Pendu au Téléphone - Pascal Schmitt - E-Book

Pendu au Téléphone E-Book

Pascal Schmitt

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Beschreibung

Au-delà du corporatisme, un ancien lignard de France Télécom s'exprime. Acteur de l'évolution des télécoms, témoin directe du malaise qui avait touché France Télécom avec sa vague de suicides, il raconte son histoire, ses rencontres et les profondes mutations de cette ancienne administration. Conseiller hygiène sécurité et condition de travail, il a connu les difficultés liées au travail et celles qui peuvent amener au suicide dans une entreprise qui a oublié qu'au-delà de la technique, il y a des hommes qui ont besoin de communiquer.

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Seitenzahl: 157

Veröffentlichungsjahr: 2019

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A tous ceux qui ont souffert de tout ce chambardement à France Télécom.

Une autobiographie pour la postérité, une vie professionnelle avant le portable et après les 61 milliards de dettes…

Gris, tout était gris, les vieilles camionnettes et le décor de ce vieil entrepôt qui avait abrité une usine textile. La lumière du matin encore faible, filtrée par des vitres sales en verre armé, donnait un éclairage peu accueillant. Anxieux et impatient à la fois, j’étais encore fatigué de ma courte nuit. Nous voici à l’aube d’une carrière, en regrettant presque celle que je venais de quitter. Une paye moindre, une considération moindre, mais la liberté en plus. L’école des sous-officiers de Saint Maixant m’avait donné des ailes, des gallons et une assurance que j’avais soudain l’impression avoir perdue. Ancien commando, je savais que les palpitations avant le saut étaient normales et que c’est à ces moments là que l’on dévoile son courage. Combien de fois avais-je fait sauter des jeunes recrues dans le vide quand j’étais à l’instruction.

Pas de saut, pas de salut, des poignées de main, des têtes inconnues. Lorsque je changeais de garnison la même impression me revenait. Des visages que l’on croit déjà avoir vus, et pourtant.

Un petit bureau vitré comme un bocal marquait l’entrée. On y apercevait une femme qui essayait de se faire entendre parmi la poignée d’hommes qui l’entourait. Je revoyais les PEFAT 1 , peu sexy, pistolet mitrailleur en érection, des androgynes du troisième sexe. Il n’y a que dans l’administration que l’on côtoie ce genre de femmes, les autres, sans concours avaient trouvé un job et peut-être même plus. Après les curés du collège, les casernes sans femmes encore un endroit mâle.

Un courant d’air me passa derrière la nuque, la grande porte était ouverte faisant sortir les premiers camions.

- Ils livrent les chantiers. M’avait dit un grand blond, ce sont deux anciens qui ont besoin de carburant tôt le matin pour décharger le matériel lourd sur les chantiers.

J’avais compris, on avait aussi des blues bier comme on les appelait lorsque j’étais en garnison à Rastatt. Notre caserne en comportait un par section, multiplié par les compagnies, ça fait du débit. Mais le casse croûte était le moment privilégié et une bonne bière allemande donnait une saveur de fête.

D’autres suivaient et le dépôt se vida doucement, des camions nacelle, une voiture échelle qu’on aurait crue sortie d’un musée ferma le défilé.

-Elle va bientôt être réformée, mais ils l’utilisent encore pour certains endroits inaccessibles et ils y sont attachés. Un jeune chef de chantier vint vers moi. J’allais dire un adjudant mais je n’étais plus à l’armée.

- Pascal ?

- Ton matériel est prêt.

- Malgré l’impression de déjà vu le parallèle était facile à établir entre paquetage et réception de godasses, veste et matériel, dur de ne pas penser à l’armée, d’autant plus que je percevais un béret et une casquette avec une hirondelle jaune. Un ancien me regarda bizarrement.

- A peine là et déjà chef !

- Il y a toujours des gens qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas.

- Ne le prend pas mal. Juste que l’hirondelle de ta casquette est en or, et chez nous il n’y a que les chefs qui ont ces casquettes. Mais de bons augures, tu seras peut-être bientôt chef ?

J’avais une sardine jaune à l’armée alors entre les sardines et les hirondelles. Le béret, impossible de le porter, je le boycottais, il m’avait assez gratté la tête pendant trois ans ensuite je n’avais pas une tête à porter un béret ! Passe encore le bleu, et là, je me posais des questions sur mon choix. Quitter l’armée pour retrouver des costumes et des couvres chefs ? Je me trouvai soudainement difficile et me suis dit : coule-toi dans le moule, à chaque jour sa peine.

Avec mon concours en poche je pus me marier. A l’époque on se mariait avec un travail et le travail était la meilleure dote surtout en Alsace. Etre chômeur et se marier aurait fait désordre. Alors très vite sans consommer ou plutôt sans suffisamment consommer mon mariage je m’étais retrouvé dans une caserne de France Télécom ou plutôt des PTT. L’enfermement n’y était pas, mais pas de femme, de l’ordre, des missions, des permissions, alors ! Et même des demandes de congés où il fallait mettre l’endroit où on allait, comme si par temps de guerre faudrait savoir où nous trouver et donner chaque année ses papiers militaires, comme si j’y étais. En temps de guerre vous êtes les premiers. Ben voyons !

- Vous ne me les perdez pas, j’y tiens, c’est comme ça, une vielle habitude et pour ceux qui ont fait l’armée, se retrouver sans papier, c’est un peu comme aux toilettes, t’es un peu incommodé. En tant que sous-officier j’aurais dit : c’est la prise en main, alors je rentrais dans le corps de la fonction publique et avec un grade, où était la différence. Je me rappelle, on m’avait une fois demandé sur un de ces imprimés que l’administration sait si bien concocter avec son vocabulaire bien à elle : grade ? J’avais marqué sergent. Qu’est ce qu’on peut être gauche des jours. Il fallait mettre agent technique de première catégorie ça fait un peu première classe à l’armée et oui deux sardines ça comptes, mais pas en or celles-là.

Les cours techniques mis à part ces détails vestimentaires me replongeaient dans un monde technique qui me firent oublier l’armée, ici on ne transportait pas les paroles par onde mais par fil et le support réseau était cette portée où les hirondelles pouvaient gazouiller en tout impunités. J’avais beaucoup à apprendre, pour dénigrer ou pour se croire supérieurs, certains éprouvaient le besoin de me regarder de haut. Je les mouchais, il faut savoir garder un peu de puissance sous la pédale et avec mes examens de dépanneur faisceaux hertziens et radio je leur fis vite comprendre mon niveau. Creuse ton trou, m’étais-je dit, je n’étais pas un simple pousse caillou à l’armée, mais ça c’était du passé. J’avais des nomenclatures des codes à apprendre et ma tête n’était pas toujours dans les livres, ma belle me manquait, aussi le passe temps favoris à la pause était de se précipiter sur un téléphone. Les fiancés et jeunes mariés se reconnaissaient à la rapidité de s’accaparer un combiné. On y tapait des fois des records d’autant plus qu’il était gratuit. Une bonne chose de prise à l’ennemi. Encore heureux, ça ne leur coûtait que quelques watts de courant, alors il n’y a pas de quoi râler !

Les techniques de pose, de raccordement, de plantation de poteaux : l’apprentissage. Je m’étais dit que c’était un mal nécessaire, et je n’allais pas en faire une choucroute. Je n’étais pas venu aux PTT pour planter des poteaux ! Il y a avait bien un concours ou une option pour échapper au plantage, même qu’il soit le support numéro un de l’époque, le câble souterrain prenait toute son importance et les années soixante-dix s’ouvraient sur une aire nouvelle. Quelques anciens venus en stage, m’apprirent le quotidien de la génération d’avant, eux c’était : pic, pelle, pioches, barre à mines, et ça le lot de tous les jours ! Ils avaient appris à trimer sur le terrain, à boire aussi et à partager avec les copains, un mot qui prenait tout son sens, partager le pain et le vin. Une page se tournait avec cette génération-là. Moi, c’était la technique qui m’intéressait et ce foutu téléphone qui me reliait à ma femme sans lui, le blues. Mon oreille chaude me rappelait des fois la fin de la pause.

- Encore au téléphone !

- Eh, oui ! N’est pas jeune marié qui veut !

Heureusement qu’il soit gratos. J’aurais limité mes appels, faut savoir gérer. Les jours s’égrenaient comme le cliquetis des commutateurs dans les centraux. Un cœur de réseau qui pulsait de ses roues et ses contacteurs m’impressionnait. Lorsqu’on y travaillait, c’était des vies qui se connectaient. Le matin un central tout aussi calme qu’il pouvait être, savait s’affoler vers midi, j’allais dire qu’il devenait gastrocéphal, les estomacs par leurs gargouillis avaient réveillé les abonnés, il est l’heure de manger sentiment impalpable, envie physiologique, vite un coup de fil avant de manger. Vite tant que c’est encore dans la tête, comme si, après le repas le monde se serait endormi et une longe sieste amnésique s’en serait résultée. Eh ! Oui, l’homme est comme ça. Les centraux vivaient aux rythmes des émotions et aux rythmes des heures. Les miennes étaient devenues matinales. Tomber du lit à 4h pour prendre mon train de 5h25 pour arriver à Strasbourg avec l’omnibus, des jours je me demandais s’il n’allait pas s’arrêter entre deux gares tellement il allait lentement. J’arrivais à 7h et sautais dans la camionnette qui m’amenait… et non, pas tout de suite à mon chantier, mais au casse-croûte, moment sacré et privilégié.

La journée commençait par la perception du matériel nécessaire au chantier, moi, je ne pouvais y participer, ils me cherchaient à la gare juste avant le fameux casse-croûte au cours duquel on échangeait toutes sortes de choses, du syndicalisme, bricolage, au problème perso de vrais échanges des moments particuliers où le mot copain prenait toute sa signification, on faisait partie de la famille des PTT. J’y rentrais lentement et comprenais les rouages initiatiques. Le moment de lire le journal et de commenter l’événement, refaire le monde, une gitane et un café fumant que c’est bon. J’allais oublier l’importance du casse croûte, il devait tenir au ventre jusqu’à midi, et lorsque la météo était mauvaise, il apportait les calories au gaillard. Les anciens y rajoutaient l’antigel, mais pour moi, pas question. Trois ans d’armée et jamais de cuite avec les copains, ça n’allait pas commencer maintenant et je sentais qu’une nouvelle ère s’ouvrait, avec la nouvelle génération, café et croissants le matin et non les tripes et demi de rouge. Un litre de 12 volts disaient les anciens. Mon café noir et mon sandwich me convenaient tout à fait bien. La petite équipe dans laquelle je m’étais intégré ne s’adonnait pas à la boisson. J’en étais heureux, mon chef avait ce brin d’humanité et de compréhension, évitant de coller un jeune frais moulu dans une équipe de poivrot. J’avais suffisamment de caractère pour ne pas me laisser entraîner, mais la promiscuité de certaines personnes, les journées sans soleil, la difficulté de lutter contre le froid ou le vent qui vous cingle les oreilles en haut d’un poteau auraient suffi à inciter de se remonter le moral par l’alcool.

Sans être paternalistes, les équipes de la capitale alsacienne m’avaient bien accueilli, et j’étais jeune marié, alors les blagues fusaient détendant l’ambiance qui chaleureuse, compensait une météo glaciale. On était en début d’année et il faisait froid. A l’armée j’avais déjà connu le froid, alors je bougeais et il y avait la cabine radio chauffée. Mais sur les chantiers très souvent on effectuait les connexions et les raccords, doigts gelés. Un ancien m’avait dit : il faut s’y faire le jeune, t’attrape froid aux pieds en novembre et les pieds se réchauffent en mai. De l’humour ces anciens ! A propos d’anciens, nouveau dans la maison, on avait droit aux représentants syndicaux de tous poils.

J’avais eu l’occasion de découvrir avec mes parents la Hongrie et avais pu admirer ces forêts d’étoiles rouges, il y en avait même sur les toilettes publiques. Quel beau pays, de Budapest au lac Ballaton, mais les étoiles, ça me restera, et tout ce qui s’y apparentait était pour moi communiste, alors ! Et ce n’est pas à l’armée que j’aurais pu me faire une opinion politique, pas l’endroit ! Ne pas oublier, réfléchir, m’avait dit mon adjudant, c’est déjà un peu désobéir. C’est cela !

J’avais mes opinions politiques mais pas très tranchées. Allez, on ne va pas refuser une carte à un syndicat, fut-il modéré. J’en pris une, comme on prend des tombolas de fin d’année, mais au fur et à mesure des années je compris l’importance de tous ces mouvements syndicaux. Pour l’instant mon travail et ma femme accaparaient toute mon énergie. Je l’appelais des fois au travail, elle était secrétaire mais sa patronne filtrait les appels. Un j’te quitte rapide et prompt voulait signifier qu’elle était rentée dans le bureau.

Le printemps arriva avec une bonne nouvelle, j’étais muté dans ma ville natale bénéficiant des mesures de rapprochement d’époux, enfin à la maison.

Je quittais avec regrets cette petite équipe bien sympathique qui m’avait enseigné les rudiments du travail sur le terrain. Un jour mon collègue qui tenait les plans m’avait dit : tu coupes le câble qui part à gauche et tu le raccordes sur le nouveau. Moi, je vais au central pour muter tous les abonnés. J’avais appris l’importance de l’étiquetage et pour moi la bible, c’était ce qu’il y avait marqué dessus. Je coupe et je raccorde. Au bout d’un moment, je me dis tiens, il y a du grabuge là-dehors. Mon raccord s’effectuait dans une chambre profonde sous trottoir, l’activité dans ce quartier ne m’avait pas marquée plus que ça, et pourtant, j’entendais de plus en plus de gens parler fort. Sursautant dans mon trou, deux policiers pistolet mitrailleur à la main.

- C’est vous qui avez coupé l’alarme de la banque.

- Euh ! Je travaille sur un câble… peut-être que ?

- Bon, vous auriez pu prévenir. On reste jusqu’au rétablissement.

Mon collège qui avait terminé les mutations fut surprit et se justifia. Il avait rétabli une connexion spéciale mais ne s’en était pas méfié. En plus, j’avais mal raccordé le câble et l’étiquetage étaient faux. M’aidant, on rétablit rapidement l’erreur et tout rentra dans l’ordre, sauvé ! A cette époque nous pouvions pratiquement faire ce que nous voulions et couper au moment qui nous semblait opportun. Mais j’en pris de la graine et en rigolais avec les copains.

- Baptême du feu, m’avaient-ils dit.

La demande de raccordement était tellement forte que nous avions du mal à suivre et à l’époque je gonflais mon salaire avec des heures supplémentaires. Partout nous étions la bienvenue et souvent en branchant un immeuble, un quartier lors d’une extension, on entendait : c’est quand que je pourrai avoir le téléphone ? Les années soixante dix, le boom du téléphone. Avant, il n’y avait que des prioritaires, les administrations, le maire d’un village, les notables, peu de particulier. On venait plutôt téléphoner à la cabine avec de la petite monnaie dans sa poche.

A cette époque nous n’étions qu’une famille aux PTT, d’où nos anciens véhicules gris qui à présent devenaient jaunes, signe d’une évolution et nous nous démarquions déjà doucement. On sentait déjà deux entités, mais nous avions encore les mêmes casquettes et le même ministre. La Poste, elle continuait son petit boulot, tandis que nous, nous étions courtisés, désirés de telle sorte que l’administration a du relever les tarifs pour freiner la demande. J’en avais fait les frais, car à cette époque nous payons le téléphone comme tout citoyen, et je trouvais ma facture salée, ma femme aimait téléphoner, alors.

Je me souviens, attendu impatiemment, je devais rebrancher une ligne dans une école, après des mutations, on était mercredi, je sonne, une jeune institutrice m’ouvre.

- Je dois rebrancher un câble.

- Entrez, j’ai remarqué des tintements. Elle avait une petite mini, décontractée, elle m’avait dit : je vous devance avec un beau sourire. L’escalier était raide, moi aussi, avec son petit derrière qui se trémoussait devant moi. Je dû me souvenir au dernier moment que j’étais marié et en service pour éloigner le trouble. C’est avec un certain empressement que j’effectuai le travail. Elle voulait tout savoir, adossée au mur une jambe repliée, je voyais sa petite culotte blanche, quelle tentation ! D’autres situations similaires avaient mis ma fidélité à l’épreuve, mais je tins bon et tenais à ma femme. L’administration en cas de plainte, aurait été ferme avec les sanctions qui auraient suivi. Des histoires d’abonnée sans culotte faisaient alimenter des fois les fantasmes au casse-croûte. Mais, où était la vérité ? J’étais incrédule et ce n’était pas ma tasse de thé, alors. Ma femme en jeune mariée me regardait en rentrant d’un œil inquisiteur : a-t-il l’œil vitreux, les soucis, la fatigue. Maîtresse des fois, un peu maternel à d’autres moments, mais elle avait un peu raison de s’inquiéter.

- Nous avions un chantier d’extension de réseau dans le vignoble, aussi nous tirions nos câbles à l’aide de cordelettes aiguillées au préalable dans la conduite. J’enroulais les cordelettes dont on n’avait plus besoin, pourquoi mettre en vrac ce qui peut être enroulé, ça peut servir. Un viticulteur sorti de sa cave avait flairé la bonne occase pour récupérer quelques écheveaux.

- Bien costaud vos cordelettes ! Ca me ferait de bons cordeaux quand je plante mes jeunes vignes. Elles avaient 300 m de long, de quoi faire et je lui fis plaisir.

- Entrez, vous n’allez pas partir comme ça ! Sa cave, tout en grès rose était magnifique. Des vieux outils, paniers, veilles bricoles, témoins du passé décoraient l’intérieur.

- Une planchette pour chacun, prenez place. Mariette avait compris et ramenait des bouteilles de vin, une miche, et du lard.

Mal barré, m’étais-je dit ! Histoires du passé, anecdotes, blagues, je sentais les copains scotchés sur la banquette. A 18 heures il fallut renter, dur de se lever, je n’avais pas l’habitude. Le chauffeur arrivait encore à rouler droit, mais le copain devant nous avec son camion nacelle partait à gauche, comme ses idées surtout quand il avait bu. Mais pour l’instant nous lui faisions des appels de phares pour qu’il tienne sa droite. Une chance ce soir-là d’être rentrés sains et sauf, mais j’avais pris conscience qu’à jouer comme ça un jour on le payerait.

Ma femme m’avait accueilli fraîchement, jeune marié elle n’avait pas envie d’abriter un alcoolique dans notre petit appartement tout propret que l’on avait aménagé avec soins. Ma seule envie ce soir là, les genoux à terre était d’embrasser la cuvette avec la ferme intention que cela ne m’arrive plus. La mine plutôt pâlotte je repris le travail le lendemain les copains avaient terminé au bistrot du coin QG, où après le travail, ils finissaient la journée. Un jour, travaillant dans sa commune où il était chef des pompiers, ancien pilote de stock-cars, il avait voulu nous montrer ce dont il était capable, et nous avons fini en équilibre sur le bas côté le nez dans le vide. J’étais à l’avant, et du escalader les sièges pour sortir à l’arrière gauche, prendre appuis sur le pare chocs, faire contre poids, car la voiture menaçait de glisser dans le vide avec mes trois autres copains dont un noir qui était devenu gris. Le camion d’équipe nous servit à retirer sa voiture de ce mauvais pas, et nous, les jambes tremblantes avons arrosé copieusement la falaise. Ma femme était sur le point d’accoucher et ça aurait été terrible de laisser une petite sans papa pour des conneries.