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Woolf le chien qui savait lire. Mes maîtres m'avaient recueilli à la SPA et tout aurait dû se passer à merveille.Hélas, il y eut un mais, alors, après avoir défendu ma maîtresse, je me retrouvai chez Hubert, un vétérinaire, qui va m'éviter l'euthanasie. Il me plaça chez Anna et Martial, j'eus de bons soins, fis des voyages, mais aussi des expériences spéciales, qui me rapprochèrent de plus en plus des humains, j'allais les comprendre...
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Seitenzahl: 254
Veröffentlichungsjahr: 2019
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Maman était berger Allemand, avec du loup d’Alsace dans ses gènes, papa fier de ses origines de chien des Douars, Aïda, berger Kabyle, sacré mélange, à la fois intelligent, féroce, vigilant, docile, et gardien acharné d’après le gars de la SPA qui m’avait accueilli, en plus, multiculturel, avait-il dit !
- Il ne restera pas longtemps, il est mignon. Il y a tous les atouts pour être beau !
- Et je l’étais, évidement !
Certes, mais mes maîtres auraient pu me laisser avec mes frères et ne pas nous séparer. Mais, circonstances atténuantes, j’avais compris qu’ils déménageaient, hélas, étant le dernier de la fratrie, ils n’avaient pas eu le temps… un peu plus, ils m’auraient abandonné au bord de la route !
Je frétillais de la queue. Encore raté. Nous étions samedi, j’avais fait le beau toute l’après-midi, même aboyé contre une vielle qui sentait la frite ! Pas celle-là ! Je me voyais déjà avec un flot autour du cou, non, la honte !
J’ai même vu cet après-midi là, de journée de portes ouvertes, car elles étaient ouvertes devant moi, une personne apporter un serpent. Sa forme me fit tout de suite penser à l’enseigne du refuge SPA, cette première lettre S avait la même courbure que ce serpent. Quel drôle de bestiole, pas de patte, qu’une tête tout en dents pour mordre. Nous aussi nous en avons et on s’en sert, mais eux on dirait que ce n’est que pour piquer. Vu leur forme, un peu comme celle que le vétérinaire m’a mis dans la cuisse. En plus, il devait être malade, jaune et blanc, ce n’est pas une couleur académique ! J’en avais déjà vu passer des verts, des gris, mais pas bicolore comme celui-là ! Pour passer le temps, je regardais entrer les gens, devant ces inscriptions en métal qui ornait le dessus du portail d’entrée, de mon côté, la première lettre faisait comme le dessin d’un tréteau, comme celui qu’ils avaient à l’entrée où une jeune fille assise donnait des tractes aux gens. Je serais bien parti avec elle, elle était jolie et ne paraissait pas méchante. La deuxième lettre ressemblait à une canne comme la vieille, et la dernière lettre avait la même forme que ce drôle de serpent ! Il y en avait qui ramenait des portées de chats, d’autre des bestioles à plumes, à poils.
La concurrence était rude, on voulait tous partir d’ici, pas de liberté et pour le sommeil, ce n’était pas terrible, toujours un qui la ramenait, certains cauchemardaient la nuit et aboyaient, quand les autres essayaient de se reposer, quel joyeux bordel !
- Comme il est mignon ! Une touffe de poil, c’est celui-là, que je veux, s’exclama Véronique en regardant Jean-Pascal !
Et c’est comme ça que tout arriva.
Ils formaient un couple de jeunes amoureux et j’étais comme leur premier enfant. Ils devaient m’attendre car tout était prêt dans leur maison. Le coucouche-panier, la gamelle, le glouglou, la petite laine, au cas où, même un copain en gomme que je mordillai tout de suite de plaisir au grand ravissement de Véro qui me dit : tu seras bien chez nous !
- On a bien choisi, en le regardant bien, il a une tête d’un loup et un regard qui pétille comme un être humain.
- Je ne savais plus où me mettre, tant d’attention, moi, qui sentais encore la SPA. Quel drôle d’endroit, j’étais un peu jeune et là je rencontrais de tout : du milieu des clodos aux minettes. Il y en avait qui avaient de drôles de têtes, ça ne m’étonnait pas qui se retrouvaient là. Des chats de tous styles de tous poils de tous pedigrees, je n’aimais pas leur odeur, très malins, plus intelligents que les autres, malgré ça, j’en aurais quand même bien secoué un, histoire de me défouler. Une chance, j’étais seul à la maison, encore supporter un chat, non !
Je m’organisais, cherchais mes repères olfactifs. La poubelle, pas difficile, et je me pris vite un coup sur le museau, et pourtant, il y a toujours de quoi manger là-dedans, pas comme dans les boîtes de conserves qu’ils achetaient, même avec une belle étiquette, on ne peut pas les ouvrir et les autres boîtes en plastique encore moins. Ici, ordre, la gamelle, rien d’autre et celle-là avait déjà pris mon odeur, aussi, j’aurais pu la reconnaître, même les yeux fermés. Pour le reste, je m’orientais aux traces des pas, aux toilettes qui sentaient l’humain, un peu comme les WC publics. J’ai failli marquer mon territoire, à un endroit inapproprié, mais au premier levé de patte, je m’en pris une, et pourtant Véronique avait bien dit : il sera bien ici ! Ici, c’est où, ils ne savent pas s’orienter ? Mais, j’oubliais qu’ils marquaient tout avec des lettres et celui qui ne sait pas lire…
J’avais découvert le quartier avec Jean-Pascal avec qui j’ai fait ma première sortie. Je me sentais perdu parmi toutes ces traces. Une jolie demoiselle bien entretenue que j’avais envie de séduire passa, mais un coup de collier m’indiqua vite qui était le maître. Il décidait de tout, et que comprenait-il de mes aspirations sexuelles ?
J’avais de la chance, mes maîtres étaient en vacances et me sortaient souvent comme toute bête de compagnie. J’avais le droit de visiter toutes sortes d’endroits, boulangeries, devantures de magasins et certains coins où j’aurais aimé aller comme la boucherie, les poubelles, mais il y avait des interdits. J’avais repéré un rouquin qui m’avait toisé en pissant devant moi marquant son territoire, il ne lui appartient pas ! Je voulu, mais un coup de collier me fit comprendre que ça ne se faisait pas. Plein de choses naturelles que je n’avais pas le droit de faire, ils m’avaient pris pour un enfant, mais ils n’avaient qu’à porter des lunettes pour se rendre compte de la différence ! J’avais repéré où j’étais et lorsque l’on rentrait à l’appartement, il sonnait au bouton où il y avait trois lettres, un S comme un serpent, un J qui ressemblait à un crochet comme celui où était pendus les couteaux chez le boucher et un P comme une canne mais pas de A, comme à la SPA, mais ici j’étais aux petits soins et pensais aux autres, ils n’avaient qu’à faire le beau comme moi, séduire et trouver des gens en manque de gardien ou de progéniture. Véronique et Jean-Pascal m’avaient bien trouvé ! J’étais heureux avec eux, Jean-Pascal me sortait souvent, je rencontrais des copains au square où je pouvais faire mes besoins et me rendre compte de la foule de compères qui utilisaient le coin, autant j’étais heureux de me promener, autant ma liberté était restreinte, j’avais de véritables maîtres. Des fois, on sortait près du canal, là, je pouvais enfin courir, que c’était bon de se lâcher, j’apprenais aussi à revenir sur ordre, aussi j’aurais bien aimé lui faire fausse compagnie, mais ça voulait dire, retour à la SPA, à choisir, je préférais ma semi liberté, on va dire qu’on a rien, sans rien, j’avais appris à être raisonnable. Il arrivait que ce soit Véronique qui me sorte, Jean-Pascal l’appelait Véro et elle Choux, drôle de nom. Elle était plus relaxe, moins directive, mais de toute façon, c’est elle qui dirigeait. Elle l’épiait des fois derrière ses rideau essayant de deviner où il allait. Lorsqu’il avait le dos tourné, elle regardait son I phone ou son ordinateur. Je n’étais pas aveugle, même si je n’y comprenais rien. Je me disais, la confiance règne ! Elle me laissait des fois plus la corde un peu plus lâche, j’étais son bébé, alors ceci expliquait cela, aussi lorsque je pouvais draguer une petite jeune, vite fait, mais très vite, avec la vigueur de mon âge, elle hurlait mon nom comme si je venais de commettre l’irréparable. Ca faisait du bien et elles n’avaient qu’à pas être en chaleur, je ne tenais plus, ce parfum sous la queue me rendait fou, en deux secondes, j’étais en forme et hop cela faisait du bien jusqu’à la prochaine fois !
- T’es comme ton maître, me disait-elle !
J’avais lorgné dans leur chambre, elle n’était pas toujours fermée et remarqué qu’ils se léchaient aussi et faisaient ça par derrière. J’appréciais ma copine Sucette, le labrador de la voisine, on s’entendait bien, je sentais son odeur sous la porte de l’appartement. Un coup elle m’avait excité, j’étais en forme mais ça me valut un coup de laisse derrière les oreilles, elle avait vu mon sexe en érection dans la glace de l’ascenseur, ça se voit chez nous, nous n’avons pas de pantalons ! Quand j’y pense, Jean-Pascal ne prenait pas un coup derrière les oreilles lorsqu’il était en forme. Ils faisaient ça dans la cuisine. Je les regardais faire en me disant : que de chichis et de temps perdu, moi, quelque instant me suffisaient. Sucette n’était pas toujours d’accord, et pourtant la voisine disait, ça donnerait de jolis petits ! Pourquoi pas un mariage, tant qu’ils y étaient ! A propos, ils en parlaient des fois, moi, j’en doutais car Jean-Pascal rencontrait de temps en temps une autre femme. On allait la voir au bistro, lorsqu’il m’emmenait faire un tour, et on sortait de plus en plus de telle sorte que Véro devint soupçonneuse. Ils m’avaient recueilli pour éviter de faire un enfant, avais-je entendu, moi, on me remettrait à la SPA, un môme, c’est plus difficile. Jean-Pascal embrassait la serveuse comme il l’aurait fait avec Véro. Elle ne travaillait pas très loin du square et je crois que j’ai même contribué à vendre la mèche. Véro me sortait également, et moi, d’instinct, j’étais allé côté café. Ayant sa petite idée derrière la tête, elle m’avait défait la laisse, moi me sentant libre et ne pensant à rien de mal, en plus ce n’est pas mes affaires, je me suis directement dirigé vers le bar.
Pourquoi va-t-il là-bas, s’était-elle dit ? Elle avait du se rendre compte de quelque chose, car le soir le ton était monté et ils s’étaient disputés.
- Tu fais attention au chien maintenant ! Ce n’est qu’un chien, à la première poubelle...
Moi, je savais. Eh, oui, ça crevait les yeux, non !
- C’est la fille qui t’appelle sur ton portable ? Ils avaient du s’expliquer et ils se calmèrent. Il devait toujours encore la voir, mais sans moi, encore qu’un jour, alors que j’étais avec, je l’avais bien vu la serrer contre lui comme avec Véro. Moi je n’avais pas le droit de rencontrer n’importe qui, un écart, et il tirait sur la laisse. Et ce n’était pas les conquêtes qui manquaient, des fois je laissais un petit message olfactif, ma carte de visite après un lampadaire ou un bouche d’incendie. Et lui : pas ici, pas là, qu’il pouvait être suant, c’était mon territoire et les nénettes, c’est sacré, si elles voulaient bien, elles sauraient me reconnaître, nous n’avons pas d’I Phone, juste notre langue à nous. Un jour, qu’il m’oubliait dehors, le temps de voir sa serveuse et attiré pas des restes appétissants repérés dans une poubelle, je l’avais renversée histoire de calmer une petite faim, la dalle, des jours, d’autant plus qu’ils ne me donnaient pas toujours suffisamment à manger, et j’entendais souvent : il ne doit pas être trop gros, limite-le, fais lui faire de l’exercice !
J’avais envie de dire, c’est toi, qui porte mon poids ! Mais le coup de la poubelle avait mis le feu aux poudres !
Et ça n’arrêtait pas, ils s’engueulaient, et s’engueulaient, à ressembler plutôt à des aboiements et ça, jusqu’à oublier ma pitance ! Jean-Pascal n’ayant pas d’humour à plaisanter, Véronique jalouse en remettait une couche, et ça recommençait, enfin quand elle avait bien crié et se calmait, elle captait enfin ce que je voulais. Quant à Jean-Pascal, je lui aurais bien croqué dans le mollet, pour le calmer, mais c’était sans aucun doute s’attirer plus que ses foudres.
Ils avaient essayé de se réconcilier et avaient prévu quelques vacances au bord d’un lac.
Ils étaient aux petits soins, j’étais aux anges, que c’était bon, quand ils se calmaient.
La voiture était prête, allais-je en promenade avec Véro ? Eh, non ! C’était ma dernière visite obligatoire après la sortie de la SPA. J’avais oublié et avais nullement envie d’aller le voir. Ca sentait toujours bizarre chez lui, le stress, l’angoisse, je le craignais et pourtant Hubert était le vétérinaire attitré de la SPA, donc il n’était pas là pour me faire du mal.
- Comme il a grandi et devenu costaud !
Je bombai le torse.
- Ce qui m’a toujours surpris chez Woolf, avait-il dit, c’est ce regard presqu’humain qui comprend ce que je dis. Ca doit être un sacré dragueur, en plus avec sa tête de loup et ces yeux charmeurs, il est l’étonnant mélange réussi avec les qualités des Aïda de Kabylie, chien des Douars aux regards intelligents, mystérieux et le meilleur côté du loup d’Alsace.
- Véro affirma. Presque-trop ! Avait-elle dit.
- Il est jeune et fougueux, normal !
- Au moins un, qui comprend, pensais-je.
- Il m’ausculta de la truffe au sexe.
- En plus il a ce qu’il faut !
- Eh, oui, pensais-je.
Il en avait un peu ajouté et je sentais Véro gênée. Pourtant lorsque Jean-Pascal la charmait, elle ne rougissait pas, ils étaient plus rapides que moi avec le chien de la voisine. J’aurais aussi pu dire de lui, eh, bien monté !
- Bon pour le service ! Avait-il dit à Véro.
Il était sympa comme véto. Avant de partir, je fis le beau pour le remercier de sa caresse derrière l’oreille. Je n’en recevais pas beaucoup ces derniers temps car l’atmosphère était lourde à la maison.
- Si vous avez un problème, n’hésitez pas c’est un brave chien !
- J’avais envie de dire à Véro. T’as entendu !
Je n’aimais pas trop me faire balader dans la voiture, je me callais néanmoins pour ne pas trop rouler de droite à gauche.
J’étais content de rentrer chez moi. Jean-Pascal n’avait pas l’air content.
- Où étais-tu ?
- Elle lui répondit qu’elle était allée chez le véto avec moi.
- Je m’en fous, lui lança t-il. Des jours, il compte plus que moi, et t’as que ça à faire !
Moi, je ne pris pas parti, mais il fini quand même par m’agacer avec ses réflexions. Et tout se gâta, il s’énerva, poussa Véro vers le bac des plantes d’appartement, elle perdit l’équilibre et termina sa chute contre l’évier. Pour moi c’en était trop et réfléchir dans ces cas m’était impossible, alors je ne sais pas ce qui m’avait démangé, son mollet était à ma portée et quand il leva sa main en voulant la frapper, je lui plantai gaiement mes dents dans la chaire tendre. Il poussa un hurlement.
- Bien fait ! Me dis-je.
C’est alors que tout partit en live, il sortit sa ceinture et moi mes crocs, de telle sorte que Véro hurla ce qui lui fit ranger son arme et moi fermer ma gueule.
- Il ne vivra pas longtemps ! Tu l’emmèneras chez le véto, ce bâtard et le faire piquer, je ne veux pas d’un chien dangereux, je t’avais dis qu’à la SPA ils n’ont que des bâtards ! Et s’il mordait un enfant ?
- Le vent a changé de sens, ça chauffe, me dis-je.
- Les enfants ne tapent pas, il a voulu me défendre, lui répondit Véro.
- C’est lui ou moi !
Je me dis que je n’avais pas la tête à mordre un enfant, non ?
- Il n’avait qu’à réfléchir avant, toi, aussi !
- N’en rajoute pas !
Elle m’emmena chez le véto pour savoir si j’avais la rage. A propos de rage, je pensais plutôt que c’était lui qui l’avait !
- S’il recommence, je le fais piquer !
Elle trouva qu’il allait un peu vite !
Véro expliqua, pas tout, bien sûr et Hubert la rassura.
- C’est un gardien, sa réaction est normale !
- Au moins un, qui me comprend, me dis-je.
- Faites attention à vos réactions, il défend, c’est dans ses gènes. Il est vacciné, donc, pas de danger pour votre ami.
Ca, c’était dit ! Un gars bien, cet Hubert !
C’est dans mes gènes, Aïda chien des Douars, mélangé à de l’Alsacien, faut pas me chatouiller, je démarre au quart de tour !
Nous partions en weekend. Ils s’étaient une fois de plus disputés, décidément, c’est presque tous les jours, à présent. Mis à part quand ils faisaient l’amour, que ça en tête et moi qui me faisais critiquer quand je flairais une opportunité. Je crois qu’ils ne s’entendaient que pour ça.
Les bagages étaient prêts, on passait quelques jours au bord d’un lac, puis on finirait la semaine à la mer.
La mer, je l’avais vue à la télé, ces immenses vagues, ces bateaux géants, ces gros poissons contre lesquels je n’aurais jamais fait le poids et qui en plus n’auraient fait de moi qu’une bouchée et ces requins toutes sortes avec leur œil qui voulait en dire long. Mais aussi ces plages dont je rêvais, la liberté à en perdre haleine et ne plus les entendre se chamailler. Ca devenait lourd, n’avaient-ils rien d’autre à faire ? Crier, était peut-être l’équivalent du chien que j’entendais des fois au loin en lisière du quartier, il s’exprimait toute la nuit et à sa voix, je comprenais qu’il avait peur et aboyer, le rassurait de son écho. Ici, pour courir, on pouvait toujours courir, mais très vite, un mur, une voiture qui vous surprenait, un interdit, quel vie de chien !
Ils regardaient des émissions sur mes amis les bêtes sauvages, j’aimais ce mot sauvage, ça commençait comme un S de SPA ou le S que j’ai pu lire sur une boîte de sucre et qui m’a valu un coup sur le museau. Ces serpents, ils ne doivent pas être bien francs pour serpenter comme ça. J’ai pu en voir dans des reportages africains, la meilleure technique est encore de les éviter. Et le sifflement de ces serpents, ça sonne aussi comme saucisson, soit sage. Je préférais Woolf, ça sonne comme quand j’aboyais pour prévenir, sans trop insister, pas casser les oreilles, les humains ont les oreilles fragiles, mais ne comprennent quand même rien. Ma voix est douce comme le vent, comme un grondement avant les premiers éclairs francs. La différence entre le sauvage et moi c’est l’asservissement encore qu’en restant près de l’homme on avait la garantie de rester en vie, en fin, à peu près. J’ai vu à la SPA des cas où ils n’avaient pas d’autre choix que de les éliminer tellement qu’ils étaient en mauvaise forme. Jean-Pascal regardait une chaîne qui portait sur la chasse, j’aurais bien aimé chasser ne serait-ce que pour ce côté liberté et peut-être pour être utile, encore que c’était le plus souvent que pour tuer mes frères sauvages et ce coté abattage me laissait une impression étrange et déplaisante mais, c’est eux ou nous.
La voiture était prête, j’y avais ma place, ma couverture pour ne rien salir et le droit de me taire. Un coup de soleil sur la truffe, un coup de clim, ballotté tout compte fait j’étais mieux chez moi !
- Ca a l’air de lui plaire le voyage, Woolf, ne dit rien !
- Qu’avait-il à dire : j’ai envie d’un os, d’une fille, d’arriver ? S’ils savaient !
Ils s’étaient enfin arrêtés. Nous étions à une station service.
Que de monde, et tout compte fait, je n’étais pas le seul à me faire trimballer en vacances ! Entre le toutou chic, les ridicules qui ne s’en rendent même pas compte avec leur nœud de couleur dans les poils et ceux qui sortent du toilettage, j’avais peut-être l’air rustique, mais, authentique au moins.
Un petit levé de patte, que ça fait du bien et je n’étais pas le seul à avoir choisi l’arbre à côté de la voiture, il y avait là quelques compères. Un coup de glouglou et j’eu le droit de garder la voiture.
Ils avaient l’air plus détendus, encore loin ? J’allais découvrir un coin sympa au bord d’un lac de St croix dans le Verdon. Ca ne m’avançait pas de savoir, je ne savais de toutes façons pas où c’était ? Un coin naturel, j’avais entendu, au moins ça ! J’allais donc pouvoir me défouler un peu, enfin pas complètement, car j’allais être attaché comme d’ab.
Jean-Pascal m’avait pardonné, enfin, je pensais, car il restait méfiant, comme s’il avait appris à avoir peur de mes crocs. Moi, je me disais : tu la bouscule encore une fois mais cette fois, j’appuierai un peu plus sur mes mâchoires et ça sera bien fait !
Ils m’avaient donnés ma place, devant le bungalow et interdiction d’aboyer, et eux peut-être de parler, non ! Je n’étais pas encore chez moi, mais là j’étais bien, avec vue sur le lac. Je ne m’embêtais pas, un chemin passait juste devant le bungalow ou plutôt me séparait du lac et les gens l’empruntaient pour aller vers une petite plage toute proche ou pour aller faire leurs courses au petit magasin qui sentait la poudre à laver et le pain. Des fois, ils revenaient avec des sacs remplis qui m’auraient intéressé. Ca me passait le temps de les observer, par moment un enfant s’approchait de moi, avant que l’un de ses parents ne dise : attention ! Il pourrait mordre ! Ai-je l’air si terrible que ça ? Mais ça me faisait des vacances et me passait le temps, reluquer toutes sortes de gens et la voisine qui se prenait pour un canon de beauté en tournant ses fesses comme son loulou qui me toisait. Je l’aurais bien secoué et n’en aurais fait qu’une bouchée. Rien, pas le moindre parfum d’amour, encore une qui s’est fait faire la totale ! Et avec ça, elle croyait séduire ! Une différence entre celles qui font la difficile et celles qui n’appartiennent qu’à leur maître, certains même à leur maîtresse. J’avais vu un truc que Jean-Pascal avait regardé sur son ordinateur, une maîtresse qui ne s’embêtait pas avec son chien, enfin excuse, il était plus gros que moi et mieux monté au niveau de sexe. Je me demande ce qu’elles y trouvent, moi, je préfère une qui est à ma taille, affaire de goût avec un bon pédigrée, c'est-à-dire du loup, le reste n’est pas digne d’intérêt et n’est qu’une déclinaison de notre race supérieure. Berger Allemand oblige ! Enfin, j’ai tout de même du berbère, mais, j’ai bonne gueule comme on m’a déjà dit !
Mes maîtres avaient l’air de se réconcilier et de former un couple nouveau, un peu comme ceux que je voyais passer, main dans la main, mais qu’ils arrivaient quand même à critiquer : elle a la jupe trop raz la cafetière, t’as vu leurs simagrées, t’a vu celle là et celui là, des peoples du sexe. Moi, ils me faisaient rire, je ne suis pas aussi difficile, si elle était consentante et sympa, c’était, ok ! Si elle sentait la vieille, le rance, ou la ménopausée, elle pouvait rester là où elle était ! J’aime les sportives, les muscles fermes, à la limite les jeunes qui se débattent, histoire de faire du sport. A propos qu’est-ce qu’ils ont à courir, même mon maître, faisait à présent du jogging, fier de moi, se sentait-il protégé, décidément je deviens people, et je compris que c’était en fait une excuse pour s’intéresser aux autres filles, j’ai vu, mais ne dis rien, quel coureur de femelles, en chien il me battrait. Les soirées étaient sympas, je partageais un peu plus de temps avec eux, ils s’étaient calmés et moi, je ressentais ça, alors j’étais aussi plus cool. Ensuite il a fallu qu’ils partent, jamais tranquilles, pourtant, j’étais bien ici.
On plia pour aller à la mer, c’est vrai que ça pourrait être bien, j’avais vu ça à la télé. Ici pourtant on était relaxe, le Verdon une super Véro qui trouvait l’eau un peu fraîche, au moins un truc de frais ici, car il faisait chaud à en crever. Ils ne s’en rendent pas compte, nous on a des poils, et on n’est jamais à poil !
Alors à nouveau, voitures, klaxons, embouteillage, tensions, engueulades, bref, ils doivent aimer ça, ma parole ! Je dis ça, parce que j’avais envie de faire pipi et eux qui ne s’en inquiétaient pas. Ils font quand même ça quand ça les pique, Jean-Pascal, un arbre, comme moi lui suffisait, mais Véro avait ses exigences, il fallait que ce soit bien, ça sente bon, difficiles et délicates comme les femmes savent l’être. Ca ne m’étonne pas qu’ils s’égueulent par moments. Enfin la grande bleue, oui, il n’y avait que ça, du bleu, le Verdon me plaisait, plus de rochers, pas de paysage, de l’eau fraîche du soleil et des nénettes qui passaient près de moi, moi qui était le plus beau, du coup !
Un bungalow, du sable oui, mais ça colle aux pattes, du chaud même du très chaud, mes coussinets qui en prenaient un coup, non d’un chien on n’a pas de chaussures, nous ! Et leur grande bleue, salée en plus et ne pas se baigner n’importe où, réglementé, est-ce qu’on a regardé s’ils font pipi dans l’eau, et les poissons, ils font où leur pipi, alors ! Et ils boivent dedans. Moi je ne pisse pas dans mon écuelle. Mais, pas le choix, certains bâtards m’avaient dit, t’es en vacances c’est super, que du bon. Faisait chaud, c’est bon n’empêche quand t’arrive pas à dormir, des conneries te traversent l’idée : t’es jeunes, tailles-toi, prends un peu de liberté pour aller voir les copines, celles qui sentent bon ! Un jour ça me prendra, à moins qu’ils me les coupent. Peu probable, Hubert, mon véto, est sympa, il ne ferait pas ça. Il a tout d’un vrai mâle, même la barbe.
Jean-Pascal m’emmenait les matins courir sur la plage, ça faisait très vacances, le grand air, plutôt ça que de courir dans une salle, je préférais, et un bond dans la mer quand ça me piquait, sauter dans l’eau, génial, et repiquer un sprint mais ça ne plaisait pas toujours à Monsieur ! Il n’était pas le premier, Monsieur se vexe ! Il aurait pu être toujours comme ça, mais quand il s’engueulait avec Véro, c’était l’enfer, un véritable emmerdeur, en fait, un véritable mufle.
Un soir, ils étaient partis, me voilà seul, et j’avais été prévenu, pas de conneries, pas aboyer, les maîtres pouvaient, mais pas moi. J’étais pour une fois à l’intérieur du bungalow et ils me mettaient la télé, comme si je comprenais quelque chose, mais me mettaient des émissions sur les animaux et là, je voyais des choses, de belles choses, mais également des choses qu’une bête ne devrait pas voir, animaux massacrés et toutes sortes de tortures que l’homme sait faire. Et qu’est-ce qu’ils racontent comme conneries dans leur pub, nous on a la langue pendante, mais eux sont people, et vas-y dans les futilités.
Et tout a une fin, à nouveau voiture, pipi qu’il faut retenir et l’ennui. Délivré, enfin, la maison, agréables les vacances, mais ma truffe me disait que les miennes allaient commencer, on se pépèrdise, la routine, pas de tracas, pas de blabla, pas d’embarras.
Je m’étais acoquiné avec un écureuil, il y en avait quelque uns, mais celui-là était dans mon secteur, discret, il s’intéressait à mes restes de gamelles, je n’avais plus faim et ce n’est pas moi qui payais, alors qu’on se serve gracieusement ! Des trucs me convenaient, genre fricassé, mais les légumes, hors de ma vue, je ne suis pas végétarien, encore qu’un chien végétarien ça serait assez drôle. On rencontre bien des hommes qui n’en sont pas vraiment, et des femmes qui n’en sont pas non plus, mais on ne me trompe pas, ils ont une odeur bien définie, même s’ils parfument comme le sexe opposé. Déroutant ces humains !
Le coup de l’écureuil plaisait à ma petite voisine, elle avait remarqué le cinéma, alors elle me qualifiait de chien au grand cœur et m’apportait des restes de repas surtout ce dont elle n’avait pas envie et qui lui attirait les remontrances de ses parents, c'est-à-dire surtout la viande, que ni vu ni connu je nettoyais, le reste légumes et autres c’était à mon pote l’écureuil de s’en occuper, et cela convenait à tout le monde.
- Bon chien ! Il vide toute sa gamelle.
- S’ils savaient. Ca faisait également d’autres heureuses, les fourmis, elles découpaient les restes, je m’en méfiais et n’aurais pas voulu qu’elles s’intéressent à ma truffe. Ca m’amusait de les voir trimballer des choses toute la journée et infatigables, mais où allaient elles avec tout ça. Des provisions pour les jours de disette, je supposais.
Mais nous étions rentrés et ça c’étaient déjà des souvenirs de vacances et la maison sentait le moisi. Eh oui, le moisi et c’est moi qui dis ça. Message d’accueil !
- T’as oublié de la bouffe dans la poubelle, ça chlingue !
Revenus de vacances la mauvaise humeur avait un goût de réchauffé. Elle n’avait qu’à me donner les restes quand ils étaient encore consommables !
Et la routine qui reprenait, eux, le travail, et moi ma solitude n’ayant que la télé comme seule compagne avec ses émissions qui m’occupaient, il y en avait une que je reconnaissais, dans le titre il y avait deux A et un homme qui voyageait partout. Il volait, plongeait, enfin faisait plein de choses et je découvrais ainsi le monde, j’ai même vu des copains tirer des traineaux dans les étendues gelées, d’autres effectuer plein de choses passionnantes et moi qui essayais de tuer le temps.
Mes maîtres avaient les glandes, comme ils disaient, moi non, car je ne les entendais pas s’engueuler comme chien et chat. Lorsqu’ils rentraient, je leur faisais la fête, pas parce que je fus content, mais en espérant qu’ils me fassent sortir, histoire de prendre l’air, mais ils étaient crevés, comme ils disaient, de quoi, alors je sentais que je devenais de plus en plus un chien d’intérieur et qui s’ennuyait.
Ils reprirent leur stress et ne sentaient plus comme en vacances : la crème à bronzer et le savon, mais l’aigreur des gens fatigués. Critiquer les patrons, moi aussi, j’aurais pu m’en plaindre des miens ! Toujours râler, à me faire suer, et les engueulades reprenaient, fais pas ça et ceci, t’as vu lui, bref nous n’étions plus en congé, si je n’avais pas remarqué.
Planté devant mon poste, comme d’habitude, j’avais le droit de regarder une de mes émissions favorites et c’était toujours le même homme qui se présentait comme défenseur de notre cause et celle de la sauvegarde de la planète, enfin le monde des animaux et il avait l’air bien, plus humain que les autres, au moins un !
Mais ce coup là, ils avaient du se tromper de programme ou appuyé sur le mauvais bouton et j’ai eu le droit toute cette journée là à des émissions portant sur l’histoire, la guerre, ils n’ont que ça à faire les humains et j’appris jusqu’à quel point ils savent être complètement fous !
On aurait dit des meutes de loups qui tuaient sans raison leurs congénères, il y en avait un qui hurlait plus fort que les autres, un peu comme un cochon avec une
