Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
"Le puzzle" se compose de chapitres qui dévoilent la vie de Léa, une jeune fille vivant dans un quartier populaire, avec ses craintes, sa colère face à un foyer familial en difficulté et son désir de liberté. Il offre également une perspective remarquable sur son entourage, mettant en lumière la diversité des rencontres et son courage à s'affranchir de son milieu social.
À PROPOS DE L'AUTRICE
Méli-Aïda considère la littérature comme étant la liberté de voyager entre rêve et réalité, fiction et vérité, sans franchir de frontières. Son désir est de faire des ponts entre l’Orient et l’Occident, la beauté et la science, la spiritualité et la rationalité. Comme son livre Itinérance, "Le puzzle" s’inspire de faits réels.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 115
Veröffentlichungsjahr: 2024
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Méli-Aïda
Le puzzle
© Lys Bleu Éditions – Méli-Aïda
ISBN : 979-10-422-2992-4
Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
À lafamille
Un jour, les mots nous sauvent
Huile et pigments, 2004, DéborahChock
Bonjour jeune fille,
Je ne t’ai pas remarqué tout de suite tellement tu étais minuscule de loin. Tu me semblais si naïve de prime abord que je ne me suis pas intéressée à toi sur l’instant. Puis, j’ai suivi ta curiosité et les chemins que tu prenais pour comprendre comment fonctionnait ton univers. Tu t’es perdue comme beaucoup avant de trouver ce que tu cherchais vraiment. Et un jour, tu as frappé à la bonne porte et je t’ai ouvert mes secrets et mes histoires. Tu m’es apparue de plus en plus mûre, capable de comprendre la richesse de ton environnement. Alors tu m’as offert ce cadeau. Tu t’es approchée de ma vérité et tu as écouté ce que j’avais à dire. Je ne me présentais pas toujours sous mon meilleur apparat, mais tu as dépassé la surface et percé ce qui se cachait derrière mesfailles.
Tu m’as restauré de ton œil de jeune fille puis de femme. Je t’en remercie. Je resterai à jamais fière de tout cela même si ma chute est inévitable. Je n’oublierai jamais ton geste et si je pouvais le graver sur mes murs, je le ferais sans retenue. Maintenant, je peux m’en aller avec l’élégance de mes débuts. J’accepte désormais de disparaître dans les deux années à venir. On ne m’a guère laissé plus d’espoir.
Merci belle enfant.La Dame bleue.
Construite en 1970, la tour Pascal, offre une vue magnifique sur le quartier de Perseigne nommé Zone Urbaine Prioritaire, sur Alençon et ses alentours.
Depuis plus de cinquante ans, cette tour du haut de ses 48 mètres, domine et veille. Elle accueille quelque 120 personnes dans 99 Habitations à Loyers Modérés (HLM).
Impossible de monter sur le toit, qui n’est accessible qu’aux techniciens pour des raisons de sécurité. Mais du 17e étage, l’horizon s’étend à perte de vue. Cette vue, imprenable sur la vie de quartier, c’est à Léa qu’elle a été offerte en cadeau sans le savoir. Dans cette lettre écrite alors qu’elle quittait son quartier pour aller aux études, elle la remercie profondément pour ces années d’apprentissage et ses prises de hauteur successives.
Cette tour n’a pas été uniquement un lieu d’habitation, mais aussi une magnifique Dame accueillant des gens d’origine culturelle et sociale multiple, et qui demeure, de ce fait, un des souvenirs les plus fabuleux de l’enfance deLéa.
***
Au cours de ses dix premières années, Léa vécut dans un cocon maternel où elle avait un véritable statut de princesse : « la fille des gardiens ». Quand elle eut l’autonomie de traverser la route pour aller chercher le pain, sous le regard alerte de sa mère en activité, Léa pouvait jouir de sa célébrité parmi les habitants du quartier. Un bonjour à droite, à gauche. Un signe de tête toutes les cinq minutes.
De sa première année à ses huit ans, l’enfance de Léa a évolué du conte de fées, de la chasse au loup au cauchemar. Au fur et à mesure des années, ses parents ont vu leur royaume s’agrandir, en s’occupant de la tour Pascal puis des immeubles aux alentours. Économie, réductions de postes, augmentation de responsabilités étaient devenues les arguments de la société de HLM. Si les parents de Léa ne voulaient pas perdre leur poste, ils devaient accepter une charge d’activités un peu plus lourde chaque année. Léa, à cette époque, poursuivait avec crédulité sa vie, loin de ces problèmes d’adultes. Elle revenait alors fièrement avec son pain, ses multiples bonjours en poche et un paquet de sucreries généreusement donné par la boulangère. Peu à peu, au même titre que les problèmes pesaient sur les épaules de ses parents, ces gourmandises quotidiennes alourdissaient tout en rondeurs le corps de cette petite princesse. Peu lui importait, tout était prétexte à jouer.
Elle s’engouffrait avec son père dans les sous-sols de la tour Pascal et s’imaginait découvrir un trésor. Léa frissonnait alors de peur dans les longs couloirs sombres des caves, mais son héros était à côté d’elle. Les longues allées à demi éclairées annonçaient une rangée de portes en bois qui laissaient entrevoir les biens plus ou moins précieux des locataires. Il arrivait qu’un chat fasse sursauter la petite curieuse. Son père rendait alors sa liberté à l’animal sauvage en ouvrant les grandes grilles métalliques qui donnaient sur l’extérieur. Léa pouvait brusquement entamer une course poursuite en remontant à bout de souffle l’allée bétonnée. Elle ressortait les yeux aveuglés par la lumière du jour, s’arrêtait devant l’entrée de la Tour et lançait un rire en échos en regardant son pèresortir. Ce rituel embrasait sa vie de petite fille.
Plus Léa grandissait, plus elle étendait son périmètre d’action. Elle aimait son quartier et adorait son royaume.
Avoir un statut aussi prestigieux qu’être la fille de gardiens d’immeubles au sein du quartier populaire conférait à Léa un rôle. Elle observait beaucoup, aidait ses parents dans leurs tâches quotidiennes sur de simples missions : mettre les courriers dans les boîtes aux lettres, aider son père à sortir les bacs de poubelles, passer le balai dans les halls, dire bonjour à tout le monde. En grandissant, elle commença à prendre conscience que son royaume avait des particularités parfois étonnantes et la tension familiale grandissante nourrissait son besoin de compréhension.
À onze ans, Léa entra au Collège Louise Michel1 dit « ouvert ».
Il était le roi du quartier, celui que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Un collège nommé « village » pour ses classes en forme de maisonnettes. La mixité était reine, le gros mot souverain et aucune grille pour y rentrer. C’était la liberté. L’idée atypique d’un collège dans la rue, respectant la diversité des habitants et visant à conduire les enfants à l’autonomie, a perduré vingt ans. La société a évolué et le collège ouvert a fermé ses portes. Pour laisser place à un nouvel établissement, en janvier 2004, plus classique dans sa conception.
Dans les années 85, Léa jouissait donc d’un privilège en expérimentant ce site. Une simple ligne blanche tracée sur le sol en délimitait les contours. Pas besoin de faire le mur pour sortir, il n’y avait ni portail ni barrière. Les salles de classe étaient installées dans des maisonnettes colorées comme on se balade dans une petite cité. En son centre : un clocher préau gris et des murs peints de tags par des artistes de rue. De l’autre côté, Léa s’extasiait devant l’immense plateforme de jeu où trônait un énorme cartable rose de plus de trois mètres dehauteur2.
Ce cartable géant était le parfait défi pour les grimpeurs. C’était comme un petit village haut en couleur qui donnait à Léa une envie d’évasion et une grande fierté de collégienne.
De nouvelles habitudes s’imposèrent. Les journées étaient réglées comme une pendule :
7 h 30 : lever/petit déjeuner au lait et céréales, pain au chocolat.
8 h 15 : départ de l’appartement sac sur le dos. Un étage à descendre, soit 27 marches. Prise d’air sur l’extérieur : rue à traverser ; regard gauche/droite.
8 h 18 : arrivée au collège.
10 h : Pause ; vingt mètres, deux francs en poche. Un pain au chocolat chaud dans la bouche.
16 h 30 : fin des cours. Rue à traverser ; regard gauche/droite. 16 h 33 : Retour à l’appartement. Cartable jeté dans l’entrée.
Aucun accès n’était interdit. C’était l’éducation de la liberté. Le dimanche, beaucoup de jeunes se retrouvaient dans la cour pour s’amuser. Il y avait les joueurs de basket, les fans de vélos, les raquetteurs, les pros de la bille, les rappeurs et les branleurs. Les filles jouaient à l’élastique en usant leurs semelles sur le béton, s’échangeait des babioles, rêvaient leur futur métier et surtout, étaient surveillées par les grands frères. Léa apprit à faire de la bicyclette avec son père. Un jour, il s’occupa d’elle toute l’après-midi, un vrai luxe. Le vélo un peu grand pour elle lui rappelait son manque de souplesse et son embonpoint. Elle soufflait, mais comme son père la regardait, elle résistait.
Si vous croyez que tout est rose ! Encore une journée où je me sens mal. Je me bats pour ne pas devenir une dépressive permanente incapable de prendre sa vie en main. Ma vie est un puzzle géant. Je cherche à me recomposer sans véritable mode d’emploi. Résultat : un vrai casse-tête.
Un matin, je me suis réveillée, asphyxiée par mon quotidien et mes habitudes. Le 1er janvier 2006, alors que je rentrais tranquillement chez moi, mon appart était en train de se consumer sous les flammes à cause d’un court-circuit dans ma chaîne stéréo. Il emporta chaleureusement tous mes souvenirs et mes cinq années de travail professionnel. Depuis cet incendie, j’ai eu un déclic et décidé de faire ce qui était pour moi un rêve d’enfance : partir enÉgypte.
Après un an de réflexion, j’ai quitté mon confort matériel remis à neuf par l’assurance, mon boulot, ma famille et mes amis. J’ai rassemblé toutes les pièces de mes vingt-cinq premières années d’existence, que j’ai mises dans une valise et je suis partie loin, très loin dans le pays de mes livres d’Histoire. Mon puzzle s’est mélangé durant ce voyage. Tout s’est éparpillé face à l’inconnu. J’ai alors repris chaque morceau, que j’ai d’abord tenté de comprendre puis reconstituer parfois maladroitement pour finalement leur trouver une place dechoix.
Ma fille,
Devant cette page blanche, je ne sais pas quoi t’écrire. Si : « je t’aime », mais ce sont des mots que tu entends régulièrement de la bouche de tes amants. Je pourrais te dire que je pense à toi, mais ce sont des mots que d’autres jeunes hommes t’adresseront, pour toi, couramment. L’amour n’a pas d’équivalent, les pensées de ton père n’ont rien, évidemment, de bien important. Tu fais ta vie grâce à ta mère, et bien sûr, tu n’obtiens rien de ton père. Je ne peux plus rien t’apporter, et je suis amer. Je reprends cette conversation après dix jours de réflexion, tu m’as écrit : « Parle-moi franchement ». Comment sais-tu que ton père te ment ? Dire à sa fille « je t’aime » n’apporte rien à ses problèmes, la réalité est simple, je me retrouve fauché. Tu ne peux pas être fière d’avoir un père dans la misère. Mais je parle toujours de moi, alors que tu combats pour obtenir une place de choix dans la société qui est dite « avancée ». Que deviens-tu ? Tes amours ou tes déceptions ? Ta jeune vie peut hélas, après beaucoup d’expériences te guider, pour orienter ton existence sur une route qui sera, je l’espère, ta panacée. N’oublie pas que ton physique ne t’apportera pas toujours des avantages, pour moi, seul le mental pourra être un guide. Et surtout, aide ta sœur, car heureusement ton frère n’a pas actuellement besoin d’aide. Quant à moi,dansmonappartementde30m2,jevisunjourseul,le lendemain avec Laurence, ou je descends chez elle lorsque j’héberge deux jeunes de 17 ans en détresse ou un membre du foyer des sans-abri qui s’appelle Michel qui a acheté un poste de télévision à son nom, déposé chez moi. Tout ce petit monde dort par terre lorsque je suis là, nourri chichement par moi, mais ils ont l’air contents. Un jour, ils sont tous là, un jour ils repartent. Tu sais, je ne fais plus partie du milieu des gens censés, mais j’en suis heureux, car ceux qui viennent me voir n’ont jamaisd’arrière-pensée.
Voilà tout est dit, je t’embrasse bien fort, ne fais pas trop de conneries dans ta vie. Je t’aime toi et ton frère et ta sœur, mais je ne serais toujours qu’une « tâche » dans votrevie.
François
J’avais dix-neuf ans quand j’ai reçu cette lettre. Un père n’est pas un amant. Il y a des confusions qui s’immiscent et de la culpabilité qui germe comme une graine alors que je suis si jeune.
***
Léa regardait ses pieds alors qu’elle franchissait la porte de l’appartement. Le jour venait à peine d’apparaître laissant un fin brouillard au sommet des immeubles. Tout le quartier semblait calme et endormi. La jeune fille descendit les escaliers quatre à quatre et accrocha correctement son sac à dos sur ses épaules avant de franchir la porte du hall. D’un seul coup, l’air frais transperça son visage engourdi par la fatigue de la nuit. Ses yeux s’ouvraient sur l’extérieur alors que quelques larmes traçaient sur ses joues un filet transparent. Léa regarda une dernière fois la Tour. Elle avait peine à croire ce qui s’était passé la veille.