L’usure - Barbara Lenvol-Collette - E-Book

L’usure E-Book

Barbara Lenvol-Collette

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Beschreibung

« Elle n’arrivait pas à clarifier tout ça et son esprit confus, pressé, ne le souhaitait pas, au fond. Elle n’avait qu’une envie : le revoir ! Elle aimait l’aventure, les surprises, les évènements hors du commun. Elle souhaitait l’Amour ! Elle-même était atypique, enfin, se sentait différente – elle ne le savait pas encore, mais elle était en fait bipolaire. Les bipolaires sont des proies idéales pour les manipulateurs pervers narcissiques. Ils soufflent le chaud et le froid. Malheureusement, elle ne le comprit qu’au bout de vingt-cinq ans de vie commune… »


 À PROPOS DE L'AUTRICE

Après avoir été sous l'emprise d'un manipulateur pervers narcissique pendant de longues années, Barbara Lenvol-Collette décide de partager son expérience à travers l'écriture. Son objectif est d'apporter un éclairage aux personnes malheureusement coincées dans des situations similaires à la sienne.

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Seitenzahl: 162

Veröffentlichungsjahr: 2024

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Barbara Lenvol-Collette

L’usure

Mon parcours avec un MPN

© Lys Bleu Éditions – Barbara Lenvol-Collette

ISBN : 979-10-422-2664-0

Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

Divorcerd’unMPN(ManipulateurPerversNarcissique)estundoubledeuil : celui de la séparation, bien sûr, maisaussi et surtoutcelui de l’acceptation del’illusion de l’amour. Cela fut pour moi àla fois une douleur et une libérationderéaliser,auboutde27ansdemariage, qu’il ne m’avait jamais aimée…j’étais subtilement menée par le bout dunez,dévouée,sous emprise.

Lesquelquesanecdotes(parmitantd’autres) relatées dans ce témoignageauraient dû m’alerter. Mais était-ce alorspossiblede prendre conscience?

Sicepetitouvrageconcretpouvaitéclairer les personnes malheureuses etinconscientesdecequ’ellesvivent(comme cela fut mon cas pendant toutescesannées),alorsj’enseraisravie.Témoignage alors utile, il n’aura pas étéécritsimplementpourme soulager.

Fuir et revivre, fuir vite et se reconstruireavant qu’il ne soit trop tard, car l’emprise, telle une usure fatale programmée, tueà petitfeu…

La femme bleue

(Illustration de couverture)

J’ai réalisé ce dessin à main levée, d’après un petit modèle, quelques heures après la signature de notre divorce, et en moins d’une heure et demie, à l’hôpital de jour que je fréquentais alors. Libération et souffrance s’y côtoient… Ma main était sûre ; je n’ai pratiquement pas eu besoin de gommer lors de sa préparation, alors que je ne sais pas dessiner. Je suis incapable maintenant de reproduire ce dessin. Il s’agit vraiment, pour moi, d’une réalisation thérapeutique.

L’homme qui souffre peut diminuer son mal, en sachant d’où il vient ; il l’enferme par la pensée en un morceau de son corps, qui peut être guéri, arraché au besoin ; il en fixe les contours, il le sépare de lui.

Extrait de Jean-Christophe de Romain Rolland

À Micaëla M, Mélanie G, Annick B, Fabienne C, Annick F, Annie G et Nelly K. pour leur amitié, leur écoute, leur bienveillance et leur discernement.

À Marie-Françoise.

À Rosetta et Ghislaine.

À Dalila D.A qui m’a sauvée.

A Frédéric B, Jean-Firmin M.K et Christian pour leur tendresse. Vous m’avez réconciliée avec les hommes.

Enfin, et surtout, à mes filles chéries. Je vous aime. Essayez de ne pas m’en vouloir pour cet écrit qui révèle votre père. Tel Nathanaël, jetez ce livre, s’il vous dérange. Vivez heureuses et soyez toujours « les plus irremplaçables des êtres ».

1

La fatale rencontre

Elle l’avait pris en stop. Il ne pouvait plus conduire en raison d’une annulation de permis de douze mois. Il était taciturne, le regard fermé. Il parlait peu. Elle, toujours aussi bavarde et gênée par le silence, s’en chargeait ! Au bout d’une demi-heure (le temps de rejoindre la gare la plus proche pour prendre le train), il savait déjà tout d’elle ou presque : qu’elle évitait la voiture, car encore marquée par un grave accident dont elle était « responsable », qu’elle était professeur d’éducation musicale (maître auxiliaire) en collège depuis seulement deux mois, qu’elle était « crevée », car elle n’avait pas eu le temps de récupérer après la saison en hôtellerie qui l’aidait à payer son année de CAPES, et qu’elle était stressée par ce nouveau poste. Quand il parlait, il ne bougeait pratiquement pas les lèvres et l’intensité de sa voix était faible. Elle devait parfois tendre l’oreille. Il semblait sombre… mais elle avait toujours eu un faible pour les « beaux ténébreux ». Il vivait en fait un drame intérieur très récent. Dans l’accident de voiture dont il était responsable (d’où l’annulation de permis), son meilleur ami était mort. Sylvain, surnommé Bacheul. Mais ça, elle ne le sut que quelques mois plus tard… Arrivés à la gare de la Roche/Yon, ils avaient pris le train ensemble finalement, car ils allaient dans la même direction : Nantes. La nuit tombait déjà et il jugea préférable et plus raisonnable de privilégier ce mode de transport. Il irait ensuite à Saint-Nazaire, son lieu de travail, et elle, à côté de Vannes, visiter sa cousine. Ils avaient échangé deux titres de musique de leur Walkman respectif.

Elle lui avait fait découvrir Dick ANNEGARN. Il lui avait fait écouter un titre (« Fais-moi l’amour ») qu’elle détestait tout autant que son auteur-compositeur, l’énervé Francis LALANNE. Elle n’avait pas osé lui demander pourquoi il aimait ce titre, par peur de laisser transparaître son aversion. Elle n’avait pas osé lui expliquer que gémir bêtement en chantant une injonction à faire l’amour était justement aux antipodes de l’Amour…

Il l’avait accompagnée au tableau d’affichage des horaires. Madre Mia ! Elle pensait avoir une vingtaine de minutes d’attente et il n’en était rien : trois heures ! Trois heures à poireauter en attendant la correspondance ! Il lui proposa, pour la remercier de l’avoir pris en stop, lui précisa-t-il, de lui offrir un verre. Puis ce fut le restaurant. Ils passèrent un très agréable moment et elle n’avait pas fait cas de son cynisme toujours mesuré, sa légère provocation, quand elle tenait des propos sur les revendications féminines. Très vite, il lui renvoya l’image d’une féministe agitée, en amplifiant ou modifiant subtilement ses propos. Mais elle ne s’en rendit pas vraiment compte. Elle était déjà aveugle et sourde, dès le départ. Il lui plaisait. Il lui plaisait beaucoup ! Elle se souvenait très bien de la phrase qu’il lui avait proférée : « Je te vois bien avec ton tailleur, tes lunettes et tes chaussures à talon, en train de faire cours ». Cette association directe entre « apparence stéréotypée de l’enseignante » et « féminisme énervé », bien qu’exprimée sur le ton de « l’humour » aurait dû l’alerter, pourtant, d’autant plus que son style était plutôt prof de zic-jean-basket !

Il lui avait peu parlé de son travail à Saint-Nazaire et de façon assez incroyable.

Tantôt il était électricien, tantôt mécanicien, tantôt sur un bateau. Elle ne comprenait rien, mais elle s’en fichait ! Et puis, cela ajoutait au mystère… Il lui avait fait croire qu’il avait le baccalauréat. C’était son premier mensonge symptomatique. Elle ne savait pas qu’il y en aurait bien d’autres après…

Quand ils se sont quittés, à la gare, ils ont osé échanger leurs adresses. Il s’en fallut de peu. Les portes du train allaient se fermer… Dans le wagon, elle repensa à cette rencontre, bien sûr. Elle aimait tout ce qui était insolite. Elle l’oublia pendant les trois jours passés chez sa cousine. Puis il revint occuper son esprit, mais elle s’interdit de lui écrire, pensant qu’il l’avait oubliée. Une dizaine de jours plus tard, elle reçut une enveloppe « cabossée » qui avait voyagé dans trois départements avant d’arriver à bon port suite à une erreur de code postal. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir un paquet de cigarettes vide (celui qu’elle lui avait offert au restaurant) accompagné de deux phrases bien séparées sur le papier. La première disait : « voilà tout ce qui me reste de toi, je te le renvoie » et l’autre, « Une femme qui se croit intelligente réclame les mêmes droits que l’homme. Une femme intelligente y renonce » Colette.

Elle fut envahie par des sentiments contradictoires. Elle était heureuse de voir qu’il ne l’avait pas oubliée. Elle était choquée de recevoir en « cadeau » un bout de carton qui aurait dû finir à la poubelle… Et enfin cette phrase de la célèbre écrivaine Colette, qui n’avait rien d’un hasard au vu des discussions au restaurant et surtout parce que son propre nom comportait le patronyme Collette, identique donc, à une lettre près. Elle avait très bien compris que la phrase pouvait être interprétée différemment selon qu’on la faisait dire à l’écrivain ou à elle ! Sous l’éclairage des propos tenus lors de la soirée, on pouvait tout à fait comprendre : tu n’es pas intelligente, car tu réclames les mêmes droits que l’homme. Cette ambiguïté était-elle déjà une forme de test ? « Si elle mord, c’est bon, l’emprise est même commencée. »

Au fait, comment avait-il déniché cette citation ? Les phrases célèbres sont nombreuses et internet n’existait pas encore. Naïve, elle s’imagina qu’il possédait une grande culture littéraire ! Elle n’arrivait pas à clarifier tout ça et son esprit confus, pressé, ne le souhaitait pas, au fond. Elle n’avait qu’une envie : le revoir ! Elle aimait l’aventure, les surprises, les évènements hors du commun. Elle souhaitait l’Amour ! Elle-même était atypique, enfin, se sentait différente (elle ne le savait pas encore, mais elle était en fait bipolaire).

Les bipolaires sont des proies idéales pour les Manipulateurs pervers narcissiques. Ils soufflent le chaud et le froid. Malheureusement, elle ne le comprit qu’au bout de vingt-cinq ans de vie commune…

2

Au Portugal, enceinte, en 1990

Au printemps 1990, j’avais été heureuse de lui rappeler un projet qui lui tenait à cœur : « Saint-Jacques de Compostelle à pied, il faut le faire maintenant. Je suis enceinte depuis peu, et après la naissance du bébé, ça sera difficile ». Alors, il a mis sur pied ce projet dont il rêvait depuis longtemps. Tout amoureuse, tout investie d’une mission maternelle, j’avais refoulé la frustration de ne pas avoir été remerciée de l’avoir encouragé à réaliser ce rêve (performance purement sportive, sans aucune approche spirituelle) malgré que je sois enceinte de trois mois au moment de la préparation. J’aurais aimé qu’il me remercie, délicatement, avec affection. Je ne savais pas encore que ces mots mêmes n’existaient pas dans son vocabulaire.

C’est avec mes parents que nous l’avons rejoint, à Saint-Jacques. Je me souviendrai toujours de la joie immense qui m’envahit, quelques heures avant notre arrivée, moi qui ne l’avais pas vu depuis trente jours, moi qui portais le premier fruit de notre union. Quand je l’ai aperçu, ma joie a décuplé. J’étais tellement amoureuse, tellement heureuse. Il m’apparut si beau. Ma déception et ma tristesse furent immenses quand il est venu vers moi sans montrer aucune émotion. Je voulais le serrer dans mes bras, le toucher, l’embrasser longuement. Il m’a fait la bise, oui, une bise, distante, donc, comme à une camarade. Il est resté dans son monde pédestre, ne s’en est pas extrait un seul instant.

Son épouse enceinte en face de lui le laisse froid, de marbre. Aucune émotion.

Je suis glacée de manque affectif, glacée qu’il ne demande pas de nouvelle de ma grossesse. J’ai envie de pleurer. Je me retiens. Nous revenons aussitôt sur l’essentiel : Ce pour quoi nous sommes là, son périple pédestre. Mes parents ne voient rien, ne comprennent rien de ce qui se passe. Ils sont là pour leur gendre. Pas pour les états d’âme de leur fille !

Le soir dans la chambre d’hôtel, il a pris sa douche. Il était fatigué. Il s’est endormi. Il n’a pas posé la main sur mon ventre. Le pire, c’est que j’ai pleuré en me culpabilisant de « ramener tout à moi » parce que je demandais un peu d’égard, de tendresse, pourtant bien légitimes. Cette culpabilité m’empêchait de voir la froide réalité d’un handicapé affectif et d’un futur MPN à plein temps !

3

Enceinte de 3 mois de ma fille aînée

(Un souvenir de femme maintenant divorcée)

La mère de mon futur ex-mari était hospitalisée pour quelque temps et nous sommes allés la visiter. C’était à l’époque où nous venions d’héberger son fils, mon beau-frère donc, SDF en piteux état. Celui-ci s’était refait une santé à la maison, avait trouvé un travail et un hébergement. Il était moins en marge de la société, moins virulent, moins violent. Il n’avait plus de contact avec sa mère qui n’en pouvait plus des « pétages de plomb » de son fils quelques années auparavant. Mon mari, pendant la visite à l’hôpital, lui a expliqué rapidement la situation et lui a suggéré de le revoir. Elle a répondu, fort justement : « Mais, on peut pas lui parler ». C’est alors que j’ai simplement dit : « Il change, ça lui ferait plaisir de vous voir ». Très vite, nous avons parlé d’autre chose. Mais tout a basculé pour moi. Le soir même, ma belle-sœur était informée de cet échange verbal… par une belle-mère ayant transformé les propos, c’est le moins qu’on puisse dire ! C’est ainsi que ma belle-sœur m’a définitivement exclue de la famille en me raccrochant au nez lors d’un appel téléphonique après m’avoir dit : « vous avez fait pleurer maman ! » Puis, elle m’interdit par courrier l’accès à sa maison. Elle précisait que son frère pouvait, lui, venir quand il voulait ! Cette situation m’est apparue surréaliste. Nous avions jusque là d’excellents rapports, du moins le pensais-je. Mon mari aurait dû intervenir pour me réhabiliter. Il n’en a rien fait. J’étais enceinte de trois mois et profondément blessée par cette exclusion injuste. Je pleurais très souvent, car j’avais une réelle affection pour ma belle-sœur et sa famille. Un jour, alors que je demandais au père de ma fille d’intervenir, pour la « ènième » fois, il s’est énervé, pour la première fois, et m’a signifié une fin de non-recevoir. Mais pourquoi ? Je ne comprenais pas. Il savait tout comme moi que je n’avais rien dit de compromettant. Je sais maintenant qu’il a profité de cette situation pour m’emprisonner dans ma douleur, ma dépendance et dans ma grossesse. Son premier travail de MPN, il l’a commencé à ce moment-là. Je n’ai, au fond, plus été la même à partir de là. Quelque chose s’est fissuré en moi. Je me suis raccrochée à la Vie que je portais, malgré tout, malgré que ni sa mère ni sa sœur ne soient venues voir notre bébé à la maternité. Cette fissure, j’ai toujours cru l’avoir comblée, mais, au fil des années, elle s’est agrandie, malgré ma résistance (qui n’était qu’un vaste mensonge fait à moi-même : je voulais me persuader qu’il m’aimait et me respectait…), jusqu’au jour enfin prononcé du divorce. Quand on ne peut plus colmater les trop nombreuses fissures, il faut casser et reconstruire.

Quelques années après cet incident, ma belle-sœur a voulu « renouer », en souhaitant nous rendre visite ! (bien d’autres à ma place auraient refusé !) Nos enfants avaient déjà plus de dix-huit ans. Toutes ces années d’enfance gâchées ! Cela ne semblait pas la déranger. De même que me parler comme si de rien n’était. J’ai encore une fois trouvé la situation surréaliste.

Ma belle-famille est comme lui : souvent méchante, sans même une once de psychologie… parce que problématique. Comme beaucoup de familles.

4

Pô Pô Pô… Pauvre poule au pot

(Extrait de mon journal épisodique)

Pauvre journal ! Pauvre de moi ! Je me réfugie quelques minutes pour te confier mes tourments.

J’ai donné le sein à Rebecca. Mon bébé était bien à l’aise. Ensuite, elle a pleuré, car elle se tordait de douleur ; elle a souvent des gaz. Le pédiatre l’autre jour m’a rassurée : « après ses trois mois, tout devrait aller mieux. Le système digestif, disons, se met en place ».

Daniel est parti faire son footing pendant que je l’allaitais, sans me demander quoi que ce soit. Dans un couple à l’écoute, ça se fait de demander, non ? Surtout quand l’enfant « chamboule » l’organisation de la vie au quotidien.

Cela m’a contrariée. Et fatiguée. J’avais sorti des légumes du bas du frigo, pour faire une poule au pot. Il les avait vus. N’aurait-il pas pu se sentir concerné par quelques minutes d’épluchage ? Bref, je parviens à endormir Rebecca et « attaque » les légumes. Je bâille. Bébé ne fait pas encore régulièrement ses nuits et le manque de sommeil me perturbe. Lui, ses nuits sont complètes.

Je sors la poule prête à être découpée ainsi que les ciseaux de cuisine. Et là, elle se réveille et pleure en se tortillant de douleur. Je la prends dans mes bras, la berce, en prenant sur moi les cris et sa douleur. Ouf ! elle se rendort ! Je commence à découper la poule. Rebelote ! Alors, je décide de vite finir le découpage pour me consacrer à Bébé. Je ne sais pas ce qui m’a pris. J’ai lâché les ciseaux, je me suis énervée sur cette pauvre poule, je l’ai presque déchiquetée en la jetant dans la casserole, me retenant de ne pas tout envoyer par la fenêtre. La fatigue, les pleurs… et puis j’ai très mal aux hanches. J’ai tellement mal. Debout. Assise. Toujours mal.

J’ai cassé les pattes de la poule avec une violence dont j’ai honte. Heureusement, il est arrivé. Transpirant. Il a pris le temps de s’essuyer. Je l’ai imploré : « s’il te plaît, prends – la dans tes bras, vite. » Il a remarqué que je commençais à pleurer. J’ai eu l’impression qu’il arrivait en sauveur équilibré d’une femme excitée et instable ! Pourquoi est-ce que je me suis sentie minable ? Quand tout est rentré dans l’ordre, il est directement allé prendre sa douche… Cela m’a déroutée. Je croyais qu’il allait prendre un peu soin de moi.

J’aurais dû lui dire de reporter son footing pour partager avec moi l’allaitement et la cuisine… Je ne l’ai pas fait, car j’avais peur qu’il s’agace ou qu’il me réponde : « je n’en ai pas pour longtemps ! » Cela m’aurait tellement fait de peine.

Et puis, zut, il pourrait s’en rendre compte tout seul !

J’aurais dû, après la séance d’allaitement, me reposer à côté de Bébé. Et tant pis pour la cuisine ! Pourquoi est-ce que je me mets la pression ? Parce que je sais qu’il ne s’y mettra pas, à la cuisine. Parce que je ne sais pas m’arrêter, je n’ai jamais su m’arrêter.

Mais putain, arrête-toi, Barbara !

Comme je m’inquiète de ma réaction d’acharnement sur cette pauvre poule, je lui dis, à sa sortie de la douche : « j’ai failli déchiqueter le poulet. Tu aurais pu me demander, avant de partir, si c’était OK. » Il m’a rétorqué qu’il s’en foutait de mon poulet…

Pendant le repas, il s’est resservi deux fois, la trouvant visiblement très bonne ma poule au pot, sans même m’en féliciter, comme si c’était normal que je fasse la cuisine, toujours.

Qu’est-ce qui se passe ? Je ne vais pas y arriver. J’ai peur, j’angoisse.

Arrête de chialer, tes larmes abîment la feuille.

Je l’aime et il m’insupporte en même temps. Je souhaite tellement son amour. Je souhaite tellement ses soins. Je l’aime tellement, le père de mon enfant. Je le trouve si beau, si élégant physiquement. Je voudrais tellement qu’il soit élégant en paroles. Et voilà. Je me remets encore à pleurer. Pourquoi ? Parce que j’ai l’impression que tout est mission impossible.

Mais si, Barbara, tu vas y arriver. Tu as de l’énergie. Tout le monde le dit. Sois patiente. Il comprendra bien un moment ou un autre.

Oh ! que je me sens mal ! je vais aller la regarder dormir, ça me calmera ; ça ne sert à rien d’écrire.

Mais si, ça sert ; ça sert à respirer, à aller moins mal.