Sur la route d'Alger - Hélène Fauque - E-Book

Sur la route d'Alger E-Book

Hélène Fauque

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Beschreibung

Cette ville aux mille facettes surnommée Alger la Blanche laisse pour beaucoup de merveilleux souvenirs, qu'Hélène FAUQUE souhaite partager avec ses lecteurs. C'est un long périple d'anecdotes, de balades à n'en plus finir dans Alger et ses environs. Ce livre nous fait découvrir les coutumes, les traditions, la vie là-bas. Chacun s'y retrouve ne serait-ce qu'à travers les témoignages qu'elle apporte. Au fil des pages, on y retrouve des photos de famille, des photos de souvenirs qui illustrent le texte. Elle associe ainsi le lecteur à des moments magiques et inoubliables, ce sont des instants de pur bonheur.

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Seitenzahl: 165

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Sommaire

Présentation

La visite d’Alger

Nos promenades, nos distractions, les bonnes adresses

Les Galeries de France

Le Bon Marché

Le Monoprix

La rue Michelet

La pâtisserie « La Princière »

Le tunnel des Facultés

Le Monument aux Morts, l’horloge florale

Le Forum ou Gouvernement Général

La rue Hoche

La Grande Poste

Le Milk-Bar, rue d’Isly

L’Opéra d’Alger

Le Palais d’été du Gouverneur

Nos logements dans Alger et sa banlieue

Châteauneuf

La Redoute, chez ma tante Baby

La Cité la Concorde à Birmandreis

La rue Sadi Carnot

Les aventures de Zohra

Zohra et la lessive

Le Jour de Noël

Le marché Clauzel

Les parcs et les jardins d’Alger et de ses environs

Les squares

Le Parc de Galland

Le Jardin d’Essai, le Jardin d’Acclimatation

Nos distractions, nos évasions

Les plages

Le Cap Matifou près d’Alger

La forêt de Baïnem

La Basilique Notre-Dame d’Afrique

Les courses de lévriers à El Biar

L’Hippodrome du Caroubier, les courses de chevaux

Les bains militaires, « El Kettani »

Mes Écoles à Alger

L’école « La Sainte-famille »

L’école « Sainte-Anne »

Le pensionnat Sainte-Geneviève

Le Cours Fénelon

Nos coutumes, nos traditions, mon enfance, ma jeunesse à Alger

Nos jeux, nos lectures, sans oublier nos friandises…

Les confiseries,nos péchés mignons !

Nos goûters ou si vous préférez “nos quatre-heures”

Nos fournitures scolaires

L’église Saint-Charles de l’Agha à Alger

Les Rameaux

Ma communion privée

Ma Communion solennelle

La traversée d’Alger

Les animaux, les insectes à Alger

La tortue de terre

Les canaris

Le ver à soie

Les sauterelles

Le coin des souvenirs...

Le bon vieux moulin à café d’autrefois

Le tourne-disque ou pick-up, ou phonographe

La T.S.F. ou Radio

La cuisine méditerranéenne, les spécialités de là-bas !

Réflexions sur ce récit

La vie là-bas...

Présentation

De mes souvenirs d’Alger, je retiens de merveilleux moments, des instants inoubliables qui, encore aujourd’hui, égayent mon cœur dans cette ville où les choses ont changé et sont bien différentes de celles que j’ai connues.

Je m’appelle Hélène FAUQUE et ai vécu les plus belles années de ma jeunesse dans une ville aux mille facettes surnommée « Alger la Blanche ».

Inlassablement, je fouille dans ma mémoire et éprouve soudain le désir irrésistible d’écrire tout ce qui me vient à l’esprit. Tous ces moments magiques, drôles mais aussi émouvants, j’ai envie de les dévoiler, de laisser parler mon cœur. Pour moi, le moindre petit détail a de l’importance et ravive la nostalgie du temps passé, d’un bonheur immense, à jamais perdu…

J’y ai connu les meilleurs moments de mon enfance et un bonheur simple mais intact. Malgré le temps qui passe, je suis restée très attachée à ce pays. C’est pourquoi, j’ai souhaité le mettre à l’honneur, en publiant mon premier livre qui évoque dans les moindres détails, un petit coin de paradis où il fait bon vivre. Cet ouvrage est agrémenté de photos de famille, de photos souvenirs (du temps de l’Algérie Française). C’est l’évasion la plus totale.

Voici un portrait de moi, petite fille pétillante de malice, du bonheur plein les yeux !

J’ai bien envie actuellement de retourner dans mon passé. Je fouille dans ma mémoire et vois des images d’une partie de ma jeunesse pleines d’insouciance et tellement belles que je ne peux que sourire en y repensant. Ce livre est aussi pour moi, une façon de render homage à deux personnes qui m’ont quittée et dont l’absence se fait ressentir, ma Maman et ma sœur Michèle, ma complice de tous les instants.

La visite d’Alger

Nos promenades, nos distractions, les bonnes adresses

C’est mon tout premier vol mais aussi mon premier baptême de l’air. On m’avait confié les commandes de l’avion. Nous survolions Paris où nous avions passé nos vacances d’été. Maintenant, nous nous dirigions vers notre belle ville d’Alger, retour tant attendu !

Lorsque nous flânions dans les rues d’Alger, nous n’étions jamais à court d’idées pour agrémenter nos journées dans une aussi belle ville ! Nous avions l’embarras du choix et de nombreux divertissements s’offraient à nous, pour ne citer que les monuments, les édifices, les jardins, sans oublier le shopping ou « lèche-vitrines » et que sais-je encore ! Et, bien entendu, le marché ! On y passait de bons moments, prenant plaisir à acheter tout ce qui était nécessaire à la réalisation de mets simples mais exquis, typiquement méditerranéens. Bref, de quoi aiguiser nos papilles.

Le dimanche après-midi était souvent pour nous l’occasion de retrouver nos oncles, tantes, cousins, cousines… Tous ainsi réunis, nous nous promenions nonchalamment dans la capitale. Nous ne nous lassions jamais des spectacles de rues, de la beauté de la nature, de la flore sous un ciel bleu limpide. Un soleil aux multiples facettes mettait en valeur « Alger la Blanche ».

Nous parcourions allègrement un long chemin, sans nous rendre compte de la distance que nous franchissions, tant ces lieux nous fascinaient. Nul ne s’en lassait. Bien au contraire, on en redemandait. Nous prenions, sans nous consulter, une direction au hasard mais elle était toujours la bienvenue. Quelquefois, il nous arrivait d’emprunter plusieurs fois le même itinéraire sans nous en apercevoir. Mais, cela ne nous dérangeait pas. Nous étions tellement bien ! Une douce brise nous effleurait. Par moments, l’odeur de la mer parvenait jusqu’à nous. Un marchand ambulant parcourait les rues d’Alger et l'on entendait sa voix puissante résonner au loin. Il proposait des « oublies » aux passants. Nous ne manquions pas ce moment tant attendu pour en acheter. Ces grands cônes, d’un beige légèrement bronzé, ressemblaient à un cornet de glace, mais vraiment géant. Le vendeur les empilait les uns dans les autres et les transportait - si mes souvenirs sont exacts - dans un large cylindre.

Nous entamions cette délicieuse pâte faite de gaufrette croustillante et épaisse, striée de petites alvéoles. Lorsque nous mordions dedans, l’oublie s’effritait, laissant échapper des brisures qui restaient accrochées à nos vêtements. Nous croquions à pleines dents dans ce colossal goûter et, une fois celui-ci terminé, nous étions plus que rassasiés. Nous poursuivions alors avec plus d’entrain notre chemin. Parfois, en nous promenant rue Michelet ou rue d’Isly, nous croisions fréquemment des marchands ambulants. Ils proposaient aux passants des sachets de cacahuètes, des pistaches, des pralines ou autres gourmandises locales. Là, à l’angle d’une rue, un jeune garçon, cireur de son métier, s’appliquait à faire reluire les chaussures d’un client. Mais, le temps passait trop vite et, bientôt, nous étions ramenés à la réalité : il était l’heure pour nous de rejoindre notre domicile.

Après des au revoir affectueux, chaque famille partait dans une direction opposée, promettant de se retrouver très bientôt. Maintenant, lorsque je repense à tout cela, j’ai la nostalgie de mon passé, de ces joyeuses retrouvailles, de ces réunions de parents, d’amis venus des quatre coins d’Alger, de cette hospitalité chaleureuse, de cette amitié sincère. Tout cela me manque. J’ai le sentiment que, de nos jours, les choses ont bien changé, le sens de la famille se perd malheureusement. Même les proches, quelquefois, vous oublient. Mais ne parlons pas des choses qui fâchent !

Les Galeries de France

Vous souvenez-vous de ce grand magasin « les Galeries de France », situé rue d’Isly à Alger ? C’était une bâtisse de style oriental, néo-mauresque. Le haut de la façade était orné de mosaïques et de longues fenêtres en forme de voûtes étaient rehaussées de boiseries foncées. Des lanternes en fer forgé, dentelées et ciselées, se dressaient de chaque côté du bâtiment. Les Galeries de France contrastaient singulièrement avec toute la rue d’Isly qui, dans son ensemble, se montrait aux yeux des touristes comme un quartier des plus modernes. Je me souviens, qu’au rez-de-chaussée, un long comptoir servait de bar. Un percolateur fonctionnait dans un chuintement assourdissant sans jamais s’arrêter.

Chaque fois que nous pénétrions dans ces lieux, nous ne pouvions nous empêcher d’y faire une halte. Ma mère nous offrait souvent une pâtisserie. Là, derrière une vitrine, nous attendions patiemment notre tour. Il y avait tant de monde ! En ce qui me concernait, mon choix était vite fait : une figue verte en pâte d’amande. S’il y avait une petite place de libre, nous consommions notre gâteau au comptoir, sinon nous déambulions de rayon en rayon tout en le dégustant. Un peu plus loin, nous nous dirigions vers un stand réservé uniquement aux confiseries (réglisse, bonbons acidulés, pastilles de menthe, chocolats, fondants, nougats, pralines, dragées…).

Nous en profitions pour acheter à grand-mère Jeanne une provision de ses sucreries préférées. Dès que nous franchissions le seuil de ce grand magasin, nous étions saisis par l’odeur enivrante qui s’en dégageait (café, épices, parfumerie, droguerie, tissu…). Cela faisait des Galeries de France un endroit unique en son genre. Là, de gros rouleaux d’étoffe, des coupons de tissu aux choix multiples étaient présentés sur de larges comptoirs. Bien mis en évidence, ils rivalisaient de par leur diversité (taffetas chatoyants, satins, tissus fleuris, à pois, écossais, rayés…). Un peu plus loin, des patrons présentaient sur leur pochette un mannequin portant robes, manteaux, vestes… bref, des croquis de vêtements élégants et de toute beauté que chaque ménagère accomplie convoitait afin de confectionner une tenue printanière. Le temps de contempler toutes ces jolies choses passait très vite et, bientôt, nous reprenions la rue d’Isly et la rue Michelet en sens inverse pour regagner notre logement rue Sadi Carnot.

Le Bon Marché

Il y avait aussi un autre grand magasin où nous allions de temps en temps, c’était « le Bon Marché. » Celui-ci était situé place Denfert-Rochereau, tout près de la rue d’Isly. Lorsque nous pénétrions dans cet endroit, nous ne manquions pas de faire une pause dans un salon de thé merveilleusement bien décoré. J’étais chaque fois surprise de constater combien ce lieu était calme et paisible, surtout après le tumulte de la rue. Les clients parlaient à voix basse comme s’ils craignaient de gêner leurs voisins.

Il n’y avait rien à redire : un service parfait, des pâtisseries délicieuses. Cet endroit était très agréable et reposant, surtout après toute l’énergie que nous avions déployée. Aussi, nous savions l’apprécier mais cela ne devait pas durer longtemps car, au bout d’un moment, je ne me sentais pas très à l’aise dans ce lieu qui me paraissait quelque peu guindé et, une fois mon gâteau terminé, je commençais à montrer des signes d’impatience. À nouveau, débordante de vitalité, je n’avais qu’une idée, sortir et profiter des bienfaits qu’Alger la Blanche nous procurait.

Le Monoprix

Je me souviens aussi du Monoprix situé tout en haut de la rue Michelet, sur le trottoir de gauche. Nous nous rendions quelquefois dans ce grand magasin. Circulant de rayon en rayon, nous en profitions pour y faire quelques achats et découvrir les nouveautés et la mode, bien sûr. Ainsi, notre mère achetait, pour ma sœur Michèle et moi, un nouveau chapeau de paille et un bob pour mon frère Dominique. Je me rappelle que Monoprix avait deux accès : l’entrée principale avec ses grandes portes vitrées qui donnait sur la rue Michelet et un autre passage, situé dans une rue adjacente étroite et peu fréquentée. Pour pénétrer dans ce magasin, nous devions emprunter des escaliers raides et passer une porte... et nous nous retrouvions à l’intérieur. C’était plus pratique et cela nous permettait d’éviter la cohue de la rue Michelet aux heures de pointe.

Il y avait tant de jolies choses dans ce Monoprix et à des prix abordables. Là, le rayon des jouets était terriblement tentant et notre mère ne manquait pas de nous offrir quelque chose, une petite babiole pour chacun d’entre nous et nous repartions tout joyeux.

La rue Michelet

Profitant du beau temps et d’un soleil généreux, nous avions l’habitude, ma mère, ma sœur, mon petit frère et moi, de nous promener dans les rues d’Alger. Nous les connaissions toutes. Mais celles que nous préférions étaient les plus proches : la rue Michelet et la rue d’Isly. Nous ne manquions pas de nous arrêter devant la devanture de certains magasins très chics mais inabordables. Là, immobiles, nous restions un long moment à contempler tant de belles choses. Ainsi, le marchand de jouets « Poveda », rue Michelet. Quel magasin et quel luxe surtout au moment de Noël !

De grosses voitures à pédales, des berceaux, des baigneurs, des poupées magnifiques, des mécanos, des vélos, des trottinettes… Tout était présenté avec goût. Silencieuse, je restais là, admirative devant ces longues vitrines merveilleusement bien décorées. Parfois, je sortais quelques pièces de mon porte-monnaie et pénétrais chez ce commerçant. À l’intérieur, impressionnée par tant de belles choses, je jetais un regard circulaire autour de moi, détaillant tous ces jouets entreposés. Enfin, je ressortais toute contente, un filet de nylon à la main, rempli d’épicerie factice mais imitée à la perfection : bouteille de lait, paquet de pâtes, riz, conserves… Le long de la rue Michelet, nous flânions nonchalamment sous un soleil de plomb, toutefois rafraîchis par la brise marine.

Ma tante Marie et ma sœur Michèle, se promenant rue Michelet (artère encore pavée à l’époque)

C’était tellement agréable par cette belle journée ! Si nous avions envie d’une glace, nous montions tout en haut de cette avenue et là, sur le trottoir de gauche, se trouvait un marchand réputé pour ses sorbets. Nous pouvions y déguster les fameux « créponnés ». C’était un vrai délice et les amateurs étaient tellement nombreux que nous devions faire la queue avant de pouvoir obtenir le nôtre.

Une fois servis, nous redescendions la rue Michelet, un cornet à la main, savourant lentement la meilleure glace au citron, ainsi dénommée « créponné », onctueuse, mœlleuse à souhait, que l’on n’ait jamais connue ! C’était délicieux et tellement rafraîchissant ! Lorsque nous avions besoin d’une paire de chaussures, nous avions juste la rue à traverser et là, tout en haut, mais cette fois sur le trottoir de droite, on pouvait apercevoir notre magasin attitré.

Nous y trouvions en général de ravissants modèles à des prix raisonnables. Je me souviens encore des ballerines noires vernies avec une bride sur le dessus que j’avais choisies. J’en rêvais ! Je trouvais cela très chic et en prenais grand soin. Ainsi, à l’aide d’un chiffon, je les frottais souvent, jusqu’à ce qu’elles retrouvent le brillant des chaussures neuves. Chez ce commerçant, ma mère achetait des « mévas » pour mon frère, des sandales de cuir blanches ou bleu marine pour ma sœur et moi.

En plein été, des espadrilles, mais aussi des spartiates pour nous, les filles ! De la rue Michelet, nous passions à la rue d’Isly. En fait, c’était très simple : on continuait toujours tout droit, puisque la rue d’Isly était dans le prolongement de la rue Michelet.

La pâtisserie « La Princière »

Parfois, le dimanche matin, en sortant de la messe, nous franchissions le parvis de l’église Saint-Charles et décidions, par cette belle journée ensoleillée, de faire un petit détour vers la rue Michelet, en direction de la pâtisserie « la Princière » réputée pour ses fameux gâteaux mais surtout pour ceux à la chantilly dont seul cet établissement en avait la notoriété.

Je dois reconnaître que, depuis mon retour en France, je n’ai jamais pu en trouver de semblables. Que de monde ! Le choix était difficile tant il était varié. Toutefois, j’avais une préférence bien marquée pour celui fait d’une crème chantilly onctueuse dans laquelle on avait ajouté des morceaux de marrons confits et de la meringue. Quelle déception lorsqu’il n’y en avait plus ! À première vue, tous ces gâteaux à la chantilly se ressemblaient, à la seule différence que les ingrédients qui les composaient étaient tellement différents qu’ils donnaient à chacun une saveur bien particulière. Dans ce magasin, on devait se servir soi-même.

Alors, saisissant un plateau mis à la disposition des clients, nous avions la délicate tâche de le remplir de ces pâtisseries au goût irrésistible. Chacun ayant choisi le sien, sans oublier ceux de tante Marie et de grand-mère Jeanne, nous passions à la caisse et prenions le chemin du retour, emportant avec nous une grande boîte de carton à l’effigie de « la Princière ». En cette fin de matinée dominicale, le trajet vers l’appartement de la rue Sadi Carnot s’effectuait bien plus vite que prévu, tant nous avions l’appétit bien aiguisé par toutes les bonnes choses qui nous attendaient.

Le tunnel des Facultés

Tout près des Facultés, rue Michelet, on pouvait s’arrêter à la terrasse d’un café pour siroter une menthe à l’eau, boire un « Crush » ou un « Vérigoud » et bien d’autres encore… dans des bars aussi réputés que le Coq Hardi, l’Otomatic… Ces lieux étaient surtout fréquentés par des étudiants qui, aussitôt leurs cours terminés, avaient pris pour habitude de se retrouver à la terrasse d’une de ces brasseries.

Tables, chaises, parasols occupaient la majeure partie du trottoir de la rue Michelet. Bien évidemment, à l’extérieur, tables et sièges étaient pris d’assaut par les plus chanceux; d’autres s’installaient à l’intérieur, au calme et au frais. Tous restaient là pendant de longues heures, discutaient, plaisantaient, heureux de se revoir. Certains paressaient à l’ombre d’un parasol, se laissant distraire par le va-et-vient incessant des passants. Il y avait, sous le tunnel des Facultés, un passage que j’appréciais tout particulièrement. Le long des trottoirs étroits qui longeaient la route toute en virages, j’avais remarqué quelques commerces (c’était un bien grand mot) : seulement de simples vitrines et quelques échoppes exiguës.

C’est ici que j’avais choisi ma première chaise de bureau de style moderne, recouverte de vinyle rouge, aux pieds laqués noirs et mon premier bureau, un meuble secrétaire en bois clair que j’aimais beaucoup. Celui-ci se présentait en deux parties : trois tiroirs dans le bas et, en haut, une porte à rabat qui fermait à clef (je pouvais ainsi y ranger tous mes secrets) et qui, une fois ouverte, me servait de plan de travail. J’en prenais d’autant plus soin que ces meubles complétaient agréablement la nouvelle chambre que je partageais avec ma sœur Michèle, à Birmandreis. C’était mon domaine et j’en étais fière.

Juste à l’entrée du tunnel des Facultés, se trouvait une boutique de pâtisseries orientales. Ce magasin, tout récent, était d’une propreté remarquable. À travers la vitrine, j’apercevais un grand choix de gâteaux qui semblaient tous aussi délicieux les uns que les autres et étaient présentés avec goût. Lorsque nous pénétrions dans cette petite boutique, je choisissais souvent un baklava : triangle au miel et aux amandes. Un vrai régal ! Seul petit bémol, ces pâtisseries étaient tellement chères que nous n’en achetions pas souvent.

Le Monument aux Morts, l’horloge florale

Le Monument aux Morts à Alger

Parcourant de long en large les rues d’Alger, nous nous dirigions à présent vers le Gouvernement Général ou Forum. On apercevait, au premier plan, « l’horloge florale » et juste derrière, “le Monument aux Morts”, tous deux situés au Plateau des Glières à Alger. Ces deux édifices, encadrés de verdure et de végétation luxuriante, paraissaient encore plus imposants et solennels. Une grille aux deux battants entrouverts permettait d’accéder à ces lieux. LNous ne manquions pas de nous arrêter quelques instants devant « l’horloge florale », contemplant cette œuvre gigantesque ornée de fleurs multicolores. C’était magnifique ! Je me posais souvent la question : est-ce qu’elle marche vraiment ?

Est-ce qu’elle indique vraiment l’heure ? J’étais tout de suite fixée lorsque je restais là, immobile, ne quittant pas des yeux le mécanisme. Bientôt, la grande aiguille s’ébranlait lentement et furtivement pour passer à la minute suivante. J’étais fascinée ! Ce qui faisait mon admiration, c’était de constater qu’à chacun de nos passages, peu importait la saison, les fleurs n’étaient pas défraîchies, ni fanées, même en période de canicule. Ainsi, nous profitions toujours d’un spectacle magique : un large parterre de fleurs multicolores épousait la forme et la beauté de cette horloge aux contours arrondis.

Le Forum ou Gouvernement Général