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Un titre énigmatique faisant référence à un terme ancien renvoyant à un homme sans scrupule, à un 'blanc bec'. L'alburostre représente aussi le nom d'un cétacé couramment appelé licorne de mer. Ce livre est un portrait réaliste et authentique des aventures de vie d'un jeune homme de 16 à 20 ans dans les années soixante. L'auteur partage ses tribulations qui l'ont mené à travers le monde en évoquant des moments particulièrement difficiles, mais aussi sa débrouillardise et ses amours ! Il ne cache rien de sa maîtrise sexuelle et de ses performances en la matière et nous en fait bénéficier à maintes reprises avec des descriptions crues et opportunistes. Le voile sombre du sida ne venait pas encore gâcher la fête. Nous suivons ce hippie sans le sou qui pour vivre séduit de nombreuses femmes plus âgées que lui. Elles l'encouragent et lui procurent l'argent pour tenir debout. Un livre truffé de passages intimes et charnels. Le voyage d'un anticonformiste qui a su tronçonner les amarres et lever l'ancre au moment où les situations auraient pu être dangereuses. Un livre inclassable, incassable et incasable.
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Seitenzahl: 519
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Merci à toutes les librairies
qui acceptent de vendre nos livres.
Se faire publier est très couteux
et surtout impossible.
Les maisons d’édition classique
ne s’intéressent pas assez aux auteurs
qui ont pourtant la passion de l’écriture.
Merci aux libraires d’aimer leur métier
et de nous laisser un coin de leurs
rayonnages.
Qui n’a jamais rêvé de clouer le bec à un emmerdeur ou à une
pimbêche par la réplique qui dézingue?
Tout commença par un état de siège à la clinique. Alf était assis en tailleur, les jambes repliées sur le ventre et les pieds coincés au niveau de son fessier. Dans moins d’une dizaine de minutes, il sera né et aura déjà fait chier son monde.
Arrivé en salle de travail huit heures plus tôt pour accoucher entre quelques contractions douloureuses, Folcoche entendit les exhortations et la gueulante de la sage femme « Zuster A. Mora » qui se prenait pour la première moutardière du pape et qui cria.
- Merde, c’est un siège!
Le gynécologue-obstétricien, un finnois du nom d’Holtem Eruyt était tout en affaire devant un siège qui se présentait rarement aussi compliqué. A Saint-Augustin, tout le personnel était sur le pont. Quand finalement les fesses d’Alf se pointèrent à l’horizon. Le docteur manoeuvra habillement la tête pour la sortir en évitant l’asphyxie du nouveau-né. La première chose qu’on lui administra fut une claque sur son pet.
- Welcome to the feast, baby, et Alf hurla.
L’infirmière le déposa délicatement en décubitus ventral sur l’abdomen de la mère et lui déclara le sourire aux lèvres.
- Voilà le boutchou, Madame. Il est en bonne santé mais devra passer six semaines en couveuse car il ne fait pas le poids.
- Pas de problème, j’ai assez difficile à créer un lien avec lui. J’aurais tellement aimé avoir une fille et en plus, il n’est pas beau!
- Vilain au berceau, beau à la danse, Madame!
- Je ne crois pas.
- Mais… vous faites une dépression post-partum.
- Ah et ça dure longtemps?
- Cela dépend.
Malheureusement, chez Madame Durand, c’était à vie. Pour le père d’Alf, il fallait plus de temps pour se remettre de sa cuite qu’il en fallait à Folcoche pour sortir de couches.
Sa mère dira plus tard qu’il était tellement laid que par mégarde, on l’avait presque jeté avec l’eau du bain et placé le placenta en couveuse. Il est vrai qu’on est toujours le moche de quelqu’un, mais Alf avait la particularité d’être spécialement affreux. Ses deux fontanelles battaient déjà la chamade et son aspect de demi-portion incitèrent ses parents à l’appeler Alf. Lui qui allait courir le vaste monde et les jupons n’aura hérité que d’un don, celui d’être un cancre.
A six ans, Alf était au lit et vers minuit, il entendit des bruits.
On frappait aux volets de l’appartement de l’avenue Helenalei à Anvers.
Le « toc…toc… » s’approchait et une voix murmura.
- Alfred, Alfred es-tu là?
Il se réveilla et en regardant à gauche du lit, il vit une longue robe de soie qui froufroutait en avançant lentement. Il écarquilla les yeux et vit l’Immaculée Conception qui posait sur lui un regard très doux plein de curiosité.
- Mon enfant, n’aie pas peur, laisse-toi regarder par la Vierge!
Alfred voulut lui répondre mais aucun son ne sortit de sa bouche. Aphone et hypnotisé par cette surprenante apparition, il suffoquait et cherchait de l’aide.
Elle lui parlait en latin mais pour Alfred, c’était un charabia qu’il ne comprenait pas. Il crut à un rêve éveillé tant elle était belle et rayonnante. Poursuivant en français, elle lui dit avec une profonde peine figée sur son beau visage.
- Tu vas passer à travers des temps bien difficiles. Tu te sentiras seul et perdu. Mais à ma manière, je veillerai sur toi et ta jeunesse cabossée.
Après lui avoir révélé son avenir sous des couleurs sombres, l’Immaculée l’embrassa et quitta la chambre avec le léger bruit du frou-frou. Elle se retourna élégamment une dernière fois et lui souffla.
- Ceci n’est pas une fiction Alfred et ta femme portera mon nom.
Puis, elle se mit à rire de ses propres plaisanteries. Alfred n’oubliera jamais cette hallucinante vision n’imaginant pas qu’il allait passer par un chapelet d’emmerdes et de tourments.
Vlan, la porte de sa chambre claqua. N’ayant pas eu le temps de la fermer à clé, il vit sa mère surgir comme une furie. Elle saisit un cintre qui malencontreusement traînait sur le lit et lui asséna un coup sur la tête suivi d’une magistrale mandale.
Quelque peu sonné, Alfred 12 ans, réussit à ouvrir la fenêtre arquée et s’asseyant sur le bord, lui hurla.
- Si tu avances…je saute!
Et ce n’était pas sa première tentative.
Deux semaines plus tôt, il avait aussi crié comme un malade et quand la Folcoche était entrée dans la chambre, il n’y avait personne, rien que la fenêtre grande ouverte. Elle s’était avancée jusqu’au rebord de la fenêtre et s’était penchée, le coeur à l’arrêt s’attendant à voir le corps de son enfant étalé dans la cour. Mais, en bas, la cour était vide. Alfred s’était caché sous le lit pour terroriser sa Folcoche.
Maintenant, prudente car elle savait que son insupportable rejeton n’hésiterait pas à refaire le malin, elle resta immobile et avec le ton impérieux de celle à qui on ne la fait pas, elle posa la question responsable de son courroux.
- C’est quoi cette histoire de poissons rouges vendus au fils Cardon?
- Poissons quoi?
Alf savait que si on se faisait choper en plein mensonge, il y avait intérêt de faire machine arrière en racontant une infime partie de la vérité. C’est ce qu’il fit mais sans convaincre la madré. « Madrée! »
Il faut savoir que Madame Georgette Cardon avait appris, par Alfred, le départ de sa famille pour le Congo et elle téléphonait pour connaître la date de leur départ afin de venir chercher les poissons rouges achetés et payés à Alfred.
Toujours assis sur le rebord de la fenêtre, Alfred se tâtait la caboche. Il n’avait pas trop mal mais sentait venir un début de bosse. Il ne comprenait pas autant de violence de la part de sa mère. En se tournant vers elle avec un sourire en coin, il remarqua la hargne dans son regard et lui dit.
- Maintenant, moi aussi, j’ai ma Folcoche.
Elle se raidit et l’invectiva de plus belle pour finalement pleurnicher plus de rage que de chagrin. Entre nous, elle savait pleurer sur commande.
Finalement, elle quitta la pièce en lui disant:
- J’en avise ton père et tu ne rigoleras plus.
Cette pauvre Folcoche était torpillée par le qu’en dira-t-on. Il est vrai qu’avec la vente des poissons rouges, il n’était pas à son coup d’essai. Car un mois plus tôt, sa mère avait également eu Madame Tombeur au téléphone pour une arnaque aux timbres poste. Son fils Philippe achetait des timbres de « Magyar Posta » timbres hongrois de collection représentant de magnifiques papillons à Alfred pour 3 francs pièce alors qu’Alfred les achetait chez un philatéliste de renom « John Roels » rempart Sainte-Catherine , à 5 francs pour 3 pièces. Chouette bénéfice.
Ensuite, il y eut le troc de plumes de faisant contre un Dico avec un minus de sa classe. On peut compter bien d’autres petites filouteries mais on va en rester là. Le reste du temps, il traînait son culot et son baratin dans le centre ville.
Ce soir là, Alfred eut beaucoup de chance car son père rentra en retard avec les yeux remplis de houblon. Il avait eu un rendez-vous avec ses copains John et Jack, Johnnie Walker et Jack Daniels au café » Le Pèlerin ».
Quand la mère d’Alfred lui exposa les péripéties de son fils, il n’écoutait pas et s’en foutait complètement en se servant un verre de vin. Alfred n’attendait que ce moment là car il courut dans sa chambre prendre ses mauvaises notes scolaires pour les faire signer par ses parents.
Le père signa sans dire un mot mais sa signature dérapa sur la moitié inférieure du journal de classe, à tel point que le lendemain, le préfet fit venir Alfred dans son bureau pour lui demander s’il avait signé à la place de son père. Il répondit par la négative mais le « Pif » ne le crut pas et fit venir sa mère le lendemain.
Chez les Jéses, les discours culpabilisants agissaient, faisant d’Alf et ses copains des « égarés moraux » et à la maison, les incessantes injonctions de Folcoche lui donnaient le sentiment de tout faire de travers.
Mère et fils partirent ensemble au collège pendant que papa était encore dans les vignes du Seigneur. Alfred se dirigea vers sa classe et la mère vers le bureau du préfet quand soudain, elle se retourna et questionna son fils.
- Alfred, quel est le nom du préfet?
- Il s’appelle l’Abbé Soury.
- Arrête, chuchota la mère.
- Mais puisque je te le dis. je te jure que c’est son vrai nom.
Il était vasoconstricteur et faisait penser à un boa du même nom.
Le soir à 19h00, après l’étude, quand Alfred rentra chez lui, il apprit que le Pif , l’Abbé dey, n’avait nullement apprécié son surnom et sa mère non plus. Il eut le pressentiment qu’elle allait avoir la main lourde contrairement à ses jambes.
- Tu m’as fait passer pour une dinde et l’Abbé Dey veut te voir demain. Je lui ai demandé une retenue de 4 heures pour mercredi. Cela te fera réfléchir à toujours faire des conneries. J’avais l’air idiote!
Alfred ne broncha pas mais finalement ne put se retenir de rétorquer.
- Tu n’avais pas que l’air.
La boutade était éculée et rebelote, cela repartait pour un tour. Alfred vit les yeux de sa mère couleur bleu ciel noyé et saisit le signal. Il prit ses jambes à son cou, fila dans sa chambre et s’y enferma à double tour. Le lendemain, il alla chez le préfet qui lui confirma les 4 heures de retenue. Ce dernier lui dit.
- Alors, Alfred vous avez une mère qui a du caractère.
Alfred fit la moue, il n’était pas de cet avis et enchaina.
- Oui effectivement, même du très mauvais.
Mais ce qu’Alf tut, c’était qu’au lieu d’amener une pierre à l’édifice familial, chacun gardait sa pierre précieusement pour soi, quitte à ce qu’elle se mue en tombale.
Chez les Jèzes, on était admis selon des critères calotins c’est à dire qu’un élève sans piété était un élève qui compromettait sans pitié ses études et si en plus, il n’avait pas de bouquins, l’échec était irrémédiable. A la « casa », il était l’étouffé du logis assoiffé de liberté. Les garçons de sa classe avaient tous été nourris, dès le berceau, au lait du fanatisme religieux. Pour Alf, l’école ne représentait que la ritualisation de l’angoisse. Apprendre des choses insensées sous le regard d’un curé qui n’aimait pas du tout sa langue maternelle le rendait malade.
On était à la mi-septembre et son vieux cartable qu’il avait hérité de son frère JP l’attendait dans l’entrée, toujours vide. Depuis quinze jours, il demandait aux différents professeurs s’il pouvait se mettre à côté d’un autre élève pour suivre le cours. Un soir, pour la xième fois, il en parla à ses parents qui lui objectèrent que cela n’en valait pas la peine car il serait quand même pété avec ou sans livres.
- Mais pas pété comme toi, pensa Alfred in petto en observant son paternel.
Merde, Jamais il n’eut la chance d’avoir des fournitures scolaires que ce soit à la rentrée des classes ni après.
Une semaine après, certains profs lui interdisaient de suivre leurs cours s’il n’avait pas le livre adéquat. Il passait la majorité du temps dans le corridor ou le couloir.
Certains élèves avaient pitié de lui, d’autres le snobaient.
Alfred était malheureux. Il sentait naître autour de lui une forme d’ostracisme surtout à la récréation quand les élèves se retrouvaient devant la machine Coca Cola et qu’il restait à l’écart, sans une thune. Sans thune, pas de coke et comme il avait déjà tapé tous ses copains à plusieurs reprises, ceux-ci commençaient à la trouver raide. Il régnait une violence sourde exercée par les beaux, les impudents, les ironiques qui s’imposaient redoutablement aux autres. Gare aux trop gros, aux trop mélancoliques, aux trop roux, aux trop mous ou ceux sans le sou. Sans bouquins, un fossé se creusait avec les nantis.
Il suivait vaguement les conversations à la récré quand il entendit que les copains avaient vu le film « Taras Bulba ». Une idée lui traversa l’esprit. Il proposa à ses potes que pour 5 francs par tête de pipe, il se raserait la sienne en y laissant une petite queue comme celle du dénommé «Taras».
L’affaire fut conclue séance tenante et il fila chez ses amis Jean-Marie et Jean-Michel pour se faire raser en lui laissant une touffe au sommet du crâne. On était l’automne et comme il faisait un froid de canard, gentiment, Jean-Marie lui prêta un bonnet rouge pour réchauffer son caillou.
Le titulaire de sa classe était un homme modeste qui avait de bonnes raisons de l’être. Alfred entra dans la salle d’études. Il était évidemment affublé d’un bonnet très voyant. Tous les élèves s’esclaffèrent et le prof eut toutes les peines du monde à les calmer.
- Silence, silence, ça suffit! hurla-t-il.
Finalement, le brouhaha cessa dans le local.
- Durand, enlevez-moi ce stupide béret tout de suite.
Alfred sourit en affirmant qu’il ne voulait pas d’ennuis.
- Durand, ne faites pas l’imbécile et retirez moi ça immédiatement.
Alfred s’exécuta et présenta sa bille de billard surmontée de sa petite queue. Un fou-rire généralisé secoua toute la classe sauf le prof qui, furax, tapa avec le plat de la main sur son pupitre en hurlant.
- Durand, vous sortez immédiatement d’ici et vous ne revenez plus au cours avant la repousse de vos cheveux. Compris!
Alfred quitta les lieux en espérant pouvoir bientôt empocher de ses copains de classe, 22 x 5 francs.
Dans le couloir, il cogita en se massant la boule en se demandant ce qu’il pourrait imaginer comme récit fantaisiste à sa mère, la vieille « Super Chérie ».
En rentrant chez lui à 18 heures, il n’y avait personne excepté un petit mot pour dire qu’ils rentreraient plus tard dans la soirée. Mais Alfred n’était jamais seul à la maison, il y avait « Chloro » sa petite souris blanche qui l’attendait pour venir se balader sous sa manche ou dans sa poche.
- La surprise ne sera pas pour ce soir.
Le matin, la Folcoche entra dans la chambre d’Alfred. Il était au lit avec son inséparable bonnet rouge.
- C’est quoi ce truc? dit-elle en lui tirant le couvre-chef de la tête. A cet instant, elle eut vraiment la tête près du bonnet. Elle vociféra sa surprise.
- Mais tu es fou ou quoi? Les gens vont croire que tu as une maladie de peau et en plus, tu as un vilain crâne. Tu es complètement siphonné !
Elle fit appel illico presto à son mari qui, malgré sa colchicine et son Serpasil, marchait difficilement à cause de la goutte.
Arrivé dans la chambre, il vit Alfred et dit simplement.
- C’est marrant, on dirait un Kalmouk.
La mère fulminait avec une expression d’animosité qui n’avait nul besoin de traduction.
- C’est tout ce que tu as à dire à ton crétin de fils?
Quelques élèves avaient payé les 5 francs au Kalmouk.
Il avait gagné 45 francs.
Mais c’était une mauvaise affaire car, maintenant, avec ou sans bonnet, il ne pourrait plus apitoyer les passants de l’abri-bus pour leur demander les 4 francs de son transport prétextant avoir perdu son abonnement. Sa boule à zéro n’avait pas le pouvoir d’inspirer confiance. Il s’en rendit compte car cumula les retards au collège ce qui, finalement, l’obligea à changer d’école pour la xième fois.
Pour la rentrée…, la porte.
Dans sa nouvelle école et même avec sa boule de billard, il s’était fait des amis mais fût immédiatement repéré par le directeur, le Père Léon. Etre soimême n’est pas évident quand on est obligé de faire le clown.
Ses parents étaient objectivement désagréables et le Père Léon était du même acabit que ses géniteurs. Ils n’avaient toujours pas donné de bouquins à Alfred.
Sa mère ne pensait qu’à ses copines , des dindonettes cancaneuses, qu’elle rencontrait les après-midi lors de « Koffie Klets » ou « Coffie Klachs » et son père se souciait de l’avenir d’Alfred comme de sa dernière cuite. Alf n’était pas heureux et le foyer était un lieu où il ne faisait pas bon s’attarder.
Le lendemain, l’adipeux curé Léon, le convoqua dans son bureau avec un air de vicelard. Il lui posa un tas de questions. Alfred en déduisit qu’il voulait le beurre, l’argent du beurre et l’enfant de coeur. Il expliqua à Alfred qu’il était d’une famille riche qui avait fait fortune dans les fruits. Il ne souriait jamais et pourtant, il avait la banane. Quant à mazouter son pingouin, il devrait s’adresser ailleurs. Il arrivait toujours à passer entre les soutanes et ressortit avec une retenue pour impolitesse.
Le curé était pourtant considéré comme un saint homme.
Le soir, il eut la chance de voir ses parents et de leur raconter sa mésaventure.
La seule réaction qu’il encaissa ne se fit pas attendre:
- Tu n’es qu’un mythomane et un menteur. Tu veux faire ton intéressant.
C’était trop injuste, ils inversaient les 4 positions. Les victimes devenaient les coupables et les coupables, des victimes. Il assistait impuissant au délitement de sa famille.
C’est là qu’Alf réalisa que toute religion changeait une vie en une somme d’occasions perdues.
Alfred ne voulut pas en rester là et fit sa propre enquête. Ainsi, il apprit que l’adipeux avait une soeur qui venait d’entrer dans les ordres. Elle était nubile et moins ventrue que lui. Elle se nommait Bernie et était très discrète.
La vie austère du couvent ne lui convenait qu’à moitié. Au fond, elle était triste.
Soeur Bernie Sousbure avait contacté la soeur supérieure, une vieille nonne, qui lui conseilla de rencontrer le Père Joseph qui pourrait l’aider à surmonter ce coup de blues. Le premier tête à tête entre Joseph et Bernie eut lieu au parloir de l’église. Après avoir parlé de l’amour du Christ, Joseph lui demanda s’il pouvait prendre sa main ce qui intrigua la jeune Bernie. Mais comme elle avait fait voeu d’obéissance, elle accepta et lorsque Père Joseph guida sa petite main sur son sexe gonflé comme une baudruche, il lui dit pieusement dans un souffle haletant.
- Bernie Sousbure, vous allez sentir l’affection et l’ardeur de Jésus. Un jour, on fera rentrer Jésus dans la crèche.
Bernie était paniquée et effrayée. Le violeur en soutane était un habitué des nonnes et des enfants de coeur. Heureusement, certains enfants étaient plus perspicaces qu’on ne le pense. Sous l’emprise du violeur Joseph, notre Bernie devait se mettre régulièrement à genoux mais ce n’était pas pour prier. Joseph lui imposait « in personna christi » une bonne pipe chrétienne.
Le père Léon était un prédateur sexuel et sa soeur, la victime d’un autre désaxé. Il enseignait la parole de Dieu sous la forme d’un sermon.
- Le seul escalier menant au ciel est celui que l’on se construit soi-même sur terre.
N’étant pas très grande, la servante Bernie se retrouvait régulièrement à quatre pattes sous la soutane de Joseph. L’endroit sentait sacrement le vieux curé et l’Anus Horribilis. Et si c’était là le Saint-Siège ?
Il était coutumier que, la pauvre Bernie, après avoir reçu les vigoureux coups de reins de Joseph, haletante encore le cul en l’air, prenait sa flûte entre les doigts et l’égrenait comme un rosaire. Son énorme piété la poussait à accepter des pratiques qui ne lui plaisaient pas du tout. Mais la peur d’être abandonnée par Jésus justifiait son sacrifice à la grâce de Dieu. Elle fit trois « Notre Père qui est odieux ». Du culte au cul, il n’y avait qu’un petit pas à franchir.
En continuant l’enquête, Alfred était écoeuré. L’école était devenue une machine à détruire la confiance et dans le premier cercle « La Famille » Itou.
Il avait tellement d’aversion pour ce gros porc de Léon que finalement, il détestait la religion. Ce complexe chrétien consistait à considérer la souffrance comme normale. Cette religion, qui avait démarré sur le tard, avait pris son envol avec un gringalet qui s’était laissé crucifier comme un agneau.
Comme d’habitude, il était en classe sans bouquin. Le titulaire l’envoya chez Léon porcus. Alfred subodorait un coup de pute. Ce couillon se prenait pour un démiurge. Que voulait-il encore ce potamochère.
- Alors Alfred, on fait le malin, toujours pas de livres?. Ecoute-moi bien ou je te donne deux heures de retenue ou quelques coups de règle sur les fesses.
Alfred outré se leva et quitta le bureau en claquant la porte violemment. Il avait définitivement une extinction de foi.
Le lendemain, ses parents reçurent une lettre priant de retirer leur fils immédiatement du collège. Enfin, il était quitte de Léon, le scatolique et comprit que la seule école libre s’appelait, l’école buissonnière.
Alfred arriva à l’Athénée au milieu de l’année scolaire dans une classe où il y avait des gamins qui criaient, qui chahutaient et provoquaient un boucan d’enfer.
Devant l’estrade et le tableau, un prof se tenait debout et ne bronchait pas.
Alfred avait l’impression que ce zig avait été placé là par le musée Tussaud et que c’était un leurre. Alfred se dirigea vers lui et tout à coup, le prof se retourna comme un automate et lui présenta un visage triste et grave. Il lui manquait, en outre, quelques chaises dans sa salle à manger. Il ressemblait à l’édenté du tir aux pipes à la foire du Midi.
- Bonjour, je suis Alfred Durand. On m’a dit que je devais intégrer cette classe.
Le titulaire continuait à regarder Alfred et deux bics volèrent dans leur direction. Le paresseux édenté restait toujours impassible.
- Asseyez-vous où vous voulez!
Il observa encore ce prof qui avait l’air absent et indifférent à ce qu’il se passait autour de lui sans exhaler toutefois l’odeur de cadavre d’un musée « Tussaud ».
Ce prof avait l’oeil cireux.
- En voilà un qui ne réussira jamais à intégrer l’école du rire.
C’est dans cette classe qu’il rencontra Roméo. Il avait une ravissante maman qui se nommait Lauren. Roméo ne bandait que pour ses voitures miniatures. Quant à Alf, il était obnubilé par les formidables nichons de Lauren. Roméo lui apprit que sa mère était veuve, son père s’étant suicidé et qu’elle ne vivait que pour son Roméo chéri car elle se sentait coupable d’avoir choisi un mari aussi faible d’avoir préféré la mort à la vie, si difficile soit-elle. Alf apprit aussi qu’elle écoutait de l’Aznavour en boucle et « Demain, tu te maries » par Patricia Carly. Lauren était une des rares mères qui aimait bien Alf.
Un après-midi, Roméo et Alf jouaient à plat ventre au salon sous le regard de Lauren. Les petites « Dinky-Toys » glissaient sur le tapis au grand bonheur de Roméo. Alf était plutôt intéressé par la blouse de Lauren qui, à moitié déboutonnée, laissait entrevoir le galbe majestueux de deux incroyables Roberts.
Assise en tailleur dans un beau canapé, elle n’avait aucune honte à montrer la peau blanche et lisse de ses cuisses. Alf ne ratait rien de ses faits et gestes. Il bandait comme un cerf pendant que Roméo continuait à faire « vroom, vroom » avec une Desoto. Elle regardait Alf d’une façon provocante avant de baisser les cils en plaisantant de tout et de rien. Il fit de Roméo son fidèle et inséparable ami.
L’image de Lauren lui trottait dans le tête. Quelques jours plus tard, il n’hésita pas à aller la voir sachant que Roméo était en visite chez sa grand-mère.
Le coeur battant, il sonna à la porte avec l’espoir qu’elle soit à la maison. Caramba, il y avait du monde au balcon.
- Bonjour Alf, entre!
- Bonjour Madame, Roméo est-il là?
- Non, il est parti chez sa Grany.
- Ok, je reviendrai demain.
- Mais non, entre un instant et appelle-moi, Lauren, dit-elle avec une insolence délibérée.
Il la suivit au salon et remarqua qu’elle portait une jupette au ras de la « bref » qui la faisait paraître plus nue que si elle n’avait rien porté du tout. Il n’oubliera jamais Lauren et ses jambes à damner tous les saints du Paradis. Installée en face d’Alf, dans un divan en gros cuir garni de glands, elle lui manifesta un intérêt assez coquin. Quant à lui, il ne pensait qu’à respirer le parfum de sa petite culotte.
- Comment ça va Alf. Tu as l’air tourmenté!
- J’aimerais vous faire un petit smack!
- Viens, mon Chéri!
Elle le prit dans les bras et le serra fort sur ses deux prodigieux nibards. Ils fusionnèrent en se roulant une incroyable pelle, un patin magnifique et consenti suivi d’une « Troc sans Fric ».
Pour ses quatorze ans, elle lui fit avaler une langue capable d’alimenter des scénarios érotiques à vie. Elle incarnait la mère pacifique qui n’attendait qu’un tsunami pour faire déborder sa folle tendresse. Tout l’opposé de sa Folcoche et d’autres mères « Beerschotiennes » qui, avec leurs incessants sourires de bienvenue et leurs ricanements d’égorgeuses professionnelles, l’emmerdaient souverainement. Il prit l’habitude d’aller régulièrement chez elle pour un chouette passage à moelle. Taraudé par ses hormones, il en sortait rincé comme en manque d’oxygène. Avec son coeur aussi grand que son tour de poitrine, elle lui avait appris l’amour et la jouissance de l’instant. Seule et très secrète, il ne savait pas grand chose d’elle. Il prenait ce qu’elle lui offrait comme la douceur à la Jane Mansfield ce qui compensait le côté acariâtre de sa Folcoche. Cette rencontre sonna le glas de sa naïveté. La main et le sein tendus par Lauren chamboulèrent son destin.
Son voisin de banc, un chinois au teint olivâtre avec une peau luisante, sentait le canard claqué pourri. L’odeur était acre et mélangée à sa transpiration. Ce renifleur de flatulences aurait pu se diagnostiquer tout seul. Heureusement que la cloche sonna pour le délivrer de son compagnon malodorant. Il s’appelait Peng et ses parents possédaient un resto chinetoque, rue de la Station. L’établissement, le « Nazi-Göring » où Peng l’invita un midi, avait un énorme aquarium à l’entrée et un vivier crado au fond de la salle dans lequel, crabes et homards se montaient les uns sur les autres. Installés avec des satés et du saké, Alf entendit un hurlement de chien provenant de la cuisine.
- Dis Peng, c’est quoi cet aboiement qui semble s’arrêter?
- C’est qu’il est à point!
Peng lui apprit que son grand-père avait inventé le hotdog chinois à base de pékinois et qu’il avait été grossiste en eau-de-vie quand il séjournait en prison, à vie, pour des pots de vin. Alfred n’avait toujours pas de livre. Mais dans cette école où tout le monde s’en foutait, il était heureux car à l’athénée, pas de curé. Les fréquentations d’Alfred étaient très sympa.
Après les cours, il y avait un endroit au coin de l’Avenue de Belgique , le « Baco » où tous les garçons et les filles de notre âge se retrouvaient comme le chantait si bien Françoise Hardy. Des hôtesses sylphides, habillées d’une jupe crayon rose style Louis Feraud, distribuaient des bonbons Fruitella devant une Mini Cabrio de la même couleur. Il pensa.
- Ces flamandes sont superbes, une vraie flamboyance! pensa-t-il. C’est là qu’il rencontra Nelly.
Il avait l’impression de la connaître depuis longtemps. Elle était belle comme le jour. Avec elle, il nageait dans le bonheur et plus rien d’autre ne l’intéressait.
Chaque jour, ils s’échangeaient des lettres enflammées et se promenaient de l’école à chez elle. Les parents étaient sympa mais au départ seulement.
Toutes les étapes avaient été franchies en un temps record.
Une spontanéité réciproque rendait cet amour unique. En classe, le prof le réveillait pendant qu’il se complaisait à rêver de sa dulcinée. Souvent, il la fixait avec un air gourmand. Elle étudiait très bien, lui n’en touchait pas une.
Alfred prêchait à ses copains.
- Aller au collège, c’est le meilleur moyen d’apprendre ce qui n’a aucune importance.
Ce jour là, il fonda l’école « VQ » dans laquelle il sera le seul et l’unique élève.
Un jour, l’un d’entre-eux est arrivé en Porsche pour le chercher à la sortie de l’athénée. Il se nommait Jim et avait à peine 17 ans.
- Tu peux rouler en Porsche toi?
- Oui, je travaille pour Porsche, en Allemagne. Je suis pilote d’essai. Effectivement, il roulait avec des plaques allemandes.
Plusieurs fois, il était venu le chercher avec d’autres Porsches. Tous les copains de classe étaient ébahis et Alfred très fier. Mais deux mois plus tard, dans la rubrique des faits-divers, on pouvait lire.
Anvers, un jeune voleur, le nommé J.vR a volé 18 Porsches avant d’être interpelé par la police anversoise.
Jef, son autre ami, avait ouvert un Club-Bar dans une maison de maître en face de l’Innovation. L’endroit était meublé avec beaucoup de goût, belles tables, tableaux modernes, chesterfields et une multitude de bouteilles d’alcools.
Son bar, baptisé « Le Spleen », était fréquenté par un monde distingué et nanti qui frôlait le summum du snobisme. Hélas, deux mois après l’ouverture, son ami Jef se reposait à l’Amigo pour trafic de stupéfiants et association de malfaiteurs.
Son troisième ami, Jacques, méritait le pompon. Un jour, il était venu dire bonjour à Alfred et profita de l’occasion pour lui demander.
- Dis Alfred, toi qui connais pas mal de monde, tu ne serais pas heureux de vendre des antiquités?
- Bien sûr!
Il déposa dans le garage de Nelly des crémaillères, des vieilles barattes à beurre, des angelots callipyges, de vieilles taques, de belles chaises, des tables, des pots de Delft et de vieux fauteuils en très beau cuir ainsi que d’autres beaux cadres.
- Vends-les le plus cher possible!
Les parents de Nelly trouvaient cela bizarroïde mais n’y voyaient que du feu. Alfred les fourguait à plusieurs parents
d’amis et il gagnait bien sa vie. Il invitait sa Nelly au « Coucou ». Le poulet y était délicieux. Heureux, il ne voyait pratiquement plus son harpie de mère car il rentrait chez lui de plus en plus tard.
Mais par manque de chance, un jour, la mère de Jacques fut invitée à un dîner chez des amis et y reconnut certains de ses meubles. Finalement, on apprit que Jacques avait vidé la maison de campagne de ses parents en Ardennes.
Alfred était dans la merde. Inutile de vous dire que les résultats scolaires d’Alfred étaient particulièrement mauvais, même en gymnastique car il n’avait pas la tenue réglementaire. Aussi, pour les vacances, ses amours de parents avaient trouvé une idée lumineuse.
Ils lui avaient dégoté un job de vacances dans une ferme à Alphen aan den Rijn en Hollande pour tout le mois de juillet.
Si Alfred travaillait bien dans l’exploitation, le séjour serait gratuit sinon, payant. Alfred devait nettoyer régulièrement la soue des porcs. Donc, Alfred était dans la merde jusqu’au cou. Il en eut assez et comme il était dans la merde, il décida d’emmerder son monde. Et dans ce genre de job, il excellait
Il s’entendait bien avec la fille du bouseux mais pas avec la famille batave et prolétaire. Toujours est-il qu’à la fin du mois, ses reproducteurs qui avaient des oursins dans les poches, durent remettre quelques biftons au cul terreux et cela n’était pas prévu. Revoir leur fiston ne les enthousiasmait pas outre mesure. Dès qu’ils prirent la route à trois, les charmants parents crièrent en coeur.
- Avec toi, on a que des merdes!
La vie d’Alfred suivait son cours. Il était profondément optimiste sur rien du tout.
Toujours très amoureux de Nelly, il soupait souvent chez elle. Elle au moins avait des parents sympa et plein d’humour. Après les repas du soir, il se planquait dans le jardinet et dès l’extinction des feux, il commençait l’escalade de la villa.
Sa technique n’était pas vraiment au point mais l’adrénaline et la récompense de ses efforts décuplaient ses forces. C’était une varappe et il fallait solidement s’accrocher. Une fois, il resta perché un moment sur le rebord de la fenêtre pour reprendre son souffle. Il lui fallait dix minutes pour atteindre la chambre de Nelly. La récompense, c’était sa Belle qui l’attendait langoureusement au lit dans cette villa qu’il appela: « Le Château de la Belle au Bois dormant ».
Pendant qu’il se courbait pour la première fois devant « L’origine du monde », Alfred découvrit l’extrême volupté.
Quel cadeau, quel bel amour tendre et passionné. Parfois instable entre brouille et baisers, entre rires et larmes, entre jalousie et connivence. Alfred qui cherchait dans sa fuite adolescente un sens dans sa vie l’avait trouvé dans les bras de Nelly avec cette romance à l’eau de rose poivrée.
Les lendemains, il consignait ses nuits magiques dans son journal enfermé à clé dans son armoire avec les lettres de Nelly. Tout allait très bien, très très bien.
Mais c’était sans compter sur le retour de la fée maléfique qui cassa la porte de l’armoire et lut son journal intime. Elle téléphona, en jouissant, aux parents de Nelly qui furent consternés d’apprendre cette découverte. C’était le premier acte de cette « infamille » celle qui expliquera les événements qui adviendront plus tard. Nelly était très triste car son papa avait fait un infarctus quand il eut vent des amours clandestines de sa fille sous son toit.
Depuis que la Folcoche avait fait une énumération exhaustive du journal d’Alfred à la mère de Nelly, elle rayonnait de plaisir tandis que l’autre n’en croyait pas ses oreilles. Nelly s’est vue obligée de couper définitivement les ponts avec Alfred.
La Folcoche persévéra dans sa méchanceté et fila voir un juge pour enfants. Elle avait sa face de carême et sa tronche de mère « La Morale ».
Le premier juge se nommait Horion.
- Mais Madame, il faut redéfinir l’autorité, la norme, le cadre… Vous ne devez pas vous laisser persécuter. Mais arrêtez, vous aussi, de persécuter cet enfant et obligez votre mari souvent absent, à reprendre sa place de père. Alfred m’a dit qu’il buvait beaucoup.
Alf prit conscience que le timbre de voix de sa mère tapait fameusement sur les nerfs du juge.
- Boire oui, comme tout le monde, Monsieur le Juge, qui lui prêta un regard de vautour exaspéré.
- Savez-vous que quand je lui ai demandé ce qu’il souhaitait, il m’a répondu: « Je voudrais pouvoir changer le vin de mon père en eau ». La situation va de père en pire!
Puis, à la grande joie d’Alf, le juge dressa un portrait drôle, cynique et sans fard de l’imprévisible Folcoche qui avec sa présence maternelle menaçante et implacable répondit.
- Il ne fait qu’inventer, Monsieur le juge. C’est un voyou! et comme une comédienne, elle éclata en sanglots ce qui irrita autant Alf que le juge.
- Et vous, sa mère et femme de sens, vous allez d’un oeil curieux épier ses amusements, lui faire un crime de ses petites fredaines, contrecarrer ses amourettes et condamner ce jeune homme de vos propres gentilles pratiques et les doux passe-temps que vous ne vous refusez pas. Eh oui Madame, je me suis renseigné. De combien d’ados ne peut-on penser que c’est par médiocrité qu’ils sont sages? De toute façon, on ne se déchire jamais si bien qu’entre même parenté. Vous avez fait un sacré fils!
L’authentique problème était qu’entre fusions, fissions, frictions et explosions, Folcoche lavait son lynchage en famille. Devant ce juge, elle venait de regretter d’être en vie ou pire encore, qu’Alfred existe. En le quittant, elle fulminait et alla chercher un autre Tilqus. Au fond se disait Alf, à part
les « Moi, je… » qu’elle ne cessait de répéter, elle n’avait rien à dire. Maintenant, il était sûr de quitter bientôt sa famille d’écueils, ses alliances adolescentes, mais hélas, pas les adultes pervers.
Le second juge pour enfants avait une tête de faune.
C’était un crétin sentencieux. Elle lui lu le journal d’Alfred en pleurnichant avec des larmes feintes destinées à émouvoir le vieux juge cacochyme. Pendant la lecture, le faune eut un
flagrant désir tout e n se caressant l’entre jambe. Folcoche fit mine d’ignorer la scène et lui dit avec son habituelle imbécilité.
- Il est ingérable, parlant de son rejeton comme d’un paquet de linge sale.
- Mettez le au pensionnat!
- Vous savez ce que ça coûte?
Finalement, ils eurent un coup de génie. Six jours plus tard, Alfred partait à Rotterdam pour faire le mousse sur un minéralier de cent seize mètres de long à destination du Brésil. Il avait 15 ans. Avant son départ, il parvient encore à donner un petit coup de bigo à Nelly. Ils se séparèrent, pleurant comme de vrais gosses.
Folcoche avait bien réussi son coup, arracher Alf à ses amis et à Nelly. Il éprouva un terrible sentiment de trahison de sa rosse de mère. La méthode imparable que cette méchante manipulatrice avait manigancée lui donna la nausée.
Son stratagème était de pleurer la première sachant bien que:
« Si tu veux faire pleurer quelqu’un, pleure la première ». Et cela marchait à tous les coups. Elle voulait la destruction d’Alf en le faisant embarquer sur un cargo maudit comme un amas de gravats que l’on jette sur le pont d’un navire. Pour Alf, le choc fut terrible à encaisser. Dans son calepin, il commença à écrire les premières lignes de son odyssée. Il choisit comme titre.
MANUSCRIT DE LA MERE MORTE. et entama son récit par:
On est jamais mieux trahi que par les siens.
La coque du géant minéralier était d’une couleur noire prémonitoire. En escaladant la haute passerelle en corde avec son petit sac Sabena, il se retourna et rêva pendant cinq secondes.
- Si au moins, j’avais pu dire adieu à Nelly.
Avec sa maternité absente et destructrice, Folcoche l’avait enfermé à trouble tour. Il vibrait de chagrin avant de trembler de colère. Il se trouvait sur le deck comme « le jeune homme et l’amer ». Cet événement sans retour possible venait de tourner la page de son enfance. Elle et Nelly ne seront plus là à son retour. Finalement, il avait arraché le gouvernail de sa vie des mains empoisonneuses de sa tortionnaire.
En tant que deckboy, on l’amena dans une cabine où trois ostrogoths tapaient le carton sans lui dire bonjour. L’un d’eux était très bruyant. C’était son voisin de plumard qui était atteint de cacostomie avec une tête de minus. Plus tard, il apprit qu’il buvait comme huit. Dans cette couchette d’ivrognes, l’odeur d’alcool et la fumée omniprésente rendaient l’atmosphère irrespirable. Ils fumaient comme des centrales à charbon, enchaînant l’une après l’autre. Il lui était impossible de fermer l’oeil de la nuit. Sur le chemin de la ruine affective, il pleura doucement sur sa couchette. Il pensa à Nelly et se retourna pour cacher ses larmes.
- Je suis un enfant de paire inconnue.
Le lendemain, il participait au saisissage des minerais pour remplir les cales. Il devait tirer comme un malade sur des
Câbles d’acier, des sangles en cuir et d’autres chaînes. Même muni de gants, il avait des cloques et les doigts en sang. Au bout de plusieurs heures, la cargaison était arrimée et lui, mort crevé. Mais le boatsman (Quartier Maître ) n’en avait cure.
C’était un grand nègre de près de deux mètres qui dégageait une impression de puissance et de méchanceté hors du commun. Son antipathie était à lui seul un vaccin contre le rire. En voyant Alfred, il se souvint que ses aïeux avaient été des esclaves et que maintenant, c’était l’occasion de se venger. Il hurla à Alfred un maximum de « TAF », nettoyage du pont, de la cuisine et des chiottes. Il avait du boulot programmé pour toute la journée. On ne pouvait plus employer le terme nègre, il fallait dire: « Issu de la diversité ».
Mais pour Alf, le boatsman restait un grand singe.
Le « Karaboudjan » s’éloignait de la côte batave dans une brume où se fondaient les contours de la vision qui, à cause de ses larmes, doublaient ou triplaient l’image. C’est à cet instant que son enfance fut assassinée et avec elle, ses puissances poétiques, si petites soient-elles. Il n’y a que deux choses qu’on ne choisit pas; Ses ennemis et sa famille.
Alf n’avait pas vu venir le grand singe noir. C’était le boatsman « Alan » en négatif qui hurla.
- Alors feignasse, on est inactif. Que fous-tu là?
- Je tue le temps avant qu’il ne me tue.
- File nettoyer les douches et que ça saute!
- Vous seriez gentil de vendre un peu plus de rêves sur votre yacht!
- Je vais t’en vendre du rêve deckboy, tu vas voir.
Alf reçut une gifle en pleine poire. Oufti, ce n’était pas les copains d’abord ni de la roupie de sansonnet à côté de ce qui se tramait. Il était en proie à un sentiment d’absolue solitude et de cruel abandon. Après le repas du soir, il rangeait sa cuisine avant d’aller se coucher. Une heure plus tard, le gorille le sortit de sa couchette en vociférant.
- Ta cuisine est répugnasse. Va la nettoyer illico, mousse de mes deux!
Tout endormi et crevé, Alfred ne savait plus où il se trouvait mais en arrivant à la fameuse cuisine, il remarqua que le beurre, le lait, des oeufs et d’autres aliments jonchaient le sol. Il se mit à tout nettoyer en pensant à Nelly pour garder le moral. Cette opération cuisine fut encore répétée deux fois dans la même nuit Truffé de désillusions et d’amertumes, c’est le monde tel qu’il hait.
Le matin, il était exténué et après avoir préparé le petit-déjeuner, il alla s’enfermer dans les toilettes pour s’allonger au sol en chien de fusil. Il s’endormit rapidement au pied de la cuvette. Il se réveilla en entendant des grands coups sur la porte. Il sortit de son cinq étoiles et tomba nez à nez avec ce grand singe qui le fusilla d’un regard mauvais en lui écrasant sa petite espadrille de ses lourdes bottines de pont renforcées au métal.
- Voilà pour toi, feignasse maigrichonne!
Alfred hurla de douleur et du sang transperça son espadrille. L’orteil était cassé et l’ongle également. Pour ce bougnoul, le seul droit légitime était celui de la force brutale, le faible avait toujours tort à cause de sa propre faiblesse. Ici, il ne pouvait hélas pas faire le copain d’abord n’ayant pas le public rêvé. C’était la descente dans le maelström de noirceur où il n’y aurait aucun mais aucun éclair de joie. Il ne rêvait que de saborder ce bateau de merde et de tuer le cannibale.
Une heure plus tard, il était convoqué chez le capitaine « la Molaire » et effectivement, ce phacochère aphteux avait la dent dure.
- Vous vous croyez en croisière. Vous n’en foutez pas une. En deux jours, j’ai déjà eu quatre plaintes de la part du boatsman et en plus, vous êtes réfractaire à la discipline.
- Mais…Je…
- Silence! Vous n’avez pas droit au chapitre!
- Mais…
- Silence!
Alfred se retourna et fila en boitant pour rejoindre le pont.
- Quel alveopyge (Trouduc) ce con. Si j’avais une fesse comme sa gueule, je me la ferais amputer.
Sur le pont, un marin lui demanda.
- Ca va mec?
- Bof!
- Que t’arrive-t-il?
- Oh rien. J’ai rencontré ici « le Club de la mauvaise foi évidente ».
Pour Jean-Luc, le marin, c’était de l’hébreu.
Le grand gorille était à 20 mètres et mimait à l’adresse d’Alf qu’il le lui avait mis profond. ( Pardon pour la grossièreté, mais tout ce cauchemar en rafiot sera comme ça )
Alfred se dirigeait vers l’upperdeck pour badigeonner les tuyaux d’antirouille.
A mesure que les jours passaient, l’assurance s’évanouissait laissant place à un malaise grandissant. Au fond, il était relégué comme le dernier des ouvriers non qualifiés. Pour tout l’équipage, il était transparent comme s’il n’existait pas.
L’absence d’espérance était un boulevard pour les oiseaux de malheur qui alimentaient sa peur. Ses membres étaient très douloureux et ses bras tremblaient à cause du pénible saisissage. Soudain, il vit le bosco qui le narguait.
- Tu trembles, carcasse, mais tu trembleras bien davantage si tu savais tout ce que je te réserve.
Ce singe sadique n’avait aucune culture, bien que? C’était vrai qu’il n’était pas gros mais de là à l’appeler carcasse. Il fit un doigt de réponse et sentit une douleur inconnue émaner de son coeur pour se propager tout au long de son corps.
Il quitta l’upperdeck. Pour atténuer la douleur et compenser son manque de sommeil, il alla s’allonger dans la cuisine. Il n’allait jamais pouvoir s’habituer à ces horaires atypiques ni à cet embrouillamini d’événements et de personnages bas de gamme. C’était la mort de son vivant et son passé confisqué. Déprimé, il se mit à écrire ce qu’il se passait mais comme il ne se passait pas grand chose, il s’évertua à écrire ce qui ne se passait pas et baptisa « La Molaire » de « Pierre Loto, capitaine de Vessie ». Finalement, il s’endormit étendu sur deux chaises à 14h40.
A moitié réveillé et le dos fortement courbaturé, il vit un des matelots de sa cabine qui le fixait. Le regard était rendu sauvage par d’épais sourcils qui pointaient à l’horizontale. Alfred pensa illico au yéti de Tintin au Tibet.
Il reconnu le type. C’était celui qui jouait aux cartes le jour de son arrivée et qui avait tout perdu avant de gagner…la porte.
Avec un sourire d’une éclatante fausseté, il lui dit.
- Vie de marin, vie de putain!
Sans attendre, Alfred, malgré son état de faiblesse, rétorqua.
- Tu sais, tes dictons à la con, tu peux te les carrer au cul.
Le mec avec les sourcils en antennes de TSF quitta la cuisine en vociférant des mots crus comme s’il était atteint du syndrome de Gilles de la Tourette.
Alfred se levait d’un pas hésitant et se sentait poreux aux émotions de toutes sortes. Le soir, il distribuait les couverts en les jetant au milieu des tables pour gagner du temps. Le bosco les lui renvoya de toutes ses forces; fourchettes, couteaux, le tout atteignant le dos d’Alfred qui se retourna et cria d’un air haineux.
- Avec ton crucifix sur le torse, ce n’est pas une mise en valeur pour ton dieu.
Le bosco, vert de rage, se rua vers lui. Heureusement qu’un marin vint s’interposer entre eux. Alfred le remercia. Plus ou moins calmé, le noir fulminant des narines retourna à sa place. Son humeur et sa rage se reportaient chaque jour un peu plus sur Alf. Quand on pense qu’à l’époque, les marins se tatouaient un crucifix sur le dos afin de décourager le contremaître de les taper trop fort lors de châtiments corporels.
- O tempora O mores, se dit Alfred en quittant le mess.
Quelques goélands piaillaient au dessus du bateau. Alfred pensa.
- On est donc pas trop loin des côtes. Serais-je capable d’y aller à la nage? Non!
Il poussa un profond soupir et s’appuya à la rambarde en observant l’écume blanche que tissait le sillage du bateau.
Un extraordinaire bal de faux jetons se déroulait sur ce minéralier. Il ressentait la maladie du coeur brisé et ruminait des colères et des frustrations intenses.
Il aurait été capable de tuer ce sale bosco mais se ravisât.
- Ne traite pas le crocodile de sale gueule avant d’être complètement sorti du marigot.
Depuis le second jour à bord de cet enfer, il avait décidé de déserter au Brésil. Il n’allait pas rester sur ce rafiot avec des marins à gros bras et bas de plafond. Une semaine plus tard, il se remémorait les jours à bord de ce maudit cargo.
D’abord, ce golfe de Gascogne qui s’était montré agressif et qui avait déséquilibré son estomac. Puis le temps couvert qui s’était attardé le long des côtes espagnoles et portugaises. Ensuite, les magnifiques poissons africains exocets dont certains atterrissaient sur le deck et qu’il relançait au plus vite dans l’eau sous l’oeil ahuri des matafs. C’était une paradisiaque période d’enfer pendant laquelle, il devait s’adapter à la dure et cruelle vie en mer et partager le quotidien misérable des matelots.
Tous les soirs, quand il préparait la cuisine et servait l’apéritif avec des amuse-gueules ( bucodéridant ) aux marins, ceux-ci n’avaient pas l’air de s’amuser. Par contre, tous les soirs, invariablement, c’était la soupe à la grimace.
Alfred exagérait car Il y en avait un qui souriait, celui avec son rictus éclatant d’hypocrisie. Alf était perdu, abandonné, exilé sur ce satané rafiot. Il ne pouvait compter que sur lui-même pour se consoler de sa solitude. Il était là comme un laissé-pour-compte
Le lendemain matin tôt, le bosco entra dans la cabine avec deux autres matelots. Ils lui mirent des chaines aux pieds et aux poignets. Il avait très peur croyant qu’on allait le jeter par dessus bord.
- Mais que me voulez-vous finalement?
Il tremblait de plus belle et sentit de mauvaises ondes autour de lui.
- Je t’avais dit, carcasse, que je te réservais une surprise.
En arrivant sur le deck, il remarqua un autre marin enchainé comme lui. Il n’était pas le seul à subir on ne sait quel châtiment.
Tous les marins étaient présents sur le pont et se mirent à déshabiller les deux jeunes novices enchainés.
Le capitaine Ledent fit un court laïus et donna ensuite la parole à un monstre chauve bodybuildé qui tenait un gros trident à bout de bras.
- C’est le baptême de l’équateur. Que la fête commence!
Heureusement qu’ils ne transformaient plus un pauvre albatros en pâté pour fêter le passage de l’équateur comme le voulait la tradition.
Nus comme des vers, ils furent tondus brutalement avec une tondeuse défaillante. Ensuite, ils trainèrent carcasse et son malheureux acolyte, enchaînés et à poil, sur tout le bateau en les peinturlurant avec sadisme et en visant spécialement le service trois pièces. Le bosco était le plus agressif.
Après une heure de balade, colorés des pieds à la boule, ils devaient ingérer une mixture infâme en grande quantité puis rencontrer Neptune qui n’était autre que le gros bodybuildé avec son trident et chez qui, ils devaient lécher le ventre gras couvert de moutarde. Il aurait préféré se faire dévitaliser une dent. La journée fut longue et se termina sous un énorme jet d’eau lancé à très haute pression par une pompe de nettoyage manoeuvrée par les marins lubriques.
Après la douche forcée, ils étaient encore bariolé en technicolor. Le bosco était un trou du cul de première, les marins, une bande de minables et la « Molaire » un protégé des patrons qui avait une sérieuse dent contre lui.
- Dans quelques jours, je serai à Rio et adieu, rafiot de merde!
En arrivant à Rio, Alfred était littéralement soufflé par le panorama. Avec ses cent seize mètres, le minéralier avait l’air d’être une barque dans cette baie démesurée et dominée par le Christ rédempteur du Corcovado. C’était tellement impressionnant qu’Alfred se sentit tout petit. Après vingt jours de mer et de merde, il soliloquait en voyant toute cette merveille.
- L’enfer n’est jamais loin des cieux.
Pas de chance, le bâtiment devait encore rester à l’ancre car il fallait mouiller au bon endroit en fonction des conditions atmosphériques et d’autres paramètres de navigation. Alfred ne savait pas descendre du minéralier qui le maintenait prisonnier. Une question le taraudait.
- Comment vais-je foutre le camp d’ici?
Dans l’après midi, la police du port arriva en vedette pour le contrôle de routine et pour annoncer qu’on chargerait le minerais de fer le lendemain matin. En fin d’après-midi, des barques et des pirogues arrivèrent comme une armada aux abords du minéralier transportant une bande de « Putas en Rio ». Ces vendeuses cariocas n’aimaient pas que des bijoux de famille car elles montèrent à bord arborant des bagues à tous les doigts, des colliers, des bracelets et d’autres dents en or en criant à qui voulait l’entendre.
- Fucky Fucky! A Rio, inoculer, c’est latent.
Les marins en goguette et déjà à moitié ivres ne se faisaient pas prier. Le gros babouin, le sourire aux lèvres et la frustration dans le pantalon, se délecta de pouvoir choisir la plus laide.
- Qui se ressemble, s’assemble!
Un autre mataf, homosexuel refoulé et peu doué pour le bonheur, choisit la plus masculine. C’était probablement un travelo. L’absence totale de touche féminine était flagrante. Au fond, c’étaient des putes au grand coeur à la rencontre de marins déprimants.
Une grosse prostituée avec une grande bouche vulgaire impatiente accrocha Alfred et chercha à le séduire. Elle faisait tout de suite imaginer des cochonneries. Elle devait avoir l’âge de sa mère et un fessard énorme,… Mince alors…
C’était un jour de veine car tout l’équipage s’interpénétrait avec les filles de joie aux gros culs. Alfred dégouté fut contraint de rester sur le pont car on avait réquisitionné sa couchette. Au bout du pont, il voyait sa mannequin de chez « Olida ». Il n’était pas possible de la louper compte tenu du contenu de sa double croupe. Il la retrouva dans la cambuse où étaient stockés les aliments. Dès qu’il y avait une brèche dans le mur de la vertu, taîaut Jean-Louis s’y engouffrait. Une odeur acide flottait sur la bouffe. Allongé sur un ventre spongieux, Jean-Louis manipulait les seins tombant de double croupe.
- Beurk! se dit Alf.
- Veux-tu te joindre à nous, Alf?
Alf, le coeur au bord des lèvres risquait de dégueuler.
- Non, Jean sans façon!
En voyant les marins faire la file à l’infirmerie pour recevoir une forte piquouse de pénicilline pour combattre une gonorrhée, il se souvint de Steffy Lecoq, une copine de sa mère qui travaillait à sa manière pour la résistance en refilant une chaude-pisse à un maximum de Boches.
En les voyant à la queue leu leu, il ne put réfréner un sourire en marmonnant.
- Bien fait sales mecs avec votre baise low cost!
Même les tourments sentimentaux du capitaine « La Molaire » obsédé par « Camila » sa pute attitrée n’échappa pas à la blennorragie qu’elle lui refila à chaque escale carioca.
Rencontrant le marin Jean-Louis, les traits tirés et d’une pâleur maladive, il lui posa une question.
- Alors l’ami, que se passe-t-il?
- Ne m’en parle pas, j’ai une MST. Je pisse des lames Gilette.
- Tu dois avoir trempé ton bonbon dans la mauvaise ruche et tu t’es fait piquer. Soigne-toi, ne la refile pas et arrête de jouer à la roulette « virus ».
Jean-Louis le regarda d’un air pétrifié. Dans son journal de bord, Alfred écrivit.
Ils ont tous chopé une MST, moi j’ai une MTT, une Maladie Textuelle Transmissible mais en voie de non publication,
et ajouta qu’il avait lu que,
La différence entre une chaude-pisse et une hirondelle, c’est qu’on ne peut pas attraper une hirondelle.
La pénurie de contemporains lui manquait. Tous ces vieux matafs, noirs ou bodybuildés et confits dans l’alcool qui courraient les putes, ça le débectait.
Pourquoi un gars de 15 ans qui n’a commis aucun délit est-il envoyé sur une galère de merde avec des marins syphilitiques, sadiques et bradycéphales? ( cerveaux lents )
- Ce juge devrait être démis de ses fonctions!
Du reste, la folcoche aurait bien niqué avec ce sale juge con, bouffi de certitudes pour être quitte de son fils.
Alfred se sentait tellement paumé qu’il flirtait avec la dépression. Il était là comme un expatrié involontaire mais en vingt jours de mer (de), il avait grandi à vitesse accélérée bien que seul, une partie de lui avait muri prématurément tandis que l’autre était restée au placard.
- La vie n’est qu’une longue agonie du berceau au tombeau. Un juge qui envoie un garçon de 15 ans chez les putes, on aura tout vu!
Plus d’un demi siècle plus tard, l’amertume d’avoir été floué le tenaillait toujours. Il aurait fallu priver ce juge crapuleux de salaire, de chopes, de ciné et même de pain. Sur une balustrade de l’upperdeck, il vit une famille d’oiseaux siffleurs. Le père siffleur annonçait une journée radieuse et lui fit un petit signe de tête ironique. Alfred se sentit moralement remplumé.
Le soir, remplumé ou pas et dans un demi désert affectif sur sa couchette, il se remémorait les jours de merde.
Pendant des semaines, il avait gratté le pont, si souvent, qu’il en rêvait la nuit. Dans ses cauchemars, sa main allait et venait avec une énorme lime à métaux qui trouait la coque du maudit rafiot avant de couler avec lui. Il se réveillait en sursaut, trempé de sueur et en maudissant les personnes qui l’avaient envoyé au bout du monde pour naviguer avec des obsédés saouls en mal d’aventures féminines.
Les marins se remirent petit à petit de leurs ébats infectés.
Alfred pensa à la grosse pute au fessard éléphantesque.
- Au fond, le meilleur contraceptif, c’est la laideur. Demain, je serai à quai et je ne penserai plus à cette vilaine dame aux chlamydias!
Arrivé sur le quai, il se dirigea vers les Morros (collines à Favallas en portugais) pour atteindre la colline de Rocinha.
Il avait toujours manifesté une certaine attirance pour les lieux interlopes. Là, il rencontra la vraie désolation, un monde de la pauvreté et inexorablement de l’oisiveté. Il était fort mal à l’aise parmi cette misère. Malgré cette désespérance, les gens, jeunes et âgés, lui disaient bonjour et lui serraient la main. C’était choquant et émouvant. De très jeunes filles post-pubères, déjà bien formées, lui souriaient sans cesse, rien à voir avec les laiderons empoisonneuses d’équipage.
Pour arriver au sommet des collines, c’était tout un art. Par de petits chemins caillouteux, troués et rocailleux, il pouvait observer aux alentours la grande indigence des habitants. Il découvrait des montagne de détritus saturés de rats affamés sans oublier les émanations malsaines qui provenaient spécialement de substances organiques en décomposition.
Les maisonnettes, façon de parler, étaient en tôle ondulées et d’autres matériaux hétéroclites; Papier, carton, bois, plastique, boue et n’importe quel bazar de récupération extrêmement crasseux. Un paradis pour les mouches vertes qui avaient élu domicile dans les étals de viande.
Plus loin, un concurrent avait de grosses mouches noires qui colonisaient les entrailles et têtes de mouton.
Du haut de la Favella, les paysages oniriques et fabuleux semblaient bidouillées. Quelle vue féérique et quel contraste par rapport aux plages paradisiaques de Copacabana, Ipanema et Leblon où régnaient le luxe et la volupté. Rocinha était un melting pot où tout pouvait arriver. Alfred était bluffé.
Dans un van sans amortisseurs, bourré de monde qui ne sentait pas la rose, les gens gueulaient, chantaient entouré de coqs et d’autres animaux. Alf était fasciné par cette ambiance et se sentait heureux.
Revenu sur le quai, il monta sur le minéralier de ses rêves pensant encore à ces habitants de Favellas qui n’avaient d’autres choix que de détrousser, escroquer, arnaquer pour survivre. Mais ils possédaient une gentillesse non feinte et spontanée rythmée sur un air de samba. Pas une thune en poche mais un sourire permanent aux lèvres résumait leur situation dans l’existence. Même si l’argent n’avait pas d’odeur, la pauvreté en avait une comme la poudre. A Rocinha, il y avait souvent des mineurs touchés par balle, victimes collatérales des gangs ou des vols à main armée. Les jeunes payaient le prix des raids policiers par une balle perdue. Chaque jour, ils prenaient le risque d’essuyer des coups de feu qui ne leur étaient pas destinés. Alf l’avait appris sur place et exceptionnellement, il était remonté à bord sans trop roter.
Sur le bateau, Alfred retrouvait les ravages d’un monde sans bonté, celui des gens du nord. Il se sentait oublié par son pays natal et inconnu ailleurs. Triste destin.
Il supportait cette merde car il était conscient qu’il existait d’autres merdes qui lui avaient été épargnées. Dans sa cabine, il régnait une chaleur épouvantable. Quand il arriva au milieu des cartes et des jurons de matelots souls, la sueur dégoulinait entre ses omoplates et son vieux polo délavé lui collait à la peau. L’odeur d’exhalations fétides du van lui revint en mémoire. Jean- Luc, le nodocéphale, entra dans sa cabine et lança bredouillant.
- On lef l’ancre femain mafin tôt!
Il articulait chaque mot comme s’il venait d’apprendre à lire l’heure.
- Jean-Luc, tu es de nouveau pété. Tu restes abonné à la gueule de bois?
- Fiens, on part en fille!
Dés qu’il était plein, Jean-Luc enrobait toutes les consonnes d’un « F ».
Alfred avait un mauvais feeling sentant de moins bonnes ondes autour de lui mais, néanmoins, il accepta. Ils prirent un tacot et se rendirent au « Café Brasil » situé dans un quartier des plus lépreux et violent de Rio. Dans cette zone déshéritée, l’ambiance était du plus haut trash.
Alfred craignait le public de ce quartier car selon l’adage: Au Brésil, ils ont
