Chutes de murs - Dang Lanh Hoang - E-Book

Chutes de murs E-Book

Dang Lanh Hoang

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Beschreibung

Le présent livre est un recueil d'expériences personnelles de l'auteur. Avant son arrivée en RDA, il avait vécu au Viêt-Nam à la fois la guerre au Nord et la réunification des parties nord et sud du pays, séparées par les hostilités pendant des décennies. L'Allemagne, qui, après une longue division Est-Ouest, a été réunifiée, est devenue son pays d'adoption. Il n'est pas rare que les souvenirs des années passées au Viêt-Nam lui reviennent. Cela peut se produire sur le chemin du travail, ou simplement en se promenant dans la forêt, en regardant les traces de pieds nus dans la rue ou d'avions dans le ciel. Malgré la grande distance entre sa nouvelle et son ancienne patrie, malgré la longue période qui a séparé sa vie au Viêt-Nam et celle en Allemagne, il semble, curieusement, qu'il y ait presque toujours des liens directs ou indirects entre les différents lieux et époques! Et tout cela lui donne matière à réflexion.

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Seitenzahl: 177

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Table des matières

À propos de l'auteur

À propos de ce livre

À propos du traducteur et illustrateur

Empreintes de pieds nus

L’université dans la forêt

L’université au bord de la Rivière Noire

1972. Une bombe à retardement

La maison d'hôtes de l'Académie des Sciences de la RDA

L’arrivée à Berlin-Est, capitale de la RDA

Big business RDA - RSV

A propos de l'attaché culturel°!

Deux côtés de la médaille

Chefs de groupe dans la maison d'hôtes

Le concierge de la maison d’hôtes

La pièce de 5 Deutsche Mark

Un brave nouveau citoyen

Le test linguistique

La déclaration de loyauté

Le certificat de nationalisation

Des murs et des poches plastiques

Remerciements

À propos de l'auteur

Dang Lanh Hoang est né au Viêt-Nam en 1948.

En 1971, il a obtenu un diplôme de chimie à l'université de Hanoï et a ensuite travaillé comme enseignant universitaire jusqu'en 1975. Entre 1975 et 1988, Hoang était assistant de recherche au Centre national de recherche (NFZ) Viêt-Nam, à Ho Chi Minh Ville (anciennement Saïgon).

Dans le cadre de la coopération bilatérale entre le NFZ Viêt-Nam et l'Académie des Sciences (AdW) de la République Démocratique Allemande (RDA), il a obtenu son doctorat en chimie et a ensuite (1988-1991) travaillé dans un institut de recherche de l'AdW à Berlin.

Par la suite (1992-2014), il a travaillé dans des instituts de recherche à Berlin et à Rostock avant de prendre sa retraite en 2014.

Depuis, Hoang vit à Berlin. Il est l'auteur de nouvelles et a traduit des textes littéraires du vietnamien vers l'allemand et de l'allemand vers le vietnamien, notamment Quand la lumière décline d'Eugen Ruge, Extinction, Des arbres à abattre de Thomas Bernhard, La Leçon d'allemand de Siegfried Lenz et Sie kam aus Mariupol de Natascha Wodin.

À propos de ce livre

Le présent livre, Chutes de murs, est un recueil d'expériences personnelles de l'auteur. Avant son arrivée en RDA, il avait vécu au Viêt-Nam à la fois la guerre au Nord et la réunification des parties nord et sud du pays, séparées par les hostilités pendant des décennies.

Aujourd'hui, l’Allemagne, qui, après une longue division Est-Ouest, a été réunifiée, est devenue son pays d'adoption. Il n'est pas rare que les souvenirs des années passées au Viêt-Nam lui reviennent. Cela peut se produire sur le chemin du travail, ou simplement en se promenant dans la forêt, en regardant les traces de pieds nus dans la rue ou d'avions dans le ciel.

Malgré la grande distance entre sa nouvelle et son ancienne patrie et la longue période qui a séparé sa vie au Viêt-Nam et celle en Allemagne, il semble, curieusement, qu'il y ait presque toujours des liens directs ou indirects entre les différents lieux et époques°! Et tout cela lui donne matière à réflexion.

À propos du traducteur et illustrateur

JP Bouzac est né à Cognac en 1960 et vit à Berlin depuis 1986, à la suite de son service militaire. Il a publié plusieurs livres en français et en allemand, nouvelles et récits largement autobiographiques, tel que Ma guerre froide. En tant qu’artiste graphique, il utilise différentes techniques apprises en autodidacte, dans le cas présent le collage, le dessin et la peinture acrylique.

Empreintes de pieds nus

Cette jeune femme, je la voyais souvent dans les bus des lignes 25 ou 27, qui relient Reutershagen à Saarplatz, à Rostock. Elle était jolie, avait de grands yeux clairs, de longs cheveux bruns avec de petites boucles. Elle semblait modeste, voire un peu timide, avec son léger sourire caché. Dans une ville universitaire comme ici, où l'on peut voir des étudiants à presque tous les coins de rue, elle serait peut-être passée inaperçue, si elle n'avait pas été pieds nus.

Quand je l'ai vue pour la première fois pieds nus dans le bus, j'ai d'abord pensé que la jeune femme s'amusait peut-être à marcher comme ça. Comme on le fait de temps en temps, spontanément, sur un coup de tête. Surtout ici, à Rostock, non loin des plages de la mer Baltique, où cela n’a rien de très original. Une fois, en plein hiver, bien que l’ayant vu de mes propres yeux je ne pouvais pas croire comment un jeune homme pouvait marcher pieds nus dans la neige sur la plage de Warnemünde.

Mais quand je l'ai revue pieds nus par la suite, je n’ai pas pensé pour autant qu'elle était membre des Moniales Déchaussées de Rostock, par contre, j'ai compris que ce n'était pas pour elle une action spontanée.

Coïncidence ou pas, elle descendait à chaque fois du bus à la station Parkstraße, comme moi, prenait la Laurembergstraße puis la Erich-Schlesinger-Straße, empruntait le chemin menant à mon institut, avant de disparaître dans l'un des bâtiments universitaires voisins. Et à chaque fois, je la suivais en gardant mes distances. Les rues étaient goudronnées et les empreintes de ses pas n'étaient pas visibles, bien sûr. Et pourtant, ces traces invisibles me sont apparues aussi clairement que les traces de pieds nus vues sur une digue du Nord-Viêt-Nam pendant l'été 1966.

Depuis deux ans déjà, depuis août 1964, les avions de chasse américains bombardaient le Nord-Viêt-Nam. Jusque-là, la ville de Hanoï avait été plutôt épargnée, mais nous étions tous sous l’emprise de la guerre. De jour comme de nuit, les sirènes installées sur les toits des maisons de toute la ville, se mettaient à hurler à tout moment, avant qu'une voix sévère et menaçante ne se fasse entendre dans les haut-parleurs suspendus à des lampadaires ou à des poteaux électriques à presque chaque carrefour°: « Attention, citoyens°! Attention, citoyens°! Les avions de chasse ennemis sont à cinquante kilomètres de la ville. »

Les sirènes les plus performantes se trouvaient sur le toit de l'Opéra de Hanoï, un bâtiment inauguré en 1911, qui selon Jürgen Osterhammel, était censé démontrer la supériorité de la civilisation française1. On les entendait très clairement, même à grande distance. Chaque fois que des avions de chasse s’approchaient de la ville, tout le monde recevait l'ordre, par le biais des haut-parleurs, de se rendre immédiatement dans les installations défensives installées presque partout dans la ville, le long des rues, aux carrefours, dans des arrière-cours et les parcs.

Des soi-disant systèmes de protection des personnes avaient été installés pour les piétons, qui n'étaient rien d'autre que des cylindres de béton de la taille d'un homme, enterrés à la verticale dans le sol, et qui étaient produits en masse spécialement à cette fin. Et combien de fois ai-je dû sauter dans un tel refuge, seul, ou avec des amis, mon frère, ma sœur ou ma mère, ou avec de parfaits inconnus, et tremblant de tout mon corps en entendant le crépitement des mitrailleuses de tous calibres tirant depuis les toits des immeubles vers le ciel.

Pamm! Pamm! Pamm! Pamm!

Presque cinquante ans plus tard, je me souviens encore très bien du bruit, de l'acuité et de la fureur avec lesquels un canon antiaérien Vierling monté sur le toit d'un grand magasin en face de notre maison tirait ces courtes salves. C'était une peur de tous les instants. Et cette voix alarmante des haut-parleurs, ce bruit menaçant de tirs m'accompagneront toujours.

Parfois, je me demandais si les pilotes des bombardiers américains pouvaient nous voir d'en haut. En souvenir des expériences meurtrières de la guerre contre les Français, qui n'était pas terminée depuis si longtemps, on pensait qu'ils voyaient tout et tiraient sur tout ce qui était clair et en mouvement. On s’habillait donc presque uniquement en noir, croyant naïvement être bien camouflé. Pour les femmes de cette époque, les pantalons, étaient de toute façon de couleur noire, et pour les hommes, bleu foncé, vert kaki ou marron. On essayait de teindre les hauts de couleur claire avec quelque chose de sombre. Les chemises blanches étaient trempées dans une solution d'encre de Chine noire. Qui d'entre nous aurait pu deviner à quel point tout cela était puéril et ridicule face à la technologie électronique moderne de l'US Air Force.

Que ce soit sur le chemin de l'école ou sur les aires de jeu, les enfants devaient porter des chapeaux en paille de riz très larges, si grands et si lourds qu'ils préféraient les porter sur le dos plutôt que de les avoir en équilibre sur sa tête. Après tout, ces couvrechefs avaient plus ou moins réussi à sauver la vie de nombreux enfants vietnamiens de ces bombes incroyablement sournoises, dites bombes à billes ou bombe ananas des Américains. Une bombe de ce type avait en effet l'air inoffensif par sa forme et sa couleur, mais elle contenait des dizaines, voire des centaines de petites boules de métal ou de plastique qui, lorsqu'elles explosaient, pénétraient dans le corps de la victime et soit la tuaient sur le coup, soit la faisaient souffrir toute sa vie.

Aujourd’hui, je suis encore surpris de constater que l'on n’évoque presque pas l'évacuation des villes. Pourquoi°? Ce n'est pas de la nostalgie ou quelque chose comme ça. N'était-ce pas un grand exploit de logistique et d’organisation en pleine guerre°? Ces efforts de l'USAF ont duré neuf ans, de 1964 à 1973. Ont-ils réellement réussi à bombarder le Nord-Viêt-Nam jusqu'à l'âge préhistorique ? Cela reste à discuter. Mais la vie des habitants du Nord-Viêt-Nam en a été complètement bouleversée par. La plupart des écoles, instituts, universités, ministères, usines ont été réduits, réorganisés, évacués des villes et répartis dans tout le pays.

Je ne sais pas si la population rurale était contrainte d’une manière ou d’une autre d’accepter les citadins dans les villages. Mais quand mon lycée a été évacué à Phu Dong, un village près de Hanoï, en 1965, je me souviens très bien que nous, les élèves, avons été simplement répartis et logés dans les maisons des fermiers du village. Les paysans nous ont accueillis comme leurs propres enfants, nous ont aidés autant qu'ils le pouvaient, partageant avec nous littéralement tout ce que la vie rurale primitive du Viêt-Nam de l'époque avait à offrir, gratuitement ou sans réelle contrepartie.

Il en a été de même pour mes parents, mes frères et sœurs et pour des milliers d'autres familles évacuées de Hanoï. Si tout cela avait eu lieu sous une quelconque contrainte, il serait difficile d'imaginer qu'une telle cohésion entre les gens ait pu durer de nombreuses années. Mais n'en a-t-il pas toujours été ainsi°? Dans chaque nation, dans chaque pays, les dangers de la guerre ou des catastrophes naturelles, la proximité de la mort, les difficultés et aussi la peur, soudent toujours les gens.

Le village de Phu Dong, dans lequel notre lycée avait été évacué, est situé directement sur la rivière Duong, affluent du Fleuve Rouge dans son delta. Malheureusement, je ne me souviens pas exactement à quoi ressemblait le village à l'époque. Ce qui me reste en mémoire c'est le très vieux temple construit à l'entrée principale du village pour vénérer le héros populaire et demidieu Thanh Giong.

La légende veut que la mère de Giong soit tombée enceinte après avoir découvert une énorme empreinte de pied dans sa rizière et avoir tenté d'y poser son propre pied. Giong est né, et à l'âge de trois ans, lorsque les envahisseurs chinois du nord ont menacé la patrie vietnamienne, il les a vaincus et repoussés seul, sur son cheval de fer et armé de cannes de bambou. Après son acte héroïque, il s'est envolé dans le ciel avec sa monture et a disparu à jamais.

Juste devant le temple se trouve une digue qui, dit-on, a été construite sous la dynastie Ly. Avec une diligence digne des fourmis, celle-ci a été élargie, allongée et fortifiée par les paysans pendant près de mille ans, année après année, pour protéger des inondations les champs et les villages en contrebas. La digue est large et était utilisée comme route reliant les villages le long de la rivière.

Et c'est très exactement là que j'avais déjà vu ces empreintes de pieds nus°! Innombrables, nouvelles et anciennes, petites et grandes, d'enfants et d'adultes, se chevauchant, à la queue leu leu, ces empreintes recouvraient la digue dans les deux sens jusqu’à l’horizon. Peut-être que seul le vénéré Thanh Giong savait depuis quand, d'où et dans quelle direction tous ces gens marchaient, qu'il fasse un froid mordant ou très chaud, sous le soleil ou sous la pluie.

J'étais un enfant de la ville, ma vie avait été jusqu'alors essentiellement urbaine. On marchait rarement pieds nus, tout le monde possédait, malgré l'absence, sinon de véritables chaussures ou sandales en plastique (celles en cuir avaient disparu depuis longtemps et presque plus personne ne se souvenait de leur existence), au moins des chaussures fabriquées à partir de pneus de voiture usés et considérées comme une invention pendant la guerre contre les Français. Toutes les variétés de chaussures étaient rares.

Dans les rues de Hanoï, outre les petits ateliers mobiles pour la réparation des vélos, il y avait aussi des ateliers pour la réparation des sandales usées et des vieilles chaussures. Je me souviens encore qu'au bout de la route Luong Van Can qui mène au lac Hoan Kiem, dans le centre de Hanoï, il y avait plusieurs ateliers de ce type où l'on pouvait essayer une paire de vieilles chaussures en cuir peut être laissée par un légionnaire français lors de son évacuation en 1954, et les faire ajuster pour beaucoup d'argent.

Mais il faut bien avoir quelque chose aux pieds°! Les sandales en plastique transparent, fabriquées par l'usine de Tien Phong, étaient particulièrement prisées, mais elles n'étaient disponibles qu'avec des coupons d'attribution spéciaux réservés aux cadres de haut rang. Les agriculteurs et leurs enfants à Phu Dong, où même le héros national et demi-dieu Thanh Giong était né pieds nus, n'avaient bien sûr pas de coupons de rationnement. Et c'est seulement ici, à Phu Dong, que j'ai réalisé que près de quatre-vingt-dix pour cent de la population du Viêt-Nam était rurale, et que précisément cette majorité n'avait que très rarement, ou jamais de sa vie, possédé de chaussures, pas même les plus simples.

Dire I have a dream serait exagéré, voire prétentieux. Mais, sur la digue devant le temple Thanh Giong, face à ces empreintes de pieds nus courant vers l'infini, j'ai eu cette simple pensée, qui allait contribuer de manière décisive à ma future carrière°: Il me fallait étudier la chimie, devenir ingénieur, pour produire suffisamment de polymères et beaucoup, énormément de sandales, pour que tous les Vietnamiens puissent acheter ces sandales en plastique transparent si convoitées, et ce sans coupons de rationnement.

Les déchets plastiques étant devenus un problème pour l'environnement, ce rêve d'une production massive de polymères pour la fabrication de sandales en plastique peut sembler absurde. Et pourtant, pendant longtemps, avoir des sandales en plastique a été l'un des souhaits presque irréalisables de la majorité des Vietnamiens. Les rêves varient selon l’époque et le lieu.

Pendant l’hiver 2008, je suis retourné au Viêt-Nam et j'ai de nouveau visité Phu Dong. Beaucoup de choses avaient changé. La rivière Duong avait charrié d’énormes quantités d'eau dans le Fleuve Rouge par-delà du village. Je ne reconnaissais plus rien. La route sur la digue avait été pavée, et maintenant les petites voitures pouvaient y circuler. Le temple de Thanh Giong avait été partiellement restauré et était à nouveau administré par des moines. A ma grande joie, le magnifique banian et un gros bloc de pierre, probablement posé directement sous l'arbre depuis toujours, étaient encore là. Ici, devant la porte du temple, j'avais souvent passé mon temps libre, seul ou avec des amis.

En chemin, je me suis souvent surpris à regarder furtivement les pieds des gens. Comme à Hanoï, plus personne ne marche pieds nus à Phu Dong. Les gens portent des chaussures ou des sandales, mais ni celles faites de vieux pneus de voiture, ni celles en plastique transparent. Je ne crois pas que Bata, Nike, Adidas... aient réussi à s'implanter partout au Viêt-Nam pour offrir des chaussures bon marché à tous les paysans pauvres du nord et du sud. Mais leur succès est indéniable. Après tout, l'Union Européenne a même dû prendre des mesures pour éviter que les chaussures bon marché en provenance du Viêt-Nam n'inondent le marché européen°!

Mais cette évolution a conduit à reformer une armée de cireurs de chaussures - une armée qui symbolisait autrefois la pauvreté et l'humiliation de la nation - et qui n'aurait plus dû exister dans un pays socialiste libéré de la domination étrangère.

Je les ai revues, ces sandales en plastique autrefois si convoitées, lors d'une exposition sur le temps des subventions au Musée d'ethnologie de Hanoï. Obsolètes, jaunies, solitaires, abandonnées, pathétiques et inutiles, elles gisaient dans une vitrine. Audessous d’elles était écrit°: Les sandales en plastique de la marque Tien Phong étaient rationnées. Elles étaient difficiles à trouver pour de simples cadres et travailleurs.

Il était difficile de juger si c'était intentionnel ou non, mais la paire de sandales était posée dans la vitrine à côté d'une poupée blonde de fabrication soviétique. Juste à côté se trouvait une autre grande vitrine contenant un ancien anorak venant de RDA.

À l'arrière-plan se trouvait la réplique d'un appartement modèle dont le mur était ouvert par devant pour que les visiteurs du musée puissent regarder à l'intérieur°: vieux meubles, quelques livres anciens, une radio, un vélo. Tous ces objets, les vieilles sandales jaunes, l'anorak usé, la drôle de poupée et l'appartement avec tout ce qu’il contenait étaient nos rêves d’autrefois.

Rêves volontaires ou imposés, ils avaient symbolisé, reflété, façonné et dominé l’idée du bonheur et de la réussite chère à de nombreuses générations de Nord-Vietnamiens après 1945, dans un étrange modèle de société qui est depuis progressivement tombé dans l’oubli. Maintenant, ces rêves sont au musée.

De Phu Dong (temple) à Rostock (université), nu pieds

1Die Verwandlung der Welt. Eine Geschichte des 19. Jahrhunderts. Beck, München 2009

L’université dans la forêt

Pourquoi Todtmoos, petite station thermale du sud de la Forêt-Noire, près du triangle frontalier entre la France, l'Allemagne et la Suisse, m'a fait penser à un lieu très éloigné, situé à presque un demi-tour du monde de là, dans le nord du Viêt-Nam°? C’est difficile à dire.

Il s'agit de Dai Tu, l'endroit vers lequel l'Université de Hanoï avait été évacuée en raison des bombardements de la ville par l'US Air Force, devenus de plus en plus violents à partir de 1965.

J'ai trouvé cela un peu étrange, car Dai Tu là et Todtmoos sont séparés, non seulement par une grande distance, mais aussi en ce qui me concerne par presque cinquante ans de ma vie.

Ce n'est sûrement pas le paysage de Todtmoos qui m'a fait penser à Dai Tu. Todtmoos est également situé dans la forêt, mais dans la forêt européenne, où chaque coin, chaque chemin, chaque ruisseau ou rivière a été mesuré avec précision, marqué, officiellement catalogué, signalisé et documenté sous des noms amusants tels que Herrenkopfweg (chemin de la tête des hommes), Schweineweg (chemin des cochons) ou Sägebach (ruisseau des scies) sur une carte pour les curistes.

La forêt conserve probablement encore des traces des légendaires tribus germaniques qui se sont perdues ici dans la forêt, il y a longtemps, lors de leur migration vers le sud, ou peut-être même le souvenir de Thomas Mann ou Maxim Gorki, qui ont séjourné, dit-on, bien des années plus tard, pas exactement à Todtmoos, mais à proximité.

Dans mon souvenir, le paysage, à Dai Tu, était complètement différent. Les terres sur lesquelles la faculté de chimie de l'université de Hanoï s'était installée depuis près de quatre ans s'étendaient le long de la bordure orientale des montagnes Tam Dao, pratiquement encerclées par des montagnes, des collines et des forêts à l'arrière-plan et avec un torrent au premier plan. La capitale, qui n'était éloignée que d'environ soixante-dix kilomètres, ne serait aujourd’hui qu'à un jet de pierre. Pourtant, il nous semblait alors être déjà très loin, dans la jungle, complètement coupés du monde civilisé. Pour se déplacer dans la forêt, nous devions souvent tailler nos propres chemins à travers des fourrés presque impénétrables. Contrairement aux curistes à Todtmoos, nous n'avions pas de carte officielle pour nous orienter.

Le temps n'était certainement pas non plus ce qui pouvait rapprocher ces deux endroits.

À Todtmoos, le temps que j'ai connu en janvier était très féminin, c'est-à-dire instable, imprévisible, mais magnifique. Il neigeait, pas souvent, mais parfois si fort, que depuis la fenêtre de ma chambre à la clinique thermale de Wehrawald, qui se trouvait très haut sur une montagne, on aurait dit qu'un rideau blanc avait été tiré du ciel. Et puis la neige s’arrêtait soudainement de tomber. Souvent, le soleil réapparaissait même rapidement, comme si l'hiver voulait seulement brièvement flirter, et ne faisait tout cela que pour embêter les hommes du service de nettoyage des routes, qui avaient, quelques heures auparavant, avec leurs véhicules jaunes, dégagé les routes montagneuses fortement enneigées, ressemblant à des serpents, et même les chemins forestiers et piétonniers, et se dépêchaient maintenant de les dégager à nouveau.