Dans les talons aiguilles de maman. - Pascal Schmitt - E-Book

Dans les talons aiguilles de maman. E-Book

Pascal Schmitt

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Beschreibung

Dans les talons aiguilles de maman. Comme touts les filles de son âge Iki aimait courir avec les chaussures de maman, mais c'était sans savoir où elles allaient l'emmener. Après le décès accidentel de sa maman elle se retrouve seule et les rechausse, copie sa mère pour lui ressembler, se rebiffer à nouveau, mais ces chaussures pas à pas l'entraîneront très loin vers des aventures et un monde qu'elle va découvrir.Faire comme maman, oui mais c'était sans compter les dangers inattendus et une aventure palpitante, bouleversant, au bout de laquelle...

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Veröffentlichungsjahr: 2018

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Deux valises étaient grandes ouvertes dans lesquelles Kate entassait des affaires pour un nouveau voyage et Iki profita de ces quelques minutes d’inattention pour lui subtiliser ses chaussures avec lesquelles elle aimait courir.

- Arrête, tu m’énerves, je n’ai pas le temps !

Une fois de plus, elle ne voulait rien écouter et s’étalait après une course qui se terminait comme toujours, entre rires et larmes. Espiègle, elle pouvait aussi se faire surprendre en flagrant délit, le nez dans les affaires de maquillage et ces jeux tout en causant réprimandes, faisaient partie des plaisirs d’Iki, imitant maman. Quel bonheur que de fouiller partout, sans état d’âme, mais c’était son seul enfant, alors tout ou presque lui était permis. Papa, lui, était partit là-haut, alors lorsqu’elle regardait les nuages qui changeaient et rechangeaient de formes, une fois dragons, une fois moutons, insaisissables, comme la réponse qui ne la satisfaisait jamais. Alors sans trop comprendre, elle acceptait cette réponse, faute d’avoir d’autre explication.

Souvent en voyage d’affaire, c’est Flo qui l’élevait en nourrice attentionnée. Iki la considérait comme sa deuxième mère, choyée, elle s’y était faite, de passer de l’une à l’autre. Kate la logeait gratuitement dans l’ancienne conciergerie, une petite maison juste à l’entrée de cette propriété bourgeoise. Plus qu’une amie, c’était une intime de la famille, indépendante, attentionnée, s’occupant d’Iki, qui dans ses bras se faisait dorloter comme sa propre enfant. Elle la voyait très peu, alors, elle s’était attachée à Flo, qui s’occupait de tout, lavait son linge, la rassurait, et réparait même ses petits malheurs. C’est elle qui lui préparait ses affaires pour l’internat y mettant sa touche de mère de substitution, en dissimulant discrètement sous le linge, quelques friandises et autres attentions qu’Iki découvrait au collège en défaisant ses sacs. Flo ne se permettait jamais d’intrusion dans la vie privée de son amie, une barrière infranchissable bloquait le sujet. Iki les aimait toutes les deux, mais de manières différentes. Maman elle, avait un plus, des affaires pour satisfaire ses curiosités de fille, toujours bien habillée avec un goût raffiné et des parfums qu’elle aimait.

- T’as pas de moustache, je suis prête à partir ! Ne me salie pas ! Un bisou, et je pars !

Kate trop prise par son travail, faisait une brève apparition entre deux avions. Ce n’est qu’à ces moments-là, qu’Iki profitait de sa maman, retrouvant son odeur, sa chaleur, mais son départ lui était si douloureux qu’elle le comparait à celui d’un sparadrap que l’on arrache. A force, elle aurait même préféré s’abstenir de la voir, et s’y habituer plutôt que cette douleur, qu’elle avait du mal à qualifier. Alors, elle restait sur sa faim et résignée, prenait les choses comme elles venaient, menant une existence monotone toute en essayant de composer avec ses copines. Avec l’âge, elle s’y fit de plus en plus, construisant son propre monde, dans lequel elle avait appris à évoluer, entre rêves, séduction, découvrant sa sexualité, tout en déclenchant rivalités et chamailleries d’adolescentes dans son collège, elle aimait nommer : la cage à poules. Ses études avaient pris lentement une place importante, non pour faire plaisir à sa mère, mais c’est qu’elle fomentait une vengeance secrète, la surpasser, devenir plus forte et avoir les mêmes types de relations et la même importance qu’elle, et ce défi la hantait. L’aura qui se dégageait de cet icône en complet et chignon, habillée comme une hôtesse de l’air, avec l’importance en plus, la véritable femme d’affaires, elle en imposait, avec son air jeune, qui faisait penser à une grande sœur, c’en était trop.

Kate l’avait eue à seize ans, et non sans difficulté, sa famille s’était braquée contre elle du haut de leurs traditions bourgeoises. Autant ils l’avaient fait évoluer et mûrir, autant ils l’avaient rejetée.

Pierre, pourtant brillant, ne créait qu’incompréhension. On lui reprochait de s’être amouraché de cette jeune fille, l’avoir séduite et mise enceinte. Un peu plus, on l’aurait accusée de détournement de mineure.

Face à la loi, Kate était mature sexuellement, c’est ce qui a sauvé l’enfant, dans le cas inverse, ils ne se seraient pas gênés pour la faire avorter de force, ne serais-ce que pour sauver la face.

Le père de Kate était ambassadeur, la référence familiale, c’était lui, et elle devait suivre cette lignée. Pierre n’avait pas été épargné, après des études strictes, il avait opté pour une école de commerce lui donnant un peu plus de liberté. Il avait fait de brillantes études et lui aussi, jeune, avait goûté aux plaisirs des voyages et assouvi ses désirs de découvertes, allant d’un pays à l’autre. Avec un bon carnet d’adresse, et parlant plusieurs langues, il était tout à fait à l’aise dans les affaires internationales. Il avait connu Kate alors qu’il signait des contacts avec des pays africains. Ces ex colonies avaient besoin d’aides financières et il servait d’intermédiaire entre les chefs d’état et c’est dans cet univers diplomatique qu’il s’exprimait pleinement.

Kate avait suivi son père qui faisait partie d’une autre délégation, et un soir, elle aperçut Pierre. S’embêtant, dans ces vastes palais d’où ils ne pouvaient sortir pour des raisons de sécurité, ils flashèrent, l’inévitable coup de foudre, Kate était jeune, curieuse, cultivée, attirée par tout ce qui brille et tout ce qui brûle, Pierre était beau et piaffait.

Une fête était donnée à l’ambassade, tout en étant en Afrique, ils savaient recevoir somptueusement et dépenser sans compter. Kate avait déjoué l’attention de son père, rencontra ce beau jeune homme, le séduit, croqua dans la pomme et tomba enceinte.

Son père avait demandé qu’elle se fasse avorter, mais l’amour était le plus fort et Kate ne voulut rien savoir. Elle l’aimait trop et ce petit être commun qui ne tarda pas à bouger dans son ventre la remplissait de joie, un lien indélébile, que pour elle. Alors c’est sa meilleure amie, Flo, qui s’occupa de l’enfant le temps qu’elle finisse ses études.

Elle s’était repliée sur elle-même, sa famille craignait l’influence de Pierre, mais son couple se consolida et devint une citadelle imprenable. D’autres pensaient qu’il l’avait mis sous pression, conquise et modelé à son image comme l’aurait fait un gourou. C’était mal connaître Kate que l’on n’allait pas croquer comme ça, pas un jouet, déjà bien armée pour faire face, même à un homme d’affaire. Elle a dû se battre pour garder Iki tout en continuant ses études. Pierre n’aurait pas supporté une femme faisant papier peint à ses côtés. Dans la vie il faut avoir de la culture disait-il ! On s’exprime ou on se tait ! Pierre surveillait la taille de sa femme, alors entre grosses privations, stress, des études et soucis de future maman, le bébé prit une toute petite place dans son ventre pour ne pas trop déranger. Iki perdit son papa très jeune, puis une enfance stricte suivie de l’internat où il fallait se faire oublier.

- Soit brillante, tu seras respectée et admirée ! Lui disait d’un ton autoritaire, sa maman !

Alors, quand la supérieure de l’internat vint la voir un jour, avec un visage inhabituellement fermé animé d’une expression qu’elle ne lui connaissait pas, elle comprit très vite que quelque chose de grave s’était produit et avait tout de suite pensé à sa maman. Elle encaissa le coup et n’eut à sa surprise aucun débordement. Certaines l’ont admirée en disant qu’elle avait une très grande force de caractère, une valeur familiale innée où le stoïcisme était de vigueur. Vite balayé, ce n’était pas dans ses habitudes de s’épancher, et on ne peut pas regretter quelqu’un avec qui on a passé si peu de temps. Une fois de plus rester tranquille dans le ventre au chaud sans s’exprimer, en toute discrétion. Elle se délecta de cet instant : la principale qu’elle sentait dure et qui la regardait en s’attendant peut-être qu’elle ne s’effondre, plus embêtée de lui annoncer cette nouvelle, que de lui révéler une quelconque affection. Iki resta de marbre, certaines auraient dit : sa mère toute crachée, elle adorait l’expression. Elles n’avaient peut-être pas complètement tort, Iki était dure, imperméable aux influences pour mieux lui ressembler, exorciser aussi son autorité, par goût de similitude, au point que sa mère piquée, lui disait : ne te maquille pas comme une poule, tu n’as que seize ans.

Et elle lui répondait : Et demi ! Le demi a son importance à cet âge.

Iki se transformait en femme, Kate avait du mal à s’habituer, pour elle, tout allait trop vite, et pourtant, à cet âge elle avait déjà consommé l’amour et Iki était déjà dans ses bras.

Moi j’avais déjà eu des expériences avec des jeunes hommes, et je gardais le secret, mais j’aimais également mes copines, des penchants pour elles, nous étions dans un âge, où l’on se cherche et la promiscuité aidant, le défaut de garçon, l’attrait de la découverte, la curiosité poussait vers l’homosexualité.

Malgré tout, après les vacances toutes avaient bien entendu fait une expérience affective et sexuelle plus importante l’une que l’autre, à croire qu’il n’y avait que des garçons beaux, intelligents avec des parents riches ! Iki se gardait de raconter, le sujet était intime et secret pour elle.

Sa mère devait savoir et lui avait fait prescrire la pilule : au cas où ça t’arriverait ! Ne fais pas comme moi, profite de ta vie, mais fait attention aux hommes !

A bon, s’était-elle dite, surprise, sa mère ne se serait pas pleinement extériorisée. Regrettait-elle peut être son adolescence perdue, l’étape franchie un peu trop vite ?

Iki venait d’acquérir sa nouvelle liberté, mais qui lui laissait un goût d’abandon, seule, à présent, elle ne pouvait que s’attacher à Flo, une mère attentionnée, qui l’épaulerait, mais, ce n’était que Flo.

Elle se souvenait des mots de sa mère : je voyage beaucoup, lui écrivait-elle, pas toujours la possibilité de t’appeler, et des problèmes de réseau : une véritable excuse d’ado ! A l’internat les conversations téléphoniques étaient filtrées, elle en avait une sainte horreur de ces filtres, qualifiés de soviets ! Des heures précises pour téléphoner, la règle était stricte, en dehors, portables interdits, un numéro attribué était collé dessus et ils devaient être rangés dans des casiers, et éteints, sinon, c’était la punition. Certaines en avaient deux, mais s’exposaient aux représailles, à des sanctions sévères. Mais les faits ne mettant personne en danger, pas mort d’homme, tout au plus un petit ami qui se languissait. Le manque de communication l’éloignait toujours plus de sa mère, douloureux, mais à présent se remémorer tout ça l’aidait à surmonter sa peine minimisant la douleur d’abandon, une de plus, décidément.

Un enterrement dépouillé, on aurait dit qu’elle avait vécue seule au monde, des amitiés, mais certes dispersées, une famille réduite, la stricte intimité. Ça ne dérangeait pas Iki, loin de moi les fausses gens et les parasites se disait-elle. Maman allait être incinérée, enfin, ce qu’il en restait. L’avion s’était brisé, avait pris feu, peu lui en importait. Tout lui échappait, dans ce cercueil, une boîte avec un sachet de restes, on est si peu de choses. Elle était en compagnie de militaires, deux officiers, haut gradés avaient aussi perdu la vie, des commerciaux représentant une société d’armements et elle qui avait servi d’interprète, de secrétaire, d’intermédiaire, elle ne savait. Maman connaissait très bien l’Afrique comme beaucoup de membres de sa famille. Une vente d’armement pour un de ces pays constamment en guérilla, qu’y avait-il eu ? Attentat, elle l’ignorait, et personne apparemment ne savait, dans ces avions, y avait-il au moins des boîtes noires et en pleine forêt, pas d’observation, pas de témoin, une avarie soudaine, un malaise du pilote. Comment savoir, le pourquoi, mettre des mots, pour l’instant, ça ne la ramènerait pas, alors plus tard les langues se délieraient, peut-être en saurait-elle un peu plus un jour ? Dépassée, elle n’en avait aucune idée. Et avec tous ses amis éparpillés dans le monde, quelques faires parts venus de tous horizons, elle se dit que la réponse viendrait peut-être d’eux ? Devait-on ignorer certaines choses sur cette transaction ? Elle était si discrète sur ses voyages ne racontant que des souvenirs de paysages, de forêts, une personne rencontrée dans la protection de la faune, et rien d’autre, restant évasive sur tout le reste de son travail.

Quelques personnes du bourg, des curieux, sans plus, et ce drame arrivé si brusquement. Flo ne connaissait pas très bien le reste de la famille et Iki n’avait pas assisté à beaucoup de fête de famille. De mémoire, un oncle présent aux fêtes de fins d’années, c’est tout.

Les vacances étaient bien différentes, que du bonheur, des copains, des copines souvent en club, destinations choisies au gré des envies dans un catalogue de voyages, peu de contacts familiaux, alors de retour elle se sentait seule au monde et aujourd’hui encore plus, mis à part Flo qui surpassait sa douleur pour la soutenir. Flo avait perdu son amie de toujours et mesurait tristement cette perte.

Une vie si secrète, quelqu’un lui en aurait voulue, et cette transaction, y aurait-il eu des menaces, mauvais entretien de l’avion, des conditions météo difficiles, autant de questions sans réponse. Un officier en tenue d’apparat représentant l’armée, était-elle en mission, une question de plus. Et qui était réellement sa mère ? Ne lui aurait-elle montrée qu’une facette de sa personne ? Au cimetière une voiture s’était arrêtée lorsqu’ils se recueillaient sur la tombe. Un homme regardait avec insistance, un curieux ? Il avait des lunettes de soleil et pourtant il n’y avait pas autant de soleil que ça, une quarantaine d’années, un visage dur, une belle voiture, une Mercedes, lui semblait-il. Quelqu’un dans le petit groupe l’avait également remarqué. Il s’était retourné vers un autre homme en lui disant Hombre ou l’ombre, Iki n’avait pas bien compris, quelques larmes étaient venues et un spasme avait crispé son beau visage, en tous cas lorsqu’elle avait essayé de l’observer, il était repartit comme il était venu, sans la réflexion de la personne, elle l’aurait confondu avec un curieux, mais il avait un regard insistant, comme s’il cherchait quelqu’un et pas sûr qu’il ait été seul dans la voiture. Beaucoup n’avaient pu faire le voyage des cartes de condoléances de tous pays remplissaient la corbeille et ça lui mit un peu de baume au cœur. Elle se dit qu’il serait assez temps pour lire tout ça, qu’elle en saurait plus. Elle, qui s’était toujours imaginée que la mort était une épreuve, un cérémonial, ici tout lui parut raccourci, comme si tout devait aller vite. Toujours au collège, elle n’avait jamais pu assister à des funérailles, faute de repère, elle se dit que ça devait se passer tout compte fait comme ça, et la vie reprit son cours la laissant bien seule, allait-elle assumer cette solitude même avec Flo à ses côtés ? Iki se sentait si triste. Elle qui n’avait pas trop de copines, souvent solitaire se sentit d’autant plus désarçonnée. Une petite délégation d’élèves de son collège, toutes en lunettes de soleil, se tenaient un peu à l’écart ne sachant si elles devaient soutenir ou juste assurer un soutien par leur présence, elles aussi se sentaient dépassées. Passant près d’elles, les voyant si tristes, elle leur avait fait un petit signe, la douleur était si cruelle pour une jeune de cet âge.

C’est Flo elle qui l’avait cherchée à l’internat, elle avait tout emmené, toutes ses affaires, ses livres et le peu habits perso. Une institution stricte, même entre filles, pas de quoi rivaliser avec la dernière mode, l’uniformisation complète, toutes en blouse, que leur tempérament pouvait les différencier, l’arrogance, la rébellion, rien de tout cela, tout aurait été vite écrasé. Flo avait bien senti qu’une fois sortie de sa cage, l’oiseau n’y rentrerait plus ! Elle lui tenait le bras, la rassurant ou se rassurait-elle ?

L’avion privé les amenant à l’aéroport s’était pulvérisé, pas de doute sur l’éventualité de survivants. Pour quelles raisons dans quelles circonstances, tant de questions sans réponse et c’est la colère qui la fit tenir debout. Les experts, combien de temps mettront-ils. Les autorités donneraient-elles toutes la vérité, secret d’état, classeraient-elles tout ça ? Qu’avait-il derrière tout ça, chercher l’aiderait à tenir, fixerait un but, sans quoi la vie n’aurait plus d’attrait, l’aiderait à faire son deuil et surmonter la douleur qui allait surgir encore plus forte une fois l’enterrement passé.

Dans les membres de la famille, seul son oncle Xavier, avec qui elle avait gardé de bons souvenirs était là. Il possédait une affaire à l’autre bout de la France et, travail oblige, il ne leur rendait pas souvent visite. Elle l’appréciait, lui aussi et la gâtait à Noël. Les deux frères se ressemblaient beaucoup, ils s’aimaient bien mais à présent c’est la mort qui les a séparés. Il la serra dans ses bras, elle allait fondre, quand il lui dit : t’es devenue une femme, on dirait ta mère, à s’y tromper. Cours moins le monde qu’elle, à force, elle y a laissé sa vie, et ne tombe pas enceinte si jeune, c’était bien trop tôt t’as bien d’autres choses à faire, non ! Pas de regrets, tu es magnifique, elle était fière de toi.

Dépassée par les événements, le chagrin, comment ne pas l’être, à un peu plus de seize ans et demi, Iki ne pouvait que s’accrocher à Flo, s’endurcir et devenir adulte avant le temps.

Submergée et habitée de sentiments étranges, les larmes ne venaient pas la libérer. Alors, cette boulle qui bloquait sa gorge, fallait qu’elle sorte. Un soir face au petit étang où elle aimait se promener, comme une bête blessée, elle alla hurler de toutes ses forces sa douleur : Pourquoi comme toujours t’es pas là ! Ce cri avait tellement de force, qu’elle avait vu l’étang rider son miroir bleu.

Et Iki s’en fit une raison, en se disant que d’autres gens, d’autres filles, s’y étaient bien faits, puis comme un vilain mal de ventre elle s’était dit que tout allait bien finir par passer. Mais on ne bascule pas d’un monde à l’autre comme ça, la vie ne prévient pas et fallait qu’elle se reconstruise doucement.

- Iki avait envie de se confier, et alla voir Flo.

- J’ai envie de rester avec toi, la maison est d’un seul coup trop vide, ça me donne l’impression d’un portable sans batterie, rien qu’une enveloppe, sans âme, faudra que je fasse de l’ordre dans ma tête, veux-tu m’aider.

Flo comprenait et la serra contre elle : t’es pas seule, elle me manque tellement, je ne serais pas ici sans elle, à présent le monde paraît vide, mais il y a nous deux et on s’aidera, il le faut, pour toi pour elle, elle n’aurait jamais supporté que l’on se laisse aller.

- Découvre la grande maison tant qu’elle porte encore son empreinte, son odeur, essaye de t’y confondre, si elle te rejette, n’y reste pas.

- Pourquoi me dis-tu cela ?

Utilise la maison comme un tremplin pas comme un refuge qui t’étoufferait, il y a des maisons qui deviennent des tombes, qu’elle ne t’enferme pas et ne t’y enferme pas, t’es jeune continue tes études et ouvres-toi au monde.

- Même si tu es la copie conforme de ta mère, elle était d’un caractère fort ne se laissant rien dire, elle avait un travail exigent, je n’en connaissais que peu de choses de ces tractations internationales, contacts avec des diplomates, des politiques, des hommes d’affaires, traductrice, femme de confiance et plus, j’ai toujours suivi tout ça de loin et elle n’était pas bavarde sur le sujet.

Flo faisait son devoir, jeter un coup d’œil sur Iki, comme dans le temps, où avant de partir pour un pays inconnu, Kate lui lançait sans trop se retourner : occupes-toi d’elle, je te la confie.

Flo n’avait jamais eu d’enfant et vivait près de Kate comme une amie saurait le faire. Après un chagrin d’amour elle s’y était doucement installée, servant de maman de substitution lorsque Kate était absente, c'est-à-dire presque toute l’année. Elle s’occupait de tout, préparant les plats pour les invités en se faisant aider par une petite main lorsqu’il y avait beaucoup de monde de prévu. Iki n’avait pas beaucoup profité de ces fêtes-là, restée à l’internat, on lui avait dit, qu’elle n’avait pas sa place dans ces rencontres mondaines.

Iki avait envie, en curieuse, d’explorer la maison que sa mère lui avait laissée et d’y mettre une fois de plus son nez dans ses affaires, à présent ça serait les siennes.

Comme Flo lui avait dit, la maison avait encore le parfum de sa mère. Elle y pénétra, puis entra dans le bureau, il se trouvait à droite du hall l’entrée d’où débutait un grand escalier qui menait aux chambres. Du hall, on accédait aussi à la grande salle à manger qui donnait sur l’étang et sur le parc, elle adorait cette pièce. Sa chambre à coucher était située juste au-dessus, d’où elle épiait des bribes de conversations, alors elle devinait des intrigues, perdait souvent le fil d’autant plus que les conversations étaient souvent en anglais. Elle travaillait tard, souvent avec de la musique ce qui rendait inaudible les dialogues. Par l’autre fenêtre de sa chambre, lorsque le gravier crissait, elle se penchait curieuse de savoir qui pouvait bien venir ?

Iki s’était approprié le siège de sa mère, elle s’y sentit bien, enfoncé dans la mousse et se dit : ce sera mon QG ! Elle brancha l’ordinateur qui de son cliquetis fourmilla comme on se gratte la tête et lui répondit : tapez votre code secret !

Me voilà bien avancé ! Se dit-elle. J’appelle Flo à la rescousse.

- Problème ?

L’ordi de maman me demande son code secret.

Flo débloqua l’ordinateur.

- Met y un nouveau code, une chance que je m’en souvienne, Kate me demandait de la renseigner quand elle était loin. Respectant son intimité, Flo repartit sur la pointe des pieds sans oublier de lui lancer du pas de porte : n’oublie pas de sauvegarde tout ce que tu fais, on ne sait jamais ! Comme si je ne savais pas ! Je connaissais le code de sa boîte mail, j’avais eu l’occasion un jour de le retenir, elle tapait vite mais j’avais l’œil vif ! Ses derniers mails auxquels des personnes avaient répondus attendaient d’être ouverts. C’était peut-être ça la mort : un grand vide, s’était-elle dit en parcourant les mails et autres publicités qui encombraient la mémoire. Elle en avait gros sur le cœur. A peine un article dans la presse, à le lire on aurait dit une anonyme décédée.

Tout ce courrier, elle n’allait plus y répondre, et des relances de gens impatients ! Qu’ils aillent se faire voir ! Et c’est avec empressement qu’elle supprima tout ça comme pour débuter son deuil ainsi que celui de l’ordinateur qui allait souffrir.

-Un grand coup de balais et hop ! La pub et autres spam à la poubelle, ça allait libérer de la place ! Que des inconnus, certains avaient envoyé de multitude courriers, et même en anglais. J’en compris le sens mais n’éprouva pas la nécessité de les sauvegarder. A quoi bon ! Du ménage ! Et la corbeille n’avait peut-être jamais vu tel rangement ! Iki n’en était qu’aux premiers balbutiements. Elle nettoyait comme si ça l’aidait à oublier, de toute façon elle ne comprenait pas grand-chose à tout ça, alors le temps passa une petite faim la tirailla et lui rappela que l’heure avançait, alors elle rejoignit Flo qui l’attendait.

- Elle avait raison, après tous ces événements, fallait bien manger un peu, reprendre des forces, sans quoi elle ne serait pas d’attaque et dégringolerait la pente.

Pour l’instant, maman partie, qu’une idée, meubler l’esprit et gommer tout ce qui peut l’être en se faisant épauler par Flo sans avoir besoin d’autres personnes autour d’elle. Pensant à l’enterrement, lui survint encore de sa mémoire ce regard sombre de l’homme aux lunettes noires qui au volant de sa voiture avait longuement regardé dans sa direction. Elle avait cru comprendre, que c’était l’Hombre, et lorsqu’on met un nom sur quelque chose, il perd de sa force, de son mystère. Encore jeune, mais déjà méfiante Iki sentait qu’il lui faudrait du discernement, de l’intelligence, dans le monde qu’elle découvrait et qui tranchait de sa petite vie avec ses copines de classe et ces événements douloureux allaient éveiller en elle une vision réaliste et des forces décuplées. Kate en mère attentionnée ne l’avait pas mêlée à sa vie professionnelle, considérant qu’elle n’avait pas à mettre le nez dans ces affaires.

Elle avait repris un peu d’appétit ce qui rassura Flo.

- Ne te laisse pas aller !

Elle avait besoin de se changer les idées et dit à Flo :

J’ai demandé à Seb de passer l’après-midi avec moi.

Elle ne voulut pas la friser, elle sentait qu’elle en avait trop besoin.

- Mangez ensemble, invite-le demain midi.

Elle sentait là de la curiosité, de bonne guerre, elle ne s’était jamais gênée d’épier Flo, alors ! Et si tu vas plus loin avec ce Seb, n’oublie pas de prendre la pilule.

Elle allait dire, oui maman ! Mais sa virginité c’était déjà du passé. Dire que certaines en font tout un tralala. Elle avait connu Seb, il y a longtemps, et ils se voyaient de temps en temps. Sa mère pour une fois avait bien sentit qu’elle n’allait plus la tenir longtemps et l’avait autorisée d’aller au bal du quatorze juillet. La propriété ne se trouvait pas bien loin du petit bourg qui malgré ses finances limitées tenait à organiser chaque année une petite fête. Depuis peu, elle était animée par un DJ, modernité oblige, et de ce fait c’était à nouveau redevenu un lieu de rencontre des générations, mais surtout prisée par les jeunes.

L’herbe tendre avait accueilli leurs premiers ébats amoureux, mais à quatorze ans cette première expérience ressembla plutôt à une découverte qu’elle compara sans complexe à ses expériences homosexuelles du collège. La découverte de l’autre passait par là, aurait dit Freud. Les garçons commencèrent à l’intéresser à partir de cette expérience, sa mère lui avait dit : méfie-toi des garçons de leurs airs innocents, une fois qu’ils ont remonté leur pantalon, ils savent te jeter comme un mouchoir. Les premiers, c’est elle qui les avait jetés, ne leur révélant même pas son âge de peur qu’il s’en serve pour s’en vanter !

On a rendez-vous chez le notaire, je t’y emmènerai. Elle m’avait dit ça sur un air un peu gêné avait-elle peur de quelque chose, pour l’instant ça ne me dérangeait pas qu’elle occupe la conciergerie, de toute façon on allait en savoir plus, le notaire du petit bourg allait tout nous dévoiler.

Iki savait qu’elle devait avoir une tutrice et elle avait bien entendu déjà fait son choix. Flo allait gérer ses biens et la libérer de ces soucis de gestion, tout en sachant que sa majorité n’était plus très loin.

- Je dors chez toi cette nuit, demain matin, je continuerai à faire du rangement à ma manière dans le bureau.

Iki avait hâte de tout remuer, s’approprier les lieux, comme pour y mettre ses empreintes et après une nuit qui lui permit d’éliminer une partie de ses idées noires, se leva avec la ferme intention de tout changer, en réaction à la douleur, un instinct de survie électrique.

Elle avait emmené son parfum, et comme pour éloigner les pensées sombres engendrées par les effluves du parfum de sa mère aspergea la maison comme une exorciste l’aurait fait. Ici ça sera chez moi, je range tout ! S’était-elle dite.

Des bibelots rapportés de ses voyages, elle n’en garderait pas, tout serait donné à Emmaüs. Flo passant dans la cour avec sa lessive, lui lança par la fenêtre : c’est le nettoyage de printemps ! Si t’as des meubles à déplacer, ne te démontes pas le dos, je t’aiderai, n’hésite pas.

Elle voulait être seule ce matin-là. Un coli sur une commode attira son attention, il était daté d’avant l’accident. Elle l’ouvrit, il contenait une petite carte sur laquelle elle put lire dans une écriture aux graphes bizarres envoie le à : suivi d’une adresse.

Du papier de soie couvrait le tout, dessous une magnifique paire de bas finement ornés et une parure complète culotte et soutien-gorge.

Un admirateur !

Elle ne le jeta pas sur le tas qui grossissait dans le hall d’entrée et se dit qu’elle verrait ça plus tard.

Le notaire lui confirma que le juge des tutelles avait donné son accord qu’elle héritait de tout et qu’il acceptait Flo comme tutrice, pas de testament, donc elle serait l’abri des soucis financiers pour bien longtemps.

Avant de partir, le notaire faisant allusion à son âge, et la prévint des truands et autre placeurs indélicat même si Flo allait tout gérer.

L’été arriva, les beaux jours, l’année scolaire était de toute façon terminée, la page tournée, la succession réglée et avec les beaux jours tout cela allait l’aider à oublier les jours sombres, redonnant une touche positive et puis sortir avec Seb allait lui changer les idées.

Maman faisait très attention à sa ligne, on aurait dit une jeune fille, nous n’avions que seize ans d’écart et je me piquai d’essayer cette lingerie, pour les bas ça devrait aller, mais le soutiens gorge, j’étais toute excitée à l’essayer, rivalité féminine oblige. Il bayait si peu, quand à la culotte, avec l’élasticité il s’adaptait à mes formes, je connaissais les mensurations de maman par-cœur, on se baladait souvent nue. On lui avait souvent demandé où elle avait porté sa fille et la réponse lui venait tout naturellement : dans un petit coin !

Le miroir reflétait une belle silhouette de jeune top model, les bas à ravir, le reste aussi, tous les atouts de la séduction étaient là. Elle n’avait jamais encore portée une si belle parure, ça lui donnait l’impression de faire revivre sa mère, elle se sentait bien en séductrice, bien dans sa peau avec une impression de transfert, un copié collé. Travesti en maman, un sentiment étrange la prit, entre la séduction, le pouvoir transféré et cette assurance qui procure du bonheur d’être dans la peau d’une autre, tout en ajustant de ses mimiques ce qui agaçaient ses copines qui lui reprochaient par jalousie de singer maman, avec en plus sa fierté. Il avait du goût cet ami ou admirateur, qui lui a fait parvenir cette parure en cadeau, était-ce peut-être plus qu’un ami ? Pour l’instant elle s’y trouvait bien et pour immortaliser l’instant elle fit quelques clichés en mode selfie. Elle avait coupé la tête pour corser l’histoire et le cliché corrigé lui convint. Contente elle se dit : et là, naissent des idées !

- Et si j’envoyais ma photo à cet admirateur, histoire de voir !