Les Dessous de l'Est - Pascal Schmitt - E-Book

Les Dessous de l'Est E-Book

Pascal Schmitt

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Beschreibung

Pascal SCHMITT LES DESSOUS DE L'EST En achetant un lot de cassettes sur un marché aux puces, Marc était loin de s'imaginer ce qui allait lui arriver. Son aventure s'était écrite au fil du temps, il avait divorcé et s'était dit que ça allait l'occuper mais c'était sans compter sur son âme de détective, alors lorsque en fin de bande il découvre une scène qui faisait penser à une scène de crime, curieux, il se laissera emporter par son instinct...

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Veröffentlichungsjahr: 2019

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DU MÊME AUTEUR

Poésie :

REMANENCE Poèmes et photos

CRISTAL NOIR Poèmes et photos Chez BoD

Romans :

Je vous ai déjà vue. Chez St Honoré

Woolf le chien qui savait lire. Chez BoD

Dans les talons aiguilles de maman. Chez BoD

Les dessous de l’Est. Chez BoD

Marc aurait pu prendre l’avion, le bateau, ou un simple billet chez un voyagiste pour se changer les idées et reprendre goût aux choses simples de la vie après une année qui l’avait bousculé dans son train-train, ne lui ménageant ni soucis de cœur, ni de travail, pas plus que tous les tracas qui s’en découlent automatiquement, mais il avait préféré prendre quelques vacances dans sa maison Ardéchoise de Largentière.

Il avait découvert cette petite bourgade en flânant, un jour de pluie, alors qu’il était encore avec sa femme et le hasard les avait surpris. D'une terrasse de café où ils s’étaient réfugiés en évitant le déluge qui s’abattait sur la ville, ils avaient entr’aperçu les ruelles sinueuses menant au château. A l'écart de la route des vacances, où tout le monde se pressait, le calme, et malgré la pluie, la douceur de l'été persistait. Dans son Alsace natale, même après une courte ondée, la fraîcheur s’installait bien vite, ici, l'indolence et l’ambiance ne faisaient que souligner que cet orage était sans importance et que demain on n’y penserait plus. Les gens n’ont pas l'air de se tracasser, vivre pour manger, en tous cas, c'était l'impression qu’ils lui laissaient.

Dans l’ambiance de ce bourg ne manquaient que quelques étals colorés, poules cherchant pitance, mulets claquant le pavé, un décor tout prêt pour tourner une fresque médiévale. Le temps se serait-il arrêté ici ?

Attiré par l’endroit, les mystères gravés dans les pierres millénaires, des ondes bénéfiques, un morceau de notre passé historique, tout un héritage.

La pluie avait cessé, ils avaient entrepris, guidés par leur curiosité la visite des ruelles. Elles sentaient bon, fragrances de mousse et de pierre. Quelques petits commerces étaient encore en activités, d'autres fermés comme un peu partout dans les villages, la modernité ! La grande ville avec ses supers et hypermarchés avaient fini par absorber tous ces petits lieux d’échange. On ne raconte plus sa vie à l'épicier, on s'engueule, on se tracasse en faisant ses courses, et ce mot a tout sa signification agressive. Plus l'homme se modernise, plus il devient seul. Mais je ne changerai pas le monde, s’était-il dit, et que nous réserve l’avenir ? Il était en vacance et remis ces pensées philo à plus tard.

Une pancarte d'agence. A Vendre ! Se retournant vers sa : femme.

- Laissons-nous tenter, lui dit-il ?

Elle acquiesça, pour une fois que quelque chose l’accrochait ! Il nota le numéro de téléphone et ses pas lui laissèrent découvrir un endroit qui l’attira de plus en plus, l'église, le fier château sur son éperon rocheux ces vieilles demeures, tout l'enchantait.

De retour à sa chambre d'hôtel, Marc ne put s'empêcher de penser à l'éventualité d'acheter.

- Téléphone-lui, à la place de tourner en rond. Tu m’agaces !

Rendez-vous était pris pour le lendemain, il flairait une bonne affaire et pour une fois qu’elle ne lui mettait pas d'entrave !

- Les querelles s'apaiseraient-elles ?

Les démarches furent rapides et c’est ainsi qu’il devint propriétaire de cette petite maison au cœur du bourg médiéval.

Le temps passa, son amour aussi, c’est ainsi qu’il s’y rendait souvent seul, surtout depuis que sa vie sentimentale, loin des passions, tiédissait et que son couple partait à la dérive.

Marc s’y ressourçait et préparait son divorce. Un mauvais pressentiment avait gâché l’enthousiasme pour cette acquisition, le plaisir n’était pas total, et il ne s’était pas trompé, malgré la belle opportunité, un goût bizarre lui restait, un malaise sur lequel il ne mettait aucun nom. Cette maison ne serait pas la maison de leur réconciliation, mais plutôt celle d’un ermite.

Ses valises rangées dans la petite entrée, la porte close, il referma son cocon.

Flâner, rêver, traîner ses espadrilles et terminer ses journées à la terrasse d’un café, des petits bonheurs simples qu’il aurait des fois voulu partager, mais la vie était ainsi faite. De nature expansive et désirant établir quelques liens, il s'était fait quelques amis. Son travail de commercial lui avait appris comment aborder facilement les gens. Il voyageait toute l'année, quitter la voiture et tout faire à pied le changeait, le goût des choses simples, s’émouvoir, apprécier le moment présent, au détour d’une maison, d’un passage. L’œil exercé d’un passionné d’histoire pouvait apercevoir que chaque maison avait sa pierre bien particulière, là une tête posée discrètement entre deux arrêtes, une fenêtre à meneaux ou encore un ancien cintre. Ils avaient été subtilisés à l'ancien couvent des cordeliers démoli au seizième siècle, sa destruction pendant les guerres de religion avait été perpétrée par une troupe de bandits. Le couvent faisait de l'ombre à l'église située de l’autre côté du chemin. Suite à une rivalité entre les moines et le curé ce dernier aurait suggéré à la horde de pillards de saccager plutôt le couvent que l’église. Les moines produisaient leur propre vin et les provisions dans les caves avaient fini par satisfaire la bande armée qui fit main basse sur tout ce qu’ils trouvèrent. Ils chassèrent les quelques moines qui ne s’étaient pas encore échappés et mirent le feu au reste. Le curé vit son pouvoir renforcé et les habitants qui ne s’y étaient pas opposés avaient trouvé là des matériaux de construction dans une carrière où il suffisait de se servir, et récupérer de belles pierres déjà taillées, et des matériaux de construction à portée de main. Auraient-ils eu tort de s'en priver, quand le bâtisseur peut s'économiser, comme on dit !

Marc s’était fait un petit programme pour se reconstruire, profiter de la vie, et retrouver ses forces, la joie de vivre et sa liberté, un peu de sérénité après les douloureux conflits conjugaux qui l’avaient déstabilisé. Il allait désinstaller le programme mariage dans sa tête et se consacrer pleinement à son travail. Ça avait l’air de lui réussir et l’envie de tout embrasser le reprit, l’air Cévenol l’aida et il reprit du poil de la bête.

Loin des tracas, se baigner, profiter du soleil et terminer quelques travaux dans sa maison, rien de plus.

Une belle journée s’annonçait, les conditions idéales pour chiner, fouiller dans les vieux cartons, extraire de leur poussière des vieilles histoires et la magie de faire revivre tous ses secrets enfouis. Un vide grenier s’étalait et l’animation inhabituelle des petites rues excita sa curiosité, chineurs, antiquaires et simples vendeurs, quel déballage, il y avait là sur le trottoir toute une civilisation en kit.

Son regard de fouineur, sans idée précise, s’arrêta sur un lot de cassettes audio.

- Ça me ferait l’affaire, s’était-il dit !

Il avait un vieux lecteur qui ne craignait plus la poussière, un peu de musique égaierait son chantier. Peu de risque vu le prix dérisoire proposé. N’osant même pas marchander, et pourtant en pro ! Ils n’avaient pas l’air bien riches, alors, il repartit heureux avec la vielle boîte sous le bras.

Surpris en sifflotant, il se dit que demain, il bricolerait en musique !

Il faisait encore frais, mais, excité par le joli soleil, ses futures découvertes musicales et ses travaux de rénovation il se mit rapidement au travail. Poncer les plâtres en musique c’est quand même plus sympa, non ! Il écoutait de tout et tout y passait, certaines cassettes étaient neuves, d’autres issues d’enregistrements divers. C’est fou ce que les gens copient : du démodé, de la chansonnette, du classique. Les bandes se déroulaient, l’ambiance musicale lui avait donné de l’élan.

Tien celle-là a été enregistrée à la radio ! Il eut même droit aux infos et puis un vacarme de chaises renversées, des éclats de voix ! Une scène de ménage ! Il avait l’oreille exercée, il en sortait. Une bagarre, un gros bruit, un coup de feu ! Oh, ça se gâte ! Il retourna la bande, dans le travail, on n’est pas toujours concentré, s’était-il dit. Affirmatif ! C’était bien un coup de feu ! Il marqua la cassette et la réécouterait le soir calmement puis se remit à au travail tout en restant intrigué par ce qu’il avait entendu.

Les morceaux n’étaient pas très anciens, ces événements ne l’étaient donc pas non plus. La curiosité l’avait piqué, fallait qu’il sache.

Vite dit, pensa-t-il ! Donner tout ça à la gendarmerie, après tout. Leur remettre une cassette, de quoi je me mêle et, ils pourraient m’interroger, me mettre en garde à vue?

Ses vacances étaient trop précieuses et il avait toujours aimé les films d’espionnage. Intriguant quand même? Alors profitant de la nuit pour y réfléchir, il s’assoupit sans vraiment dormir, et le petit film se déroula dans sa tête si bien que le matin, une impression de vécu, d’un roman noir déjà écrit, le surprit.

Il s’était dit qu’avec un coup de collier, le soir même, les travaux seraient finis avec en plus un peu de musique occupant son esprit et cette intrigue en plus, la journée passa bien vite. La cassette lui avait fait oublier ses problèmes conjugaux : une thérapie. Profiter encore des vacances, sa serviette sur l’épaule, direction : La Baume. Au programme : bronzage, profiter de cette lumière qui chasse les idées noires et se laisser caresser par la douceur de l’eau. Nu dans les rochers tel un lézard, il appréciait, lui qui par nécessité professionnelle était obligé de porter à longueur d’année le costume-cravate et tout ça pour vendre des sous-vêtements, un comble ! Il aimait son travail, le textile quand on peut s’en passer, c’est le bonheur, mais il y a le reste, et début septembre on se rend bien vite compte que l’on n’habite pas sous les tropiques et que la tenue d’Adam devient un peu frisquette.

Il représentait une grande marque de lingerie fine et son secteur s’étendait à tout l’Europe, de l’Est de la France à la porte de la Russie, encore qu’il se demandait si des jours il n’allait pas encore se perdre bien au-delà.

Il avait débuté timidement, en jeune premier, frais moulu de son école de commerce décidé de vendre du petit linge à ces dames et ça l’avait plus d’une fois mis dans des positions délicates, mais il avait les dents longues d’un jeune loup et à force de persévérances, il était parvenu à pénétrer le cercle restreint des cadres supérieurs de la marque. Dernier arrivé, il hérita de la direction des équipes de vendeurs dans l’Est de l’Europe.

L’aventure et son goût pour des voyages lui avaient fait accepter ce poste d’autant plus qu’en prime il jouirait d’une certaine liberté. Mais dans une vie tout se tient ce qui pour lui paraissait évident et à prioriser ne l’était pas pour sa compagne, ainsi sa vie sentimentale était au plus mal. Entre les femmes qui lui faisaient envie et la triste désillusion de son mariage chaotique, il devait se rééquilibrer et cicatriser tout cela pour retrouver la paix intérieure.

A la rentée tout serait différent et ces vacances seraient un tournant décisif. Il ne pouvait continuer comme ça et sa décision devint précise : divorcer. Elle ne lui manquait déjà plus, alors ! Et recoller les morceaux, à quoi bon, pour l’instant, il suivait son instinct.

Il n’était d’ailleurs pas le seul à se lézarder cette après-midi-là, une jolie fille se laissait comme lui dorer juste en contrebas de sa petite place habituelle, les pieds dans l’eau elle admirait les libellules qui se reproduisaient dans les dernières herbes folles au bord de La Beaume qui coulait de ses eaux calmes d’été.

Si elle savait ! A la couleur de son maillot de bain couleur chair bronzée elle devait venir souvent à cet endroit et lui qui s’angoissait avec ses problèmes de plâtre, de peinture de divorce et d’histoire de cassette, pourquoi se casser la tête. Justement la même idée qu’elle, bizarre non ! Se rafraîchir. Sans être trop insistant, mais des jours il faut oser se mouiller, sans précipitation, sans ferrer trop vite une mauvaise manœuvre ferait fuir le poisson !

Elle l’avait regardé, lui, faisait semblant de n’avoir rien vu mais lui fit un sourire, juste avant de se mettre à l’eau. De magnifiques petits seins avaient attiré son coup d’œil, comme il les aimait, pointés par la douce brise, humides encore comme tout son corps. Les poitrines siliconés n’étaient pas son truc, et pourtant la mode, les peoples, la presse à scandales en faisaient toute une montagne. Il était de nature standard. Elle avait de petites hanches, une chevelure châtain claire, sans triche, sa petite touffe taillée raz l’attestait. D’un chic ! Elle était peut-être coiffeuse ! Qu’est-ce qu’on peut être con par moment. Les vacances c’est se laisser aller, non, pensa-t-il ! Et l’amour c’est comme en affaire, il faut oser. Du côté de sa femme c’était plutôt : dépôt de bilan pour lui. On ne peut pas être brillant partout. Le superficiel a du bon et le hasard lui l’a placée là, quand il bronzait. Ce n’est pas moi qui ai commencé, s’était-il dit et il mit ça sur le compte du destin qui a bon dos des jours.

Le soleil se tournait déjà et il sentait qu’il fallait faire quelque chose, engager la conversation, l’inviter à boire un pot, pas top y penser au risque de se dévoiler. Et si, il ne reste plus qu’à jouer franc jeu et assumer ou ne jamais se mettre dans ce genre de situation. Il avait envie de terminer son après-midi devant une petite bière seul ou avec… Il enfila son maillot et son courage. Installé au bord du minuscule sentier qui cheminait le long de l’eau, il était bien obligé de passer à côté d’elle.

- Puis-je vous inviter à une terrasse boire quelque chose ? Il s’attendait à un refus, elle s’habilla et c’est ainsi que son alter ego fut flatté emmenant son pessimisme qui fut bien vite oublié.

Sans plus attendre, pour se rassurer, il lança : le bord de l’eau c’est sympa, mais l’ombre d’une terrasse a également son charme ?

- Elle lui sourit !

- Je viens assez souvent ici, je ne vous ai jamais vue.

- Et pourtant ! Je prends mes vacances en juin, des fois en septembre cette année c’est exceptionnel, alors tout s’explique.

- Ils marchaient sur le petit sentier rocailleux qui longeait La Beaume, la plage des textiles s’apercevait. Elle avait l’air sympa, mais qui se cachait derrière cette jolie fille ? Le pessimisme reprendrait-il le dessus ? Relaxe, s’était-il dit !

Le pont submersible et les immenses platanes qui offraient leurs ombres se rapprochèrent.

- Magnifique place faite pour la détente, une petite touche de bonheur qu’en pensez-vous ?

- Le vouvoiement, sauf pour les affaires, on pourrait se tutoyer qu’en penses-tu.

- Que prends-tu ?

- Un cocktail de fruits bien frais avec plein de glaçons.

- Pour moi, une bonne bière, avec un joli col.

- A ton accent tu ne serais pas d’un coin au-dessus de Lyon.

- Gagné !

- Alsacien, en plus je travaille dans les pays de l’Est, alors difficile de nier.

- Je suis d’Orange. Mes parents ont une agence immobilière, alors je prospecte dans le coin tout en passant des vacances, je viens de rompre, alors le bord de l’eau invite à l’oubli

- T’as bien fait d’essayer d’oublier. On ne se serait jamais rencontrés.

- A vrai dire, moi aussi j’ai des soucis de cœur et je prépare ma séparation.

- T’étais mariée ?

- Pas mariée, mais tout comme. Oublions tout ça !

- Quand je prospectais j’emmenais mon ami, à défaut, ça te dis de m’accompagner, j’ai une affaire à voir après dix-sept heures ?

- Pourquoi pas, le temps de me changer, rendez-vous ici.

Le temps passa si vite, il suffit de rencontrer une fille et tout s’accélère. Garde ton sang-froid, s’était-il dit.

La petite place du village s’animait doucement des touristes attirés par les boutiques environnantes.

- Il la vit un dossier sous le bras.

- La maison n’est pas très loin.

- Elle avait un visage plus sérieux, celui des affaires.

- Je viens pour l’annonce, j’ai vu un petit mot chez l’épicier et je me permets. C’est moi qui ai téléphoné ce matin. Je suis intéressée ainsi que mon conjoint nous désirons nous installer dans la région.

- Elle allait un peu vite, mais il reconnaissait qu’en affaire, on n’est pas toujours obligé de dire la vérité. Il aillait appeler ça du mensonge commercial. Il se tut et lui laissa dérouler son baratin bien rodé. En commerciale, elle se défendait bien, il appréciait le talent.

- La vieille dame lui fit bien comprendre qu’elle ne voulait pas vendre à une agence.

- Vous savez, faut se méfier et on ne sait jamais, on ouvre et on se fait dépouiller!

- Mais bien entendu, et vas-y j’en remets une couche et mon copain et moi et on est dans ça et voulons des enfants, bref. La petite vieille tombait doucement dans les griffes de la brunette affamée. Mais pour l’instant rien d’illégal juste quelques formules un peu dévoyées. Le commerce ! Et elle vendait, alors !

- Il faut que l’on réfléchisse, hein, chéri !

- Il laissa un oui, évasif pour faire douter la petite vieille. Ils allaient réfléchir et rencontrer le fils qui devait l’assister dans les démarches pour garantir la vente.

Rendez-vous était pris pour le lendemain et il allait à nouveau revoir cette fille qui l’attirait, à moins qu’elle ne se débarrasse de lui entre temps. Un peu trop rondement mené tout cela ! Pour l’instant rien ne l’inquiétait.

Alors entrons en scène et jouons, s’était dit Marc. Il y a commerce et commerce celui-ci était tout en finesse, le tact, le petit plus qui fait que l’on décroche l’affaire ou non. Il était content de ne pas être obligé de jouer ainsi dans son travail, ses clientes avaient d’autres façons de commercer, souvent en feignant d’attirer, sans trop de conviction et observaient bien les articles de lingerie, épiaient toute gêne, toute rougeur du coin de l’œil et négociaient les prix, mais rodé, il savait ne pas se laisser dominer et tenait bon. Ses premières expériences l’avaient aguerri et l’aidaient à présent pour former des délégués efficaces. Les Allemandes savaient être coriaces, un français élégant qui en plus vendait de la lingerie fine, à croquer !

En descendant de chez la petite vieille il remarqua le déhanché d’Agathe qui jouait de son corps à chaque marche. Elle était splendide. Méfiance, a-t-elle les dents plus longues que moi ?

Les fauteuils d’une terrasse leur tendirent les bras.

- Efficace et rodé l’approche client !

- Tout de mon père, l’héritage d’une famille de commerçants, j’ai ça dans le sang.

- Et toi, comment es-tu venu au commerce, en plus, dans la lingerie !

- Le business c’est aussi de famille, la lingerie, un peu comme un défi, et j’aime les femmes, alors ! Mes équipes vendent dans toute l’Europe, je les forme et je recrute et il m’arrive aussi de présenter de nouvelles collections.

- C’est pour cela que tu fais du naturisme.

- Bien vu ! On ne peut pas toujours travailler !

- J’aime bien les hommes qui ont de l’humour.

- Moi les belles femmes, j’habille leurs plus beaux contours.

- Les tiens sont charmants.

- Pas si vite.

- On est presque marié.

- T’avais bien compris que c’était à titre commercial.

- Et moi qui espérais déjà. Je m’étais dit, on couche et on regarde ensuite si on sort ensemble ?

- Pas si vite.

Il savait bien qu’il fallait conquérir, l’inverse lui aurait fait penser à un scénario de film. Encore que, des jours, en pensant à la cassette et à cette rencontre. La vie lui souriait et oublier son divorce allégeait sa peine. Il était déterminé à régler tout ça rapidement et Agathe lui avait donné des ailes, aussi, reprendre sa liberté le démangeait à présent. Je garde la maison de Largentière, s’était-il dit et elle, notre propriété dans l’Est. De toutes façons il s’y sentait mal, sa part à elle avait été financée par ses parents, alors il ne s’y était jamais attaché sentant dans les recoins l’âme des beaux parents qui ne l’avaient jamais complètement adopté. Avec son métier, il était rarement à la maison, d’hôtel en hôtel, de pays en pays il se trouvait bien plus chez lui dans sa voiture en nomade, que bien ailleurs. Sa femme le lui avait souvent reproché. Faut savoir ce que l’on veut, et elle compensait bien ses frustrations en dépensant son argent dans le luxe et les futilités.

- T’as l’air songeur.

- Je réfléchissais. On pourrait faire un petit resto ce soir.

- Qu’en penses-tu.

- L’idée est bonne et comme tu l’as dit, avant de coucher ensemble, on pourrait se connaître un peu plus.

- T’as aussi de l’humour, ma femme c’était vite bof, une rabat joie de première !

- On se dit dans une heure. Tu connais un coin sympa ?

- Dix ans plus tôt il se serait précipité pour aller se changer, mais il prenait son temps, de toutes façons si elle voulait faire son acquisition immobilière fallait qu'ils restent ensemble, du moins en apparence. Une fois l’affaire faite le jetterait-elle ? De toutes façons les amourettes de vacances ... Tant pis, elle lui faisait oublier, et bientôt la rentrée, son divorce, tout devait se dénouer, mais cette cassette étrange ? Pour l’instant ses préoccupations étaient bien ailleurs et il avait tout son temps pour y penser, rudement content d’avoir fini les travaux de sa maison à Largentière qui allait devenir, il le sentait bien, sa résidence principale, alors il prit du bon temps, les vacances c’est toujours trop court, et la tournure qu’elles prenaient lui plaisait.

- Un coup de fil, la réservation d’une table au bord de l’Ardèche, et c’est en homme heureux qu’il sauta dans sa voiture.

Elle l’attendait, une jupe décontractée, un débardeur, une petite touche de maquillage, sans plus, coquette. Son petit haut lui allait à ravir, elle savait qu’il allait avoir l’œil critique. Lui, était en classique, il avait hésité à lui prendre des fleurs en cas d’un lapin, il aurait eu l’air ridicule. Marc était aux anges et osa un baisé discret.

- Tu sens bon. On prend un apéritif, j’ai réservé une table au bord de l’eau. Passer la soirée avec toi, ça me change, moi qui ne fait pas de vieux os le soir.

- Tu te couches comme les poules ?

- Non, j’ai fini mon appartement, je ne suis pas du genre à laisser le travail me dépasser et en sprinter j’ai mis les bouchées doubles, vite fait, bien fait! Puis, j’ai envie de profiter du peu des vacances qu’ils me restent.

- Donc tu n’es pas ici pour le business.

- Un peu, mais aussi pour la détente, pour rêver aussi et trouver un argumentaire pour ma séparation.

- Et bien t’as l’excuse toute trouvée.

- Tu sais prendre la balle au rebond.

- Comme toi, il faut avoir de la répartie ! Bonjour, je vous présente mon mari. Un peu plus on avait des enfants et une vieille maman à garder.

- Écoute ça marche, alors je ne m’en prive pas.

- Tu as raison, business is business. A vrai dire, ça m’amuse et avec toi ce n’est pas désagréable.

- J’ai fait pire ces vacances.

- Ah !

- Du plâtre de la peinture et des mises au point.

- Toi aussi. Mises au point ? Précise.

- Comme toi, l’argumentaire pour se séparer de l’autre.

Pas de psychodrame mais une succession de reproches, de querelles, de jalousies, je manquais de maturité lorsque je l’ai rencontrée, je voyageais beaucoup m’occupais des femmes, de leurs charmes, alors il y a de quoi être jalouse. Elle ne m’avait pas épousé sans savoir, mais la fièvre de la première année passée, l’amour tiédit, la femme avec qui l’on couche devient banale et le moindre reproche tourne à la crise.

Agathe connaissait également ce type de querelle, elle dînait souvent avec les clients, rentrait tard et avec un compagnon possessif, un petit chef, qui imposait et qui donnait toujours l’impression d’être au boulot, ce n’était pas facile. C’est son père qui a fondé la société, le pater familias qui n’a jamais fait la différence entre le père et le patron. Il essayait de lui ressembler et ça lui a monté à la tête, mais elle aimait la liberté et estimait qu’il n’avait pas à savoir si son physique était un atout pour décrocher une vente, en affaires, c’est elle qui décidait. Draguer le samedi soir, coucher et ne plus se revoir et coucher pour le boulot, elle ne voyait pas la différence et ça ne l’empêchait pas de dormir.

- Tu sais en amour, je sais différencier le plaisant, du sentiment, au lit l’homme sort couvert, moi j’ai ma pilule, une bricole est vite arrivée et ça permets de dormir tranquille.

Le serveur était venu prendre les commandes.

- Une salade composée, ma ligne, et je n’ai pas trop faim.

- L’amour ? Non, je plaisante. Je choisis un truc qui ne fait pas de musique, ça fait toujours un peu négligé les ballonnements dans ces cas-là. Alors une petite viande accompagnée ça me va.

Elle avait de beaux yeux, qui scintillaient, sous le charme, mais que lui réservait cette callipyge. Une flèche tirée de loin, un piège doré. Lorsqu’on se sort d’une union à problèmes on a tendance à tout noircir. Prends la vie comme elle vient, se dit-il.

- T’es encore pensif.

- Oui, je réfléchissais à demain. Comment fais-tu pour la maison, on la revisite, on lui fait descendre le prix ?

- Je lui fais signer un compromis avec une clause restrictive, elle ne peut plus vendre mais moi je peux me rétracter sans frais. Et l’affaire sera conclue en moins de six mois, alors j’ai amplement le temps.

- Envoyez c’est ficelé et pesé.

- C’est ça le business !

- Dans ma branche c’est plus compliqué il faut convaincre, des fois certaines boutiques ont leurs habitudes. Il faut les persuader de changer, de s’adapter à la mode. Quand je suis allé en Allemagne de l’Est avec des dessous en couleur mes vendeurs paraissaient dubitatifs. Mais dans les boutiques, le beau les a convaincus et le côté fun sorti d’un pays libre, alors va, pour la liberté ! D’autres résistaient. Ça doit être discret, les parures blanches, le fameux symbole de la virginité et pourtant elles ne l’étaient pas plus qu’ailleurs, mais les apparences ont leur raisons ! Le beige s’ignore et s’oublie sous les vêtements. Au contraire quelques broderies, dentelles à peine entrevue, sexy non ! La coquetterie affiche le parti, s’affirmer. Mais moi, je respecte leur timidité et je dois faire preuve de tact. J’ai horreur du vendeur qui s’impose avec ses gros sabots, j’en ai un ou deux qu’il faut que je briefe et leur dit : inscrivez-vous dans le temps !

- Elle l’écoutait et le regardait fixement. Était-elle ailleurs ou l’observait-elle.

- T’aime ce que tu fais ?

- Il le faut parce qu’il y a des contraintes, les kilomètres et les affaires fluctuantes, on fait de la route pour rencontrer des vendeurs, qui vous disent : les clientes ont ce qu’il faut, la concurrence a déjà passé par-là. Alors, je dois leur donner des combines, et depuis peu j’ai plusieurs marques et des exclusivités, alors je joue de tous les registres, on se protège comme on peut. J’ai vu qu’en affaire tu te débrouilles bien.

- Papa m’emmenait souvent, ça faisait bien et ça mettait les gens en confiance. Il sait aussi faire des affaires, il aime l’argent, le petit côté requin de l’immobilier et les belles filles. Le tableau est placé, le vrai mec. Mais c’est mon père et je l’adore comme il est. Ma Mère n’a jamais été en reste d’amants, alors ils s’équilibraient comme ça.

- Dans ma famille côté amour c’est conventionnel, il ne faut pas faire ça et que diront les gens et ça fait bien et on s’empreint un peu de tout cela, ça s’appelle l’éducation. Et on a du mal à s’en séparer. Un mariage un peu trop jeune et une déconfiture. J’en prends de la graine, on se marie vraiment qu’une fois. Comme la virginité ! Il n’y a pas d’obligation et l’union libre a du bon, la société l’a enfin compris.

- Se défaire un peu des curés, du cartésianisme, des traditions, un boulet au pied dont on a du mal à s’en défaire. Comme toutes ces guerres du passé souvent provoquées par des religions monothéiste avec en plus le même dieu et pourtant ils n’arrêtaient pas de se faire la guerre, quelle idée, ils n’ont rien compris, ou, plutôt tout est déguisé derrière des intérêts autres que les religions, comme un peu actuellement.

Un couple de hollandais s’était installés à la table à côté d’eux, ils tournaient et retournaient le menu.

- S'il vous plaît, vous connaissez un bon plat. Parler, je me débrouille, mais lire c’est plus difficile.

Il vint au secours de la jeune femme prit les choses en main : quelque chose avec une petite sauce, une viande... Parfaitement rodé, l’exercice ne lui posa pas plus de difficulté, Agathe compléta ses explications et conseils culinaires qui firent revenir le sourire à ces tourtereaux. Ils étaient très amoureux et il ne comprenait pas pourquoi ils avaient pris un repas si sophistiqué pour le soir, ce qu’ils avaient envie de consommer était bien autre chose. Elle regardait son ami avec des yeux qui en disaient long et sa petite poitrine nue sous son chemisier se soulevait d’émotion. Son coup d’œil exercé mais pas trop insistant lui fit voir qu’elle ne portait pas de culotte non plus sous sa petite jupe légère, après tout, c’est les vacances.

- Ils sont craquants.

- Comme nous, avec quelques années en moins.

- Je ne voudrais pas revenir en arrière.

- On dit ça quand on a fait des bêtises.

- Pas que, on va dire que l’on s’est fait une mauvaise idée du mariage ou plutôt que l’on ne s’est pas fixé les bons objectifs, mais l’avenir est devant nous.

- T’es philo.

- Elle lui plaisait de plus en plus, mais que se cachait derrière ces beaux yeux ?

- Le dîner était servi, elle avait laissé traîner sa main, il en profita pour la prendre. De deux : ou elle la retire ou elle la laisse. Une petite main d’artiste toute lisse toute tendre se laissant caresser par ses doigts ravis de ce contact. La soirée dans ces cas s’achève bien vite, mais il n’avait pas envie d’aller plus loin, encore que, mais il ne faut pas aller trop vite, les filles n’aiment pas et on risque de se retrouver planté, et il n’en avait pas envie, alors même en copine elle lui convenait pour finir ses vacances.

- On boit un café ailleurs ?

Comme toujours dans ces cas-là le temps tourbillonna, mais ils avaient placé les premiers jalons d’une liaison qu’ils n’allaient pas encore envie de qualifier. Pour lui, l’amour serait libre.

- Avant de se quitter ils avaient mis en place une stratégie pour convaincre la petite vieille de leur vendre la maison. Il y avait du business dans l’air et peut–être de l’amour, mais tout débridés qu’ils étaient, ils avaient de la retenue. Marc oublia ses soucis et tant que l’affaire n’était pas conclue il ne voulait pas passer pour le profiteur du premier soir. Il s’approcha d’Agathe pris sa petite taille entre mes mains et lui fit un baiser tendre et passionné rallumant de plus belle ses beaux yeux. Cette poignée de bonheur le ravit et promit d’aller plus loin, demain, peut-être ? Elle aussi avait accepté d’attendre et pourtant ses mains sur sa taille n’avaient reçu aucune résistance, il l’aurait facilement attirée vers lui, mais, pas d’égarement, demain, serait demain.

La route sinueuse des gorges bordées de roches fantasques à la lueur des phares ajoutaient une touche irréelle sur fond de mystère dans cette nuit entre le bleu et les étoiles qui brillaient plus que jamais. Il resta songeur, comme elle, en lui disant, à demain ! Jouait-elle ? Il avait envie de rester sur une note d’espoir et pourtant il n’arrivait pas s’endormir. Cette fille lui trottait dans la tête. Le manque de compagne ? Et pourtant sa femme ne lui manquait pas, alors ? La réponse demain, une certitude, la rupture avec son épouse devait être consommée, arracher l’entrave avec ou sans douleur. Il prit son papier à lettres, qu’un mot : trancher. Et son mutisme depuis des semaines en disait long, sur papier c’est bien net, ça ne fait pas trop courageux, mais elle ne perdait rien à attendre. Il voulait en finir. Il sentait que tout était mûr et que la nuit serait courte, peu importe, il recommencerait une nouvelle vie à la rentrée. Il faisait doux et les étoiles scintillaient dans un ciel qui n’existait qu’ici en Ardèche, merveilleux et mystérieux, l’immensité angoissante et attirante à la fois. Il l’avait inspiré et sa lettre de rupture fut vite expédiée, tout était clair, les mots avaient coulé sur le papier dans une simplicité instinctive, cette fille, sa rupture, tout se dénouait, il est des rencontres qui catalysent les énergies et cette rencontre à Labeaume, Agathe, ses démarches et son appartement si vite terminé tout ne se serait pas enchaîné, le destin, peut-être.

- Calmons-nous, s’était-il dit, cette fille et cette intrigante cassette. Etait-il en train de faire une bêtise, noircir sa vie, se trouver d’autres soucis en s’accaparant ce mystère et pourquoi pas donner l’information aux flics, il aurait peut-être l’air bête, mais jouer au détective avait un côté excitant. Jouons, s’il y avait eu un mort, sa mère lui aurait dit : il l’est pour longtemps, alors !

Il se réveilla un peu groggy.

- Zut ! Déjà dix heures.

Il avait rendez-vous à onze heures avec Agathe. Quelque chose s’était passé dans sa tête cette nuit-là, il se sentait étrange, bizarre, mais soulagé à la fois. Elle l’attendait sur la petite place du village, coquette, un peu stricte, vrai qu’ils devaient faire affaire. Son petit sac sur l’épaule, elle était à croquer.

- On y va ?

La Maison n’était pas très loin. Ils avaient dû être convaincants et la vieille dame avait cédé.

- La nuit porte conseil ! Avait-elle dit.