Sigmund Freud - Gilbert Garibal - E-Book

Sigmund Freud E-Book

Gilbert Garibal

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Beschreibung

La psychanalyse - dite chaque année moribonde en raison des progrès des neurosciences et de la pharmacopée- est maintenant plus que centenaire ... et continue de traverser le temps ! Toutefois, en l'empruntant aux praticiens et en la simplifiant, jusqu'à en faire péjorativement « la psy », la socioculture - de la politique au cinéma - l'a exposée au risque de perdre du sens et de gagner des idées reçues. Au-delà du cliché de l'analysant allongé sur son divan et écouté par un analyste somnolent assis derrière lui, la psychanalyse reste bien plus qu'une thérapeutique. « La cure par la parole », est aussi un remarquable outil de découverte et d'accomplissement de soi, que ne remplacera jamais une molécule chimique.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Gilbert Garibal, maçon depuis plus de trente-cinq ans, sait de quoi il parle. Passé d’un système à l’autre pour terminer son parcours et auteur maçonnique chevronné, il présente dans ce nouveau livre une analyse avant tout sociologique. Elle aboutit à la conclusion d’une réforme nécessaire de la présente organisation obédientielle et juridictionnelle, pour sa survie même. L’Art Royal est une source vive dont on ne doit ni retenir ni polluer son libre courant. Empêchée ici, elle réapparaît là !
Gilbert Garibal, franc-maçon depuis plus de trente-cinq ans est docteur en philosophie, formé à la psychanalyse, et psychosociologue. Après une carrière commerciale puis l’exercice de la direction des ressources humaines en entreprise, il s’est investi dans la relation d’aide. Il se consacre aujourd’hui à l’observation des faits de société et à l’écriture. Auteur de nombreux articles et livres, il a publié chez Numérilivre-Editions des Bords de Seine, entre autres, « Devenir franc-maçon », « Plancher et après ? », « Comprendre et vivre les Hauts-Grades maçonniques » (Tome 1 et 2)   Approfondir l’Art Royal et Le Rite Ecossais Ancien et Accepté.
Marie-Hélène Gonnin, psychologue de formation psychanalytique. Elle accompagne les dirigeants d’entreprise à comprendre leurs comportements et à les adapter aux meilleurs choix. Elle aide Joseph à élucider les énigmes que posent, à la psychanalyse, la Franc-maçonnerie.
Jacques Fontaine est un Frère impliqué dans le mouvement maçonnique depuis plus de quarante ans. Il intervient comme conférencier. Il a publié de nombreux articles et ouvrages sur l’Ordre. Dans cet ouvrage, poussé par la curiosité, il n’a de cesse de questionner Juliette sur la vérité maçonnique.

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Seitenzahl: 331

Veröffentlichungsjahr: 2020

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À PROPOS DE CETTE ÉDITION ÉLECTRONIQUE

Édition, Conversion informatique et Publication par

NUMÉRILIVRE

Cet ouvrage est réservé strictement pour votre usage personnel.

Tous droits de reproductions, de traduction et d'adaptation sont réservés pour tous pays sous quelques formes que ce soit.

Copyright Numérilivre ©

Edition numérique : 2012

EAN : 9782366320060

DU MÊME AUTEUR

• Cette publicité qui nous dérange (Editions Entente – 1982)

• L’Analyse Transactionnelle pour mieux vivre (Editions d’Organisation – 1993)

• Etre Franc-maçon aujourd’hui (Editions Marabout/ Hachette – 1994)

• La voyance, guide pratique (Editions de Vecchi – 1996)

• Vaincre le stress et le trac (Editions Hachette pratique – 1996)

• Vers la confiance en vous (Editions Dangles – 1997)

• Le Grand Livre des sciences parallèles (Editions de Vecchi – 1997)

• Le Guide du bénévolat et du volontariat (Editions Marabout – 1998)

• ABC de l’Analyse Transactionnelle (Editions Grancher – 1999)

• La Méthode Coué (Editions de Vecchi – 1999)

• Le Guide du bon animateur (Editions de Vecchi – 2000)

• Emotions, mode d’emploi (Editions Dangles – 2001)

• Devenir Franc-Maçon (Editions de Vecchi – 2001)

• En finir avec le trac (Editions Dangles – 2001)

• Sigmund FREUD, l’homme, le médecin, le psychanalyste (Editions de Vecchi – 2001)

• Emile COUE, l’homme, le pharmacien, le psychothérapeute (Editions de Vecchi – 2002)

• Les trucs anti-trac (Editions d’Organisation – 2002)

• Bénévolat : mode d’emploi (Editions de Vecchi – janvier 2004)

• Ombres et Lumières sur la Franc-maçonnerie (Editions Dervy – 2004)

• ABC de la Franc-maçonnerie ( Editions Grancher – 2005)

• Franc-maçons, franc-maçonnes d’aujourd’hui (Editions Trajectoire – 2006)

• Au cœur de la Franc-Maçonnerie, huit récits contemporains (Editions Trajectoire – mai 2009)

• Voyage en franc-maçonnerie – 30 chroniques d’un initié(Editions de Vecchi – octobre 2010)

• Vers une nouvelle franc-maçonnerie (Editions Dervy – novembre 2010)

A Sigmund FREUD

REMERCIEMENTS

L’auteur tient à témoigner toute sa gratitude au docteur Jean-Pierre EPSTEIN, psychiatre-psychanalyste, pour ses précieux apports techniques et son aide documentaire constante, au cours de la rédaction de ce livre.

« Le psychique en toi ne coïncide pas avec ce dont tu es conscient  ; ce sont deux choses différentes, que quelque chose se passe dans ton âme et que tu en sois pas ailleurs informé. Je veux bien concéder qu’à l’ordinaire le service de renseignements qui dessert ta conscience suffit à tes besoins.

Tu peux te bercer de l’illusion que tu apprends tout ce qui revêt une certaine importance. Mais dans bien des cas, par exemple dans celui d’un conflit pulsionnel de ce genre, il est en panne, et alors ta volonté ne va pas plus loin que ton savoir. Mais dans tous les cas, ces renseignements de ta conscience sont incomplets et souvent peu sûr  ; par ailleurs, il arrive assez souvent que tu ne sois informé des évènements que quand ils se sont déjà accomplis et que tu ne peux plus rien y changer...

Entre en toi-même, dans tes profondeurs, et apprends d’abord à te connaître, alors tu comprendras pourquoi tu dois devenir malade, et tu éviteras peut-être de le devenir. »

Sigmund FREUD, « Une difficulté de la psychanalyse  » 1912,

in L’inquiétante étrangeté – Gallimard 1985

"Maître Cerveau sur son homme perché, tenait dans ses plis son mystère"

Paul VALERY

PRÉFACE

Il existe beaucoup de livres sur Sigmund FREUD et sa création, la psychanalyse. Le centenaire de son avènement, vient encore d’accroître cette production, "pro" ou "anti" freudienne, preuve s’il en est, de la vitalité sans précédent, de cette méthode thérapeutique et d’observation du monde.

La politique, l’économie, la littérature, le spectacle, en simplifiant ou parodiant souvent ses concepts - du fameux divan au complexe d’Œdipe, de la conduite d’échec répétitive, au lapsus révélateur - ont installé, opportunité, humour et critique aidant, nombre de malentendus sur l’inconscient, la névrose, la sexualité. La méthode s’est de cette façon, quelque peu éloignée de la pensée du père fondateur.

Sous cet aspect, le présent ouvrage que Gilbert GARIBAL, auteur expérimenté, m’a demandé de préfacer, me semble intéressant à plus d’un titre. En remontant à la source, il nous ramène à "l’homme Freud", à son histoire, son parcours, son courage, ses émotions. Aux composantes même d’une existence, dédiée à la recherche et à la découverte. Il nous propose ainsi une nouvelle approche de l’aventure du célèbre citoyen de Vienne, avec une écriture qui a le mérite d’être simple, chaleureuse et tonique.

Sans l’extrême sensibilité, la vive curiosité des êtres et des "choses de la vie ", le fort désir de comprendre leurs comportements et contradictions, sans le fébrile et constant "pourquoi ?" du jeune Sigmund, entretenu ensuite par l’adulte FREUD, cet instrument exploratoire de la "matière psychique" n’existerait peut-être pas aujourd’hui. Sans son indignation contre le mépris, la persécution, l’injustice, dont il a été le sujet avec les siens et sa communauté, sans cette révolte, FREUD n’aurait pas déclenché, précisément, cette révolution nommée psychanalyse.

Gilbert GARIBAL a chevauché lui-même la machine à remonter le temps qu’est également le concept analytique, pour se mettre en position d’observateur de FREUD, en parler et le faire parler au présent, partager sa vie de famille, au cours d’un émouvant récit, articulé comme un film.

De la sorte, image après image, il nous fait vibrer au rythme du premier psychanalyste, de ses doutes, ses inquiétudes, ses enthousiasmes. Au fil de ses accords et désaccords avec d’attachants compagnons de route. Au gré de ses erreurs, de ses rectifications, de ses choix. Parce FREUD croit en l’homme, et au combat permanent qu’il doit mener pour devenir "encore plus homme", pour que son conscient gagne encore du terrain sur son inconscient. Pour mieux se relier à lui-même et à autrui.

L’auteur nous montre ainsi un "inventeur", forgeant sans cesse de nouveaux outils psychiques, de nouveaux concepts, toujours dans la ligne scientifique dont il n’a jamais dévié, avec la rigueur et la discipline du médecin-biologiste qu’il est resté. Non, sans avoir éprouvé sa technique sur lui-même : "Mon premier patient, c’est moi !" dit-il avec la plus grande honnêteté.

S’il en avait eu le temps, FREUD, après l’esprit, se serait certainement davantage intéressé au corps. Le sien ne l’a-t-il fait souffrir précocement avec une symptomatologie qualifiée aujourd’hui de "psychosomatique" ? A n’en pas douter, à partir de ses travaux sur la névrose hystérique, il est bien le précurseur de cette "médecine émotionnelle" qui remarque, après lui, que les affections dermatologiques, respiratoires ou digestives, la migraine ou le mal de dos, entre autres, peuvent être en relation directe avec des problèmes psychiques.

Au vrai, si mon arrière grand-père soignait les maux de l’esprit, et si, modestement de mon côté, je m’applique via la sophrologie, l’hypnose, ou la psychothérapie à écouter les mots du corps, une démarche complémentaire nous unit : tenter pour apaiser, de dénouer le nœud conflictuel exprimé par le langage, verbal ou corporel.

Réunifier l’esprit et le corps ne signifie pas toutefois, supprimer le conflit, en soi antagonisme à accepter comme réalité biologique. Sa formulation, sa dynamique - donc son énergie - s’avèrent indispensables à l’être inachevé que nous sommes, pour faire notre "co-naissance". Pour grandir. C’est l’une des découvertes de la psychanalyse.

Et grâce à elle, Gilbert GARIBAL le signifie bien dans son ouvrage, mieux se connaître, revient ainsi, le plus souvent, à renaître.

Michèle FREUD

Sophrologue-psychothérapeute

AVANT-PROPOS

FREUD, FREUDISME, FREUDIEN, FREUDIENNE, FREUDO-MARXISME...

Qui, en ce début du XXIème siècle, ne connaît pas le nom du concepteur de la psychanalyse ? Qui n’a pas un jour entendu au moins l’une des déclinaisons, que ce célèbre patronyme a engendrées et répandues dans le monde entier  ?

La simple énumération ci-dessus montre déjà que la théorie du fonctionnement mental élaborée par le médecin viennois, en devenant une méthode, est bel et bien sortie de son cadre thérapeutique initial pour atteindre, entre autres, les sphères sociales, économiques et même politiques.

Une telle trajectoire, signant un véritable phénomène culturel, n’a pas manqué d’imprégner le langage populaire. Il est aujourd’hui courant que, au fil de la conversation, l’homme de la rue parle de fantasme, de transfert, de projection, de lapsus révélateur, et bien entendu, de ce mystérieux continent de notre psychisme, l’inconscient, socle de l’œuvre de FREUD.

Si ces mots, échappés des cabinets de praticiens - et des ouvrages du maître, parfois techniquement mal traduits - fleurissent dans notre vocabulaire, il n’est pas certain que soit toujours bien perçu leur sens exact. Même avec l’audition et la lecture quotidiennes des médias qui, de leur côté, ne se privent pas d’utiliser ces vocables, pour illustrer l’actualité  !

De fait, au delà du cliché de «  l’analysant  » allongé sur un divan et de «  l’analyste  », assis derrière lui sur un fauteuil et censé l’écouter, la psychanalyse, n’est pas qu’une thérapie par la parole. Elle constitue aussi un ensemble d’outils permettant l’observation et l’interprétation des comportements humains, comme des faits de société.

En invitant chacun à mieux regarder en lui-même, elle enseigne précisément à mieux regarder l’extérieur. Elle nous permet ainsi de faire notre autoconnaissance, de mieux comprendre, d’approfondir nos propres réactions au monde, et encore de préserver ou retrouver notre estime de soi. Bref, elle nous engage à nous accepter, tout en acceptant l’autre, cet autre moi. Une authentique démarche vers la liberté !

En ce sens, le projet de ce livre est d’aborder librement et simplement la psychanalyse, comme un «  système d’éclairage de la pensée  », avec la présentation de ses concepts, tels qu’ils sont nés, au fil des grandes étapes de la vie de FREUD. Il ne sera donc pas question ici de commenter la méthode freudienne selon les diverses positions, certes tout à fait respectables, des écoles ayant succédé à celle de Vienne. Mais bien, précisément, de nous référer à la source même. C’est-à-dire, en permanence, à l’esprit du père fondateur.

• Comment fonctionne notre psychisme  ?

• Quel rôle attribue la psychanalyse à la sexualité  ?

• Quel est l’apport des disciples de FREUD  ?

• Comment entendre le message freudien en ce début de millénaire  ?

Autant de questions centrales qui forment le plan des quatre parties de notre étude. Nous voulons apporter des réponses claires, dénuées de toute dialectique savante, pour créer un livre-outil, accessible à tous. Que vous soyez, amie lectrice, ami lecteur, une étudiante ou un étudiant voulant découvrir les concepts psychanalytiques. Que vous soyez une personne «  active  » ou retraitée désireuse de saisir vos propres mécanismes psychiques ou simplement de parfaire votre culture générale. Que vous souhaitiez entreprendre une analyse ou devenir vous-même un jour psychanalyste.

Parce que approcher la psychanalyse, c’est du même coup aborder outre les disciplines précitées, la philosophie, la sociologie, la morale, la religion, la littérature, l’art, auxquels Sigmund FREUD a également apporté sa contribution.

C’est aussi constater que la découverte du médecin-biologiste viennois - dite régulièrement moribonde raison des progrès de la pharmacopée - est, quoique centenaire, une jeune discipline. Elle nous réserve encore beaucoup de surprises  !

Au point qu’en matière de sciences humaines, il est permis sans hésiter de répondre d’un mot à la question «  quoi de neuf  ?  »  : la psychanalyse  !

1ère partie

LA VIE INCONSCIENTE
1. SIGISMUND LE REBELLE
La vie de famille

Le petit garçon met toute l’énergie de ses deux ans pour tirer l’escabeau de chêne près du buffet de la cuisine.

Habitué de la manœuvre, il sait qu’elle est délicate. Il grimpe avec application les quatre marches, en évitant de regarder le sol. Perché enfin sur son promontoire, il savoure un instant le plaisir vertigineux d’être à hauteur d’homme. Puis il tend le bras vers le haut du buffet. Sa main droite tâte le bois et se referme sur la boîte de bonbons que ses parents croit bien cachée, derrière la corniche. Tout à coup, l’un de ses pieds glisse, l’escabeau dérape, bascule, et entraîne l’enfant dans une lourde chute. Le bruit fracassant fait surgir une maman affolée qui découvre son fils étendu,coincé sous l’escabeau, au milieu des bonbons éparpillés, le visage en larmes et en sang...

...La longue entaille provoquée à la mandibule du bambin par un angle de l’échelle, mettra quelque temps à se refermer. Elle lui laissera une cicatrice définitive, qu’il s’appliquera à camoufler dès les premiers poils apparus d’une barbe, de ce fait, conservée à vie. Soixante cinq ans après cet accident, une cruelle maladie viendra le frapper, de nouveau à la mâchoire. D’aucuns ne manqueront pas d’y voir un signe du destin...

Nous sommes en 1858, à Freiberg en Moravie (Empire austro-hongrois, devenu aujourd’hui la Tchécoslovaquie). Ce petit garçon turbulent s’appelle Sigismund FREUD. Au vrai, il aurait dû se prénommer Shlomo, selon le vœu paternel, mais Sigismund a été préféré par la famille...jusqu’au moment où devenu étudiant, il choisira lui-même le prénom de Sigmund, pour se distinguer d’un homonyme voisin. Avant ce choix, ses parents l’appellent gentiment Sigi, diminutif qui l’exaspère  !

Son père, Jakob FREUD, un modeste juif négociant en textiles de quarante et un ans, deux fois veuf, épouse en 1855 Amalie NATHANSON, une jeune femme de vingt ans plus jeune, à la fois belle et autoritaire. Le 6 mai 1856, elle accouche de Sigismund, lequel selon la tradition juive, est circoncis une semaine plus tard.

En 1860, après un bref passage à Leipzig, la famille Jakob FREUD s’installe à Vienne, ville en pleine expansion économique et, semble-t-il, plus favorable aux juifs, contrairement à Freiberg, où la communauté y est souvent brimée. C’est dans la capitale de l’Empire que Amalie offrira deux frères et cinq sœurs à Sigmund. En plus de Emmanuel et Philipp, enfants que Jakob avait eu avec sa première épouse, celui-ci, déjà grand-père, se trouve successivement père de Julius, Anna, Rosa, Marie, Adolphine, Paula et Alexander. Une suite de naissances qui contraint la famille devenue très nombreuse, à plusieurs déménagements. Sigmund est donc l’aîné de la fratrie, et aussi, il faut bien le dire, le chouchou de sa maman, quand a lieu l’installation dans la petite maison sise au n°1 de la Pfeffergasse.

C’est là qu’une nuit de 1862 se produit un autre évènement qui va marquer Sigmund et, pensera-t-il plus tard, être vraisemblablement à l’origine du concept qu’il nommera le complexe d’Œdipe.

Il est quatre heures du matin, quatre heures et demi peut-être. Le jour commence à poindre sur Vienne. Sigi, déjà grand pour six ans, fait irruption en chemise de nuit et tout ensommeillé, dans la chambre de ses parents, qui se réveillent en sursaut. Et que fait cet enfant  ? C’est sa jeune maman horrifiée qui le remarque. D’habitude si directive et prompte à réagir, elle s’exclame sidérée devant ce spectacle  :

- «  Mon Dieu, mais c’est incroyable  ! Il fait pipi au pied du lit, devant nous  ! Jakob, je vous en prie, faites quelque chose  !  ».

- «  Veux-tu t’en aller  ! dit le père, gêné lui aussi. Petit dégoûtant  ! A-t-on jamais vu ça  ! Vraiment, on ne fera jamais rien de ce garçon  !  ».

Jakob ne saisit pas le geste à la fois obscène et mystérieux de son fils, qu’il attribue à un soudain somnabulisme. Il ne comprend pas que Sigmund est jaloux de lui et amoureux de sa maman, la si belle Amalie. Il ne comprend pas qu’il a un rival de six ans...lequel, bien entendu, ne comprend pas lui-même le sens caché de son comportement  ! Alors papa Jakob, pris d’une honte diffuse, se lève, va recoucher son fils et revient éponger le parquet, avant de se recoucher à son tour en maugréant  !

«  On ne fera jamais rien de ce garçon  !  ». Cette phrase sur le champ ressentie comme particulièrement humiliante, résonnera longtemps dans la tête du petit Sigmund. Elle reviendra même à intervalles réguliers dans ses rêves d’adulte, écrira-t-il plus tard, toujours avec la liste de ses travaux en surimpression. Comme si le fils voulait dire à son père  : «  tu vois, malgré ta prédiction, je suis quand même devenu quelqu’un  !  ».

A cette époque, Sigmund ne peut pas se rendre compte que son père est un médiocre commerçant, obligé de se transformer une partie de l’année en commis-voyageur, placier en laine, pour faire «  bouillir la marmite  ». Il a toutefois des qualités indéniables, telles qu’un don d’observation assorti d’un scepticisme utile à la réflexion, et un grand sens de l’humour, qui lui permet de relativiser les problèmes. Le futur concepteur de la psychanalyse a hérité de ces avantages, comme il tient de sa mère une grande sensibilité et une intuition aiguisée qui lui donnera ce précieux «  regard d’avance  » sur les choses de la vie.

Il ressent une forte peine, du remords même, lorsqu’en avril 1858 décède brutalement son petit frère Julius, âgé de sept mois. Ne s’était-il pas senti menacé un moment, dans son statut de préféré maternel ?

C’est un garçon bien élevé et déjà instruit par sa mère, qui se présente à l’école communale, en 1865. Il conduit jusqu’à la terminale une scolarité parfaite, puisqu’il ne cesse d’être le premier de la classe.

Sans être un homme d’affaires de talent, Jakob FREUD n’en est pas moins un négociant courageux, nous venons de le voir, qui a sa fierté et conscience de ses responsabilités de chef de famille. Alors que son fils aurait pu bénéficier d’une bourse en raison de ses brillants résultats, le père, malgré sa situation financière difficile, paie sans retard les frais de scolarité nécessaires. Sigmund n’ignore pas que son père se bat depuis des années pour les siens, et lui témoigne sa reconnaissance. Présenter à la maison des carnets de notes élogieux est sa façon de le remercier.

S’il est un élève toujours assoiffé d’apprendre, à l’écoute attentive de ses maîtres (comme il le sera ensuite de ses patients) et de surcroît amoureux des livres, ce premier de la classe n’en devient pas moins un opposant résolu lorsqu’il se trouve en désaccord. Ainsi, il n’hésite pas à prendre la tête d’un mouvement de protestation, dès qu’une cause est à défendre. Qu’il s’agisse de tenir tête à un professeur aux thèses jugées fantaisistes, ou de prendre le parti d’un élève injustement sanctionné. Son regard perçant, son air sévère et résolu, sa voix assurée, son autorité naturelle, qu’il doit à sa mère et...que lui permet aussi sa position de très bon élève, en font un leader incontesté. Et qui gagne ses combats  !

Il identifiera ensuite ce côté « Robin des Bois  » et cette confiance en lui en affirmant dans l’un de ses livres  : «  L’homme qui a été l’indiscutable préféré de sa mère garde toute sa vie le sentiment d’être un conquérant et une confiance dans le succès, qui souvent conduit au succès réel  !  »

Séisme à Vienne

Sigmund adore la nature et éprouve un besoin presque viscéral de voir quotidiennement des arbres, dont les variétés de couleurs le fascinent. Quelles que soient leurs formes, il aime contempler ces silhouettes frémissantes et offertes aux vents, qui se découpent sur des ciels changeants. Comme si leur spectacle toujours nouveau à ses yeux, rechargeait son énergie. Il ne cessera d’ailleurs d’évoquer toute sa vie les paysages et les forêts de cette magnifique Moravie, pourtant précocement quittée.

Attentifs à la santé de leur fils, et connaissant sa nostalgie du pays natal, ses parents l’envoient se «  mettre au vert  » une quinzaine de jours à Freiberg, avant qu’il ne passe l’examen de fin d’études secondaires, correspondant au baccalauréat français.

Sigmund est d’autant plus heureux de ce voyage, qu’il rencontre sur place une ravissante jeune fille de quinze ans, Gisela, sœur d’un camarade d’enfance, elle aussi en vacances. Première rencontre, premier choc, premier amour ! De discussions philosophiques en tendres promenades dans la forêt, le temps passe trop vite  : Il doit déjà la quitter, à regret, très troublé, pour rejoindre Vienne et se présenter à son examen. Elle-même repart vers une autre ville, vers sa destinée. Pour la première fois de sa vie, il ressent un manque, un vide. Il a l’impression d’avoir perdu une part de lui-même, sa moitié d’orange, en somme. Oui, il éprouve un fort sentiment de solitude. Et d’un seul coup, comme il lui faut tout de suite un coupable, il en veut énormément à son père d’avoir déménagé ! «  Après tout, se dit-il, j’aurais pu exercer à Freiberg, le métier paternel, et réussir mieux que lui, même  ! Et cette délicieuse Gisela, qui s’en va de son côté, n’était-elle pas la femme de ma vie  ? Si nous étions restés en Moravie, je l’aurais certainement épousée...  ». Oui, il est triste, et aussi, très en colère  !

L’épreuve du «  bac  » est, si l’on peut dire, un jeu d’enfant pour Sigmund qui, à 17 ans - avec une année d’avance - obtient son diplôme assorti de la «  mention très bien  ». Chose promise, chose due, Jakob confirme au bachelier que pour fêter son succès, il lui offre un second voyage, plus loin celui-là. En Angleterre, à Manchester, où ont émigré ses deux demi-frères, Emmanuel et Philip. Encore une prouesse financière, en cette année 1873  !

Au vrai, son père a économisé sous à sou l’argent du déplacement avec une idée derrière la tête. Il a même échafaudé un plan, qu’il juge imparable : Emmanuel a une fille, Pauline, qui devrait, c’est certain, plaire à Sigmund. Puisque ce fils de son premier mariage a brillamment réussi dans le tissage et possède même une usine, Sigmund épousera Pauline - de fait sa petite nièce - et deviendra a son tour un patron anglais du textile. Mais peine perdue, la jeune fille ne laisse pas un souvenir impérissable à Sigmund. Celui-ci revient à Vienne, toujours secrètement amoureux de Gisela, dont l’image ne le quitte pas. Trois ans plus tard, il la reverra sans émotion aucune. Ainsi va l’amour !

Pour l’heure, il s’enferme dans le bureau que son père - qui a compris que ce fils méritait une attention particulière - lui a aménagé à l’étage de la maison familiale. Et il se laisse emporter par sa passion dévorante des livres. D’abord, il relit en entier Œdipe-roi du poète Sophocle, dont il a eu trente-trois vers à analyser en version grecque au baccalauréat. N’est-ce pas là un nouveau signe du destin pour celui qui va faire d’Œdipe, en quelque sorte, le socle de la psychanalyse  ?

Ensuite, il retrouve les œuvres de Shakespeare, déjà son auteur favori, quand il était à l’école primaire. A noter que Sigmund lit ces ouvrages en anglais, comme il lit en français les péripéties napoléoniennes. Il est permis de penser que sa connaissance quasi-parfaite de ces deux langues, provient de sa gourmandise de lecture.

Pour se distraire, pour oublier Gisela peut-être, il se plaît à recevoir ses copains d’études. Le soir venu, à la lumière de la lampe à huile qui projette de longues ombres sur les murs du couloir transformé en bureau, chacun laisse aller son imagination.

Sigmund le rêveur, comme s’il avait quelque besoin d’adversaires à combattre, cherche dans l’histoire romaine - qu’il a déjà lue elle aussi - un vaillant personnage à qui s’identifier. Il tombe à nouveau sur Hannibal, général carthaginois qui vengea son père Amilcar des romains, lors de la bataille de Trasimène en 217. Cet épisode, décidément, lui plaît. Allez, c’est sûr, Sigmund sera soldat pour défendre les nobles causes. Ses souvenirs scolaires de «  chef de classe  » et de défenseur de l’opprimé, lui reviennent. Et, inspiré par le petit caporal corse devenu empereur, il se voit militaire de carrière, général de préférence  !

Tout cela n’est pas gratuit. S’il est ainsi tourné vers le passé historique, s’il y cherche de la force, comme pour faire pression sur les évènements présents, c’est qu’il est lui-même tourmenté par le passé de sa propre famille. Il ne parvient pas, notamment, à oublier cette scène vécue avec son père, alors qu’ils se promenaient tous les deux sur un boulevard de Vienne, quelque temps après être arrivés dans la capitale. Il entend même leur dialogue, entrecoupé par le bruit des voitures à chevaux et des clochettes suspendues aux harnais   :

«  - Tu vois, Sigi, aujourd’hui, tout le monde est aimable avec nous. Nos voisins nous respectent. Personne ici ne nous reproche d’être juifs. Dans la rue, les gens sont corrects, ce n’était pas le cas quand nous habitions Freiberg, tu étais trop petit pour t’en souvenir. Moi, j’en ai fait un jour la cruelle expérience, pendant ma jeunesse. Crois-moi, toi tu vas faire de bonnes études à Vienne et tu y seras heureux...

- Mais, père, expliquez-moi, que vous est-il arrivé cette fois-là  ?

- J’avais vingt trois ans, je m’en souviens. Une fin d’après-midi d’hiver, je marchais dans la rue, comme nous en moment. Je portais un manteau et un bonnet de fourrure tout neufs que je venais de m’acheter. Soudain, un homme venant à ma rencontre m’a foncé dessus avec un air méchant. Il m’a arraché ma coiffure et l’a jetée dans le caniveau en me criant dans le visage  : «  sale juif, descends du trottoir  !  »

- Mais c’est ignoble  ! Et alors, qu’avez-vous fait, père  ?

- Que voulais-tu que je fasse  ? J’ai ramassé mon bonnet dans l’eau, et je suis parti. Je ne pouvais rien faire d’autre, tu sais  !...

Cette dernière réponse de Jakob révolte littéralement Sigmund. Lui qui est tellement épris de respect du prochain, de justice, de liberté, n’accepte pas à la fois l’attitude de l’agresseur et celle, totalement soumise, de son père  ! Pourquoi ce dernier est-il parti sans rien dire après cette grave humiliation  ? Comment a-t-il pu être lâche à ce point  ?

«  Je ne pouvais rien faire d’autre...  ». Cette phrase signant l’immobilisme et l’impuissance de son père, le désacralise d’un seul coup dans l’esprit de Sigmund. Un sentiment mélangé naît en lui, fait d’amour bien sûr, mais en même temps de honte, de déception, de courroux à l’égard de son géniteur. Un sentiment ambigu dont il n’a pas vraiment conscience et qui influe sur son comportement.

Voilà pourquoi, certainement, Sigmund rêve d’exploits militaires, de conquêtes, et pour tout dire de revanche contre un ennemi imaginé. Bref, inconsciemment - nous verrons dans un instant ce qu’est l’inconscient - le jeune homme meurtri, qui s’identifie à son père, veut le venger.  Et en faire symboliquement le héros qu’il n’a pas sur être  !

De fait, il n’a pas idée de ce qu’est l’antisémitisme et il ne peut pas savoir qu’il aura lui-même à en souffrir cruellement vers la fin de sa vie. Quand Jakob lui a dit qu’à Vienne aucune différence n’était faite par la population entre juifs et non-juifs, il ne mentait pas...jusqu’à cet été 1873. Au moment où Sigmund se présente au baccalauréat, un krach boursier imprévu atteint très gravement l’économie austro-hongroise.

Alors que le pays est dirigé par un empereur François-Joseph très bon enfant qui favorise une agréable paix sociale, et que le commerce n’a jamais été aussi prometteur, un «  vendredi noir  » ébranle soudain la bourse de Vienne, tel un violent tremblement de terre. De nombreuses compagnies sont touchées et les faillites se comptent par centaines. Ce séisme financier n’arrange pas, bien sûr, les affaires de Jakob FREUD  !

C’est à cette occasion que Sigmund découvre lui-même la haine raciale et qu’il est directement concerné  : le bruit ne se répand-il pas, en effet, que les responsables de cette grande catastrophe boursière ne peuvent être que les juifs. A coup sûr, leur communauté, très impliquée dans le système économique, tient forcément les rênes de l’empire  !

Le rez-de-chaussée et la cave

La vie, pour chacun de nous, c’est «  moi et le monde  ». A dix-huit ans, comment Sigismund vit-il précisément son «  moi  » et quelle est sa vision du monde, au moment où il devient homme ?

Dabord, son prénom ne lui plaît pas, nous le savons, et il en soustrait deux lettres pour faire place à Sigmund. Cette démarche personnelle est en quelque sorte autoinitiatique  : il quitte ainsi l’univers de l’enfance pour celui des adultes. Sigmund naît une seconde fois, par lui-même, tout en demeurant, bien entendu, le «  Sigi en or  » de sa Maman, et le «  Sigi raisonneur  » de son Papa  !

Un nouveau prénom, c’est une chose, un projet d’avenir en est une autre. Puisque Sigmund n’a pas voulu opter pour l’Angleterre, ses parents, convaincus de ses dons intellectuels, souhaitent qu’il poursuive des études. D’accord avec eux, il leur est très reconnaissant de cet effort qu’ils font, aussi bien financier que matériel. Alors que la famille consentante vit resserrée dans les trois autres pièces de la maison, il apprécie tous les jours le confort de son grand bureau. Avec une fenêtre sur la rue, pour recevoir les échos de la ville, et suffisamment d’espace pour disposer d’une chambre à coucher le soir venu.

Quelles études choisir, pour quel métier ensuite  ? Bien sûr, il pense souvent au futur dans son «  appartement privé  »  ! Ses rêves d’uniformes et de conquêtes guerrières dissipés, il a songé un moment à une carrière juridique. Sans nul doute, il aurait été un brillant avocat, dans le sens même de sa soif éperdue de justice. Par ailleurs, son amour de la nature, lui a fait également envisager une vie de naturaliste. La lecture d’un livre intitulé justement «  La Nature  », qu’il croit de Goethe parce qu’intégré à ses œuvres - mais dont il saura plus tard que son rédacteur est un suisse, Georg TOBLER - le pousse d’ailleurs vers cette voie. Cet ouvrage lui confirme que nous faisons partie de la nature et y sommes intégrés beaucoup plus que nous l’imaginons. Notre corps n’est-il composé des mêmes oligo-éléments retrouvés à l’extérieur  ? Selon l’auteur, le cosmos, entité ordonnée, cherche à dialoguer avec nous en permanence, mais, curieusement, nous ne l’entendons pas.

Qui sait, Sigmund FREUD aurait pu percevoir dans ce livre, l’indice d’une organisation suprême, d’un «  architecte  » concepteur de l’univers, d’une puissance divine, bref d’une intelligence supérieure, mais ce n’est pas le cas. Il se dit athée, au grand désappointement de ses parents qui l’ont élevé sous le signe de la Bible et dans les coutumes religieuses juives. Certes, il respecte le judaïsme et sa tradition, la pratique même, mais refuse l’idée d’un dieu créateur. Pour lui, la réalité c’est l’homme et l’homme seul qui, sur cette terre, est la mesure de toute chose. Pourquoi s’attarder sur l’hypothèse d’un grand horloger, cher à Voltaire, quand l’homme a déjà tant à faire pour, à la fois, comprendre l’horloge elle-même qui rythme sa vie, et se comprendre ?

Partant, ce qui intéresse l’étudiant FREUD dans le livre précité, concomitamment aux sciences naturelles exposées, c’est le mystère humain, au vrai évoqué au fil des pages. Il est ainsi renvoyé à la théorie de l’évolution de DARWIN qui le passionne depuis son enfance. Telle est la réflexion, «  l’alchimie mentale  », grâce à laquelle s’ouvre sa voie professionnelle  : un enchaînement de deux livres. Le premier, De l’origine des espèces par la sélection naturelle et le second, La nature, des précités Charles DARWIN et Georg TOBLER. Ils conduisent Sigmund FREUD à la Faculté de Médecine de Vienne, où son inscription est enregistrée, à l’automne de cette terrible année 1873.

«  Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous  », dit l’écrivain- poète Paul LEAUTAUD. Le regard que le futur médecin porte sur l’Europe lui donne l’impression qu’il commence sa carrière, au moment où se lève, comme le soleil matinal sortant de la mer, une lumineuse ère nouvelle.

L’impératrice Marie-Thérèse paraît donner le signal de ce temps nouveau en acceptant à la cour austro-hongroise...la maîtresse de son époux François-Joseph. Le brave peuple, vraiment indulgent, accepte ce ménage à trois têtes et l’applaudit quand il sillonne les villes du territoire dans le carrosse impérial  ! Comme pour en finir avec l’hypocrisie bien-pensante, comme pour signifier la nécessité de mise en lumière de ces «  choses de la vie  » frappées de secret. La sexualité, ici concernée et à laquelle FREUD va justement s’intéresser, en fait partie.

Si l’on veut mieux comprendre la pensée du «  spéléologue de l’âme  » en herbe, il convient d’observer avec lui le contexte ambiant. Au vrai, c’est bel et bien à une révolution biologique, sociale et sociologique, que nous assistons, dans cette seconde moitié du XIXème siècle.

En 1859, le naturaliste anglais Charles DARWIN dont nous venons de parler, trouble les esprits, en justifiant que «  le fils d’Adam  », cité par le Bible, est de fait le résultat de la lente évolution, sur des millions d’années, d’organismes unicellulaires devenus poissons puis mammifères, ensuite singes, hominidés et hommes. C’est clair, Dieu a peu de choses à voir avec la théorie évolutionniste darwinienne  !

De son côté, à partir de 1865, le chimiste français Louis PASTEUR démontre au fil de ses travaux, qu’il n’y a pas de génération spontanée, que les souris ne naissent pas de la farine et il prouve l’existence d’organismes infiniment petits  : les microbes. Son explication arrive fort à propos pour comprendre les épidémies de peste et de choléra qui ravagent les grandes métropoles européennes et américaines. Vienne, notamment, n’a pas échappé au vibrion cholérique, responsable de milliers de morts. Les causes connues, il reste à la médecine et à la pharmacie de découvrir les remèdes. A la même période, le physiologiste français Claude BERNARD contribue à cette tâche en définissant, à partir de l’expérience, les principes fondamentaux de la recherche scientifique.

En 1864, le philanthrope suisse Henry DUNANT, qui fut horrifié par le spectacle de la bataille de Solférino, en Italie - à laquelle il a assisté fortuitement cinq ans plus tôt - fonde avec quatre amis la Croix Rouge Internationale. Son intention est de secourir les blessés de guerre, mais le succès de son idée entraîne le mouvement à assister aussi les victimes civiles en toutes circonstances. Cet organisme est toujours aujourd’hui la plus grande association humanitaire du monde.

En 1867, le philosophe et économiste allemand Karl MARX publie le premier tome de son livre Le Capital dans lequel il expose sa version de l’ère industrielle naissante, dont il prédit les dangers et qui donnera lieu à une théorie, le marxisme. Plus tard, celle-ci sera rapprochée de la théorie freudienne, l’une étant vue comme pensant l’individu, l’autre la société. Ainsi naîtra le freudo-marxisme.

Pour sa part, le philosophe français Auguste COMTE, a installé un nouveau courant de pensée qui ne cesse de progresser au cours de ces années, le positivisme, précurseur de la sociologie. Ce dernier reconnaît la valeur des sciences et leur sens pratique qui introduisent du même coup l’idée du bonheur possible de l’humanité. Un beau projet, auquel ne peut que s’associer Sigmund FREUD  : il ne se dirigerait pas vers la médecine, s’il n’était préoccupé par la souffrance physique et psychique, qui empêche l’être humain d’être heureux. La récente guerre franco-allemande de 1870 lui a donné sur ce plan matière à réflexion.

Ce que FREUD apprécie chez les célébrités ci-dessus énumérées, c’est à la fois leur curiosité, altruisme et ténacité pour réussir, des qualités qui se potentialisent. Incontestablement, à dix-huit ans, il ne peut qu’être impressionné par ces humanistes qui, chacun dans leur domaine, apparaissent comme les initiateurs des temps modernes. Lui aussi a envie de succès dans ses entreprises, lui aussi souhaite devenir un pionnier. Pour tout dire, il veut être le premier, comme en classe. Et pourquoi pas, célèbre, à son tour  !

Or, la phrase prononcée par son père «  on ne fera jamais rien de ce garçon  » tourne toujours dans sa tête. Présente dans ses rêves, elle surgit parfois en pleine journée, comme si elle sortait brusquement d’un placard, ce qui l’agace au plus haut point  ! Comme si, surtout, elle venait contredire son désir de réussite, à la manière du pied de nez que fait un gamin pour se moquer d’un autre. Il est alors très conscient qu’un «  deuxième être  » existe en lui, une sorte de trublion tout à fait indépendant qui lui échappe. Son nom  est connu : l’inconscient.

FREUD, en effet, n’en est pas «  le découvreur », comme on le dit trop souvent. Dans les années 1815, un médecin allemand Franz MESMER, père du magnétisme, avait pressenti qu’existait dans la psyché humaine «  une forteresse imprenable  » où se déroulait autant d’activités mentales que dans notre pensée consciente. Après lui, les allemands CARUS, VON HARTMANN, GRODDECK et NIETZSCHE, parlent, les deux premiers, de la réalité d’un subconscient et d’un inconscient influençant nos comportements, les seconds, d’un «  inconscient somatique  » et d’un mystérieux continent blotti dans le labyrinthe de notre moi. Mais, bien sûr, aucun de ces prédécesseurs n’a réalisé un travail comparable à celui auquel va s’atteler FREUD.

Lui-même ne sait pas que dans quelques années, il va consacrer tout son temps à l’inconscient et élaborer un génial outil pour l’explorer  : la psychanalyse.

Comment FREUD perçoit pour sa part, ces deux êtres constituant sa personnalité ? Il voit ce Sigmund chaque matin devant sa glace qui est un individu de chair, dont le corps et la pensée sont en contact avec la réalité du monde. Et il devine un autre Sigmund, invisible celui-là, instinctif et illogique, qui, à l’intérieur de lui, est le siège de ses pulsions et de ses désirs. C’est sur ce «  duo  », dont le premier raisonne et le second pas, mais qui communiquent néanmoins entre eux et avec l’extérieur, que FREUD va travailler toute sa vie.

Il l’appellera « l’ appareil psychique  », que nous pouvons schéma- tiquement comparer à une maison de plain-pied. L’être conscient, en représente le rez-de-chaussée, lieu de la réflexion et de l’échange, et l’être inconscient en figure la cave, local des archives et des souvenirs.

2. SIGMUND LE CARABIN
Des anguilles et des hommes

Sigismund était un garçonnet brun bien coiffé, coquet, toujours habillé avec raffinement par Amalia, sa maman attendrie. Sigmund, le jeune homme qui entre à la faculté de médecine de Vienne, en cette matinée d’octobre 1873, n’est pas moins élégant.

A l’ensemble bleu marine aux revers gansés du lycéen, a succédé un costume trois pièces en tweed gris clair - tissu qu’il affectionnera toute sa vie - dont le gilet droit est barré par une chaîne de montre. 1mètre 72, la chevelure noire bien lissée, les yeux marrons vifs, la lèvre supérieure ornée d’une moustache naissante, col blanc et lavallière noire, l’étudiant FREUD a fière allure. Selon l’expression, c’est un beau garçon. A la distinction naturelle, avec cette présence irradiante que ses camarades ressentent en s’approchant de lui.

Comme tout lieu de rassemblement, la faculté crée des groupes et sous-groupes, qui se forment selon les affinités. D’entrée, la personnalité de Sigmund, son éloquence et ses connaissances, ne laissent personne indifférent. Elles en font un leader, position qui lui vaut des alliés, et bien entendu des ennemis  ! Contre toute attente, alors que son père l’avait assuré que les juifs vivaient tranquilles à Vienne, sa judéité lui vaut très vite les sarcasmes d’un clan d’opposants bêtes et méchants. Plusieurs fois, sa tendance rebelle le pousse à en venir presque aux mains avec ces carabins imbéciles, que les études universitaires n’améliorent même pas ! Ah  ! comme il regrette de ne pas être plus grand et plus fort, à l’image des bûcherons de Moravie  ! S’il avait leurs biceps de lutteurs, aucun de ces antisémites bornés n’oserait lui adresser le moindre quolibet  ! Cette vision le fait sourire et il retrouve sa maîtrise. Heureusement, grâce à la parole, avec le vocabulaire percutant qui est le sien, il sait tenir ces collègues opposants à distance, à défaut de les raisonner. Il va même s’en isoler, comme il le dira dans son livre «  La vie et la psychanalyse  »  :