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Une enfance heureuse au cours des années trente, une jeunesse marquée par la guerre, une vie longue et sereine, dévolue à la vigne, au vin et à sa famille. Imprégné du talent de ses aïeux, dès son plus jeune âge, Michel LAFARGE est un vigneron accompli, à la personnalité attachante. Tout au long de sa vie, il fut guidé par la recherche de l'excellence, afin de réussir des grands vins, qui ravissent le palais de l'amateur. Mais, qu'est-ce qu'un grand vin en terre bourguignonne ?
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Seitenzahl: 75
Veröffentlichungsjahr: 2019
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Tout au long de sa vie, mon père, Michel Lafarge, a exercé avec passion, son métier de vigneron à Volnay, en Bourgogne. Fidèle à sa parole, je me suis efforcée de poser ses propos sur les pages qui suivent, afin de vous offrir, ami lecteur, amoureux de la Bourgogne, le plaisir de les découvrir.
Anne Lafarge
Quelle savoureuse découverte de lire ses pensées et ses paroles enveloppées d’amour et de poésie ! Merci Anne.
A l’aube de ma dixième décennie, lorsque je me retourne, je m’aperçois que la route est longue, mais le temps écoulé me paraît bref. Apparente contradiction ! Lorsque la vie est traversée avec passion, la notion du temps disparaît.
Agrémentées de plaisirs et d’épreuves, les années se sont suivies et ainsi, près d’un siècle s’est écoulé en donnant naissance à une grande variété de millésimes. Quel bonheur de voir ses efforts récompensés par la générosité de la nature et quelle satisfaction de réussir un grand vin, qui procure émotion et plaisir à l’amateur averti !
Soumis aux effets du temps, l’être évolue et le corps change. En revanche, intemporelle, l’âme ne s’altère pas. La forme que revêt la passion, dont la source est intarissable, se transforme au fil de la vie. L’engourdissement silencieux des membres lui offre une autre couleur.
Devenu spectateur des joies et des tracas de la vie quotidienne du vigneron, mes journées sont encore rythmées par l’activité du domaine, qui est aujourd’hui dirigé par mon fils Frédéric, accompagné de son épouse Chantal. Et lors des vendanges, mon cœur vibre encore intensément !
La connaissance de temps lointains et de pratiques révolues attise la curiosité des jeunes générations. C’est ainsi que l’idée de ce livre a germé. Je dédie ce témoignage à mes petits-enfants, qui vivront dans un monde différent de celui que j’ai connu, de nouveaux enjeux et de nouveaux défis apparaissent en permanence, telle est la loi de la vie. Je le dédie tout particulièrement à ma petite-fille Clothilde, qui a maintenant rejoint le domaine.
Michel Lafarge
Hier
L’art du vigneron
La vie à Volnay
Dès ses plus jeunes années, intéressé par les multiples travaux de la vigne et de la cave, mon père envisageait de suivre la voie tracée par son père et son grand-père. « Enfant, je savais ce que je ferais plus tard, je serais vigneron. C’était une évidence. » raconte mon père, le regard pétillant. Ses deux frères, Bernard et Jean-Marc, appréciaient le vin et s’intéressaient aux vendanges, mais ne souhaitaient pas travailler la vigne. Or, le métier de vigneron commence dans la vigne.
Né à la veille de la grande crise économique de 1929, mon père connut une enfance simple et paisible, à Volnay, au sein d’une famille de vignerons. Au cours des années trente, le marasme économique sévissait dans tout le pays, l’effondrement des cours, suivi de la mévente des vins, accablait les vignerons. Protégé de ces préoccupations d’adulte, l’enfant, qu’il était, aimait son environnement quotidien.
A l’école communale, il acquit des connaissances, mais passa des heures à jouer, car le jeune maître, dépassé par les multiples enseignements à prodiguer aux différents cours de sa classe, laissait une grande liberté à ses élèves.
Mutilé par un éclat d’obus lors de la Grande Guerre, le Père Thévenot, très apprécié des villageois, fut en charge de la paroisse volnaysienne, pendant quarante-quatre ans, de 1917 à 1961. Avant-gardiste passionné de cinéma, il projetait des documentaires sur des contrées lointaines, ainsi que les Aventures de Tintin. Enchantés, les enfants attendaient le jeudi avec impatience, afin de découvrir les tribulations de ce reporter intrépide. Dans les années trente, une telle ouverture sur le monde était probablement peu fréquente à la campagne.
Les joies procurées par le cinéma furent vite oubliées, car la guerre éclata lors de ses premières années de collège à Beaune. Aux yeux de ses parents, les nombreuses alertes ajoutées aux perturbations des transports scolaires, dues aux routes enneigées et glissantes, n’étaient pas propices à une bonne scolarité. Leur choix se porta sur l’École Saint-Lazare à Autun, seule école de la région à proposer un internat, les autres établissements ayant cessé d’accueillir des pensionnaires, faute d’approvisionnement pour les nourrir.
Une autre vie allait commencer ! Des professeurs exigeants, des horaires stricts, des dortoirs insuffisamment chauffés, des douches gelées en plein hiver, et surtout des assiettes invariablement identiques, topinambours, pois cassés, lentilles... agrémentées de viande deux fois par semaine, car l’École avait tissé des liens privilégiés avec des agriculteurs de la région. Chaque matin, le même petit déjeuner, un morceau de pain, accompagné d’un bouillon de poireau, un bol d’eau chaude dans lequel nageaient deux petits morceaux de poireaux !
Rebelle, la jeunesse a le talent de moquer les générations précédentes avec imagination. Ainsi, les professeurs portaient des surnoms évocateurs, Le Coq, cassant et péremptoire, ou Le Chat, malicieux et altier, aux propos piquants et humiliants. Leur comportement, rigide et désuet, était souvent accompagné de paroles impérieuses et méprisantes. Ce professeur, au regard indolent, menaçait ses élèves en répétant à l’envi, « l’animal n’est pas méchant, mais quand on l’attaque, il se défend », ce qui incitait les collégiens à le titiller.
Nombre de blagues cocasses et saugrenues virent le jour. A l’issue d’une minutieuse préparation, la simulation d’un tremblement de terre dans la classe marcha à merveille, le tableau se décrocha du mur, l’estrade trembla et le bureau se renversa.
L’étonnement lu sur le visage du professeur combla tous les instigateurs, mais l’explosion de sa colère retentit probablement, encore à ce jour, à leurs oreilles. À la hauteur de l’enjeu, la punition collective s’étala sur plusieurs semaines.
La rentrée des classes précédait les vendanges, le déchirement était d’autant plus intense. De retour pour Noël et pour Pâques, les trimestres étaient très longs. La vie à Volnay lui manquait, alors son esprit vagabondait. « Comment la vigne pousse-t-elle ? Comment va le cheval ? Que fait-il aujourd’hui ? » Il s’imaginait le déroulement des journées de son père… et rêvait à sa future vie de vigneron.
*
A l’annonce de la déclaration de guerre à l’Allemagne, le dimanche 3 septembre 1939, mes grands-parents furent désemparés. Cela recommençait ! Il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui nous vivons en temps de paix depuis plus de soixante-dix ans, mais les générations précédentes n’ont jamais connu une période de paix aussi longue. Chaque génération connaissait les affres de la guerre. Dès que la paix revenait, le silence s’imposait, car on voulait oublier la souffrance, mais les empreintes restaient visibles sur les corps et gravées dans les mémoires.
Mobilisé à l’âge de dix-huit ans, en 1917, mon grand-père fit la fin de la première guerre mondiale, dans la région des Ardennes. Il se lia d’amitié avec des soldats lorrains et eut la chance de revenir en bonne santé, à la différence de son frère, Léon, qui fit presque toute la guerre et qui rentra souffrant, suite aux produits chimiques, lâchés sur les tranchées par l’armée allemande, dont les gaz provoquèrent détresse respiratoire et lésions pulmonaires.
Ayant déjà connu l’invasion au cours des décennies précédentes, ses amis lorrains, abattus et stupéfiés, décidèrent de fuir leur région, au mois de juin 1940. Ils firent une halte à Volnay. A la suite de conversations avec ses amis, mon grand-père décida de partir. « Où allions-nous ? Nous ne le savions pas. Il fallait partir ! » relate mon père, le visage tendu, laissant transparaître l’inquiétude vécue au moment de ce départ brutal. Épouvantés, d’innombrables français déferlaient sur les routes. La débâcle de l’armée française, suivie de l’exode des populations, fut une période effroyable.
En cette belle journée de juin 1940, mon père, ses deux frères, ses parents, ainsi que son grand-père, à la santé fragile, se serrèrent dans la voiture et roulèrent toute la journée en direction du Sud. Le soir, toute la famille dormit chez des amis, dans un village nommé Vauban, situé à côté de Saint-Christophe-en-Brionnais. Après de longues discussions, les adultes, anxieux et tendus, décidèrent de rentrer à Volnay, dès le lendemain matin.
A l’approche du village, le silence pesant devint sinistre. Chacun comprit que les Allemands étaient là. Non seulement, les soldats étaient dans les rues, mais avaient envahi les maisons, en particulier la maison. Quel choc !
Les soldats leur permirent de s’installer dans deux chambres et accordèrent à ma grand-mère la possibilité d’utiliser la cuisine une à deux heures par jour, en fonction de leurs besoins.
C’était terrifiant. Ils avaient tous les droits. Inquiets, mes grands-parents tentaient d’apaiser leur fils Jean-Marc, âgé de dix-huit mois, qui souffrait de ces aléas.
De plus, les soldats descendaient à la cave, ouvraient des bouteilles et buvaient bruyamment. Ils avaient transporté le piano sur la terrasse et faisaient la fête chaque soir. Les bouteilles vides s’entassaient dans la cour. Anéanti de vivre une telle situation, mon arrière-grand-père perdit la santé et décéda quelques mois plus tard.
