Mathilde - Tome 2 - Tia Bès - E-Book

Mathilde - Tome 2 E-Book

Tia Bes

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Beschreibung

Sa vie n’était faite que de poésie, d’Amour, et d’attentes inassouvies. Mathilde ployait sous son lourd et immense fardeau qui l’écrasait, la pressait cruellement presque jusqu’au sol. Entre l’ombre et la lumière, elle était habitée par le reflet de Zaïm, l’homme pour qui son cœur battait jour et nuit. Elle l’avait appelé sans relâche à revenir sur la Terre. Dans sa négativité, l’homme qu’elle aimait tant, lui renvoyait sans cesse le côté obscur de l’Unique et belle Histoire d’Amour qu’elle avait imaginé vivre éternellement avec Lui. À bout de force, désespérée, elle avait préféré le laisser s’envoler vers la Liberté pour mieux le rêver. Jusqu’au jour, où elle entendit cette petite voix que lui lançait le Désert. Il l’appelait pour un long et grand voyage. Mathilde fut comme envoûtée par cette voix, dictée par l’Appel des Dunes. Sans se retourner, elle partit rejoindre l’Inconnu. Guidée par la magie et la grandeur de l’Infini, allait-elle pouvoir se débarrasser de son désespoir ? Allait-elle pouvoir déposer ses encombrantes désillusions dans l’Immensité du Désert ?…

À PROPOS DE L'AUTEURE

Tia Bès est née en 1954 dans l’Ariège et vit à Carcassonne. Elle se passionne dès l’adolescence pour la poésie. Fascinée par les mots, elle commence elle-même à en écrire. Après avoir publié plusieurs recueils de poésie, elle se décide à déployer plus largement son enthousiasme et son goût pour l’écriture, à travers un premier roman poétique : Mathilde. Attirée par une petite voix mystérieuse, elle poursuit ce beau conte vivant avec ce deuxième tome.

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Seitenzahl: 297

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Tia BÈS

Mathilde,l’Appel des Dunes

Tome 2

Roman Poétique

Cet ouvrage a été composé et imprimé en France par Libre 2 Lire

www.libre2lire.fr — [email protected], Rue du Calvaire — 11600 ARAGON

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN papier : 978-2-490522-89-7ISBN Numérique : 978-2-490522-90-3Dépôt légal : Mars 2020

© Libre2Lire, 2020

Ce roman est dédié au Prince et au Maître de mes écrits, qui a écrit pour moi il n’y a pas si longtemps :

Quand tu ne seras plus

Il y aura encore et toujours

Sur ma peau

Les traces brûlantes

Laissées par tes baisers…

Ce livre est pour Toi B.K., sans qui je n’aurais jamais osé !

Je m’adresse aussi aux lecteurs grâce à qui notre histoire peut continuer d’exister et faire le tour de la Planète !

« L’amour ne voit pas avec les yeux, mais avec l’âme. »

Shakespeare.

Dans son coffret précieux, l’âme errante de la poésie sommeillait en elle, prête à éclore comme une fleur précieuse effleurant le souffle fécond d’un nouveau chemin inespéré.

Résumé du Tome 1

Éprise de liberté et d’évasion, Mathilde avait quitté la Terre et les humains pour vivre de manière intense ses rêves de Princesse ! Elle avait déserté son pays, sa région de San Antonio, les lacs, les volcans, les plantations de café, les champs de maïs et de canne à sucre. Un soir de pleine lune, légère comme le papillon, elle s’était envolée vers une Planète inconnue. Ce fut pour elle une découverte extraordinaire aux couleurs ardentes et passionnées. Au bout de ce long voyage, sous les reflets des étoiles, elle se réveilla dans la féerie d’un autre Univers. Un habit de lumière l’enveloppa d’éclats dorés. Sous un halo éblouissant, une navette spatiale se posa alors en douceur sur le sable fin de ce Royaume immense et merveilleux, sans barrières ni limites. Majestueuse, une belle silhouette élancée descendit lentement les marches d’un long planeur hypersonique. Une haute présence altière plana au-dessus d’elle. Elle venait de croiser un Prince. Il s’appelait Majid. Émerveillée, elle le côtoya jour et nuit pendant de nombreux mois, sans se lasser. À ses côtés, au sommet d’un autre Monde, elle se laissa emporter par la poésie et la magie de cette apparition. Leurs deux âmes poétiques s’enlacèrent et se marièrent dans un beau concerto interminable. De syllabe en syllabe, ils voyagèrent dans des poèmes hors du temps. Majid était irréel, il habitait le ciel. Il était le Maître de l’Univers. Il devint le messager de ses rêves et de ses écrits. Sa belle Aura rayonna sur elle et les lia à jamais. La valse du temps n’avait pas d’emprise sur eux. Elle dansait sans fin sur le toit du Monde. Il était beau comme un Dieu, mais c’était un vrai Prince. Pour continuer à l’approcher, elle s’enveloppa dans une bulle d’émotion, essaya de franchir l’abîme géant des deux Univers qui les séparaient. Blottie dans l’étendue de ce Royaume fictif mais extraordinaire, Mathilde vécut auprès de lui une belle et délicieuse histoire surnaturelle qui l’aida à oublier peu à peu son quotidien peu glorieux.

Quelques mois plus tard, elle se sépara de Romano, l’homme qui partageait sa vie sur la Terre. Elle s’éloigna complètement de lui, et perdit aussi Majid. Le départ du Prince coïncida avec son divorce. Le Prince partit loin d’elle, pour ne plus revenir. Mais avant de s’évaporer dans le ciel, de là-haut il lui dit :

« Fleur, ma douce fleur, je dois te quitter. Je t’ai ouvert le chemin de la poésie. Je t’ai aimé comme un père spirituel, mais maintenant tu dois poursuivre ta route toute seule. Nous ne vivons pas dans le même Monde, nos cultures sont différentes et opposées. Je ne peux rester près de toi plus longtemps. Je ne suis pas réel. Je suis d’une autre religion. Je n’ose même pas te toucher. Cela m’est interdit. Je ne dois que t’effleurer, te respirer comme une rose. Je ne suis qu’un esprit sans corps et toi, tu es une vraie femme. Comme je t’aime vraiment, de là-haut, je vais prier pour toi et faire en sorte de t’envoyer un homme digne de toi. Je dois rester sur ma Planète. Je sais que tu m’aimes, ça me suffit. »

Jamais elle ne put oublier Majid. Elle garda pour Lui une infinie tendresse.

Depuis son Royaume, il veilla sur elle. Depuis la Terre, elle aperçut toujours dans le ciel une petite étoile qui brillait et qui la guida vers ce nouveau conte de fées qui s’offrait à elle : Le Prince lui envoya un véritable homme qui s’appelait Zaïm. Avec cet homme-là, un homme bien en chair et en os, elle partagea une grande histoire d’Amour hors du commun.

Elle accepta tout naturellement ce magnifique cadeau humain qui descendait tout droit de cette Planète qui l’avait bercée dans un sublime Univers, différent du sien.

Elle était prête à rencontrer Zaïm.

Elle avait été très émue par son arrivée. Derrière la vitre sans tain de la salle d’attente du terminus, avant qu’il ne la voie, fiévreuse, elle l’avait observé silencieusement. Perdu dans cette aérogare, ses bagages à la main, Zaïm semblait curieux de la connaître enfin, et aussi très impatient de l’embrasser. Avant qu’il ne la regarde, sûre d’elle, elle l’avait pris par la main, en le dirigeant vers leur nouveau paradis.

Pour la jeune femme, un véritable conte de fées naissait. Elle était vite tombée amoureuse de Zaïm. Elle l’aimait !

Elle voua à Zaïm un Amour Absolu. Sous le souffle de cette tempête amoureuse, la douceur naturelle de la jeune femme avait coulé comme un doux murmure sur la tiédeur des jours et des nuits faisant naître chez Zaïm l’ardeur d’un torrent en crue. La caresse de ses mots avait su réveiller en elle le silence des ans. Les bribes du bonheur avaient tissé des mirages dorés dans le Temple de leur Amour secret. Le miroir du temps avait dessiné l’éclat d’un rêve coloré.

Mathilde aima passionnément Zaïm. Elle ne pouvait envisager ni penser que son roman d’Amour avec cet homme musulman pratiquant était en danger et allait toucher bientôt à sa fin. Son rêve se brisa, sans crier gare. Pourtant, elle ne put chasser le souvenir de cette histoire qui revenait avec force la harceler de jour comme de nuit. Le train de ses réminiscences la laissa paralysée sur le quai immense de la solitude. Le cœur brisé, elle se morfondit et dépérit.

Mathilde avait cru à l’Amour pur et unique, celui qui sait faire vibrer, celui qui fait voyager à l’infini ! Elle s’était donnée à Zaïm corps et âme pendant de longs mois.

Cependant, rien ne s’était passé comme elle l’avait voulu. Sans appel, le couperet était très vite tombé, la laissant impuissante et désespérée. Subitement, Zaïm, déterminé, lui avait annoncé son départ irrévocable. Il repartit dans son pays retrouver tout ce qu’il n’avait pu espérer obtenir auprès d’elle. La mort dans l’âme, elle l’avait aidé à faire ses bagages.

Ce fut les bras chargés de poésie, qu’un beau matin de septembre, il disparut au bout d’un minuscule quai de gare.

Puis, le bateau qui l’attendait plus loin avait repris la mer l’emportant vers sa nouvelle vie.

Depuis, les vagues renvoyaient à Mathilde le silence de ces longs mois de bonheur.

Dans sa détresse, elle cria une dernière fois à l’homme qu’elle aimait :

« Tu pars !

Mais tout va me rapprocher de toi !

Même si la nuit dans son sommeil tourmenté me recouvre de la douleur de ne plus te voir qu’en rêve, je vais toujours t’Aimer.

C’est une grave erreur que de m’abandonner ! »

Anéantie, elle le laissa partir, espérant qu’il revienne un jour sur sa décision. Elle l’attendit en vain patiemment pendant de longs et d’interminables mois. Lancinants, les jours qui passaient n’avaient plus aucun goût pour elle. Elle se blottit dans les larmes de son désespoir.

Il ne lui restait plus que les grandes lignes d’un roman inachevé. Plus rien n’intéressait la jeune femme, sauf le but qu’elle s’était fixé : retracer par écrit la période la plus importante et la plus belle de sa vie sentimentale ; un projet de longue haleine certes, mais primordial pour la survie de cet Amour immense qu’elle vouait à Zaïm. Pour Lui, elle continua à écrire la suite de leur histoire. La passion qui la dévorait lui donna la force de la faire revivre et de la partager.

Son histoire ne lui appartenait plus.

Elle avait envie de l’offrir à la Terre entière.

Quelques mois plus tard, elle publia, « Mathilde », le Tome 1 de son roman.

Prélude

Quelques mois après, elle écouta une petite voix mystérieuse qui lui venait depuis le Désert.

Cet appel depuis l’autre bout du Monde, la conviait à un long et grand voyage. Mathilde fut comme envoûtée par cette voix, dictée par l’Appel des Dunes. Sans se retourner, elle partit rejoindre l’inconnu. Guidée par la magie et la grandeur de l’Infini, allait-elle pouvoir se débarrasser de son lourd fardeau ? Allait-elle pouvoir déposer les encombrantes valises de la vie dans l’Immensité du Désert ?

En attendant son départ, elle imagina un monde secret, celui où plus personne ne s’aimait. Dans cet univers imaginaire, il n’y avait plus que le vent du large pour balayer les vagues et les nuages de cet Amour malheureusement compromis.

Seuls, les oiseaux déployaient leurs ailes au-dessus du grand lac du désespoir. Seules, les coques des barques vides se frôlaient. Seules, les heures silencieuses berçaient le temps. Il n’y avait plus que le soleil désormais pour la réchauffer.

C’était un monde où demain n’existait plus.

Elle poursuivit ce beau Conte vivant, en écrivant, le Tome 2 de Mathilde, qu’elle appela « l’Appel des Dunes ». Cet appel venu de l’Infini allait-il la délivrer de ce lourd fardeau qu’elle portait à bras le corps et à bras le cœur ?

Chapitre 1Hors saison

On devait être hors saison, la dernière saison où l’herbe ancienne se fane dans les bacs à fleurs délaissés par le temps qui passe. Un écran de fumée se dressait sur les murailles du jardin abandonné. C’était le silence qui résonnait le plus, jour et nuit dans la grande maison aux volets clos. Harassé de lumière, l’été lui aussi, s’était peu à peu éteint, sur le nid douillet des jours heureux. Rien n’avait pu laisser présager la suite malheureuse de leur histoire.

Éparpillées

Sur le guéridon en bois de rose

Des perles blanches

Sommeillaient

Dans l’antichambre grise

Sous les reflets irisés de la lune

Du rouge carmin

Se mélangeait

À la parure de son collier

À travers les vieilles tentures délavées

Quelques rayons de soleil égarésSe posaient sur le silence

Demain, elle partirait

Sous un ciel bleu à perte de vue

Le cœur rempli de Lui

Sa beauté naturelleL’écrin étoilé de son visage

La poursuivraient Tout le long de ce voyageAu bout du MondeAvec ce soleil vermeilPour seul bagage…

Mathilde n’avait rien oublié. 

Elle se souvenait :

Ses lèvres

S’étaient posées sur sa vie.

Les années du passéAvaient glissé dans l’oubli.

C’était un enchantement !

Il était sa Muse !

Elle l’aimait, il l’aimait !

Ils étaient si heureux !

De ces instants d’Éternité, elle n’avait rien oublié. Son parfum d’homme flottait toujours dans la grande maison désabusée. La porte restait ouverte sur le jardin. Des effluves de fleurs d’oranger se mélangeaient encore à l’odeur du tabac roulé. Le cri de son absence hurlait dans le silence. Seuls, lui arrivaient le pépiement des moineaux et le vol trépidant de l’aigle blanc et noir qui plongeait son bec avide dans le lit trouble du lac tout proche. Sous l’aurore désenchantée qui criait son désespoir, l’immobilité des berges désertes berçait tous ces instants heureux devenus muets.

Elle n’avait rien oublié. Son âme de poète et son enveloppe d’homme avaient su capturer la sienne.

Quand il l’avait appelée Leïla comme dans un conte pour enfants, léger comme le vent, doux comme un nuage, le voyage avait des ailes, rêvait d’évasion, menait vers l’horizon, s’envolait au Palais de l’Infini…

Elle se souvenait :

D’un chemin magnifique où l’Amour lui avait paru infini. Ils l’avaient parcouru sans trop savoir où il menait, sans savoir où ils allaient. Autour d’eux, le soleil avait glissé sur les champs de cannes à sucre. Des rondes d’oiseaux musiciens avaient frôlé le ciel. Une petite brise légère avait enveloppé leurs deux silhouettes. Zaïm, comme à l’accoutumée, ne disait rien. Il avançait droit devant sans se retourner. Mathilde avait savouré ces longues promenades silencieuses dans la nature où le temps restait immobile. Plus rien ne comptait pour elle. Elle se sentait en vie. Auprès de lui, elle oubliait tout et ne pensait pas que leur belle histoire puisse s’arrêter un jour. Elle était très amoureuse de Lui. Son bonheur en était presque devenu insolent. Elle s’était laissé aller à tous ces bercements amoureux sans se soucier du lendemain.

Elle était si heureuse !

Pourquoi, mais pourquoi l’avait-il quittée ?

Pourquoi, l’avait-il abandonnée ?

Le saurait-elle un jour ?

Ses larmes coulaient sur sa joie de l’avoir connu.

Désespéré, l’été s’était abattu sur un tapis de grisaille et de feuilles mortes. Tous les plus jolis rêves de Mathilde s’étaient dissous un jour d’automne, doux comme un printemps. Un froid glacial l’avait ensuite envahie. Le cœur brisé, elle avait continué à écrire pour Lui. Sa plume amoureuse avait préféré le rêver, le bercer de ses mots. Elle lui écrivit des poèmes sur des préludes de Bach, fit valser ses mélodies aux quatre saisons, pour lui jouer des sonates au clair de lune, pour l’aimer toujours de mille étincelles intenses et brillantes. Elle écrivait toujours en embrassant encore le feu sacré de cet Amour pur et absolu. Pour penser à lui très fort, elle se promena aux mêmes endroits, fréquenta les mêmes lieux qu’ils avaient explorés ensemble. Autour du lac et des plantations de café où fleurissaient les dernières fleurs sauvages de l’été, elle alla respirer l’air frais du matin, elle alla regarder la pluie déposer ses gouttelettes parfumées sur les clochettes éphémères, sur les pétales mauves et blancs des derniers bouquets champêtres de l’ultime souffle des jours heureux. Le bonheur s’était enfui mais elle se souvenait :

Elle savait bien que :

Seul le silence du désertEffacerait l’empreinte de leurs pas

Seules, les roses des sables Parfumeraient Les journées de solitude

Diaphane et légerL’avenir retiendrait son souffle

Un cortège d’étoilesÉclairerait leurs deux Univers

Sur les dunes arrondiesL’oasis du bonheur Ouvrirait encore ses portes à la vie…

Même si c’était un peu fou, même s’il ne fallait plus, elle rêva toujours à Lui avec autant de passion et d’intensité. Plus rien ni personne ne l’empêcha de penser à Zaïm ni de l’aimer autant. Aujourd’hui, seule sa plume était devenue son seul remède, le seul à pouvoir soulager tous ces maux qui lui rongeaient le cœur et le corps.

Elle se souvenait :

D’un clair de lune, où leurs deux âmes s’étaient frôlées dans un long printemps éternel. Mais la nuit était subitement tombée. Tous ses mots d’Amour s’étaient décomposés sur les lignes de son absence. Le vide de sa présence muette, l’avait envahie toute entière. Dans ces instants de grande déchirure, elle aurait voulu avoir des ailes, pour les déployer dans le ciel, atteindre les plus hauts sommets pour arriver jusqu’à Lui…

C’était pourtant écrit dans la couleur du firmament. L’Amour devenait fou, balayait les nuages, bravait les vagues les plus hautes. Gonflées par les ailes de la passion, ses voiles s’ouvraient en grand sur le vent de l’espoir. Ses élans amoureux voyageaient par-dessus la force de la tempête pour atteindre un autre Continent. Dans les profondeurs sous-marines, la mélodie de sa prose s’enivrait à marée haute, de la caresse des algues et des poissons. Des murmures parfumés d’iode balayaient l’horizon, venaient s’échouer sur l’autre rivage, pour y déposer leur soif d’aimer. Elle aimait un poète !

Face à la mer, elle divagua :

Le roulement des vaguesLa berçait

Elle aimait un poète

Le même rêve envoûtantLa poursuivait Revenait la hanter :

Elle aimait un poète

C’était comme un joli songe interminableQui la tenait éveillée :

Allongée sur un lit de sableUne chevelure noire et bouclée Caressait sa joue

Au milieu des étoiles

Comme Saint-Exupéry

Il l’emmenait

Dans un vol de nuit

Voir le Monde d’en haut

Pour balayer

Les frontières qui les séparaient

Sur les cimes enchantées

De ce beau jardin

Respirait le silence

Le ciel les unissait…

Elle ne pourrait plus jamais écrire sans imaginer ses pas de géant sur les allées du parc, où à l’ombre des feuillus, il lui lisait ses nouveaux poèmes, tous ces mots ivres de vent, de soleil et de liberté, tous ces voyages intérieurs hors du temps qu’il lui laissait deviner. Elle ne pourrait plus jamais écrire de la poésie sans le voir assis à son bureau, sa cigarette roulée enfumant la chambre rose de ses volutes blanches remplies de reflets secrets. Elle ne pourrait plus jamais oublier tous ces regards silencieux posés sur son épaule, sous la lumière des étoiles au plafond sans toit…

Comme elle, il aimait la poésie. Elle aimait tout ce qu’il écrivait, tant ses mots sortaient de l’ordinaire et du lot des autres écrits. Il avait reçu ce beau cadeau de la vie, ce don incroyable, celui dont il ne se doutait même pas.

À travers la fenêtre du ciel, dans le grand jardin de la vie, elle se remplissait encore de l’odeur des fleurs sauvages qui baignaient leurs corolles parfumées dans l’éclat apaisant des jours. Il n’y avait plus que Lui, Lui et Elle. Face à l’horizon incendié de rouge et d’orangé, sur le rivage de leurs deux Mondes contraires, leurs deux cœurs respiraient à l’unisson. Dans l’émerveillement de leurs différences, il n’y avait plus qu’eux deux. Enlacés à leur Amour lumineux, dans le silence matinal, sous le battement feutré de leur ronde amoureuse, plus rien d’autre qu’eux deux n’existait…

C’était hier…

Mais elle se souvenait de tout :

Il parlait aux arbresEt aux oiseaux

Il écoutait le vent Siffler dans les futaies

Il regardait la merS’éloigner au large

Le cœur envahi

Sans broncherElle écoutait

Ses doux silences Qui la remplissait 

Mais aujourd’hui…

Douloureux,

Le passé coulait silencieux sur son visage

Une larme roulait doucement

Berçait sa joue…

Elle n’avait rien oublié.

Mais un jour de septembre…

… La plume au chapeau, ses mots en bandoulière, ses souvenirs derrière, sans rien dire, sans se retourner, il partit retrouver cette Liberté qu’il aimait tant, ce voyage qui lui était si cher : le silence…

Libres au vent, immenses étaient devenues ses ailes !

Zaïm les déploya au large

Emportant avec lui tous ses secrets…

Avide de LuiVide de ses motsComme une enfant blesséeElle avait caché ses larmesDans le sable de leur dernier été

DélaisséeSon cœur, s’était enroulé à l’horizon tout entierEt s’était fondu dans cette mer d’amour et d’infiniAux couleurs immenses d’Éternité…

Elle était restée là, ainsi, à l’attendre au bord de tous ses silences, triste de ne plus lire ses poèmes, de ne plus entendre le vent chanter, fatiguée de retenir son souffle à chaque poésie qu’elle écrivait. Ne pouvant chasser cette envie de Lui qui lui tenaillait le cœur et le corps, elle restait ainsi immobile, à essayer de combattre cette folie dévastatrice, à essayer d’éponger les crues diluviennes de ce torrent de larmes démentielles.

Désabusée, elle criait sa douleur au vide de ses jours et de ses nuits. L’ivresse de son cœur se débattait aux bras de l’absence. Son départ lui avait laissé sur les lèvres comme un goût de regrets. Balayée par la force du dernier vent de l’automne, sa vie s’était enlisée dans des rêves troubles. Sur ce chemin ensablé, ses pas s’enfoncèrent dans le froid de l’hiver, quand la pâleur du soleil se coucha doucement sur un lit de nuages blancs, au milieu des mirages bleus d’une nuit si noire. Elle ne savait ni ne voulait plus aimer aucun autre homme. C’était Lui seul, qu’elle aimait.

Dans une douce torpeur, au milieu du jardin des roses, elle parla si tendrement de son Prince aux oiseaux, qu’ils dessinèrent pour elle une immense ronde amoureuse fleurie. Sur un grand lit de pétales, la tête dans les étoiles, elle s’endormit doucement une belle nuit de juin. Le regard toujours tourné vers l’Orient, elle l’attendit encore, dans la tiédeur de ses souvenirs. Elle resta là ainsi, à attendre que son âme rejoigne la sienne.

Mathilde se réfugia souvent dans le grand enclos bourgeonnant de la véranda, et, installée sur le vieux cosy délabré, elle ne pensait plus qu’à Lui. Elle y respirait l’arôme acidulé des fleurs de citronniers qui exhibaient leurs petits pétales blancs. Depuis le corridor endormi, une sonate de Bach s’échappait et lui murmurait un doux prélude sourd. Puis, insensiblement la maison toute entière s’était assoupie et resta muette.

Dans cette atmosphère feutrée, ses attentes inassouvies étaient habitées par l’ombre de Zaïm. Elle en oubliait la lumière des jours. Ses mots d’Amour lui brûlaient le cœur, gémissaient de chagrin, dans de longs sanglots, où ruisselait sa passion toujours en extase.

Martelant le temps, des souvenirs heureux lui faisaient face : sa casquette gris anthracite était restée suspendue sur le vieux porte-manteau. Elle la regardait avec une grande nostalgie. La robe rose aux volants fous qu’ils avaient choisie ensemble pour illustrer un des recueils de poésie de Mathilde, flottait toujours sur l’étendoir autour des agapanthes. Les oiseaux picoraient des miettes de pain d’épice sur la pelouse. Dans la grande chambre rose, avec dévotion, elle savoura avec tristesse les derniers mois qui défilaient sans relâche dans sa tête remplie par son absence. Elle relut tous ses poèmes, les mélangeant aux siens. Ses jours s’éteignaient…

Chapitre 2Dans la vallée de San Antonio

La pluie tombait à verse sur la Vallée. Le regard perdu dans le fleuve, laissant couler ses larmes le long de ses joues, elle traversa la colline de Santa Lucia, sans s’en rendre compte. La couleur du ciel se reflétait sur le pare-brise. Ses yeux bleus se remplirent d’arc-en-ciel et de brume. Sous les rafales et les éclairs, la route s’éclaira. Un air de Bach tourna dans tête. Les kilomètres défilèrent jusqu’à l’infini. À bout de force, elle stoppa le moteur de sa voiture devant le portail de la grande propriété de San Antonio. C’était l’automne. Le feuillage des tamariniers se teintait de rouge et de pourpre. On pouvait encore respirer le parfum captivant des fruits dorés de l’orangeraie. À des milliers de kilomètres de Zaïm, sous le vol vert émeraude des colibris, elle imagina les tempêtes de sable de son nouvel Eldorado. Sous sa cahute en chaume, au dôme grillé par le soleil saharien, se souvenait-il des teintes pastel de leur dernier été ? Se souvenait-il encore d’elle, de son léger parfum, de ses regards attentionnés posés sur lui ? Comprenait-il que son cœur ne battait que pour Lui ?

Dans la grande chambre vide, allongée sur le lit qu’ils avaient partagé, elle vit entrer le soleil. Elle le revit à Lui aussi, tout près d’elle, absorbé, mais présent, les yeux dans le vague, le teint encore hâlé par les jours d’été.

Elle se posait parfois sur le rebord de la fenêtre pour plonger son regard dans le ciel presque toujours bleu. Elle y voyait tanguer la mer et s’envoler les mouettes. Sur cette plage qu’ils avaient aimée, leurs corps s’étaient frôlés tout l’été. Mahera, celle qu’il appelait « sa sœur », était là aussi, et il ne fallait surtout pas éveiller ses soupçons. Entre eux deux, il y avait toujours eu quelqu’un ou quelque chose qui faisait barrière à leur Amour. Elle doutait fort que Mahera soit véritablement sa sœur. Peut-être avait-il inventé cette histoire. Elle devait être sa femme tout simplement. Peut-être lui avait-il menti pour les épargner à tous les trois. Il était trop tard maintenant pour revenir en arrière. Cependant, elle ne regrettait rien. Sans cette rencontre, elle n’aurait jamais connu l’Amour, le véritable Amour, celui qui fait frémir, frissonner, résonner l’âme, le cœur et le corps tout entier. Sans Zaïm, elle n’aurait jamais pu écrire autant et si bien. Comme le Prince Majid, il était devenu son Maître, le Maître de ses sentiments et de ses écrits. Et, il le resterait toute la vie, elle en était certaine. Avec lui, elle se sentait en vie. Sans lui, elle n’était plus rien.

À l’arrière-saison, San Antonio revêtait son manteau automnal. Les arbres commençaient à se dépouiller. Elle respira à nouveau les odeurs de terre mouillée, d’humus et de feuilles sèches. La couleur de l’automne répandait ses teintes douces et ambrées sur les sentiers et les sous-bois. Au même endroit, l’année avant, la main posée sur son épaule, elle avait demandé à Zaïm de regarder les oiseaux endormis sur les branches. Elle lui avait parlé doucement pour qu’il écoute les derniers bruissements des feuilles des ceibas. L’air interrogateur, ses yeux avaient fixé la cime des arbres. Puis, il lui avait fait signe de ne plus bouger. C’était l’époque du passage des écureuils roux. Aujourd’hui encore, elle restait accrochée à ces instants magiques passés aux côtés de Zaïm et ne pouvait oublier leur communion avec la nature.

Elle se souvint encore :

La pluie était tombée sur la forêt. Les reflets des nuages avaient coloré de parme l’azur du ciel.

À présent, elle remarchait sur les mêmes sentiers, au milieu des hautes fougères, pour y cueillir religieusement les dernières petites fleurs sauvages d’un été inoubliable. Ses souvenirs étaient intacts. Elle n’arrivait pas à oublier, à l’oublier. Son cœur était dévoré par la passion. Ses états d’âme la maintenaient dans une exquise langueur. Elle restait ainsi, habitée par ce mélange de grâce et de beauté, enlacée au souffle de ses promesses, étourdie par la caresse de ses mots qui venaient la frôler à nouveau. Dans le champ clos de leur Amour, elle restait là, éperdue, encore prisonnière de ses étreintes. Alanguie, dénudée, sous le sceau indélébile de cet homme, son cœur continuait à être incendié.

Elle restait là, prostrée dans la démesure, en proie à la saveur de cet Amour Éternel.

Avec ferveur, elle se souvint aussi de la petite bougie qui éclairait toujours leurs repas de chandelle. Dans la chaleur tamisée de leur chambre minuscule d’étudiant, les prières de Zaïm résonnaient encore sur le tapis pudique de son cœur innocent. Elle avait toujours en tête le charme brûlant de leurs jours heureux. Le murmure lointain de ces vagues d’amour berçait ses nuits et ses jours. La couleur de leurs baisers passionnés glissait sur l’insolence des draps.

La nuit habillait de regrets un petit coin de lune, faisait pleurer les silences de l’absence, balayant de ses reflets d’or les rêves d’une vie, de sa vie qui s’écroulait.

Elle continua à rêver de Lui et resta suspendue à ses lèvres.

Le jour allait bientôt se lever sur le réveil de la mélancolie et des regrets.

Mathilde s’était encore accrochée à ses rêves les plus fous. Légers, volubiles, ils étaient toujours aussi envoûtants et obstinés :

À la tombée de la nuit, juste assoupie, elle avait longuement attendu Zaïm, accroupie sur un coin de petit nuage. Sous la voûte du ciel, dans la saveur de ses souvenirs, elle s’était fondue dans l’Univers de leurs rêves interdits,pour y respirer le souffle poétique de leurs deux âmes réunies. Le vent de l’Orient avait alors soufflé et lui avait renvoyé son écho parfumé.

Mais, le réveil avait sonné. À son grand regret, tous ses rêves s’étaient évaporés. Elle devait réagir. Il était l’heure de quitter la chambre et ses bouquets passionnés. Le café fumait dans la tasse qui se réveillait elle aussi.

Un an avant, sur le dernier quai de gare, la dernière heure avait sonné aussi. Leur histoire d’Amour s’était écroulée comme un château de cartes, la laissant inerte et désemparée. Ses bagages chargés de poésie, l’homme de sa vie, avait regagné en bateau son pays, pour retrouver sa sœur Mahera (qui était sûrement son épouse) ou peut-être bien une autre femme de la même culture que lui.

C’était un matin comme tant d’autres. Pourtant la voix et la vie de Mathilde s’étaient brisées sur ce quai lugubre et glacial. Comme de grosses gouttes de pluie après une forte averse, ses larmes avaient glissé et s’étaient incrustées sur le sol encore tiède. Ce visage tant aimé, cette silhouette si familière, venaient de s’effacer et de quitter la gare sous la brume d’un jour triste à pleurer. Depuis, le soleil ne brilla plus avec la même intensité sur San Antonio, mais la poésie s’incrusta à jamais dans le cratère béant de son cœur meurtri.

Par le hublot ouvert, le dernier baiser de Zaïm s’était envolé vers elle, dans un ultime Adieu.

Dans sa détresse, Mathilde lui écrivit une dernière lettre. Sa missive ressemblait plus à un poème qu’à une lettre. Elle la lut à haute voix, comme pour mieux se persuader que l’homme de sa vie avait préféré choisir la Liberté :

« Zaïm, mon Amour

À tes côtés, je me sentais en vie

Tu as choisi la Liberté

À la frontière des nuagesDepuis la Terre Où le jour commence à déclinerSur le tapis d’un nouvel automne

Avant que la nuit ne recouvreLa forêt de San Marcos

Assise sur un tronc vermouluSous les ceibas géants Je t’écris cette lettre

Peut-être arrivera-t-elle jusqu’à ToiAu printemps prochain

Ta Planète est si éloignée de la mienneQue même les oiseaux les plus libresN’atteignent plus les cimesDe ton ciel sans toit.

Mathilde. »

Elle essaya de se ressaisir, de sécher ses larmes, pour que ses yeux ne s’abîment plus. Elle serra les poings très forts pour mettre son Amour en sourdine. Aujourd’hui, elle n’avait plus le cœur à écrire. Tous ses mots d’Amour s’éloignaient au large, comme des vagues immenses. Dans l’écume et les remous, l’ombre de Zaïm coulait dans les profondeurs du silence de la mer. Sous la houle, l’écho de son nom sans cesse murmuré à son oreille grisée, roulait comme un torrent, sous les brumes de ses rêves. Sur le rivage de la nuit, elle se laissa emporter jusqu’au lever du soleil, assoiffée par ce lac d’Amour sans fond.

Depuis, la fuite du temps avait glissé douloureusement sur son cœur désarticulé et sur son immense chagrin. À l’asile de sa passion, sous les fenêtres de l’absence, son âme devenue inanimée, avait peine à crier cette folie de l’aimer toujours autant.

Sous les lueurs de la vie, Mathilde avait goûté à la saveur de l’Amour. Au-delà des sanglots qui l’étreignaient à présent, la légèreté de la mer habillait de perles et d’écume le vide de ses journées, emportant sa plume dans les doutes et les tourments. Elle n’oubliait rien. Encore agrippée aux empreintes fragiles du Temple précaire de cette romance inachevée, pour alléger sa peine, elle s’enivrait de poésie, du vertige du vol des oiseaux, de tous ces petits riens qui balayaient le néant, la remplissant de la douceur de leurs murmures. Soumise au chaos ultime des derniers remous de la plus grande des tempêtes, Mathilde se repliait tout au fond de ce drame amoureux. Une spirale infernale happait de plein fouet son âme blessée. L’obscurité des jours s’enfonçait dans le paysage qui s’éteignait, bousculant sa détresse.

Sans nouvelles de Zaïm, le temps filait inexorablement. Elle en avait le vertige !

Dans un souffle de vie, elle habilla de poésie et d’Amour la petite étincelle qui sommeillait en elle.

Comme on respire une rose, leurs parfums se mélangeaient à nouveau. Leurs mains continuaient à caresser leurs premiers émois d’un jour lointain de septembre. Leur Amour refleurissait dans la grâce. Dans la douceur et la beauté, des perles d’eau laissaient ruisseler toute la tendresse de leurs dernières journées. Elle revoyait les plaines qu’elle aimait tant. La pluie glissait à nouveau sur les ailes du Moulin Vert. Elle repassa comme dans un rêve par « Chantevent » voir ses vieux amis qu’elle aimait tant, pour leur parler encore et encore de l’homme de sa vie. Assise sous la vieille treille, elle vit retomber en grappes le raisin noir. Avec délice, elle goûta à pleines dents aux grains de septembre, comme à l’automne passé quand Zaïm lui tenait encore la main.

Chapitre 3L’absence

Ce matin-là, le parfum délicat des roses du jardin caressait délicieusement le jour. Au milieu de l’éclosion des couleurs cuivrées de l’automne, des éclats de pétales roses tournoyaient dans le ciel, inondant la saison d’un voile de poésie. Les feuilles des ceibas tombaient sur les allées de San Antonio. La lumière déclinait. Sur le vieux guéridon, la brise caressait la pâleur de la rose, celle qu’il avait cueillie pour elle un an avant. La chambre avait gardé tous ses secrets. Mathilde y respirait toujours l’Amour. Mais, sans lui, la maison était si vide. Tout était si vide ! Elle continua à lui écrire, sans envoyer ses lettres. Dans le grand lit désert, pour réchauffer son cœur, elle dormait à sa place, avec tous ses recueils de poésie près d’elle. Elle vivait dans le passé, n’avait plus d’avenir, ne connaissait plus que la couleur de l’absence et du silence.

Pour ne pas sombrer, attirée par l’appel du Soleil Levant, Mathilde imagina une suite à leur histoire. Éprise d’évasion, sans qu’elle puisse la retenir, son encre coula encore plus puissante, plus intense, plus profonde et plus envoûtante. Grâce à son penchant pour l’écriture, elle s’envola et partit à la découverte de nouveaux épisodes aux paysages étranges, colorés par d’autres rêves qui l’envahissaient à nouveau.

Comme pour lui rappeler la présence de Zaïm, un rayon de soleil se posa sur la pile de livres qu’il avait laissée sur l’étagère de la bibliothèque. Elle en eut la fièvre ! Elle imagina la silhouette de l’homme qu’elle aimait en train de lire. Sa tête était penchée sur « Le choc des ombres », ce roman qu’il n’avait jamais réussi à finir de lire, tant il en lisait d’autres. Elle le revit :

Sous ses lunettes rondes, ses yeux songeurs se posaient un instant sur la première ligne : « La mer ! Partout la mer ! Des flots, des flots encore… La houle cognait inlassablement contre la coque du navire… ». Ses poignets longs et fins tremblaient. Son cœur, lui, était déjà loin. Son bateau allait repartir pour une longue et dernière traversée, à quelques milliers de kilomètres d’ici. Émus par ces images du passé, les yeux de Mathilde s’abandonnèrent, parcoururent avec fièvre le premier chapitre de ce roman ; ses mains tremblaient aussi, frôlaient le papier jauni comme si elle entendait les battements de son cœur se mêler au sien. Sa poitrine se serra en imaginant ce qu’il avait pu ressentir tout le long de ce récit qui la tenait en haleine. Elle l’imaginait comme si c’était hier. Il lui manquait tellement ! Elle poursuivit sa lecture en effleurant toutes les pages, en ne pensant qu’à Lui. Dans sa quête de l’impossible, elle s’empara du dernier recueil de poésie de Zaïm « Que sais-tu du vent ». Il était devenu son livre de chevet. Elle y puisait les mots du poète pour s’endormir le soir, même s’il avait écrit :

« On revient

On revient quand on peut

On revient quand on veut

On revient souvent

Certains prétendent même

Qu’on revient toujours

Mais il n’y a rien de plus faux

Car un jour

On ne revient pas

On ne revient plus…

Zaïm »

« Car un jour, on ne revient pas, on ne revient plus… » : cette dernière phrase était terrible ! Tellement triste à lire !

Pourtant, ce rêve qui n’avait été qu’éphémère, la poursuivit toujours pour la bercer éternellement…