Les planteurs de la Jamaïque : - Thomas Mayne Reid - E-Book
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Les planteurs de la Jamaïque : E-Book

Thomas Mayne Reid

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Beschreibung

Dans 'Les planteurs de la Jamaïque', Thomas Mayne Reid nous plonge dans les complexités socio-économiques et culturelles de la Jamaïque coloniale au XIXe siècle. À travers un récit richement descriptif, l'auteur explore la vie des planteurs, des esclaves et des autochtones dans un style à la fois vivant et immersif. Reid utilise un langage évocateur et une narration dynamique pour dépeindre les dilemmes moraux et les enjeux de pouvoir au sein de cette société stratifiée, inscrivant son récit dans un contexte colonial marqué par la lutte pour le pouvoir et la liberté. Ce roman s'inscrit dans la tradition de la littérature coloniale tout en questionnant les notions de revanche et d'humanité. Thomas Mayne Reid, écrivain et aventurier d'origine irlandaise, a voyagé à travers le monde, s'intéressant particulièrement aux régions exotiques et aux récits d'aventures coloniales. Ses expériences de vie, notamment son séjour en Amérique et sa fascination pour les cultures et les paysages tropicaux, ont sans doute nourri son écriture. 'Les planteurs de la Jamaïque' est le reflet d'un temps où les idées sur la race, la culture et l'exploitation coloniale étaient en plein débat, et il tire profit de ces observations pour offrir un récit saisissant. Ce livre est fortement recommandé à tous ceux qui s'intéressent aux dynamiques coloniales et aux récits historiques. La profondeur des personnages et la richesse du cadre jamaïcain font de cette œuvre une lecture stimulante, qui permet de réfléchir sur nos perceptions contemporaines des relations post-coloniales. Reid réussit à allier aventure et critique sociale, rendant ce roman particulièrement pertinent aujourd'hui. Dans cette édition enrichie, nous avons soigneusement créé une valeur ajoutée pour votre expérience de lecture : - Une Introduction succincte situe l'attrait intemporel de l'œuvre et en expose les thèmes. - Le Synopsis présente l'intrigue centrale, en soulignant les développements clés sans révéler les rebondissements critiques. - Un Contexte historique détaillé vous plonge dans les événements et les influences de l'époque qui ont façonné l'écriture. - Une Analyse approfondie examine symboles, motifs et arcs des personnages afin de révéler les significations sous-jacentes. - Des questions de réflexion vous invitent à vous engager personnellement dans les messages de l'œuvre, en les reliant à la vie moderne. - Des Citations mémorables soigneusement sélectionnées soulignent des moments de pure virtuosité littéraire. - Des notes de bas de page interactives clarifient les références inhabituelles, les allusions historiques et les expressions archaïques pour une lecture plus aisée et mieux informée.

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Veröffentlichungsjahr: 2021

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Thomas Mayne Reid

Les planteurs de la Jamaïque :

Édition enrichie. Aventures de la mer
Introduction, études et commentaires par Léonard Toussaint
Édité et publié par Good Press, 2022
EAN 4064066316167

Table des matières

Introduction
Synopsis
Contexte historique
Les planteurs de la Jamaïque :
Analyse
Réflexion
Citations mémorables
Notes

Introduction

Table des matières

Au cœur d’une île somptueuse où la canne à sucre ondule comme un océan domestiqué, une lutte obstinée oppose l’ordre implacable des plantations à l’appel irrépressible de la liberté et de la justice, tandis que la nature tropicale, tantôt complice tantôt juge, révèle, derrière les façades de prospérité, la violence des dominations, la fragilité des loyautés et l’incertitude d’un avenir que menacent à la fois l’avidité des hommes, la rumeur des forêts et l’écho toujours vivant des résistances, de sorte que chaque sentier, chaque maison grande ouverte au vent, semble porter la marque d’un conflit intime entre pouvoir, conscience et survie.

Les planteurs de la Jamaïque est un roman d’aventures de Thomas Mayne Reid, écrivain du XIXe siècle connu pour ses récits haletants situés aux marges du monde colonial. L’intrigue se déploie en Jamaïque, dans un décor de plantations, de montagnes boisées et de rivages exposés aux tempêtes, contexte qui sert de cadre à des confrontations sociales et morales. Paru au XIXe siècle, le livre s’inscrit dans une tradition populaire qui mêle exotisme, péripéties et observation des usages. Sa version française a circulé sous ce titre, permettant aux lecteurs francophones de découvrir une vision romanesque du monde des planteurs.

Sans dévoiler les ressorts du récit, la prémisse tient à l’irruption d’un regard qui traverse le milieu des plantations, observe ses rites et découvre les zones d’ombre où s’enracinent intérêts privés, loyautés mouvantes et peurs collectives. Le lecteur suit une trajectoire faite de rencontres, de poursuites et de négociations précaires, où la topographie tropicale dicte souvent l’action. La narration, vive et ample, privilégie une voix à la fois descriptive et dramatique, qui alterne tableaux de nature et scènes tendues. Le ton reste résolument romanesque, porté par un sens du suspense hérité de la tradition feuilletonesque du XIXe siècle et par une énergie constante.

Au-delà de l’action, le livre explore la dynamique du pouvoir et de la domination, interrogeant les frontières mouvantes entre ordre imposé et résistance, loi proclamée et violence ordinaire. Les personnages évoluent au croisement de clivages sociaux et raciaux structurants, où se mesurent ambition, peur et devoir. La nature y joue un rôle de contrepoint, tantôt refuge, tantôt menace, révélant comment le relief, le climat et la forêt encadrent les choix humains. Cette tension entre civilisation proclamée et réalité brutale des rapports de force donne au récit sa gravité, et éclaire les dilemmes éthiques qui traversent les existences mises en scène.

Le drame se construit autour de figures contrastées dont les trajectoires se croisent et se défient: propriétaires jaloux de leur prestige, agents intermédiaires prompts à durcir l’autorité, voyageurs désireux de comprendre, communautés locales attachées à leurs terres et à leurs usages. Le roman déploie, par épisodes, des situations où s’entremêlent loyauté, calcul, compassion et opportunisme, chaque décision appelant des conséquences parfois inattendues. Les dialogues, souvent vifs, opposent visions du monde et intérêts immédiats, tandis que des silences éloquents laissent peser l’incertitude. Cette polyphonie mesurée entretient la tension dramatique, sans jamais perdre de vue la question centrale de la responsabilité individuelle.

Le style conjugue ampleur descriptive et efficacité narrative: paysages détaillés, flore et faune esquissées en touches rapides, scènes d’action tendues par des rebondissements réguliers. On y perçoit la cadence d’une fiction feuilletonesque, préoccupée de relances et de contrastes nets, sans sacrifier la construction des atmosphères. L’écriture demeure ancrée dans les sensibilités du XIXe siècle, avec ses catégories et ses angles de vue, dimension qui appelle aujourd’hui une lecture informée et critique. Cette tension entre plaisir de l’aventure et conscience historique enrichit l’expérience, en donnant au lecteur des prises multiples — esthétiques, morales et contextuelles — pour apprécier le récit.

Pour les lecteurs d’aujourd’hui, Les planteurs de la Jamaïque compte à la fois comme document littéraire sur l’imaginaire des plantations et comme récit efficace d’exploration morale. Il permet de réfléchir, par la médiation de la fiction, aux héritages du monde colonial, aux rationalisations de la violence et aux formes de résistance que suscitent les hiérarchies. Ses descriptions de milieux insulaires, de cultures et de paysages invitent aussi à considérer les liens entre exploitation économique et fragilité écologique. On y trouve, enfin, une dramaturgie enlevée dont la vigueur narrative demeure attractive, offrant une porte d’entrée vivante pour interroger histoire, mémoire et justice.

Synopsis

Table des matières

Roman d’aventures de Thomas Mayne Reid, Les planteurs de la Jamaïque situe son intrigue dans la colonie britannique, au cœur d’un système sucrier fondé sur l’asservissement et la hiérarchie raciale. Un jeune Européen ou créole, récemment arrivé ou propulsé à des responsabilités, découvre la réalité des grandes habitations: richesse ostentatoire des maîtres, discipline de fer, paysages somptueux et menaçants. Dans cette société où la respectabilité se mesure aux arpents de cannes et aux alliances familiales, il se trouve entraîné, presque malgré lui, dans les affaires des planteurs voisins. Sa curiosité, ses sympathies et ses intérêts s’entrelacent dès les premières scènes, déclenchant l’enchaînement narratif.

Le récit s’attarde d’abord sur le quotidien des domaines: la coupe de la canne, les moulins, la sucrerie, les cases et la grande maison. Reid oppose la politesse compassée des salons à la dureté des ateliers, mettant en relief les codes de caste, les jalousies entre propriétaires et l’autorité des régisseurs. Le protagoniste observe les rituels mondains qui masquent les tensions économiques, les dettes et les rivalités pour la terre, la main-d’œuvre et les alliances. Cette observation, parfois admirative, parfois inquiète, installe un cadre réaliste qui sert de toile de fond à l’intrigue, tout en exposant les contradictions morales propres à l’ordre plantationnaire.

Un incident inquiétant brise l’équilibre apparent: une agression, une disparition ou un sabotage alimente rumeurs et soupçons. Les planteurs évoquent des menaces diffuses, entre crainte d’une insurrection et antagonismes personnels. Les autorités coloniales, sollicitées, hésitent entre la répression et la prudence. Reid fait entrer en scène les marges du pouvoir blanc: communautés marronnes installées à l’intérieur, figures de passeurs et d’interprètes, croyances afro-caribéennes que certains instrumentalisent pour dominer ou résister. Le protagoniste, pris entre fidélité aux voisins et sens de la justice, se trouve entraîné dans une enquête informelle qui le conduit hors des sentiers balisés et l’oblige à questionner ses allégeances.

À mesure que l’intrigue progresse, la piste se ramifie. Une poursuite à travers forêts et gorges dévoile un territoire indompté, où tempêtes, crues et incendies redoublent le danger humain. Un régisseur brutal, un rival ruiné ou un spéculateur sans scrupule profitent du désordre pour manœuvrer. Le droit colonial, avec ses règlements sur le travail forcé et la sécurité, sert autant de bouclier que d’arme, selon qui le brandit. Le protagoniste découvre la pluralité des acteurs — esclaves, affranchis, planteurs, soldats, marrons — et l’opacité des motivations. La quête de la vérité se mue en examen moral, moins héroïque qu’ambivalent et risqué.

Un affrontement public marque un tournant sans lever toutes les énigmes: réunion houleuse chez un grand propriétaire, patrouille de milice avortée, ou secours improvisé au cœur des cannes en feu. Les intérêts privés se dévoilent, mais aucun aveu ne clôt l’affaire. Le protagoniste doit choisir entre solidarité de caste et exigences de l’équité, alors que les témoins se contredisent et que les plus vulnérables risquent de servir de boucs émissaires. Les enjeux dépassent l’honneur individuel: il s’agit de la stabilité d’un ordre social fondé sur la contrainte, que cet incident, loin d’être isolé, révèle fragile, contingent et prêt à vaciller.

Les répercussions de l’incident se diffusent: décisions administratives, arrangements secrets, promesses de réparations rarement tenues. Une calamité naturelle ou une épidémie souligne la précarité matérielle des habitations, relativisant la superbe des maîtres. Reid juxtapose le formalisme des tribunaux et des bureaux du gouverneur avec des négociations plus informelles, où médiateurs marrons, pasteurs, officiers ou notables de couleur cherchent des sorties praticables. Le protagoniste, désormais impliqué, mesure le prix concret de chaque option: violence accrue, ruine financière, banissement social. Sans résoudre tous les fils, le récit resserre ses focales sur quelques destins pris dans l’engrenage, laissant pressentir des déplacements irréversibles.

Sans renier le souffle romanesque et l’attrait du dépaysement, Les planteurs de la Jamaïque élargit la perspective au-delà de l’intrigue policière et des poursuites. Le livre interroge la légitimité d’un pouvoir bâti sur l’extraction et la peur, et montre comment l’île, carrefour impérial, amplifie chaque choix individuel. Son intérêt durable tient à la tension entre spectacle de l’aventure et regard critique sur la plantation, tension parfois entachée de stéréotypes du XIXe siècle mais précieuse pour comprendre les imaginaires coloniaux. L’œuvre se lit ainsi comme un roman d’initiation sociale autant que comme un récit d’action, ouvert à plusieurs interprétations.

Contexte historique

Table des matières

La Jamaïque, colonie espagnole jusqu’en 1655, est conquise cette année-là par l’Angleterre et reconnue britannique au traité de Madrid (1670). Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’île devient un pivot de l’empire sucrier, fondé sur la grande plantation et la main-d’œuvre africaine réduite en esclavage. Port Royal et Kingston structurent le commerce transatlantique, tandis que Spanish Town demeure la capitale administrative jusqu’en 1872. La richesse coloniale repose sur l’exportation du sucre, du rhum et du café, articulée à un système maritime de traite et d’assurances. Ce cadre matériel et juridique conditionne les relations sociales que décrit la fiction située dans la Jamaïque des planteurs.

La plantocratie jamaïcaine forme une élite économique et politique. De nombreux propriétaires résident en métropole et confient leurs domaines à des « attorneys » et gérants; d’autres siègent localement à la House of Assembly et contrôlent les vestries paroissiales, la milice et les tribunaux. L’appareil colonial associe un gouverneur nommé par la Couronne, un Conseil, et une assemblée dominée par les intérêts sucriers. Au-dessous, une population libre de couleur occupe des positions variées, mais demeure juridiquement discriminée jusqu’aux réformes des années 1830. Cet ordre hiérarchique, attentif à la propriété et à la discipline du travail, structure les conflits sociaux qui nourrissent les récits.

Le système esclavagiste s’appuie sur des Codes noirs locaux, une surveillance étroite et des châtiments légalement sanctionnés. La majorité de la population est composée de personnes réduites en esclavage, importées par la traite transatlantique jusqu’en 1807. Les taux de mortalité élevés et le déséquilibre démographique rendent l’« importation » constante au XVIIIe siècle. Après des complots et révoltes, le législateur colonial restreint sévèrement les rassemblements, les tambours et les pratiques religieuses africaines; la loi de 1760, adoptée après la révolte de Tacky, criminalise l’obeah. Ce climat de coercition, de peur et de contrôle façonne les plantations décrites par les observateurs et inspire la littérature contemporaine.

Les Marrons, communautés d’anciens esclaves établies dans les Blue Mountains et le Cockpit Country, jouent un rôle central. Après des décennies de combats, des traités en 1739–1740 reconnaissent leurs terres et leur autonomie, en échange d’une assistance contre les révoltes et la capture des fugitifs. Des chefs comme Cudjoe (Leeward Maroons) et Nanny (Windward Maroons) marquent cette histoire. La Seconde guerre des Marrons (1795–1796), centrée sur Trelawny Town, se solde par une déportation d’une partie d’entre eux vers la Nouvelle-Écosse puis la Sierra Leone. La présence marronne, alliée et redoutée, encadre les trajectoires de plantation et les perceptions coloniales de l’ordre.

Le mouvement abolitionniste britannique, animé par Thomas Clarkson, William Wilberforce et d’autres, obtient l’abolition de la traite (1807) puis des mesures d’« amélioration » dès 1823. En Jamaïque, la grande insurrection de Noël (1831–1832), menée par le diacre baptiste Samuel Sharpe, accélère la fin de l’esclavage. Réprimée avec sévérité, elle entraîne un débat public décisif. Le Slavery Abolition Act (1833) met en place l’apprentissage (1834–1838) avant l’émancipation pleine au 1er août 1838. Ces transformations reconfigurent les relations de travail, diminuent le pouvoir direct des maîtres et altèrent l’économie sucrière, éléments qui sous-tendent la représentation des planteurs et de leurs domaines.

Après l’émancipation, la Jamaïque connaît une recomposition rurale: création de « free villages » soutenus par des missionnaires, mobilité des travailleurs et refus des contrats coercitifs. Les planteurs tentent de maintenir l’offre de travail par des lois de vagabondage, des tribunaux de police rurale et l’immigration sous contrat. Des travailleurs indiens arrivent à partir de 1845, rejoints plus tard par des migrants chinois; ces systèmes d’engagisme suscitent enquêtes et controverses. Sur les marchés mondiaux, la concurrence et la réforme des droits sur le sucre en 1846 fragilisent les profits. Le déclin de la rentabilité accroît les tensions sociales qui traversent les récits situés sur les plantations.

Les Églises protestantes — baptistes, méthodistes, moraves — développent écoles et chapelles, encouragent l’instruction et soutiennent des communautés libres, tout en affrontant l’hostilité de certains planteurs, particulièrement après 1831. Les autorités coloniales durcissent parallèlement les lois relatives à l’obeah, à l’ordre public et au travail. En 1865, la révolte de Morant Bay, conduite par Paul Bogle, entraîne la loi martiale, l’exécution de George William Gordon et une commission d’enquête. L’Assemblée coloniale est abolie en 1866 et l’île devient Crown Colony; la capitale est déplacée à Kingston en 1872. Ces institutions et crises éclairent la justice, la violence et la légitimité dans les fictions caribéennes.

Thomas Mayne Reid (1818–1883), écrivain irlandais émigré aux États‑Unis et vétéran de la guerre américano-mexicaine, publie au milieu du XIXe siècle des romans d’aventures populaires. Plusieurs de ses œuvres dénoncent l’esclavage et les hiérarchies raciales, comme The Quadroon (1856). Inscrite dans ce champ, une fiction centrée sur les planteurs jamaïcains mobilise les réalités de la plantocratie, des Marrons et des cadres juridiques coloniaux pour construire ses conflits. Elle reflète les controverses britanniques sur l’abolition, la discipline du travail et l’empire, tout en critiquant les violences de la société de plantation. Le récit éclaire ainsi les imaginaires victoriens du pouvoir colonial.

Les planteurs de la Jamaïque :

Table des Matières Principale
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII
XIII
XIV
XV
XVI
XVII
XVIII
XIX
XX
XXI
XXII

LES PLANTEURS DE LA JAMAÏQUE

Table des matières

I

Table des matières

LE DÉJEUNER DU PLANTEUR

Par une superbe matinée de mai, les tintements d’une cloche annoncèrent le déjeuner aux propriétaires de la plantation à sucre de Mount-Welcome, l’une des plus belles de la Jamaïque.

Cette plantation, située à deux milles de Montego-Bay, la ville la plus importante et le port le plus fréquenté de la partie occidentale de l’île, élève dans une vallée spacieuse, entre deux lignes de montagnes boisées, les deux étages de sa large habitation, égayés par la ligne de persiennes vertes qui amortissent l’éclat de la lumière extérieure.

Il était neuf heures environ. Une demi-douzaine d’esclaves, chargés de plateaux, servaient le repas dans la grande pièce qui, selon l’habitude coloniale, tenait lieu à la fois de salon de réception et de salle à manger. Les candélabres, les canapés, les meubles d’acajou massif y étaient disposés côte à côte avec les buffets garnis de cristaux et d’argenterie.

Dès que les dernières vibrations de la cloche eurent expiré dans l’air, l’une des deux personnes qu’elle appelait fit son entrée dans la salle: c’était un homme d’une cinquantaine d’années, au teint hâlé, aux épaules larges, à la physionomie impérieuse. Il portait un costume complet de nankin, large de coupe; de son gousset sortait une épaisse chaîne d’or à laquelle étaient suspendus plusieurs cachets et un trousseau de clés. Il s’avança en regardant de tous côtés de cet œil scrutateur qui cherche les défauts du service et que la Fontaine a si bien nommé «l’œil du maître» ; ce gentleman était Loftus. Vaughan, propriétaire de Mount-Welcome et custos rotulorum du district[1].

Au moment où il prenait place à table, une jeune fille, aussi fraîche qu’une rose de mai, parut à l’autre extrémité de la salle. Ses pantoufles de satin, que laissait voir le bas de sa robe en cachemire blanc, se montraient alternativement, semblables à deux souris blanches, tandis qu’elle marchait ou glissait plutôt sur le parquet brillant.

Un collier d’ambre entourait le cou délicat de la charmante créature; une fleur rouge — la magnifique cloche de la quamoclet — s’épanouissait dans les tresses de ses beaux cheveux châtains.

Il aurait fallu des yeux expérimentés, familiarisés avec les caractères physiologiques des diverses races humaines, pour remarquer que cette belle enfant n’était pas du plus pursang caucasien. La légère ondulation des cheveux, la rondeur du visage, la singulière coloration des joués attestaient cependant en elle la présence du sang mêlé.

LA JEUNE FILLE S’ARRÊTA DERRIÈRE LE FAUTEUIL DE SON PÈRE. (P. 3.)

C’était la fille unique de Loftus Vaughan et elle composait à elle seule toute sa famille, car le custos était veuf.

La jeune fille s’arrêta derrière le siège de son père et lui donna, en l’embrassant, le salut matinal[1q]. Après cette caresse, elle s’assit et fit les honneurs de la table pendant qu’une esclave, attachée spécialement à son service, restait debout derrière sa chaise.

Le contraste que formait la maîtresse et l’esclave était frappant. La suivante avait les formes élancées des statues antiques, ou bien des femmes indoues que les Anglais nomment «ayahs», qui diffèrent tant du type nègre. Elle ne se rapprochait pas davantage, par sa carnation, des variétés mulâtres ou quarteronnes. Sa peau, mélangée de noir et de rouge, avait plutôt la nuance brune du palissandre, ce qui, joint à sa fraîcheur naturelle, produisait un effet agréable, bien que bizarre. Elle avait les lèvres minces, le galbe ovale et le nez aquilin, et réunissait dans sa personne le type égyptien au type arabe.

Ses cheveux, d’un noir mat, n’étaient point crépus comme ceux des nègres, mais lisses et pendants. Bien que les ciseaux ne les eussent jamais écourtés, ils descendaient à peine jusqu’à ses épaules, et la jeune fille les laissait flotter sur son cou, ce qui ajoutait à son air d’extrême jeunesse.

Sa taille élégante se drapait dans une robe sans manches; un madras, chiffonné en toque, couvrait le haut de sa tête, et soit qu’elle servît sa jeune maîtresse, soit qu’elle attendît paisiblement un ordre, les vifs regards de ses yeux fiers, la blancheur nacrée de ses dents, ses justes proportions, faisaient une esclave peu ordinaire de cette jeune fille qui s’appelait Yola.

La table était placée près de la fenêtre, et l’on avait soulevé les jalousies pour laisser pénétrer l’air frais du matin; les convives jouissaient ainsi du paysage charmant déroulé à leurs pieds: la longue avenue de tamarins, la ligne argentée de la rivière de Montego, puis au loin les toits et les flèches de la ville, les mâts des navires dans la baie, l’anse maritime même dominée par le bleu Carribeau.

Mais lorsque M. Vaughan, tout absorbé par la dégustation des mets, songea enfin à lever les yeux, ce fut pour les tenir fixés sur la troupe de ses nègres occupés dans ses champs de canne, afin de s’assurer que ses commandeurs surveillaient bien leur travail.

C’était l’heure où l’un des serviteurs devait revenir de Montego-Bay avec le courrier journalier. Les yeux de miss Vaughan se portèrent souvent sur le chemin, animés par, ce vague intérêt qu’éprouvent les jeunes filles de tous les pays à attendre le courrier qui peut leur rapporter une petite enveloppe, contenant douze feuilles aux lignes croisées, souvenir d’une amie, et en tout cas, nouvelles du dehors.

Enfin un petit négrillon, monté sur un poney au poil hérissé, courant au galop le long de l’avenue, s’arrêta devant l’habitation. C’était Quashie, le garçon de poste de Mount-Welcome.

L’attente de miss Vaughan fut déçue.

Le sac de poste ne contenait que deux lettres et un journal, tous les trois portant le timbre d’Angleterre, et à l’adresse du custos. L’une des suscriptions fut immédiatement reconnue par M. Vaughan, car un sourire de satisfaction se peignit sur son visage pendant qu’il brisait le cachet de l’enveloppe.

Dès qu’il eut parcouru la lettre, il se mit à arpenter la salle de long en large d’un air radieux, et tout en faisant claquer ses doigts, il laissa échapper des exclamations qui surprirent sa fille, car l’humeur de son père, toujours grave, devenait parfois très-rude, et un tel déploiement de gaieté était un fait inouï chez lui.

«De bonnes nouvelles, mon père? osa-t-elle lui dire enfin.

— Oui, de très-bonnes, petite curieuse.

— Et pouvez-vous m’en faire part?

— Oui,... non,... pas encore. Bonté du ciel, dit de nouveau le custos, je savais bien qu’il viendrait!

— Vous attendez quelqu’un, mon père?

— Oui, Kate; imaginez qui ce peut être.

— Comment voulez-vous que je le devine, père? Je ne connais pas vos amis anglais. Est-ce que ce serait ce M. Smythje dont vous parlez souvent? Smythje! quel nom burlesque! je ne voudrais m’appeler Smythje pour rien au monde.

— Ta, ta, ta, Catherine. Smythje sonne bien à l’oreille, surtout précédé de «Montagu.» M. Smythje devient propriétaire du château de ce nom.

— Et c’est ce monsieur que vous attendez, père?

— Oui, mon enfant; il m’apprend qu’il arrivera par le navire la Nymphe de l’Océan, qui devait mettre à la voile une semaine après le départ de cette lettre; il fera donc son apparition d’un moment à l’autre. Il s’agit de tout préparer. Montagu-Castle est en réparation; Smythje sera donc notre hôte. Catherine, vous ferez de votre mieux pour bien accueillir cet étranger qui est un gentleman accompli, et de plus, fort riche. Mon intérêt exige que nous soyons amis, je vous expliquerai cela, ajouta Loftus Vaughan en baissant la voix.

— Cher père, je vous obéirai du mieux possible; mais vous oubliez qu’il y a là une seconde lettre.

— De qui diable peut-elle venir? dit le custos. Je ne connais pas cette écriture-là.»

Si le contenu de la première missive avait égayé le planteur, la lecture de la seconde eut un effet tout différent; le front de Loftus Vaughan se plissa et s’assombrit.

«Le diable soit de lui! dit-il en froissant l’enveloppe; mort ou vivant, mon frère a donc été créé pour mon malheur! Vivant, il me persécutait de demandes de secours; mort, il me lègue son fils, quelque propre à rien comme lui, j’imagine.

— Cher père, dit Kate qui n’avait pas compris les dernières paroles du planteur, plutôt grommelées que prononcées, cette lettre vous apporterait-elle quelque chagrin?

— Voyez vous-même.»

Kate ramassa l’épître à moitié déchirée et la parcourut des yeux; elle était courte.

«London, 6 septembre 18...

«Cher oncle,

«J’ai à vous annoncer une triste nouvelle; votre frère, mon bien-aimé père, n’est plus. J’obéis à son dernier désir en me rendant près de vous. J’ai pris passage pour la Jamaïque sur le navire la Nymphe de l’Océan. J’ai dû me résigner à “faire partie des voyageurs du faux-pont, car je manque d’argent, mon pauvre père ne m’a rien laissé. Je m’embarque néanmoins avec confiance dans vos sentiments de bienveillance à mon égard, et tout mon bon vouloir sera employé à reconnaître votre accueil sympathique dont je ne doute pas.

«Votre respectueux et affectionné neveu.

«HERBERT VAUGHAN.»

«Pauvre garçon! dit Kate, il est donc sans ressources, et nous sommes si riches! Comme il fait bien de venir! Nous pourrons l’aider, père, le consoler.

— Vous ne savez ce que vous dites! s’écria M. Vaughan d’un ton courroucé. Comment pouvez-vous vous apitoyer sur le sort d’un individu qui ne rougit pas de prendre sa place dans le steerage? Que pensera Smythje qui vient précisément par le même navire? car il saura que ce garçon est mon neveu. Le diable emporte ces gens sans gêne qui tombent chez vous pour s’y faire nourrir, sous prétexte de parenté. Oh! il ne faut pas que Smythje voie ici ce «pauvre garçon» comme vous l’appelez. Pauvre, oui, mais non pas comme vous l’entendez, Kate: pauvre, parce qu’il est paresseux, incapable comme son père, barbouillant de mauvaises toiles pour être appelé artiste. Artiste! à quoi cela est-il bon?»

Kate, émue et décontenancée par cette violente sortie, s’abstint d’y répondre; mais il était facile de voir que le blâme paternel n’avait pas altéré sa soudaine sympathie pour ce cousin, pour cet orphelin qu’elle ne connaissait pas.

II

Table des matières

LE TRAFIC DU MARCHAND D’ESCLAVES

Le soleil ardent des Indes occidentales s’abaissait sur la mer comme pour baigner son orbe embrasé dans les eaux bleues, lorsqu’un navire qui avait tourné la pointe Pedro, prit sa direction vers l’est pour Montego-Bay.

C’était un vaisseau à trois mâts, une barque comme l’annonçait son mât de misaine, et jaugeant, d’après l’apparence, de trois cents à quatre cents tonneaux.

Il filait toutes voiles dehors par une douce brise; l’air de vétusté des voiles, la couleur effacée de la coque étaient autant de signes qui annonçaient un voyage de long cours.

Outre le pavillon attaché comme un pennon à la vergue supérieure, un autre pendait jusqu’au couronnement de la poupe. Ce dernier était un champ d’azur semé d’étoiles avec des raies rouges et blanches, le drapeau d’un pays libre[2q]. Le navire renfermait pourtant dans ses flancs une cargaison d’esclaves: c’était un négrier[2].

Après être entré dans la baie, il vira soudain de bord et tourna au sud, mettant le cap sur un point désert de la côte. Arrivé à un mille de terre, il cargua ses voiles, et le tintement sonore de la chaîne qui traînait à travers l’anneau de fer du trou de l’écubier, annonça qu’on jetait l’ancre. Il s’agissait, avant de débiter la marchandise vivante, de la parer pour les chalands.

Selon la phraséologie du négrier, le chargement du navire se montait à deux cents «balles». C’était une cargaison assortie de marchandises recueillies sur divers points de la côte africaine. A côté de l’intelligent Mondigo à peau basanée, on voyait le Jolof couleur d’ébène; le fier Toraman coudoyait le Panpars soumis; le jeune Ébo à face de babouin était enchaîné, poignet contre poignet, au cannibale Moco, où à l’indigène insouciant du Bango et de l’Augbla.

Les pauvres esclaves scrutaient de l’œil avec terreur cette côte inconnue qu’ils prenaient pour le tant redouté Koomi, contrée des cannibales. Un peu de réflexion les aurait rassurés sur les intentions des Tobou-Doo — ces tyrans blancs qui les avaient expatriés par-delà l’Océan. Le riz coriace, le maïs desséché, leur seule nourriture depuis leur départ, n’étaient point propres à les engraisser pour des festins d’anthropophages. Leurs peaux, douces et lustrées autrefois, s’étaient ternies et ridées; leurs corps portaient les traces de leurs chaînes et des souffrances subies pendant la traversée.