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Je mène une vraie vie de pacha… Je commande, ça oui ! Disons que je suis le maître de la maison. Mais vous allez le découvrir, lorsque je m’attache, je sais montrer mon amour… Passons aux présentations : à quelques mois près, j’ai seize ans. J’ai quatre pattes, pèse environ onze kilos et, allongé de tout mon long, mesure quatre-vingts centimètres. Je dois ma taille à ma race, car mes ancêtres viennent des forêts norvégiennes. Mon pelage est bicolore mais s’approche davantage du noir que du blanc. À l’origine, je suis un chat sauvage, et ma beauté fière s’en ressent. Et attention ! Ne vous moquez pas de moi car j’en prends vite ombrage… Je vais maintenant vous raconter toute l’histoire… Écoutez bien !
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Seitenzahl: 120
Veröffentlichungsjahr: 2016
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Epigraphe
Chapitre 1: Ma triste vie de jeune chat
Chapitre 2: Tu m’adoptes ? Ma nouvelle vie de pacha !
Chapitre 3: Des petites bêtises, pas toujours à mon honneur !
Chapitre 4: Moi, Titi le thérapeute
Chapitre 5: Ah, mes frères animaux !
Chapitre 6: Autres histoires du quotidien
Chapitre 7: Titi philosophe
Chapitre 8: Digressions sur le passé de ma maîtresse
Chapitre 9: Une vie de matou bien agréable !
Chapitre 10: Petites et grandes peurs, Grands et petits tourments !
Chapitre 11: Réflexions (et récriminations !) au fil des saisons…
Chapitre 12: Accidents sacrément déplaisants !
Et pour finir
À mon enfant, Titi
« Si l’on pouvait croiser l’homme et le chat, ça améliorerait l’homme, mais ça dégraderait le chat. »
Mark Twain
« Petit à petit, les chats deviennent l’âme de la maison. »
Jean Cocteau
« Une maison sans chat est un aquarium sans poisson. »
Jean-Louis Hue
« On ne possède pas un chat, c’est lui qui vous possède. »
Françoise Giroud
« Il n’y a pas de chat ordinaire. »
Colette
Je mène une vraie vie de pacha… Je commande, je réclame, j’exige… Et je ne compte pas pour des prunes, ah non ! Je suis le Roi de la maison. Enfin, disons plutôt que je suis le maître de la maison, car c’est vrai, c’est un peu moi qui domine et dirige…
Mais, vous allez le découvrir, lorsque je m’attache, je sais montrer tout mon amour…
Passons aux présentations : à quelques mois près, j’ai seize ans. Eh oui, je ne suis plus un chaton, loin de là ! Je pèse environ onze kilos et, allongé de tout mon long, mesure quatre-vingts centimètres. Je dois ma taille à ma race, car mes ancêtres viennent des forêts norvégiennes.
Mon pelage est bicolore mais s’approche davantage du noir que du blanc. À l’origine, je suis un chat sauvage et ma beauté fière et altière s’en ressent.
Et attention ! Ne vous moquez pas de moi car j’en prends vite ombrage… Certains ont regretté de l’avoir fait : ils ont rapidement trouvé à qui parler ! Grrrrr ! Sschhhhhhh ! Figurez-vous que l’on a, un jour, osé m’appeler Sumo ! Me faire cela à moi, à cause de mes quelques petits kilos en trop ! Je n’étais pas content ! Mais ma maîtresse, enfin ma « maman » adoptive comme je l’appelle, elle, m’a rebaptisé Titi. Je trouve cela joli et doux. Je suis son Titi d’amour ! Et j’aime ça !
Je suis un chat privilégié car j’ai aussi une marraine. Elle s’appelle Joëlle et c’est une « deux pattes » formidable, au grand cœur ! Bon, elle préfère les chiens aux chats, chacun a ses défauts, mais elle s’occupe des défavorisés, humains et animaux, sans distinction ! Je l’aime et je lui suis très reconnaissant. Car il faut que je vous dise : c’est grâce à elle que j’ai pu quitter ce lieu abominable qu’on appelle « refuge ». Oui, c’est elle qui a emmené ma maman là-bas et m’a permis de la rencontrer !
Je vais maintenant vous raconter toute l’histoire… Écoutez bien ! J’ai tant de choses à vous dire !
Mais avant de commencer, savez-vous ce qu’est l’anthropomorphisme ?
Non, non, ce n’est pas un gros mot ou une insulte, voyons ! Juste un mot un peu savant… pour désigner quelque chose que je réfute totalement !
Je vais vous expliquer. Laissez-moi juste me concentrer quelques minutes pour être bien clair. Car, je le sais, il m’arrive souvent de partir dans des digressions et d’égarer mon auditoire ; c’est un travers dans lequel je ne veux vraiment pas tomber cette fois ! Allez, je me lance, écoutez-moi bien…
Selon le Larousse, que j’ai consulté sur Internet pardessus l’épaule de ma maîtresse (eh oui, j’ai beau avoir seize ans, je suis un chat très moderne, moi, au fait des évolutions technologiques !), l’anthropomorphisme, c’est la « tendance à attribuer à Dieu, à un dieu, les sentiments, les passions, les idées et les actes de l’homme ». Bon, là, s’il n’y avait eu que cette définition, je n’aurais rien dit : Dieu et les dieux, cela ne me concerne pas, enfin, pas vraiment. Mais la définition la plus commune, elle, me concerne directement ! En effet, selon d’autres sources, l’anthropomorphisme, c’est le fait d’attribuer aux animaux des sentiments typiquement humains. Et là, je ne suis pas d’accord !
Quelle ineptie ! Je reste poli mais c’est un autre mot qui me vient à l’esprit ! Comme si, quand un homme et/ou une femme appelés Auteur racontaient la vie d’un des nôtres, ou encore lorsque nos parents à « deux pattes » parlaient de nous, ils nous prêtaient des attitudes et des sentiments typiquement humains ! Des façons d’être, de réagir, de ressentir, que nous ne pourrions pas avoir en réalité, qui ne nous seraient pas propres ! Quelle erreur ! La sensibilité, le fait d’éprouver de la joie, de la peine, de la souffrance même, ne sont pas des attributs réservés à l’humain !
Mais bien entendu que nous, les chats, nous pensons, parlons et ressentons toute la gamme d’émotions que les humains ressentent ! Nos comportements et capacités sont les mêmes que les vôtres !
Alors pourquoi avoir créé ce mot savant, « anthropomorphisme », pour faire croire que tout cela n’est qu’imagination, qu’il est impossible à un chat de parler et de réagir exactement comme un humain, de ressentir les mêmes émotions, les mêmes sentiments ?! Bien sûr que nous sommes dotés des mêmes capacités que les vôtres ! La vie est une ! Et c’est la même énergie qui coule dans nos veines, qu’elles soient humaines ou animales !
Pour tout vous dire, il me semble quand même parfois, que nous vous sommes supérieurs : pardonnez-moi ce jugement un peu sévère, mais quand on voit comment vous, les humains, vous passez votre temps en guerre partout dans le monde, depuis des millénaires… Et toute cette violence gratuite, dans des contrées dites civilisées… Que penser ? Nous, les chats, lorsque nous tuons, c’est uniquement pour nous nourrir, ou chasser des présences nuisibles telles que les souris. Oui, les souris sont des êtres à part, qui ne méritent pas la miséricorde : elles sont différentes de nous, les chats, et de bien d’autres animaux. Il n’y a qu’à les regarder avec leur air bête ! D’ailleurs, elles sont tellement bêtes que certaines de leurs congénères ont été totalement robotisées et servent aujourd’hui à utiliser les ordinateurs, c’est vous dire ! Bon ok, j’exagère un peu… Et d’aucuns pourraient me trouver méchant… Mais que voulez-vous, les souris et moi, ça fait deux !
Quoi ? Qu’est-ce que vous dites ? Je vous entends, vous savez ! Je lis dans vos pensées ! Ça aussi, c’est une qualité que nous avons, nous autres les animaux, et qui fait notre supériorité ! (enfin, surtout nous, les chats, parce que les autres sont beaucoup moins subtiles !).
Donc, vous me rétorquez que nous, les chats, nous tuons aussi des oiseaux par jeu, alors qu’ils ne sont pas des animaux nuisibles et que nous n’avons pas toujours faim en le faisant…
Oui, c’est vrai, il me faut bien le reconnaître. Mais que voulez-vous, nul n’est parfait, même pas moi qui suis pourtant proche de la perfection ! Et puis, les oiseaux, c’est comme des souris volantes, ça bouge dans tous les sens… Comment résister ? J’ai bien essayé de me modérer, de me raisonner même, mais vous ne pouvez m’en vouloir ? Vous arrivez, vous, à résister devant un bon gros gâteau qui vous tend les bras ? Alors que pour moi, un gâteau, ça ne me fait ni chaud ni froid !
Vous voyez bien, au passage, que nous avons les mêmes qualités… et les mêmes défauts que vous !
Bon, mais ne me faites pas perdre le fil de mon récit, s’il vous plaît ! J’ai tant de choses à vous dire ! Eh oui, je vous l’ai annoncé, je veux vous raconter une histoire. La mienne…
Et quelle histoire que celle de ma vie !
Je n’ai pas souvenir de ma naissance et des premiers mois de ma vie. Comme beaucoup de mes frères, je ne sais pas vraiment qui étaient mes parents. Ma mère, je l’ai à peine connue, et mon père, je ne l’ai jamais vu… Je ne me souviens même plus dans quelles conditions j’ai vécu ma petite chat’fance… Bon, oui, je sais, le mot n’existe pas. Mais que voulez-vous, je suis d’humeur guillerette aujourd’hui, et je ne sais pas pourquoi, j’ai envie de vous plonger dans mon univers félin… Alors inversons les rôles pour une fois et félinisons, félinisons !
Pour en revenir à mon histoire (enfin ma chat’stoire… Si, si, je vais y arriver à vous la conter, cette histoire !), je sais juste une chose : je vivais abandonné dans un quartier de la ville de Nantes. J’étais famélique, la vie était dure, j’avais froid, l’univers entier me semblait hostile, mais je n’avais encore rien vu !
J’ai été trouvé, errant, à l’âge d’un an, et placé – Dieu sait pourquoi ? Je dérangeais peut-être ? Car je doute que ce soit par pure bonté d’âme… – dans un de ces orphelinats que les humains appellent refuges. Bel euphémisme… J’y ai été très malheureux, en fait.
Il y avait, dans ce soi-disant refuge, des chiens aussi bien que des chats. Celui qui s’occupait de nous (doux euphémisme, une fois encore !) me battait régulièrement car il ne m’aimait pas. Allez savoir pourquoi… J’étais sa « bête noire » et il m’a transmis à son tour la peur des hommes. Personne ne pouvait plus m’approcher sous peine de se faire mordre.
Je vais vous raconter des choses bien tristes sur mon passé, que même ma mère adoptive ne connaît pas. Elle pleurerait trop si elle apprenait tous ces épisodes de ma jeunesse, et à quoi bon ?… Le passé, c’est le passé, comme on dit, mais parfois il me revient en pleine face et mes poils se hérissent.
Allez, je vais être franc. Je mens un peu pour garder la tête haute. Mes poils se hérissent certes, comme si j’étais prêt à l’attaque, mais en vérité, c’est autre chose qui se passe : rien qu’au souvenir de ce passé douloureux, je suis parcouru de frissons de peur et d’angoisse. Car on n’oublie jamais la violence dont on a été victime ; elle fait de vous un être brisé, fragilisé à vie, qui sait non seulement que l’horreur existe, mais que ceux qui sont là pour vous protéger ne le font pas toujours et peuvent, à l’inverse, se révéler de véritables bourreaux.
Vous avez peut-être entendu parler de quelques tristes cas de maltraitance qui ont été médiatisés ces derniers temps, et parfois condamnés par la loi : un homme qui avait jeté un chaton contre un mur et publié la vidéo sur Internet (pauvre, pauvre Oscar !) ; ce restaurateur qui avait lancé un produit à base de soude sur un autre de mes congénères, etc. Mais vous imaginez-vous seulement combien nous sommes, ainsi, à avoir été torturés sans que quiconque n’intervienne, ne s’en soucie même ?
Moi, dans ce refuge, l’homme dont je vous parlais – et qui était censé prendre soin de nous ! – prenait un bâton pour me frapper. Oui, vous avez bien lu : il visait mes pattes et mon ventre. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est toujours à ces parties de mon corps qu’il s’en prenait. Il commençait par me tapoter, pour que je réagisse, puis frappait de plus en plus violemment. À chaque fois qu’il s’approchait, je devenais nerveux, je ne savais jamais s’il allait m’ignorer ou à l’inverse s’en prendre à moi.
Chaque jour, il me donnait exagérément à manger, plus qu’aux autres, mais une nourriture différente, qui parfois dégageait une odeur nauséabonde. Au début, je ne pouvais l’avaler tant elle était mauvaise, et j’en laissais dans l’écuelle, mais j’ai vite compris que dans ce cas-là, il devenait systématiquement violent. Alors, j’ai appris à avaler, avaler sans y penser, pour éviter de lui donner une raison supplémentaire de me battre.
Je ne suis parti du refuge qu’à l’âge de trois ans, après deux longues années de mauvais traitements et de souffrances. On m’avait présenté à beaucoup d’êtres humains, mais ils n’étaient jamais satisfaits de moi : j’étais toujours, à leur goût, soit trop gros, soit trop grand. J’aurais voulu leur crier de ne pas s’attacher à ces détails, de m’emmener avec eux, que je saurais devenir le plus beau et le plus gentil de tous les chats du monde… Je les suppliais de m’emmener… mais rien n’y faisait. Alors, je leur en voulais, et je crachais pour les punir de m’avoir critiqué, et plus encore de me considérer comme un objet, une bête de foire. Ils n’avaient aucune délicatesse et me jugeaient comme si j’étais un simple produit de consommation, disponible sur le marché de leurs envies.
En fait, les toutes premières fois, j’y avais cru ; et j’étais à chaque fois plein d’espoir lors de ces rencontres : je pensais qu’à la longue, une famille allait m’accueillir chez elle ; qu’enfin je pourrais fraterniser avec des humains différents, qui ne seraient pas des tortionnaires.
Depuis mon arrivée, certains jours, je voyais des hommes et des femmes venir avec leurs enfants. Ils avaient l’air avenant, n’avaient pas de bâton dans les mains. Ils passaient devant les cages, celles des chats, celles des chiens. Ils s’arrêtaient, regardaient, s’extasiaient devant l’un d’entre nous et l’emmenaient avec eux ! Je me disais donc que partir d’ici avec des gens sympathiques était possible, qu’une autre vie pouvait m’attendre, ailleurs…
Mais très vite j’ai compris que non : je ne convenais pas, il y avait toujours quelque chose qui n’allait pas. En deux mots, je ne correspondais pas aux critères de sélection. Car c’est bien de sélection qu’il faut parler : sélection des apparences… Oui, c’est bien comme ça qu’il faut le dire… Et l’amour, la compassion dans tout ça ?
Du coup, pour faire bonne figure et ne pas subir cette injustice des hommes qui me maintenait dans ce refuge-prison, j’avais appris, de façon réactionnelle, à prendre mon air le plus méchant, le plus dédaigneux, et je m’étalais pour sembler encore plus grand, encore plus gros. Ou je me levais brusquement, le poil hérissé, la queue bien dressée, comme prêt à bondir. Vous ne m’aimez pas ? Eh bien, moi non plus ! Je voulais leur faire peur, les effrayer, les repousser… autant que j’avais peur moi-même… et surtout autant que j’avais mal…
