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Un voyage, à travers six décennies, d’un banlieusard passionné de peinture, de rock’n’roll, comme façon de vivre, de s’habiller, de penser, de se déterminer.
Il se souvient de son enfance, de sa famille, de ses disques, ses dessins, ses guitares.
Jean Claude Casubolo nous fait le récit de sa vie en forme de montagnes russes, au cours de laquelle il tenta contre vents et marées de garder les pieds sur terre.
Le récit est emaillé de séquences qui embarquent le lecteur au cœur des beaux arts de Paris, dans les aventures rocambolesques du G.O du Club Med qu’il fût un temps, et au travers de croustillantes et émouvantes autres aventures soumises aux soleils et orages des aléas de la vie …
Devenu artiste peintre, a 55 ans il redevient papa et écrit ce livre pour sa fille de 6 ans, dans l’éventualité où la vie ne lui accorderait pas le temps de lui raconter de vive voix…
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Veröffentlichungsjahr: 2023
JEAN-CLAUDE CASUBOLO
A Sophie mon soleil, Étienne, Manon mes enfants
A Mattéo, Roméo, Thaîs et au bébé qui va bientot arriver, mes petits enfants
A ma Fanychou d’amour
J’ai été un enfant aimé et sur-protégé comme mon frère et mes sœurs.
Papa-Maman mélangeaient l’éducation entre tendresse et coups de ceinture.
Les coups faisaient parti de notre quotidien au même titre que la douceur de Maman ou l’amour de Papa.
Enfant, comment dissocie-t-on l’amour des coups?
Je pensais qu’ils seraient le fil rouge de mon récit et aujourd’hui que j’ai écrit ce livre je me rends compte que je n’en parle pas tant que ça.
La vie m’a offert de beaux moments et d’autre moches.
Adulte j’ai reçu de bonnes raclées qui elles, en revanche, me font encore très mal aujourd’hui: Je ne vois plus mes enfants Étienne et Manon depuis presque10 ans et je suis un grand père fantôme de 3 petits bouts qui ne me connaissent pas... Et oui.
Au départ, Je voulais juste écrire un livre sur mon enfance, mais au fil des pages, Antoine, mon frère, m’a convaincu de raconter «ma vérité» puisqu’elle me ronge. Voici donc, le récit d’un gosse, d’un homme et d’une famille.
Et la famille, gamin, c’était avec Papa, Maman, Antoine, mon frère, Éléonore et Marie-Évelyne, mes sœurs, à la cité des 4000 de la Courneuve puis à la cité Soubise du vieux Saint-Ouen dans le département de la Seine-Saint-Denis (93).
Adulte, dans une première vie, c’était avec L’c 1 ma première femme, Étienne et Manon mes enfants qui ont 34 et 27 ans aujourd’hui.
La seconde c’est avec ma Fanychou et mon soleil: Sophie, qui vient d’avoir 4 ans...
Comme dans le film «Pulp fiction» (sans aucune prétention, j’ai beaucoup trop d’admiration pour Tarantino) je jongle avec le temps et j’espère que cela vous déstabilisera pas trop. Si vous arrivez à me lire, vous constaterez, que je n’ai jamais aimé les règles même la règle chronologique des choses.
Néanmoins, je vais faire attention de ne pas trop me disperser.
Je tiens à remercier tout particulièrement Wikipedia, pour toutes les infos historiques qui sont dans le texte.
Je contribue à ma manière à l’élaboration de ce livre, j’en suis fière et honorée, fière pour mon petit frère sur lequel on n’aurait pas parié un kopek quand, à l’époque, il passait son temps à gribouiller ses cahiers «ce n’est pas comme ça que vous réussirez dans la vie Monsieur Casilambo!» comme disait un prof à Colombes.
Et bien si, il a réussi dans sa vie, il a fait des milliers de choses, il a pris des milliers de risques, il a traversé le désert... 2 énormes plaies seront toujours dans son cœur, je le sais! Mais Aujourd’hui, il a trouvé son équilibre, sa joie de vivre, son bonheur et j’en suis très heureuse pour lui! Sache Coco que je serais toujours là pour toi et que désormais Sophie a une mamie par procuration.
Nous sommes le 30 juin 2022, cela fait 38 ans aujourd’hui que je suis mariée et j’aimerais aussi rendre hommage à mes parents qui, il y a un peu plus de 2 ans sont partis presque ensemble, presque main dans la main... Ils me manquent énormément et mon deuil se fait péniblement.
Il y a 38 ans, c’est moi qui les quittais pour fonder ma famille, mon sentiment à l’époque était partagé entre joie et tristesse, joie de les quitter et tristesse de les laisser...
Ils ont été des parents adorables, affectueux, aimants mais trop sévères, trop étouffants, nous privant de notre jeunesse au nom de je ne sais quelle bonne éducation, ils croyaient nous protéger en nous coupant du monde, de notre monde, de nos vies, qui je suis sûre auraient été différentes si nous avions été plus libres (surtout pour Lolo et moi) enfin voila, c’est la vie...
Leurs départs nous a rapprochés mes frères et moi, nous a rendus plus forts en vivant juste l’inimaginable lors de ce terrible premier confinement.
Aussi, je déplore que Lolo n’ait pas vécu la même chose que nous, je ne la blâme pas, mais je trouve cela triste et dommage pour elle.
Bonne lecture,
Vivi
Quelle sensation étrange que de lire le récit de l’enfance de mon frère, pour les moments que nous avons partagés en commun dans le même décor, avec les mêmes sœurs, les mêmes parents et de me voir vivre et raconter par un autre. Mais aussi quel voyage passionnant dans ce flashback où mes propres souvenirs ont été ravivés, confrontés et parfois dérangés…
Ce frère, l’auteur de ce récit, c’est Jean-Claude. Ou Livio. Ou Coco. Ou Sarouel. Ou Buggiardo. Ou Corruzzo. Ou Milordo. Ou Jo le contact, comme vous le lirez, mais mon frère en tout cas, né cinq ans après moi.
Forcément, parce que je suis l’aîné, je le connais depuis toujours. J’ai vu maman enceinte de lui. J’ai le souvenir de son manque, lorsqu’elle est partie l’accoucher. Et je me souviens très bien du matin de son retour, il était le bébé dans ses bras. Je l’ai tout de suite aimé. Je me souviens très bien de lui, de ces jours de sa prime enfance, qu’il raconte, de ces images mêlées d’odeurs, de sensations, de lumière, parfois du jour, radieuse, parfois jaune et glauque que diffusait le plafonnier de la salle à manger.
Avoir vécu la même chose, ne veut pas dire en avoir conservé les mêmes souvenirs, les mêmes impressions. Dans le récit de mon frère, qui n’élude rien des moments difficiles de notre enfance, il y a plein de gaité, d’humour, d’éclats de rire presqu’à chaque page, malgré, souvent, la brutalité des situations. Je ne suis pas certain qu’il y en aurait eu autant dans mon récit, si j’avais dû raconter les mêmes événements et les mêmes anecdotes. Jean-Claude a aimé son enfance et cela m’a beaucoup attendri.
Dans les pages de son récit, je me suis passionné pour ses aventures! Mine de rien, j’y ai appris plein de choses de notre enfance. Mais, surtout, j’y ai retrouvé maman. Les autres
ne sont que des personnages. Mais maman… qui me manque tellement à l’heure où j’écris ces lignes. Dans son récit, Jean-Claude m’y révèle tant de choses de son abnégation, de son courage, de sa vie, que je n’avais pas perçus ou que je ne mesurais pas. Maman… j’aimerais tant que tu sois encore en vie et que tu puisses lire le récit de ton fils Bugiardo qui te rend l’hommage que tu mérites tant.
Bref, si le livre de mon frère est d’une lecture passionnante, cette préface me donne l’occasion de lui dire combien je suis heureux de l’avoir comme frère et combien je suis fier de lui, non seulement pour ce récit mais pour tout ce qu’il a fait de sa vie.
Cette vie est aussi un témoignage précieux pour celui qui, chercheur, sociologue, historien, voudrait, voudra travailler sur cette population, étrangère, immigrée, ouvrière, au fil de son insertion dans la société française et qui aura peut-être la chance de le découvrir, un jour, sur l’étagère d’une bibliothèque ou dans le grenier d’un de nos descendants. Qui sait. Car, un jour, Jean-Claude est devenu Livio, a pris sa place “au soleil”! Vous allez le découvrir. Avec des hauts et des bas. Ou plutôt avec des bas et, désormais, non pas “des hauts”, mais “un haut”, et tout en haut.
Bravo, Coco, et merci d’avoir écrit ce livre.
Paris, le 9 février 2022,
Nous sortons du Centre d’Imagerie Médicale de Duroc, j’ai froid.
Fanny ma bien aimée tient fermement le compte-rendu et m’attend sur le trottoir. Je suis malade depuis 2 semaines et heureusement,
ce n’est pas aussi grave que je l’avais imaginé.
En mai, je vais avoir 60 ans et c’est un peu le why dans ma tête...
Fanny est aux petits soins mais, je ne peux pas m’empêcher de la provoquer, ça m’amuse. C’est ma marque de fabrique: Je suis taquin avec les gens que j’aime.
Moi:
- Alors, ça y est?
ce soir je commence ma vie de vieux?
Fanychou:
- Livio, ne commence pas, je n’ai jamais dit ça.
Moi:
- Mouais...
Fanychou:
- Ta maladie d’opérette a bousillé ma première semaine de vacances. Oui je m’ occupe de toi vigoureusement car tu es lent...
- On y va Papi?
Je viens de prendre une droite et je reste silencieux.
Intérieurement, je suis si heureux qu’elle me tienne tête... C’est une adversaire qui ne s’arrête jamais, elle a la fougue des débutantes...
Je suis né à Paris et je vis avec Fanny depuis 8 ans. Nous y sommes restés jusqu’en 2017, aujourd’hui, avec notre petite Sophie, nous vivons à Valence dans le département de
la Drôme (26) sur la route des vacances, là ou c’est tout le temps embouteillé en Juillet/ Août.
Livio, c’est mon nouveau prénom; Jean-Claude dans les années 2000 était trop souvent utilisé avec moquerie comme Jean-Claude Dus l’abruti du groupe des Bronzés ou Jean-Claude Van Damme le musclé «aware» et même Franck Dubost où dans son premier One Man Show, faisait marrer la France entière en baptisant son sexe: Jean-Claude.
A l’époque, je possédais une petite agence de pub à Saint-Tropez, je papillonnais à droite à gauche puisque fraîchement divorcé, j’avais du mal à vivre et à séduire avec Jean-Claude. Un soir, j’ai changé de prénom, comme ça.
Depuis, je me suis réconcilié avec Jean-Claude et avec Livio, ils sont maintenant interchangeables.
A la Courneuve, le dimanche matin, il y avait du mouvement dans la salle de bain. Papa, s’en-dimanchait, vu que toute la semaine il portait des bleus de travail, il envahissait la maison de son parfum partout là où il passait.
Antoine et Lolo aussi, en costard pour l’un, en jolie robe pour l’autre. Ils prépareaient leur communion. Maman leur donnait de la monnaie pour la quête, et ils filaient à la messe.
C’était comme le calme avant la tempête, Vivi jouait avec ses poupées et moi, coco 2, je gribouillais des gribouillages sur des feuilles que papa avait rapportées de l’usine.
En fouillant dans ma mémoire en essayant d’aller le plus loin possible, je dois dire que le gribouillage est en moi depuis toujours.
Papa appelait mes gribouillages «scarapokés» et mes caricatures familiales le faisait sourire, sauf la sienne; voila, il était insensible au dessin et ignorait même que ça pouvait être un loisir, un moyen d’expression, voire un jour mon métier... Ce n’était pas de la jalousie ou un truc qu’il trouvait obscène par exemple, non, rien de tout ça; son fils skarapokait toute la journée. Et alors?
En revanche, Antoine 3, le talentueux, le brillant tribun naturel de la famille, car très l’aise avec les mots avait un don insupportable pour Papa, puisqu’il n’arrivait tout simplement pas à le faire taire...
Maman trouvait le moyen de s’occuper de Vivi et moi, tout en préparant le repas et d’énormes marmites mijotaient sur le feu depuis tôt le matin.
Papa dressait la table, posait les rallonges, puis l’habillait d’une belle nappe bleue clair ou d’une autre identique rose et ajoutait les serviettes assorties, le tout brodé aux initiales E.C.
C’était le trousseau de Maman. Maman l’avait fait avant de se marier et jusqu’au dernier jour de leur vie (le covid les a emporté à 15 jours d’intervalle lors du premier confinement), le trousseau était dans l’armoire, magnifiquement repassé et il sentait bon comme au premier jour.
Pareil pour la vaisselle qu’ils avaient rapportée de Tunis, ils ne la sortaient que pour les grands événements et le dimanche, elle était blanche avec un décor composé de filets vert et argent.
A table, toutes les assiettes étaient doublées: une plate pour le plat de résistance et par dessus une creuse pour les pâtes. Nous l’appelions «la vaisselle du mariage».
Lorsque papa allumait la télé 4 c’était le signal, nous rangions les poupées, les crayons et les scarapokes à la hâte. La séquence du spectateur entamait son générique, et l’ambiance studieuse du matin laissait place à une journée mouvementée, puis, à une soirée dominicale avec nos rituels de début de semaine.
Encore aujourd’hui lorsque j’entends par hasard la musique qui servait de générique à l’émission, je ne peux pas le dissocier d’un certain stress, voire même d’une petite angoisse.
C’était comme un film de gangsters qui allait commencer, il y avait les gentils (Maman et les enfants) les méchants (le reste des adultes de la famille) qui parlaient super fort et qui allaient dévorer le merveilleux repas de Maman comme des sauvages...
Les mafieux en costard à rayures (les frères de ma mère) étaient en bout de table, Ils semblaient très préoccupés et parlaient à voix basses entre eux en fumant des Gitanes sans filtre. Lorsque vivi ou moi-même passions un peu trop près de leurs conversations nébuleuses, ils se taisaient en attendant la fin de notre passage en nous dévisageant. Des fois que...
Très cons mes oncles, ils s’imaginaient être des personnages qu’ils n’étaient pas. A 5 ans, lors d’un de ces repas du dimanche, mon oncle Joseph, m’a posé debout sur la table et tenez-vous bien, m’a fait fumer une cigarette... ENTIÈRE! Mes parents sont restés silencieux, mon frère et mes sœurs sont témoins.
Moi, tel Clark Kent, le journaliste frustré qui ignorait qu’en réalité il était Superman, j’ignorais qu’une véritable colère naissait en moi contre ces baltringues et elle restera longtemps.
Les premiers arrivés étaient Mémé et Nono, les parents de papa. Avec Vivi nous dévalions les escaliers pour aller à leur rencontre car Nono, parfois, nous apportait des jouets, il avait aussi des bonbons plein les poches, d’ailleurs, ma place à table était à coté de la sienne et durant le repas je finissais tous les bon-becs.
Très vite, les autres arrivaient, les bises pleuvaient, les manteaux s’entassaient dans la chambre de Papa-Maman. Très souvent il y avait Gniacio et Rosina mes parrain-marraine, deux ou trois frères à ma mère qui en comptait 6, avec tatas et mes cousins et cousines. Ils déboulaient et envahissaient notre salle à manger pour notre plus grand bonheur d’avoir nos cousins pour jouer. Les parents de maman (que j’adorais) venaient parfois mais pas tout le temps.
Souvent, Maman et mes tantes mangeaient debout, elles n’avaient pas le temps de s’asseoir vu le taf qui les attendait à la cuisine... Elles devaient servir très généreusement dans l’assiette creuse les pâtes à la sauce tomate, accompagnées de deux polpettes5 de viande, fondantes, succulentes. Elles surveillaient que la sauce tomate, le fromage râpé déjà sur la table ne manquent pas et elles assuraient les incessantes demandes de pain, de vin et d’eau.
Dans la foulée, suivait le deuxième plat: elles devaient retirer les premières assiettes creuses pour laisser les plates accueillir les escalopes milanaises assorties de petits légumes. Puis, elles débarrassaient la table pour apporter dans d’autres assiettes toujours assorties mais plus petites, les fromages italiens, les desserts français, enfin, le café dans des tasses toujours assorties au reste, achevait ce festin.
Mes parents ont toujours reçu du monde à la maison et le buffet du séjour était rempli à bloc de vaisselle en porcelaine et de verres en cristal. Jusqu’à la fin papa s’inquiétait que sa vaisselle ne soit pas ébréchée...
Malgré le monde à la maison, la télé restait allumée. Lorsque les variétés de Roger Lenzac commençaient sur la première chaine, mes sœurs et cousines débarrassaient la table et rejoignaient la brigade en cuisine pour une méga vaisselle party. Depuis le séjour on les entendait rire et déconner entre elles car nous les mecs nous ne participions jamais aux tâches ménagères. Nous avons été élevés comme ça. J’ai mis 50 ans pour relever mes manches et passer à la cuisine 6 ...
Oh, mamma mia! Cloclo passe à la télé! depuis la cuisine, ma sœur Lolo se transformait en chorégraphe tout en essuyant les assiettes du Mariage.
Les cousines, les tatas et même Maman se trémoussaient joyeusement sur l’air de «Viens à la maison, y’a le printemps qui chante!»
Je pense que maman affrontait ces dimanche comme une course de fond, d’abord, elle n’avait pas le choix, c’était comme ça, comme disait Papa. Et c’était aussi pour elle un divertissement, vu qu’elle passait la semaine à nous garder, à coudre frénétiquement puisque payée à la pièce et à attendre Papa qui rentrait tard les soirs de semaine. Le dimanche elle voyait enfin du monde pour parler et rire.
Une fois assise, après le service du midi, ce n’était pas pour jouir de l’instant mais plutôt pour reprendre des forces. Quand Papa-Maman faisaient des gâteaux, car nous les siciliens nous en avons des différents et pour chaque fête, chaque invité repartait avec son petit pochon de sucreries.
Le comble, qui prouve à quel point les adultes de ma famille étaient incroyablement cons et méchants: ils considéraient, d’un commun accord, que maman n’était qu’une cuisinière d’un faible niveau comparé à celui de leurs femmes respectives.
Parfois, au dessert y’avait des gâteaux qu’un invité ou nous-mêmes avions acheté chez le boulanger d’en bas. Nous les enfants, revenions à table, la bave aux lèvres 7 mais attention, nous devions faire preuve de sérénité et de patience. Et oui, chez nous, ce sont les plus âgés qui se servaient en premier puis par ordre d’ancienneté décroissant, bref, les cousins, Vivi et moi étions les bons derniers à choisir...
Dès l’ouverture de la boite, l’odeur de la crème, du chocolat et du sucre envahissaient nos narines, et chacun de nous savions immédiatement laquelle de ces pâtisseries allait éclater nos papilles.
Vivi 8 fixait sa sucrerie désirée sans même cligner des yeux...
Elle attendait gentiment son tour... Au fur et à mesure que les pâtisseries partaient et faisaient le bonheur des uns et des autres, Vivi se liquéfiait un peu plus à chaque fois et ne pipait mot, si par malheur, «son gâteau», était choisi par quelqu’un d’autre, une grosse larme nerveuse s’échappait sur sa joue de petite fille de 6 ou 7 ans. Elle restait digne et en choisissait un autre dans la boite presque vide. Les «autres» repus, la peau du bide bien tendue, se préparaient a une sieste indécente sans même faire gaffe à la petite vivi qui pleurait, si, dans le cas contraire ils s’en apercevaient Mémé la mère de mon père disait:
- Ma ké? quelle est bête! pour un gâteau elle pleure. Va, vai a lavarti le cosce lordé!
(va laver tes cuisses sales)
Le soir, vers 18 heures, les derniers invités partaient. Enfin.
Il ne nous restait qu’un petit bout de dimanche. On passait à tour de rôle à la salle d’eau pour prendre notre bain hebdomadaire. A la sortie maman nous inspectait voir si on s’était bien lavés.
Physiquement, nous étions déjà dans le début de semaine avec le moment délicat du dimanche soir: apporter nos carnets de notes à faire signer impérativement et quoi qu’il en coûte par nos parents...
Fallait la jouer fine, un drame pouvait surgir à tout moment... Pour une mauvaise note ou un cartable mal rangé, Papa était imprévisible: d’une minute à l’autre il pouvait se transformer en monstre violent. De tous les hommes de la famille papa a été et de loin le plus brutal avec ses enfants et paradoxalement nous étions aussi la prunelle de ses yeux et les plus gâtés... Allez comprendre. Bref, l’ambiance de fin de week-end était très tendue.
Nous passions à table et Maman avec le reste des pâtes nous concoctait une omelette que mon frère détestait. Nous n’avions pas le droit de regarder le film du dimanche soir, dommage on adorait les films de Bourvil, Fernandel et les pitreries de Louis de Funès.
Apres avoir mangé, un pipi, bonne nuit et au lit. Fin du dimanche à la Courneuve...
Je reparlerai plus tard de notre maison de campagne 9 et pas que pour la table (quoi, que), juste pour vous dire en aparté, qu’aux beaux jours Papa et Maman y recevaient aussi les mêmes oncles, tantes et cousins le dimanche, sauf qu’ils arrivaient le samedi matin.
Ils s’étaient auto-permis, d’arriver sans prévenir, parfois même, avec des gens que nous ne connaissions pas forcément, sans demander l’avis à quiconque. Et en plus des repas qui n’en finissaient jamais, la promiscuité de la nuit était épouvantable. Il ne repartaient plus.
Leurs tronches, leurs corps moches et gras sans pudeur qui envahissaient nos toilettes, dès le matin, me révulsaient. Ce cauchemar pouvait durer 2 voire 3 ou même 4 jours parfois, si c’était un pont du mois du mois de mai par exemple...
Depuis, je ne supporte plus la promiscuité.
Serge, le papa de Fanny possède une magnifique propriété à 1heure de Valence, dans le Diois, j’adore ce coin, j’irais bien tous les week-end avec ma Sophie, seulement voila Serge à beaucoup de potes (cool pour lui) qui partagent son week-end et sa maison.
Rien que d’imaginer partager la douche, mes repas, avec ces gens, au demeurant très sympathiques, me passe l’envie d’y aller. Dommage.
Pareil au taf, je ne supportais pas de partager (même si je l’ai fait très souvent, faut bien taffer) mon bureau avec des collègues. Et oui, je suis un solitaire, je bosse seul et c’est très bien ainsi.
Fanychou me dit:
- Mais, tu n’aimes pas les gens c’est grave!
Moi:
- Quoi?
Demande autour de toi, les gens te diront que je suis très sympa, sauvage, mais sympa.
Puis Sophie surenchéri:
- Oui, c’est vrai! Il est très sympa mon papa.
Straordinaire, Cougetti 11 !
Papa était sous le charme de ce 4 pièces 12 ensoleillé. Dans les années 60, la France avait besoin de nouveaux logements. L’arrivée des pieds-noirs et une demande de main d’œuvre étrangère ont provoqué le développement des banlieues et la création de nouvelles cités à la périphérie des villes.
Les familles comme la nôtre, malgré une intégration sans trop de problèmes, ne trouvaient pour se loger, que des taudis insalubres dans des quartiers pauvres parisiens.
C’était le temps des 30 glorieuses, les quartiers de la capitale s’embellissaient et se rénovaient.
Cette rénovation a eu pour effet de repousser la pauvreté et de l’exiler dans des grands ensembles construits à la hâte à la périphérie de Paname.
L’idée des urbanistes et des archis dans leur conception, c’était la réalisation d’un grand rêve d’égalité, la répétition de logements semblables devait produire une société homogène, avec la même cellule de base pour tous. Souvent, une croix indiquait le logement que nous avions tant attendu sur une carte postale et nous étions fier de montrer notre cité HLM.
Papa était salarié à l’usine, Maman nous gardait.
Jamais à Tunis 10 ans auparavant, ils n’auraient imaginé un instant vivre dans un appart comme celui-la: un loyer raisonnable, le chauffage au sol recouvert d’un parquet, une grande cuisine avec une pièce semi-ouverte, des wc intérieurs et indépendants, une salle de bain avec lavabo, bidet et baignoire.
L’appart était immense avec des placards (tellement grands qu’ils ont mit Vivi dedans parce qu’elle était infernale et ils l’ont oubliée... Elle s’y était endormie...) il était lumineux avec de grandes baies vitrées et un grand balcon. Cerise sur le gâteau: il y avait une chambre pour nous les garçons, une pour les filles et une pour Papa-Maman, c’était enfin l’intimité pour tous.
L’ école, un petit centre commercial, des aires de jeux juste en bas, «c’è tutto, tutto vicino alla casa» disaient mes parents, comblés de bonheur.
Nous avons grandi sans avoir la moindre idée de ce que pouvait être le racisme.
Notre voisin de balcon, Albert, était noir, on le suppliait pour qu’il imite sa mère, on lui promettait des bonbons et il refusait. Mais à la fin, il ne pouvait pas s’empêcher de le faire et de se tordre de rires avec nous. Inimaginable aujourd’hui.
Nos voisins de pallier, une famille d’hindou, maman gardait leur fille le mercredi après midi. Au deuxième et au troisième des juifs qui nous montaient des gâteaux les jours de fête que papa dévorait. Au septième étage, Il y avait une famille d’algériens et le père de mon pote Mohamed c’était le seul flic que l’on voyait régulièrement dans la cité.
Nous avions tous un pied dans l’ascenseur social. La zone, finalement c’était les familles françaises populaires qui se retrouvaient dans les cités avec les pauvres.
A 20 ans j’étais avec une fille depuis quelques semaines et ses parents étaient de classe moyenne vivant dans le XVIIIème. La belle-famille de ma sœur Éléonore aussi, les Burduche avaient quittés Montmartre pour une immense cité de Sarcelles avec des immeubles à perte de vue. En parlant avec les parents de cette fille, Ils décrivaient les Burduche comme une famille de «losers» enchaînant les mauvais choix et leur mauvaise réputation...C’était ce genre de familles francaises qui se retrouvaient dans les cités.
A la maison, maman s’ occupait de nous, elle allait au marché, préparait les repas, etc.. Elle nous tricotait aussi des pulls, des cagoules qui nous grattaient la tête, des gants et des écharpes, elle cousait des robes à mes sœurs.
Elle était très vigilante sur notre santé, elle nous emmenait à la polyclinique de la Roseraie où il fallait prendre 2 bus et les voies réservées n’existaient pas. Si c’était embouteillé, le bus était bloqué.
Un matin, en me levant je louchais très sérieusement de l’œil droit, j’avais 4 ans. Maman m’emmena d’urgence chez un ophtalmo aux 4 chemins d’Aubervilliers.
J’étais hypermétrope et devais porter des lunettes toute ma vie. J’ai porté un nombre incalculable de lunettes, je les ai cassées, perdues, rayées et même une fois au square je jouais dans le bac à sable avec Jean-Pierre Como 13 quand des gamins plus grands sont arrivés et l’un d’entre-eux a cassé mes lunettes en deux... Une fois aussi, lors d’une boum, pendant que je dansais sans mes lunettes (car j’étais complexé et évitais de les mettre...) des mecs ont essayé de faire fondre un de mes verres exposé sous une flamme.
Heureusement, Sylvain, l’opticien 14 était un ami de Papa-Maman.
Je devais faire de la rééducation des yeux 2 ou 3 fois par semaine.
Maman me récupérait à l’école maternelle à 15h00 pour mes séances à la Polyclinique. A la sortie, il n’y avait pas de temps à perdre, fallait pas rater le bus.
La première fois en attendant le bus, Moi:
- Maman, j’ai soif
Ma mère avait pensé à tout sauf à ma soif, le bus allait arriver d’une minute à l’autre, et moi évidement au bord de la déshydratation... Elle n’a pas eu d’autre choix que de rentrer dans le bistro 15 qui était devant l’arrêt du bus.
Sans aucune hésitation Je me suis installé sur un grand tabouret et d’un coup de poing sur le bar, comme les cow-boys, j’ai commandé un Whisky! Maman était verte de honte.
La deuxième et les autres fois, Maman préparait une gourde avec de la menthe. Dommage.
Au début, il y avait que nos immeubles de la cité Paul Verlaine et des terrains vagues.
Puis l’autoroute A1 qui va à Roissy puis à Lille s’est installée devant notre immeuble. Enfin, derrière l’autoroute, le Parc Départemental de La Courneuve qui s’étale sur 450 h, est sorti de terre, un magnifique parc. Depuis l’école on pouvait s’y rendre à pied et les familles pique-niquaient le week-end.
En 1972, le parc, tout juste créé en lieu et place d’un ancien bidonville, La fête de l’huma 16 s’y est installée. Elle y restera près de 30 ans. La fête de l’huma, en face de chez nous, trop cool! Petit, c’était pour les manèges et les pommes d’amours, ado, pour les concerts et la fumette et adulte pour les expos, les concerts et les restaurants régionaux qui s’installaient sous d’immenses tentes.
J’y allais tous les ans avec Papa-Maman puis avec des potes et enfin avec Sylvie ma chérie on adorait y aller, pas tous les ans, mais presque.
C’était 3 jours pour refaire le monde, sur la grande scène où j’ai vu:
Pink Floyd, Leonard Cohen, Deep Purple, Léo Ferré, Ray Charles, Peter Gabriel, Genesis, James Brown, Johnny, Renaud, Julien Clerc, Maxime le Forestier, Bernard Lavilliers, etc.. et sans compter les concerts organisés par les différents stands à la découverte de petits groupes moins connus. Il y avait tellement de monde que l’entrée de notre cité était contrôlée par des vigiles, la première année, papa avait autorisé des fêtards à dormir dans notre hall. Je me souviens aussi qu’une fois il a plu pendant les 3 jours et nous étions recouvert de boue et heureux.
En 1974, l’Alstom nous a attribué un appartement à Saint-Ouen.
Fini les transports en communs pour Papa-Maman et le Métro pour nous, à l’assaut de Paris.
En 2005, un matin vers 7h00, j’ai accompagné Papa-Maman à l’aéroport de Roissy avec mon fils Étienne. Sur le chemin du retour, mon fils m’a demandé de passer par la cité où nous avions grandi.
Étienne:
- Papa, montre moi où tu vivais.
Moi le doigt pointé vers notre appart:
- Alors là tu vois c’était la chambre que je partageais avec Antoine, et...
Tout d’un coup, sortis de nul part, des flics avec des brassards oranges nous ont sortis de la voiture sans ménagement et nous sommes palpés comme des voleurs:
Les flics:
- Que faites vous ici?
Moi:
...?
Alors là vous voyez c’était la chambre que je partageais avec mon frère, et...
On reconnait le bonheur qu’une fois qu’on l’a perdu. En 2003 lorsque je suis revenu à Paris, après mon divorce, la maison de campagne m’a cruellement manquée. Rien que de l’évoquer, je ressens le ravissement de la maison. Elle était notre échappatoire à 1h30 de Paris ou plutôt de La Courneuve.
Monsieur Vis et ses vaches, Madame Jeanne et ses chèvres, la famille Thibault et leur maison sortie tout droit d’un film de Walt Disney, nos voisins les Charbonnier, la boulangère, le marché à Toucy, la fête au village à la pentecôte avec le défilé des vieilles voitures qui passaient tous les ans devant la maison, par quoi commencer?
Par l’odeur du lait de la ferme que Maman nous servait le matin dans des grands bols et tout était authentique, tout était naturel, le beurre, le pain, tout.
En hiver, Maman plaçait des briques toutes chaudes au fond de nos lits froids le soir.
A la Toussaint, un grand défi nous attendait, allions-nous ramasser plus de châtaignes que l’année précédente? Papa, avait des châtaigniers dans notre forêt car c’était la nôtre, quand quelqu’un passait, il passait chez nous.
Personne de la famille ne venait c’était cool. L’incruste a commencé quand Papa-Maman ont installé les wc, aménagé le grenier, le sous sol etc... la maison a perdu une partie de son âme à cette époque d’ailleurs...
J’en reparlerai plus tard, dans le chapitre «la campagne 2ème partie».
Je préfère me remémorer ces moments d’été dans la cuisine où Maman nous préparait des tartes avec les mirabelles que nous avions, tout juste cueilli. Maman me faisait la toilette dans le jardin, assis sur le puits, une lessiveuse en métal remplie d’eau bouillante à coté de moi, j’ai l’odeur du savon encore dans les narines, pareil pour la lessive.
C’est Jacques Lortal qui nous a offert tout ça. L’ami fidèle et précieux de la famille et mon parrain de communion. Merci, Jacquot si tu me lis depuis la-haut.
Au début, Madame Lortal, sa maman, vivait seule là bas à la campagne. Là bas c’est le hameau des Chesnons à Parly, à 5 km de Toucy et à 20 km d’Auxerre.
Il y avait Black, son chien, et Mimine sa chatte. Je suis le seul à l’avoir connu, je crois, j’étais petit.
Il y avait des lapins aussi. Un jour, elle a tué un lapin devant moi et j’ai attendu des années avant d’en remanger; idem pour le fromage de chèvre de madame Jeanne, lorsque j’ai soulevé le pot qui le protégeait des insectes, c’était rempli d’asticots...
Un jour aussi, madame Lortal n’était plus là, et Jacques nous à filé la maison.
Nous entrions presque par effraction, dans une famille Française d’après guerre.
Dans une maison avec un passé qui ne nous appartenait pas et qui pourtant était à notre disposition. Nous, déracinés de Sicile et de Tunisie, avions par procuration une histoire Française presque familiale d’avant.
C’était une maison des années 30, traditionnelle et tous les matériaux étaient nobles. La charpente dans le grenier toute en bois, le parquet en chêne dans les chambres, la tomette dans la cuisine, la pierre apparente dans le sous-sol et la cave voûtée pour garder le vin à température.
Dans les chambres, y’avait des cheminées et sur celle de la chambre du fond on pouvait admirer une pendule en bronze doré et marbre noir du XIXe siècle, magnifique.
Les armoires grinçaient et l’odeur de la naphtaline envahissait la pièce quand nous prenions des draps amidonnés. Il y avait d’énormes édredons rouges sur les lits.
Gamin, je jouais avec les costumes et mes sœurs avec les robes d’ époque, on se servait. Dans le grenier, il y avait une sublime machine agricole en bois, un rouet aussi, et tous les souvenirs de Jacquot enfant... Qu’en avons nous fait?
Je me souviens de la Tsf de Monsieur Jacques 17, (ou Jacquot 18) un poste radio énorme, vernis, magnifique truc précieux avec un cadran éclairé ou y’avait toutes les stations internationales. Y’avait 2 gros boutons dorés de chaque côté et au milieu des grosses touches en nacre blanc, on la réglait, le son faisait très «les français parlent aux français» on tombait sur le Hit parade d’André Torrent et Joe Dassin chantait cette chanson qui résume tellement bien cette époque:
Je l’ai vue près d’un laurier, elle gardait ses blanches brebis
Quand j’ai demandé d’où venait sa peau fraîche elle m’a dit
C’est d’rouler dans la rosée qui rend les bergères jolies
Mais quand j’ai dit qu’avec elle je voudrais y rouler aussi
Elle ma dit d’aller siffler là haut sur la colline, de l’attendre avec un petit bouquet d’églantines
J’ai cueilli les fleurs et j’ai sifflé tant que j’ai pu j’ai attendu, attendu elle n’est jamais venu Zaï zaï zaï, Zaï zaï zaï
A la foire du village un jour je lui ai soupiré
Que je voudrais être une pomme suspendue à un pommier
Et qu’à chaque fois qu’elle passe elle vienne me mordre dedans
Mais elle est passée et tout en me montrant ses jolies dents
Elle m’a dit...
Il y avait un tel décalage avec mon univers de cité uniformes, alors qu’ici tout était sublimé:
les verres ciselés, les assiettes de tous les jours étaient grosses, épaisses, lourdes et celles du dimanche, en porcelaine fines et délicates et les couverts étaient en argent.
Tout était sophistiqué, tout avait de la valeur. Depuis ma vie à la Courneuve, les mots de Cabrel sont tellement justes:
Je vis dans une maison sans balcon, sans toiture
Où y a même pas d’abeilles sur les pots de confiture
Y a même pas d’oiseaux, même pas la nature
C’est même pas une maison
J’ai laissé en passant quelques mots sur le mur qui descend au parking des voitures
Quelques mots pour les grands, même pas des injures.
Il y avait une autre maison dans la propriété (aujourd’hui on dirait une dépendance) elle était peut être plus grande que la principale mais servait de remise finalement et en réalité elle était bien plus belle et encore plus authentique 19 que la maison principale.
Il y avait juste une grande pièce principale, avec une immense cheminée et des meubles imposants puis un grenier et une remise pour le bois. C’est tout.
Sur la cheminée, un objet en métal tout rouillé et rongé par le temps, était posé là. Nous l’appelions la locomotive, elle était toute coincée, toute oxydée.
C’était, en fait la reproduction d’une machine agricole certainement un alambic, que le père de Jacquot, ingénieur aussi, avait fabriqué et offert à son fils. La partie centrale est un cylindre et au dessus un mécanisme astucieux permettait de faire tourner deux grosses roues.
Un jour Aldo un cousin de papa, est tombé sur cette chose. Passionné de mécanique de précision, il a toute démontée, toute nettoyée, réparé le système de vérins qui vont et viennent, puis revernie elle est maintenant sublime. Merci super Aldo (là-haut aussi...).
Aujourd’hui, elle trône dans mon salon juste à coté de mo; j’y tiens beaucoup.
Papa et Monsieur Jacques adoraient faire des photos, surtout des fleurs, y’en avait partout dans le jardin et beaucoup de photos de nous, elles sont toutes ici avec moi.
Ils faisaient des diapos aussi, l’attraction phare des veillées du soir.
Monsieur Jacques installait le projecteur et l’écran géant sur pied qu’il déroulait, il balançait les photos pas toujours à mon avantage d’ailleurs...
Y’en avait une ou Antoine avait réussi à me faire porter le costume de marin que Jacquot portait à sa communion. J’avais l’air con et Antoine se tenait juste a côté en se foutant de ma gueule... Cette photo était la plus drôle des plus drôles diapos du soir. Elle faisait rire aux larmes tout le monde. Pour moi aussi, mais, j’en ri seulement aujourd’hui...
D’autres photos sont vraiment belles, notamment, celles ou je suis avec Maman qui me serre contre elle, avec papa dans l’herbe avec Black et Mimine ou avec monsieur Jacques à l’entrée du village.
Il y a une série dans un champs de paille fraîchement coupé avec mon, frère mes sœurs, Papa-Maman et Jacquot. Souvenirs, souvenirs. Je ne crois pas que mon frère qui devait déjà subir la violence de papa puisque plus âgé que nous, partage le bonheur de ces mois d’étés que nous passions, en famille, à la campagne.
Quand il fallait partir, je gardais la senteur de la terre d’argile dans ma mémoire.
Nous revêtions nos habits de la ville, fini les bottes, le vieux chandail et la casquette de Jacquot. Une DS familiale avec 3 rangées de banquette, venait nous chercher (Papa et Monsieur Jacques ne conduisaient pas encore) pour nous accompagner à la gare de Joigny.
Les volets clos, ils claquaient le portail vert en métal, passaient la chaine avec le gros cadenas, des fleurs arrivaient à se faufiler quand même, mais c’était fini... Mais seulement jusqu’à la prochaine fois!
Car c’était chez nous, notre maison, notre vieille maison, notre forêt, notre verger et tout était à nous: chaque arbre, chaque branche, chaque feuille, tout.
Sans être un croquant, j’étais un citadin qui allait et revenait de sa campagne bien aimée. Aujourd’hui j’ai une photo de la propriété prise d’un avion dans ma chambre.
C’est l’histoire d’un collègue de l’usine qui vient bouffer un soir des pâtes à la maison et qui devient l’ange gardien de la famille...
Je ne sais pas exactement comment il a rencontré papa dans le métro quand il était plombier, mais le père de Jacques s’appelait Étienne comme lui. Papa qui racontait qu’ils ont engagés une conversation suite à cette coïncidence.
Il était dessinateur industriel, je crois et ils sont devenus amis. Il a fait entrer Papa à l’Alstom.
Jacques était célibataire, extrêmement bien éduqué, cultivé, raffiné, en clair un bon français pas trop raccord avec nous Siciliens de Tunis, en France depuis à peine 10 ans, coincés dans notre cage de béton à la Courneuve. Pourtant il nous a offert sa maison.
C’est comme si, aujourd’hui, j’offrais ma maison, mon cœur, ma générosité, ma gentillesse et toute mon attention à une famille de Syriens, vivants dans une banlieue bien pourrave et arrivés en France depuis peu... Des gens, en plus, qui parlent souvent dans leur langue, que je ne comprends pas, qui ont un humour différent du mien, qui sont incultes avec des mioches qui crient, qui hurlent qui se tapent dessus et une omniprésente télé à fond la caisse.
Comment ce mec pouvait-il nous aimer? apprécier notre mode de vie? notre famille de dégénérés? Ok, il se faisait chier tout seul etc... Mais bon nous étions à l’état sauvage avec beaucoup de préjugés sur les «Français».
Notre absence de culture, de références historiques dans cette France des 30 glorieuses, nos habitudes enfin ceux de la génération de mes parents franchement issus d’une autre époque avec nos mœurs désuets qui laissaient souvent Jacquo dubitatif...
Je ne comprendrai jamais son acceptation, l’entente de tout ça, sa décision de nous venir en aide au point de nous filer sa baraque et pas que.
Je rectifie, pas ce mec: ce Saint Homme.
Il arrivait à la maison, avec une énorme boite de gâteaux (Antoine l’imitait super bien) driinng! Jacquot se tenait raide presque au garde à vous:
- Conception!
Nous étions ensuite tous gâtés, des jouets des attentions multiples tout le temps.
Un saint. Il était avec nous à Noël, aux repas de famille, aux communions il dansait avec mes cousines.
Ce mec en réalité avait un énorme défaut: il était généreux.
Aveuglement généreux et quand plus tard nous l’avons vu claquer son blé frénétiquement avec son nouveau pote, nous avons réalisé l’immense générosité maladive de Jacqnous avions nous-même largement profité.
Parfois même, il nous invitait chez lui à Paris, Il cuisinait toute la matinée pour nous recevoir.
il allumait de très jolies lampes pour créer une ambiance feutrée avec un fond sonore d’une sonate de Mozart pour piano en Do majeur Allegro, mais papa détestait ça: la musique de classique et l’éclairage discret ça l’endormait grave. Il piquait du nez (maman lui filait des coups de coude et pour la lumière il préférait de loin son lustre rococo en cristal de Murano avec des chaînettes en verre qui soutenaient des coupelles porte bougies pour les 12 ampoules en forme de flammes! 20
On avait l’impression d’être dans un musée. Je me rappelle qu’au mur de son salon il avait une pierre bas relief c’était un profil d’homme de l’antiquité égyptienne. Dans son séjour il y avait tellement de meuble de style, des bouquins, des disques, des bibelots, sa chaine Hi-fi était au milieu de la pièce. Il nous supportait, nous acceptait tels que nous étions.
Jacquot n’avait pas de famille ou alors des cousines éloignées, mais en revanche, il avait un ami qui s’appelait Louis Balzan, Monsieur Louis.
Monsieur Louis avait fait les arts déco, J’ai une gouache d’un paysage provençal qui lui appartenait, Antoine a des dessins originaux de Louis. Ma boite de compas qui m’a accompagné durant toute ma vie de graphiste c’était la sienne, il me l’a offerte. J’aimais beaucoup Monsieur Louis. Jacques m’a offert après sa disparition, ses pinceaux d’aquarelle, ses petites boites gravées, ses portes plume en ivoire avec les plumes et 2 pipettes pour diffuser le vernis en soufflant dedans, un en verre et un autre tout en métal, des pièces de musée.
Même si il nous regardait avec effroi Louis était délicat et gentil avec nous.
C’était un bourgeois. Il avait une petite maison à quelques mètres de la nôtre à la campagne, j’adorais cette maison et aujourd’hui je me rends compte que c’était décoré avec beaucoup de raffinement sauf que je ne savais pas ce qu’était le goût et le raffinement. Comment n’aurait-elle pas plu à l’homme que je suis devenu? depuis la route on ne la voyait pas. Y’avait un mur épais et quand on ouvrait la porte fallait monter un escalier qui donnait sur un petit paradis de verdure. Il y avait un cerisier et tous les ans, on grimpait dessus pour le dépouiller. La maison blanche était petite et le soleil s’engouffrait dedans d’un coté pour sortir de l’autre.
A Paris il vivait dans un immeuble cossu en pierre de taille rue Lecourbe et Antoine à racheté cet appart après son décès.
Et puis... Vous savez quoi? Le 30 novembre dernier, Lors d’une rétrospective sur Joséphine Baker à l’occasion de son transfert au Panthéon, j’ai reconnu à la téloche Monsieur Louis danseur de revue au Casino de Paris et aux Folies Bergères aux cotés de la vedette! Il avait eu une jeunesse folle de spectacles, de paillettes et de plumes.
J’ai appris tout ça après sa mort, qu’il avait été comédien, danseur, chorégraphe, décorateur, scénographe et professeur de dessin pendant des années... Quel dommage, nous avons pas eu le temps d’en parler...
C’était nos premiers amis «Français». Quand Papa et Maman ont vendu la maison dans les années 90, ils ont croisé Camille, une cousine de Jacques. Elle nous avait connus tout petits, elle était charmante. Devenue âgée elle ne reconnaissait plus vraiment les gens.
En discutant avec Maman elle ne s’est pas rendu compte quelle parlait justement de nous:
- Ah, oui, ces italiens que nous avait ramenés Jacques... oui, oui... je me rappelle...
Qu’est ce qu’ils étaient envahissants!
Je n’ai jamais aimé l’école. J’ai la chance d’avoir encore quelques cahiers de mon cp (papa gardait tout). J’ai vu dès les premières pages, que mes notes étaient nulles et les commentaires guère plus prometteurs... une jolie carrière de cancre m’attendait...
Je n’avais aucun plaisir à apprendre mes leçons, aucune motivation pour décrocher «la» bonne note, je n’ai jamais pris le temps d’écouter les bobards des enseignants chevelus (sauf, pour mes profs de dessin, nous en reparlerons bientôt) et j’étais pourtant, obligé d’entendre.
Je n’aimais pas les instits et encore moins les profs, je les trouvais suffisants avec leurs petit savoir et leurs pompes en semelle crêpe.
Savaient-ils dans quelles conditions je vivais? s’en préoccupaient-ils? Pourquoi Jean-Claude dessine pendant les cours, et ferme la porte aux adultes?
On ne me l’a jamais demandé.
En colo c’était aussi des instits que se transformaient en moniteur (trice). Putain, je devais aussi les supporter pendant les vacances.
Je me souviens quand Papa et Maman venaient au collège rencontrer mon professeur principal. C’était extrêmement curieux pour moi car c’était le seul moment de l’année où je voyais le prof sourire, et je découvrais ses dents... Dingue!
En primaire à l’école Robespierre de la Courneuve, à la fin du mois y’avait le carnet de notes...Papa-Maman devaient le signer...
Maman lisait à Papa 21 , le compte rendu affligeant du mois d’école effectué.
Lorsque la lecture se terminait, Papa, tranquillement, poussait la porte de la cuisine prenait la ceinture, une ceinture marron en cuir tanné sans la boucle, se dirigeait vers moi et me frappait de toutes ses forces.
Son visage était fermé, ses yeux noirs rivés sur moi, et à chaque coup il tordait sa mâchoire inférieure. Entre chaque coup, il retenait sa ceinture pour refrapper encore plus fort.
Les coups pleuvaient, sur les bras, sur le dos, sur le visage.
Si je tournais autour de la table pour éviter les coups, il comptabilisait le nombre de tours pour ne rien louper. A la fin, je m’arrêtais et Papa me finissait avec les coups manqués. Imaginez le courage d’un enfant de 6 ans qui accepte des coups de ceinture en retard! Le mois suivant, c’était pareil. La porte de la cuisine, la ceinture etc... Et les mois suivants aussi. La correction pouvait durer de 10 à 15 minutes... Une éternité.
Maman, nous a toujours dit que le soir lorsqu’il se retrouvait tous les 2, elle lui faisait la gueule parce qu’il nous avait battus. Mouais... Elle ne s’est jamais interposée non plus...
Un soir en Février, en plus de ma correction mensuelle, il m’a laissé enchaîné à la cage d’escalier du hall de l’immeuble. Mon carnet de notes épinglé sur ma poitrine et sur mon front une feuille avec cette légende: Je suis un cancre.
Je ne sais pas combien de temps ils m’ ont laissé ainsi, mais je vous jure que j’en tremble encore. Quand la minuterie s’est arrêtée, la nuit noire et le vent d’hiver qui s’engouffrait dans le hall m’ ont terrorisé. Je sens encore le froid et le poids des chaines sur moi. Allez aimer l’école après ça!
Je me souviens notamment d’une voisine, qui parlait avec un cheveu sur la langue, qui avait de la pitié et qui visiblement semblait choquée par ce qu’elle voyait.
Au collège Michelet de Saint-Ouen c’était le bulletin tous les trimestres.
Comme d’hab, mes notes étaient catastrophiques. Quand Papa, remontait le courrier, au début des vacances de Noël, de Pâques ou à la fin de l’année scolaire c’était les moments chauds de l’année! Dans la pile des enveloppes y’avait:
Deux factures, une carte postale des vacances d’un collègue de l’usine, un tract de la Cgt et un courrier avec un timbre bizarre contenant une longue lettre de nos cousins de Trapani en Sicile (nous y reviendrons aussi). Mais aussi et surtout y’avait les bulletins trimestriels avec les commentaires des profs et du dirlo. Heureusement pour nous, Papa-Maman ne comprenaient pas toujours la subtilité et les jeux de mots de la langue française...
En grandissant, nous nous organisions avec mon frère et mes sœurs pour que Papa-Maman évitent les bulletins. Ça ne fonctionnait pas toujours car Lolo vendait souvent la mèche, naïvement... Mais attention, si Papa-Maman comprenaient qu’on avait essayé de faire le truc à l’envers, la correction était encore plus cruelle... Papa nous réunissait tous les 4 devant une pièce de 2,50 m x 2,50 m au fond du couloir que, nous appelions «le cabinet noir».
Je me souviens parfaitement de cette pièce; il y avait à droite une grande armoire et à gauche une planche soutenue par 2 tréteaux, dans le fond des couvertures empilées. En clair, il ne nous restait guère pas plus de 50 cm sur 1m50 pour se mouvoir.
Papa, malgré nos supplications de ne pas nous frapper, nous faisait passer à tour de rôle.
Il commençait par frapper sauvagement Antoine à coups de ceinture qui après sa correction, devait attendre qu’Éléonore reçoive la sienne, qui devait attendre à son tour que Vivi prennent sa dose de coups et enfin tous les 3 devaient m’attendre et assistaient impuissants à ma raclée.
Une fois, pour une connerie collective que je ne manquerai pas de vous raconter un peu plus tard, il nous a mis tous les 4 dans ce réduit et nous à frappé violemment sans lumière et à l’aveugle. La ceinture brûlante, ses yeux et sa mâchoire inférieure serrée, dévorés de colère.
Tout le monde savait que papa nous frappait trop, c’était sa marque de fabrique, sa façon de nous éduquer. Aujourd’hui, de tous les cousins germains, nous sommes les plus diplômés et professionnellement les plus accomplis.
Souvent mes oncles, tantes, cousins nous disaient quand nous sommes devenus adultes:
- Vous voyez, votre père a été violent et sévère mais voila aujourd’hui le résultat.
Les honneurs de notre réussite revenaient donc à Papa brutal pour la «bonne cause»? Quoi? Méritait-il une médaille? Ils se trompaient.
Je pense que si nous avons surmonté cet enfer, avec notre bourreau à la maison, c’est parce qu’intellectuellement, nous étions en cavale depuis longtemps. Pour Antoine, l’intelligent, son évasion ne fut qu’une simple formalité. Karl Max et Misère de la philosophie en guise de livre de chevet, Pour Evelyne, elle était une très bonne élève et donc avait l’esprit bien occupé.
Et moi? bin, je dessinais du matin au soir et le dessin était mon refuge ma carapace, mais c’est surtout grâce à mon frère que mon évasion fut une libération intellectuelle possible.
Petit à la Courneuve, Antoine, revenait du lycée avec des disques de Léo Ferré, de Jacques Brel, Georges Moustaki, Serge Reggiani et de Georges Brassens (que j’écoute encore en boucle aujourd’hui), et j’ai ainsi découvert la poésie.
Antoine, m’a initié à lire mes premiers romans: Le vieil homme et la mer, j’irais cracher sur vos tombes, l’arrache cœur, la gloire de mon père.
Antoine m’a ouvert l’esprit aux médias satiriques car il achetait toutes les semaines Charlie Hebdo et Hara Kiri de la grande époque avec François Cavanna et le professeur Choron. Antoine m’a emmené au Théâtre du Châtelet où pour la première fois de ma vie j’ai vu un chanteur seul sur scène: Maxime le Forestier.
Antoine, amateur de cinéma Italien, m’a transmis cette passion et nous sommes allés voir Affreux, sales et méchants avec Nino Manfredi au ciné également pour la première fois. Antoine m’a appris à jouer aux échecs, mais il gagnait tout le temps, et c’était très énervant. Ado, à Saint-Ouen, il écoutait Pink Floyd, l’album avec la vache dans un pré, «Atom Heart Mother» et le magnifique double album «Tommy» de The Who, (autant vous dire, le feu d’artifice dans ma tête) Pete Townshend avec sa Gibson black beauty, Roger Daltrey au chant, John Entwistle le bassiste et enfin le génial Keith Moon, mon idole, le plus grand batteur de Rock’n’roll de tous les temps...
Coté littérature j’ai dévoré Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez, le merveilleux livre d’Albert Cohen: Belle du seigneur, l’Assommoir d’Émile Zola, l’ombre du vent Carlos Ruiz Zafón, etc...
Antoine, Antoine, Antoine 22 , merci, mon frère bien aimé.
En troisième, je ne foutais rien en cours. J’avais une prof de maths qui semblait me comprendre, Madame Guillon. Au bout d’un quart d’heure d’équations, elle me disait
- Casubolo, pourquoi n’allez-vous pas fumer une clope sur le toit de l’école? Moi:
- Bin, oui madame, puisque j’ai déjà la cigarette dans la main...
Les profs, les leçons, les devoirs... Quelle plaisanterie! Je voulais surtout qu’on me foute la paix!
L’ école de mon enfance c’était surtout la dictature et la peur de papa quand je rentais à
la maison le soir et certainement pas la journée en cours, ou finalement, j’étais à peu près hors de danger.
Grâce à Jo-le-contact 23 qui grandissait en moi, j’ai achevé mon parcours scolaire du premier cycle, sans trop de casse. Papa, Maman, eux, Jo-le-contact, ils en avaient rien à cirer. Ils ignoraient même son existence. Ils ont rencontré et apprécié Jo-le-contact, qu’après de longues années de coups de ceinture et d’incompréhension.
C’est seulement à la fin de leur vie que mon aisance à affronter les problèmes les faisaient bien marrer.
En sixième au collège Michelet de Saint-Ouen, on avait 2 heures de dessin le vendredi après midi. Je me souviendrai toujours du premier cours avec monsieur Valette.
Il fallait reproduire sur une feuille Canson à grain (wouhaa la classe), un petit âne gris en peluche avec une selle rouge et au deuxième plan un tambour avec une peau usée beige, la structure du tambour était orange et verte, sertie d’un cordon bleu en V faisait le tour de l’instrument. Enfin à droite il y avait une quille blanche usée d’un acrobate certainement.
Il ne lui a fallu que 5 minutes pour que Valette repère ma dextérité à croquer facilement la nature morte. Il faisait genre je vais voir les autres mais il revenait inlassablement jeter un œil inquisiteur derrière mon épaule.
Valette, mon tout premier choc artistique. C’était un petit bonhomme nerveux en blouse blanche qui ne supportait pas l’insolence des ados qui en avaient rien à foutre de ses cours d’art plastique... Pourtant Il dessinait merveilleusement bien et à main levée sur le grand tableau noir de la classe. Il me fascinait.
Une fois, entre autre, il avait dessiné un Maréchal d’empire à la craie et à l’éponge, comme ça, devant nous... Putain le mec!
A la fin du cours, il m’a demandé de rester un peu dans la classe afin de me proposer de rejoindre les cours de dessin aux Beaux-Arts municipaux de Saint-Ouen le samedi, dirigés par Jacques Arlaud son ami, mon maître.
Artistiquement, je dois tout à Jacques Arlaud 24 , qui samedi après samedi, lui, le peintre des beaux quartiers Parisiens, s’est occupé méthodiquement, patiemment, du banlieusard un peu rustre, que j’étais... C’est Antoine qui à payé les premiers cours, merci.
Les larmes me montent aux yeux.
Le samedi matin c’était la course. À 7h00, j’accompagnais Papa au marché, je l’aidais à porter les sacs de fruits, de viandes, de fromages pour la semaine. Les forains croyaient que Papa avait un restaurant...
A 9h30, je rejoignais Arlaud à l’atelier de la ville.
Souvent arrivé le premier, l’odeur de térébenthine mêlée à l’huile de lin m’enivrait.
J’adorais ce moment. Arlaud, m’offrait un café soluble, pas super, et retournait derrière son bureau le visage fermé. Il avait toujours à proximité une toile à peindre pour la journée et elles étaient toutes sublimes.
Je préparais mon chevalet, mes feuilles, mes fusains, puis les autres élèves-peintres arrivaient, chacun dans sa bulle, chacun dans son œuvre. Nous commencions à gratter comme si nous étions en manque. L’ambiance était studieuse: un fond de musique classique, on distinguait le bruit furtif des crayons, des pinceaux.
Au bout d’un moment, Arlaud se levait et venait voir chacun d’entre nous.
J’écoutais.
Arlaud:
- Humm.... Oui.... Mouais... Intéressant...
(On l’entendait faire son petit tour) puis tout d’un coup,
Arlaud:
- Lorsque j’étais étudiant, les profs nous trouvaient franchement mauvais.
Avant propos
Préface Vivi
Préface Antoine
Tome 1 - LES ANNÉES FACILES
Dimanche
La Courneuve
La campagne
Monsieur Jacques
L’école
Lolo
Figlio mio bugiardo
Et Dio dans tout ça?
Mémé et ma communion
Marseille
Mon cousin Gianjiak
Tunis
Papa-Maman
L’usine
Saint-Ouen
Nono et la boxe
Sicilia
Les puces-1
Pierre Bellemarre
Casubolo, avant vous étiez super nul...
Bubu
L’école des Beaux Arts
Remoua?
Le ClubMed
Cubuc
Les puces-2
Madinina
Tome 2 - LES ANNÉES DIFFICILES
Étienne
Enzo, mon chien
Clermont Ferrand
Limoges
La campagne-2
Rock
Manon
Divorce sur la Presqu’ile
Gassin
Let’s go on the braveheart
En solitaire
Paris!
Tome 3 - LES ANNÉES HEUREUSES
Dofri
Situation compliquée avec mon psy
Picciotti, a vecchiaia suonao
Sophie
Épilogue
Copertina
Colophon
Dedica
