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Vais-je être à la hauteur? ... Pourvu que je ne perde pas mes moyens! ... Je crains d'être dépassé par les événements ! ... » Autant d'expressions populaires pour qualifier le manque de confiance en soi, ce sentiment d'éventuelle autotrahison. Notre imagination, si nous la laissons faire, est par nature plus prompte à projeter sur notre écran mental des situations d'échec que de réussite, susceptibles de nous déprécier et, partant, de survaloriser autrui, qu'il s'agisse d'une prise de décision ou de parler en public, d'un oral d'examen, d'un entretien d'embauche, d'un rendez-vous amoureux ...
À PROPOS DE L'AUTEUR
Gilbert Garibal, maçon depuis plus de trente-cinq ans, sait de quoi il parle. Passé d’un système à l’autre pour terminer son parcours et auteur maçonnique chevronné, il présente dans ce nouveau livre une analyse avant tout sociologique. Elle aboutit à la conclusion d’une réforme nécessaire de la présente organisation obédientielle et juridictionnelle, pour sa survie même. L’Art Royal est une source vive dont on ne doit ni retenir ni polluer son libre courant. Empêchée ici, elle réapparaît là !
Gilbert Garibal, franc-maçon depuis plus de trente-cinq ans est docteur en philosophie, formé à la psychanalyse, et psychosociologue. Après une carrière commerciale puis l’exercice de la direction des ressources humaines en entreprise, il s’est investi dans la relation d’aide. Il se consacre aujourd’hui à l’observation des faits de société et à l’écriture. Auteur de nombreux articles et livres, il a publié chez Numérilivre-Editions des Bords de Seine, entre autres, « Devenir franc-maçon », « Plancher et après ? », « Comprendre et vivre les Hauts-Grades maçonniques » (Tome 1 et 2)
Approfondir l’Art Royal et
Le Rite Ecossais Ancien et Accepté.
Marie-Hélène Gonnin, psychologue de formation psychanalytique. Elle accompagne les dirigeants d’entreprise à comprendre leurs comportements et à les adapter aux meilleurs choix. Elle aide Joseph à élucider les énigmes que posent, à la psychanalyse, la Franc-maçonnerie.
Jacques Fontaine est un Frère impliqué dans le mouvement maçonnique depuis plus de quarante ans. Il intervient comme conférencier. Il a publié de nombreux articles et ouvrages sur l’Ordre. Dans cet ouvrage, poussé par la curiosité, il n’a de cesse de questionner Juliette sur la vérité maçonnique.
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Seitenzahl: 409
Veröffentlichungsjahr: 2020
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La Voyance, guide pratique
Les Trucs antitrac
En finir avec le trac
Le Guide des sciences parallèles
Le Guide du bénévolat et du volontariat
La Méthode Coué
Le Guide de l’animateur efficace
Devenir franc-maçon
Émotions : mode d’emploi
Sigmund Freud, l’homme, le médecin, le psychanalyste
Docteur en philosophie (option psychanalyse), psychosociologue et publicitaire diplômé d’Etat, Gilbert Garibal est avant tout un « homme de contact ». Très tôt attiré par l’animation de loisirs, il se forme d’abord au sein de villages de vacances, ensuite dans une « école de voix » pour parfaire son expression orale et corporelle afin d’approcher les techniques radiophoniques et télévisuelles.
Il poursuit plus tard ses activités dans la vente, puis conduit parallèlement une carrière dans la communication pharmaceutique et un exercice bénévole en milieu associatif.
Passionné par la réflexion et l’action en commun, il fréquente plusieurs cercles de pensée et appartient à un mouvement humanitaire. Plus que jamais convaincu qu’il n’existe d’homme que dans son rapport à l’autre, Gilbert Garibal se consacre actuellement à la relation d’aide et à l’écriture.
Il est le rédacteur de nombreux livres, articles et études sur les phénomènes de société. Ce sont ses diverses expériences de terrain qui lui ont permis d’écrire le présent ouvrage sur la confiance en soi.
À PROPOS DE CETTE ÉDITION ÉLECTRONIQUE
Édition, Conversion informatique et Publication par
NUMÉRILIVRE
Cet ouvrage est réservé strictement pour votre usage personnel.
Tous droits de reproductions, de traduction et d’adaptation sont réservés pour tous pays sous quelques formes que ce soit.
Copyright Numérilivre ©
Edition numérique : 2013
EAN : 9782366320077
A Marinou.
Avec toute ma reconnaissance à :
Jocelyne Dahan
Michèle Sovier
Daniel Béresniak
Raymond Carpentier
André Castoriano
Sam Kern-Beiser
Christian Lochon
Gérard Mesnil
Richard Prasquier
chaleureux compagnons de route,
dont la foi en l’Homme et ses ressources m’a donné toutes les raisons d’écrire ce livre.
Vous venez de vous procurer Vers la confiance en vous, de Gilbert Garibal. Vous avez hâte d’entreprendre ce périple en vous-même sous la direction de cet accompagnateur, et vous avez bien raison !
Avant tout, parce que vous serez guidé dans un voyage initiatique effectivement riche par la découverte des ressources cachées en vous-même. Ensuite, parce que votre prise de confiance ira de pair avec celle que vous accorderez à un auteur qui a une grande connaissance des fondements du savoir qu’il expose.
Non seulement Gilbert Garibal maîtrise, pour les avoir expérimentés, les récents enseignements des psychologues renommés d’Europe et d’Amérique, mais sa pratique assidue des sciences humaines lui permet de vous conduire aux sources même des concepteurs de la psychologie moderne.
Au fil de son texte qui, volonté didactique oblige, s’attache d’entrée à remonter aux racines de l’homme, vous trouverez la trace constante du grand découvreur que fut Sigmund Freud et de ceux, tels ses confrères Eric Berne et Victor Frankl, qui, dans son sillage, ont pertinemment éclairé la pensée contemporaine en matière de connaissance de soi.
Pour avoir longtemps dialogué avec Gilbert Garibal au cours des réflexions que nous menions ensemble en marge de notre activité psychosociologique commune – et que nous poursuivons toujours – je sais à quel point il a le désir de rechercher en permanence à penser et à dire aussi vrai que notre condition humaine le permet. Ce souci de « savoir ce que parler veut dire », qui caractérise l’essence de la philosophie (et qui s’exprime aujourd’hui opportunément dans les multiples débats générés par cette discipline) est présent en filigrane à chaque page de cet ouvrage. Frappé au coin du bon sens et pimenté d’un humour rafraîchissant, il arrive comme un sursaut de santé mentale au moment où trop d’augures pessimistes, désireux de se rendre intéressants, persistent encore à annoncer la fin de l’esprit et le triomphe de la bêtise, pour reprendre le mot percutant de Gilles Deleuze.
Mieux qu’un manuel de recettes stéréotypées, c’est un traité de philosophie appliquée – dans la ligne même du Connais-toi toi-même de Socrate – qui vous est ici proposé. Grâce au couplage d’une théorie captée aux meilleures origines et d’un subtil autoquestionnement, vous allez pouvoir accéder au centre de vous-même et permettre la véritable expression de votre personnalité.
Dans ce domaine de la confiance, Gilbert Garibal montre précisément qu’il croit en son lecteur. De son point de vue d’expert, vous êtes une personne responsable. Vous êtes donc capable à la fois de chercher avec lui comment faire pour améliorer votre confiance en vous, et de comprendre pourquoi vous aurez réussi à vous affirmer. De la sorte, par le biais de la relation établie avec celui que vous lisez et son « compagnonnage », vous progresserez en toute sécurité sur le chemin de la connaissance, de l’approbation et de l’engagement serein de vous-même.
Et, pour ma part, j’ai aussi confiance en vous ! Je suis certain que vous ferez une lecture profitable. A vous maintenant le plaisir de lire et d’apprécier ce livre-outil particulièrement tonifiant.
Raymond Carpentier
« Homme de paroles » dans tous les sens du terme, Raymond Carpentier est un brillant philosophe, psychosociologue et sociopolitologue. Il a publié à ce jour, entre autres, la Connaissance d’autrui (P.U.F., 1968) et Réduire l’incertitude pour mieux gérer (Chotard, 1989) ainsi qu’une centaine d’articles et brochures intéressant les échanges humains (dont Gagner sans faire de vaincu en 1987, et l’Homme créera l’homme en 1991). Parallèlement à l’écriture, il a conduit une carrière de cadre industriel dans la fonction « ressources humaines » (recrutement, formation et conseil) et un enseignement en université et au Conservatoire des arts et métiers. Dans sa réflexion comme dans ses nombreuses publications, il continue de s’appliquer à comprendre le monde et à rechercher sans relâche les clés d’une vérité si difficile à cerner dans notre environnement en profonde mutation.
« La plus belle activité à laquelle puisse accéder un être humain est l’apprentissage. »
Spinoza.
Une piscine bordée de cocotiers, s près du bar, dans un club de vacances. Sur le plongeoir du bassin miroitant sous le soleil, une blonde adolescente en maillot rose regarde l’eau trois mètres plus bas, avec appréhension. Une nouvelle fois, elle prend son élan et saute dans le grand bain, les yeux fermés, toute droite, en se pinçant le nez, puis ressort ruisselante par l’escalier, pour recommencer. Comme ses camarades qui sans cesse rebondissent sur la planche et « piquent une tête » en un joyeux et continuel ballet aquatique, la jeune nageuse voudrait bien aussi savoir plonger du tremplin.
Obstinée, appliquée, patiente, elle a décidé cet après-midi d’apprendre seule. « Je ne suis pas plus maladroite qu’une autre, je vais réussir », lit-on sur son visage déterminé. Au fil de ses sauts, elle s’assouplit, sa peur se dissipe visiblement. Maintenant, elle plie les genoux et bascule dans l’eau les bras en avant, les mains jointes... au prix de quelques réceptions claquantes sur le ventre et de grandes éclaboussures qui, bien entendu, font éclater de rire sa bande moqueuse ! Qu’importe. Concentrée, sourde aux quolibets, elle s’enhardit, affine son coup de pied en prenant bien appui sur le bord de la planche pour se lancer, courbe son corps et, la tête en bas, les bras bien profilés et les jambes serrées, s’efforce de mieux pénétrer l’onde turquoise...
Il lui faudra plus de deux heures, de multiples essais encore, pour réussir un plongeon acceptable, puis un autre meilleur, un troisième enfin quasi parfait, tel un gracieux et luisant dauphin, sous les applaudissements des copains. Quelle joie dans ses yeux, après cette victoire sur elle-même !
Je me souviens de cette scène estivale dont, il y a quelques années, allongé dans une chaise longue, je fus le spectateur ravi et fier. A la fois parce que la naïade si volontaire m’avait donné un bel exemple de calme et de persévérance, et aussi, je me permets de le dire... parce qu’il s’agissait de ma fille !
Volonté, courage, discipline, ferme espoir que l’on va réussir la tâche entreprise et maintes fois remise sur le métier, nombre des ingrédients constitutifs de cette anecdote définissent ensemble ce qui compose la confiance en soi, comme nous le confirme le Larousse :sentiment que l’on a de sa propre valeur et dans lequel on puise une certaine assurance.
L’expression le sous-entend : « confiance en soi » signifie bien que l’on se fie à soi-même, que l’on croit en ses propres capacités, bref que l’on est sûr de son potentiel. C’est précisément cette certitude qui donne l’élan, voire la hardiesse, aussi bien dans la formulation d’une pensée ou d’un point de vue, que dans le passage à un acte donné. A l’inverse, le manque de décontraction et de simplicité, de facilité naturelle face à soi-même ou en société se traduit à l’évidence par la gaucherie, le doute, la crainte, voire le blocage ou l’anxiété.
Amie lectrice, ami lecteur qui ouvrez ce livre, vous avez conscience de l’intérêt de posséder cette véritable force que représente plus que jamais, en cette époque de mutation, la confiance en soi. Mais peut-être, si vous croyez en manquer, pensez-vous qu’elle est innée ou demeure le privilège de ceux qui savent s’imposer grâce à... leur culot ? Peut-être êtes-vous persuadé(e) que vous n’aurez jamais l’audace, l’aplomb, tout simplement cette maîtrise de soi que vous admirez chez certains de vos parents, amis ou collègues ? Et, devant votre écran de télévision, vous vous demandez souvent comment ces journalistes, animateurs ou politiciens peuvent avoir une expression orale et gestuelle aussi aisée.
S’il est vrai que d’aucuns affichent une grande sûreté d’eux-mêmes et un sang-froid permanent, ou que d’autres encore jouissent d’une belle éloquence et d’une disposition innée au contact, il est certain aussi que ces enviables qualités peuvent s’acquérir. Il suffit de le vouloir !
Partir à la conquête – ou à la reconquête – de ce précieux autocontrôle et de cette « assertivité1 » qui favorisent la vie avec soi-même et les autres, c’est le voyage enthousiasmant auquel nous vous convions.
Une longue expérience psychosociologique en milieux industriel et associatif nous a permis d’être témoin de « l’ouverture » de nombreux sujets, auparavant plutôt timorés, sinon méfiants. Ils ont un jour décidé de ne plus subir un diktat, aussi bien personnel qu’environnant – souvent installé de longue date – puis d’aborder la vie autrement. Comment sont-ils ainsi passés de l’inhibition à l’épanouissement ? Comment, en un mot, ont-ils réussi à grandir ?
En les accompagnant sur leurs terrains respectifs, en échangeant avec eux, nous avons repéré les chemins qu’ils ont empruntés et, en même temps, les obstacles franchis. Ces observations et réflexions nous ont permis de dresser en quelque sorte un véritable itinéraire de la confiance en soi. Nous vous en proposons ci-après les grandes étapes qui constituent précisément, autour d’une série de constats, les sujets des huit chapitres de notre ouvrage.
1. La curiosité n’est pas forcément un vilain défaut, surtout lorsqu’elle nous entraîne à la redécouverte de notre « moi ». Qui suis-je ? D’où viens-je ? Où vais-je ? Eternelles questions qu’il est intéressant de nous reposer à la lumière de nos principes éducatifs si nous voulons mieux comprendre notre fonctionnement, analyser les raisons de nos peurs et trouver les moyens de les museler.
2. Notre tête s’est éloignée de nos pieds. Plusieurs raisons à ce « divorce », de l’intellectualisme qui nous écarte de nos instincts de base à une sédentarité qui nous prive d’exercice physique. Pas étonnant que nos émotions fondamentales réprimées se transforment en inquiétude, anxiété, angoisse, trac... et manque de confiance en soi ! Il est essentiel de nous remettre à l’écoute de notre corps et de le « réhabiter ».
3. Nous ne pensons plus assez par nous-même. Le concert médiatique quotidien interprété par les leaders d’opinion nous délivre à domicile une information « pré-pensée », au rythme d’une actualité anxiogène. Nous perdons ainsi l’habitude d’analyser les faits à travers notre filtre personnel, de raisonner, de méditer. A l’évidence, nous devons faire l’effort d’un « déconditionnement » pour reconquérir notre libre arbitre.
4. Nous communiquons de plus en plus... mais nous nous parlons de moins en moins. L’individualisme ambiant engendre le repli sur soi et la peur de l’autre. Or, en tant qu’animaux sociaux, nous avons besoin, pour notre équilibre, du contact avec notre semblable. C’est bien en renouant les fils du dialogue dans tous les domaines de notre vie relationnelle que nous serons à même d’affirmer sans crainte notre personnalité.
5. Il existe d’autres valeurs que celles cotées en bourse. La majorité d’entre nous bénéficie du bien-être matériel et facilitateur apporté par le progrès constant. Malheureusement, ce dernier entretient aussi un esprit de compétition et de mauvais sentiments (telles jalousie et rancœur) aux effets déstabilisants. Il devient urgent de repasser de l’avoir à l’être pour retrouver, avec le respect de soi-même, celui d’autrui.
6. Nous ne prenons plus le temps de vivre. Des premiers sabliers aux horloges astronomiques, nous avons réussi à mesurer le temps avec de plus en plus de précision. Mais sa maîtrise nous échappe toujours et nous sommes devenus des gens pressés et... stressés ! Au prétexte de raccourcir les distances, nous bousculons surtout nos rythmes biologiques. Il est vraiment temps de remettre nos pendules à l’heure !
7. Nous sommes ce que nous faisons. Grâce à notre faculté imaginative, nous pouvons nous projeter dans le temps et l’espace, inventer des scénarios à volonté, élaborer des constructions mentales. Nous ne prenons pas toujours la liberté de les transformer en réalisations concrètes individuelles. La créativité, sous toutes ses formes – du plus humble bricolage à l’œuvre d’art sophistiquée – est dynamisante et jubilatoire.
8. Aime ton prochain comme toi-même. Ce message prophétique qui traverse le temps peut sembler une « aimable » utopie au regard des atrocités perpétuées par l’homme sur la planète. L’amour reste pourtant la voie royale qui, à condition de passer d’abord par l’auto-appréciation, permet d’aller ensuite vers l’autre sans préjugés. Parce que confiance en soi signifie à la fois respect de soi-même et d’autrui.
Huit chapitres, huit étapes préférons-nous dire, d’un parcours qui, si vous le voulez bien, va vous permettre d’aller de la rencontre à la considération de vous-même. Telle est notre suggestion. Certes, l’entreprise exige un effort, mais qui est tout à fait réalisable en quelques semaines. L’acquisition de cette confiance en soi que vous souhaitez implique un changement d’habitudes, une modification de vos comportements, une révision de vos jugements, bref, un nouveau regard sur vous-même et le monde.
A l’image de notre nageuse, vous devrez assimiler petit à petit un ensemble de techniques et de réflexes pour réussir à plonger correctement... dans le bain social. Mais quel plaisir, ensuite, de vous sentir bien dans votre peau et parmi les autres !
Alors n’hésitez plus, suivez-nous et... jetez-vous à l’eau !
Principe du livre
Nous avons choisi une formule rédactionnelle « interactive » pour vous permettre une implication la plus étroite possible dans cet ouvrage qui a été conçu comme un fichier, avec des séquences d’égale longueur, consultables à votre convenance, après une première « traversée ».
Considérant effectivement que l’acquisition ou la consolidation de la confiance en soi représente un parcours à effectuer (ici, à la manière d’un « rallye-promenade »), nous avons divisé le développement de notre texte en huit étapes, chacune d’elles étant segmentée en quatre jalons.
Ceux-ci sont assortis de leur « feuille de route » respective, comportant une série de questions et, en même temps, de suggestions. Les réponses que vous voudrez bien donner sous forme de points de vue par rapport aux nôtres (dans le livre ou, si vous ne souhaitez pas y inscrire de notes personnelles, dans un cahier à part) vous offriront l’opportunité d’échanger avec nous et d’être à la fois véritablement le metteur en scène et l’acteur de chaque séquence.
Il vous sera ainsi loisible, si vous le jugez bon, d’envisager de nouveaux comportements et même de les tester, voire de les adopter au fur et à mesure de votre progression.
Après notre « point final », vous pourrez faire le vôtre dans le « carnet de bord » annexé, en y résumant les temps forts de vos trente-deux feuilles de route. Vous pourrez également porter vos conclusions générales en fin d’ouvrage, sur les pages réservées à cet effet, ou dans votre cahier.
Bonne et fructueuse lecture !
Etape 1
« Connais-toi toi-même... et tu connaîtras l’Univers et les dieux. »
La légende dit que Socrate découvrit la première partie de cette injonction inscrite au fronton du temple de Delphes, et la seconde gravée à l’intérieur, en y pénétrant. S’il en fit sa devise, c’est bien parce qu’elle lui confirmait sa pensée, à savoir la nécessité de se comprendre d’abord pour mieux appréhender le vaste monde ensuite, et établir une saine relation avec lui. En quelque sorte, de descendre en soi pour mieux s’élever.
D’où viens-je ? Qui suis-je ? Où vais-je ? sont les éternelles et angoissantes questions que se pose l’homme depuis l’aube des temps. Il nous semble utile de tenter modestement d’apporter nos propres réponses dès la première étape de notre périple, à la lumière de la science et de la psychologie modernes.
Avec leurs dernières découvertes, l’une et l’autre sont en mesure de non seulement nous éclairer sur nos origines et notre fonctionnement, mais aussi de nous donner d’entrée de précieux outils pour mieux communiquer avec nous-même et notre semblable.
1er JALON :
Vivre, c’est éprouver la peur. Dès qu’il arrive au monde, le « petit d’homme » fait l’expérience progressive – et à répétition – de ce phénomène affectif douloureux avec ses variantes :
– Traumatisme de l’expulsion à l’air et à la lumière.
– Angoisse de la séparation de sa mère.
– Crainte des visages et des bras étrangers.
– Appréhension de l’obscurité.
– Cauchemars et terreurs nocturnes.
Ainsi, la liste est déjà longue des situations menaçantes auxquelles le Moi en construction du nouveau-né se trouve exposé au quotidien ! Sa façon d’y réagir, comme celle de l’entourage, n’est sans doute pas étrangère à la qualité de son développement, ensuite.
Parmi toutes ces agressions précoces, « la peur du noir » – qui peut se prolonger à l’âge adulte – ne serait-elle pas d’ailleurs une émotion archaïque venue du fond des âges et enregistrée par notre cerveau reptilien ?
On devine sans peine les frayeurs successives de notre ancêtre hominidé et les questions angoissées qu’il a pu se poser quand il s’est dressé sur ses pattes de derrière en sortant de sa caverne, voici quelques millions d’années. Qu’il baisse ou lève les yeux, n’avait-il pas toutes les raisons de redouter ce milieu hostile, au rythme des « catastrophes naturelles », telles que nous les dénommons aujourd’hui ?
◊ Qu’est-ce que cette terre qui tremble sous mes pieds, ces volcans qui crachent des flammes, ces rivières qui déferlent et débordent de leur lit, ces mers furieuses secouées de tempêtes ?
◊ Qu’est-ce que ce vent qui siffle à mes oreilles et arrache les arbres, ce tonnerre qui gronde, cette pluie qui me trempe, cette grêle qui me crible le visage, cette neige qui tourbillonne et recouvre le sol ?
◊ Pourquoi ce froid qui me glace, cette chaleur qui m’étouffe ?
◊ Pourquoi cette immensité au-dessus de moi, cette éblouissante boule de feu suspendue, cette lumière qui éclaire mon environnement, puis soudain cette nuit qui efface les reliefs et me rend aveugle ? La clarté va-t-elle revenir après les ténèbres ?
◊ Quel est cet astre blanchâtre à figure humaine qui monte dans l’espace au crépuscule ? Que sont ces myriades de points lumineux qui clignotent, ces comètes qui zèbrent la voûte céleste et disparaissent ? Le ciel ne va-t-il pas me tomber sur la tête ?
◊ Qu’est-ce que ces créatures monstrueuses et ces bêtes fauves grimaçantes qui rôdent dans la végétation ? Ne veulent-elles pas me dévorer ?
◊ Et ne dois-je pas me méfier de mes congénères au regard méchant qui veulent me prendre ma place, ma nourriture ?
◊ Finalement, comment me protéger de toutes les menaces de ce monde inconnu, bizarre ?
Autant d’interrogations, de doutes qui, alimentés par l’imagination, cette faculté fantastique et malicieuse dont est doté le fils d’Adam, l’ont sans nul doute assailli longtemps, jours après nuits. Autant de circonstances terrorisantes répétées qui lui ont aussi donné toute la mesure de sa petitesse, de sa vulnérabilité, et installé en lui à la fois cette peur de vivre et cette peur de mourir.
Il n’est donc pas étonnant que notre inquiet prédécesseur ait vite cherché à pactiser avec le cosmos par le biais des rites magiques, puis demandé la protection de divinités supposées, tout naturellement, localisées dans la vastitude mystérieuse du ciel.
Sommes-nous plus sereins de nos jours ? Certes, nous avons appris à découvrir la nature, à contrer quelques-uns de ses caprices avec nos moyens techniques en incessant développement. Nous savons aussi très bien exploiter ses ressources, parfois sans vergogne. Mais, en entrant dans le XXIe siècle, nous sommes encore à la recherche des origines et du « pourquoi » de la vie, comme nous ignorons tout de la mort que, d’ailleurs, nous camouflons parce qu’elle nous effraie autant qu’aux premiers âges. Pourtant, beaucoup de réponses sur nous-même sont... en nous-même, propres à nous apaiser. Encore faut-il que nous allions à leur rencontre.
De toutes les peurs inscrites en nous depuis des millénaires, celle de notre semblable, avec qui nous vivons en permanence, est par définition la plus prompte à se manifester. Ce prochain est-il aussi « aimable » que les Evangiles nous le disent ? N’est-il resté au fond de notre mémoire d’abord cet « autre Moi » menaçant de l’âge de pierre, puis cet intrus du temps de notre petite enfance surgissant dans le cercle familial, qui voulait – sait-on jamais – nous en arracher ?
Au vrai, notre condition d’animal social est pour le moins paradoxale. Comme individu, chacun de nous éprouve la nécessité de se différencier, d’être autonome, mais en même temps notre instinct grégaire nous conduit vers « l’autre » dont nous avons besoin pour vivre, parce qu’il est tout à la fois :
– Le miroir qui nous renvoie notre image et, en quelque sorte, nous permet de constater notre existence.
– Le censeur, indispensable témoin, qui évalue nos paroles et nos actions, donc nous gratifie ou nous blâme.
– Le concurrent qui peut certes nous supplanter, mais dont la rivalité nous est utile pour prendre notre propre mesure.
– Le partenaire qui nous apporte son concours dans toute réalisation en commun et contribue à nous donner notre sentiment d’appartenance au groupe.
N’est-il pas logique qu’ainsi exposé à l’observation, au jugement, à la confrontation et à la comparaison, nous puissions vivre notre relation à autrui tel un rapport de forces ? Et éprouver dans ce cas – en créant un enjeu – doute de soi et crainte de l’autre !
L’autodépréciation : ce nécessaire « regard de l’autre », que nous souhaitons autant que nous le redoutons, est à même de nous révéler des faiblesses réelles mais aussi imaginaires. Lorsque nous pensons que notre semblable lit en nous comme dans un livre, et donc nous juge sur-le-champ, nous croyons qu’il attend de nous la perfection. Et nous nous sentons alors bien démuni, incapable de le satisfaire ! Ce mécanisme dévalorisant, créé par nous de toutes pièces, est évidemment générateur de gêne, de manque d’assurance et de confiance en soi.
La surestimation d’autrui : en plus de cette faculté de nous déshabiller du regard, nous prêtons souvent à l’autre des pouvoirs et des intentions – bien entendu mauvaises – qu’il n’a pas. De cette façon, avec la conviction d’être instantanément « deviné » et dévalorisé, nous le ressentons comme une menace. Pour peu que nous habite quelque timidité constitutionnelle ou acquise, nous montrons à notre interlocuteur, soumission et infériorité, attitudes en l’occurrence inopportunes. Méfions-nous donc de notre trompeuse imagination, cette « folle du logis » !
Dites-moi que vous m’aimez...
Nous sommes des « êtres de soifs ». Parmi tous nos besoins, nous éprouvons impérativement celui d’être aimé, reconnu par l’autre. Nous dépensons ainsi une énergie considérable tout au long de notre vie, pour recevoir la tendresse de nos parents, l’amour de nos frères et sœurs, de notre conjoint, de nos enfants, l’attention de nos éducateurs, la considération de nos employeurs, la cordialité de nos amis. Nous voulons, avec raison, être apprécié pour ce que nous faisons, mais encore pour ce que nous sommes... et nous ne sommes pas toujours récompensé ! Cette quête de reconnaissance, aussi légitime et compréhensible soit-elle, nous entraîne souvent à chercher sans cesse à faire plaisir, parfois même à flatter l’autre outre mesure, pour être gratifié en retour.
Au vrai, nous craignons de perdre son affection. Qu’il ne semble plus nous manifester d’intérêt et nous voilà déstabilisé, frustré, inquiet, coupable. Pourquoi ne me regarde-t-il plus ? Quelle faute ai-je commise ? Comment me faire aimer de nouveau ?
Prendre conscience de cette « dépendance au long cours », c’est déjà commencer à s’en libérer. Et moins solliciter le regard de l’autre, c’est renforcer son autonomie.
Nous venons de le voir, la peur de l’autre est très liée à la peur de nous-même : peur vis-à-vis de ce témoin, peur « de ne pas être à la hauteur, d’être dépassé, de perdre ses moyens, de perdre les pédales... », autant d’expressions courantes qui décrivent bien la suspicion en laquelle nous pouvons nous tenir.
D’où vient cette crainte d’autotrahison, en clair cette absence de confiance en nous, si ce n’est très largement de notre imagination déjà évoquée. Précieuse faculté de notre psychisme à fabriquer des représentations mentales, elle nous permet d’anticiper et d’optimiser les circonstances (nous y reviendrons à l’étape 7), mais elle peut aussi nous donner des visions négatives du monde et de notre personne, notamment en dramatisant notre passé, cet « avant » au parfum de mystère.
Il n’est pas interdit de penser, avec la psychanalyse jungienne, que certaines de nos peurs – comme nos doutes, manques et autres « béances » – nous viennent de l’inconscient collectif, vaste réservoir d’émotions dites « archétypales ». Nous serions ainsi renvoyés à nouveau aux effrois de l’homme préhistorique, démuni devant les éléments... et ses congénères menaçants.
N’oublions pas non plus les contes et autres récits illustrés de notre enfance, où se mêlaient le merveilleux et le fantastique. Bien en vue dans la bibliothèque de notre imaginaire, leurs créatures impressionnantes nous donnent encore, sinon des frissons, la perception diffuse de notre statut d’être ordinaire. S’il nous plaisait de nous identifier au généreux Robin des bois ou au magique Superman, nous prenions aussi conscience de notre fragilité en « fréquentant » les méchants : du sinistre Barbe-Bleue à la hideuse fée Carabosse qui habitaient nos songes juvéniles, des gigantesques dinosaures, si bien réincarnés par le cinéma, aux horribles dragons mi-serpents, mi-oiseaux cracheurs de feu, qui grimacent toujours sur les manèges des fêtes foraines.
Quoi qu’on en dise, chacun de nous ne garde-t-il pas l’âme troublée du garçonnet ou de la fillette qu’il a été ? Nous disposons ainsi d’une mythologie personnelle qui, à notre insu, peut continuer de nous apeurer.
« L’homme est en proie à l’homme, un loup à son pareil », répétait Théodore Agrippa d’Aubigné mille cinq cents ans après le philosophe grec Plautus (« L’homme est un loup pour l’homme »). Si, de ce fait même qui se répète dans le temps, nous vivons l’appréhension de notre semblable au quotidien, il existe pourtant en nous, enracinée, une peur vers laquelle toutes les autres convergent : celle de la mort. De tous les animaux, nous pouvons penser être la seule espèce à savoir que nous devons mourir. Mais, précisément, que signifie cette mort annoncée, pourquoi cette énigme au bout de notre route ?
Nous l’avons dit, notre civilisation effrayée s’évertue à cacher la mort. Et les morts. Il est vrai que la vue du défunt, sa transformation et l’ensemble des rites funéraires – mise en bière, cérémonie de l’enterrement, scellement de la pierre tombale – constituent une série d’épreuves difficiles à supporter pour un entourage de culture occidentale.
En plus de la perte d’un être cher, les témoins sont à l’évidence renvoyés à leur propre fin, à leur enfouissement, à leur désintégration. Et ils ne manquent pas de penser à cet au-delà, à cet « après » inconnu, inconnaissable, à propos duquel l’imagination – toujours elle – permet de dire comme d’inventer tant de choses effrayantes...
S’habituer à l’idée de la mort
La mort fait partie de la vie, entend-on dire souvent avec raison. En effet, notre vieillissement puis notre disparition, dans la logique même du processus de recyclage de la nature, sont des réalités inéluctables qu’il ne sert à rien de vouloir escamoter.
S’il est normal d’avoir peur de la mort, ce domaine mystérieux, il l’est beaucoup moins de s’évertuer à l’ignorer, comme si elle n’existait pas, comme si l’on n’était pas concerné. C’est en pratiquant de la sorte l’art de l’esquive – du refus d’approcher les mourants à l’évitement des inhumations – que l’on se gâche la vie ! Sans qu’à l’inverse la mort devienne une obsession, il s’agit avant tout de l’accepter. Chaque jour à vivre apparaît alors tel un don précieux, qui apporte joie, confiance et paix intérieure.
Feuille de route n° 1
Vous et le monde
♦ Quelles étaient vos peurs d’enfant ?
♦ Comment se manifestaient-elles ?
♦ Qu’est-ce qui vous apaisait ?
♦ Quels contes vous impressionnaient le plus ? Pourquoi ?
♦ A quel héros de légende aimiez-vous vous identifier ? Et maintenant ?
♦ Eprouvez-vous des peurs aujourd’hui ? Lesquelles ?
♦ Comment les traitez-vous ?
♦ Quelle image globale vous faites-vous des autres ?
♦ Cherchez-vous à être reconnu de votre entourage ? Comment ?
♦ Craignez-vous la mort ? Que signifie-t-elle pour vous ?
2e JALON :
L’homme descend du singe et le singe descend de l’arbre, aimions-nous répéter au temps de nos culottes courtes, ravis de nos premiers jeux de mots. Cette plaisanterie qui égaie toujours les écoliers n’est précisément pas si « bête » en soi. Le paléontologue Yves Coppens – l’un des découvreurs du squelette de notre lointaine arrière-grand-mère baptisée Lucy – nous indique que les hominidés grimpaient aux arbres et circulaient aisément de branches en branches, il y a trois millions d’années !
D’australopithèques en préhumains, d’Homo erectus en Homo sapiens, notre lente évolution nous a conduits, vers 40 000 ans, à un homme peu différent de celui d’aujourd’hui, l’homme de Cro-Magnon. C’est à lui que nous devons, entre autres rites, l’enterrement des morts dont nous parlions à l’instant. Ainsi, comme le souligne le scientifique précité1, notre respectueux ancêtre « réalise que chacun est unique et ne peut être remplacé, que la disparition d’un être est un drame sans retour. »
Ces bons sentiments n’ont sans doute pas empêché sieur Cro-Magnon de montrer une disposition belliqueuse. Il semble, selon certaines thèses, qu’il n’aimait pas forcément son prédécesseur Neandertal – avec qui il dut cohabiter pendant une période de transition – et l’aurait peut-être exterminé. Progressivement s’imposent donc les notions de rivalité et de défense du territoire, et se manifestent la peur de l’autre ainsi que le doute de soi. « Ne veut-il me voler mes récoltes, mes troupeaux, mes minerais ? Suis-je assez fort pour l’en empêcher ? » Et après le remplacement total du Neandertalis par le Sapiens – à l’âge du fer, deux mille ans avant notre ère (hier, à l’échelle du temps !) – on voit se confirmer batailles et guerres entre les hommes. Cet affrontement Sapiens contre Sapiens n’a jamais cessé depuis !
Il a donc fallu quelque soixante dix millions d’années, nous disent les minutieux collectionneurs d’ossements, pour que, une fois les dinosaures mystérieusement disparus, une succession de primates « fabrique » lentement l’homme. Pour que, de petit en grand singe, se structure notre lignée. Pour que notre cerveau passe de quarante centimètres cubes à un kilo quatre cents aujourd’hui ! Pour nous redresser, rester statique, découvrir l’horizon, transporter notre nourriture, fabriquer des outils. Puis, irrésistiblement, quitter notre berceau africain, aller de l’avant (notre architecture n’est pas faite pour la marche arrière !), « communiquer » et nous répandre sur le globe. Une longue et chaotique histoire qui, pourtant, tient debout !
Communiquer veut dire utilisation du langage mais aussi formation de hordes, tribus, familles, avec apprentissage d’une vie en groupe, peu à peu codée et ritualisée. Se déplacer signifie cheminement de forêts en plaines, de montagnes en vallées, dans une nature en constante mutation, sous l’emprise de la curiosité, un sentiment – très humain et facteur de progrès – en l’occurrence plus puissant que la peur.
C’est bien ce désir impérieux de découvrir, de savoir et de concevoir, hérité de son riche passé, qui a définitivement fait passer « l’Homo modernus » de l’animalité à l’humanité. Encore faut-il que, sous prétexte de culture et de technologie galopantes, il ne nuise pas à son milieu jusqu’à le détruire, et lui avec, dans les siècles à venir. Soyons confiants en espérant qu’avec le développement attendu de son cerveau, son intelligence gagnera quelques indispensables grammes de raison et de sagesse !
Une vertu ancestrale
Que retenir surtout de ce condensé du parcours de l’homme, sinon la prodigieuse faculté d’adaptation de ce dernier à l’environnement, qu’il n’a cessé de montrer au fil de son évolution. Une telle « plasticité » doit nous conforter lorsque nous doutons de nos possibilités : parce que nous portons en nous, profondément mémorisée, cette traversée victorieuse des millénaires, nous possédons les moyens de faire face au milieu, aux autres, aux épreuves. Il suffit d’appeler à la rescousse cette vertu ancestrale qui a pour nom :
courage.
Si, aux temps préhistoriques, la nature se chargeait de former l’homme, de nos jours c’est la socioculture qui le façonne dès l’enfance. Les institutions familiale et scolaire sont évidemment les deux premières à même de donner au petit Sapiens un viatique pour partir à la découverte du monde. De leur côté, les outils médiatiques apportent leur complémentarité, quand ils ne se posent pas en concurrents directs de l’enseignement.
Dans l’idéal, le cocon familial est décrit comme un véritable espace d’amour, d’échanges, où chacun des membres du « clan » (père, mère, enfants) vit en confiance, se sent protégé et vient se ressourcer après ses contacts extérieurs.
En réalité, chaque famille obéit à un mode de fonctionnement qu’elle construit, avec des règles spécifiques. Elle peut ainsi constituer cette douillette cellule de base, chaleureuse, aimante et sécurisante : il en existe bien entendu des millions. Mais elle peut être également, ne nous le cachons pas, un lieu de difficultés par définition mal vécues, à type de frustrations et de conflits. Nous en sommes environnés.
Sans vouloir établir ici une typologie familiale, ou estimer un système meilleur ou moins bon qu’un autre, il est clair que l’on ne communique pas de la même manière dans une famille nombreuse, restreinte ou monoparentale. Il est sûr et certain que les usages sont différents dans une famille « ouverte » ou « fermée », et certain que les parents dits « surprotecteurs », « rigoristes » ou « permissifs » ont une optique tout à fait personnelle sur l’éducation de leur progéniture.
Quant à la fratrie – avec ses statuts de « frère aîné », de « grande sœur » ou de « petit dernier », avec ses inévitables drames que représentent les enjeux, intrigues, jalousies et rancœurs – ce livre entier ne suffirait pas pour l’étudier !
Bref, il faut admettre, comme l’a souligné Freud, qu’il n’y a pas de méthode vraiment infaillible pour bien élever un enfant et que celui-ci se sente à l’aise en permanence dans son cercle originel, ni de consignes parentales souveraines pour « l’armer » contre l’adversité, ajouterons-nous. Partant, ne nous étonnons pas que puissent naître ou se renforcer, dans tout système familial, anxiété, trac, timidité, gêne, gaucherie... autant de signes exprimables par un sujet mal dans sa peau.
Chuuut ! Cette sifflante et impérative injonction au silence est la première d’une longue série que l’enfant reçoit pendant sa scolarité. Alors qu’aux Etats-Unis, et dans beaucoup de pays anglo-saxons, l’expression verbale est favorisée dès le plus jeune âge – et l’aisance individuelle avec – notre pays, très marqué par une longue civilisation de l’écrit, fait encore largement peiner ses écoliers sur leurs cahiers, au détriment de la parole et de la gestuelle. Résultat : combien parmi eux, devenus étudiants, sont chaque année véritablement terrorisés par les épreuves orales du baccalauréat ?
Il n’est donc pas surprenant que, parvenus à l’âge adulte, nombre d’entre nous se sentent soudain « bloqués » face à un groupe. Bien que nous soyons des « parlêtres » reliés les uns aux autres par le langage, qui ne s’est retrouvé un jour quasi muet au moment de donner son opinion, de protester contre une décision ou de la refuser ? Notamment, parce que paraissant aller de soi, la notion de groupe n’est pas ou peu enseignée à l’école. Chaque élève n’y est-il pas scruté, noté, jugé, donc isolé, comme s’il n’était pas entouré d’autres élèves ? En effet, lorsque le maître le « rapproche » de ses camarades, c’est le plus souvent pour comparer ses performances ou ses faiblesses, rarement pour le sensibiliser à cette « société scolaire » et lui apprendre la vie en commun, la solidarité, les mécanismes de la conscience collective. Bref, à vivre avec et non contre les autres.
Un tel acquis serait pourtant précieux pour chacun ensuite, en terme de confiance face à une assemblée, laquelle n’apparaîtrait plus alors comme un monstre menaçant !
Ce n’est pas jouer au « marchand de peur » que de déplorer la mise en scène quotidienne des informations, tant par l’image que la parole. La réception des drames du monde à domicile et de la guerre-spectacle en direct ne nous donne-t-elle pas un triste sentiment d’impuissance ? Savoir se protéger du bruit des tambours médiatiques devient indispensable. Il s’agit de préserver son libre arbitre et, par là, sa sérénité.
Les interrogations angoissées de l’homme des cavernes n’ont pas manqué de lui inculquer l’idée d’un principe fondateur. Comment ne pas penser que des forces supérieures, invisibles, redoutables, commandent l’Univers ? Comment ne pas se rendre compte que ces puissances cachées, surnaturelles et dangereuses le dominent – lui, minuscule poussière d’étoile – et qu’il en est totalement dépendant ?
Cet attrait apeuré pour le cosmique, cette disposition à croire en une énergie inconnue l’entraîne à la personnaliser en de multiples divinités (dieux du soleil, de la lune, de la pierre...) et autant par crainte qu’à dessein, à s’y soumettre. C’est-à-dire à chercher, par des incantations, à s’attirer leurs bonnes grâces, à pouvoir ainsi demander rituellement des faveurs (pluie ou beau temps, gibier quotidien). Ainsi naît la magie (du chaldéen magdin, science), dont on trouve la trace dans tous les pays du monde.
Comment se transforme-t-elle en religion (du latin religare, relier) qui écarte toute spéculation au bénéfice de la seule adoration ? Il est intéressant d’entendre Freud sur ce point. Selon le père de la psychanalyse – qui s’est passionné au début du siècle pour les travaux de l’ethnologue Frazer auprès des peuplades du Pacifique – la naissance de la religion s’explique par le crime des fils du chef de la tribu initiale (qu’il nomme la horde primitive). Une sombre nuit, n’entreprennent-ils pas d’assassiner leur père pour s’approprier ses femmes ? Mais ils sont vite affligés par leur forfait et un terrible remords les assaille. Ils n’ont qu’un désir : réparer leur faute en trouvant le moyen de « redonner vie » à ce père lâchement tué. Comment faire ?
Les fils repentants imaginent d’abord de le symboliser par un animal (totem : mot sioux désignant une bête figurant l’ancêtre), objet de divers rituels magiques, notamment le « repas totémique » consistant en des sacrifices humains. Puis ils remplacent le père par son image, qu’ils vénèrent et chargent d’interdits (tabou : pratique polynésienne qui sacralise une chose et en proscrit le contact). De la sorte est établi, sur le modèle du père, le concept de Dieu, être immatériel, vénéré, tout-puissant. Et, simultanément, surgit la religion – forme d’expiation du meurtre du père – qui perpétue l’usage des rituels et instaure la communion (incorporation symbolique du père, correspondant au « repas totémique »).
La notion de péché originel – il s’agit bien de cela – aujourd’hui universellement répandue, nous conduit à évoquer le christianisme qui en a fait un de ses thèmes majeurs, et considéré ainsi par de nombreux spécialistes théologiques. Ce culte apparaît souvent d’ailleurs, dans l’histoire des religions, comme « la doctrine de la culpabilité ».
Nous ne voulons aucunement faire au passage le procès de la religion chrétienne, ni d’aucune autre. Notre propos est avant tout d’observer en psychosociologue l’impact qu’a pu avoir sur les générations – et qui se perpétue chez les croyants concernés – une telle idée de transgression coupable de la loi divine. Car il est bien enseigné aux fidèles de l’Eglise de demander le pardon (textuellement, la rémission des péchés) pour une faute qu’ils n’ont d’évidence pas commise. Et la crucifixion du Christ qui, parmi diverses interprétations possibles, inspire le rachat nécessaire de cette faute par l’humanité, ne manque pas de poser problème à plus d’un chrétien moderne.
Bien entendu, il peut nous être facilement objecté, à ce niveau d’analyse, que nous sommes ici dans le symbole et que nous devons le traduire en termes de tolérance et d’amour du prochain dans notre vie quotidienne. « Pardonnez-leur, Seigneur, ils ne savent pas ce qu’ils font », dit le Christ sur la croix, en désignant ses persécuteurs. Certes, si un adulte est en mesure de nuancer les signifiants et signifiés que lui propose l’Eglise, il n’en est pas forcément de même pour un enfant qui reçoit au catéchisme cet héritage de deux mille ans d’une turbulente civilisation gréco-judéo-chrétienne. Comment peut être assimilée par une conscience d’une dizaine d’années – si avide de justice – cette histoire de faute initiale à prendre en charge, sinon comme une culpabilisation doublée d’une punition non méritée ? Ne contient-elle pas les ferments d’une déstabilisation de la confiance en soi naissante ? N’est-elle pas susceptible, en un mot, de fragiliser un jeune esprit ? Ces questions méritent encore, à notre sens, d’être posées.
Ainsi, le culte « inventé » pour apaiser l’angoisse existentielle, pour renforcer notre « moi », installerait involontairement chez le croyant une nouvelle inquiétude. Nous percevons alors la nécessité de ne pas confondre foi et religion. Et ne faut-il pas souhaiter que le nouveau siècle religieux annoncé voit les Eglises proposer des dogmes révisés ?
Feuille de route n° 2
Votre éducation
♦ Sur quel mode « fonctionnait » votre famille pendant votre enfance ?
♦ Décrivez vos père, mère ou substituts parentaux avec cinq adjectifs :
♦ Décrivez-vous également avec cinq adjectifs :
a) Enfant :
b) Maintenant :
♦ Que vous ont transmis vos parents ? Vos frères et sœurs ?
♦ Quel rang aviez-vous dans votre fratrie ? Comment l’avez-vous vécu ?
♦ Quel enseignant vous a le plus marqué ? Que vous a-t-il apporté ?
♦ Quels types de rapports aviez-vous avec vos camarades d’école ?
♦ Comment jugez-vous les médias au plan informatif ? Au plan éducatif ?
♦ Si vous avez reçu une instruction religieuse, qu’en avez-vous retenu ?
♦ Eprouvez-vous un sentiment de culpabilité ? Que ressentez-vous ?
3e JALON :
Freud, divise le psychisme en trois zones distinctes : le Moi (le conscient), le Surmoi (la pression sociale) et le Ça (l’inconscient). A partir de cette construction théorique – élaborée il y a un siècle et qui n’a pas été démentie depuis – un psychiatre américain d’origine canadienne, Eric Berne, s’est intéressé spécialement au Moi dans les années 1950. Il postule, de son côté, que cette « instance psychique » est elle-même composée de trois parties interdépendantes. Il les nomme « Etats du Moi » et les individualise en termes simples : le Parent, l’Adulte et l’Enfant (avec une majuscule pour distinguer ces vocables de leur sens courant), le « P. A. E. » en abrégé, qu’il définit comme un « système cohérent d’enregistrement » de pensées, de sentiments, de sensations et de comportements. Celui-ci est symbolisé graphiquement par trois cercles superposés en forme d’engrenages (voir diagramme ci-après et à l’étape 4).
Selon ce praticien, notre personnalité est sujette à la manifestation de ces trois Etats du Moi, qui ne désignent pas trois personnes mais en quelque sorte leurs image et signifiant correspondants. Ainsi le Parent, issu de nos « figures parentales », enregistre « l’appris » (autorité, protection, valeurs, principes), l’Adulte, formé vers notre douzième année, engrange le « réfléchi » (information, expérience, logique, décision) et l’Enfant, le « bambin » resté en nous, assimile le « ressenti » (émotions, sentiments, intuition, création). Cette articulation correspond à une « réalité phénoménologique » que chacun d’entre nous exprime avec des comportements observables1. Vous êtes dans :
– Votre Parent quand vous jugez ridicules et critiquez les danses à la mode.
– Votre Adulte, alors que vous traversez prudemment la rue sur un passage protégé.
– Votre Enfant, lorsque vous pleurez devant un flm émouvant à la télévision.
Dès que, selon Berne, nous conversons, serrons une main ou croisons un regard, nous effectuons une « transaction » (au sens américain de l’échange avec autrui, dont nous reparlerons à l’étape 4). D’où le nom d’Analyse Transactionnelle (A. T.) donné par son concepteur à cette théorie de la personnalité qui est en même temps un remarquable outil d’observation de la communication avec soi-même et les autres.
En ce sens, il met très bien en lumière le mécanisme interne du manque de confiance en soi lorsqu’on observe l’interrelation de nos trois Etats du Moi et de leurs subdivisions. Hostile à tout langage hermétique, Berne les a dotés de noms faciles à mémoriser et évocateurs de leurs fonctions respectives :
– L’Etat Adulte (objectivité) apparaît comme une unité pleine et entière.
– L’Etat Parent est divisé en deux parties : le Parent Critique (répression) et le Parent Nourricier (bienveillance).
– L’Etat Enfant est fonctionnellement fragmenté en quatre sous-états : Enfant Adapté Soumis (obéissance), Enfant Adapté Rebelle (opposition), Petit Inventeur (créativité) et Enfant Libre (plaisir). Notons que le terme « adapté », aussi bien pour l’Enfant Soumis que Rebelle, désigne un sujet évoluant dans la norme sociale.
Nous savons par la psychosociologie que tout groupe – qui commence avec trois individus – demande un « meneur de jeu », un chef. Nos « agents de communication » que sont le Parent, l’Adulte et l’Enfant confirment cette règle. Dès l’âge de raison, notre Parent intériorisé, riche des directives reçues de nos éducateurs, cherche à prendre les commandes du trio, tels nos vrais père et mère. Il veut diriger notre Enfant, voire influencer notre Adulte : ainsi, notre Parent peut-il empêcher d’agir notre Enfant. Le Parent Critique se charge alors de « paralyser » notre Enfant Adapté Soumis.
Comment s’y prend-il ? Berne explique que nos Etats du Moi obéissent à une dynamique dont le carburant est « l’énergie psychique », qu’il appelle encore « flux d’investissement ». Dans le cas du manque d’assurance, le Parent Critique diffuse sur ledit circuit des messages négatifs (injonctions), que notre petite voix intérieure traduit par : « Ne sois pas toi-même !... Sois réservé !... Sois dépendant ! » à l’Enfant Adapté Soumis, totalement asservi.
Et c’est ainsi que nous pouvons montrer aux autres – qui, bien entendu, en profitent – une obéissance de type scolaire, une peur constante de mal faire, une culpabilité latente ou encore une propension à constamment faire plaisir.
Comment changer ? L’Analyse Transactionnelle nous invite, après examen de la situation par notre Adulte, à solliciter notre Enfant Libre sous l’œil bienveillant de notre Parent Nourricier.
Précisons-le, aucun Etat ou Sous-Etat du Moi n’est supérieur ou préférable à un autre. Chacun a sa mission dans « l’équipe », au moment voulu. L’important est donc de les utiliser judicieusement.
Si notre Parent Critique... est critiquable quand il devient persécuteur et inhibiteur d’action, il est bien dans son rôle lorsqu’il est « normatif » en veillant au respect des règles sociales. De même, notre Parent Nourricier peut devenir pénible quand sa sollicitude est envahissante (ne mettons-nous pas parfois un peu trop notre « grain de sel » dans les affaires des autres en voulant les aider ?), mais il assure tout à fait sa fonction lorsque, par exemple, il nous donne un élan de générosité auprès des démunis.
L’Adulte, tel un ordinateur, analyse les informations. Il est vigilant en vous faisant prendre un parapluie parce qu’il commence à pleuvoir. Si vous sortez avec un parapluie, un imperméable et des bottes, votre Adulte fait là un excès de zèle !
