Des cimes et des ailes - Christian Exiga - E-Book

Des cimes et des ailes E-Book

Christian Exiga

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Beschreibung

Animé toute sa vie par la passion de voler, Christian EXIGA risque pourtant aujourd'hui d'en être privé et il veut par ce livre - écrit pendant le confinement, transmettre tous les instants fabuleux de sa vie qui l'ont peu à peu amené vers le vol en montagne. Partager cette façon de voler si éloignée de l'aviation conventionnelle mais qui lui a permis de relier deux passions : la montagne et l'aviation... une façon toute particulière de faire de la randonnée-alpinisme avec un avion...

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Seitenzahl: 235

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Pour vous mes enfants

Danièle, Didier, Marie-Line, Emily.

Pour vous mes petits enfants

Fanny, Manon, Agathe,

Charly, Lisa, Anouk, Joan.

Pour vous mes arrières petits enfants

Alice, Vincent.

et tous mes descendants à venir …

Le souvenir de votre papy avion, avec mes pensées à mon père et ma mère qui m’ont laissé, assez rapidement, me plonger dans les grosses vagues de la vie, leF-BOPBmon Mous et mes chères montagnes sans lesquelles je n’aurais pas existé.

Table

Á mon père et à ma mère Alexandre et Georgette

Au village de mon enfance Gambetta

Oú je suis né, Bône en Algérie

Toulouse

L’armée

La montagne

Guide de haute montagne

Saint Pierre Dels Forcats

Les stations Tignes

St Sorlin d’Arves

Gavarnie

La passion des avions

Le vol en montagne

L’expérience

La liberté de voler

Les témoignages

Épilogue

Georgette et Alexandre

Georgette était la reine de la maison. Son royaume était surtout la cuisine. Avec tout l’amour que nous lui portions, nous la craignions beaucoup ; surtout lorsque nous approchions de cette dernière et à table, au cours des repas, nous ses quatre enfants, nous avions intérêt à nous tenir à carreau sans pouvoir quitter la table, tant que nos assiettes n’avaient pas été vidées de leur contenu ; comme tous les enfants, nous avions tendance à nous chamailler et à faire traîner les choses ; alors elle prenait des colères à nous faire hérisser les poils sur les bras ; aussitôt, la tête bien basse, nous regardions le visage de papa et comme le plus souvent il avait un petit sourire en coin, nous on éclatait de rire, ce qui n’arrangeait pas les choses. Elle reprochait évidemment souvent à notre père de ne pas avoir acheté une table de dix-huit mètres.

Elle nous couvait comme une mère poule, ne laissant rien passer, peigne fin, huile de foie de morue, etc... mais sa maison se devait d’être nickel, la cuisine, les tâches ménagères, sa présence au bureau avec papa, elle ne perdait pas beaucoup de temps avec moi m’expédiant rapidement, prétextant que j’étais le petit homme de la maison et que je n’avais pas à traîner dans ses jupons.

Le jeudi, c’était le jour où nous n’avions pas classe à ce moment là. Aussi quand le temps était maussade, notre régal dans ce cas là, c’était de jouer à cache-cache dans la maison.

Alors que j’avais trouvé refuge sous le lit de ma grand-mère maternelle, c’est vrai, qu’il lui arrivait d’être avec nous parfois et elle avait donc sa chambre privée, équipée d’un grand lit de l’époque très haut et confortable, qu’on utilisait déjà d’ailleurs, comme trampoline.

La porte s’ouvrît lentement et mon cœur de battre la chamade, pensant que j’allais être découvert.

Mais non, c’était la grand-mère, qui fit le tour du lit, tira le haut pot de chambre qui d’ailleurs avait trouvé aussi la bonne idée de se cacher au même endroit que moi, le plaça entre ses jambes tout en remontant ses longs jupons et se soulagea debout ; bien sûr je n’avais pas perdu un centième de seconde de la scène et courus presque aussitôt voir maman, pour lui demander pourquoi mémé mettait de la paille entre les jambes ?

Je crûs ma dernière heure arrivée.

J’aimais beaucoup le vélo, une orientation logique, puisque Papa aurait aimé faire une carrière dans la discipline. Aussi il est évident qu’il m’arrivait de rentrer à la maison les genoux et les coudes en sang. Alors, elle me plantait là et allait faire tous ses reproches à mon père < va voir l ‘état de ton fils > lui insufflait elle, car elle n’aimait pas voir le sang.

Alors, nous gambadions d’arbre en arbre, oui, nous avions assisté la veille, à une projection d’un film de Tarzan avec Johnny Weissmuller. Dans un saut calculé, malgré une réception en souplesse sur le sol, mon revers de main gauche s’appuya sur un cul de bouteille brisée , caché là malencontreusement dans les herbes hautes.

Bien sûr papa, dut appeler le docteur, mais surtout pour maman qui avait perdu connaissance à la vue de ce sang qui coulait à flots et qui avait beaucoup de mal à s’en remettre et ensuite le docteur m’emmena à son cabinet pour me poser quelques points de suture.

Elle n’était pas très grande de taille, pourtant, c’est elle qui orienta l’avenir de leur couple avec l’acceptation de mon père dans un amour complaisant .

Il est vrai que dans les années vingt-cinq - trente, le sport professionnel, s’il existait, était aléatoire et l’on ne gagnait pas vraiment sa vie. Donc pour elle, on ne pouvait pas fonder un foyer et élever des enfants si on n’avait pas un métier qui tienne la route.

Ainsi le dissuadera~t~elle, de refuser sa sélection pour un tour de France cycliste. Par contre, elle lui promettait qu’une fois installés dans la vie, ils feraient le tour de France tous les deux en < tandem >.

Promesse tenue, mais quelques années plus tard, parce que ma sœur aînée était venue au monde entre temps.

C’est au cours de ce périple que je fus conçu, par une belle nuit d’ été étoilée dans une meule de foins, aux abords de la nationale 7, paraît-il ... ?

Plus tard, je pense lui avoir donné bien des soucis.

Je n’avais que seize ans …

Alors qu’elle venait me rendre visite, n’étant plus à la maison en période scolaire puisque j’étais en internat, elle vînt chez une de ses sœurs où j’aurais dû l’attendre un jour de sortie. Après les premières minutes de retrouvailles familiales, elle posa évidemment la question :

Mais où est donc Christian ? Ma tante biensûr au courant mais absolument pas informée de mes petites cachoteries, lui répondît sans détournement : tu tombes à pic on va fêter ça, tu as un petit formidable, il est en train de sauter en parachute en ce moment.

Et ma maman, évidemment, tomba dans les pommes une fois de plus.

Beaucoup plus tard, les événements de la vie m’ont aidé à réaliser le rêve de mes passions. Alors que j’avais fait l’acquisition de mon avion, un magnifique Mousquetaire, elle l’avait mis en valeur d’une superbe photo encadrée, qu’elle ne manquait pas de montrer avec fierté à ses amies, mais elle n’a jamais voulu le voir en réalité, ni de loin et encore bien moins de près.

Alexandre tout jeune, était devenu un très bon cycliste parce qu’il était alors porteur de télégrammes à vélo à la poste et il faisait tous ses week-ends, des courses dans cette discipline, au cours des quelles il s’était fait remarquer. J’étais son garçon et évidemment, il rêvait de projets pour moi en essayant d’être un très bon Papa.

Il m’inculqua l’amour que l’on peut avoir pour sa bicyclette et était très prés de moi m’aidant de son mieux, dans toutes mes expériences.

Il avait 19 ans

Comme il faisait travailler maman avec lui au guichet, il me donnait l’entière responsabilité et la surveillance de mes deux sœurs, même si l’une est plus âgée que moi de cinq ans mon aînée, et de mon petit frère, particulièrement pendant les vacances où nous étions réunis. Évidemment j’étais très fier de cette mission que j’assumais avec zèle.

Ayant opté pour une vie plus sereine et après son stage incontournable de facteur à Paris, la grande guerre arrivait ; toujours aux PTT, il choisit une mutation pour l’Algérie comme facteur dans l’espoir d’échapper à la contrainte des tickets de rationnement, des privations dues à la guerre et par la suite, un poste de Receveur Distributeur dans l’arrière pays algérien par avancement.

La sédentarité de son poste ne lui allait pas bien et il la compensa d’une part par la cigarette qui lui sera fatale et par ses dimanche à courir la montagne pour chasser cailles, perdreaux, lièvres et sangliers.

Évidemment il m’emmenait souvent avec lui, essayant de me motiver en me faisant tirer mes premières cartouches avec son fusil de chasse à deux coups calibre 16, un Verney-Carron de St. Étienne, mais encore, avec la désapprobation de ma mère, parce qu’étant en culotte courte, je revenais avec les jambes ensanglantées, griffées par les ronces ou par les chaumes qui étaient moissonnés assez hauts et puis il fallait aussi affronter la jalousie de mon petit frère que maman voulait garder dans ses jupons, mais de toutes façons, que papa jugeait trop jeune encore pour nous suivre.

Dans un village en pleine campagne agricole, il se régalait de vanter son poulailler dans lequel c’est vrai, il y avait abondance ; poules, canards, oies, les bêtes noires de mon petit frère qui, ne courant pas assez vite, se faisait pincer les jambes, lapins, rien ne manquait.

Aussi pratiquement tous les dimanches, nous avons eu la chance que maman puisse nous préparer de bons petits plats.

Mais bien-sûr, par contre, elle ne voulait pas toucher à la volaille vivante et c’était papa de s’accomplir dans la besogne ; opération que je ne voulais absolument pas manquer, car il était chose courante, de voir la volaille choisie pour aller dans la casserole, repartir sur ses pattes rapidement dans le jardin, mais curieusement sans tête avant de s’écrouler.

Je lui rendais bien cette affection en étant le plus souvent près de lui et je prenais plaisir à l’observer de longues heures à son poste de travail, assis dans un petit coin de son bureau ; celui ci était contigu à l’appartement de fonction.

Avec une expérience de sa vie à laquelle je participais indirectement, il m’incrusta une certaine forme de la personnalité. Je n’avais guère plus de six ans et j’étais à mon poste d’observation.

Effectivement, il y avait eu une tempête de neige et le courrier qui devait être acheminé vers la ville la plus proche, n’était possible qu’à dos de mulet.

Dans le sac qu’il cachetait lui-même, devait se trouver des sommes importantes qu’il jugeait imprudent de laisser partir dans ces conditions. Il prît la précaution de prévenir sa hiérarchie destinataire, expliquant une procédure qui allait appliquer et ses raisons, tout en transmettant les données comptables.

Son supérieur subissait, à la réception du courrier et à ce moment là, une inspection ; dans le contrôle de la comptabilité, si les écritures étaient exactes, il lui manquait les fonds évidemment, qu’il n’expliqua pas franchement, connaissant pourtant la cause.

La route fut ouverte et l’inspecteur suivit pratiquement le chasse-neige pour venir contrôler papa. Ce dernier formaté dans la suspicion, contrôlant des écritures qui étaient justes, insistait insidieusement sur l’inégalité des fonds anormalement supérieurs détenus dans le coffre de la poste, malgré les explications justifiées des causes et des raisons.

C’est alors que je vis papa prendre de la main gauche la cravate de l’inspecteur et armer son poing droit, mais à cet instant, son regard se posa sur moi, il lâcha prise, se rassit la tête entre les mains et se mît à pleurer.

L’inspecteur décontenancé s’excusa auprès de maman qui était là et s’éclipsa, emmenant les fonds de régularisation.

Dans la soirée, je n’avais pas quitté papa d’une semelle, bouleversé par ce que j’avais vu, quand le téléphone a sonné ; c’était l’inspecteur qui s’excusait, mais papa me regardant lui répondît sèchement par un seul mot avant de raccrocher ; “Merde “. Il n’y a pas eu de suite à ma connaissance , papa fit une belle carrière à la poste et ces instants ont été gravés au fer rouge dans ma mémoire.

Plus tard, alors qu’il m’accompagnait exceptionnellement un lundi matin au collège, il me confiait :

Écoute, tu n’en diras rien à ta mère, mais j’aimerais te voir voler, donc tu sécheras les cours ce matin, emmène-moi voir ton moniteur à l’aéro-club.

Il ne peut y avoir de mots pour exprimer la valeur de cette complicité …

Il est parti encore jeune à cause d’avoir abusé de fumer cigarette sur cigarette malgré le rationnement que lui imposait maman et les semonces de son médecin.

Mais il aura eu le bonheur de voler avec moi, comme le bonheur qu’il m’a donné de le faire voler à mes côtés.

Ils avaient 50 ans

Gambetta

ancienne Thagora pendant l’Antiquité, aujourd’hui Taoura

Joli petit village de montagne déjà dans l’arrière pays algérien à l’Est, pas loin de la frontière tunisienne, entre la petite ville de Souk-Aras et les mines de fer de Ouenza.

C’est un peu l’insouciance, l’école, jouer, être le plus souvent dehors au soleil plutôt qu’à la maison.

Nous étions trois garnements à peu près du même âge, avec Georges Mogavero, Robert Daumas, inséparables, nous étions les trois mousquetaires du village, mais il fallait compter aussi avec la présence de nos petits amis musulmans, puisque nous étions en Algérie.

Nous allions à la même école en période scolaire française et nous nous retrouvions à l’école arabe pendant les vacances, en dilettante quand même.

Il est vrai qu’avec eux, c’était blanc ou noir, ça se passait bien ou mal.

La différence des deux civilisations était malgré tout, assez forte et présente.

Si pour nous petits français cela n’avait pas d’importance, par contre eux, sûrement déjà à nos jeunes âges formatés dans leur milieu familial, nous faisaient bien ressentir le côté indésirable de notre présence. Il y avait malgré tout des affinités ; par exemple, si Mohamed était mon ami, il ne l’était pas forcément avec mon frère Jean Claude ou avec mon ami Georges et des négociations, pouvait engendrer l’affrontement, cet affrontement qui plus tard tournera à la guerre malheureusement.

A Gambetta en 1950, c’était à l’école du village, dirigée par un dénommé Laborie ; avant lui il y avait eu Madame Barauline partie à la retraite.

Je retiens surtout de cet instituteur, qu’il me fît entrevoir les particularités ce que l’on doit appeler « JUSTICE » et qui va me marquer à vie. Effectivement il avait neigé ce jour là et comme tous les enfants, à la sortie de la classe, nous jouions aux boules de neige. Il était environ midi et dans l’autobus qui desservait le village, nous savions que deux jeunes nouvelles maîtresses devaient arriver. Bien sûr, par curiosité, nous attendions, nos boules-de-neige à la main.

Enfin ces demoiselles dénommées Lagrou et Oliva débarquèrent, défilant devant nous avant de s’engouffrer dans l’enceinte scolaire.

C’est quelques minutes plus tard, qu’un élève vint m’interpeller, me demandant de rejoindre l’instituteur à l’école. Là, ce dernier, venait de recevoir ses deux collaboratrices présentes d’ailleurs et alors que je n’avais pas encore repris mon souffle, je reçus une gifle magistrale suivi d’un :

— qu’as-tu dit à ces demoiselles ?

Le temps de réaliser et de réfléchir à quel moment j’aurai pu avoir commis une faute ? J’en reçus une deuxième et un coup de pied aux fesses qui me propulsa à l’extérieur de l’établissement.

Rentré à la maison, dépité et presque malade, je réfléchis longtemps à ce qui venait de m’arriver.

Le repas passa très mal et n’en dit mots à mon père qui le connaissant bien, aurait pu avoir des réactions très chaudes, lui qui n’avait jamais levé la main sur moi. Mais sans me poser de questions, il avait bien compris qu’il se passait quelque chose.

Il me l’avoua bien plus tard et j’ai bien fait de ne rien dire.

Évidemment que ce soit moi ou tous ceux qui m’entouraient à ce moment, nous n’avions rien dit.

A cette époque, nous enfants, avions un respect incommensurable envers nos enseignants et les autorités du village en général, on nous enseignait alors les bases de la politesse.

J’en fus très affecté et soixante-dix ans après, j’ignore encore le motif de cette sanction.

J’ai évidemment vécu avec un rêve de vengeance, surtout que nous savions que notre instituteur avait des convictions politiques qui n’étaient pas les nôtres “Pieds Noirs” et c’est beaucoup plus tard, que j’appris qu’il aurait été abattu semble- t -il, par les forces de l’ordre alors qu’il avait rejoint la rébellion, au cours d’une opération ; mais une autre version préciserait, qu’il serait décédé après avoir été blessé dans son gourbi (habitation algérienne) rejeté des siens, puisqu’il avait demandé la nationalité algérienne et l’aurait obtenue pour son aide à cette rébellion.

Justice était faite, peut-être ...?

En dehors de faire du vélo et de bichonner la machine, nous étions donc toujours tous les trois avec Georges et Robert, à reproduire en jouant, l’activité qui correspondait au thème du dernier film qui avait été projeté sur l’écran de la salle des fêtes du village, par un cinéaste itinérant.

Je pense que nous donnions une suite logique à notre interprétation, avec des déguisements carnavalesques amusants.

A la suite d’un film sur la montagne, nous avions traversé le village à la recherche de la paroi convoitée, attachés à une corde de chanvre bien poilue, avec un grand bâton à la main mais il n’a pas été facile de trouver le caillou qui nous aurait permis de nous élever, ne serait-ce que d’un mètre.

Il y avait aussi Zorro, avec son masque et son grand chapeau, les Cow-boys et toujours les gendarmes et les voleurs.

Ainsi un jour d’été, il y avait eu des vacanciers dans la famille Mouton ; et bien sûr deux jeunes garçons de notre âge, s’étaient joints à nous, Raoul et Gaston ; évidemment, tous les trois, on ne pouvait nous séparer et on ne pouvait être que les gendarmes, quant à nos deux jeunes amis, ils ne pouvaient être que les voleurs. Nous les avions donc fait prisonniers dans la matinée et nous n’avions trouvé mieux que de les attacher en haut d’une belle meule de foins au mât central de celle-ci qui la maintient et qui dépasse de sa partie sommitale. Assez amusant par une belle journée bien chaude, mais le problème, c’est que reportant réciproquement sur l’un de nous ou de l’autre, l’idée et le sentiment d’aller les détacher à un certain moment, le temps est passé et ce sont les vrais gendarmes du village qui sont venus à la maison pour me demander quelques explications sur la disparition signalée, de ces deux jeunes enfants.

Heureusement pour nous, dans ce petit village, l’ambiance conviviale qui régnait entre toutes les familles, et après les recherches, a permis de finir la journée à la salle des fêtes devant un bon apéritif qui a duré trop longtemps à notre goût, parce que nous trois, étions devenus les voleurs et privés des festivités enfermés punis dans nos chambres respectives.

Ma corvée, chaque jour de cette enfance à Gambetta, en début de soirée après l’école et les devoirs terminés, était d’aller chez les Bontoux, le fermier du village, me faire servir dans mon petit pot-à-lait caractéristique, un lait des plus frais pour la maison.

Dans l’itinéraire de mon déplacement, je passais impérativement devant un grand portail de bois que je n’ai jamais vu ouvert, mais derrière lequel était enfermé un chien qui, dés que je passais, sentant une présence, aboyait.

C’était une très grande propriété, genre petite ferme, avec une très grande placette centrale non clôturée, qui donnait sur la rue principale. Ainsi était née une relation virtuelle, entre ce chien et moi ; je passais, il aboyait, je repassais au retour, il aboyait encore et si il n’aboyait pas, je prenais un petit gravier que je lançais contre cette grande porte en bois, pour lui rappeler que je passais pour l’entendre aboyer.

Dans ma petite tête, il n’y avait aucune recherche d’agressivité ou de taquinerie c’était une façon de dire bonjour à un copain, mais un jour, beaucoup de temps s’était écoulé dans cette relation, alors que nous étions tout un petit groupe de copains et copines devant la fameuse petite placette, nous bavardions dans une ambiance récréative. Un aboiement caractéristique qui m’était familier me parvient aux oreilles. Évidemment c’était mon ami le chien que je n’avais jamais vu, qui était exceptionnellement en liberté ce jour là et c’est moi qu’il choisit uniquement, de tout le groupe, pour me déshabiller de ses crocs, sans une égratignure et repartir comme il était venu, me laissant en petite culotte et encore bien déchirée. Nous avions enfin fait connaissance, mais d’une drôle de façon ; un ami qui avait sûrement un sale caractère ?

Il y avait tout autour du village, d’immenses étendues cultivées de blé qui l’été, une fois moissonnées, permettaient l’ouverture de la chasse aux cailles qui étaient bien grasses ; avec papa en une matinée, nous en avions ramenées une centaine à la maison. C’est à cette occasion qu’il m’a intéressé à la chasse.

Il faut reconnaître qu’étant bien lourdes pour prendre leur envol avec la complicité de la chienne d’arrêt, Phoquie, de papa, il était facile de les tirer.

Mais la caille est un oiseau migrateur et à un moment, il n’y en a plus ; par contre il y avait beaucoup de moineaux aussi gras à peine moins gros que j’arrivais à revendre à une dame qui me les achetait cinq centimes de l’époque, la pièce.

Elle faisait les marchés et les revendait après les avoir plumé et vidés.

Avec mon lance-pierre que l’on appelait

“tire-boulette”, j’étais très adroit pour en toucher à une dizaine de mètres et ainsi me faire ma petite cagnotte qui me permettait d’acheter des figues de barbarie bien fraîches qui valaient un centime pièce, que je dégustais sur place. C’était mon fruit préféré et il m’était arrivé d’en manger un jour cinquante d’affilé me provoquant une dilatation de l’estomac sans conséquence qui avait bien inquiété maman.

Ces petits oiseaux multicolores étaient nombreux dans notre contrée et j’aimais les voir et les entendre chanter ; aussi papa m’avait construit une magnifique volière avec tourniquets, balançoires, etc , que je me suis appliqué de remplir.

La nuit, dans le faisceau de la lampe électrique, il était très facile de les capturer à la main sans leur faire le moindre mal, alors qu’ils dormaient la tête sous l’aile sur les branches basses des arbres qui bordaient la route des bains.

Papa m’avait appris à faire de la “glue” un mélange savant de résine de conifère, de chewing-gum fondus à ébullition et refroidis subitement à l’eau froide, d’où résultait une patte gélatineuse collante.

Le matin, avant le levé du jour, papa me réveillait et je partais à la source d’Ain Guettar.

Je plantais de ci, de là, des tiges de raffia enduites de cette colle. Dés les premiers rayons de soleil, ce sont des nuées de vols de petits oiseaux de toutes sortes qui venaient boire et s’ébrouer à cette source.

Évidemment si leurs ailes touchaient ces pièges inoffensifs, ils ne pouvaient plus s’envoler et je n’avais plus qu’à aller les cueillir.

Avec un peu d’huile que j’avais piqué à maman, je nettoyais leur plumage et quelques jours plus tard, ils avaient retrouvé leur beauté naturelle. Il y avait bien d’autres systèmes ingénieux pour que tout naturellement, ces petits oiseaux viennent pénétrer dans la volière, attirés par la présence et le chant de leur congénères.

J’étais fier de mes beaux oiseaux, j’étais devenu un spécialiste et je me régalais de les observer et de les écouter chanter.

Ils arrivaient à s’accoupler et certains naissaient dans la volière.

Tous les matins, j’avais la charge de changer le tapis de sol de cette grande cage, de leur donner de l’eau et de les approvisionner de différentes nourritures.

Je gardais les deux, trois couples les plus beaux et chanteurs de chaque catégorie et je libérais les autres qui restaient dans l’environnement immédiat mais qui arrivaient souvent à revenir dans la volière.

Parti de la maison pour les études et la France, papa m’avait relayé dans les tâches et plus tard il me confia qu’avant de quitter Gambetta il leur avait rendu la liberté et avait détruit la volière.

Dans un wagon de 2ième classe de la SNCF

Bône

aujourd’hui Annaba

Ville portuaire de l’Est algérien sur la Méditerranée, où je suis né, au 31 de la rue Sadi Carnot ; c’était pratiquement au début de la seconde guerre mondiale. Dés que maman nous avait couché et bordé dans nos petits lits en fer aux grands bords, papa nous recouvrait d’une grande plaque de tôle pour nous protéger des éclats de bombes ou d’obus, qui risquaient de traverser la maison au cours d’un bombardement. C’était arrivé sans nous toucher heureusement et papa a longtemps gardé ce morceau de ferraille déchiqueté d’environ deux kilos, sur son bureau.

La majorité de notre grande famille résidait dans cette ville et d’ailleurs tous travaillaient à la poste. Papa ayant été promu, il avait dû partir dans l’arrière pays à cent kilomètres de là, donc à Gambetta.

Dés que j’ai été admis en sixième au lycée pour mes études secondaires, je suis revenu dans cette ville et ne pouvais pas échapper à l’internat qui a fait de moi un petit homme, mais un peu trop tôt quand même. J’avais dix ans.

A cette époque, quand on partait de la maison pour l’école, c’était pour trois mois minimum ; les vacances c’était Noël, Pâques et les grandes vacances pendant lesquelles j’avais si soif de liberté, que j’étais plus à m’éclater dehors au soleil et sur mon vélo, qu’à la maison avec papa et maman qui ne comptaient plus beaucoup. Pourtant papa saisissait chaque occasion, pour m’avoir près de lui ; l’affection dont on a tant besoin à cet âge là, manquait un peu et inexorablement, on le devine très bien, elle se manifestait que l’avant-veille de la fin des vacances au moment où il fallait repartir.

L’internat ? c’est un peu, si ce n’est pas beaucoup, les libertés qui s’envolent mais c’est vrai, nous ne portions pas d’uniforme particulier à part dans la journée, la blouse grise qui était de rigueur pour nous distinguer des élèves externes. Mais en dehors des heures de cours, tout mouvement de l’organigramme s’effectuait au sifflet sous le contrôle des «pions», ces étudiants en fin de parcours qui améliorent substantiellement leurs revenus en surveillant les plus jeunes.

Il y avait bien quelques instants de répits en dehors des cours et études, ainsi qu’entre les repas, que nous mettions à profit pour nous défouler dans le sport, tout particulièrement, avec mes amis Barolle et Arpinau

Il y avait un jour de sortie possible, le dimanche avec un aménagement dés le samedi après-midi, mais à condition d’avoir l’autorisation des parents et d’avoir un correspondant qui devait signer un document attestant qu’il nous avait bien pris en charge.

La colle, était ainsi, la pire des punitions ; pas de sortie, remplacée par la promenade en rangs dans les rues qui faisaient le tour de l’établissement et toujours en blouse grise, ainsi que par des heures et des heures d’études.

Le caractère se forgeant assez rapidement, il ne fallait pas se laisser faire ; le cul au cirage était coutume du bizutage, on pouvait se faire attraper une fois, mais pas deux ! L’expérience s’acquiert très vite et dans tous les domaines.

Avant la nuit, c’était le passage obligatoire par les toilettes toujours au sifflet mais après l’extinction des feux, c’était un retour dans ces toilettes avec le paquet de cigarettes que j’ai vite donné à un fumeur pour éviter ce qui était pour moi une corvée et surtout éviter d’avoir des quintes de toux, la fumée ne passant pas aussi bien que chez mon père ; j’avais réussi à obtenir une autorisation exceptionnelle pour aller en salle d’étude travailler sur une maquette d’avion jusqu’à ce que le sommeil me prenne.

Avec l’ancienneté, l a maturité et l’indépendance s’incrustant, je découvrais toutes les ficelles de la débrouille avec une ligne de conduite à laquelle je n’ai jamais dérogé ; papa me le répétait souvent.

«Tu vois mon petit, il faut toujours penser que tu marches sur une règle et que tu dois arriver au bout, donc si tu mets un pied à droite, tu tombes, si tu mets un pied à gauche, tu tombes aussi et pourtant tu dois arriver au bout de cette règle».

L’insouciance aidant, il fallait bien que jeunesse se fasse.

Que se soit par défi ou pour rejoindre copains et copines à l’extérieur, il fallait une dose de témérité pour «faire le mur» le soir après l’extinction des feux ; parfois en sautant de nuit d’un étage à l’autre, ou en descendant ou remontant le long de la gouttière pour quitter ou revenir dans le dortoir qui n’était pas, bien-sûr au rez-de-chaussée.