Le secret de la falaise - Alain Arnaud - E-Book

Le secret de la falaise E-Book

Alain Arnaud

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Beschreibung

Treize ans après un accident qui avait coûté la vie à son père, Malo revient sur la presqu’île de Crozon de son enfance,

Sa mère Emeline, soupçonnant une menace pour leurs vies, avait quitté discrètement le petit port breton de Camaret-sur-Mer avec Malo, alors âgé de dix ans, pour s’installer à Marseille.

Bien qu’elle s’évertue à lui faire oublier ses origines bretonnes et leur passé, le jeune homme part sur les traces de son père afin d’établir la vérité sur l’accident qui a changé le cours de leur existence.

Sa quête le conduit jusqu’à Brest où vit encore une partie de la famille paternelle.

De découvertes en événements inattendus, Malo va dérouler le fil d’une histoire familiale des plus troubles. L’issue de sa démarche courageuse sera bien différente de ce qu’il en espérait. 

À PROPOS DE L'AUTEUR

Alain Arnaud vit à Hyères-Les-Palmiers, dans le Var. Après diverses activités professionnelles de cadre et de diplomate à l’étranger, il se consacre depuis 2018 à sa passion pour la littérature.

"Le Secret de la Falaise", un récit contemporain avec intrigue, est son huitième roman.

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Seitenzahl: 286

Veröffentlichungsjahr: 2024

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Couverture

Page de titre

 

 

 

 

Alain ARNAUD

 

Le Secret de la Falaise

Roman

 

 

 

 

ISBN : 979-10-388-0901-7

Collection : Blanche

ISSN : 2416-4259

Dépôt légal : juillet 2024

 

 

 

 

 

© couverture Ex Æquo crée depuis l’I.A.

© 2024 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. Toute modification interdite.

 

 

 

 

Éditions Ex Æquo

6 rue des Sybilles

88370 Plombières-Les-Bains

 

www.editions-exaequo.com

 

 

 

« Notre vie

est une longue et pénible

quête de vérité. »

Gandhi

 

« Ne juge pas chaque jour

à la récolte que tu fais,

mais aux graines que tu sèmes. »

Robert Louis Stevenson

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hormis lieux et références historiques ou culturelles,

faits et personnages du récit sont imaginaires.

 

 

 

1

 

 

 

Dès le matin, la presqu’île de Crozon ouvre lentement son écrin de paysages qui m’absorbent. Et tout au fond paraît son joyau, jusque-là niché au tréfonds de ma mémoire.

Sous la ruade de souvenirs, je n’entends même plus le ronronnement de ma vieille Clio blanche qui flotte comme une plume sèche avant de replonger dans l’encrier de mon enfance. Depuis treize ans, ma vie est ailleurs. Ou plutôt le brouillon de ma vie, avec ses tâtonnements, ses hésitations, ses actes sans véritable perspective, et surtout le bourdonnement de rêves inconfortables. Je pourrais dire qu’une sorte de démangeaison trouble mes nuits et dérange mes jours.

Me fallait-il revenir au point de départ pour extraire les racines du mal ?

Mon rythme cardiaque s’accélère à l’amorce de la dernière descente, une longue mèche qui fait renaître sous mes yeux les crépitations de la ville adossée à la baie, encore sur son oreiller de brume.

Sous ses toits d’ardoise resserrés, Camaret-sur-Mer est là, à ma portée. La longue saignée du quai. Son rempart de maisons à étage des années 1900. Au loin, le Sillon plonge toujours son bras vigoureux dans la mer d’Iroise, comme pour en prendre le pouls et la température. Un bras nourri de pierres et de galets charriés depuis l’Aulne, pareil au sang du fleuve coagulé, redoutant que la mer plus loin ne l’engloutisse. Le chapelet de vieux bateaux réformés qui reposent sur leur flanc. À l’extrémité, la chapelle Notre-Dame de Rocamadour et la tour fortifiée par Vauban, verrue prétentieuse en temps de paix. Autant de bornes plantées là pour rassurer et séduire, pour l’éternité sans doute.

Malgré les assauts incessants des vagues, les coups d’épaule des tempêtes, le rabot des années, rien n’a changé. Le Cimetière des bateaux aux allures de tatouages gravés sur le Sillon, celui que j’ai tant fréquenté, renferme aussi le tombeau de mon enfance. Ces navires englués de vieillesse ont tout vu et connu de mes jeunes années. Leurs coques ont retenu les bruits de mon innocence, de mes cris et de mes joies de gamin, jusqu’à ce que je m’en éloigne brusquement.

La brume pose un couvercle sur la baie comme pour noyer tous ces moments perdus. Mais la digue des maisons fait front, retient d’autres secrets entreposés depuis. Il se peut que tous les actes anciens y soient à l’abri, consignés au creux des familles.

Je longe le quai à faible allure, tête baissée, visage fermé. Malgré ma casquette bleu foncé et mes lunettes aux verres fumés, je crains d’être reconnu. J’avance avec la prudence d’un malfaiteur de retour sur les lieux du crime. Une réaction stupide, car, si les façades des maisons sur le quai sont intactes, mon apparence physique s’est transformée depuis que j’ai quitté la ville avec ma mère : j’avais alors dix ans. Et nous n’avions rien à nous reprocher.

À distance raisonnable des épaves de bateaux, je vérifie que je suis seul avant de mettre pied à terre. Mon immatriculation dans les Bouches-du-Rhône m’accorde un passeport de touriste. En ce début du mois de juin, ma montre indique huit heures dix. Je referme la portière en douceur. Aussitôt, les embruns du large et les odeurs iodées me ramènent à cette époque délicieuse et sans soucis. Mes sensations enfouies reviennent sans crier gare. La mémoire d’un enfant est un cimetière où l’on enterre vivants les souvenirs heureux.

Mes premiers pas sont pour les navires de pêche couchés sur le flanc, ce rempart contre la mer devenu cimetière à ciel ouvert. Chalutiers, caseyeurs, dragueurs et fileyeurs y sont désormais réunis pour toujours. Par fort vent, on entend les plaintes des coques au bois rongé, à la peau triste et délavée. Un chant indéfinissable aux échos de mélancolie et de regrets. J’imagine leurs cales encore grouillantes de fantômes.

Le Cimetière des bateaux est une attraction pour touristes et visiteurs. Pas pour moi. Je ne peux m’empêcher d’approcher les épaves alanguies, de les caresser. Des retrouvailles émouvantes. Dans la respiration humide du matin, on dirait que les coques usées relâchent des larmes de rouille qui vont mourir sans bruit sur les galets. L’oreille plaquée contre leur flanc, j’espère encore entendre résonner les voix graves et les rires des pêcheurs de ma jeunesse. Les cordes d’amarrage sont un mince cordon ombilical qui relie encore aux vivants toutes ces dépouilles affalées, muettes au commun des mortels.

Voilà bien longtemps dans leur histoire, cotres et chalutiers de Camaret pêchaient la sardine abondante dans la baie, puis vint la langouste. Désormais, le poisson y est rare. Gréements et chalutiers en berne s’épuisent à se raconter les épisodes glorieux d’une époque d’abondance. Ceux aussi de mes années d’insouciance.

Enfant, je courais le long du Sillon appuyé à la mer avec ma cousine Maëlie, fillette espiègle qui s’émerveillait de mes exploits gratuits. Ayant deux ans de moins que moi, elle me voyait capable de lui apprendre à grandir. Nous courions dans les ruelles de la ville, sur le front de mer où les façades des maisons hissaient leurs pavillons de couleurs, et jusqu’à la pointe des quais. Nous regardions avec envie la valse des bateaux, leur déhanchement sur la houle. Nous rêvions de voyage, d’aventures impossibles.

Nos actes gratuits, nos courses effrénées, éreintantes, l’air vif mélangé aux saveurs qui balayaient la presqu’île, tout cela nourrissait nos nuits d’un profond repos.

En fin d’après-midi, au retour des plaisanciers, je me souviens que le regard de Maëlie restait souvent suspendu à ces voiles portées par le froissement du vent, tel un essaim d’abeilles revenant butiner à sa ruche. Les dernières fois, c’était il y a treize ans. Qu’est-elle devenue ?

 

 

2

 

 

 

Sur le quai presque désert, j’avise un bar ouvert. Deux hommes en salopette claire en sortent. L’un frotte ses lèvres d’un revers de main tandis que l’autre allume une cigarette. On devine un rituel matinal avant de rejoindre, comme chaque jour, leur poste de travail. Ils ont la volonté rassurante des habitudes.

Je m’installe à l’intérieur, seul client attablé à cette heure. Un homme à forte carrure et portant d’épaisses moustaches contourne le comptoir. Je ne le connais pas. Il s’approche en dépliant un sourire de patron.

— Monsieur, bienvenue. Qu’est-ce que je vous sers ?

— Un grand café et un croissant, s’il vous plaît.

Il hoche la tête, puis, le regard vers le port, il ajoute :

— La brume matinale va se lever et la température sera clémente aujourd’hui. Vous êtes en vacances ?

Un signe positif lui suffit.

— La presqu’île est très touristique, précise-t-il. En ce moment, vous serez tranquille pour découvrir notre région, la côte sauvage et les nombreux sites remarquables. L’office du tourisme va bientôt ouvrir. On pourra vous renseigner.

— J’ai peu de temps. Je reviendrai, dis-je, en réaction immédiate, tendue en bouclier.

Au fond de moi, je ne tiens pas à revenir sur cette pointe aguichante de la Bretagne qui a recouvert les temps heureux de ma prime jeunesse d’une couche de souffrance et de questions sans réponses.

Plusieurs clients entrent et repartent sans me voir, après un café. Debout, accoudés au comptoir, ils prennent le temps d’avaler le breuvage chaud et de déverser leur confession et leurs misères matinales. Le patron hoche lentement la tête, leur donne l’absolution. De loin, je guette leurs paroles, difficiles à saisir. Parfois, l’un d’eux fait un signe discret au patron pour avoir un verre d’alcool fort, calvados ou autre. Puis il ressort la face illuminée. Presque tous quittent le parloir du comptoir ragaillardis.

Malgré l’angoisse tout au long du voyage, je devais revenir et tenter de comprendre. Je reste longtemps posté devant ma tasse vide, incrusté dans le décor du bar, sans ressentir la moindre vibration de vérité.

Personne ne s’est étonné de ma présence. J’étais néanmoins sur mes gardes. J’avais ôté mes lunettes et gardé ma casquette. Je contemplais distraitement la salle puis les profondeurs de ma tasse, ne laissant paraître aucune curiosité qui aurait attiré l’attention. Et puis, je n’avais que dix ans lors de mes dernières traces de pas et empreintes de voix dans la ville.

Mon corps a grandi. Il s’est transformé loin de ces terres ballotées par la houle et les embruns, sculptées par les tempêtes maritimes, la pluie et le soleil, au rythme des saisons. Toutes les saveurs du port me reviennent pourtant intactes, comme si des algues sommeillaient dans ma chair, se laissaient porter par la marée des souvenirs et venaient respirer en surface.

En sortant du bar, les muscles endoloris et la tête basse, les lunettes flanquées sur le nez, j’hésite. Puis je me laisse aspirer par les rues de traverse. En quelques enjambées, je suis dans la rue Dixmude, devant la maison où j’ai vécu avec mon père Lionel et ma mère Émeline. Les encadrements gris foncé des fenêtres ont gardé les cernes du temps, mais les silhouettes qui font battre la vie derrière les vitres ne sont plus les mêmes. Je ne veux pas les voir, ni connaître leur nom.

La façade est en partie tapissée de lierre et de jasmin dont les premières fleurs font éclater leur blancheur innocente. Au pied du mur, là où je venais m’asseoir, une ceinture de géraniums renforce le camouflage. La décoration me soulage, car elle efface mon passé et l’enjolive en même temps. La nature reprend le dessus sur les mauvaises herbes qui germent dans mon cœur.

La famille de Maëlie vivait une rue plus loin. Six ans après nous, elle a aussi quitté la ville, dans une direction opposée à la nôtre, vers la pointe du Finistère. Le frère de mon père, l’oncle Corentin, a rejoint le bar-tabac du grand-père paternel à Brest. Un commerce à deux pas de la rue de Siam, artère principale au bas de la grande ville portuaire. Il en prendra les commandes quelques années plus tard.

Ainsi, après une période marquée par la tragédie, les traces de la famille Kerhoas se sont peu à peu effacées, piétinées par les années et les migrations. Un éloignement de Camaret choisi pour des raisons aux antipodes : l’oubli pour les uns et le besoin de se mettre en avant pour les autres.

Au détour des rues, je remarque des maisons rénovées, métamorphosées. Celles habillées d’une parure de pierre et de volets aux couleurs chatoyantes drainent les regards. Certaines sont devenues encore plus tristes, sans doute à l’image de leurs résidents. D’un signe de tête et d’un léger plissement du visage, je salue les rares personnes croisées. Je me méfie des plus âgées qui sont la mémoire du pays, les gardiennes des rancœurs et des commérages.

Je délaisse la longue farandole de maisons autour de l’église Saint-Rémi pour rejoindre la lumière flottante dans l’atmosphère iodée du quai qui m’aspire à nouveau.

C’était prévu. La couverture de brume se déchire lentement et la mer tend sa joue frémissante. Les eaux viennent lécher le port et les bateaux, et raviver les espoirs du matin. Le grand bourg se déplie, reprend vie, ignorant ma présence incongrue, grimée en inconnu de passage.

Mes semelles silencieuses me ramènent vers le Sillon agrippé comme une ancre à ma vie d’antan. Il me semble que les vieux bateaux de pêche se sont redressés, qu’ils ont fait un brin de toilette avant l’arrivée des visiteurs.

Le Cimetière des bateaux est une curiosité renommée de la ville, un témoignage de l’activité maritime traditionnelle, ou encore un mémorial fragile élevé à la gloire des pêcheurs.

Enfant, dopé à l’insouciance, je ne pouvais pas mesurer son importance. Je le frôlais en courant sans même le regarder, tout à mon affaire d’épater Maëlie ou de distraire mes camarades, de remplir nos heures de jeux comme un seau percé, jamais comblé.

La magie secrète des lieux me saute maintenant en pleine figure et attise mon désir de vérité : découvrir les vraies raisons de notre fuite, à ma mère et moi, et tout ce qu’elle n’a jamais voulu ou osé m’avouer.

 

 

3

 

 

 

Plus loin, sur le muret bordant le Sillon, une présence humaine immobile me fixe. En approchant, je distingue de mieux en mieux les traits d’un petit homme en vareuse appuyé sur une canne, le dos courbé comme s’il tenait l’humanité sur ses maigres épaules. Quelques mèches blanches au-dessus d’un visage étroit et buriné dépassent de sa casquette usée. De plus près, je devine ses petits yeux plissés et son léger sourire figé de personnage hors d’âge, au profil inoffensif de statue.

Par réflexe, j’ôte mes lunettes et ouvre de grands yeux curieux. Arrivé à sa hauteur, je le salue d’un léger signe de tête. Son sourire s’élargit, sans un mot.

Alors que je le dépasse, j’entends une voix faible surgie du néant.

— Petit ! Attends un peu.

Lorsque je me retourne, il me fait signe de revenir.

— Assieds-toi là, dit-il.

Derrière nous, une étroite bande de plage tient à distance les flots encore hésitants de la mer d’Iroise. Ainsi posé auprès d’un revenant inconnu, le regard tourné vers la ville recroquevillée, j’ai l’impression de vieillir brusquement, de devenir part du Sillon et gardien avec lui du Cimetière des bateaux.

Le petit homme m’observe du coin de l’œil.

— Je vis ici depuis plus de quatre-vingts ans, me dit-il. Ah ! je m’estime chanceux d’être encore vivant. Dans ma vie de pêcheur, j’ai résisté aux pires tempêtes. Maintenant, c’est mon corps qui se brise tout seul de l’intérieur.

Je réponds, gêné :

— Mais vous pouvez vivre encore longtemps. Cette ville doit être bonne pour la santé et agréable.

— Ne te moque pas de moi.

En l’examinant de nouveau, je remarque son visage transformé, rajeuni tout à coup. Les rivières de rides se sont presque taries sur ses joues et son regard pétille. Est-ce qu’il revivrait son époque héroïque de pêcheur ?

L’homme me tapote la jambe.

— Je t’ai reconnu, tu sais. Tout petit, tu avais déjà la démarche souple de ton père, le corps en avant, le regard curieux. Un signe d’intelligence qui ne trompe guère, ajoute-t-il avec un clin d’œil. Et en calculant à peu près les années depuis votre départ à la sauvette, ta mère et toi, j’ai refait ton âge. La preuve que j’ai raison et que tu es bien Malo, le fils du regretté Lionel !

Les lèvres pincées, il me semble rougir. D’autant que je ne me souviens pas de ce pêcheur parmi tant d’autres croisés sur le port, tous vêtus de cirés, d’une casquette bleu marine enfoncée, le visage brûlé de soleil, rarement rasés. Ou peut-être était-il déjà à la retraite, éloigné des quais ?

Je réalise avoir tout fait depuis treize ans pour oublier les visages des gens d’ici, sauf ceux des enfants de mon âge avec lesquels je jouais et butinais, et de ma proche cousine Maëlie qui assistait à mes exploits, à mes actes stupides et gratuits, visant à l’impressionner ou à me défier moi-même. Eux aussi seraient méconnaissables aujourd’hui.

Sans voix face au raisonnement qui met à mal toutes mes précautions, j’ouvre les bras d’impuissance, prenant conscience en même temps du danger qui me guette. Mon voisin serait capable de donner ma date de naissance et d’alerter les camarétois !

— Je suis le vieux Ronan. À bord, on m’appelait Ptiro, à cause de ma petite taille. En tout cas, je tenais ma place. J’avais moins de prise au vent que mes collègues, ajoute-t-il, le regard malicieux.

— Pour être sincère, dis-je, je ne me souviens pas de vous. J’étais trop jeune.

— Je peux te croire. Quant à moi, je vois encore le camion de déménagement de ta mère, avec en grosses lettres : Nîmes, Marseille, Nice. On avait le choix ! Emeline est partie fâchée, je l’ai bien compris. Elle voulait pas dire où elle allait. Maintenant, comment elle va ta maman ?

Le vieil homme sur le muret — présence insignifiante quelques minutes plus tôt —, avec son timbre de voix venu de l’au-delà, me fait revivre le moment pénible de notre départ, seul avec maman désemparée après le décès de papa. Je me souviens de sa mine accablée qui déteignait sur moi. Ma brave mère affrontait une épreuve terrible dont le sens m’échappait, celle de l’exil, du rejet.

À l’âge de seize ans, elle avait déjà quitté sa famille, à La Réunion, pour suivre jusqu’à Brest, un an plus tard, celle d’un officier de Marine qui l’employait à Saint-Denis. Puis un miracle avait eu lieu ! Elle avait rencontré l’amour vers ses vingt ans, avec mon père Lionel. Tous les trois, nous avons partagé une dizaine d’années d’un bonheur de chaque instant, tellement évident qu’il nous paraissait éternel. Notre amour était le plus fort, notre trio indestructible, capable de résister aux vents contraires comme aux mauvaises fortunes.

Je ne savais pas alors que ma mère, jeune fille ramenée d’une île lointaine comme une prise de guerre, une étrangère à la peau différente, n’avait jamais été vraiment acceptée par la famille Kerhoas de mon père.

— Elle va bien, fais-je d’une voix peu convaincante, la tête prise dans une pelote de souvenirs.

Je n’aime pas mentir. Ronan me guette derrière son regard plissé.

— Mais encore ? Si c’est pas indiscret, bien sûr.

J’ai soudain l’impression d’être traqué et que l’homme veut me faire cracher notre vie d’après et avouer nos fautes.

— Je… je ne sais pas, vraiment. Elle est retournée à La Réunion depuis deux ans, auprès de ma grand-mère malade.

— Et elle t’a laissé seul ?

La surprise lui dessine une bouche de morue desséchée. Je réagis aussitôt.

— Je ne suis plus un enfant. J’ai vingt-trois ans. Je me débrouille.

À ce moment-là, j’ai envie de fuir, de pleurer aussi. Le pêcheur me fait revivre un déchirement. J’ai enfoncé ma casquette, remis mes lunettes enlevées par politesse et courbé l’échine pour me rapetisser comme lui, me noyer dans son ombre, le regard perdu et flottant dans la ville comme dans un marécage.

On devait ressembler à deux corbeaux tristes.

Ronan a dû saisir mon inconfort.

— Rassure-toi, petit, dit-il en appuyant sur mon avant-bras, ici plus personne ne te veut du mal.

Après un silence, il se ressaisit.

— Surtout depuis le départ de Corentin, ton oncle. Depuis qu’il est à Brest. Qui sait comment on l’accepte, là-bas ? Autant j’aimais ton père que j’ai connu à ses premiers pas, un bon gars, intelligent, toujours très poli et serviable, autant je n’ai jamais eu d’attirance pour son frère aîné.

Mon voisin soupire, crache sur le sol et reprend :

— Garçon sournois, prétentieux. Pas aimé par ici. Il est allé rejoindre ton grand-père. Pas un exemple lui non plus. Ah ! Ce brave Lionel, comme je le regrette. C’était une sorte d’exception dans sa famille un peu particulière. Je peux te le dire maintenant que tu es un homme.

Je reste tétanisé : ma parenté bretonne est passée au scanner par Ronan, une sorte de sage qui a gardé la mémoire des histoires d’autrefois dans les chaumières.

Braqués sur moi, ses petits yeux à l’abri dans leur niche de crabe m’auscultent. Peut-être cherche-t-il à retrouver quelque chose de plus de mon père ?

Je suis bien conscient que l’agglomération côtière de Camaret balance de moins en moins entre la pêche et le tourisme. Ce dernier a pris l’avantage, avec tout ce qu’il a de superficiel, de saisonnier, de perte de solidarité entre les gens, de pollution par l’argent. Le résultat en est un brassage des habitants qui remplacent les familles de souche, l’ancrage historique des pêcheurs, un mouvement de bascule qui enterre peu à peu les querelles et jalousies anciennes, les tromperies jamais pardonnées.

L’ancêtre du pays continue de sa voix fluette, presque épuisée.

— Ouais, je peux te le dire. Ton père était le seul honnête homme de la famille. Au collège Sainte Jeanne d’Arc à Crozon où il a enseigné, il a fait le bonheur des collégiens qui l’ont connu. Les autres piliers de la famille Kerhoas, pff... Ils ont jamais inspiré confiance. Je le dis comme je le pense.

Mon voisin secoue la tête, reprend son souffle.

— Autant Corentin, son pauvre père et même son grand-père que j’ai bien connu. Tous des gens peu recommandables, si tu vois ce que je veux dire. L’aïeul traîne encore de vieilles rumeurs de vols dans les églises. Beaucoup de magouille. Certains s’en souviennent. Oh ! on n’avait pas de preuves formelles. Ils ont pas eu affaire à la justice. Ils étaient malins.

Ronan reprend son souffle avant d’insister, sans doute soucieux de me convaincre.

— Oui, il traîne de vieux soupçons de fauche chez les bourgeois aussi. Avant son débit de boissons à Brest, ton grand-père était maçon. Il était bien placé pour ça. C’est pas bon pour la réputation, ajoute-t-il, dépité.

L’homme pivote pour fixer au loin la ligne brillante des eaux telle une lame affûtée et durcie sous la meule du soleil qui a chassé la brume. Il semble lire sur l’horizon tandis qu’une autre brume plus épaisse recouvre maintenant mes pensées, répand la confusion et le doute sur les décombres d’un passé dont je ne sais rien.

— D’après les rumeurs, poursuit Ronan, le ton amer, on dit que la famille aurait cumulé un trésor de guerre. Comme si le vol pouvait se justifier ! C’est Corentin qui s’en vantait quand il avait trop bu. Si le trésor existe, on ne sait pas ce qu’il est devenu. Sauf que depuis le décès de ton grand-père, ton oncle vit comme un nabab à Brest.

Le vieux pêcheur ploie encore un peu plus sous le poids de son indignation. Il regarde sa montre puis se redresse un peu.

— Il me faut rentrer, dit-il essoufflé. Après ma sieste, je reviendrai. Autour de quinze heures, si tout va bien. Je pourrai t’en dire plus. Ah ! la disparition de ton pauvre père. Quel malheur !

D’un coup de reins, le vieux pêcheur se lève et s’en va en trottinant. Le geste saccadé, on dirait qu’il secoue son maigre corps pour en faire tomber la colère.

 

 

4

 

 

 

Revenu à la voiture, avachi sur le volant, je laisse le passé virevolter dans ma tête, mélangé aux échos lointains de paroles saisies çà et là pendant l’enfance. Je revois avec plus de netteté le regard mauvais de Corentin lorsqu’il fixait ma mère, son air supérieur auprès de papa. Une attitude peu conforme à la bienveillance attendue de la part d’un frère de cinq ans son aîné. Ainsi, l’affection d’un proche cédait la place à une haine sournoise, incompréhensible, à une sorte de jalousie à fleur de peau. Je ressentais, sans le comprendre, un malaise dont les éclats me reviennent par flashs, insuffisants pour démêler tenants et aboutissants. Mes pensées sont bien incapables de raccorder les pièces d’un puzzle familial parsemé de conflits larvés et de non-dits.

Comme si un cratère s’ouvrait brusquement dans ma mémoire, me reviennent les bribes d’une conversation étrange entre mon oncle et sa femme Rosy. J’étais avec Maëlie, dans sa chambre à l’heure de la sieste. Je n’avais que huit ou neuf ans. Corentin haussait le ton dans la pièce voisine, une sorte de cri effrayant : « Il n’aura rien. Tout le magot sera pour moi ! » ou une phrase de la sorte. Le mot « magot », sur un ton agressif, avait accroché mes oreilles et s’y était planté comme une écharde. Sans doute le résultat d’un sentiment de peur, en réaction à une menace imprécise et à une violence qui pouvaient me concerner.

Depuis ces temps lointains, j’ai creusé mon propre sillon loin de Camaret-sur-Mer et de ses bateaux ivres de reconnaissance, loin des rivalités sourdes dont je ne savais rien. J’avais embaumé la plupart de mes souvenirs d’enfance. Mais je n’avais jamais purgé des cales sombres de ma mémoire la disparition tragique de mon père, ni le désarroi de ma mère à l’époque. Un cataclysme inexpliqué frappait notre noyau familial et faisait saigner nos cœurs, pour longtemps.

Mes mains s’agitent enfin sur le volant et ma voiture me libère des épaves de bateaux et des échanges douloureux avec Ronan. Surgi comme un phare sur mon passé, le pêcheur a disparu, mais ses marques sont encore à vif. J’amorce la route en bordure des habitations, vers la pointe de Pen-Hir, une langue de terre pointée vers le large, piste d’envol des rêves vers les Amériques.

Dès la sortie du bourg, un obstacle en bordure me freine aussitôt. Les alignements de Lagatjar ! J’avais oublié l’étendue des mégalithes dressés contre les vents dominants et l’assaut répété des pluies, contre les siècles et le mépris de l’Histoire. Des générations de bretons et de curieux ont usé leurs regards sur eux, ou transpiré contre leur peau de granit ou de grès. Des menhirs immuables, têtus comme des bisons et qui semblent garder l’entrée de ce bout de terre aride.

Avec mes camarades de classe, on jouait à cache-cache derrière ce qui n’était pour nous que des rochers géants affûtés par le ciel. Cette forêt de pierre fréquentée autrefois à hauteur d’enfant retrouve aujourd’hui une nouvelle vitalité et sa véritable dimension.

Je mets pied à terre. Un couple d’Allemands piétine les herbes rares autour des menhirs et remplit son appareil de clichés qui ne saisiront jamais la dureté et l’âpreté du roc, encore moins son passé. Les traces de mes doigts sont peut-être encore incrustées dans leur armure de pierre. Mais très vite mon regard est capté par la dune voisine et le fantôme d’un bâtiment lui aussi enlisé au creux de ma mémoire. Entre les buissons se dressent des tours décharnées : les ruines du manoir de Cœcilian, autrefois résidence de Saint-Pol-Roux.

Mon père était un fervent lecteur de ses œuvres. J’ai longtemps hésité avant d’ouvrir ses livres précieusement conservés par ma mère et qui gardaient les empreintes paternelles. Un poète renommé, originaire de Marseille. Lui aussi attiré par Paris — creuset catalyseur de la vie culturelle —, il délaissera ensuite la capitale pour la Bretagne.

Au bout d’une allée bordée de buissons, une plaque accueille ainsi les visiteurs : « La magie de la création — Saint-Pol-Roux. Poète symboliste français. 1861 - 1940 », et son avertissement : « Le chemin qui s’engage sur la lande conduisait autrefois à une demeure baroque et tourmentée, aussi démesurée que le génie de son propriétaire. »

Les tours abandonnées dominent la bute tournée vers l’océan et la longue plage de Pen-Hat aux nuées de touristes en été. Mon père m’avait emmené dans ces ruines, sur les traces mystiques du poète disparu. Il me tenait la main et commentait avec passion notre visite.

Quelle fierté d’apprendre qu’il fréquentait un génie ! Je me souviens de son extrême concentration en marchant, comme s’il conversait avec lui, un dialogue silencieux poursuivi par la suite au travers de sa poésie.

Vers l’âge de seize ans, lorsque naquit mon intérêt pour la lecture, j’ouvris un ouvrage du poète. Malgré la beauté des mots, leur sens caché me résistait. Je ne parvenais pas à cueillir les fleurs dans les jardinières de vers longtemps arrosées par le regard passionné de mon père, puis laissés en jachère dans notre bibliothèque marseillaise. Une poésie hermétique pour un garçon balloté par la vie et privé trop tôt de son géniteur, enseignant de français à la pédagogie douce et poétique. Tant de passion et d’amour débordaient de sa bouche. Il me manquait.

Papa aimait traverser la propriété à l’abandon, mais encore fumante de culture, de poussières littéraires et de rumeurs, piétinée autrefois par des invités de marque : Paul Éluard, Max Jacob, Jean Moulin. Il me revient ses propos lorsque je m’ennuyais à tourner avec lui autour des ruines du manoir : « Regarde ces tours cylindriques qui te semblent inutiles. Ce sont les bottes de sept lieues d’un poète dont l’esprit rôde encore autour de nous. Aujourd’hui, il s’en est éloigné pour explorer l’univers. » Mon père devait être fier de sa remarque que j’avais retrouvée, notée de sa main à l’intérieur d’un ouvrage du poète.

En approchant des ruines du manoir, un reste de fierté m’éclabousse depuis les hautes tours dressées tels des pavillons à la gloire du maître disparu et qui résistent à la violence des éléments. Leurs ouvertures rondes sont pareilles à des yeux cernés de briques rouges qui guettent l’Océan. Mais c’est d’abord l’esprit évanoui de mon père que je recherche dans ces vigies d’une autre époque, et ses pensées passionnées qui rôdent peut-être encore alentour, comme des satellites oubliés.

Ce lieu magique aurait-il le pouvoir de rendre la vie à ceux qui l’ont fréquenté ? À faire ressusciter leur présence ? Le manoir de Cœcilian ressemble à un Cimetière de la poésie, le pendant de celui des bateaux de pêche, greffé directement au Sillon de l’univers. Et l’ombre gracieuse des mots s’élève encore par ses tours en forme de cheminées.

À l’adolescence, dans notre appartement refuge du quartier du Panier à Marseille, je feuilletais les livres de Saint-Pol-Roux, mais mes pensées étaient aux côtés de papa. Un jour, maman m’avait conté la triste histoire du poète, déjà veuf, qui résidait au manoir avec sa fille adorée Divine — « l’ange de ma solitude » tel qu’il la nommait — et leur servante, Rose. J’ai pleuré sur un malheur plus grand que le nôtre.

En juin 1940, lors de l’occupation de Brest par les Allemands, l’un d’eux se présenta au manoir sous prétexte d’un contrôle. Il attendit la nuit pour agresser les résidents réfugiés dans la cave. Avec son arme à feu, il tua Rose qui tentait de protéger son maître, lui aussi touché et laissé à terre pour mort. Il blessa Divine à la jambe et la transporta jusqu’au salon où il abusa d’elle. Les cris de la jeune femme attirèrent leur chien qui fit fuir le soldat.

Le poète mourut peu de temps après, à l’hôpital de Brest, de ses blessures et de désespoir en apprenant que tous ses manuscrits avaient été détruits dans l’incendie du manoir.

 

 

5

 

 

 

C’est avec ces pensées que je m’éloigne d’un lieu de mémoire, vers la pointe de Pen-Hir. La route traverse une lande parsemée de fougères rases, de bruyères et d’ajoncs. La végétation étire sa coiffe de couleurs mauves et jaunes. Sur la droite grossit bientôt une casemate devenue Musée mémorial de la Bataille de l’Atlantique. Les ancres de navires géantes amarrent au sol les souvenirs glorieux de bâtiments de guerre disparus : les cuirassés Strasbourg et Dunkerque, le porte-avions Clémenceau, mais aussi le cargo Ocean Liberty dont le chargement de nitrate d’ammonium explosa dans le port de Brest en 1947.

Depuis les lourds ballasts d’acier que tant de marins ont accompagnés de par les océans avant leur mise en lumière à terre, le chemin des ancres longe la falaise et ses lèvres arides. La mer se balance soixante-dix mètres plus bas, là où se disputent les vagues, les vents et la roche épaisse, au pied d’un à-pic de grès armoricain, dans une lutte sans répit. Le sentier se déroule ensuite vers la croix de Pen-Hir, autre monument aux Bretons de la France libre. Cette croix de granit de quinze mètres de haut est plantée là, en souvenir des vies perdues.

Un besoin impératif de poursuivre à pied me porte. Je contourne les ancres rouillées avec en point de mire l’extrémité de la presqu’île. Mes modestes semelles soulèvent, en même temps que les actes historiques de la Bretagne, le passé de ma famille bien moins héroïque.

Les reflets coupants du soleil éclaboussent le grès et le quartz. Par endroits, les rochers ressemblent à une mâchoire prête à happer les passants. Le fracas des vagues en contrebas renvoie des signaux étranges. La sueur inonde mon front au fur et à mesure que j’approche de l’endroit fatidique, celui qui hante mes nuits et dévore mon sommeil. Je revois mon père bien vivant. Il court sur le sentier, comme chaque dimanche matin, avec son frère Corentin. Il est détendu, heureux. Après la littérature, le sport dans la nature est une autre de ses passions. Ce jour-là, une brume tenace s’accroche à la margelle de la falaise, inonde le plateau humide. La visibilité est faible. Est-ce qu’il ne se méfie pas ? Corentin est derrière lui. Puis c’est l’accident fatal.

En approchant de l’endroit précis, mes jambes flageolent. Je sens que mon corps m’échappe, se dérobe au ralenti. J’en perds le contrôle. Seul mon esprit résiste un peu, puis plus rien.

Quelqu’un me tapote les joues. « Vous m’entendez ? », dit une voix inconnue. Deux ombres s’agitent au-dessus de moi. Un homme et une femme. Leurs voix se mélangent : « Reprenez-vous », « Que vous est-il arrivé ? » Je secoue mollement la tête par réflexe. Je voudrais me libérer de leur présence intrusive, envahissante.

— Est-ce que vous vous sentez mieux ?

La bouche pâteuse, je puise difficilement dans ma réserve de mots.

— Ça va aller… C’est rien.

— Vous nous avez fait peur, dit la dame.

Je vois maintenant avec précision les deux faces penchées. Un couple de randonneurs, leurs bâtons encore accrochés aux poignets.

Leurs visages s’apaisent.

— C’est un léger malaise, dis-je. Sans doute la fatigue.

L’homme m’aide à me relever tandis que la femme me tend sa gourde d’eau.

— Buvez. Ça vous fera du bien, dit-elle.

Debout, je peux voir nettement le couple adepte de la marche nordique. Des retraités, à en juger par les cheveux blancs et les rides qu’ils portent sans complexe.

— Voulez-vous que l’on vous raccompagne ? demande l’homme.

— Ce n’est pas la peine. Je vais déjà beaucoup mieux. Je ne sais pas comment vous remercier. C’est très aimable.

— C’est tout naturel, dit l’inconnu, de porter secours à son prochain. Nous sommes tous solidaires sur Terre. Regardez ces monuments qui nous rappellent que des hommes et des femmes sont morts pour défendre notre liberté. La solidarité dans une société devrait-être un réflexe, de même que la loyauté et le respect d’autrui.

La femme surenchérit à sa manière : « Faisons en sorte que le bien remplace partout le mal. »