La Voyance - Gilbert Garibal - E-Book

La Voyance E-Book

Gilbert Garibal

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Beschreibung

Le surnaturel existe, preuves à l’appui. Encore faut-il, si nous voulons bien l’approcher sans a priori, nous poser les bonnes questions. Pour nous aider dans cette démarche, Gilbert Garibal, psychosociologue et écrivain, a interrogé le médium Eric-Jacques de Mollet à propos de ces fabuleuses inconnues qui nous entourent. La voyance en est une. En sept séquences, ils abordent ensemble le long cheminement des diverses formes de divination – devenue voyance – a travers les âges.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Gilbert Garibal, maçon depuis plus de trente-cinq ans, sait de quoi il parle. Passé d’un système à l’autre pour terminer son parcours et auteur maçonnique chevronné, il présente dans ce nouveau livre une analyse avant tout sociologique. Elle aboutit à la conclusion d’une réforme nécessaire de la présente organisation obédientielle et juridictionnelle, pour sa survie même. L’Art Royal est une source vive dont on ne doit ni retenir ni polluer son libre courant. Empêchée ici, elle réapparaît là !
Gilbert Garibal, franc-maçon depuis plus de trente-cinq ans est docteur en philosophie, formé à la psychanalyse, et psychosociologue. Après une carrière commerciale puis l’exercice de la direction des ressources humaines en entreprise, il s’est investi dans la relation d’aide. Il se consacre aujourd’hui à l’observation des faits de société et à l’écriture. Auteur de nombreux articles et livres, il a publié chez Numérilivre-Editions des Bords de Seine, entre autres, « Devenir franc-maçon », « Plancher et après ? », « Comprendre et vivre les Hauts-Grades maçonniques » (Tome 1 et 2)   Approfondir l’Art Royal et Le Rite Ecossais Ancien et Accepté.
Marie-Hélène Gonnin, psychologue de formation psychanalytique. Elle accompagne les dirigeants d’entreprise à comprendre leurs comportements et à les adapter aux meilleurs choix. Elle aide Joseph à élucider les énigmes que posent, à la psychanalyse, la Franc-maçonnerie.
Jacques Fontaine est un Frère impliqué dans le mouvement maçonnique depuis plus de quarante ans. Il intervient comme conférencier. Il a publié de nombreux articles et ouvrages sur l’Ordre. Dans cet ouvrage, poussé par la curiosité, il n’a de cesse de questionner Juliette sur la vérité maçonnique.

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Seitenzahl: 297

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Avertissement

Malgré l’attention portée à la rédaction de cet ouvrage, l’auteur ou son éditeur ne peuvent assumer une quelconque responsabilité du fait des informations proposées (formules recettes, techniques). Il est conseillé, selon les problèmes spécifiques – et souvent uniques - de chaque lecteur, de prendre l’avis de personnes qualifiées pour obtenir les renseignements les plus complets, les plus précis, et les plus actuels possibles.

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À PROPOS DE CETTE ÉDITION ÉLECTRONIQUE

Édition, Conversion informatique et Publication par

NUMÉRILIVRE

Cet ouvrage est réservé strictement pour votre usage personnel.

Tous droits de reproductions, de traduction et d’adaptation sont réservés pour tous pays sous quelques formes que ce soit.

Copyright Numérilivre ©

Édition numérique 2013

EAN 9782366320091

A Mireille

PRÉLUDE

Festival de la voyance

Casino de Bandol

1er - 15 avril 1990

Le prospectus rose « fluo » semble me cligner de l’œil sous l’essuie-glace de l’automobile en stationnement. Nous nous promenons souvent ici, mon épouse et moi, près de l’église et de la fontaine, à l’ombre des platanes.

Je m’arrête, reviens sur mes pas, saisis le papier et lui tends. Je sais qu’elle va le lire.

VOYANCE...

Pourquoi ce mot m’interpelle-t-il aujourd’hui à Bandol, cette lumineuse cité varoise élue pour nos vacances ? Il fait même surgir en moi une foule d’images.

C’était il y a trente ans, à Paris. Ma femme, consultante inconditionnelle de toutes les formes d’arts divinatoires, avait un jour réussi à m’entraîner chez une cartomancienne renommée de l’époque.

L’impasse mal pavée entre des immeubles décrépis, derrière la place de Clichy. L’interminable escalier aux marches usées et le sombre appartement, encombré de meubles hétéroclites, où flottait une tenace odeur de chat. Je revois tout. Un vrai décor de film d’avant-guerre.

Je me souviens de la maîtresse des lieux, une joviale Madame Irma bien en chair, chignon et châle gris, style Pauline Carton. De son regard perçant derrière ses fines lunettes rondes, de ses mains directives qui m’ordonnaient de couper les cartes patinées et de les retourner sur la toile cirée jaune. Et j’entends encore sa voix ferme :

« Qui s’appelle Jean dans votre famille ? Cet homme vous protège... Vous avez une cicatrice sur la jambe droite, c’est bien ça ? En ce moment, vous êtes préoccupé par une nouvelle orientation professionnelle. Vous travaillez dans l’administration ou la banque, je crois, et vous ne vous y plaisez pas ! Donnez-moi une carte... Vous allez changer de situation un premier avril. Non, ce n’est pas un poisson ! Je vois des voyages et une activité commerciale avec des hommes vêtus de blanc autour de vous. Encore une carte... Dites-moi, vous n’aimez pas l’avion, eh bien, cher monsieur, il faudra vous y faire ! Vous survolerez la France dans tous les sens. Et même la mer ! Ne vous inquiétez pas, vous en prendrez l’habitude ! »

Surpris, troublé, je l’étais ! Pourquoi cette femme que je ne connaissais pas me parlait-elle soudain de mon grand-père ? Et de ma vieille blessure sportive ? Voyait-elle à travers mon pantalon ? C’est vrai que je m’ennuyais ferme à la banque et que j’étais alors en pleine recherche d’un métier itinérant ! Mais comment pouvait-elle évoquer avec autant de certitude, mon passé, mon actualité et mon avenir, quasiment dans la même phrase ?

Mon épouse, qui elle, ne se posait vraiment aucune question sur le « comment ça marche ? », jubilait à la sortie de la consultation. La nouvelle lune annonçait les meilleurs présages aux natifs du Lion, son signe zodiacal, et mon intérêt soudain pour la médiumnité lui ôtait toute culpabilité !

Ma stupéfaction ne devait d’ailleurs que s’amplifier.

Quelques mois plus tard, effectivement le 1er avril 1961, je commençais une carrière relationnelle dans l’industrie pharmaceutique. Qui devait me faire visiter hôpitaux et officines dans tous les coins de l’Hexagone, pendant dix ans et souvent par la voie des airs ! Madame Irma s’était juste trompée sur un détail : la peur de l’avion ne m’a jamais quitté !

Entre deux vols, je ne pus m’empêcher de retourner complimenter cette voyante, aussi extra que lucide. Toujours sûre de son jeu de tarots écornés comme de ses « flashes », elle m’annonça cette fois un accident de voiture - qui ne sera qu’un incident - entendis-je, à peine rassuré.

« Vous allez perdre une roue, méfiez-vous, mais ce ne sera pas grave ! »

Après cette deuxième consultation, j’ai surveillé longtemps, avec quelque anxiété, les roues de ma vieille Fiat. Puis j’ai oublié la fâcheuse prédiction. Jusqu’au jour où, à Vitry-sur-Seine, en pleine montée de la côte des Malassis, un nom qui ne s’invente pas, la roue avant droite a pris son indépendance, dans un sinistre bruit de ferraille. Sans autre dommage, heureusement, qu’une aile froissée.

Explication : je venais de quitter une station-service où la révision de ma voiture comprenait la permutation des pneus, pratique anti-usure de l’époque. Le mécanicien, distrait par un coup de téléphone, n’avait pas revissé les écrous de la roue baladeuse.

Sur le moment, devant le train avant affaissé sur le macadam, je n’ai pas pensé au présage de la cartomancienne. Il m’est revenu beaucoup plus tard. Un soir, en apercevant dans un film à la télévision, une roue se détacher d’une voiture , lors d’une poursuite mouvementée. Comme toujours, dans les rues en montagnes russes de San Francisco !

VOYANCE...

C’est mon épouse qui interrompt ma rêverie.

« Alors, on y va à ce festival ?

– Pourquoi pas ! »

Elle n’a pas perdu sa ferveur pour la divination, bien au contraire. Et en moi, cette surprenante faculté de l’esprit, encore mal connue, excite toujours autant de curiosité !

L’hôtesse nous désigne un stand, dans le hall du casino. Eric-Jacques de Mollet, médium. Sur la petite table, la carte de visite est discrète, comme l’homme blond et souriant qui nous reçoit. La quarantaine dynamique. Lunettes cerclant d’écaille des yeux de mer, pétillants de malice. Chemise blanche ouverte, blue-jeans. Pas de boule de cristal, ni tarots, ni bougies. C’est évident, la voyance a changé de look. A l’orée de l’an 2000, elle veut vivre avec son temps.

Présentations, mise à l’aise. Un sentiment immédiat de confiance mutuelle. Le contact est direct. Peut-être parce qu’il n’y a pas d’objets intermédiaires entre nous, chacun baisse la garde. L’œil, disponible, devient regard. Nos inconscients échangent déjà l’essentiel.

La voix de notre hôte est douce, chaleureuse, d’entrée apaisante.

« Vous avez une fille. Elle a déjà des enfants, n’est-ce pas ?

– Oui, répond ma femme, qui me prend de vitesse. Deux garçons de 13 ans et 1 1 ans.

– On me dit que vous allez être à nouveau grand-père et grand-mère ! Vous êtes au courant ? »

Tête des grands-parents. Nous nous dévisageons, les yeux ronds.

« Je suis formel, reprend le voyant devant notre mine sceptique. On me dit que votre fille est enceinte ! Demandez-lui, vous verrez bien ! »

On me dit... mystérieuse expression ! Qui est ON ? Qui lui parle ? A la fin de l’entretien, le médium ne répondra à mes questions indiscrètes que par une moue énigmatique.

En revanche, c’est nous qui, téléphoniquement, apprendrons sa grossesse à notre fille, d’abord très amusée puis convaincue... par un test de laboratoire !

Le bébé ainsi « annoncé » s’appelle Lauriane. Divin cadeau, elle est née le jour de Noël 1990. Au moment où j’écris ces lignes, la blondinette, citoyenne de Chalon-sur-Saône, court vers ses trois ans. Les parents sont comblés, les deux grands frères, aux anges et les grands-parents, enchantés. Et très fiers, même !

Cette histoire familiale, au parfum de conte de fées, m’a vraiment intrigué. Reliée à mes approches antérieures de la voyance, déjà si troublantes, elle a finalement interpellé en moi le psychosociologue.

J’ai voulu en savoir davantage. Et revoir Eric-Jacques de Mollet, pour tenter de comprendre.

Au-delà même des coïncidences toujours possibles qui jalonnent notre quotidien, de nos croyances individuelles et des interprétations que notre fertile imaginaire peut donner aux « choses de la vie ».

Au vrai, les interrogations ne manquent pas sur ce phénomène étrange, en passe de devenir un fait de société.

• Pourquoi les arts divinatoires traversent-ils le temps ?

• Peut-on vraiment définir et surtout expliquer rationnellement le mécanisme de la voyance ?

• Comment s’y reconnaître dans toutes les formes de divination ?

• Quels rapports avec la religion ?

• Comment devient-on voyant ? Est-ce une faculté supranormale ? Un don ? Un sixième sens ? Peut-on l’acquérir ?

• La voyance est-elle un métier ? Le voyant a-t-il un rôle social ?

• Comment détecter les charlatans ?

• Qui consulte les voyants ? Pourquoi ?

• La voyance peut-elle se rapprocher de la science ?

Autant de points que j’ai souhaité aborder avec ce voyant de nouvelle génération, en lui suggérant de prolonger notre première et impressionnante rencontre. Parce qu’il m’est vite apparu comme un acteur authentique de son époque, d’une parfaite honnêteté intellectuelle, au gré d’un exercice où l’on peut si facilement tricher. Parce qu’encore, derrière la fonction, j’ai découvert l’homme. Celui, disponible, qui sait écouter l’autre, dans ses doutes, sa souffrance, sa solitude. Celui, généreux, qui ne compte pas son temps, pour offrir réconfort et conseils. C’est aussi cela la voyance.

Ainsi a germé l’idée d’une série d’entretiens, sur plusieurs périodes et en des lieux différents, qui ont abouti au présent livre, à visée tant informative que pratique.

Pourquoi avons-nous privilégié la formule du dialogue ?

D’une part, le mode conversationnel nous a semblé particulièrement bien adapté à ce thème foisonnant. De l’autre, nous pensons, ami lecteur qui nous rejoignez, d’évidence passionné par les arts divinatoires, que vous trouverez dans nos échanges, au fil des pages, les réponses à vos propres questions.

Eric-Jacques de Mollet a bien voulu nous communiquer son expérience avec sa gentillesse habituelle, dans le langage simple et clair qui est le sien.

Qu’il soit ici très sincèrement remercié pour sa précieuse collaboration.

Gilbert Garibal

Première rencontre

La divination : une longue histoire !

Un immeuble moderne du centre de Toulon. La pièce est tapissée de blanc, baignée de soleil. Peintures marines, canapé et fauteuils de tweed orangé, moquette gris clair. Sur la table Louis XIII, un téléphone sans fil, un Minitel et un ordinateur. Ce bureau, très fonctionnel, où m’accueille Eric-Jacques de Mollet, évoque davantage celui d’un chef d’entreprise que le cabinet d’un voyant. Point de tentures aux décors cabalistiques. Encore moins de chat noir sur ses genoux ni de chouette sur son épaule ! Ce folklore ne cadrerait d’ailleurs pas avec sa chemise tahitienne ! Seule note ésotérique, accrochée au mur derrière lui, près d’un crucifix, une soucoupe de céramique ornée d’un œil bleu dans un triangle.

DE L’HOMO SAPIENS A L’HOMO MEDIATICUS
La peur du futur

Gilbert Garibal : Que représente cet œil stylisé ?

Eric-Jacques de Mollet : Ce n’est pas le sigle de la voyance ! C’est un symbole universel. La représentation d’un principe fondateur, qu’on le nomme Dieu, le Créateur, l’Etre Suprême ou le Grand Architecte, suivant les convictions de chacun. Cet œil est celui de la Connaissance. Il rappelle que nous dépendons du cosmos, dont nous sommes une étincelle, et que, tous semblables, nous vivons à son rythme. Je suis aussi attaché à cet objet, rapporté d’Israël, parce qu’il attire souvent le regard de mes visiteurs et ouvre la conversation... comme à présent. Vous le voyez, il voisine avec le Christ, auquel je crois, en tant que Messie venu sur terre.

Et premier prophète ! En quelque sorte premier voyant...

Disons visionnaire, ainsi qu’on l’a appelé. Mais il ne fut certes pas le premier ! On peut dire sans se tromper que l’art de prophétiser est né avec l’homme lui-même. Il lui a bien fallu, à cet Homo sapiens, imaginer l’avenir, déjà tout simplement son lendemain, alors que la nuit venue, blotti dans sa caverne, il ignorait si un nouveau jour allait poindre. Il a dû entraîner son cerveau à « visionner un futur » dans un milieu hostile, régi par des forces inconnues. Et se persuader de ce temps devant lui, mais encore, en structurer la répétition pour organiser sa vie et la rendre supportable !

Autrement dit l’homme a dû d’entrée être créatif, à la fois pour survivre et lutter contre sa peur du visible et aussi de l’invisible.

Exactement. Ainsi, pour perdurer, la vie humaine, marquée par l’incertitude, le doute, s’est trouvée immédiatement subordonnée à la « pré-vision ».

Depuis cinq millions d’années, malgré les obstacles, l’homme doit toujours semer pour récolter, comme dit le proverbe. Il doit précéder l’événement. Que ce soit pour se nourrir, prévenir les agressions de la nature, se protéger de son semblable, préserver sa santé... ou assurer ses vieux jours. « Penser » en avant, si je puis dire. Parce que dans son esprit, l’avenir c’est la menace, souvent justifiée, il s’agit donc de prévenir le risque, si possible de le réduire, voire de le supprimer.

Prévoir l’imprévisible ! Il est vrai qu’auparavant les cultivateurs pressentaient la pluie et le beau temps pour programmer leurs travaux, et qu’ils disposent maintenant, le progrès aidant, des informations quotidiennes de la météo !

Vous le voyez, au propre comme au figuré, l’homme ne cesse de lever les yeux et d’interroger le ciel ! Parce que, malgré le progrès constant, à l’image du triangle sur le mur, son vécu existentiel reste bordé par ses trois horizons qui, de tout temps, lui ont posé problème. L’immuable trilogie questionnante « comment et pourquoi ? », « moi et l’autre ? », « avant et après ? ». Alors, comme de soleil, d’eau et de nourriture, il a besoin d’indications, de repères...

... de réponses, donc de guides pour donner un sens à sa vie.

C’est précisément ce rôle « d’orienteurs » – le mot ne sonne pas bien – de maîtres à penser, que se sont donné très tôt les prophètes, qu’ils soient païens puis bibliques. Avec la mission, d’évidence attendue, de dicter la conduite des individus et par là même, de leur donner carrément un destin.

Ces maîtres à penser nous font donc passer de la prévision à la prédiction ?

Oui, puisque si nous remontons à deux mille ans avant Jésus-Christ, nous savons par des pierres gravées de l’époque que les grands prêtres de l’Empire assyrien observaient déjà les astres. C’est dans leurs éclipses qu’ils disaient voir les bons et mauvais présages. Plus près de nous, au début de notre civilisation méditerranéenne, Platon ne prétendait-il pas que le foie était l’organe de la prophétie ? Une affirmation qui se répandit jusqu’en Asie mineure et qui conduisit plus d’un chef de guerre, tel le roi Prusias, à préférer consulter les entrailles d’une génisse plutôt que ses plus habiles généraux. Curieux, non ?

Toujours dans la Grèce antique, nous avons l’exemple de la célèbre pythonisse de Delphes qui conseilla judicieusement le roi Crésus, en guerre contre les Perses. Les Romains avaient aussi leurs devineresses, les fameuses sibylles, qui basaient leurs annonces sur l’observation du vol des oiseaux. Elles prédirent de la sorte, non seulement l’assassinat de l’empereur César, mais aussi l’apparition d’une comète le jour de sa mort. Ce sont ces mêmes sibylles, nous dit l’histoire, qui prévinrent Agrippine de son proche empoisonnement par Néron, son propre fils !

Devins, divin et divination

Mais comment savoir si ces oracles, en l’occurrence plus souvent inquiétants que rassurants, disposaient d’une réelle faculté de voyance, c’est-à-dire, au sens que l’on donne à ce terme, du pouvoir de capter des images et des événements du futur ?

Nous n’avons malheureusement aucun moyen de vérifier, a posteriori, la réalité de ce pouvoir. Libre à chacun, en conséquence, de croire ou non les faits rapportés. Il semble bien toutefois que le caractère « missionnaire » présenté par ces devins plaide en leur faveur. Nous retrouvons d’ailleurs cette position d’intermédiaire, de messager, chez les prophètes bibliques qui leur ont succédé.

Jeanne d’Arc... ?

C’est le nom qui vient à l’esprit quand on parle de « messager ». Toutefois, Jeanne d’Arc, si elle était bien clairaudiente, comme on dit maintenant, est à classer à mon sens dans les prophètes « actifs », si vous me permettez l’expression, puisqu’elle a pris elle-même les armes contre l’envahisseur. Je veux parler ici, à l’inverse, des prophètes par définition « passifs », qui se sont exprimés dans tous les livres qui constituent la Bible, avant et après Jésus-Christ. Je dis « passifs » car ils ont uniquement prédit et écrit, ou fait écrire, les événements.

Des événements très souvent dramatiques ! Comment expliquer que ces prophéties bibliques soient si largement chargées de catastrophisme, de la destruction de Babylone à l’Apocalypse ?

Il est clair que les prophètes religieux n’ont pas eu la tâche facile puisqu’ils étaient chargés par Dieu d’annoncer aux hommes, précisément des châtiments. Ne perdons pas de vue que la Bible est un ensemble de textes essentiellement symboliques qui s’adressent aux chrétiens. Ce document part du principe d’un péché originel à expier, d’un jugement dernier à la fin des temps et d’une seconde venue du Christ sur terre pour sauver l’humanité.

Partant, c’est pour moi un livre d’espoir, de renouveau, qui annonce l’arrivée du Messie et le salut des hommes. Il ne faut pas retenir de l’Apocalypse de saint Jean, que ses visions terrifiantes et son horrible monstre à sept têtes et dix cornes ! Ce dernier livre du Nouveau Testament, certes mystique, est aussi éclatant de poésie. Au-delà de sa connotation « fin du monde », n’oublions surtout pas que « Apocalypse » est un mot grec – de notre culture – qui signifie justement « Révélation ».

Vous me donnez ici l’opportunité de renvoyer nos lecteurs qui voudraient approfondir le sujet biblique, à l’ouvrage objectif et documenté d’Odette Siris1. Pour continuer, faut-il entendre que le célèbre livre sacré a alors pris le pas sur les autres vecteurs prophétiques ?

Il est certain que l’expansion du christianisme en Europe a bousculé les cultes païens et leurs rites divinatoires, allant parfois jusqu’à la répression ou l’absorption, dans le meilleur des cas. Les druides et autres mages qui adoraient le dieu Soleil ou la déesse Lune, durent ainsi... se reconvertir. On vit alors apparaître les alchimistes qui tentaient de transformer le plomb en or mais pratiquaient également l’astrologie, discipline fort ancienne, on le sait. Ce qui n’empêcha pas l’exercice, plus ou moins secret de la divination, condamnée par l’église médiévale mais soutenue par les rois, de Robert le Pieux à Louis XI. Et pour cause, puisqu’ils avaient tous des devins à leur service !

Pourquoi selon vous, cet acharnement de l’Eglise de l’époque contre la divination ?

Vraisemblablement au seul but d’affirmer sa puissance grandissante et par là de supprimer le paganisme, car en soi les prédictions des devins laïques n’avaient pas d’objectifs anticléricaux. Elles véhiculaient même le plus souvent une morale, comme les prophéties bibliques. En effet, que contenait le discours de ces voyants sinon des réponses aux grandes préoccupations populaires ? A savoir leur prescience des catastrophes naturelles, des épidémies, des guerres et leurs appels au civisme.

En fait, des thèmes sociaux qui sont toujours, ô combien, les nôtres aujourd’hui !

On peut aussi se demander si l’Eglise, au-delà même de cette concurrence, ne voyait pas le Mal dans la divination. N’était-ce le plein moment des ravages de l’Inquisition ?

Oui, assurément, puisqu’à ce titre, l’Eglise romaine a violemment pourchassé toutes les sciences occultes du XIe au XVe siècle. Il est clair que la divination, assimilée à la magie, à la sorcellerie et à toutes les pratiques mystérieuses, ne pouvait lui apparaître que diabolique.

Cette position est d’autant plus curieuse que le christianisme est lui aussi d’origine ésotérique et que, pendant des siècles auparavant, les cultes et les arts initiatiques avaient fait bon ménage en s’épaulant, se fécondant les uns les autres !

Ce fut encore le cas au bas Moyen Age, avec la construction des cathédrales par les francs-maçons. L’ordre initiatique de ces bâtisseurs, aux coutumes secrètes, était bien distinct de l’Eglise et ils firent pourtant une longue route ensemble.

Même si un conflit tout aussi long s’installa entre eux plus tard !

Les preuves d’une coopération réussie sont néanmoins là, avec ces splendides et immortels chefs-d’œuvre de pierre et de verre.

C’est vrai que l’homme a toujours entretenu un rapport privilégié et signifiant avec la pierre. Depuis les deux silex qui lui ont donné le feu jusqu’aux dolmens et menhirs. De la muraille de Chine aux pyramides et aux cathédrales. Sans oublier l’art moderne, quand la pierre est devenue béton, de la basilique de Yamoussoukro à l’arche de la Défense et à la grande mosquée de Casablanca, la liste est longue !

Et le pont de l’île de Ré ! N’oublions pas les ponts, qui relient les continents et les hommes ! Vous le constatez, la pierre est symbole d’union et de transmission. Qui dit bâtisseurs dit visionnaires. Leurs œuvres, monuments prophétiques, sont précisément autant de passerelles jetées vers le futur.

Mais revenons à l’Inquisition et à son interdiction fanatique des arts occultes. Pour ma part, malgré les horreurs commises, j’y vois un aspect positif. Vous savez, il suffit d’interdire une pratique pour en décupler l’usage. Entretenue à couvert comme la braise, la divination a retrouvé toute sa flamme à la Renaissance. Elle est même sortie magnifiée de cette longue période persécutrice.

Un art enfin reconnu

N’est-ce pas l’imprimerie qui a contribué à lui donner son nouvel élan ? Grâce à la typographie de Gutenberg, l’invisible devenait visible ! L’inconnaissable se trouvait enfin matérialisé sur le papier !

C’est une belle façon de dire les choses ! On vit, en effet, surgir les premiers horoscopes imprimés, les calendriers et thèmes astraux illustrés de toutes sortes. Mais la grande révolution en la matière fut le livre. La pensée des maîtres en sciences occultes pouvait enfin être lue et conservée, en multiples exemplaires, pour le plus grand plaisir des intellectuels qui se les disputaient. Incontestablement, la divination obtenait ses lettres de noblesse... d’autant mieux qu’elles étaient imprimées.

Dans notre civilisation de droit romain où l’écrit fait loi, elle prit même des accents de vérité auprès des incrédules. En ce sens, le présage du devin Johannès Stoffer, qui annonça dans son almanach, avec force détails, un nouveau déluge à la veille de l’an 1500, provoqua une belle panique en Europe ! Quant aux prophéties de Nostradamus, cinquante ans plus tard, dont nous reparlerons, elles eurent le succès que l’on connaît et qui se perpétue aujourd’hui.

Vous avez évoqué l’astrologie. Elle est une compagne de route de la divination depuis l’ère babylonienne. N’a-t-elle pas été aussi sa rivale à travers les siècles ?

Sa rivale, c’est beaucoup dire, puisque l’une et l’autre n’ont pas la même approche du futur. Elles sont plutôt complémentaires, aujourd’hui encore. Très schématiquement, le devin reçoit l’information alors que l’astrologue va la chercher. Un fait est certain, c’est que l’Eglise, j’y reviens, n’a pas condamné l’astrologie comme la divination. Elle l’a tolérée pendant tout le Moyen Age, peut-être parce que alors assimilée à une science et comme telle, prisée par un bon nombre des gens de robe. Certains évêques se targuaient de la pratiquer en plus de leur charge et saint Thomas d’Aquin lui-même s’y intéressa.

Notons qu’à l’instar de la religion chrétienne, les cultes hébraïques comme islamiques ont simultanément observé la même tolérance, pour ne pas dire bienveillance, envers l’astrologie. Celle-ci est pourtant un art qui ne doit rien au divin, puisqu’elle détermine l’avenir en fonction de la position périodique des planètes. Elle a ainsi gardé son statut scientifique, jusqu’à sa séparation de l’astronomie au XVIIIe siècle. C’est d’ailleurs l’époque où la divination elle-même se scinde en discipline distincte.

Au XVIIIe siècle, les devins mais aussi les astrologues, donc les numérologues, cartomanciens et autres chiromanciens, ont pignon sur rue. Ils reçoivent en cabinet une clientèle privée. Au XIXe siècle enfin, avec le début des temps modernes, les devins et les mages changent d’appellations. Voici les voyants – qui se qualifient parfois pompeusement « d’extralucides » – et les médiums dont certains sont aussi guérisseurs. C’est, de plus, l’avènement du spiritisme avec les tables tournantes ou l’écriture automatique qui deviennent des distractions de salon !

Nous arrivons ainsi au XXesiècle pour constater que la divination, devenue voyance, a réussi, en s’adaptant à toutes les époques, en résistant aussi parfois, à traverser le temps. A l’orée du XXIe siècle, elle est apparemment en pleine santé et plus que jamais d’actualité. Et comme en l’an 1000, les prédictions pour le millénaire tout proche, dramatiques comme de juste, vont déjà bon train !

Ne comptez par sur moi pour que j’y ajoute les miennes à l’occasion de l’an 2000 ! Je ne souscris ni au « millénarisme », cette peur des années à trois zéros, ni au catastrophisme !

DES PROPHÈTES ET DES HOMMES
L’amour comme viatique

Pendant notre voyage au fil de l’histoire de la divination, vous avez mis en lumière cette impérieuse nécessité d’anticipation , inhérente à la nature humaine. Nous avons de plus observé que la curiosité à la fois existentielle et événementielle de l’homme est une autre de ses caractéristiques, non moins importante. Peut-on expliquer par là le succès des grands visionnaires de notre civilisation ?

C’est vrai que l’homme s’active, largement en fonction de la non-connaissance de son « à-venir » et de son désir de l’appréhender. Pourtant, s’il le connaissait, il investirait d’évidence moins d’énergie, mais, possédant en permanence l’information – dont l’inévitable cortège de mauvaises nouvelles – sa vie sans efforts, sans étonnements, manquerait singulièrement d’attrait. Il n’éprouverait plus les émotions qui en font le sel. Sauf une, de taille, la peur omniprésente, obsédante, de l’approche du jour connu de sa mort et de celle de ses proches ! Soit dit en passant, l’ignorance de ces échéances est bien, à mon sens, une suprême délicatesse divine !

Alors, bien entendu, avec sa curiosité mêlée de crainte – et son désir de domination de l’autre, ne l’oublions pas – l’homme écoute les visionnaires, d’autant mieux qu’ils sont aujourd’hui médiatisés. Mais il ne voudrait entendre d’eux que des présages heureux – les bonnes choses, comme l’on dit – qui ne demandent ni efforts ni sacrifices personnels ! Nous sommes ainsi faits. Je vis cela tous les jours, lors de mes consultations !

D’ailleurs, nous l’avons vu, les prophètes dignes de ce nom, religieux ou laïques, dispensent toujours une morale avec leurs prédictions, pour tenter de corriger nos travers. « La chance ne sourit qu’aux esprits préparés », disait Pasteur. En somme, un bon futur se mérite !

Le grand problème est de faire admettre à l’homme que son véritable pouvoir n’est pas d’écraser l’autre mais, bien au contraire, de partager avec lui, de le secourir...

... Et de l’aimer ! Car aider, c’est aimer. Notre civilisation judéo-chrétienne nous montre que certains visionnaires ont déjà payé cher cette opinion, en apparence utopiste.

Vous pensez à qui en particulier ?

D’abord à Jésus-Christ dont nous avons parlé d’entrée. Au-delà des pouvoirs supranormaux qu’il possédait, selon l’Evangile, n’a-t-il pas justement dit aux hommes dans toute la Galilée puis à Jérusalem : « Aimez-vous les uns les autres ! » ? Il est mort pour ces paroles, cloué à une croix sur le mont Golgotha. Y a-t-il pourtant plus beau message ?

Vous avez évoqué Jeanne d’Arc. « Dieu m’ordonne de bouter l’Anglais hors de France », disait-elle ! Ses voix la conduisent à Orléans, dont elle chasse l’oppresseur. Trahie ensuite par les siens, comme Jésus-Christ, Jeanne est vendue aux Anglais et brûlée vive à Rouen. Cette sainte n’est-elle pas la personnification même du courage et de l’altruisme ?

Prophétiser, c’est savoir prendre des risques !

Certes, et en l’occurrence, parce que les deux histoires se sont terminées tragiquement, il est incontestable qu’elles continuent d’autant plus à propager de puissantes valeurs mythiques.

Je suis tout à fait de votre avis. Jésus-Christ comme Jeanne d’Arc sont devenus des références quasi quotidiennes, sans cesse réinventées par les historiens et les gens de spectacle, comme les légendes et les contes de fées. Parce qu’une société ne peut pas vivre sans mythes, sans racines. Demain existe parce qu’il y a eu hier, nous le savons.

De Nostradamus à Hergé

On peut presque dire que le mythe est « directionnel », au sens où il balise le temps et l’éclaire, notamment avec des écrits. N’est-ce pas le cas des cinq mille vers mystérieux de votre célèbre confrère provençal Michel de Nostredame, qui continuent de passionner le monde entier ?

Je ne sais pas si l’œuvre prophétique du « médecin-botaniste-astrologue-écrivain » Nostradamus est mythique en elle-même, mais le personnage, à travers son surnom et son érudition, l’est à coup sûr. S’il n’avait donné des preuves de ses dons de voyance – comme la prédiction de trônes à de nombreux princes ou la date exacte de sa propre mort – nous pourrions nous demander si ses fameuses « Centuries » ne relèvent pas toutefois d’une superbe fiction. Chacun de ses mille deux cents quatrains, hermétiques au possible et non situés dans le temps, peuvent correspondre à bon nombre d’événements et de personnages des années 1500 à nos jours et ceux à venir. Il suffit pour ça d’un peu d’imagination, comme dit la chanson de Charles Trénet. Mais Nostradamus ne nous emmène-t-il pas, au gré de sa poésie sibylline, dans un jardin extraordinaire ?

Si je vous lis ce quatrain :

Un jour seront demis les deux grands maîtres
Leur grand pouvoir se verra augmenté
La terre neuve sera en hauts estres
Au sanguinaire le nombre raconté

Evoque-t-il les sinistres chefs de la dernière guerre mondiale ou ceux, non moins cruels et sanguinaires, de la Yougoslavie déchirée d’aujourd’hui ? Qui peut répondre sérieusement ?

N’était-ce pas la volonté même de Nostradamus par jeu qui sait, de brouiller les cartes ?

Ou sa certitude de passer ainsi à la postérité ! Les nombreux chercheurs, encore penchés sur ses écrits, nous répondront peut-être un jour.

A propos d’écrits visionnaires, faites-vous une différence entre l’œuvre de Nostradamus et celle de Jules Verne, par exemple ?

Bien sûr, on pourrait dire pour l’œuvre du premier cité, qu’il s’agit de pressentiments et pour celle du second, de fantasmes. Mais ne jouons pas sur les mots, l’un et l’autre ont bien littéralement « vu » ce qu’ils ont écrit. Dans les deux cas, il y a production d’images mentales. Il en est de même, vraisemblablement, des machines fantastiques inventées par Léonard de Vinci. N’a-t-il pas « visualisé », pour employer un mot à la mode, et dessiné, entre autres engins, l’hélicoptère, cet étrange insecte de fer, aujourd’hui banal taxi aérien ?

Et je m’en voudrais, à propos de dessin, d’oublier la fusée à damiers de Tintin et Milou qui m’a emmené sur la lune avant les vrais cosmonautes ! Le dessinateur Hergé n’est-il pas devenu lui aussi un créateur mythique qui va ravir encore des générations d’imaginaires ? Ma conviction est que ces génies possédaient, chacun à sa manière, non seulement une idéation fabuleuse, hors du commun, mais de plus un véritable « sens du futur ».

Visionnaires et voyants

John Fitzgerald Kennedy, très attaché à la prospective, avait pour maxime « Si tu peux le rêver, tu peux le réaliser ! » Chaque époque engendre ses grands visionnaires. La nôtre n’échappe pas à cette constante. Quels sont, répondant à cette appellation, les Français de ce XXe siècle qui vous ont le plus marqué ?

Vous savez, le visionnaire pour moi, est celui ou celle, qui chacun dans son domaine, en sachant se projeter, œuvre à l’avenir de l’homme, lui donne un futur. Alors, des bienfaiteurs de notre siècle deviennent des guides comme les premiers prophètes , des modèles, la fonction n’a pas changé. C’est Charles de Foucauld qui, en Afrique, civilise avant d’évangéliser. Il sera d’ailleurs trahi, lui aussi. C’est Einstein, qui nous explique la marche du temps et Freud, celle de notre inconscient. C’est le général de Gaulle qui, avec nos Alliés, libère la France occupée. C’est l’abbé Pierre et sœur Teresa qui se battent pour rendre leur dignité aux déshérités. C’est le commandant Cousteau qui nous engage à préserver la terre de nos enfants.

Ce sont aussi, derrière leur microscope, tous les chercheurs qui élaborent les médicaments de demain. Ce sont encore tous les acteurs sociaux qui, en ce moment même, s’efforcent de réconcilier emploi et production, progrès et économie. Une seule motivation, un seul objectif : l’homme ! Parce que rien de noble ne se crée sans les hommes. Voilà ce qu’est à mes yeux un visionnaire.

Un humaniste de terrain, si l’on peut dire, et qui utilise maintenant avec habileté le porte-voix médiatique pour diffuser son message dans le monde entier. Je remarque toutefois qu’il n’y a pas de voyants parmi les grandes figures de ce siècle que vous citez.

Le seraient-ils que je l’ignore ! Encore que de Gaulle, dit-on, aimait interroger les cartes. Que lui répondaient-elles ? Nous ne le saurons sans doute jamais. Quoi qu’il en soit, le visionnaire, grâce à son intuition, sa créativité, « pré-voit » demain. Le voyant, par divers modes de perception dont nous reparlerons, le « voit ». Leurs mécanismes mentaux sont différents, bien que tous deux soient « habités par le futur ». Nous sommes donc toujours dans le sujet... vous voyez ?

Je vois ! Cette distinction faite, si chaque siècle a ses visionnaires, il a aussi ses voyants. Pensez-vous que nous ayons de nos jours un nouveau Nostradamus ?

Il en existe même certainement plusieurs ! Déjà sous la Révolution française, une certaine Mlle Lenormand se rendit célèbre en prédisant leur fin commune à Mirabeau et Saint-Just. Elle annonça ensuite à Joséphine de Beauharnais la brillante carrière de Bonaparte, son soupirant corse, alors inconnu. Le jeu de tarots qu’elle inventa et qui porte son nom est devenu un classique. Une autre femme, Mme Fraya, connut auprès du monde politique une notoriété considérable avant la guerre de 1914. A Jean Jaurès, qui insistait pour savoir comment il mourrait, elle prédit quatre ans avant sa mort violente dans la rue.

Au plan de la France contemporaine, je ne peux citer de voyants renommés – et de talent – sans risque éventuel de froisser la susceptibilité de plusieurs autres. Nous sommes voyants, mais néanmoins que des hommes ! Je préfère donc m’abstenir de toute énumération. Nos lecteurs nous comprendront.

Aux Etats-Unis, la voyante la plus consultée actuellement et que l’on dit, là-bas, la plus célèbre du monde, est sans conteste Jean Dixon. Elle eut en 1958 la vision d’un attentat contre un pape et annonça plus tard l’assassinat du président Kennedy, dont vous parliez à l’instant, puis celui de son frère. Elle présage, comme beaucoup d’autres médiums, la fin du monde pour l’an 2000 !

Nous venons d’approcher le " pourquoi " de la voyance, intimement lié au temps terrestre, passé, présent, à venir. A cette précise mais fragile horloge qui est en nous, réglée provisoirement sur le grand sablier du cosmos. D’où viens-je ? Qui suis-je ? Où vais-je ? Questions éternelles qui taraudent l’homme ! Si vous le voulez bien, il convient d’aborder maintenant, sur cette même trajectoire, le " comment " de la divination.

Ce sera le sujet de notre prochaine rencontre !

1Toutes les prophéties jusqu’à l’an 2000.