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Lorsque nait l'auteure, dans la Genève des années 1950-60 au sein d'un couple italo-suisse, elle est la plus jeune grande prématurée de Suisse, viable. S'en suivra une non-relation avec sa mère, des retrouvailles et une séparation définitive dont traite ce récit autobiographique. L'émotion qui nous saisit à la lecture de cette aventure humaine hors du commun vient en partie des paroles de l'auteure prête au bébé: "à ce chiffon de peau, non fini..." lorsqu'elle était en couveuse. Mais ce n'est pas tout, nous sommes au plus près de la couveuse, mais aussi d'une autre cage de verre aseptisée: la condition des femmes de sa lignée, femmes meurtries, déshumanisées par la société. Ce n'est qu'après la mort de sa mère que l'auteure découvrira des bribes de vérité qui sont ici rassemblées.
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Seitenzahl: 138
Veröffentlichungsjahr: 2024
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« L’art est un anti-destin. » André Malraux
Donc l’écriture aussi ? L’auteure
« En elle-même, la vie n’a pas de sens. La vie est une opportunité de créer du sens.
Le sens ne doit pas être découvert, il doit être créé. Vous ne trouverez un sens que si vous le créez. »
Osho (2014) Créativité
PRÉFACE
INTRODUCTION
1957
1942
1942 - 1954
1948
1950
1954
1957
NOËL 1957
1957 APRÈS NOËL
1958
1955
1958
1956
1958… PLUS TARD
1958 LE PRINTEMPS
1958 L’ÉTÉ
1959
1960
1962
1963
1964
1976
1977
1984
1992
2000
2007 - 2014
2015
COURT ÉPILOGUE
POSTFACE
REMERCIEMENTS
DE LA MÊME AUTEURE
« Comment une mère peut-elle abandonner son enfant ? » … Voici la question posée dès le départ par l’auteure, question vertigineuse qui nous interpelle tous au plus profond de notre cœur. Le récit captivant et bouleversant que nous offre Marianne Grasselli Meier apporte des réponses plus éclairantes et plus profondes que bien des ouvrages de psychologie sur le sujet.
En voyageant sur la ligne du temps sur plus d’un demi-siècle et en rencontrant Emma, Lily et Marianne, ainsi que leurs compagnons et compagnes de traversée, nous embarquons dans un périple intensément vivant. Au fil des pages, nous sommes les témoins privilégiés d’une intimité personnelle et familiale, pétrie de solitude et de souffrance, mais de résilience aussi. Sur trois générations, ces femmes se battent avec l’existence et ses défis. Avancer malgré le sentiment de vide, survivre à l’attente, trouver du sens au non-sens apparent, puiser la force en soi et autour de soi pour continuer de continuer. Tant de leçons de courage qui touchent et enseignent.
Marianne Grasselli Meier nous fait vivre, de l’intérieur, l’intensité d’une réalité traumatique qui touche bien des individus : la non-relation avec la mère. Ne pas vivre de liens de proximité et d’affection avec celle qui nous a porté, enfanté, puis, le plus souvent, élevé est un psycho-traumatisme grave, bien connu des thérapeutes et des psychologues. En effet, de toutes les espèces animales, l’être humain est le plus dépendant et le plus vulnérable à la naissance. D’origine biologique et destinés à notre survie, nos besoins d’attachement aux autres sont donc très importants. Sans mère suffisamment nourricière, surtout affectivement, ou un substitut (un papa suffisamment bon notamment), nous pouvons fortement nous dégrader physiquement et psychiquement, voire en mourir dans les cas extrêmes. Lorsque ces carences affectives durent, comme c’est le cas pour nos héroïnes, les blessures sont immenses et peuvent durer la vie entière. Les rendez-vous perpétuellement manqués entre mère et enfant sont alors des tortures morales pouvant amener à la dépression sévère voire à la dissociation psychotique.
Le récit de Marianne Grasselli Meier nous dépeint avec finesse et précision ces répétitions transgénérationnelles de séparations, d’errances et de déconnexions multiples, à soi et aux autres. Les forces du manque se déploient de mère en fille et ravagent dramatiquement sur leur passage.
C’est alors presque un miracle de voir que, malgré ces puits de solitude et de désespoir, la vie, tel un animal fougueux et entêté, poursuit sa route et se fraie un chemin à travers les épreuves. Parallèlement à celles-ci, s’alignent aussi les soutiens et les piliers de résilience : l’amitié qui dure toute une vie, la musique qui fait vibrer et ouvre à plus grand, les adultes qui tiennent la route et rassurent, les animaux avec qui le contact est possible quand il ne l’est pas ailleurs, et autres cadeauxétoiles de la galaxie existentielle humaine.
On ressort de la lecture la conscience plus grande sur des réalités émotionnelles terribles qui existent et développent notre empathie, le cœur plus ouvert pour donner amour et attention à nos proches, et, enfin, le corps plus présent pour être là et naviguer intensément la rivière tumultueuse et fascinante de l’incarnation.
Gwénaëlle PersiauxPsychologue, Auteure de Guérir les blessures d’attachement, Coupé des autres, coupé de soi, et Traverser la perte de sens, publiés chez Eyrolles.
Ce récit est une fiction, mais pas que. Ce récit est une réalité, mais pas que. C’est avant tout un devoir de mémoire ; mettre bout à bout des scènes qui constituèrent ma vie – donc véridiques – avec l’inconnue vérité de celle de ma mère, de sa mère avant elle et de notre non-relation. Avec une seule question en filigrane « Comment une mère peut-elle abandonner son enfant ? »
Une existence à trous qu’il me fallait combler, image par image, pour en découvrir un semblant de sens.
Les scènes sont, soit décrites telles que vécues, soit issues de bribes de conversation que j’ai captées – ici ou là – ma vie durant et principalement APRÈS la mort de ma mère. Le cœur du bébé, de la petite fille, dont je retrace ici le vécu, bat toujours en moi. Un devoir de mémoire ? Enfoui au sein même de mes cellules.
Une existence tissée de trous – de mémoire – dont il fallait absolument raconter l’histoire. De page en page, un destin intergénérationnel se dessine : une lignée de femmes meurtries dont les blessures en affecteront d’autres.
L’année dernière, mon père est décédé. Je suis « redevenue » orpheline. La boucle est bouclée.
Une narration, une fiction certes, mais qui donnera au moins un fil conducteur à la lignée qui me succède. Je dédie donc tout naturellement ce livre à mes enfants et à mes petits-enfants.
Avec amour, Péry, Suisse.
pfouiii… chou pfouiii... chou 90 jours, 90 nuits, 90 de quelque chose qui s’appelle le mondeet qui crée un pfouiii… chou Perpétuel, rassurant. Vital.
L’appartement était fonctionnel. Il avait fallu se loger rapidement. Tout avait soudain pris de la vitesse. La vitesse il aimait bien. Pas elle. Ils avaient trouvé ce meublé ; un kit d’appartement fonctionnel. Idéal pour un jeune couple, leur avait-on conseillé. Idéal pour des jeunes mariés. Moins pour de jeunes parents. L’appartement était sombre, mais possédait tout ce que l’on pouvait espérer. Une petite cuisine en formica bleu clair. La petite fenêtre au-dessus du lavabo, suffisante pour laisser s’échapper les odeurs indésirables ; celles qui stagnent après les repas et qu’elle détestait. Une fois mangés, les plats restants n’étaient que détritus. Fini, on passait à autre chose. Lui avait bon appétit quand il mangeait à la maison. « À la maison », une formulation bizarre, incongrue à ses oreilles. L’appartement avait une seule pièce à vivre : un salon avec un canapé gris qui pouvait se définir comme propre ou sale ; la couleur ne changeait en rien. Pratique. Une petite table sur trois pieds, pour faire moderne. Une commode basse sur laquelle trônaient un tourne-disque et une pile de 33 tours, tenus d’un côté par le mur. La chambre à coucher possédait une petite alcôve, bien utile pour le petit lit à barreaux qu’ils avaient déniché aux puces, sur la Plaine. Un lit d’enfant d’occasion se trouve facilement. C’est fou ce que les bébés grandissent vite. Enfin, ceux des autres.
Elle était assise sur le canapé gris, sale-propre. Les jambes croisées comme si elle attendait le tramway sur un banc public. Des jambes longues, fines. Son attention était portée sur l’horloge au mur, face à l’entrée. Il n’y en avait pas lorsqu’ils avaient emménagé. Mais un appartement sans horloge, ce n’est pas un lieu de vie. Il lui avait acheté l’un de ces cylindres en plastique blanc flanqué de grosses aiguilles noires qui sautaient sur les minutes comme pour les attraper. Les chiffres s’en remettaient ; ils poursuivaient leur ronde, en redemandaient chaque jour sans se lasser. Ces journées, elle les vivait au rythme de ces aiguilles sauteuses et du lait qui lui gonflait les seins.
La pièce à vivre s’ouvrait sur un minuscule balcon, juste bon pour faire un pas dehors. Dehors, la rue et l’immeuble d’en face. Il lui semblait qu’elle aurait pu tendre la main et toucher la fenêtre du voisin de l’autre côté. Lui, en tout cas, il se tenait souvent à la fenêtre, à moitié caché derrière un rideau sans couleur. Peut-être attendait-il de l’apercevoir en déshabillé. Il pouvait attendre… Elle n’était pas de ces filles-là ! À l’orphelinat, on apprenait surtout les bonnes manières. Elle repoussa légèrement le bas de sa jupe sur ces genoux.
Depuis deux semaines, bientôt trois, elle pointait à l’usine de la maternité, chaque matin. Avec les repas à préparer, le ménage et le temps qu’il lui fallait pour monter à l’Hôpital et revenir, le seul moment tranquille qui lui restait était celui où elle tirait laborieusement son lait. Là, assise, jambes étirées à présent jusque sous la table basse, elle se demandait si c’était la vie qu’elle avait souhaité : une machine à traire sans rien recevoir en retour. Même pas un merci que les autres mères, pensait-elle, pouvaient imaginer dans l’éclat du regard de leurs petits lorsqu’elles les avaient tout contre elles. Arriverait-il un jour ce moment où les yeux de son enfant croiseraient les siens ? Qu’est-ce qu’ils lui raconteraient d’elle, d’eux ? En tout cas pas merci. Ce n’est pas une vie, se disait-elle, bien qu’elle n’en connaisse pas d’autre.
pfouiii… chou pfouiii… chou Le son remplit ma vie, remplit mon corps. Je m’y attarde parce que rien d’autre ne se passe. Parfois des mains me tournent. Le toucher du tissu sur lequel je suis allongée change de texture et de température. J’aime et je n’aime pas. Je miaule. Enfin c’est comme cela que je définirais l’articulation sonore d’un nouveau-né d’à peine un kilo. Je dors et je miaule. Je mange et je bois aussi, par les tuyaux auxquels je suis attachée. Mon préféré c’est celui qui souffle sans arrêt son pfouiii… chou pfouiii… chou Peut-être que c’est mon prénom finalement ? S’il me le répète, c’est bien pour que je me sente exister, non ?
LE FROID DE DÉCEMBRE, elle déteste. Malgré le manteau de laine bleu – elle aime décidément le bleu – et les gants en peau de la même couleur, elle grelotte. Elle a placé des mouchoirs dans son soutiengorge pour ne pas tacher son chemisier. Elle essaie de marcher d’un bon pas, tout en s’arc-boutant vers l’avant, ventre rentré, pour que ses seins ne touchent pas le tissu. Peine perdue. Elle sait déjà qu’il faudra tout laver, une nouvelle fois, dans le lavabo de la salle de bains dès qu’elle rentrera. Le dessus de la baignoire ressemble à une rue napolitaine, avec son linge mouillé qui pend jusqu’à mi-hauteur. Lui, il s’en fout. Il aime ce chaos domestique. Peut-être à cause de ses origines italiennes ? Mais elle, non. À l’orphelinat tout est propre, hygiéniquement propre. Dehors comme dedans.
Une fois le grand boulevard traversé, il faut monter les rues adjacentes pour accéder à la maternité. Cette grande bâtisse se trouve à l’orée des quartiers chics de Genève. Les riches au-dessus, les plus pauvres dessous ; c’est valable partout et dans la Genève internationale aussi. Les orphelinats comme les hôpitaux sont construits grâce aux dons des plus riches ; anciens lieux de vie que l’on destine par héritage à la ville ou récoltes de fonds pour aider les plus démunis. Le mécénat social de la bourgeoisie. Genève a ses pauvres, ses enfants de la honte et ses travailleurs étrangers. La honte, c’est son héritage à elle. L’émigré étranger, un espoir.
La maternité est une grande bâtisse imposante. L’entrée ressemble au hall d’entrée d’un hôtel cossu. Bois et fauteuils de tissu rouge. Son cabas contenant les bouteilles de lait sous le bras gauche, elle s’avance vers la réceptionniste. Un bref coup d’œil et celle-ci lui fait signe de poursuivre. Une habituée des lieux, se dit-elle. Cette dernière année, elle a sûrement passé plus de temps ici que partout ailleurs. Deux fausses couches l’avaient traînée jusqu’en haut des marches de marbre. Après les examens d’usage, on l’avait transportée au bâtiment principal où toute trace de ce début de vie avait été récurée, raclée. Propre. Un basventre hygiéniquement propre. Deux fois. À la troisième au début de la belle saison, elle ne s’était pas fait trop d’illusions, l’œuf ne tiendrait pas. Devant le grand miroir à glace de l’armoire, en sous-vêtements, elle se palpait sous le nombril. Elle était toujours aussi mince, la poitrine haute et ferme. Elle se vit froncer les sourcils, ce qui renforçait l’impression de dureté de son regard. Comme c’est elle qu’elle regardait ainsi, elle secoua vivement la tête d’un petit geste de négation pour esquisser un sourire. Les pommettes hautes, les fines poches sous les yeux se soulevèrent telles des ballerines que les danseurs emportent dans les airs. Un petit air mutin, entre timidité et espièglerie. Son corps ne montrait aucun signe particulier. Elle ne ressentait rien. Soulagement.
À la maternité, les étages étaient définis par ordre de priorité ; urgence de la perte des eaux, déambulations des femmes entre WC et lit provisoire, quelques cris au fond du couloir, des pleurs parfois, puis le palier silencieux des nouvelles mères. Il fallait traverser ce havre de paix, bordé de chariots à fleurs odorantes qu’on déplaçait pour la nuit, pour entrer dans l’aire destinée aux nouveau-nés. Un bref regard vers la salle des petits lits alignés, étiquetés, avant de se faire arrêter par l’infir-mière-cheffe. Machinalement, après un bref « Bonjour Madame », le sac était emporté. Le lait serait validé, d’autres bouteilles stérilisées viendraient combler le cabas à fleurs.
« Vous voulez la voir ? » Oui. Deux jours qu’elle n’était pas entrée dans la salle des machines, comme elle l’appelait. Espérant la voir babillant, tournant enfin sa minuscule tête ronde vers elle. Chaque fois déçue. Bien que la boîte fût vitrée, la petite chose restait encore bien anonyme, entourée de sondes et de bandages. Son lange lui arrivait audessus du nombril. En s’approchant par le dessus, elle remarqua que de minuscules ongles se dessinaient au bout de ses doigts. Elle n’est pas finie, s’était-elle entendue dire, lorsque le bébé lui avait été rapidement présenté. Comment pourrait-elle coudre sans doigts ? Quelle drôle de pensée lui avait traversé la tête ! Aujourd’hui, elle sentait comme un début de soulagement. Une fille qui coud est une fille sauvée. L’infirmière se désinfecta les mains, les avant-bras puis entra ses deux bras dans les orifices latéraux. Elle toucha légèrement le bébé qui tressaillit, comme mû par une décharge électrique. Les quatre membres s’agitèrent un bref instant puis se détendirent tout en lenteur.
« Quand pourra-t-elle téter ? » L’infirmière tourna la tête vers la femme qui se tenait là, manteau ouvert sur un chemisier blanc, des auréoles jaunâtres sur la poitrine.
« Votre lait est utile à d’autres bébés, Madame. » Puis revenant vers celui endormi, elle le déplaça doucement sur l’autre côté. « Nous ne savons pas encore, peut-être dans un mois ? Nous n’avons jamais eu de prématuré si… prématuré. » Silence. L’infirmière remarqua encore que la femme n’avait fait aucun geste. Elle ne s’était pas baissée au niveau du petit lit. Elle restait plantée là, droite, maladroite, inutile. « Un mois ? » avait-elle juste murmuré en se parlant à elle-même. Ses lèvres s’étaient froissées. « Nous avons de nombreux étudiants en médecine qui rendent visite à votre fille, vous savez… » Carrément inutile. « Vous voyez, cet enfant est vraiment un miracle... » Certes, certes. Puis lorsque leurs yeux se rencontrèrent, « Nous prenons bien soin d’elle », conclut-elle.
pfouiii… chou pfouiii… chou zhzhzhzhzhzhzh… Choc Alarme Je bouge, je bouge, je vis, je bouge, je vis, je bouge, je bouge, c’est fini, fini, tout est bon, tout est bien c’est fini je respire je respire je… pfouiiii… chou… pfouiiiii chou mon monde se limite à cela et c’est bon, c’est bien. Mon corps a été déplacé. Je sens mon épaule, plus bas la cuisse. Mon ventre est un peu tendu par la sonde. Tranquille, tout redevient tranquille. pfouiii… chou Je n’attends rien Je suis.
À L’ÉTÉ, elle avait compris qu’elle était vraiment
