Rancune tenace - TA Moore - E-Book

Rancune tenace E-Book

TA Moore

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Beschreibung

Cloister Witte est un homme au sombre passé. Il possède une adorable chienne, et il est toujours heureux quand il peut en parler. Par contre, après avoir grandi dans l'ombre d'un frère disparu, d'un bon à rien de père et d'un beau-père criminel, il préfère laisser le passé dans le Montana. Il est à présent officier de la brigade canine dans le département du shérif du comté de San Diego, où il paye un tribut à ses fantômes en faisant ce que personne n'a pu faire pour son frère : retrouver des personnes disparues pour les ramener chez elles.  Il excelle à résoudre les énigmes complexes. Sa chienne est encore meilleure que lui.  Cette fois, la personne disparue est un garçon de dix ans qui est entré dans les bois au milieu de la nuit et n'en est jamais revenu. Malgré l'aide hostile et distrayante du magnifique agent du FBI Javi Merlo, il devient vite évident que Drew Hartley n'a pas fait une fugue. Il a été enlevé et les preuves indiquent qu'il n'est pas la première victime du kidnappeur. Alors que les recherches s'intensifient, de vieilles rancunes et des tragédies sont ramenées à la surface. Malheureusement, à chaque nouvel indice découvert, les probabilités de retrouver Drew en vie diminuent.

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Veröffentlichungsjahr: 2018

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Table des matières

Résumé

Remerciements

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

X

XI

XII

XIII

XIV

XV

XVI

XVII

XVIII

XIX

XX

XXI

XXII

XXIII

XXIV

XXV

XXVI

XXVII

XXVIII

XXIX

XXX

Épilogue

D’autres livres par TA Moore

Biographie

Par TA Moore

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Droits d'auteur

Rancune tenace

 

Par TA Moore

 

Cloister Witte est un homme au sombre passé. Il possède une adorable chienne, et il est toujours heureux quand il peut en parler. Cependant, après avoir grandi dans l’ombre d’un frère disparu, d’un bon à rien de père et d’un beau-père criminel, il préfère laisser le passé dans le Montana. Il est à présent agent de la brigade canine dans le département du shérif du comté de San Diego, où il paie un tribut à ses fantômes en faisant ce que personne n’a pu faire pour son frère : retrouver des personnes disparues pour les ramener chez elles.

Il excelle à résoudre les énigmes complexes. Sa chienne est encore meilleure que lui.

Cette fois, la personne disparue est un garçon de dix ans qui est entré dans les bois au milieu de la nuit et n’en est jamais revenu. Malgré l’aide hostile et distrayante du magnifique agent du FBI Javi Merlo, il devient vite évident que Drew Hartley n’a pas fait une fugue. Il a été enlevé et les preuves indiquent qu’il n’est pas la première victime du kidnappeur. Alors que les recherches s’intensifient, de vieilles rancunes et des tragédies sont ramenées à la surface. Malheureusement, à chaque nouvel indice découvert, les probabilités de retrouver Drew en vie diminuent.

Remerciements

 

 

TOUS MES remerciements à ma mère, qui reste ma plus grande supportrice, et aux Cinq, qui supportent mon étrangeté. Merci également à Lady, mon premier et meilleur chien, dont je me suis inspirée pour Bourneville.

I

 

 

CHAQUE FLIC avait sa bible de superstitions personnelles.

Au sein de la brigade des mœurs, Jimmy Daley, qui louchait, jurait qu’à chaque fois qu’il arrêtait une prostituée en particulier, celle aux cheveux roux, la semaine se transformait en enfer. Le lieutenant Frome ne l’admettrait jamais à voix haute, mais lui, c’était quand il se prenait le feu rouge à l’intersection entre Mendes et la Troisième qu’il ramenait sa mauvaise humeur au travail. Quant à l’adjoint Kelly Tancredi qui était enceinte l’année précédente, elle ne se plaignait que de son soutien-gorge préféré qui était devenu inconfortable.

Cloister savait que la nuit allait être mauvaise lorsque les vents violents se déversaient depuis le désert. C’était un fait établi que le sud de la Californie était toujours chaud, mais les vents le desséchaient tout particulièrement. Vous ne pouviez même pas transpirer sans que cela se transforme en sel, et là où ce n’était pas salé, c’était sablonneux.

Cependant, c’était plus que de simples auteurs de violence et des bagarreurs poussés au bout de leurs pires natures. Les vents s’engouffraient dans l’espèce d’horrible saloperie qui se trouvait dans vos cauchemars : petits cadavres, cuisses meurtries, questions qui ne trouvaient jamais de réponse.

Le pire, c’est qu’il n’y avait pas d’appel superstitieux dans le département du shérif de Plenty. Vous saviez que tout partirait en vrille, mais tout ce que vous pouviez faire, c’était de vous pointer au travail et d’attendre que la pagaille se déchaîne.

Trois heures dans l’équipe de nuit et Cloister attendait encore. Peut-être qu’il avait tort, la prise d’un consommateur de méth, ivre et turbulent, aux pieds nus ne pesait pas beaucoup sur sa conscience.

Ignorant les ordres hurlés de « Couchez-vous ! » et « Mettez vos mains là où je peux les voir ! », l’homme buriné et desséché s’était précipité par une fenêtre cassée et avait traversé le parking. Il s’était mis à courir comme un athlète olympique dans les mauvaises herbes, avec ses bras s’activant et sa tête rejetée en arrière, de sorte que les tendons dans son cou s’étiraient sous ses fripes bleu pâle. Cela ne lui apporterait rien de bon, mais il y mettait tout ce qu’il pouvait.

— Pourquoi courent-ils toujours lorsqu’il fait une chaleur d’enfer ? demanda Cloister.

Quelle que soit la météo, rien ne pouvait motiver quelqu’un à courir ainsi s’il avait la conscience tranquille. De plus, sa partenaire n’était pas du genre bavarde. Cloister se baissa et déclipsa son collier dans un mouvement fluide et maîtrisé. Elle se redressa, ses épaules se tendant sous la masse épaisse de poils bruns et noirs, mais elle se retenait. Cloister aboya un ordre sec sur un ton de commandement :

— Fuss !

Elle s’élança.

Cloister avait travaillé avec beaucoup de chiens au fil des ans, depuis la meute de chasse de son beau-père jusqu’à un épagneul idiot, mais compétent, en Irak – il mangeait des cailloux, mais trouvait des résidus explosifs après cinq jours –, pourtant aucun d’eux n’avait une détente comme Bourneville. Le berger noir sortit des blocs comme un lévrier et passa à travers la fenêtre d’un long saut, assez bas pour faire trembler Cloister alors que les éclats de verre cassés dans le cadre effleuraient la fourrure fauve de son estomac. Elle atterrit sur le sol en courant.

Cloister fit faire une rotation à la laisse, entourant le lourd nylon autour de son poignet, et passa à son tour par la fenêtre. Il sentit la compression de sa veste à l’épreuve des balles tandis qu’il se baissait, le verre se prenant dans le tissu en toile épais de son pantalon alors qu’il pliait son mètre quatre-vingt-huit à travers le cadre en bois pourri et sec.

De l’autre côté du parking, le consommateur de méth grimpa tant bien que mal sur la clôture grillagée. Sa chemise s’accrocha au sommet du fil de fer barbelé et s’arracha, laissant pendre un chiffon battant et sanglant. Il continua à courir et disparut derrière une rangée de maisons.

Bourneville ne perdit pas de temps, sautant sur le capot d’un pick-up stationné, sans même s’arrêter pour mesurer la distance. Elle trébucha sur ses pattes à l’atterrissage, faillit se cogner le menton, puis se redressa et repartit.

La clôture s’agita bruyamment lorsque Cloister la heurta, se balançant quand il l’escalada pour passer de l’autre côté. Sa main se prit sur le fil barbelé, une pointe s’enfonçant dans la chair sous son pouce. L’éclair de douleur le fit grimacer, mais il ne ralentit pas.

Il retomba de l’autre côté et suivit la queue de loup touffue de Bourneville à l’arrière des maisons. Les cris et l’agitation de la bagarre du raid dans la maison de drogues s’évanouirent derrière lui. L’habitude d’évaluer les risques lui fit porter la main à son arme et ses doigts trouvèrent leurs places familières sur la crosse en plastique moulé.

Les Heights n’étaient pas une mauvaise zone de la ville. C’était juste pauvre. Contrairement à d’autres adjoints, Cloister avait grandi dans un endroit où il était important de connaître la différence. Pauvres signifiait garder les rideaux fermés et s’occuper de ses affaires parce que la gratitude du shérif n’avait pas la moitié de la valeur du ressentiment des gangs locaux.

On ne pouvait pas vraiment leur en vouloir. Ils devaient vivre sur place, y élever leurs enfants. La dernière chose qu’ils désiraient c’était des problèmes.

Alors Cloister garda sa main sur son pistolet, mais l’arme resta sur sa hanche.

Au bout de l’allée, le consommateur de méth agrippa une poubelle de recyclage et la repoussa derrière lui. Il bouscula et renversa des piles de boîtes et des bouteilles en plastique écrasées sur le sol. L’obstacle lui donna une seconde d’avance sur Bourneville alors que la chienne hésitait brièvement pour esquiver les boîtes en mouvement. Il en gagna un peu plus lorsque Cloister dut les dégager de sa route.

Ce fut suffisant pour que Cloister perde Bourneville de vue pendant un instant. Elle disparut au coin alors qu’il glissait sur un morceau d’emballage en plastique gras. Il jura entre ses dents, accéléra, et manqua de trébucher sur Bourneville en tournant à l’angle de la rue, la découvrant immobile.

Sa tête était inclinée sur le côté, elle fixait le drogué d’un air confus. Cloister ne pouvait pas la blâmer. L’homme décharné – tous ses os et ses muscles étaient apparents sous sa peau – avait attrapé un vélo de gamine dans un jardin. Il était rose et possédait encore des roulettes, pourtant le gars essayait de l’utiliser pour s’échapper. Ses pieds nus étaient en équilibre sur les pédales étroites, son cul maigre en l’air et ses genoux s’activaient furieusement. Tous ces efforts ne lui apportaient pas grand-chose. Il y avait plus de mouvement d’un côté et de l’autre que vers l’avant, mais il semblait y croire.

— Seigneur, murmura Cloister.

Il jeta un œil à Bourneville, elle le regarda avec un « et maintenant ? » exprimé par une inclinaison de sa tête, signifiant que sa formation avait un peu capoté. Sa tête basculait de gauche à droite et ses oreilles noires duveteuses voltigeaient.

— Ouais, je suis avec toi, ma fille. Ça va être amusant à écrire.

Il lui frotta les oreilles avec un « bonne fille ». Elle avait fait son travail. Puis, il se lança derrière le lent fugitif, saisit l’épaule mince du drogué et le fit descendre du vélo.

— Vous m’avez fait courir pour ça ? demanda-t-il en mettant l’homme sur ses pieds et en lui jetant un regard noir.

Cela fonctionnait habituellement. Les Witte avaient tendance à être grands, blonds et méchants, et pour sa part, Cloister était venu dans le monde prêt à combattre, les poings en avant et le nez déjà cassé. Les jeunes enfants l’aimaient – Dieu seul savait pourquoi –, mais tous les autres gardaient leur distance. Bien que visiblement suffisamment de méth puissent diluer l’impact.

— Z’avez vu cet ours ? questionna le drogué. Ce putain d’ours m’a poursuivi. J’m’occupais de mes affaires.

— Dans une maison de crack ? demanda Cloister.

Le consommateur de méth haussa les épaules, essayant d’avoir l’air insolent. Il avait surtout l’air stupide. Sous le tatouage de mauvaise qualité et les années de drogue, le gars et la bicyclette pourraient presque être adaptés en âge – au début de la vingtaine, peut-être même à la fin de l’adolescence, s’il avait planté une aiguille dans ses veines aussi précocement que certains. Physiquement, il se pourrait qu’il soit assez jeune pour pouvoir récupérer ce que la drogue lui avait pris – s’il devenait clean un jour –, mais il ne restait plus grand-chose derrière ses yeux bleu troubles. Cloister soupira.

— Bon. Retournez vos poches.

Il ne s’attendait pas à trouver quoi que ce soit. Tout drogué digne de ce nom savait devoir abandonner tout ce qu’il avait sur lui quand il courait. Sans surprise, il retira des bouts de peluche, du sable et un bonbon à la menthe à demi sucé de son jean ample.

— Alors, Bozo, vous êtes en état d’arrestation, énonça Cloister en attachant des zips en plastique autour des poignets décharnés et recouverts de croûtes. Vous avez le droit de…

Sa radio grésilla.

— Adjoint Witte, dit Mel. Quelle est votre position ?

Il y avait quelque chose d’autoritaire dans sa voix et le ventre de Cloister se noua nerveusement. Mince et vive, Mel faisait ce travail depuis plus longtemps que n’importe lequel d’entre eux, remontant probablement à l’époque où Plenty avait son propre service de police au lieu d’un poste de shérif et elle connaissait la ville. Quand elle semblait mécontente, il valait mieux être attentif.

— J’étais à la poursuite d’un 390, répondit-il. Je lui lisais ses droits à l’instant.

— Nous avons une demande des fédéraux pour un K-9 1, annonça Mel.

Cloister grimaça.

— Il n’y a personne d’autre de disponible ? interrogea-t-il. La dernière fois que j’ai été détaché chez eux, j’ai fini avec un rapport disciplinaire après avoir presque éclaté la tête de l’Agent Spécial responsable.

— Désolée, répondit Mel sans le paraître. Toutes les autres équipes sont déjà occupées ou hors du secteur.

Puis elle laissa tomber ce qu’il redoutait depuis qu’il avait entendu le vent ce matin-là :

— C’est un 920C à l’extérieur de la Retraite.

Merde.

Cloister « l’imprima » et donna sa localisation. Il repoussa Bozo sur le vélo, et le siège en cuir rose bon marché sépara en deux son postérieur osseux.

— C’est ton jour de chance, Bozo. Je dois me rendre quelque part.

Bozo sourit négligemment en disant :

— C’est moi.

Un œil s’égara, brièvement détaché de tout ce qui fonctionnait encore dans le crâne de Bozo.

— Un gars chanceux, assura-t-il.

Il leva les mains. La languette en plastique coincée entre ses pouces comme une poignée. Il avait l’air d’attendre.

— Pas chanceux à ce point, répliqua Cloister.

Il recula et contacta les autres adjoints du raid par radio.

— Ici Witte. J’ai un 390 en garde, mais j’ai été appelé pour un 920. Vous m’envoyez quelqu’un pour venir le chercher ? À l’arrière.

La confirmation arriva rapidement et sans les plaintes habituelles. Cloister raccrocha et fixa Bozo.

— Restez où vous êtes. Si vous les obligez à vous chercher, ils laisseront les ours sortir à nouveau.

Il claqua des doigts pour rappeler Bourneville au pied et laissa Bozo sur son petit vélo rose. S’il parvenait à se détacher ou à pédaler avant que quelqu’un le récupère, il serait simplement repris la semaine suivante. Les bottes de Cloister martelaient fortement le sol lorsqu’il s’engagea dans une course difficile pour avaler la distance. Bourneville lui collait aux talons comme une ombre, haletant avec plaisir parce qu’il s’agissait juste d’une course et pas d’une poursuite. Il croisa Jim en chemin vers le dealer.

920C. Disparition d’enfant et les fédéraux. Juste une fois, il aimerait se tromper sur un changement qui menait vers l’enfer.

1 K-9 : désigne la brigade canine (K-nine)

II

 

 

LA RETRAITE était ce qui se produisait lorsque l’embourgeoisement se heurtait à des hippies. Il s’agissait d’une commune desséchée dans les montagnes. Elle produisait des babioles mal taillées à vendre sur les marchés et une souche hybridée de cannabis Oaxaqueux qu’ils vendaient en vrac et en sacs. Dix ans plus tôt, Plenty était devenue une communauté de délestage pour San Diego. La communauté rurale en difficulté avait germé des banlieues comme s’il s’agissait de laitue, et le dernier hippy de la Retraite avait senti une occasion de frapper. Il avait racheté les parcelles voisines, retiré les lampes de croissance de la grange et redoré la contre-culture en un mode de vie hors réseau dans un genre camping glamour.

Tout ça, c’était avant l’époque de Cloister. Depuis qu’il était ici, la Retraite avait toujours eu des yourtes cinq étoiles, des bains de lune et une plainte occasionnelle d’agression sexuelle.

Gyrophare allumé, Cloister dépassa l’ancien magasin d’alimentation à la périphérie de la ville avec ses bannières publicitaires battant violemment dans le vent et prit la première à gauche. À l’arrière de la voiture, Bourneville était comme un Sphinx, ses pattes croisées et sa tête levée et curieuse. Elle savait que les lumières signifiaient qu’ils allaient travailler. Tout ce qu’elle avait à faire était d’attendre qu’ils s’arrêtent.

La route se rétrécit lorsqu’il se dirigea vers les contreforts. Les pins fouettés par le vent projetaient des ombres filiformes à la lumière de la lune, mais la surface était comme un ruban. Il y avait des routes dans la mauvaise partie de la ville qui étaient jonchées de nids de poule plus anciens que Bourneville, mais celle de la Retraite était remise en état chaque printemps. Personne ne voulait risquer qu’un riche citadin brise un essieu de sa BMW en chemin.

Il y avait quarante minutes entre Plenty et la Retraite. Cloister arriva devant la structure élégante du panneau en cuivre en vingt minutes. Il éteignit le gyrophare en prenant le dernier virage et cligna des yeux tandis qu’ils s’ajustaient au changement, soudain plus monotone. Il leva le pied de l’accélérateur. C’était une tentative de discrétion qui était inutile sur la Retraite.

Chaque tente et chalet étaient éclairés, des lumières émanaient du bureau principal et des personnes s’agglutinaient en grappes nerveuses. De nombreuses mains serraient des épaules d’enfants. Les pyjamas et les chemises de nuit battaient au vent.

Cloister s’arrêta derrière le SUV noir, garé devant le porche couvert qui abritait un rocking-chair. Visiblement, les fédéraux étaient toujours là.

Il coupa le moteur, sortit et ouvrit la portière arrière afin de détacher Bourneville. Elle descendit, se secoua et resta impatiemment en place, attendant qu’il vérifie son harnais. Pendant ce temps, une fille sortit du bureau. Elle était mince, bronzée portant un jean et le tee-shirt bleu sarcelle de la Retraite.

— Euh, ils m’ont demandé de vous guider jusqu’au Maroc dès votre arrivée, annonça-t-elle.

Le « quoi ? » et le froncement de sourcils de Cloister la firent rougir jusqu’aux cheveux.

— C’est le chalet. Ils ont tous des noms. Les Hartley séjournent toujours au Maroc.

Apparemment, il devait donner l’impression d’être prêt parce qu’elle s’avança dans le camp. Il y avait deux autres adjoints qui prenaient les déclarations de familles inquiètes. Quelque part dans le camp, un chien aboyait, c’était plutôt un jappement de petit chien.

Le « Maroc » était un chalet bas construit en bois ambré satiné et en branches d’arbres brutes. La porte était ouverte, laissant filtrer de l’air rafraîchi par le ventilateur dans la nuit chaude. Cloister arrêta la fille avant qu’elle entre.

Les personnes angoissées étaient comme des chiens stressés. Cela les rendait plus susceptibles de craquer à la plus petite infraction. Si un enfant avait vraiment disparu – ne se contentant pas de bouder chez un ami pour effrayer ses parents ou d’être parti avec son père dans le cadre d’un conflit de garde –, alors Cloister n’avait pas besoin de bousculer les émotions sur-le-champ.

Il frappa à la porte.

Le faible murmure des voix à l’intérieur diminua, puis un homme grand et sombre avec une coupe de cheveux stylée et un costume encore plus chic s’avança dans le couloir. Les lignes de tension qui ornaient sa bouche s’accentuèrent quand il aperçut Cloister. Apparemment, l’Agent Javier Merlo n’avait pas non plus oublié leur dernière rencontre.

— Adjoint.

Connard.

— Agent Spécial.

Merlo regarda la jeune fille.

— Vous pouvez y aller. Prévenez-moi si quelqu’un d’autre arrive.

Elle hésita une seconde, avant de hocher la tête et de se précipiter dans le noir. Merlo reporta son attention sur Cloister. Dommage qu’il soit la tête de nœud la plus magnifique de la ville, avec des traits aiguisés et ciselés qu’on ne voit habituellement que dans les magazines de mode ou sur les statues grecques.

— J’ai demandé trois équipes du K-9.

— Je suis le seul disponible actuellement, déclara Cloister. Les autres sont occupés. Ils seront là dès qu’ils le pourront. Que se passe-t-il ?

Le coin de la bouche de Merlo se redressa et il ajusta les manches de sa chemise. C’était le premier signe d’émotion, autre que l’impatience et la suffisance, que Cloister pouvait se rappeler avoir vu se manifester chez l’Agent Spécial.

— Un garçon de douze ans, répondit Merlo d’une voix tendue, contenue pour que le vent ne puisse pas l’emporter. Drew Hartley. Il a disparu à un moment dans la journée. Les parents étaient à un atelier. Son frère, William, était avec lui jusqu’à quinze heures, ensuite il est allé voir un ami. Ses parents auraient dû être rentrés, mais ils ont été retardés. Ils ont tous supposé que Drew était avec quelqu’un l’autre.

Cloister jeta un coup d’œil à sa montre. Il était plus près d’une heure du matin que de minuit. Drew avait disparu depuis plus de neuf heures. Il n’était pas impossible de capter un parfum après une aussi longue période, mais ce n’était pas idéal, surtout lors d’un jour aussi chaud et sec dans un secteur qui avait vu passer beaucoup de monde.

Pas impossible, cependant.

Il hocha la tête vers le chalet.

— C’est le dernier endroit où il a été vu ?

Merlo hocha la tête.

— Adjoint Witte, j’ai envoyé une demande d’hélicoptère avec une caméra thermique, mais jusqu’à ce qu’il arrive, je dois m’en remettre à vous. Donc, quels que soient les problèmes que nous avons pu avoir la dernière fois que nous avons travaillé ensemble…

— Pas de soucis, affirma Cloister.

Pas totalement vrai. Il n’aimait pas Merlo, principalement parce que celui-ci avait clairement exprimé que les agents du K-9 étaient de charmants anachronismes, qui devraient mettre leur foi dans la technologie plutôt que dans de bons chiens en leur donnant des ordres, mais également parce qu’il donnait un peu l’impression à Cloister d’avoir trouvé quelque chose de désagréable sous sa chaussure. Et c’était une mauvaise façon pour un béguin de mourir.

Rien de tout cela n’avait d’importance à cet instant. Ils avaient tous les deux un travail à faire.

— Vous nous présentez à la famille ? pria Cloister.

Merlo avait l’air contrarié par quelque chose, cependant il inclina la tête et retourna à l’intérieur. Au fond de lui, Cloister avait une ancienne amertume qui souhaitait afficher son mépris pour la famille à l’intérieur – des parents-bobos qui n’avaient même pas su que leur enfant avait disparu –, mais les Hartley ne semblaient pas différents des autres parents dans la même situation. Des vêtements plus beaux sur le dos et des meubles plus confortables pour s’asseoir, peut-être, mais la même odeur de peur et l’appréhension de s’effondrer face à cette douleur. L’adjoint Tancredi était assise avec eux, fournissant sa meilleure série de platitudes évasives et rassurantes.

— Ken, Lara.

Merlo laissa chuter sa voix dans une maladroite tonalité douce. Ce n’était visiblement pas une chose pour laquelle il était doué.

Les parents levèrent la tête avec un regard souhaitant désespérément croire que Cloister allait les aider. Le père était petit et sombre : les lignes slaves non diluées de son visage n’étaient pas tout à fait adaptées au nom de famille banal de Hartley. Sa femme était mince et anguleuse, avec des yeux creusés jusqu’à paraître contusionnés, et une flopée de boucles noires qui défiaient sa peur. Perché derrière eux dans le siège sous la fenêtre, comme s’il n’était pas entièrement certain d’avoir sa place dans la pièce, leur fils était une ébauche inachevée des deux.

William. Probablement Bill ou Billy pour n’importe qui n’ayant pas un balai dans leur cul. Cloister n’avait pas envie de tourmenter l’enfant malheureux.

Merlo tendit la main pour tapoter l’épaule de Cloister.

— Voici l’adjoint Witte, l’un des maîtres-chiens du département du shérif.

Il s’arrêta là. Cloister retira sa main du collier et se baissa pour tapoter le flanc de Bourneville.

— Et voici ma partenaire, Bourneville, dit-il. C’est l’une de nos meilleures traqueuses.

Elle haleta dans leur direction avec les oreilles dressées et sa mâchoire s’ouvrit dans un sourire canin. Cloister pouvait sentir l’irritation de Merlo à son sujet, mais il s’en moquait. Les Hartley n’avaient pas besoin d’avoir foi en Cloister. Ils devaient croire que ce chien était bien plus compétent que les animaux domestiques qu’ils voyaient dans leur vie quotidienne.

La femme, Lara, tordait ses mains en une masse osseuse et noueuse.

— C’est un bon gamin, dit-elle d’une petite voix tendue, maîtrisant à peine sa panique. Drew ne serait pas parti avec des amis ou autre sans nous laisser un mot. Il sait que nous nous inquiéterions.

— Ils le savent, maman, intervint Billy.

Quelque chose de disgracieux s’afficha sur le visage de Lara. Elle le repoussa d’une grimace et se frotta la bouche avec sa main. Elle inspira profondément et remonta ses épaules étroites vers ses oreilles avant de pouvoir reprendre la parole.

— Non, ils ne le savent pas.

Billy tressaillit et se rencogna contre la fenêtre.

— Ils débarquent ici, nous observent et ils pensent que Drew est juste un autre petit garçon victime de négligence. Eh bien, il ne l’est pas. C’est un bon gamin.

Cloister inclina la tête pour croiser son regard et le soutenir en affirmant :

— C’est un petit garçon. Bon ou mauvais, un petit garçon doit être retrouvé.

Son visage se rida une seconde et les larmes jaillirent entre ses cils épais. Puis elle leva le menton, se reprit de manière visible et pinça les lèvres dans une ligne sans compromis.

— Vous… euh, vous avez besoin de quelque chose qui appartient à Drew ? Un jouet ou l’un de ses vêtements ?

Cloister hocha la tête.

— Quelque chose qu’il a porté récemment, non lavé, répondit-il.

Elle hocha la tête et se leva. Son mari tendit une main vers elle, mais ses doigts glissèrent loin des siens lorsqu’elle s’éloigna. Une fois qu’elle fut sortie de la pièce, il se tourna vers Cloister.

— Nous étions en retard. Il y a eu un accident à l’atelier. Quelqu’un s’est coupé profondément et nous sommes médecins. Il ne semblait pas urgent de revenir. Cet endroit, c’est comme la maison, vraiment. Nous connaissons tout le monde.

Ce qu’il voulait entendre, c’est : « Ce n’est pas votre faute ». Même dans les familles où c’était leur faute, ils voulaient quand même entendre ça.

— Ce n’est pas de votre faute, Ken, déclara Merlo. Je suis certain que Drew va bien.

Cloister remarqua qu’il disait « Ken » comme avec une connaissance, pas comme un policier. C’était juste un nom, pas un jeu de pouvoir.

— La dernière fois que vous avez vu Drew, c’était ici ? voulut-il préciser.

Ken hocha la tête et hésita. Il se retourna pour regarder son fils.

— Bill ? Vous êtes restés ici tous les deux, n’est-ce pas ? Comme nous l’avions dit ?

Billy haussa ses épaules osseuses en raison d’une poussée de croissance sous son tee-shirt Star Trek.

— Bien sûr.

De cette manière, c’était ambigu. Si les garçons avaient quitté le chalet, Bill ne l’admettrait pas en réponse à cette question piège.

Lara revint, pliant distraitement en un carré soigné un tee-shirt Captain America chiffonné. Elle hésita, mais le tendit.

— C’est son préféré.

— Je le rapporterai, promit Cloister.

Merlo le suivit à l’extérieur et l’attrapa avant qu’il puisse commencer. Sa main agrippa la pliure du coude en sueur de Cloister. Ce contact projeta comme de l’électricité le long de son bras et ses poils fins se dressèrent alors que ses muscles se crispaient. Il se maudit d’être facilement influençable. À cet instant précis, il n’avait pas besoin de distraction.

— Il s’est passé quelque chose ici, affirma Merlo.

Ses yeux se plissèrent contre la poussière, tandis qu’il jetait un regard noir à Cloister.

— Je connais la famille. Le père de Lara Hartley était un Agent du FBI et un de mes amis. Ils sont heureux. Ils sont prudents. Il n’y a pas de facteurs de risque. Je veux retrouver ce garçon.

— Je veux toujours les retrouver, déclara Cloister. C’est mon travail de les ramener à la maison, peu importe comment ils se sont perdus.

Il libéra son bras, s’accroupit et présenta son poing contenant le tee-shirt à Bourneville. Elle le huma, renifla et enfonça sa truffe dans les plis pour atteindre les coutures imbibées de sueur. Une fois certaine d’avoir flairer son odeur, elle leva les yeux vers Cloister avec espoir.

— Such.

L’ordre de pister claqua.

Elle laissa tomber son nez sur le sol tout en furetant dans les parages. Elle éternua quand de la terre sèche lui remonta dans la truffe, puis elle se dirigea directement en bas d’une rigole. Dans de meilleures conditions, plus humide, cela aurait pu être un ruisseau. En pleine sécheresse, c’était à peine détrempé. Bourneville tira sur la laisse en se dirigeant vers l’Est, s’éloignant de la Retraite, et Cloister la suivit en courant.

Le clair de lune terne était suffisant pour que la chienne puisse voir, mais lorsque la lueur des lumières de la Retraite s’estompa derrière eux, Cloister décrocha la lampe de poche de son gilet. Il l’actionna avec le pouce et orienta le faisceau sur le sol devant Bourneville.

Un lézard aux pattes folles fut effrayé par la lumière soudaine et décampa sur les rochers. Sa course sur des membres souples donnait l’impression que le vent allait le cueillir et l’envoyer dégringoler.

La rigole s’arrêtait alors que ses rives supérieures s’effondraient dans des broussailles et des épines. Façonné dans le sable et les racines, un semblant de chemin avait été tracé par les passages entre les mesquites, ces acacias mexicains. Bourneville le suivit fidèlement pendant plusieurs mètres et vira subitement sur le côté. Elle trotta en avant, s’arrêta et essaya de nouveau. Finalement, elle trouva ce qu’elle cherchait. Elle s’arrêta, grogna tranquillement et frappa le sol avec sa patte.

Cloister la siffla. Elle recula à contrecœur, passant d’une patte sur l’autre, afin qu’il puisse s’avancer et voir ce que c’était. Coincée dans les racines de l’arbre, une bouteille écrasée se trouvait dans une flaque de mélange collant. Il mit la lampe de poche dans sa bouche, ses dents s’enfonçant dans le revêtement en caoutchouc, et poussa la bouteille avec curiosité. Il restait un fond de liquide à l’intérieur et cela avait l’air couvert de poussière.

Cela pourrait être juste du sable.

Ne voulant pas laisser la bouteille aux éléments, il prit une photo et l’empaqueta rapidement. Il la coinça dans la poche de son gilet tout en se redressant, mais le pli contre ses côtes lorsqu’il respirait était distrayant.

Bourneville attendit qu’il soit debout et recommença à tirer. Il n’y avait aucun chemin cette fois, seulement des racines, des pierres et le fil barbelé de la limite de propriété de la Retraite. Entre deux arbres, il y avait un espace de la taille d’un corps dans la terre qui marquait probablement la voie d’évasion de quelques dizaines d’enfants au fil des ans. Bourneville l’emprunta facilement, pourtant, quel que soit l’adolescent qui avait ouvert le passage, l’espace était beaucoup plus étroit que la poitrine de Cloister. Le fil se prenait dans ses cheveux et sa chemise alors qu’il se tortillait, s’accrochant dans les sangles de sa veste.

De l’autre côté, il y avait un vieux chemin de terre. Les profondes ornières arrivaient aux chevilles et secouaient fort. Il ne semblait pas qu’elles aient été dérangées depuis un certain temps. Probablement l’un des anciens chemins d’accès à une ferme, devina-t-il, bien qu’il ne puisse pas le jurer. Après cinq ans, il connaissait bien Plenty, mais pas aussi bien que quelqu’un qui aurait grandi ici.

Bourneville gratta le sol et grogna anxieusement après Cloister pour qu’il voie ce qu’elle avait trouvé.

— Attends, lui dit Cloister.

Il se gratta l’arrière du cou où une éraflure le piquait avec la sueur et il s’agenouilla à ses côtés. L’herbe sur le bord du chemin était aplatie, écrasée, et une empreinte se trouvait dans la terre où quelque chose avait récemment été prélevé.

Les taches sur l’herbe n’étaient pas du soda cette fois.

Cloister se reposa sur ses talons et sentit la traction dans ses cuisses. Cela aurait pu être une chute, mais Bourneville avait cessé de renifler. La piste était froide et il y avait du sang sur le sol.

Il félicita rapidement Bourneville, frotta une main le long de son dos en lui disant qu’elle était une bonne chienne et appela par radio. Dans le creux de son estomac, il sentit un poids glacé.

Personne ne dirait « enlevé ». Pas encore. Ils ne le feraient pas pour ne pas provoquer une panique et, pour un ex-hippy, le propriétaire de la Retraite était très bon pour graisser les pattes afin de se débarrasser de la mauvaise presse. Mais peut-être que ce n’était pas ça. Drew pourrait réapparaître dans une heure, à côté d’un trou de gaufre 1 avec une cheville enflée ou dans un hôpital après qu’un bon samaritain l’eut ramassé, blessé sur la route.

Sauf que cela n’arriverait pas. L’enfant n’était pas perdu. Il avait été enlevé.

Cloister devait toujours le trouver. C’était ce qu’il faisait, mais… c’était aussi loin qu’il pouvait aller. Après le mais, c’était là que l’espoir commençait à s’effacer, et Cloister ne voulait pas prendre ce chemin. Jusqu’à ce qu’il en sache plus, il y aurait une fin heureuse.

En définitive, une des fins devait être heureuse.

1 Gaufre : petit rongeur fouisseur de grande taille vivant en Amérique du Nord.

III

 

 

LE CAFÉ pris en route était infect, acheté dans une station-service qui vendait également des gésiers de poulet frits ainsi que des frites sèches et flétries. Il avait un goût de graisse et d’essence. Javi le buvait quand même. Le soleil venait de se lever sur le deuxième jour de la disparition de Drew Hartley et il avait besoin de toute la vague clarté qu’il pouvait rassembler.

Apprenez à faire des siestes. Dans ce travail, faire un petit somme est toujours mieux que rien.

C’était un conseil que Saul Lee, le grand-père de Drew, avait donné à Javi. Non pas qu’il l’ait vu appliquer ses propres conseils un jour. Saul était mort à trois heures du matin, alors qu’il était toujours au bureau… le visage sur les nombreux dossiers du jour, une tasse de café froide à ses côtés.

Javi lui devait beaucoup. C’était grâce à l’intervention de Saul, après Phoenix qu’il avait obtenu un poste ici au lieu de moisir quelque part calmement et discrètement. Plenty n’était guère plus qu’une destination touristique, mais c’était un solide tremplin professionnel. Même si une grande partie de la raison pour laquelle ses superviseurs l’avaient approuvé était l’optique favorable d’avoir un Agent américano-mexicain à San Diego.

Probablement pas autant que cela, cependant, si l’affaire qui était associée à votre nom était le mystère non résolu de la disparition du petit-fils d’un agent décoré du FBI.

Ce cynisme grinçant fit tressaillir Javi de culpabilité, principalement parce que ce n’était pas la première fois que cela se produisait, bien qu’il ne l’ait jamais laissée se déployer jusqu’à devenir une pensée concrète auparavant.

Les résultats, pas les intentions, sont tout ce qui compte dans les rapports. C’était également de Saul.

 

 

EN GARDANT une main sur le volant, Javi acheva le café jusqu’au marc peu appétissant en roulant dans la rue principale de Plenty. C’était pittoresque d’une manière dont les villes évoluaient rarement naturellement, avec des vitraux sur les devantures et aucun déchet sur les trottoirs. Les magasins vendaient des smoothies avec un mélange de yogourt et de chou, des chaussures de créateurs et des bijoux locaux à trois fois le prix qu’ils l’avaient payé aux artistes. Les magasins d’antiquités vendaient des meubles et des reliques rénovées de fermes et de maisons abandonnées.

Le côté le plus malsain de Plenty – les cartels de drogue et le trafic qui étaient la raison pour laquelle le FBI avait une antenne ici – restait à l’abri des regards. Hors des pensées, pour ceux qui pouvaient se le permettre.

Il tourna à gauche à la gare routière, se dirigeant ensuite sur le stationnement en forme de fer à cheval du poste de police. Le bâtiment était autrefois une usine : des machines en fer, des planchers en bois entaillés et des murs en briques rouges. De nos jours, il s’agissait du poste de police, du bureau d’état civil de Plenty, de la morgue de la ville et au dernier étage, là où se trouvaient autrefois les bureaux de la direction, l’agence résidente du FBI : leur version d’un bureau régional. Heureusement, ils n’avaient pas tous à partager la même entrée.

Les voitures de patrouille étaient soigneusement alignées en rangs, attendant que le service du matin se mette en route. Une femme fatiguée avec un pantalon de jogging et un tee-shirt stipulant « Les Batman ont aussi besoin de siestes » était appuyée contre le mur, fumant avec l’intensité de quelqu’un qui avait besoin de plus qu’une dose de nicotine. Ses cheveux décolorés maison dans une nuance cuivrée terne étaient tirés en arrière dans une queue de cheval sévère, ses yeux gonflés et cernés de noir.

Alors que Javi sortait de la voiture, elle écrasa la cigarette contre le mur. Cela laissa une marque de cendre sur la brique.

— Enfoiré, lâcha-t-elle sourdement.

Son manque d’émotion ne permettait pas de savoir si elle parlait à Javi au sujet de sa situation ou condamnait le monde entier. Elle retourna à l’intérieur en laissant le mégot déchiqueté sur le sol.

La femme en service à la réception lui jeta un regard lorsqu’il entra.

— Agent Spécial Merlo, dit-elle en couvrant le micro du téléphone avec sa main pour ne pas être entendue. Le lieutenant vous attend.

 

 

LE CAFÉ du poste de police n’était pas meilleur que celui de la station-service, mais il était servi assez chaud pour que, après la première gorgée, vos papilles gustatives soient trop sous le choc pour l’intégrer. Javi couvait sa tasse, debout, fixant les zones de recherche hachurées sur la carte murale. Les épingles rouges indiquaient les emplacements des délinquants sexuels et violents à proximité. Il y en avait une constellation.

En haut dans les contreforts, il semblait que la peur et la panique au sujet du petit garçon disparu étaient une intrusion dans un lieu idyllique. Le genre de chose qui n’arrivait pas dans un endroit comme celui-là. Sauf que cela se produisait, apparemment.

— J’ai des adjoints qui contrôlent tous les pervers enregistrés, déclara le lieutenant Frome depuis son bureau.

Il lécha son pouce et frotta une tache de café sur son brassard en poursuivant :

— Cela ne couvre que ceux que nous avons arrêtés et ceux dont le suivi nous a été signalé.

Il haussa les épaules à la suite de sa dernière déclaration. Javi connaissait déjà les problèmes.

— Je veux faire venir monsieur Reed pour discuter, déclara Javi en nommant le reptile affable qui possédait la Retraite et qui s’habillait avec des vêtements éthiques.

Frome se rembrunit.

— Vous pensez qu’il est impliqué ? demanda-t-il en secouant doucement la tête. Nous n’avons jamais eu trop de problèmes avec lui. Même quand il trafiquait de l’herbe, il le faisait tranquillement et courtoisement. Il nous a jeté quelques « poulets » et « flicailles » lorsque nous nous sommes pointés, mais c’était pour le spectacle plus qu’autre chose.

— Depuis l’ouverture de la Retraite, il y a eu douze plaintes pour abus sexuel et harcèlement.

Frome haussa les épaules.

— Deux ou trois filles de la ville qui pensaient obtenir de l’argent d’un hôte riche. Ou des adolescents qui sont devenus un peu incontrôlables. Ce n’était rien de sérieux et personne n’a jamais suggéré que Reed était impliqué.

Cela exigea un effort à Javi pour retenir la grimace qui montait à ses lèvres. Frome n’était pas un mauvais policier, mais il était du genre politique. Parfois, il sortait des choses horribles, cependant, le pointer du doigt ne l’aiderait pas.

— Pourtant, il est le grand manitou là-haut. J’aimerais lui parler dans un endroit où il sera moins à l’aise.

Frome céda d’un signe de tête et son stylo gratta sur le bloc tandis qu’il prenait une note, en décidant :

— Je vais lui demander de descendre, lui dire que nous voulons simplement discuter du domaine.

— Et assurez-vous d’avoir un agent là-bas pour rester avec la famille, reprit Javi. Deux, si ça vous est possible. Utilisez mon autorisation. Je veux savoir tout ce qu’ils font lorsqu’ils sont ensemble et quand ils ne le sont pas.

— Vous êtes certain ? questionna Frome dubitatif. Nous les connaissons tous. Ce sont des gens bien. Lara travaille aux urgences depuis des années. Elle a sauvé la vie de beaucoup de personnes. La vie d’adjoints.

— Jusqu’à ce que nous ayons quelque chose, je préfère maintenir une relation non conflictuelle avec la famille, déclara-t-il. Mais les parents et le frère sont ceux qui ont vu le garçon en dernier. Si nous ne les gardons pas à l’œil, vous savez que ce serait une négligence.

Ce n’était pas joli, mais la vérité, derrière tous ces enfoirés d’inspecteurs harcelant des parents désespérés lors de drames criminels, était que le plus souvent – disons sept fois sur dix –, le prédateur n’était pas le voisin effrayant ou le commis d’un magasin. C’était quelqu’un de la famille, une des personnes qui avaient un accès incontesté et un contrôle sur l’enfant.

— Je ne peux pas imaginer Lara faire quelque chose comme ça. Pas à son propre fils, commenta Frome en secouant la tête.

L’image de la femme lessivée qui fumait à l’extérieur du poste de police comme si c’était une pause de travail lui traversa l’esprit.

— Tous les déviants et les pervers en prison ont des gens dans leur vie qui ne pouvaient pas les croire comme ça, déclara-t-il. Je ne pense pas qu’ils feraient quoi que ce soit à leur fils. J’espère qu’ils n’ont rien fait. Mais si c’est le cas, je ne veux pas qu’ils s’en tirent.

Frome se laissa aller en arrière, sa chaise émettant un craquement sous lui. Sa chemise d’uniforme se tendit doucement sur son ventre qui devenait visible dans cette position. Il tapota son stylo contre le bloc suffisamment fort pour laisser des traces sur le papier.

— Vous devriez parler à Witte.

Même de l’intérieur, l’expression sur le visage de Javi était dédaigneuse. Il ne pouvait pas s’en empêcher. L’adjoint Witte lui portait sur les nerfs.

— À propos de quoi ? questionna-t-il. De chiens ou de musique country.

Frome lui adressa un sourire amusé, mais pas entièrement approbateur.

— Ne le sous-estimez pas, avertit-il. Il est bon dans ce qu’il fait.

— Les chiens de chasse ?

— Trouvez des gens, rectifia Frome. Il est volontaire auprès des sauveteurs en montagne de San Diego. Il est formé à l’effondrement des structures et aux sauvetages et déblaiements en milieu urbain, et la seule raison pour laquelle il n’est pas dans cette montagne actuellement, c’est parce que je l’ai mis en repos afin que son chien puisse dormir. Il a traité plus de disparitions et de personnes perdues qu’aucun d’entre nous ne l’a fait, ou probablement ne le fera jamais. De plus, il était le premier adjoint présent cette nuit-là. Peut-être qu’il a remarqué quelque chose. Si quelqu’un était en mesure de le faire, c’était lui. Parlez à Witte.

Il déchira la première page du bloc pour la lui tendre. Javi la récupéra et jeta un coup d’œil aux mots griffonnés. C’était un numéro de téléphone et une adresse. Javi haussa un sourcil. Ce n’était pas ainsi qu’il obtenait habituellement le numéro d’un homme, mais…

— J’irais lui parler, affirma-t-il en glissant le papier dans sa poche. Faites-moi savoir quand vous amènerez Reed pour l’entrevue.

Quand il partit, la femme avec le tee-shirt de Batman était de nouveau à l’extérieur. Cette fois, elle pleurait dans sa voiture, une vieille Ford défoncée avec un tas de vêtements et un sac de couchage coincé sur le siège arrière. Sans abri. C’était une part croissante de la population de Plenty, il y avait beaucoup de travail, mais nulle part où vivre, à moins d’avoir assez d’argent pour une maison de deux étages, une piscine et des panneaux solaires.

Javi savait que si elle avait appelé pour un enfant disparu, on ne l’aurait pas traitée avec prévenance. La vie n’était pas juste, mais il supposait qu’elle le savait déjà.

IV

 

 

JAVI SE dirigea vers l’extérieur de la ville. Le magasin de bonbons avait fermé ses portes, nota-t-il sur le chemin, et un Starbucks était entré dans l’espace comme un bernard-l’ermite. Javi passa sa langue à l’arrière de ses dents et sentit le goût du café brûlé et la touche de crème bon marché. Il était temps qu’un bon café s’installe en ville.

Peut-être qu’il en achèterait un plus tard. Pour l’instant, il suivait les panneaux qui indiquaient le chemin, peu engageant, vers le littoral à l’extérieur de Plenty – plus de schiste que de sable – et le parc de mobile homes où l’adjoint Witte entretenait le stéréotype.

En y réfléchissant, Javi croyait qu’il était devenu insultant quand il avait appelé la grande caravane de l’adjoint blond une poubelle, après leur dernière dispute.

Le parc de mobile homes de Sunnyside accueillait les touristes pendant l’été. Il n’y avait pas grand-chose à voir à Plenty : la rue principale pittoresque, une cave qui faisait des excursions dans les contreforts près de la Retraite, et un système de grottes sur la plage qui était le plus souvent sous l’eau et qui n’avait jamais vu de phoques. Néanmoins, c’était assez proche des véritables destinations touristiques pour servir d’escale.

À cette période de l’année, des rangées complètes étaient vides. Le reste des emplacements étaient remplis avec les mobile homes des permanents, munis de clôtures basses et de meubles de jardin blanchis par le soleil. La plupart d’entre eux étaient des ouvriers du bâtiment, des travailleurs agricoles, ou des mains-d’œuvre des fermes et des chantiers qui entouraient la ville. Il y avait aussi quelques vagabonds, des gens qui roulaient sans but dans la ville et traînaient en faisant des trucs bizarres et de petits délits jusqu’à ce qu’ils aient des raisons de partir.

Javi passa sous le panneau en bois écaillé et se gara dans un espace en demi-lune à côté d’une benne qui puait la pulpe de vieux fruits. Quelques enfants se poursuivaient autour des caravanes, arborant uniquement des maillots de bain et un bronzage marqué comme tous les résidents qui fréquentaient la plage à l’année. Des chiens maigres à poil ras aboyaient sur leurs talons et se glissaient entre leurs jambes.

Javi sortit de la voiture et les enfants s’immobilisèrent. Ils l’observèrent dans son costume et s’enfuirent avant qu’il puisse leur poser des questions.

Serviable, comme toujours. Il abaissa ses lunettes de soleil sur son nez et vérifia l’adresse que Frome lui avait donnée.

Lot 275. Ancien Airstream argenté. Impossible à manquer.

C’était assez vrai. Javi leva le nez et ses yeux tombèrent sur la grande « pilule » argentée, garée au coin le plus éloigné du parc, juste à côté de la descente vers la plage. Il était bosselé et avait comme des traces de vérole à l’avant, il possédait également une clôture en plastique blanc qui délimitait un carré de jardin. Javi rangea son téléphone dans sa poche, se dirigea vers l’emplacement dégradé et tenta d’ignorer la sueur qui coulait dans son cou autant que le vent qui lui grattait la peau.

De près, la remorque était extrêmement propre et résonnait étrangement alors que Javi grimpait les marches pour frapper à la porte. Pas de réponse. Pas même du chien. Javi recula et se rattrapa avant de dégringoler l’escalier étroit car son talon s’était accroché au bord d’une marche. Il aurait probablement dû appeler avant. Il lui avait simplement semblé plus facile de ne pas le faire.

Et peut-être que tu voulais revoir Witte, intervint une petite voix sournoise à l’arrière de sa tête. Juste pour se rappeler combien il était irritant, bien sûr. Cette voix ressemblait beaucoup à celle qu’il utilisait avec habilité lors des interrogatoires. Javi pouvait comprendre pourquoi il tapait sur les nerfs des gens.

Il repêcha son téléphone et le morceau de papier dans sa poche et fit apparaître l’application des messages pour envoyer un SMS à Cloister. Cependant, au milieu de « appelez le bureau », une voix rauque, conçue pour porter, l’interrompit.

— Visite des bas quartiers, Agent Spécial ?

Javi se retourna et vit Witte qui remontait les marches de la plage.

Un short décoloré en jersey était attaché bas sur ses hanches, son tee-shirt pendait autour de son cou. Son bronzage avait la couleur du whisky, ses cheveux étaient mouillés et marbrés de nuance miel, dégoulinant sur ses épaules. Un tatouage remontait sur ses côtes, mais le motif était abîmé par un éclat de tissu cicatriciel blanc pâle.

La bouche de Javi s’assécha. Alors, ça, c’est ce que donne une mauvaise décision sur la peau.

— Des nouvelles au sujet du gamin ? interrogea Witte en s’arrêtant en haut des marches.

Il retira le tee-shirt de son épaule et essuya son visage. La chienne se poussa entre ses genoux et s’assit sur ses pattes, la langue pendant sur des dents blanches, aiguisées et pointues, tandis qu’elle haletait.

— Pas encore, répondit Javi, en levant une main pour bloquer le soleil et en fronçant les sourcils. Pouvons-nous parler à l’intérieur ?

Witte l’observa pendant un instant les yeux plissés. Puis il haussa les épaules et fit un signe de la main vers la caravane.

— D’accord. Allez-y, entrez. La porte n’est pas verrouillée.

Javi poussa la porte pour l’ouvrir et franchit le seuil en baissant la tête afin d’éviter l’encadrement. La caravane sentait meilleur qu’il s’y attendait, chaque surface étant scrupuleusement propre et épurée. Pas son idée d’un espace de vie, mais il supposa que cela pourrait être pire.

— Nous étions les deux premiers sur la scène hier soir, déclara Javi.

Il jeta un coup d’œil autour de lui tout en s’écartant de la porte. Il y avait un MacBook éraflé sur la table de la cuisine et une pile de livres alignés le long de la fenêtre. Une cruche vide était posée dans le coin du comptoir à côté du micro-ondes – la preuve irréfutable de l’équipement indispensable pour les flics. Il se retourna pour faire face à la porte alors que Witte la passait en se courbant.

— Nous n’avons rien de concret pour le moment, alors j’ai pensé que réexaminer la recherche initiale pourrait aider.

— Bien sûr, accorda Witte.

Il se gratta distraitement le haut du bras en haussant les épaules.

— Laissez-moi me nettoyer un peu. Bon-Bon, reste.

La nuance de commandement se dirigea droit vers les bourses de Javi et les serra, le poussant à mordre l’intérieur de sa joue avec irritation. Witte n’était pas son type. Javi aimait les hommes intelligents, cultivés, académiques, aux mains élégantes et facilement influençables. Pas les ploucs blonds hétéros californiens troublants et agressifs d’un mètre quatre-vingt-dix qui avaient l’air de couper eux-mêmes leurs cheveux.

Witte n’était pas beau. Il n’était même pas séduisant. Malgré son nez relevé et les traits germaniques sévères de son visage, Javi se retenait difficilement de redessiner sa beauté brute du bout des doigts.

Alors, quoi qu’il y ait concernant Witte qui se glissait sous la peau de Javi, ce n’était pas de l’attirance.

Ce qui était bien, parce que Witte s’était retiré dans le compartiment de toilette de la caravane et apparemment n’avait pas pensé à fermer totalement la porte en chemin. Il y avait juste assez d’espace pour surprendre des mouvements, le galbe dénudé d’une hanche et le claquement humide d’un gant. Mais ce n’était pas le problème. Les voyeurs n’allaient pas dans les peep-shows parce qu’ils voulaient voir une personne nue. Ils y allaient pour l’illusion d’intimité…

Et Javi se rappela en détournant les yeux que la seule chose qu’il voulait moins qu’un adjoint de parc de mobile homes, c’était une véritable intimité. Il s’assit à la table du compartiment cuisine de la caravane et se rendit compte qu’alors qu’il ne regardait pas Witte, le chien l’avait observé. Il était assis avec sa queue autour de ses pattes et le fixait.

Javi regarda ailleurs – il était certain qu’il avait lu quelque part que vous ne deviez pas maintenir un contact visuel avec les chiens – et son attention se retrouva une nouvelle fois attirée par l’écart distrayant de la porte.

— Y a-t-il quelque chose que vous avez vu à la Retraite l’autre soir qui semblait inappropriée ? demanda-t-il.

Le rappel de la raison pour laquelle il était réellement ici provoqua un pincement de culpabilité. Il y avait un enfant disparu, la famille de son ami était soupçonnée, et il était distrait par des muscles et un cul étroit. L’irritation rendit sa voix tranchante.

— Quelque chose que vous avez omis ou laissé de côté lors de votre rapport ?

D’un coup de coude, Witte poussa la porte de la salle de bain et sortit, accrochant négligemment une serviette sur ses hanches. Il avait retiré la majorité de la sueur, mais du sable s’accrochait encore à ses épaules et à ses genoux. Un rictus pointait aux coins de sa bouche, lui faisant froncer les yeux.

— Est-ce que nous échangeons nos notes, ou est-ce que je défends mon travail ? interrogea-t-il.

— Avez-vous quelque chose à cacher ? riposta Javi.

Il regretta ses mots à la minute où ils sortirent, mais c’était quand même trop tard. Witte le mettait mal à l’aise, et il y avait un petit diablotin mécontent aux commandes de son cerveau qui ne s’arrangerait pas, à moins d’être plus complaisant.

Ils ratèrent le coche cette fois-ci. Witte haussa les épaules.

— Bien sûr, déclara-t-il. C’est la raison pour laquelle nous avons des représentants syndicaux. Ai-je besoin du mien ?

— Non. Vous avez besoin d’un pantalon, mais pas d’un représentant. Pardon. Je suis fatigué. Personne ne m’a dit de rentrer chez moi.

Pendant une seconde, il pensa que ses excuses ne suffiraient pas. Puis Witte eut un mouvement d’épaules et disparut dans une autre pièce. Toujours sans fermer la porte derrière lui.

— Je m’occupe de chiens, pas de découverte, dit Witte. Je ne suis pas certain de comprendre ce que vous voulez.

Baiser. La réponse jaillit dans la tête de Javi avec une telle clarté que, pendant une seconde, il ne savait pas s’il l’avait énoncé à voix haute. Seul le manque de réaction de Witte le convainquit qu’il ne l’avait pas fait. La pensée restait tapie dans sa tête, même si c’était moins en mot qu’en une série de sensations : chaleur, mains, pression d’un cul autour de son sexe.

Witte n’était toujours pas son type, mais apparemment cela n’avait pas d’importance. Il voulait le baiser quand même, mais il ne le ferait jamais. Même si Witte ne ressemblait pas à une affiche pour enfant représentant le sportif hétéro idéal, Javi ne baisait pas où il vivait. Cela rendrait sa vie trop compliquée. Alors il rassembla tout le merdier de désir, le repoussant dans le fond de son esprit, hors de vue et hors du chemin.

Il s’éclaircit la gorge et se concentra sur des réponses plus appropriées.

— Est-ce qu’il y avait quoi que ce soit chez la famille qui vous a frappé ? Qui ne semblait pas… authentique ?