Le guide de l'animateur efficace - Gilbert Garibal - E-Book

Le guide de l'animateur efficace E-Book

Gilbert Garibal

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Beschreibung

Être un bon animateur c’est avant tout : « devenir le médiateur le plus efficace et le plus apprécié ». Cela suppose de bien connaître les techniques de la communication, les mille et un trucs de l’animation et aussi de prendre toutes les dispositions pour mettre en œuvre toutes ses capacités.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Gilbert Garibal, maçon depuis plus de trente-cinq ans, sait de quoi il parle. Passé d’un système à l’autre pour terminer son parcours et auteur maçonnique chevronné, il présente dans ce nouveau livre une analyse avant tout sociologique. Elle aboutit à la conclusion d’une réforme nécessaire de la présente organisation obédientielle et juridictionnelle, pour sa survie même. L’Art Royal est une source vive dont on ne doit ni retenir ni polluer son libre courant. Empêchée ici, elle réapparaît là !
Gilbert Garibal, franc-maçon depuis plus de trente-cinq ans est docteur en philosophie, formé à la psychanalyse, et psychosociologue. Après une carrière commerciale puis l’exercice de la direction des ressources humaines en entreprise, il s’est investi dans la relation d’aide. Il se consacre aujourd’hui à l’observation des faits de société et à l’écriture. Auteur de nombreux articles et livres, il a publié chez Numérilivre-Editions des Bords de Seine, entre autres, « Devenir franc-maçon », « Plancher et après ? », « Comprendre et vivre les Hauts-Grades maçonniques » (Tome 1 et 2)   Approfondir l’Art Royal et Le Rite Ecossais Ancien et Accepté.
Marie-Hélène Gonnin, psychologue de formation psychanalytique. Elle accompagne les dirigeants d’entreprise à comprendre leurs comportements et à les adapter aux meilleurs choix. Elle aide Joseph à élucider les énigmes que posent, à la psychanalyse, la Franc-maçonnerie.

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Seitenzahl: 349

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Malgré l’attention portée à la rédaction de cet ouvrage, l’auteur ou son éditeur ne peuvent assumer une quelconque responsabilité du fait des informations proposées (formules, recettes, techniques, etc.) dans le texte. Il est conseillé, selon les problèmes spécifiques – et souvent uniques – de chaque lecteur, de prendre l’avis de personnes qualifiées pour obtenir les renseignements les plus complets, les plus précis et les plus actuels possible.

À Romain

À Brice

À Lauriane

Avec toute ma reconnaissance à :

Lucien Agostini, Hubert Dubuisson, Jean-Pierre Foucault, Jean Guiraud, Jean-Claude Laval, André Naudin, Bob Quibel, Gilbert Trigano, Stéphane Verhaeghe, Robert Willar,

des « hommes de paroles » qui m’ont montré le chemin.

OUVRAGES DU MÊME AUTEUR

La Voyance, guide pratique

Les Trucs antitrac

Vers la confiance en vous en huit étapes

Le Guide des sciences parallèles

Pour en finir avec le trac

La Méthode Coué

Le guide du bénévolat et du volontariat

Devenir franc-maçon

Émotions : mode d’emploi

Sigmund Freud, l’homme, le médecin, le psychanalyste

 
 
 

À PROPOS DE CETTE ÉDITION ÉLECTRONIQUE

Édition, Conversion informatique et Publication par

NUMÉRILIVRE

 

Cet ouvrage est réservé strictement pour votre usage personnel.

 

Tous droits de reproductions, de traduction et d’adaptation sont réservés pour tous pays sous quelques formes que ce soit.

 

Copyright Numérilivre ©

Edition numérique : 2013

EAN : 9782366320152

PRÉFACES

Le 1er janvier 1955, à 6 h 30 du matin très exactement, naissait en France une nouvelle station de radio qui allait bouleverser toute la communication par voie hertzienne. Et, en même temps, influencer toutes les autres formes de communication verbale.

Il s’agissait bien sûr d’Europe 1 qui instituait, à la place du monologue ennuyeux sévissant auparavant sur les ondes, un véritable dialogue entre la station et les auditeurs.

Le « meneur de jeu », tel que le baptisait Louis Merlin, l’inventeur de la nouvelle formule, parlait directement à chacune des personnes à l’écoute. Il remplaçait ainsi la voix sentencieuse et distante qui s’adressait aux « chers-z-auditeurs », en les interpellant d’un sonore « Mesdames, mesdemoiselles, messieurs ! ».

De son côté, le journaliste livrant avec naturel son propre texte à l’antenne éliminait le speaker qui, jusqu’alors, déclamait solennellement les informations écrites par un autre. La communication informative devenait, elle aussi, totalement révolutionnaire.

Pour la première fois, un lien direct, chaleureux et amical, unissait une station de radio et ses auditeurs. J’eus le bonheur de faire partie de ces premières équipes.

Tous ceux qui font aujourd’hui de l’animation – qu’elle soit radiophonique et télévisuelle, commerciale, sportive, de loisirs ou autre – utilisent cette manière proche et moderne pour communiquer et divertir.

Dans les années 70, devant les nombreuses demandes de jeunes gens et jeunes filles qui souhaitaient s’initier à cette profession d’animateur, j’ouvris un cours de communication. Et je vis arriver un garçon souriant, enthousiaste et curieux, qui désirait – déjà – tout savoir sur ces techniques nouvelles. Il s’appelait Gilbert Garibal.

C’est lui qui, aujourd’hui, nous présente cet ouvrage à la fois original et vraiment complet.

Il y traite remarquablement toutes les formes de communication orale, les ayant toutes exercées et sachant en expliquer les mécanismes, avec une sensibilité et un humour très personnels.

Je suis persuadé que ce guide créatif, gorgé de conseils pratiques – et judicieusement accompagné de listes de jeux et de modèles conçus par l’auteur – aidera tous les candidats aux multiples carrières de l’animation.

Il permettra aussi à qui veut simplement se documenter sur l’art de communiquer, de cerner l’un des phénomènes les plus importants de la dernière moitié du XXe siècle, et à l’évidence du suivant, dans lequel nous entrons.

 

Robert Willar

Depuis quelques années, la radio et la télévision sont devenues multiples :

– en s’adressant toujours au plus grand nombre (stations et chaînes généralistes) ou à des cibles bien particulières (stations et chaînes thématiques) ;

– en offrant une qualité technique de plus en plus évoluée (modulation de fréquence, numérique, câble, satellite).

Seul reste, quasi immuable, l’animateur.

« Quasi », car le langage, la manière de se présenter, de présenter, de s’adresser à l’auditeur/téléspectateur, à l’évidence, évolue aussi.

« Immuable » cependant, car l’animateur demeure un être humain affectif qui continue d’établir le lien avec l’autre. Un lien de plus en plus fragile ! En effet, l’auditeur/téléspectateur dispose d’un choix de plus en plus varié. Gare au zapping !

L’animateur doit constituer le meilleur trait d’union avec l’auditeur ou le téléspectateur et rester « en phase » avec lui pour... qu’il n’aille pas voir ou entendre ailleurs ! L’animateur devient ainsi plus « pointu », exactement comme tous ceux qui doivent convaincre dans la vie quotidienne, professionnelle ou privée des années 2000.

Gilbert Garibal, psychologue et sociologue, était donc le mieux placé pour nous faire comprendre le rôle difficile de l’animateur et pour déblayer le chemin de ceux qui souhaitent faire carrière dans les médias, au XXIe siècle.

Si tel est votre désir, cet ouvrage vous fournira une efficace base de travail et vous évitera quelques éventuels faux pas et pertes de temps.

Bien sûr, par inclination personnelle, en tant qu’animateur et présentateur de radio et de télévision, je viens surtout de vous parler d’animation dans ce secteur. Mais le livre que vous avez entre les mains ne s’y limite pas. Si vous souhaitez vous tourner vers d’autres formes d’animation que celles de l’audiovisuel, Gilbert Garibal vous fera partager ses expériences et son savoir-faire, avec la pointe d’humour qui lui est propre.

Bref ! Ce guide vous offre une base de réflexion et de travail fort précieuse dans toutes les circonstances où la communication et l’animation sont nécessaires.

Bonne chance !

 

Jean-Claude Laval

INTRODUCTION

Lorsque j’étais enfant, j’adorais accompagner ma mère au marché de notre banlieue parisienne.

Moins pour en parcourir les allées avec elle que pour rester à m’extasier, le temps de ses achats, devant les stands des camelots.

J’étais littéralement fasciné par ces virtuoses du bagout, marchands de vaisselle, de linge ou de bretelles. D’abord parce que je me régalais sur le trottoir de leurs numéros, véritables prestations de chansonniers, puis parce que j’enrichissais ma liste d’histoires drôles, pimentées de savoureux mots d’argot. Pour ensuite, à mon tour, réjouir mes copains et obtenir quelque succès !

Je prenais là, sans le savoir, serré parmi les badauds et le nez sur les étalages, mes premières leçons d’animation. Dans cette turbulence de piles d’assiettes, régulièrement brisées pour la frime, de serviettes multicolores dont s’enturbannait leur promoteur, ou de rubans de caoutchouc qui devenaient des bretelles en un instant, tous les ingrédients de l’efficacité étaient réunis. Un grand art de la vente, bien sûr, mais aussi et surtout, pour moi, le plaisir des yeux, l’humour gouailleur et la magie d’un spectacle, qui plus est à répétition, que nous offraient ces « acteurs de la rue ».

Il m’arrive aujourd’hui encore de m’arrêter, à l’invitation de ces joyeux démonstrateurs qui perpétuent la tradition, devant quelque grand magasin. Si les produits ont changé, le discours, lui, est toujours aussi percutant. Et je me retrouve à l’occasion, sans vraiment l’avoir souhaité, possesseur d’un nettoyeur magnétique de vitres, soi-disant double face, ou d’une collection de montres à quartz, vite fâchées avec l’heure ! Mais ici l’objet ne constituant pour moi que l’alibi au contact humain, je n’ai guère de rancune. L’important, à mon sens, est que ces sympathiques vendeurs d’éphémère continuent de rester, avec leur langage fleuri et dans notre époque si triste, des marchands de bonheur !

N’est-ce pas la démarche même du dynamique animateur Pierre Bellemare, qui en introduisant à la télévision ce type de vente, qualité en plus, lui a donné des lettres de noblesse tout à fait méritées ?

 

Communiquer. Divertir. Voilà bien les fonctions primordiales de toute animation.

Ce désir d’aller ainsi vers les autres pour les distraire moi aussi m’a donc pris très tôt. Et mon public initial d’animateurs en herbe fut comme de juste ma famille. Au vrai, les communions, mariages et autres anniversaires constituent les occasions privilégiées du rodage. Parce que les parents, heureux et fiers de voir leur progéniture montrer un talent de société, sont évidemment ses supporters empressés ! Parce que aussi, il faut le dire, les oncles, tantes et cousins, qui ne demandent généralement qu’à s’amuser, sont toujours indulgents pour le débutant !

Un sketch emprunté au comique en vogue, l’imitation des hommes politiques du moment et quelques jeux impliquant l’assistance constituent, à l’heure du dessert, les premières armes du jeune animateur. Je n’ai pas manqué de les utiliser. D’abord maladroitement, avec l’inévitable trac – nous verrons plus loin comment s’en débarrasser –, puis avec cette progressive assurance que donnent le regard encourageant des spectateurs, leurs rires et, suprême récompense, leurs applaudissements !

À côté de la famille, l’école est bien entendu l’autre terrain de choix pour apprendre à « amuser la galerie », comme disait mon instituteur. C’est même là, avec l’inconvénient d’être pénalisé s’il ne sait pas attendre la récréation, que l’amuseur peut vérifier la réalité de ses dispositions. L’enjeu est, ni plus ni moins, une réputation à établir auprès des camarades. Le souvenir de mes parodies d’enseignants successifs et des « heures de colle » conséquentes, par eux administrées quand ils me surprenaient, me rappelle que j’avais, sans aucun doute, le goût du risque avec celui de l’animation !

J’ai eu l’opportunité, chez les scouts, pendant mon service militaire, puis au fil de mon parcours, de pouvoir en continuer l’agréable exercice. D’abord au sein de villages de vacances, et ensuite grâce à « l’école de voix » de Robert Willar, l’animateur à la « voix d’or » d’Europe 1. Une enrichissante expérience de travail en équipe, de créativité et de contact humain. Ne convient-il pas en effet, dans un club comme dans un supermarché, de parvenir à étonner un public blasé, de lui offrir un discours et un spectacle différents du quotidien médiatique ?

Lorsqu’on sort d’aventures aussi formatrices, tous les genres d’animation sont accessibles. J’ai pu ainsi poursuivre mon activité dans des domaines aussi variés que la vente, la communication en entreprise, le sport, l’audiovisuel ou le milieu associatif.

Animer, précisons-le, ce n’est pas seulement parler à des gens dans un micro. Il s’agit avant cela d’observer, de préparer son terrain d’évolution avec les partenaires concernés. Et je le remarque encore aujourd’hui, c’est vivre chaque fois une expérience nouvelle. Elle implique d’installer un climat préalable pour réaliser la meilleure prestation possible.

La vie familiale, professionnelle ou associative nous montre précisément chaque jour combien de manifestations conviviales sont subies plutôt que vécues. À quel point, parfois, elles peuvent ennuyer l’assistance, voire tourner court, parce que sans âme, mal préparées, telle une soupe sans sel !

Qu’un élément dynamique « prenne les choses en main » et s’adresse à l’assistance avec brio et humour, tout change. La réunion, le repas, la fête... et les invités s’illuminent. Parce que dans toute manifestation, chacun d’entre nous souhaite être considéré, surpris pourquoi pas, et rapproché des autres.

Installer la bonne humeur, l’enthousiasme, l’osmose dans un groupe, en un mot créer l’ambiance, c’est le rôle même de l’animateur.

« Il est fait pour ça ! » dit-on souvent d’un boute-en-train. Être animateur peut certes relever d’un don, mais aussi d’un apprentissage, à partir de qualités personnelles à exprimer.

Pourtant, il n’y a pas vraiment de méthodes pour devenir animateur, comme il existe des traités de solfège. Cet artisan par excellence se forme généralement sur le tas, au gré de son exercice. Disons que, comme dans tous les métiers – car il convient bien de parler ici d’un métier –, il existe des « ficelles » qui permettent d’utiliser et de parfaire son talent.

L’objet de notre ouvrage est de proposer ces techniques éprouvées à « l’amateur », au vrai sens du terme (celui qui aime !). Et de le guider dans les principaux domaines de l’animation, pour l’aider à devenir ce « metteur en scène de la vie » qu’est, de fait, l’animateur.

Amie lectrice, ami lecteur, puisque vous ouvrez ce livre, vous avez certainement la fibre de l’animation et donc l’envie d’en faire, si vous n’en faites déjà. Le meilleur moyen n’est-il pas d’entrer tout de suite avec nous dans le vif du sujet, pour vous y préparer ou conforter votre expérience ?

– Comment acquérir une bonne expression orale et corporelle ? faire un discours ? prononcer une allocution ? bien utiliser un micro ?

– Comment concevoir et animer un rallye-promenade ? agrémenter un voyage en autocar ? monter une kermesse ?

– Comment présenter un dîner-spectacle ? faire participer le public ?

– Comment optimiser une animation-vente ?

– Comment diriger une réunion dans une société ? donner une conférence ? un cocktail ? mettre en place une information téléphonée ?

– Comment organiser une course cycliste ? installer un service d’ordre ?

– Comment s’exprimer à la radio ? à la télévision ?

Autant de questions aussi diverses qui, selon les circonstances, peuvent se poser à vous, dans le cadre même de votre fonction d’animateur, débutant ou confirmé. Autant de réponses précises à ces « comment faire ? », parmi beaucoup d’autres, que vous trouverez au fil de ce livre. Elles ont l’avantage du « vécu ». Non seulement elles vous éviteront les erreurs classiques, toujours difficiles à rattraper en situation, mais elles vous feront gagner un temps précieux, que vous pourrez consacrer à une pratique encore plus sûre et performante.

Puissent ainsi nos conseils, toujours axés sur l’efficacité immédiate, vous permettre très vite, cher collègue animateur ou animatrice, de réussir parfaitement vos animations.

Chapitre 1

Savoir s’exprimer

Les hommes sont comme les lapins,

on les attrape par les oreilles !

Comte de Mirabeau

– On ne parle pas à table !

– Silence dans les rangs !

– Vos gueules là-d’dans !

Depuis notre plus jeune âge, de la famille au service militaire en passant par l’école, le système éducatif s’est ingénié à nous faire taire en public ! Résultat : combien d’étudiants sont chaque année terrorisés par les épreuves orales de leurs examens ! Vous-même, à moins d’avoir pris des cours de théâtre, vous souvenez-vous d’une seule leçon de diction reçue en milieu scolaire ? En revanche, que de cahiers de toutes sortes avons-nous péniblement noircis ! Le progrès n’a d’ailleurs cessé de perfectionner nos outils d’écriture, jusqu’à créer, après la craie et le porte-plume, ce nouveau stylo nommé ordinateur. Les paroles s’envolent, les écrits restent, constate le vieux proverbe.

Cette persistance à privilégier l’écrit sur l’oral n’est-elle pas étonnante, alors même que nous sommes des « parlêtres », précisément reliés les uns aux autres par le langage ? Notre civilisation occidentale de « droit romain » y est certainement pour quelque chose. Aujourd’hui encore, administration oblige, il est toujours dit que l’écrit fait loi !

Heureusement, de leur côté, les médias ont entrepris en quelques années une véritable libération de la parole, invitant même l’auditeur à l’échange verbal avec eux. La radio et la télévision nous ont ainsi suggéré, sur le ton de la conversation, un « nouveau parler », plus direct, plus percutant. Jusqu’à influencer la presse et surtout la publicité, dont le discours, après le temps de « la réclame », est maintenant dépouillé et très dynamique. À l’évidence, au grand dam des grammairiens et autres puristes !

Bref, nous voici à l’époque de la communication. D’une mise en commun, d’une communion, au vrai sens du terme. C’est bien la fonction même de l’animateur que vous êtes ou que vous souhaitez devenir. Elle implique avant tout cette approche de l’art de parler aux autres... qui ne figure toujours pas dans les programmes scolaires.

Sans aller jusqu’à imiter l’orateur grec Démosthène qui s’entraînait à discourir avec des cailloux dans la bouche, il existe une série de techniques simples pour parfaire soi-même son expression orale.

Nous vous les proposons dans ce premier chapitre.

• La voix

L’expression orale, nous le savons, c’est l’action de s’exprimer, grâce à un merveilleux outil de communication : la voix.

Comment se forme-t-elle ?

Chacun de nous dispose d’un « haut-parleur » naturel. Très schématiquement, cet appareil émet des sons grâce à un processus complexe animé de bas en haut :

– un courant d’air monte de nos poumons ;

– ce flux fait vibrer nos cordes vocales, de chaque côté de la glotte ;

– les sons obtenus sous pression résonnent dans le larynx, puis le nasopharynx...

avant de se transformer dans la bouche et sur les lèvres en consonnes et voyelles, réunies en mots.

Ainsi naît la parole.

C’est la forme des os du visage, des dents, du palais, de la langue qui, en modulant l’air en provenance des poumons, donne à notre voix son timbre particulier. Il y a ainsi des voix de poitrine (graves) et des voix de tête (aiguës) qui se déclinent, par exemple, en voix rauque, voix nasale, voix fluette ou autre voix blanche quand celle-ci est précisément dénaturée, sans résonance. Bien posée chez les uns, « perchée » chez d’autres, la voix peut être en conséquence riche, puissante, colorée et même « d’or », quand elle n’est pas plate, molle, stridente ou nasillarde, suivant l’oreille et le vocabulaire de chaque auditeur. De fait, il existe des voix agréables et, soyons francs, d’autres... qui le sont moins.

Cette émission de sons, commandée par le cerveau, est un acte neuromusculaire. Ce dernier intervient donc aux trois niveaux successifs de ce véritable instrument à vent que constitue notre système vocal, comme le montre le croquis ci-dessous.

Les professionnels de la parole connaissent bien le pouvoir de l’organe vocal. De l’enseignant au vendeur, du conférencier à l’homme politique, du comédien à... l’animateur, tous savent que la voix constitue un puissant moyen d’action sur leur public, parce qu’elle est en même temps un remarquable véhicule de la gamme des sentiments. Elle peut être ainsi tour à tour joyeuse, triste, tremblante ou emportée, chez l’acteur. Comme elle sait devenir charmeuse, affirmative et convaincante dans la bouche du politicien. Et bien entendu, cela va de soi, enjouée, chaleureuse et dynamique, dans celle de l’animateur !

Ainsi, par nature, la voix humaine est souple et, en quelque sorte, polyvalente. Elle sait s’adapter aux circonstances.

Nous venons de qualifier le système vocal d’instrument à vent. Et qui dit instrument, dit apprentissage. On peut certes s’improviser orateur et se révéler excellent, mais l’utilisation professionnelle de la voix demande à l’évidence un entraînement, donc des exercices appropriés. Il convient en effet d’obtenir, non seulement la meilleure qualité de son possible, mais encore, à coup sûr et à répétition, l’efficacité recherchée.

S’exprimer oralement, quel que soit le type d’allocution, c’est avant toute chose prendre en compte sept paramètres fondamentaux, intéressant à la fois la forme et le fond du discours, à savoir :

Examinons-les individuellement.

• La décontraction

Il faut être détendu, décontracté physiquement, pour se sentir bien mentalement et faire passer un message verbal.

Or, remarquons-le, dans « décontraction », comme par hasard, il y a le mot « trac ».

Qu’est-ce que le trac ?

Consciemment, c’est la peur des autres.

Mais inconsciemment, c’est la peur de soi-même ! À notre insu, nous pouvons vivre ce conflit particulier, diversement ressenti, qui oppose notre désir d’être aimé, reconnu, admiré par les autres, à notre certitude d’être incapable d’y parvenir. Voire de ne pas mériter cet amour, et de nous sentir coupable, nous précise la psychanalyse.

N’allons pas plus loin en territoire freudien, ce n’est pas nécessaire. Très simplement, le dictionnaire Larousse nous indique pour sa part que le trac est une peur que l’on éprouve, en particulier, au moment de paraître en public. C’est effectivement là où il peut se manifester, surtout lors de la prise de parole dans un lieu inhabituel, devant une assistance nombreuse et inconnue. La « victime » est alors la proie d’une certaine difficulté d’être, d’un sentiment d’impuissance, de paralysie même, devant une situation qu’elle juge dangereuse et la responsabilité qui en découle.

Le cerveau, alerté par la menace annoncée, réagit en libérant ses moyens de défense hormonaux, notamment l’adrénaline, laquelle, sécrétée en abondance, provoque des manifestations physiques gênantes. Qui ne les a pas éprouvées au moins une fois, en prenant un micro devant une assemblée ?

Voyons tout de suite le pire : respiration accélérée, gorge nouée, bouche sèche, langue lourde, sueurs profuses. Et, alors que vous êtes là pour parler, votre voix chevrote soudain jusqu’à devenir inaudible ! Puis voilà que cet épouvantable trac gagne tout votre corps avec des crampes d’estomac, vos jambes qui se dérobent, vos mains qui tremblent et votre papier de présentation avec. Quand ce n’est pas une angoisse qui s’installe carrément, avec votre vue qui se trouble, et une impression désespérante de vertige et de tête vide ! Curieusement, vous avez envie de fuir... mais vous êtes bloqué sur place !

Pas de panique !

Vous devez décider de refuser tout affolement. Pour les bonnes raisons que :

– il est normal d’éprouver une tension lors de toute prise de parole en société. Vous ne faites pas exception. Les plus importants hommes d’État, comme les plus grands acteurs, connaissent le trac (« Le trac, ça vous viendra avec le talent ! », dit un jour le grand Louis Jouvet à une élève comédienne qui affirmait ne pas l’éprouver) ;

– ce trou de mémoire qui vous paraît durer un siècle est très fugace ;

– en respirant longuement plusieurs fois, votre calme revient déjà ;

– vous connaissez bien votre sujet (nous reviendrons sur ce point) et vous avez des notes concises dans votre poche, sous forme de plan, en cas de besoin ;

– la « peur de l’autre » s’estompe puisque, vous le constatez, l’assemblée ne vous est pas hostile. Elle n’a aucune raison, comme on dit, de vous attendre au tournant ! Regardez-la, souriez-lui, au lieu de baisser la tête ! Soyez-en persuadé, les spectateurs préfèrent une prestation avec une ou plusieurs hésitations ou même quelques lapsus amusants, à un discours froid et sans fautes.

Il est d’ailleurs tout à fait possible de combattre le trac et même de le neutraliser, grâce à plusieurs techniques préparatoires, avant « d’entrer en scène ». Nous vous les recommandons vivement.

UNE ASTUCE POUR DÉSAMORCER LE TRAC

 

Vous n’ignorez pas que le public est tendu lui aussi, avant un spectacle. Or, en tant que présentateur et premier intervenant, votre mission implique... que vous le décontractiez. Rien de plus simple. Dès votre entrée, demandez-lui d’un ton décidé s’il est en forme, et de vous le prouver par une salve d’applaudissements, en guise de répétition ! Chacun bat des mains sur-le-champ avec grand plaisir. Non seulement vous venez de détendre l’assistance... et vous avec, mais vous avez créé l’ambiance ! Ce que ne peuvent qu’apprécier les artistes à venir.

LA RELAXATION

Répétons-le, le relâchement neuromusculaire est une des conditions de la bonne expression orale.

Au début du siècle, un médecin allemand, le docteur J. H. Schultz, a proposé un système de relaxation physique et mentale, le « training autogène », qui s’est avéré immédiatement très efficace et demeure encore aujourd’hui le plus utilisé.

Ce principe de décontraction s’inspire du yoga. On y trouve, entre autres exercices, la position du « cocher de fiacre assoupi » (position assise, corps penché en avant et coudes sur les genoux, mains pendantes). Elle procure une détente musculaire rapide, dès lors qu’elle est synchronisée avec un « vouloir » psychique approprié. Dans cette posture, vous devez prendre conscience, au rythme de votre respiration, des mouvements d’ouverture et de fermeture de votre glotte. Cette technique vous conduira donc à vous concentrer sur votre larynx, que vous sentirez se décrisper en quelques minutes.

Nombre de thérapeutes recommandent l’utilisation du training autogène du docteur Schultz qui, parmi toutes les méthodes de relaxation qu’il a générées, apparaît bien comme la plus facile à pratiquer1.

LA GYMNASTIQUE

On pourrait dire que l’énergie libérée par le trac est une force mal dirigée.

L’animateur sujet au trac se passerait fort bien de cette boule dans la gorge et d’une transpiration aussi abondante qui trempe régulièrement sa chemise, quand il doit apparaître en public ! Alors pourquoi ne pas faire un sort à ce trop-plein d’énergie avant de se produire ?

Comment ? Tout simplement en s’offrant une mini-séance de gymnastique, avec quelques exercices musculaires simples.

Il n’est d’ailleurs pas rare de voir des acteurs de théâtre faire des mouvements dans les coulisses, en attendant le lever de rideau. L’un fait des moulinets des bras ou des rotations du bassin, l’autre des flexions des genoux ou carrément des « pompes », sous l’œil amusé du... pompier de service – quand ce n’est pas une chaise ou un guéridon du décor de la pièce qui sont soulevés une vingtaine de fois juste avant les trois coups.

Au temps de Raimu et de Louis Jouvet, les comédiens avaient une méthode très particulière pour évacuer leur trac. Habilleuse et maquilleuse parties, ils s’enfermaient dans leurs loges et insultaient à loisir un adversaire imaginaire, en marchant de long en large, pendant un bon quart d’heure. Ils agrémentaient ainsi cet exercice physique quotidien d’une bonne hygiène mentale ! Le truc est toujours utilisé dans de nombreux théâtres.

LA CONSCIENCE DE SOI

Attention. L’animateur, lui, n’est pas un comédien.

Il n’entre pas dans la peau d’un autre en entrant sur un plateau. S’il joue un rôle, c’est bien le sien. Or, le fait d’être observé peut le raidir, lui faire perdre sa spontanéité. Il se compose alors un personnage qu’il doit « gérer », en plus du public... et le trac surgit d’autant mieux. Partant, une règle d’or : s’attacher à conserver son naturel !

Rester soi-même permet à l’animateur, en tant que « meneur de jeu », d’être disponible, c’est-à-dire accueillant, souriant, attentif aussi bien aux personnalités et artistes qu’il doit éventuellement présenter, qu’aux réactions de la salle. Du même coup, dans la décontraction, il déchire ce film invisible qui, l’instant d’avant, l’isolait encore du public.

Une telle attitude de simplicité permet aussi de plus vite « s’installer dans le cœur des gens », d’être à leur écoute, de mieux les comprendre et de répondre à leurs attentes. Bref, de mieux communiquer dans toutes les situations d’animation que nous allons inventorier. Et avec un tel état d’esprit, soyez-en persuadé, le trac a beaucoup moins de chances de survenir !

Car, à la scène comme à la ville, qu’est-ce qui crée souvent le « mal-être », voire l’anxiété, sinon une opinion de soi souvent trop haut placée ? « Savoir rester les pieds sur terre... c’est prendre de la hauteur vis-à-vis de soi-même ! », nous répétait malicieusement dans ses séminaires d’expression orale Lucien Agostini, un talentueux animateur de France-Culture trop tôt disparu. Je rends ici hommage à sa sagesse.

La méthode Coué, injustement décriée pour son apparente simplicité, a pourtant du bon. Bien comprise, elle peut conduire, elle aussi, sur la voie de la sérénité. N’hésitez pas à vous répéter, avant toute animation, que vous avez la chance de pouvoir communiquer avec un public et que vous êtes, de ce fait même, une personne heureuse. Le trac ne résiste pas à l’idée du bonheur2 !

• La respiration

Nous venons de parler longuement de la décontraction, indispensable à une prise de parole efficace en public. Le contrôle de la respiration est également capital dans l’expression orale. En ce sens, l’étymologie ne nous dit-elle pas qu’animer vient du latin anima, qui signifie « âme », ou « souffle vital » ?

Nous respirons environ dix-huit fois par minute. Lors de la prise de parole, il ne faut pas hésiter à porter ce rythme de respiration à vingt ou vingt-cinq fois par minute. Entre ces « virgules respiratoires », et donc pendant l’expiration, une vingtaine de mots peuvent être prononcés, sans que les interruptions soient remarquées par le public comme des hésitations.

Quand nous dormons, notre activité respiratoire fonctionne en quelque sorte sur « pilotage automatique ». À l’état de veille, nous sommes à même de la soumettre à notre volonté : une bonne occasion pour respirer le plus largement possible et augmenter le volume de notre cage thoracique – c’est-à-dire, afin de parler à l’aise, emmagasiner suffisamment d’air, sans donner l’impression d’en manquer.

N’hésitez pas à vous entraîner avec des exercices quotidiens de respiration. Rien de plus facile, là encore. Il vous suffit, après vous être isolé dans un endroit calme, d’aspirer profondément et de bloquer votre respiration pendant des séquences de 15 à 20 secondes. Exactement comme vous le faites avant de plonger, si vous nagez sous l’eau.

Répétez ensuite le même protocole, en parlant ou en lisant à haute voix, pendant l’expiration. Il s’agit d’arriver progressivement, avec une inspiration de 3 secondes, puis 2 secondes, puis 1 seconde, à « porter » vocalement un texte, le plus longtemps possible. Précisément de 15 à 20 secondes.

Ces exercices renouvelés ne sont pas du tout superflus. Ils vous permettront vite :

– de ne pas (ou plus) vous « asphyxier » quand vous aurez de longues séquences verbales à assurer ;

– d’éviter de produire dans le micro des bruits d’aspirateur, en reprenant votre souffle ;

– de prendre le temps d’articuler et de moduler votre timbre de voix, parce que vous serez sûr de votre capacité respiratoire.

Enfin, et ce n’est pas le moindre intérêt, le contrôle de votre respiration vous donnera pleinement confiance en vous. N’oublions pas que l’air inspiré oxygène le cerveau et, partant, favorise à la fois l’idéation et la maîtrise de soi.

Nous le savons, le trac, encore lui, provoque un souffle court.

Ainsi, savoir respirer, c’est du même coup se détendre et agir contre le trac !

• L’articulation

« Faites A-A-A-A... ! » vous demande votre médecin, quand il examine votre gorge.

Faites aussi A-A-A-A... pour vous habituer à bien articuler. Parce qu’en vous entraînant à prononcer longuement la première lettre de l’alphabet sur l’expiration, vous donnerez davantage de flexibilité à votre voix.

Dans la lancée, et pour assouplir votre mâchoire, procédez ensuite de même avec les autres voyelles E, I, O, U. Transformez-les tout à loisir en AU, EL, IL, OU, UN ou encore en AC, EN, IM, OL, UT, au fil de votre improvisation.

Rappelez-vous qu’un microphone amplifie la voix, certes, mais aussi tous les défauts de prononciation ! Une bonne raison pour surveiller votre façon de timbrer les voyelles, dont les fréquences peuvent être différentes. Appliquez-vous, par exemple, à bien différencier phonétiquement les mots pôle et Paul, mal et mâle, mur et mûre. Ou à nuancer distinctement la patte dans la pâte, les jeunes jaunes jeûnent, le fait des fées et la colle du col !

Ne négligez pas pour autant les consonnes qui font bien entendu partie de l’entraînement. Vous l’avez remarqué, beaucoup de gens « avalent » les mots qu’ils prononcent, et ils sont de ce fait très pénibles à comprendre. Un animateur, lui, ne peut surtout pas se permettre cette négligence, en prenant la parole en public.

Si j’extrais les consonnes de la phrase suivante, elle devient évidemment aussitôt incompréhensible :

...OU... E...E... U... ...O... A...I...A...EU...

C’est bien, en exagérant un peu, le mécanisme qui intervient lorsque certaines personnes vous parlent ! Heureusement, lorsque je remets les consonnes à leur place, les mots réapparaissent, se relient entre eux... et la phrase reprend tout son sens :

VOUS ÊTES UN BON ANIMATEUR

Il s’agit maintenant de bien articuler l’ensemble. En fait, de prolonger les sons émis, en maintenant vos lèvres souples. Vous vous êtes certainement déjà amusé à prononcer rapidement des slogans tels que les chaussures du chausseur sachant chausser sont sûres ou encore une saine saucisse sèche doit sécher sans s’assécher. Répétez-les souvent, en mastiquant les mots, ne serait-ce que pour vous « mettre en voix » et trouver la bonne intonation, avant de commencer une animation.

Encore une recommandation : l’articulation, par les mouvements mêmes de mâchoires qu’elle implique, doit vous faire penser à l’amplitude à donner à votre voix. Il convient, lors de vos exercices, de faire résonner les mots dans votre bouche, de « bâiller le son », comme l’indique très justement le professeur de diction Jean Bélanger dans son livre Technique et pratique de la parole en public, paru aux Éditions Dunod.

 

Vous venez d’apprendre à vous décontracter, à respirer et à articuler. Autrement dit, vous êtes presque prêt à vous présenter devant votre public. Que fait un présentateur avant d’entrer en scène ? Il ne manque pas de se regarder dans une glace pour vérifier sa coiffure et sa cravate. Eh bien, votre technique a besoin, elle aussi, d’un miroir ! Ce retour vous sera donné par un accessoire indispensable : le magnétophone. C’est lui qui vous dira, même si vous ne reconnaissez pas votre voix (ne vous inquiétez pas de cette fantaisie de votre oreille !), si vous avez un débit régulier, une bonne intonation et si vous articulez correctement.

Grâce à la bande magnétique, vous remarquerez aussi vos tics de langage, qu’il faut vraiment limiter, voire supprimer, du genre comment vous dire, je veux dire, il est bien évident, n’est-ce pas. Ou même les absolument, tout à fait, bien entendu, qui terminent en ce moment toutes les phrases. Et encore les fort disgracieux quoi, bon, ben, hein et autres euh qui, eux, se répètent généralement... par douzaines !

Comment neutraliser ces parasites ? Par des silences, tout simplement, que vous n’hésiterez pas à placer, telles des virgules, pendant vos interventions. Ne craignez surtout pas ces « blancs », qui valent toutes les chevilles possibles. Les silences font partie de l’acte de parole. Il faut savoir en jouer opportunément. Ce sont eux qui vous donnent, à vous et à vos auditeurs, le temps nécessaire de la réflexion (« Joue-moi des silences ! » fait dire Shakespeare au fou dans Othello).

UN DERNIER MOT À PROPOS DE L’ARTICULATION

 

Vous l’avez compris, bien articuler, c’est bien se faire comprendre (nous reviendrons encore sur cet aspect), et par conséquent, c’est capter l’intérêt de son public.

L’articulation vous demandera un effort... mais en évitera un à votre public.

Souvenez-vous bien de ce principe : un animateur qui articule convenablement tient son auditoire avec son tonus vocal.

Articuler, c’est aussi respecter cet auditoire.

• L’humeur

Dès que la musique du générique s’interrompt, la présentatrice du journal télévisé adopte le ton nécessaire à sa première information. Et elle ne prend bien sûr pas la même expression pour annoncer le record de gain au loto établi par une charmante grand-mère, ou un grave carambolage de deux cents voitures sur l’autoroute.

Le visage doit refléter les propos que l’on tient. Il serait inconcevable, en effet, de voir notre journaliste fondre en larmes dans le premier cas et éclater de rire dans le second. Comme d’ailleurs la manifestation d’une émotion correspondante mais par trop dramatisée serait inadaptée.

Une annonce gaie engendrera donc un sourire adéquat, comme un texte sérieux sera évidemment accompagné de l’attitude voulue. À la condition toutefois que celle-ci soit pondérée, dans les deux sens.

En animation aussi, vous vous garderez de vous laisser emporter par l’exagération. De « charger », comme dit le langage du théâtre. Il s’agit simplement d’ajuster l’humeur nécessaire à vos paroles, et par conséquent, d’être authentique. C’est sur cette authenticité, cette aptitude à créer un climat chaleureux et jovial, que vous serez reconnu. Et qu’avec l’expérience renouvelée, naîtra votre style. L’activité d’animation recouvre, pour une large part, des événements où il convient de générer de la gaieté. De la présentation d’un arbre de Noël à la conception d’un voyage surprise, de l’organisation d’un rallye pédestre au montage d’une kermesse. Le second « outil de contact » de l’animateur, après la voix, est sans conteste le sourire et avec lui, le rire.

Robert Willar, l’animateur d’Europe n° 1, conscient des performances demandées à sa voix, ne se contentait pas de protéger sa gorge des écarts de température. Chaque matin, avant de prendre l’antenne à 5 h 30, « il débarbouillait sa voix pour la mettre de bonne humeur » et affûter son célèbre rire. Comment procédait-il à cette toilette préparatoire ? En étirant consciencieusement ses mâchoires et en rigolant tout seul, au volant de sa voiture, sous le regard inquiet au feu rouge, des premiers automobilistes matinaux ! Les jeunes animateurs emploient toujours la même technique.

On le vérifie ici, la bonne humeur peut se fabriquer, avec un effort de volonté... comme l’appétit vient en mangeant. Ainsi, dès que vous « entrez en animation », vous devez oublier vos peines de cœur comme votre mal de dents, ou votre tiers provisionnel, pour vous ouvrir à votre public. Autrement dit, pour être disponible et enjoué, il faut laisser vos états d’âme au vestiaire !

LA RECOMMANDATION DE CETTE SÉQUENCE

 

Bien que l’insolence soit devenue une forme d’humour à la mode dans les médias (souvent convenue entre les partenaires), méfiez-vous, sous ce prétexte, de son emploi en animation. Alors qu’elle fait generalement rire le spectateur devant son écran de télévision ou l’auditeur près de son poste de radio, les mêmes, soudain impliques, peuvent ne pas apprécier du tout d’en être à leur tour victimes, par vos soins et en public. Attention, les mots sont des caresses ou des projectiles. C’est à vous d’apprécier en permanence où, avec eux, finit l’amusement et commence l’irrespect.

L insolence, la provocation, la moquerie ? À consommer avec modération !

• Le regard

Le saviez-vous ? Plus de 80 % de nos perceptions passent par la vue !

Cela signifie que 80 % des messages que vous adressez et recevez en animation sont contrôlés par votre regard. Il en est évidemment de même pour chacun de vos auditeurs.

Le regard est donc un des éléments de communication les plus importants de l’expression orale.

C’est votre regard qui vous renseignera sur les dispositions affectives de votre public, avant même de commencer toute prestation. Suivant son âge, sa culture, ses attentes, il peut être très sérieux, rigide même, mais aussi jovial ou remuant. À vous de préparer en coulisses la stratégie d’ouverture adaptée. Avec le mot d’auteur ou le trait d’esprit qui déclencheront immédiatement la bonne humeur. Avec l’anecdote ou l’expression surprenante qui imposeront l’attention nécessaire.

Le contact visuel est un échange. Si vous offrez un regard vif, direct, chaleureux, « plein de votre sujet », à votre auditoire, il y a de grandes chances pour qu’il vous renvoie le même. Le message passe grâce à la vue, car chaque auditeur regardé se sent concerné et impliqué. C’est par le regard que vous garderez en permanence le contact, que vous « tiendrez » votre public. Tout le public, pendant toute votre prestation.

Ainsi, vous devez avoir... le regard baladeur. Et surtout pas fixer longuement, jusqu’à la mettre mal à l’aise, la même personne du sixième rang. Ni les deux ou trois personnalités du premier, parce que l’assistance se sentirait alors négligée. Tout comme votre regard ne se perdra pas dans le plafond ou les lames du parquet !

La bonne formule est de « promener votre œil » et de le poser quelques fractions de secondes sur les visages devant vous, du plus près au plus loin, pour vraiment rencontrer chacun, au gré des rangées et de vos paroles. Personne ne doit éprouver le sentiment d’être ignoré.

L’AUTRE ATOUT DU REGARD

 

Le regard est un précieux « anti-trac ». En effet, le coup d’œil circulaire donné d’entrée vous permettra de découvrir que l’assistance ne vous est pas du tout hostile. Vous lirez même le plus souvent une grande bienveillance sur les visages, ce qui ne peut que vous détendre !

• L’environnement

Lorsque vous devez prendre la parole devant un public, il faut tenir compte des éléments qui vous entourent, aussi bien dans leurs aspects matériels qu’humains.

LES ASPECTS MATÉRIELS

Il est très important de pouvoir apprécier au préalable le cadre dans lequel vous allez travailler.

Vous n’adopterez pas le même ton dans le salon d’un grand hôtel, une salle des fêtes ou un gymnase, ni le même style si l’intervention a pour objet de présenter, de distraire ou d’informer.

Première démarche, renseignez-vous sur le nombre de places qui seront occupées, les qualités acoustiques de la salle et ses moyens de sonorisation. Rencontrez immédiatement le technicien responsable du son, s’il y en a un. C’est avec lui que vous devez ouvrir le premier dialogue, puisque vous serez partenaires pendant toute la représentation. Derrière sa console, il sera même le maître absolu de votre voix ! Écoutez ses conseils puisqu’il connaît les lieux et effectuez ensemble tous les repérages nécessaires : recensement et maniement des micros avec et sans fil, emplacements des haut-parleurs, vérification de puissance, essais de voix, lumières diverses, etc.

Déplacez-vous dans la salle pour en observer les caractéristiques : grandeur, disposition des sièges, piliers éventuels, balcons, entrées, sorties de secours, etc. Asseyez-vous, pour vraiment vous « mettre à la place » du spectateur.

Sur une scène, remarquez sa profondeur, les moyens d’accès, l’amplitude des rideaux (repérez leur séparation pour sortir sans vous enrouler dans les plis !).

Sur un podium, évaluez la hauteur, ses dimensions, vos possibilités d’évolution, etc.

LES ASPECTS HUMAINS

Quel est votre auditoire ? Une assemblée de médecins, de pharmaciens, un Lions club, une association cycliste, un comité central d’entreprises, plusieurs classes de lycéens ?

Combien sont-ils ? 100, 200, 500, 1 000 ?

Il est certain que vous parlerez un langage spécifique au groupe concerné, précisément selon son nombre, son âge moyen, sa proportion hommes/femmes, sa culture, ses motivations... et ce que vous êtes chargé de lui présenter : un conférencier, un audiovisuel, un spectacle de cabaret, une pièce de théâtre, une remise de récompenses, etc.

En fonction du programme, vous devez établir le vôtre.

Comment pensez-vous ouvrir la séance ? Comment créer le contact, la fameuse étincelle qui « allumera » votre auditoire ? Avec une anecdote, une histoire drôle, une citation ? Comment valoriser efficacement le conférencier ou les artistes qui attendent en coulisses ? Comment remplir un temps mort pendant un changement de décors (histoire drôle ou anecdote) ? À quel moment tirer la tombola ? Et finalement, quel ton général adopter pour bien gérer la représentation ? Autant de points à régler pour établir votre « conducteur ».

NOTRE POINT DE VUE

 

Entre ce qui est dit par un locuteur et ce qui est retenu par l’auditeur, il ne reste que peu de choses. Cette déperdition peut être ainsi schématisée :

CE QUE JE PENSE

CE QUE JE DIS

CE QUE JE DIS RÉELLEMENT

CE QUE L’AUDITEUR ENTEND

CE QU’IL ÉCOUTE

CE QU’IL COMPREND

CE QU’IL RETIENT

Autant qu’informé ou distrait, un public, quel qu’il soit, veut encore être... étonné ! Par des images brèves et des formules chocs. En conséquence, dans votre rôle d’animateur, faites toujours les interventions les plus sobres possible. C’est-à-dire avec des phrases courtes et des mots percutants.

Ce sont les plus efficaces !

• La gestuelle

Le geste est le langage muet qui accompagne la parole.

Très souvent, nous pouvons deviner ce que ressent quelqu’un, uniquement en observant ses gestes et ses mimiques. Son froncement de sourcil, son haussement d’épaules ou son doigt pointé nous indiquent par exemple sa réprobation ou sa colère. Comme son regard pétillant, ses bras ouverts et son déhanchement peuvent nous montrer sa joie.

En clair, le geste synchronise l’action verbale et l’action corporelle.

Lorsque nous parlons devant un public, celui-ci décode très vite les messages exprimés par notre corps. Si nos gestes sont en harmonie avec nos paroles, les soulignent et transmettent notre sincérité, nous sommes suivi, écouté, et dans le meilleur des cas bien perçu, approuvé. Il n’en est pas de même quand notre corps prend une certaine indépendance par rapport à notre discours ! Après la distraction que nos mouvements divers suscitent, survient souvent l’agacement, voire l’agressivité de ce même public.

CE QU’IL NE FAUT PAS FAIRE

Comme nous pouvons être la victime inconsciente de certains tics de langage, nous sommes à la merci de « maniérismes » divers et incontrôlés, pendant la prise de parole.