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Le hasard et l’ADN sont, chacun à leur façon, des auxiliaires de la police.
Ce troisième volume de notre collection Faits divers suisses est consacré à treize affaires (un chiffre qui porte chance, pour certains !) qui sont survenues en Suisse entre 1961 et 2016. Plusieurs ont connu d’improbables rebondissements à Berne, Monthey ou Neuchâtel. D’autres défient l’imagination, comme celle de ce comptable frontalier, dénoncé par une infime goutte de sang et condamné deux fois à la perpétuité, en France comme à Genève. Ou encore celle d’un ADN découvert… au cœur du bitume vaudois ! Les enquêtes dont nous vous parlons mettent en avant plusieurs tueurs machiavéliques qui pourtant étonnent par la naïveté ayant conduit à leur arrestation.
Ce volume renferme deux affaires emblématiques. La première vous parle des avancées de la recherche en ADN qui a pointé le doigt en direction de l’assassin d’une jeune Tavannoise dans les années 1990 sous une bretelle d’autoroute près de Bienne. La seconde évoque un quintuple crime à Seewen (SO), en 1976 et qui, malgré un impensable hasard, n’a jamais été résolue. Elle vous est racontée par Joseph Incardona, un des plus grands auteurs de littérature noire dans notre pays qui nous fait l’honneur de participer à ce recueil.
L’assassin ne revient pas toujours sur les lieux de son crime, mais il y laisse souvent un peu de lui !
À PROPOS DES AUTEURS
Joseph Incardona (né en 1969) est Suisse d’origine italienne. Il est l’auteur d’une quinzaine de romans ou de recueils de nouvelles. Il se lance pour la première dans l'écriture de faits divers dans le troisième volume de "Faits divers suisses". Il est aussi scénariste pour la BD, le cinéma ou la télévision, dramaturge et réalisateur (un long métrage en 2013 et plusieurs courts métrages).
Corinne Jaquet écrit depuis plus de trente ans des ouvrages sur l’histoire policière et judiciaire de Genève, sa ville natale. Elle est aussi l’auteure d’une douzaine de romans policiers, de nouvelles policières et d’ouvrages pour la jeunesse. Cette recherche sur des faits divers marquants lui a permis de retrouver la plume de chroniqueuse judiciaire qu’elle tenait pour le journal « La Suisse » dans les années 1980 et 1990.
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Seitenzahl: 177
Veröffentlichungsjahr: 2025
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OUVRAGES DE CORINNE JAQUET
Histoire policière et judiciaire
Meurtres à Genève, Histoires vraies,Slatkine, 1990 (Nouvelle édition en 2017)
La Secrète a 100 ans,Éditions Nemo (Genève), 1993
Dominique Poncet, ou la noblesse de défendre,Slatkine, 2006 (Réédité en 2021)
L’énigme Jaccoud, un procès il y a soixante ans,Slatkine, 2020
Des meurtres sur commande,Collection « Faits divers suisses », volume 1, aux Éditions du Chien Jaune (Dossiers), 2022
Des crimes passionnels,Collection « Faits divers suisses », volume 2, aux Éditions du Chien Jaune (Dossiers), 2023
Histoire générale
Louis Babel, le Genevois qui dessina le Labrador,Slatkine, 2019
Romans policiers
Le Pendu de la Treille, 1997(Réédition, La Collection du Chien Jaune, 2016)
Café-Crime à Champel, 1998(Réédition, La Collection du Chien Jaune, 2017)
Fric en vrac à Carouge, 1999(Réédition, La Collection du Chien Jaune, 2018)
Casting aux Grottes, 2000(Réédition, La Collection du Chien Jaune, 2019)
Les Eaux-Vives en trompe-l’œil, 2002(Réédition, La Collection du Chien Jaune, 2020)
Les Degrés-de-Poules, 2003(Réédition, La Collection du Chien Jaune, 2020)
Bain fatal aux Pâquis, 2005(Réédition, La Collection du Chien Jaune, 2021)
Les larmes de Saint-Gervais, 2006(Réédition, La Collection du Chien Jaune, 2023)
Maudit Foot ! Slatkine, 2008(Réédition, La Collection du Chien Jaune, 2021)
Zoom sur Plainpalais, 2011(Réédition, La Collection du Chien Jaune, 2023)
Aussi noire que d’encre, Slatkine, 2013
(Réédition, La Collection du Chien Jaune, 2023)
L’Ombre de l’Aigle, Slatkine, 2014
(Réédition, La Collection du Chien Jaune, 2019)
Romans
En finir avec ton enfance, Éditions du Chien Jaune, 2024 et Éditions des Offray (La Roque-Alric (84) France, 2025)
Nouvelles policières
Participation au recueil « TatortSchweiz 2 »,Éditions Limmat Verlag (Zurich, CH), 2007
Participation à l’anthologie « Mordstage 2 »,Éditions Gmeiner-Verlag GmbH, 2023
Genève Sang Dessus Dessous (en collaboration avec S. Mamboury, A. Klopmann, E. Golay et L. Jorand), Slatkine, 2014
Genève Trois pour Sang (en collaboration avec S. Mamboury, A. Klopmann), Slatkine, 2017
Noires Saisons (en collaboration avec Ariane Gélinas, Maureen Martineau et Michèle Pedinielli), Éditions du Chien Jaune, 2024
Ouvrages pour la jeunesse
Monsieur Chose et le collectionneur de mots,Slatkine, 2005
Monsieur Chose et la flamme olympique,Slatkine, 2007
Monsieur Chose contre Big Ben,Slatkine, 2009
Monsieur Chose au pays des astronautes,Slatkine, 2012
Monsieur Chose et la Marmite de l’Escalade,Slatkine, 2013
L’Étrange Varappe,Slatkine, 2015
Le trésor du Jet d’eau,Éditions du Chien Jaune, 2025
Conception graphique de la couverture et mise en page
Marquis Interscript, Québec (Québec).
© Les Éditions du Chien Jaune
CoJPresse, Veyrier (Genève, Suisse)
Tous droits réservés pour tous pays.
Informations et contact :
www.lechienjaune.ch
ISBN 978-2-9701924-1-1 pour la version imprimée.
Cet ouvrage existe en format numérique :
ISBN 978-2-9701924-2-8
Avant-ProposLa chance et la science
Bienne (Berne et Jura bernois) – 1990 / 2016Quand l’ADN parle... enfin !
Porrentruy et Delémont (JU) – 1990/1997La colère est mauvaise conseillère
Monthey (VS) – 1965/1977Le cadavre est de retour
Sainte-Croix (VD) / Deux-Ponts (D) – 1962 / 1963Le crime était presque parfait
Sion (VS) – 1961 / 1963Trahi par son slip
Pontarlier (F) et Neuchâtel (NE) – 1991/1995Un billet très maladroit
Berne (BE) – 1998 / 2008Le gant oublié
Sullens (VD) – Frasnois (F) – 2016/2021De l’ADN dans le bitume
Bienne (BE) – 1999 / 2023Tel est pris
Genève – 2002/2004Double perpétuité pour le comptable
Berne (BE) – 2002Le champion tue à minuit
Chêne-Bougeries (GE) – 2012/2019La gaffe du tueur à gages
Seewen (SO) – 1976 / ?Un village qui ne sera jamais plus tranquillepar Joseph Incardona
Dans notre histoire judiciaire, combien de crimes seraient restés « parfaits » sans qu’un petit caillou vienne gripper l’engrenage du coupable ou sans que les progrès de la science fassent parler des objets ou des lieux, même longtemps après ? C’est le thème de ce volume.
Si l’assassin ne revient pas toujours sur les lieux de son crime, nous savons aujourd’hui qu’il y laisse la plupart du temps une trace : son empreinte génétique.
Cela fait quarante ans cette année que nous avons commencé à décrypter cette « signature » et que le profil ADN est devenu un instrument d’enquête pour les polices du monde entier. Jusque dans les années 80, on savait détecter le groupe sanguin, on lisait les empreintes digitales et parfois aussi les marques déposées par des parties du corps, paume, tranche de la main ou encore oreille.
Arriva la formidable découverte de Sir Alec Jeffreys qui contribua à la résolution d’un meurtre à Leicester (GB) en 1985. Le film « Le code du tueur » rappelle la persévérance de ce scientifique, campé par un John Simm formidable.
Cet acide désoxyribonucléique dont le public découvrait l’existence fut l’objet de grandes attentions. Ainsi donc, chacun de nous avait un patrimoine génétique distinct (sauf les vrais jumeaux). Les premières utilisations étaient rudimentaires, mais une notion faisait sa place : on n’aborderait plus jamais les scènes de crime avec le même regard. Malgré ces tâtonnements, on se mit à imaginer pouvoir résoudre d’anciens drames restés sans réponse.
Les instituts de médecine légale de Suisse se mirent à procéder à des analyses au début des années 2000 à Genève, Lausanne, Bâle, Saint-Gall, Zurich et Berne. On s’organisa pour les réunir et mettre en fiches toutes ces traces organiques. Le premier répertoire fut opérationnel à Genève en 1999. Dans cette ville, une affaire de meurtre sous les falaises de Saint-Jean avait accéléré le besoin de pouvoir se référer à un fichier. La Confédération, à son tour, créa une banque de données nationale, le Codis.
L’évolution concernait tous les crimes et délits, du simple cambriolage au meurtre. Plusieurs procédures, dans tout notre pays, furent ressorties de leur placard des « affaires non résolues » et reprises en main par des magistrats. Une des plus exemplaires fut celle du cadavre retrouvé sous le viaduc de la N16, entre Tavannes et Bienne. C’est celle qui ouvre ce volume.
Par une loi votée en 2005 par le parlement fédéral, l’analyse de l’ADN peut désormais être utilisée de manière générale pour élucider des crimes et des délits. L’identification de la substance chimique est devenue une systématique dans tout dossier judiciaire. Les informations ont commencé à être échangées entre les pays, ce qui a permis de poursuivre certains meurtriers hors de nos frontières. Créée en 2002, la base de données de profils d’ADN d’INTERPOL contient actuellement plus de 280 000 profils communiqués par 87 pays membres.
L’adaptation des lois et des méthodes est allée de pair avec les progrès scientifiques. Avec le temps, des affaires restées sans résultats ont enfin trouvé un épilogue. On sait de mieux en mieux utiliser le moindre prélèvement, en retirer des indications de plus en plus poussées. La couleur de la peau ou des yeux d’un agresseur peut aujourd’hui être déterminée à partir d’une trace infime.
Dans ce volume, vous lirez comment un petit dépôt d’ADN dans un gant a mené à l’arrestation de quatre personnes à Berne, ou encore comment une goutte de sang sur une botte a entraîné la condamnation d’un homme à deux peines d’emprisonnement à perpétuité. Vous rirez aussi du tueur à gages qui n’aurait jamais été arrêté s’il n’avait pas cherché la bagarre dans un café. Vous apprendrez surtout comment des scientifiques vaudois ont réussi à extraire de l’ADN à travers un morceau de bitume.
Cela fait longtemps qu’il est « l’aide la plus efficace d’un inspecteur de police », comme disait Tristan Bernard.
La chance est un talent d’enquêteur, lâche-t-on avec ironie. C’est souvent le cas. Plusieurs affaires, dans ce volume 3 de nos Faits divers suisses, sont là pour appuyer cette thèse.
Lisez l’histoire de cet entrepreneur du Littoral neuchâtelois bien candide, qui a fait passer à son fils un billet que le hasard met dans la main d’un gardien de prison ; apprenez pourquoi, parfois, la colère fut mauvaise conseillère à Delémont et comment une escroquerie à l’assurance a attiré, par hasard, l’attention d’un policier qui a ainsi résolu un meurtre à Bienne. Sans une tentative de suicide, comment aurait-on jamais découvert la vérité sur une disparition à Monthey, douze ans plus tôt ?
Mais l’histoire de hasard la plus incroyable de ce livre reste sans doute celle dite « du quintuple meurtre de Seewen », un cas d’école racontée par un célèbre auteur genevois de romans noirs. Mon ami Joseph Incardona – que je remercie ici – a choisi de prêter sa plume à ce recueil. C’est sa première expérience de faits divers et je crois pouvoir dire que le défi lui a plu. Le crime de Seewen, encore non résolu à l’heure actuelle, a toutefois connu une avancée à la suite d’une improbable découverte...
Ce livre renferme treize histoires criminelles. Treize, un chiffre porte-malheur pour quelques-uns, mais un chiffre de chance pour d’autres.
Elle s’appelait Brigitte1. C’était une fille de son époque.
Jeans, santiags, veste de cuir frangée aux manches, cheveux mi-longs, ondulés et châtains. Lien de cuir autour du cou retenant un pendentif.
Aide en pharmacie à Moutier, âgée de presque 19 ans, elle avait des amis, parfois des amants. Mais elle tenait à sa liberté. Élancée et sportive, Brigitte menait une vie somme toute classique de la fin des années 80, dans le village de Tavannes dont son grand-père avait longtemps été le cordonnier.
Rien, vraiment, qui la destinait à devenir l’héroïne d’un fait divers sordide qui occuperait la police, la justice et la presse pendant près de trente ans.
Ce 20 décembre 1990, Brigitte était contrariée. Alors qu’elle avait la fierté d’avoir réussi son permis de conduire quelque temps auparavant, voilà que sa petite voiture récemment acquise était en panne. Elle resterait encore au garage un jour ou deux. Impossible de l’utiliser pour se rendre à Bienne chez le dentiste.
Il était 15h15, à la sortie de son rendez-vous, lorsqu’un dernier témoin la vit « lever le pouce » le long du faubourg du Jura, entre le garage du même nom et l’avenue de Reuchenette. (Dans une région mal desservie par les transports publics, les jeunes de sa génération étaient nombreux à faire du stop malgré les recommandations de leurs parents.)
Le témoin était catégorique : il se souvenait de la jeune femme, de son bras tendu sous lequel pendaient des franges de cuir. Mais ensuite, plus rien.
À son âge, ses parents ne s’inquiétaient pas pour une heure de retard. Mais l’après-midi passa, la soirée ensuite. Lorsque Brigitte ne reparut pas non plus le lendemain matin, la police fut alertée.
Commencèrent alors des investigations cherchant à retracer l’itinéraire de la disparue : les enquêteurs posèrent des questions à tous ses amis, visitèrent tous les cafés dans lesquels elle avait ses habitudes, les différents clubs de sport avec lesquels elle était en contact. On vérifia qu’elle s’était bien rendue chez le dentiste et qu’elle en était ressortie à l’heure mentionnée par le témoin.
Les heures passaient et le mystère s’épaississait.
Brigitte s’était volatilisée.
À quatre jours de Noël, on imagine l’angoisse de ses parents.
Un avis de disparition fut diffusé dans la presse, qui ne livra aucun élément utilisable.
Des voyantes, des magnétiseurs, des charlatans s’en mêlèrent. D’aucuns virent Brigitte cachée à Moutier, d’autres à Genève, à Neuchâtel, voire même au sud de la France.
Peut-être les lecteurs de la presse étaient-ils peu attentifs ? Chacun vaquait à ses préparatifs de fin d’année et ne portait pas forcément une attention marquée à ce que disaient les journaux. Et puis, à son âge, pourquoi ne pas penser à une fugue ? À une escapade amoureuse ?
Mais les parents écartaient cette hypothèse : où qu’elle soit, Brigitte aurait donné signe de vie.
Ils durent se résigner à attendre et à traverser cette période festive dans un brouillard gris qui ne se dissiperait, malheureusement et cruellement, qu’au début de l’année 1991.
Le samedi 5 janvier, deux enfants qui avaient joué la veille sous le viaduc de la N16 – où ils avaient interdiction de se rendre – avouèrent avoir aperçu un corps partiellement dénudé. La description du lieu transmise à la police par leurs parents déclencha une vaste opération.
C’est là, près d’un pilier du viaduc recouvert de graffiti, que l’on retrouva en effet le corps de Brigitte qui fut rapidement identifié. Gendarmes et enquêteurs se déployèrent sur le périmètre qui va des bosquets sous l’autoroute jusqu’à la route de Soleure qui passe en dessous. Le lieu est dénommé « Champ-de-Bougean ». On eut rapidement la conviction que la malheureuse avait été tuée à cet endroit. « Si un corps avait été traîné » confirma un policier, « il y aurait des traces ».
Le sentier menant au lieu du crime est facilement praticable après que l’on a posé son véhicule au bord de la route. Mais il faut connaître le lieu. Brigitte était-elle venue de son plein gré jusqu’ici pour un échange amoureux qui aurait mal tourné ? Aurait-elle été forcée d’y suivre celui qui lui voulait du mal ?
Premier constat : Brigitte avait été étranglée, violée (le bas de son corps était dénudé) et achevée par dix coups d’une lame perçant son thorax de toutes parts.
Le ratissage de l’endroit fut concluant. À quelques dizaines de mètres en dessous du corps, un gendarme mit la main sur un couteau de taille moyenne, un outil de boucher au manche en bois servant en général à désosser des pièces de viande. La largeur de la lame de huit centimètres de long correspondait au premier coup d’œil aux blessures infligées à Brigitte.
Une autopsie confirma les premières constatations. La victime avait été abattue le jour même de sa disparition. Il devenait dès lors primordial de reconstituer son emploi du temps. D’où l’abondance d’encarts dans les journaux de la région et dans les deux langues parlées à Bienne et alentour.
« Appel à la population », titrait la Feuille d’avis de Neuchâtel le 19 janvier 1991. Promettant la plus grande discrétion, le texte invitait quiconque saurait ou aurait vu quoi que ce soit à se faire connaître des enquêteurs.
Seul un chauffeur de bus circulant sur la route en direction de Soleure affirma avoir vu, près du Champ-de-Boujean, le 20 décembre, un homme qui paraissait « perturbé », qui déambulait de façon étrange. Mais la vision fut furtive et le témoin se souvenait seulement d’un individu portant une moustache, sans plus de précisions.
Désormais, une vingtaine de policiers travaillaient à plein temps sur ce dossier. Une attention particulière était portée sur le couteau. Des agents l’ont soumis à tous les professionnels en viande, qu’ils soient grossistes ou indépendants, sur un périmètre très large et jusqu’en France voisine, ils ont visité des dizaines de fabricants, d’armuriers. Sans résultat. L’arme n’évoquait rien à personne.
Parallèlement, la vie intime de Brigitte était disséquée et ses meilleurs amis réinterrogés. Mais on s’aperçut que la jeune femme avait à la fois un caractère bien trempé et un côté secret qui laissait la porte ouverte à de multiples hypothèses.
Pour tenter de délier les langues, la police ouvrit alors son porte-monnaie. Une récompense de 5000 francs était promise pour toute information décisive.
À l’époque, même si la notion de « profil ADN » était encore floue, les scientifiques croyaient dur comme fer à l’aide que cette récente découverte pouvait apporter aux sciences médicolégales. Des prélèvements avaient été effectués sur les sous-vêtements de la victime. On les référença scrupuleusement et on les envoya dans un laboratoire spécialisé. Mais ce fut une déception : la matière recueillie n’était pas en quantité suffisante pour établir un quelconque profil...
Après seize mois d’enquête improductive, la population tavannoise s’élevait contre ce silence qui ajoutait encore à la psychose ambiante : un tueur se promenait-il tranquillement dans les rues de Tavannes ? Le croisait-on tous les jours dans les cafés, les commerces, sans le savoir ? Allait-il recommencer ? Quand ?
Une vingtaine d’habitants se sont mobilisés et ont convaincu les autorités villageoises et le maire, René Eicher, de tenter de débloquer cette enquête. Avec l’accord des parents de Brigitte, la bourse communale fut déliée et une récompense de 20’000 francs promise à celui ou celle qui fournirait un élément capable d’élucider l’horrible homicide. La prime venait s’ajouter à celle offerte par la police. Mais même l’appât du gain n’y fit rien.
On tournait en rond.
Et on allait le faire encore pendant presque dix ans...
Au début des années 2000, les enquêteurs sont bien décidés à conduire à son terme cette enquête qu’ils gardent en travers de la gorge.
Les avancées de la science leur donnent un nouvel élan. Désormais, les spécialistes parviennent à un profil ADN avec mille fois moins de matière qu’auparavant, en procédant par polymérisation.
Les habits de Brigitte ont été conservés et on y effectue de nouveaux prélèvements de sperme. Cette fois, on détermine la présence de deux ADN différents. Le premier n’était que peu présent, seulement en bordure du slip de la malheureuse, et l’autre, en quantité supérieure, a été prélevé dans les parties intimes.
Toutefois, ce qui reste impossible à préciser, c’est la chronologie du dépôt de ces matières organiques sur le corps de la malheureuse.
Il faut donc procéder à des tests parmi tous les jeunes gens susceptibles d’avoir intimement connu Brigitte. Pour les sélectionner, on soumet le dossier à une enquêtrice bernoise qui ne l’a jamais examiné auparavant. Cet « œil neuf » cible une quinzaine d’hommes à qui l’on n’aurait pas posé assez de questions et à qui il faut proposer le test. Un à un, et pour leur plus grande surprise, les anciens amis de Brigitte sont soumis à un frottis buccal. Et le profil de l’un d’entre eux « matche » avec un des deux ADN découverts !
C’est la stupéfaction dans la région et au premier chef pour l’homme concerné qui nie farouchement toute culpabilité dans cette affaire. Sa seule concession sera d’avouer qu’il a bel et bien eu des relations intimes avec Brigitte, peut-être quelques jours avant le crime. Mais tant d’années après les faits, comment être certain d’une date ?
Celui qui s’appellera « H1 » dans les dossiers de police est arrêté le 20 décembre 2002, soit douze ans jour pour jour après la disparition de la jeune Tavannoise. Cruelle coïncidence des calendriers.
Et si on le baptise H1, c’est qu’il y a un « H2 ». Celui-là est aussi derrière les barreaux, mais lui, cela fait un moment. Il purge une condamnation à quinze ans de prison pour un meurtre commis à Bienne en février 1997.
Son profil a « matché » depuis la banque centralisée de données ADN dont la Confédération s’est équipée depuis l’été 2000. Désormais, l’ADN de tous les repris de justice y est répertorié. Tout d’abord, celui de tous les condamnés à de lourdes peines. En 2003, on y dénombre déjà 20’000 profils.
H2 nie tout autant que H1. Mais, bien sûr, son pedigree ne parle pas en sa faveur. Pendant quelques semaines, police et justice se penchent sur le parcours de ces deux hommes, notamment pour savoir s’ils auraient pu se connaître, se croiser, être complices. Le procureur Flotron le confirmera, ces deux individus n’ont rien à voir l’un avec l’autre.
Pendant que ces recherches ont lieu, H1 voit sa vie étalée au grand jour dans la presse. Un quotidien vaudois va même jusqu’à préciser son métier, ses appartenances politiques et son lieu de domicile. Comme il s’agit d’un très petit village, tout le monde sait vite de qui l’on parle et la rumeur a tôt fait d’alimenter les débats. Cela refroidit grandement ses clients et fait un tort énorme à l’homme de 34 ans, qui finira d’ailleurs par déposer une plainte en diffamation, voire en calomnie, contre les journalistes vaudois. C’est finalement un non-lieu prononcé contre lui qui lui permettra de retrouver l’air libre, après soixante-quatre jours d’incarcération. Un dédommagement de CHF 75’000. - lui sera octroyé quelques mois plus tard.
H2 est un être violent. Plusieurs témoignages le confirment.
Adepte de musculation intensive, il fréquentait assidûment un club de Bienne et s’était lié d’amitié avec un Turc, champion suisse de leur discipline. Mais il appréciait surtout la femme de son ami et, afin de la garder pour lui tout seul, il avait décidé d’éliminer son camarade de sport.
En février 1997, il l’avait attendu, un soir, près du cimetière de Madretch à la route de Brügg, un chemin que le sportif empruntait sur son vélo pour rentrer chez lui. Il s’était procuré une arme et un silencieux et n’avait pas hésité à tirer six balles dans le dos de son rival.
Rapidement interpellé et niant les faits, il avait été confondu par des traces de poudre sur ses mains et condamné en 1999 à quinze ans de prison. Le Seelandais avait alors 32 ans.
Il en a 35, lorsque l’affaire du meurtre de Brigitte le rattrape.
Il se dit étranger aux faits qu’on lui reproche. Il affirme n’avoir aucun souvenir du 20 décembre 1990, et le visage comme le nom de Brigitte ne lui disent rien.
Comment expliquer alors que son sperme se soit retrouvé à l’entrejambe de la malheureuse ? Il n’a pas de réponse. Il plaide l’amnésie !
Mais on possède les prélèvements qui – malgré les efforts de ses avocats – restent incontestables aux yeux de la justice. Et puis il portait déjà la moustache en 1990 et on se souvient de la déposition du chauffeur de car. En 1990, son emploi dans une imprimerie le conduisait comme livreur aux quatre coins de la région. Il aurait eu tout loisir de se trouver au Champ-de-Bougean ce jour-là sans comptes à rendre à qui que ce soit.
