Voltaire en exil - Franck Steinmetz - E-Book

Voltaire en exil E-Book

Franck Steinmetz

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Beschreibung

Le 3 mai 1734, Voltaire et Madame Du Châtelet arrivent au château de Cirey, fuyant les poursuites déclenchées après la publication des Lettres philosophiques, fort critiques envers l’autorité royale et l’Église. Interrogé par sa maîtresse, Voltaire se remémore son exil en Angleterre, pays de la liberté. Voltaire lui raconte des rencontres marquantes avec la nièce de Newton, qui lui parle des découvertes révolutionnaires de son oncle, et Lady Montagu, qui lui révèle les secrets de l’inoculation de la variole. Ces échanges approfondissent sa réflexion sur la liberté, la tolérance, la justice et la science.

À PROPOS DES AUTEURS

Franck Steinmetz a été comédien, metteur en scène et consultant en communication. Après dix ans dans le théâtre professionnel, il se spécialise en conseil en communication et management, notamment dans les secteurs agroalimentaire et de la santé. Il dirige ensuite la communication d’une entreprise de service public pendant vingt-trois ans. Passionné par le théâtre, Franck continue à jouer, mettre en scène et former des comédiens .

Gerhardt Stenger, maître de conférences émérite à Nantes Université, est un expert des Lumières, notamment de Voltaire, Diderot et Helvétius. Il a dirigé l’édition des "Œuvres complètes d’Helvétius" et contribue à celles de Diderot et de Voltaire. Parallèlement, il a co-écrit des pièces de théâtre, dont "Diderot en prison" et "Luther, ou la réforme en dix rounds", après s’être engagé activement dans l’adaptation théâtrale des œuvres des Lumières.





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Seitenzahl: 52

Veröffentlichungsjahr: 2026

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Voltaire en exil

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Franck Steinmetz

La chute de l’île de la Décadanse,

Paris, éditions du Panthéon, 2018

Crime par la pensée, Paris, Le Lys Bleu Éditions, 2025

Gerhardt Stenger

Nature et liberté chez Diderot après l’« Encyclopédie »,

Paris, Universitas, 1994

Diderot. Le combattant de la liberté, Paris, Perrin, 2013

Le Triomphe des Lumières. L’Encyclopédie de

Diderot et d’Alembert, Paris, Perrin, 2024

Avec Henri Mariel

Diderot en prison, Siloë, 2012

Réédition : Paris, L’Harmattan, 2018

Luther, ou la réforme en dix rounds,

Nantes, la Fabrique du Livre, 2023

Franck Steinmetz

&

Gerhardt Stenger

Voltaire en exil

Théâtre

© Le Lys Bleu Éditions, Paris, 2025

www.lysbleueditions.com

[email protected]

ISBN : 979-10-422-9215-7

Illustration de couverture :

Gérard Bertrand, « des images photographiques »

À Josef, Rebecca, Hermann, David,

Elie, Jonas, Judith, Sarah

Et tous les autres…

Il n’y a que deux choses qui soient infinies, l’univers et la bêtise humaine, quoique pour l’univers on n’en soit pas sûr.

Albert Einstein

Scène 1

Voltaire et sa maîtresse madame Du Châtelet arrivent le 3 mai 1734 au château de Cirey en Lorraine.

Ils viennent d’arriver au château de Cirey, sous une pluie battante et un orage déchaîné.

MADAME DU CHÂTELET: Mais qu’il fait froid ! Regardez-moi, je suis dégoulinante, je ne ressemble plus à rien.

VOLTAIRE : Cependant, je ne vois que la « Beauté » en face de moi.

MADAME DU CHÂTELET : Épargnez-moi ces compliments d’hypocrite. Oubliez-vous que nous sommes ici par votre faute ?

VOLTAIRE : Je vous sais gré de m’épargner la prison.

MADAME DU CHÂTELET : Vous la mériteriez pourtant. Regardez où nous en sommes ! Dans ce vieux château délabré où je ne mettais jamais plus les pieds.

VOLTAIREsourit : Elle est sortie se recoiffer.

MADAME DU CHÂTELET :(Off) Cela ne vous a pas suffi d’être emprisonné pour avoir voulu provoquer en duel le chevalier de Rohan ?

VOLTAIRE : Cette mésaventure m’a conduit en exil en Angleterre. Je ne peux que me réjouir de ce long séjour chez la « perfide Albion ». J’en suis revenu avec des idées absolument novatrices. La liberté est là-bas, ce que le conservatisme, le jansénisme et la censure sont ici.

MADAME DU CHÂTELET :(Off) Pourquoi être revenu alors, si vous chérissez tant nos meilleurs ennemis ?

VOLTAIRE : Je me le demande parfois. Le mal du pays (elle entre) ou le mal de vous.

Scène philosophico-amoureuse sur le canapé.

MADAME DU CHÂTELET : Flatteur, je ne succombe point facilement à vos fantaisies. Vous êtes un provocateur né et vos pamphlets vous ramèneront toujours à la case prison. Comment vous faire confiance ?

VOLTAIRE : Parce que nous partageons les mêmes aspirations, celle de la liberté de penser, par exemple, et une plus grande liberté des mœurs. Vous êtes une femme émancipée, c’est d’ailleurs pour cette raison que je vous ai remarquée.

MADAME DU CHÂTELET : Ne m’abusez pas, monsieur Arouet (elle prononce son nom avec ironie), vous ne m’auriez pas « remarquée » si je n’avais pas commencé à traduire les œuvres de Newton que nous admirons tant tous les deux.

VOLTAIRE : Émilie, je vous en prie, cessez de m’affubler de ce patronyme que je hais de tout mon cœur.

MADAME DU CHÂTELET rit : Non seulement vous cherchez par tous les moyens à vous faire remarquer du pouvoir royal comme du Parlement, mais en plus vous êtes fâché avec votre famille. Non, franchement, vous êtes infréquentable.

VOLTAIRE : Mais quelle idée a eu votre père de vous donner la même éducation qu’à vos frères ? Vous êtes le diable en jupons.

Ils batifolent.

MADAME DU CHÂTELETse redresse : Grand bien lui en a pris, et je ne le remercierai jamais assez. Êtes-vous marri, monsieur, de fréquenter une femme d’esprit, libre et passionnée ? Si notre siècle est bien de « Lumières », comme on dit, si la raison a désormais droit de cité, alors elle doit libérer les femmes du carcan dont cette société d’hommes tristes les enserre.

VOLTAIRE : Et je le reconnais bien volontiers, madame, puisque je suis moi-même la cible de leurs foudres. Il se lève et va servir deux verres de vin. Mais si lumière il y a, reconnaissez qu’elle ne brille pas sur tous les hommes de notre temps.

MADAME DU CHÂTELET : Parce que vous pensiez vraiment que vos Lettres philosophiques allaient vous réconcilier avec le roi et le Parlement ? Vous voyez le résultat, nous avons dû fuir en toute hâte pour vous mettre à l’abri.

VOLTAIRE : Je viens de les relire avec attention, pour essayer de comprendre ce qui a pu heurter aussi vivement les idées reçues.

MADAME DU CHÂTELET : Ah, vraiment ? Je peux vous le dire : vos prétendues Lettres « philosophiques » se moquent de la religion à chaque page et, cerise sur le gâteau, vous avez remis en cause le caractère divin de notre monarchie. Ironique. Franchement, il n’y avait pas de quoi fouetter un chat.

VOLTAIRE : Ne raillez pas, madame. Je reconnais que la façon plaisante, et peut-être légèrement désinvolte, dont j’ai traité la religion, ait pu froisser certaines personnes, et en particulier ces esprits chagrins de jansénistes.

MADAME DU CHÂTELET : Mais voyons, monsieur Voltaire, pouvez-vous être aussi stupide que vous m’en donnez l’impression à l’instant ! Vos Lettres philosophiques transpirent un tel irrespect de la religion, qu’il aurait fallu être bien naïf pour ne pas se douter qu’elles finiraient par être brûlées. Et vous aussi par la même occasion. Je suis surprise qu’ils n’y aient pas pensé. D’ailleurs, je devrais peut-être leur en suggérer l’idée, pour vous punir de m’avoir contrainte à fuir ici, où nous allons mourir de froid, d’ennui et de solitude.

Elle le câline.

VOLTAIRE : Je mérite vos reproches, Émilie, je le reconnais bien volontiers. Sans doute, la manière plaisante dont certaines choses sont tournées dans mes Lettres a fait penser qu’un homme qui traite si gaiement les quakers et les anglicans est un très mauvais chrétien. Ce sont les mots et non les choses qui révoltent l’esprit humain. Mais reconnaissez que, si je n’avais pas égayé mon sujet, personne n’aurait été scandalisé, mais personne ne m’aurait lu.

MADAME DU CHÂTELET : Ce n’est pas parce que vous découvrez certaines « vérités » que vous devez vous sentir obligé de les énoncer publiquement. Laisser donc vos autres amis philosophes éclairer les bougies de la Vérité. La lumière viendra en son temps.

VOLTAIRE : Je ne mérite pas tant d’acrimonies. En Angleterre, la traduction de mes Lettres philosophiques