les caresses comme si j’étais soumise aux mains d’une autre. Après tout, qu’est-ce qui ressemblait plus au corps des jeunes femmes que je convoitais que mon propre corps ? Malgré tous ces petits plaisirs, la frustration me gagnait, je rêvais de découverte, je rêvais de partage et de sentiments. C’est le moment que je choisis pour avouer à mon oncle que je devais découvrir la vie et arrêter mes études.

J’eus droit à une belle leçon de morale sur les dangers de se laisser aller avec les garçons, que je devais me préparer à une carrière professionnelle avant de faire ces bêtises-là. Et je craquai, je lui dis que ce n’était pas pour les garçons, que ma préférence était ailleurs. A ses yeux, j’étais folle, je n’avais plus ma place ici, j’avais trahi sa confiance. Je ne rentrerai pas plus dans les détails car le temps m’a fait oublier ce moment. Le lendemain, je partais, je me réfugiai chez une cousine, promettant de devenir rapidement autonome.

2

C'est donc sans le sou, que je me suis retrouvée dans cette nouvelle vie. Je ne voulais surtout pas être un poids pour cette cousine qui m'accueillait fort aimablement, au risque de troubler sa relation avec notre famille. Je devais donc trouver une solution rapide pour accéder à mon indépendance, concept qui m'était alors presque inconnu. Ma formation étant relativement limitée, mon expérience, nulle, et je n'avais aucune idée de ce que je souhaitais ou pouvais faire. Commença alors pour moi une grande période de remise en question et de réflexion sur mes capacités, mes objectifs et mes désirs. Y avait-il une chose que je savais faire qui pourrait me permettre de vivre ? Cette question me trotta dans la tête jours et nuits, une semaine durant, ou peut-être plus... Je voulais m'en sortir par moi-même sans renier qui j'étais, et surtout ne rien demander à ceux qui m'avaient tourné le dos. Que faire ? Cette question me tourmentait sans cesse... L'idée de me prostituer m'effleura même l'esprit, mais ma non-attirance pour les hommes rendait cette idée rebutante, et de plus, j'étais vierge et ne comptait pas gâcher ce trésor aux mains de « clients ». Je n'étais pas désespérée à ce point et je savais que je pouvais faire mieux que ça, non pas qu'aujourd'hui je dénigre ce métier, car certaines personnes le font tout de même par choix, même si ce n'est probablement qu'une minorité, et que cet engrenage peut croquer une vie entière, voire plusieurs.

Par chance, mon hôte m'annonça un jour qu'une de ses amies cherchait à faire garder son fils, qu'elle avait confiance en moi et que je pourrai essayer, ne serait-ce que provisoirement en attendant de trouver ma voie. C'est donc emplie d'angoisses que j'acceptai, après tout j'avais déjà dû m'occuper de mes cousins les plus jeunes par le passé, ce n'était pas si différent, à la différence près qu'il s'agissait là d'un travail, d'un enfant que je ne connaissais pas, dans un contexte qui n'était pas le mien.

Bref, le lendemain, j'étais chez ces gens, qui vivaient plutôt modestement dans un appartement en périphérie du centre. Leurs horaires ne leur permettaient pas de s'occuper de leur fils en fin d'après-midi et toutes les soirées de vendredi à dimanche. Drôles d'horaires me dis-je, mais je n'étais pas en position pour commencer à tergiverser sur leur vie privée et professionnelle. Le petit garçon âgé de 9 ans était plutôt facile à gérer et assez débrouillard, ce qui me facilitait la tâche et me mit en confiance assez rapidement. Je jouais avec lui, préparais le repas, le baignais, le couchais, lui racontais une ou deux histoires et me plantait dans le canapé à regarder la télévision ou à lire, après avoir fait la vaisselle, jusqu'à 2 heures du matin. Il m'arrivait même régulièrement de m'assoupir les premiers temps, mais je m'adaptais au rythme. La famille entière s'habitua à moi, à ma présence, il arrivait que nous discutions un peu à leur retour, de la soirée avec le petit, tout d'abord, puis de banalités et chemin faisant nous commencions à nous raconter un peu nos vies, qui nous étions. Au bout d'un mois à peine, connaissant ma situation, ils me proposèrent un petit studio dans leur quartier qu'une de leur relation venait d'acquérir et cherchait à louer. Mon salaire étant un peu maigre, et probablement pas déclaré (je ne m'étais pas vraiment posé la question à cette époque), l'offre était royale. Ils s'étaient portés garants que mon loyer serait payé chaque mois, et je pus enfin me sentir chez moi, pas très riche certes, mais j'avais mis un pied dans l'indépendance et la vie d'adulte. C'était un petit studio d'une quinzaine de mètres carrés, au deuxième étage sans ascenseur dans un bâtiment de briques roses comme on en trouve un peu partout. Rien de bien exceptionnel en soi, mais pour moi c'était déjà beaucoup. Betty et Jean, c'est ainsi qu'ils se prénomment, étaient vraiment supers avec moi, ils m'avaient permise de commencer à vivre, à même pas dix-neuf ans, ils m'avaient offert tout ce dont j'avais besoin. Yohann, leur fils, s'attachait à moi, je faisais un peu partie de leur famille, de la routine quotidienne. Ma disponibilité les interpella tout de même, ils se demandèrent pourquoi je ne voyais plus ma famille, quand je trouvais du temps pour ma vie personnelle, mes amours. Je ne pus leur mentir, ils étaient si ouverts et si avenants à mon égard. J'étais gênée, je craignais la fin de ce petit bonheur, mais j'avais refusé d'aller à l'encontre de ma nature alors je leur expliquai que je m'étais brouillée avec ma famille à cause de mon orientation sexuelle, et que je n'avais jamais pris le temps de chercher à combler mon désir des femmes pour l'instant, car ma priorité était de pouvoir survivre dans un premier temps. De tout façon, je ne sortais pas, je n'avais jamais abordé une autre femme, je me demandais bien d'ailleurs comment faire sans me faire envoyer sur les roses. Comment reconnaît-on une lesbienne dans la foule ? Excellente question qui ne m'était encore jamais passée par la tête…

Après ma confession, j'attendais la sentence, presque prête à faire mes bagages à nouveau, pouvant comprendre que laisser quelqu'un comme moi s'occuper d'un enfant pouvait être perturbant. Ils ne réagirent pas, sauf au fait qu'ils ne comprenaient pas que j'ai été « chassée » de chez mon oncle. La réponse me paraissait évidente, mais à priori, pas à eux. Ils étaient décidément beaucoup plus ouverts que je ne le pensais. Je leur demandai donc si ça ne les dérangeait pas que je continue à travailler chez eux en sachant cela. Mais non, ils me répondirent que chacun avait son jardin secret ; qu'eux-mêmes avaient une activité où ils rencontraient des gens de toutes sortes, de tous horizons et de tous bords. Je ne pus m'empêcher de leur demander plus de détails. Cela faisait un an que je travaillais pour eux, et j'ignorais encore tout de leur profession... J'appris donc qu'ils étaient gérants ; gérants d'un club ; d'un club privé. La notion de « club privé » m'évoquait vaguement quelque chose de secret, mais ça n'avait absolument rien de concret pour moi. Leurs mots m'éclairèrent sur le sens :

« C'est un endroit où les gens viennent pour se détendre après leur journée ou leur semaine de travail, ils viennent prendre un verre, rencontrer des gens, discuter. Des gens normaux, même si certains cachent leur personnalité dans leur travail, ils ne veulent pas que leur homosexualité ou bisexualité soit connue pour ne pas être sujets à la ségrégation, d'autres leurs tendances à l'échangisme à l'exhibitionnisme ou au voyeurisme. »

Je sentais l'endroit mal famé, malsain, effrayant, un lieu de décadence. Moi qui quelques minutes plus tôt craignais de les choquer... Ils me rassurèrent en voyant l'expression sur mon visage, en me disant que c'était loin d'être ce que je pouvais m'imaginer, c'était un endroit convivial, avec des gens respectueux entre eux, un établissement respectable. Je restai sceptique. Ils m'invitèrent à m'y rendre à l'occasion afin de juger par moi-même. Je ne m'empressai pas de leur répondre, et la politesse m'obligea à trouver une excuse viable : chaque soir où ils travaillaient, je devais rester chez eux pour garder Yohann. Le temps passa, je continuai mon petit bout de vie comme toujours, notre relation n'avait pas changé, nous nous étions même encore rapprochés, ils m'invitaient quelquefois pour le repas de midi, ils essayaient de me pousser à rencontrer quelqu'un, je devais profiter de ma jeunesse pour faire des expériences, découvrir la vie, ce qui me mettait étrangement mal à l'aise.

Un soir, c'était un vendredi, j'arrivai et ne vis pas Yohann. Il était chez sa grand-mère. M'apprêtant à repartir, Betty posa sa main sur mon bras et me demanda de venir avec eux. Un peu coincée de ne pas avoir de travail ce soir, je fouillai les moindres recoins de mes méninges pour trouver l'excuse, que je ne pouvais pas sortir habillée ainsi. C'était vrai, ma garde-robe n'était vraiment pas très fournie, et je n'avais pas grand-chose de mettable pour sortir. (Mal) heureusement, je m'étais faite devancer, évidemment, depuis le temps que je venais chez eux, ce détail ne leur avait pas échappé, Betty avait préparé une de ses robes pour moi. J'étais coincée... J'essayai donc cette robe, noire, assez courte, avec de fines bretelles. C'était sobre, mais élégant. Par chance, mes chaussures s'accordaient très bien, je portais presque toujours des chaussures à talons noires, je trouvais que ça m'aidait à me sentir « femme », plus grande, plus sûre de moi... Bien que Betty fut légèrement plus « formée » que moi, sa tenue m'allait plutôt bien et je voyais mon corps différemment, je me sentais différente...Nous partîmes donc, dans leur Peugeot en direction de cet endroit, dont, la proximité croissait avec mon appréhension. A notre arrivée, tout était calme, la rue était quasiment déserte, le club se limitait à une lourde porte de métal dans un mur de briques, surmontée d'une plaque « Cosy Club, club privé », et une sonnette fichée dans le mur, à droite de cette porte. Nous entrâmes, jean alluma les lumières, nombreuses, mais c’est une vague lumière tamisée, une ambiance feutrée qui s’offrait à moi.

Des banquettes de cuir autour de petites tables basses, un grand bar en chêne massif comme je n’en avais encore vu que dans les séries américaines, et une petite scène de quelques mètres à peine. Une douce musique jazzy renforçait cette sensation générale, ce club portait bien son nom. Je commençais à comprendre ce qu’ils avaient essayé de m’expliquer, on se sentait immédiatement comme chez soi, détendu ; mais il n’y avait encore personne et je ne savais toujours pas à quoi m’attendre. Un grand homme entra, maigre, le teint presque livide, les cheveux châtain clair. Il portait un costume noir, une chemise blanche et un nœud papillon.

« Bonjour Fred, lança Betty. » Jean fit de même et Fred répondit par un « bonsoir », accompagné d’une poignée de main, puis me dévisagea l’air surpris.

« C’est Xiao, notre baby-sitter.

-Vous avez amené votre fils? Lança Fred, encore plus perdu.

-Non, mais nous voulions qu’elle voit ce qu’était notre vie. Xiao, Fred est notre portier. »

Je lui tendis la main, qu’il saisit vigoureusement, affublé d’un grand sourire, dépareillant avec son aspect austère.

« Notre lady est arrivée ? demanda ce dernier.

-Non, elle ne devrait plus tarder, mais maintenant que son show est rôdé, elle arrive de plus en plus tard. » A peine sa phrase terminée, une sublime brune, d’une demi-tête plus grande que moi surgit de l’arrière salle.

« On parle de moi mes chéris ?

-Tu soignes toujours tes entrées, tu ne peux pas t’en empêcher, soupira Betty.

-Déformation professionnelle. Mais qui est donc cette charmante demoiselle ?

-Xiao, nous lui faisons découvrir notre monde.

-Enchantée ! fît elle avec un léger hochement de tête, que je lui retournai. »

Cette femme d’une trentaine d’années était d’une classe, d’une élégance à couper le souffle. Pourtant vêtue d’un jean et d’un top dévoilant une de ses épaules, perchée sur des talons rouges, son maquillage était parfait, ainsi que son chignon. Sa voix, douce et légèrement hautaine renforçait son charisme et sa sensualité. Je ne savais pas du tout en quoi consistait son spectacle, mais l’assurance qu’elle dégageait laissait présager quelque chose de remarquable.

J’en oubliais que nous étions dans un endroit qui allait se remplir. La seule perspective du show de … je ne connaissais même pas son nom… me motivait à rester là.

Une vingtaine de minutes plus tard, les premiers clients arrivaient, une lumière rouge s’alluma au-dessus de la porte et Fred alla ouvrir. C’était un couple d’une quarantaine d’années qui entra. Un homme en costume de ville marron et une dame, qui semblait être sa femme, en tailleur rose. Ils s’assirent non loin de moi, au bar, saluèrent poliment les patrons. Jean les invita à s’installer sur une des banquettes, me faisant un petit signe de la tête au passage. Confortablement installés, ils commencèrent une discussion que Betty prit le soin de ne pas interrompre en leur apportant un whisky et un Martini. Je réalisai alors que j’étais plantée sur mon tabouret, l’air perdue, n’ayant aucune idée de l’image que je renvoyais, ni de la manière dont je devais me comporter. Cela devait se voir, puisque Jean me servit un verre de je-ne-sais-quoi… C’était doux, il y avait une pointe d’amertume, et je trouvais ça fort, moi qui n’avais jamais bu autre chose de plus alcoolisé qu’un peu de vin blanc à l’occasion. La première gorgée me surprit, la deuxième me rassura, puis, j’appréciai les suivantes. Je commençais à me détendre, discutant avec mes hôtes, tandis que les clients entraient petit à petit. Lorsque mon regard se dirigea machinalement vers la scène, je vis que toutes les banquettes étaient occupées, par des couples pour la plupart, trois ou quatre hommes pour d’autres, lorsque mon regard se figea sur deux femmes échangeant un baiser. Ma gorge se serra, faisant resurgir le souvenir de Clothilde, quelques années plus tôt. Un besoin de tendresse m’envahit. Je constatai que j’étais la seule à les regarder, tout le monde continuai sa conversation ou son approche de séduction, des mains se baladaient sur des cuisses, une femme avait même la main d’un homme différent sur chaque cuisse. Je me retournai vers mon verre et le finit, lorsque la lumière diminua et un spot s’alluma, dirigé vers la scène. La « lady » fit son entrée, sortie de derrière un paravent, en robe victorienne blanche, portant une ombrelle assortie au bout de ses mains gantées de dentelle. Un morceau de piano débuta et la belle fit tournoyer son ombrelle, faisant profiter de son déhanché les spectateurs et spectatrices, leurs visages à quelques centimètres de celui-ci. Après son petit tour de salle, elle remonta sur scène et commença à retirer ses gants, suçotant les bouts des doigts avec une sensualité bouleversante. Un nuage de fumée apparut, et lorsqu’il se dissipa, la robe avait disparu, ne laissant alors place qu’à un corset brodé, flanqué d’un porte-jarretelle et de bas blancs, dont l’extrémité était délicatement posée sur des chaussures vernies blanches à talons d’au moins dix centimètres. S’ensuivit une danse légèrement suggestive, sans aucune vulgarité, d’une quinzaine de minute. Jouant avec son corps et son ombrelle, je remarquai ses formes, le corset offrant une poitrine généreuse à laquelle je n’avais pas fait attention lors de notre rencontre, et des cuisses d’une finesse remarquable. Elle termina seulement couverte d’un string et de ses bas, avant de disparaître comme elle arriva, sous une ovation du public enflammé par sa prestation. La lumière revint et tout le monde reprit son train, commentant probablement ce à quoi ils venaient d’assister.

Une robe rouge apparut dans mon champ de vision, Jean lui servit une coupe de champagne « de la part du Monsieur là-bas », je tournai légèrement la tête et la vit lever son verre en direction d’un couple attablé.

Elle s’assit à côté de moi, c’était elle, dans une robe des années cinquante, gants rouges assortis, un fume-cigarette au bout de ses longs doigts. On aurait cru un personnage tout droit sorti d’un Dick Tracy. Elle demanda à Betty de me resservir, sans m’adresser un mot. Sa présence, sa prestance m’intimidaient, et je sentais une drôle de chaleur m’envahir à nouveau.

Betty posa ma boisson sur un dessous de verre, et la Dame ouvrit la bouche, lâchant une fine brume de fumée.

« C’est la première fois que tu assistes à un effeuillage, je suppose ? » Je balbutiai :

« J’ignorais même l’existence de ce mot, qui est… très subtilement trouvé.

-J’espère que tu n’es pas choquée. » Mon regard fixa ses lèvres d’un rouge éclatant.

« J’étais… subjuguée par ce que j’ai vu. Comment peut-on être aussi sensuelle et si sobre à la fois ?

-C’est tout un art, toute une vie. Se contenta-t-elle de dire. Oh, je pense ne pas m’être présentée, Miss Silky, ... Xiao, si je me souviens bien ?

-Oui c’est ça. Enchantée ! Je levai mon verre. Elle en fit autant.

-Tu es Chinoise, probablement ? »

Je lui résumais alors vaguement mon arrivée en France, elle sut me mettre suffisamment à l’aise pour que je lui raconte également comment je me suis retrouvée ici. Je ne m’étais encore jamais livrée si facilement.

« Tu devrais te sentir comme chez toi ici, si tu as le désir de revenir. » Elle me tendit du bout des doigts une carte :