Les sourires d'inconnus - Jacqueline Rozé - E-Book

Les sourires d'inconnus E-Book

Jacqueline Rozé

0,0

Beschreibung

« Je crois qu’il n’est jamais trop tard pour vivre de nouvelles aventures. C’est entre autres la raison pour laquelle j’ai décidé de rassembler mes souvenirs : chasser le passé en le faisant connaître. » Avec ce nouvel ouvrage, Jacqueline nous conte, non sans humour et poésie, quelques anecdotes marquantes et décisives des expériences de sa vie. Des instants parfois drôles, parfois tristes, mais toujours riches de significations. À travers chacun d’eux, se dessine un fil conducteur : celui du respect, de la considération et de l’Amour. Le simple sourire d’un inconnu, et alors se profile un nouvel espoir.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern

Seitenzahl: 148

Veröffentlichungsjahr: 2016

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Je dédie ce livre à toutes les personnes

qui m’ont tendu la main dans des moments très difficiles

et sans rien attendre en retour.

À mon Maître qui m’a permis de devenir ce que je suis,

à ceux de la médecine, professeurs et médecins

qui m’ont fait confiance.

Et puis, à ma mère, qui n’a connu que soumission

sans se plaindre et à l’insu de tous.

Mon attachement pour elle est d’autant plus fort.

Sommaire

Préambule

Partie I: Souvenirs de jeunesse

Le Cellier - 1949

L’Avare

Nantes, qu’est devenu ton passé ?

La cruauté de l’être humain

Je n’avais que 14 ans...

Roger et sa chère Monique

Ah ! Ce Pain Quotidien !...

Une prison pour petites filles

Noël 1961

La Beauce et ses blés d’or

Partie II: Vie de femme

Juin 1973

Une confiance trahie - 1980

Allons à Paris !

Un sourire, c’est peu de chose, et pourtant...

La méchanceté humaine

Partie III: Le don de soi

Qui était-il ?

Nuit d’épouvante

Les disparus

Les enfants des rues

Enfants battus

René

Partir comme un prince

Petit homme, tu deviendras grand

L’innocence détruite par l’argent

L’espoir, la vie, la mort !

Note de L’auteur

PRÉAMBULE

J’ai écrit ce livre car je désirais partager mes histoires. Certaines vous paraîtront invraisemblables et pourtant...

Vous vous êtes sûrement un jour interrogé sur la raison de votre présence ici : Qui suis-je ? Quel est mon destin ?

Une chose est sûre, nous sommes Maîtres de notre vie, car en réalité, c’est nous-mêmes qui créons consciemment ou inconsciemment les situations que nous vivons.

Pour ma part, j’ai tenté plusieurs fois de changer ma destinée, mais je suis toujours revenue à la case départ.

Alors que je n’avais que dix-huit ans, un homme m’a prédit ce que serait ma vie.

J’ai chaque jour une pensée pour ce capitaine au long cours en retraite.

Je vous souhaite une bonne lecture et tiens à affirmer que tout ce qui suit est véridique.

Partie I

Souvenirs de jeunesse

Le Cellier - 1949

Clermont-sur-Loire - 1955

En ce mois d’août 1949, une chaleur écrasante s’abattit sur la France. La Loire n’avait jamais été aussi basse. Les pêcheurs qui guettaient le poisson s’occupaient d’éteindre les petits feux qui se propageaient dans les herbes du halage au passage des trains qui roulaient au charbon.

Il advint qu’un jour dans le courant de ce mois, la terre était déjà si chaude au Cellier que les herbes s’enflammèrent en quelques secondes et le feu se propagea à une vitesse phénoménale. Très vite, un énorme brasier se forma et les flammes reprirent de plus belle en direction du château qui ne se trouvait qu’à une cinquantaine de mètres de la voie ferrée. De grandes personnalités y avaient vécu, telles que madame de Maupassant, ainsi que sa nièce, Jeanne de Barthélémy qui épousa plus tard Louis de Funès, réputé pour filmer tout ce qui l’entourait !

Les pompiers de Nantes et d’Ancenis arrivèrent rapidement sur les lieux, mais les tuyaux étaient trop courts et la Loire trop basse pour servir de réserve d’eau. Le tocsin sonnait sans interruption tandis que le feu continuait à détruire tout sur son passage. Il finit par atteindre la route et se rapprocha de la propriété de madame la baronne des Jamonières.

Alors que les villageois combattaient les flammes au péril de leur vie, les personnes présentes au château observaient depuis leur terrasse le brasier qui approchait dangereusement. Les uns prenaient le thé en discutant, tandis que d’autres filmaient la scène. La baronne, quant à elle, se trouvait aux côtés des villageois, tentant désespérément de freiner la progression de l’incendie. Le château fut finalement vidé de ses occupants et chacun tenta de participer comme il le pouvait.

Le vent qui venait de se lever dirigeait les flammes vers le bourg du village et les premières maisons devinrent bientôt une fournaise, ce qui obligea leurs occupants à évacuer les lieux. Sous la directive du prêtre, tout le monde se mit à genoux sur le chemin et l’on commença à prier. Personne ne voulait partir et abandonner ainsi le peu qu’il possédait. Comme les autres, je restai agenouillée malgré la chaleur de plus en plus insoutenable. Du haut de mes quatorze ans, j’étais terrifiée par ce brasier et, l’espace d’un instant, la pensée que nous allions tous mourir encerclés par les flammes me traversa l’esprit.

Après quelques minutes qui nous semblèrent durer une éternité, le vent tourna brusquement, ce qui eut pour conséquence de freiner le feu qui repartit sur ses traces, et engendra l’effet d’un contre-feu. Un miracle ! Le château et le village furent ainsi épargnés. Plus tard, à la suite d’une enquête minutieuse sur ce phénomène, l’on découvrit qu’en fait, la direction du vent n’avait pas changé…

Ce château était bien connu de nous, les habitants du Cellier car, habituellement, pour nous éviter un long détour, madame la baronne nous permettait de couper à travers sa propriété et de descendre jusqu’à la Loire pour rejoindre Clermont-sur-Loire. Nous lui en étions tous reconnaissants et la discrétion était le mot d’ordre lors de la traversée du parc.

Mes parents nous interdisaient de regarder du côté du manoir ou de ramasser quoi que ce soit dans le parc en cours de route.

Cette gentille femme occupait sa demeure toute l’année. De situation assez modeste, pour se chauffer l’hiver, elle ramassait du bois mort dans son parc.

Pour ma part, le logement que j’occupais avec ma famille était un véritable taudis et j’aimais passer mes journées dans le bourg où je me sentais vraiment chez moi. Après la guerre et les bombardements, la maison fut envahie par les rats de Loire qui tentaient d’y pénétrer par tous les moyens pour trouver de la nourriture. Nous avons vécu ainsi jusqu’en 1957, après quoi nous fûmes relogés dans un appartement neuf pour des raisons d’hygiène !

Le jour de notre déménagement, ma mère, qui avait le don de pressentir ce qui allait se produire, supplia les employés municipaux de ne loger personne dans la maison que nous quittions, ne serait-ce que pour une seule nuit. Ses suppliques furent ignorées et la municipalité y plaça le jour même une femme et son petit garçon de deux ans, dans l’attente de leur trouver un logement. Le lendemain matin, ma mère se rendit sur place, aux marches de l’abreuvoir, et découvrit une ambulance devant notre ancienne demeure. L’enfant avait été mordu par les rats au niveau de la joue et de l’oreille au cours de la nuit…

Suite à cet incident, ma mère fit une terrible dépression dont elle ne se remit jamais vraiment.

Je me souviens encore du calvaire enduré à cause de ces maudits rats. On avait beau mettre de la mort-aux-rats dans chaque pièce, elle se mélangeait à l’eau qui filtrait des canalisations percées. Les rats buvaient ce mélange et devenaient fous! Nous les entendions se battre la nuit, sous le plancher du rez-de-chaussée, ils poussaient des cris à faire froid dans le dos!

Quitter ce logement pour s’installer au Cellier pendant les vacances fut donc un véritable soulagement.

En 1955, la guerre d’Algérie battait son plein et la traite des blanches, dans le but de divertir nos pauvres soldats, était monnaie courante.

Le grenier de notre immeuble avait été aménagé en appartement et une mère et sa fille y vivaient. Elles venaient de Saint-Nazaire où elles avaient tout perdu lors des bombardements. Même le mari de cette femme n’en avait pas réchappé. Anne-Marie, sa fille, était une magnifique jeune femme de vingt ans, d’une douceur et d’une gentillesse infinies. Elle était vendeuse dans la bijouterie de la rue Crébillon, tandis que sa mère travaillait pour l’entreprise des biscuits Lu à Nantes.

Un jour, invitée à un mariage, Anne-Marie rencontra un jeune homme dont elle tomba amoureuse. Dans les jours qui suivirent, elle rompit avec son fiancé, le fils d’un conducteur de bus, et entama une relation avec son nouveau prince charmant. Ils se fréquentèrent deux mois durant, et l’homme lui promit monts et merveilles.

Quelque temps après, ma mère et moi la vîmes descendre les marches de l’abreuvoir, la démarche chancelante, soutenue par son compagnon.

– Que lui arrive-t-il? m’exclamai-je en la voyant dans un tel état.

– Elle est peut-être malade, suggéra ma mère. Les virus courent les rues en ce moment…

Le soir même, lorsque la mère d’Anne-Marie rentra du travail, elle trouva un mot sur la table de la cuisine, l’informant que sa fille avait été enlevée et qu’il était inutile de se lancer à sa recherche.

L’inspecteur Didier, connu de tous les Nantais, vivait dans le quartier du Bouffay. Nous avions sympathisé au cours de nos innombrables parties de pêche et, du plus loin que je me souvienne, il avait toujours été là pour m’aider à attirer le poisson ou me donner des conseils.

Ce jour-là, les hameçons restaient désespérément immobiles.

– Ça te dirait de venger ton amie Anne-Marie ? me lança-t-il soudain.

Je levai vers lui un regard surpris.

– Oui, bien sûr, répondis-je finalement, tant la disparition de mon amie m’avait perturbée.

– Alors, tu vas travailler avec moi, dit-il. Je te dirai ce qu’il faut faire et tu seras sous ma protection.

Je le fixai d’un regard interrogateur.

– Tu travailles pour Le Pain Quotidien, m’expliqua-t-il. Il te sera facile de te procurer certaines informations…

À cette époque, j’étais un vrai garçon manqué – peut-être étais-je devenue ainsi à cause de mes parents et de leur manque d’affection permanent –, et l’idée de me lancer dans cette aventure me ravissait. Je voulais me rendre utile autrement qu’en travaillant pour reverser une pension à mes parents. De toute manière, je ne possédais rien ; alors, le danger, je m’en moquais !

– Tu vas nous servir de chèvre, continua Didier.

Voyant que je ne comprenais pas, il poursuivit :

– Tu connais le Jardin des plantes ? Tu y jouais quand tu étais petite… Il y a un banc près de l’entrée, tu attendras là et un homme viendra te retrouver.

Il m’observa un instant pour s’assurer que j’avais bien compris.

– Le Jardin des plantes est le lieu de prédilection des macs, expliqua-t-il. Ils viennent y chercher leurs proies parmi les jeunes filles insouciantes qui flânent là-bas…

Le lendemain, je fis donc ce que Didier m’avait demandé et n’eus pas à attendre longtemps avant qu’un homme vienne m’aborder. Il me parla d’une voix douce et envoûtante, tandis que je tentai de dissimuler ma méfiance.

On discuta un certain temps et il me demanda finalement si j’accepterais de le revoir.

– Bien sûr ! répondis-je aussitôt, avec un grand sourire plein de charme.

Apparemment, il se fichait éperdument de ma tenue vestimentaire peu féminine. Pour mes courses à vélo, j’étais en effet obligée de revêtir un pantalon de velours côtelé, ainsi qu’un épais blouson et de grosses chaussures. De plus, je n’avais nullement les moyens de jouer aux demoiselles ! Je pense que ma tenue était aussi une façon de me protéger du regard des hommes…

Par la suite, il me présenta d’autres types de sa trempe et, de mon côté, je jouai le jeu. Je leur indiquais les endroits où ils pouvaient rencontrer des jeunes filles sans être inquiétés. Didier et ses hommes me surveillaient de près et me disaient ce que je devais révéler aux bandits.

Je savais que les jeunes filles enlevées devaient être embarquées dans un bateau pour Marseille, pour ensuite être envoyées en Algérie. En attendant le départ, elles étaient retenues prisonnières dans des caves et lorsque je rencontrais leurs kidnappeurs, j’entendais leurs cris étouffés qui me fendaient le cœur. C’était un véritable cauchemar et je n’avais personne à qui me confier, hormis la police. Je me sentais une lourde responsabilité et craignais souvent de ne pas être à la hauteur pour pouvoir sauver ces malheureuses.

Les malfrats se réunissaient dans une auberge sur les bords de Loire ; c’était leur poste de commandement. Je venais glaner de nouvelles informations que je transmettais ensuite à la police. Comme ils étaient interdits de séjour dans plusieurs départements, ils partaient avant le lever du jour et ne revenaient qu’à la nuit tombée.

Qui aurait pu imaginer que d’ignobles complots se tramaient dans un endroit si paisible et que les caves de la ville abritaient des captives droguées ?

Didier me demanda de les pister la nuit, lorsqu’ils se rendaient dans les bois pour recevoir les instructions de leur chef, basé à Nantes. Quelle folie !

Au bout de quelque temps, je commençai réellement à paniquer. Ce manège n’en finissait plus et mes parents n’étaient même pas au courant !

C’est en tout cas ce que je pensais, car bien des années plus tard, ma mère m’apprit qu’ils avaient toujours su ce qui se tramait derrière leur dos et qu’ils s’étaient bien inquiétés.

Peu avant leur transfert pour Marseille, je découvris où les filles avaient été regroupées : dans les soutes d’un bateau. En effet, qui serait allé les chercher là ?

L’homme que j’avais rencontré au Jardin des plantes me demanda de venir le rejoindre pour le chargement. J’étais terrorisée, craignant trop qu’il veuille m’emprisonner à mon tour. J’en savais beaucoup trop pour qu’il me laisse repartir…

Je ne savais pas à qui demander de l’aide et, n’y tenant plus, je décidai finalement de contacter mon patron du Pain Quotidien qui me connaissait depuis ma plus tendre enfance. Des policiers, avertis, se cachèrent tout autour de la place Zola et mon patron ne tarda pas à arriver dans sa vieille 4 l. Il se posta à l’écart pour observer la place silencieuse quand soudain il entendit mes cris et aperçut un homme qui me traînait derrière lui.

– Il enlève Jacqueline ! hurla-t-il en bondissant dans notre direction.

Il se jeta sur mon ravisseur qui lui asséna un violent coup de poing et l’envoya sur le tapis. Il se redressa tant bien que mal, violemment atteint à un œil et ses lunettes brisées.

Les policiers surgirent soudain de leurs cachettes et braquèrent leurs armes sur le malfrat. Ils ne tardèrent pas à maîtriser la situation et c’est avec horreur qu’ils découvrirent une centaine de jeunes filles droguées, emprisonnées dans des pavillons dans l’attente du départ.

Au mois de novembre de la même année, tous les hommes de l’auberge des bords de Loire furent arrêtés.

Mon travail était terminé, malheureusement mon amie Anne-Marie ne fut jamais retrouvée.

En 1996, lorsque je suis revenue m’installer à Nantes, j’ai rencontré certains policiers avec lesquels j’avais travaillé à cette époque. Ils faisaient désormais partie du club des retraités de la police nantaise et nous passâmes quelques moments ensemble, en souvenir du passé. Je fus bien triste en apprenant que l’inspecteur Didier n’était plus de ce monde. Il avait été si gentil avec moi durant ma jeunesse…

Récemment, une femme vint sonner à ma porte. Elle me parla d’Anne-Marie, m’expliquant que sa mère et celle de mon amie avaient travaillé ensemble. Ayant découvert dans un ouvrage que je venais de publier1, le récit de ce qui était arrivé à Anne-Marie, elle voulait rediscuter avec moi de cette histoire qu’elle connaissait bien et qui s’était déroulée cinquante-deux ans plus tôt.

1 cf. L’ingénue des folies siffait, Jacqueline Clergeau, Éditions les 2 encres, 2008.

L’Avare

Richesse et avarice sont les racines du mal.

L’avarice est la mère de bien des maux.

Hazrat Ali

Il se démarquait des autres par un trait de caractère bien particulier : son avarice ! Il était si avare que cela en était risible…

Il vivait à Cholet et avait quatre enfants : trois garçons et une fille. Mon père était l’un d’eux. Les chats ne font pas des chiens et il hérita du défaut de mon grand-père…

Ce dernier possédait une entreprise dans le bâtiment et employait une quarantaine d’ouvriers, dont ses trois fils, auxquels il ne versa aucun salaire jusqu’à leur départ, à l’âge de vingt et un ans.

Mon premier souvenir de lui remonte à mes quatre ans. Il portait une moustache et un chapeau noir, et ne me prenait jamais dans ses bras. S’occuper des enfants et leur prodiguer de l’affection était pour lui une perte de temps. Pourquoi se serait-il intéressé à une petite fille comme moi ?

Dans le petit jardin à l’entrée de chez lui se trouvait un puits. Il mettait parfois un kilo de pointes dans le seau qu’il laissait baigner dans l’eau et lorsque ses fils étaient un peu trop fatigués à son goût, il leur faisait boire cette eau colorée par la rouille pour les requinquer !

Lorsque c’était la période des choux verts, le dîner se résumait à du pain trempé dans l’eau de cuisson des choux. Mais pour pousser le vice, mon grand-père sortait ensuite un beau hareng fumé. Il invitait alors ses enfants à frotter du pain sur la face du poisson.

– Ça suffit pour ce soir, disait-il quand il estimait qu’ils en avaient assez. L’autre face sera pour demain…

Mon père était à l’image du sien. Il avait beaucoup de respect pour son « défunt père », ce qui mettait ma mère en colère car, à cause de lui, nous subissions la même chose que lui-même avait vécue durant son enfance. Ce n’est pas pour rien si nous avons passé douze ans dans une maison infestée de rats sous prétexte que nous ne payions pas de loyer !

Mon grand-père nous quitta pendant la guerre, au cours d’un hiver glacial. Le cimetière était loin de l’église du Sacré-Cœur et le cortège était frigorifié. L’une de mes tantes, qui n’avait pas de chaussures, s’était fait prêter une paire pour l’occasion, mais elles étaient bien trop grandes. Aussi les avait-elle bourrées avec du papier journal. En vain, ce n’était guère efficace.

– Charlotte, vos pieds ! ne cessait de lui dire ma mère pendant le trajet.