Moi le petit berger de Sant-Maïmé - Didier Chevalaz - E-Book

Moi le petit berger de Sant-Maïmé E-Book

Didier Chevalaz

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Beschreibung

Vivre les premières années de sa vie dans les majestueux paysages quasiment vierges du Haut-Var a profondément marqué Didier Chevalaz. De cette enfance passée sur les terres d'une ferme plus que centenaire, il conserve le goût des plaisirs simples et de la convivialité, tant étaient rares les contacts avec le reste du monde, par-delà l'horizon borné par les sommets environnants. Auprès de ses parents, il acquiert l'amour du pastoralisme pour tout ce qu'il comporte : la vie de tous les jours avec les animaux, la transhumance et les estives. L'une de ses fiertés réside dans la transmission de cette passion au sein de la famille où l'on compte toujours des bergers. Quand le destin contraint la famille à quitter cette ferme de Sant-Maïmé, la déchirure est douloureuse et la plaie ne se refermera jamais. Protégé par sa mère, délaissé par son père, l'auteur se réfugie dans l'amour maternel tout en empoignant son avenir avec détermination. Quelques décennies plus tard, à l'heure de la retraite, un nouveau coup du sort provoque en lui le besoin de transmettre le récit de cette vie si dense et empreinte de nostalgie. Un autre combat s'est déclaré et il compte bien le gagner.

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Seitenzahl: 102

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Sommaire

PRÉFACE

AVANT-PROPOS

MA FAMILLE

LA FERME DE MON ENFANCE

À L’ÉCOLE

LA VIE À LA FERME

LES FÊTES VOTIVES

LE DÉPART DE LA FERME

LA VIE D’APRÈS

LA VIE MALGRÉ TOUT

POUR CONCLURE

PRÉFACE

Depuis le temps qu’il m’en parlait, qu’il en parlait autour de lui, Didier a enfin franchi le pas de se raconter pour transmettre sa passion, ses passions. Passion de la vie — et son combat contre le cancer montre s’il le fallait combien il l’aime cette vie ! —, passion de la nature, passion du pastoralisme et de la vie simple qui fut celle de son enfance dans le Haut-Var, passion des autres aussi, sans lesquels sa vie n’aurait plus de sens… et j’en oublie tant !

Lui, le petit berger de Sant-Maïmé, n’a cessé de porter la nostalgie d’une époque révolue où tout était beaucoup plus simple tout en étant beaucoup plus rude. Mais cette rudesse lui a en partie été épargnée par l’amour de sa mère à laquelle il rend ici un bien bel hommage. Perdre la ferme familiale, voir s’éloigner son père sont de ces déchirures qui marquent un homme, qui le façonnent.

Je suis heureuse de préfacer ce livre auquel Didier, mon mari, tient tant. C’est une belle preuve d’amour offerte au monde. Merci mon chéri.

Laëtitia Chevalaz

À Laëtitia, ma force, ma vie.

AVANT-PROPOS

Sant-Maïmé : cette ferme est un endroit magique ancré dans ma mémoire. Au cœur de la Provence et au milieu des animaux, entouré de l’amour de ma maman, j’y ai passé une enfance formidable. Elle est située sur la route départementale n° 71 qui va de Comps à Aiguines en passant par le pont majestueux qui enjambe l’Artuby. Là, j’ai grandi au milieu des chèvres, des moutons, des cochons, des poules et des lapins. J’étais l’enfant le plus heureux du monde. Ce monde dont j’ignorais l’existence.

Depuis le début de ma maladie, je ressens le besoin de resserrer les liens avec les membres de ma famille. Je n’hésite plus à téléphoner, sans vouloir déranger, assez régulièrement. Je rencontre fréquemment ma sœur, avec qui j’évoque notre jeunesse. À grand renfort de tu te souviens de… ? nous revisitons les événements qui nous ont marqués et chacun ravive la mémoire de l’autre. Comme cet aïoli si modeste et pourtant comparable, dans notre mémoire, à un festin royal, ou les soirs d’été, quand, à la tombée de la nuit, nous étions tout à l’autre bout du pré situé devant notre ferme, à la Crous, complètement seuls avec nos moutons.

Nous faisons alors l’amer constat d’avoir manqué notre rendez-vous avec le récit de notre mère. Pourquoi ne l’avons-nous pas interrogée plus et plus souvent ? Par pudeur ? Sans doute. Aujourd’hui, je me dis qu’elle se serait fait un plaisir de se raconter, de nous rapporter quelques anecdotes sur nos grands-parents par exemple. Il me reste la mémoire de mon oncle Hubert qui m’a permis d’éclairer les pans obscurs de la mienne. J’ai bien entendu sollicité mes proches pour préciser tel ou tel point, et illustrer mes propos avec les rares photos aujourd’hui disponibles, dont celles transmises par ma cousine Marie-France, la fille de Hubert, ma cousine Odette et mon parrain Guy.

Ce livre est d’abord un hommage rendu à ma maman. Elle a passé une grande partie de sa vie avec un poids énorme, la perte de la ferme de sa famille, celle-là même où elle a vu le jour. Ajouté à cela le fait de s’être mariée à un homme absent du foyer la plupart du temps et quasiment définitivement après le départ de la ferme. Sans jamais évoquer ni ses tourments ni ses douleurs, elle nous a élevés toute seule, dans des conditions pas toujours faciles. Avec beaucoup d’amour pour nous, ma sœur, mon frère et moi, elle nous a inculqué ses valeurs auxquelles nous sommes tous les trois encore aujourd’hui très attachés. Quand elle avait deux francs, elle nous en réservait un pour que nous ne manquions de rien. Elle nous achetait un pain au chocolat ou une brioche à la boulangerie d’Aups dont nous étions voisins, ou de grosses tablettes de chocolat à la supérette du village. Ces gestes d’apparence banale étaient destinés à nous faire comprendre que, bien que modeste, notre vie était en tous points comparable à celles de nos camarades. Il était important à ses yeux que nous soyons comme tout le monde. Elle cherchait aussi à compenser l’absence de notre père. Je suis fier de cet héritage et l’expérience que la vie m’impose avec cette tumeur contre laquelle je me bats m’a donné l’envie de m’épancher de cette manière.

Je souhaite raconter comment j’ai vécu cette époque fantastique dont j’ai la nostalgie et dire pourquoi nous avons été contraints de quitter Sant-Maïmé pour nous retrouver à Aups. Il me tient à cœur de transmettre ce témoignage avant que ce que porte ma mémoire ne disparaisse.

Cette tranche de vie est faite de nombreuses anecdotes qui m’émeuvent chaque fois que je les convoque et que je vais prendre plaisir à raconter dans les pages qui suivent.

MA FAMILLE

Ma maman s’appelait Germaine Bernard, elle est née le 26 février 1932 à Trigance, dans la ferme familiale, à Sant-Maïmé, où j’ai passé les dix premières années de ma vie. Un an avant ma naissance, elle s’était mariée avec Maurice Chevalaz, mon papa. Pour leur voyage de noces, ils avaient choisi la Promenade des Anglais, à Nice. Autres temps, autres ambitions (autres moyens, sans doute aussi) ! Au début de leur relation, mon père venait voir ma mère en Vespa depuis La Ciotat : il n’avait pas encore le permis de conduire une automobile.

Tous deux ont repris cette ferme de Sant-Maïmé à mes grands-parents maternels en rachetant les parts des frères et sœurs de ma mère pour en poursuivre l’exploitation. C’est à cette occasion qu’ils se sont lourdement endettés auprès du Crédit Agricole. Quant à mon grand-père et ma grand-mère, ils se sont installés dans un tout petit appartement à Trigance pour profiter d’une retraite bien méritée.

Décembre 1961, le mariage de mes parents.

Mon grand-père se nommait Antoine Bernard, mais tout le monde dans la famille l’appelait Augustin. Ce mélange de prénoms tient au fait que la déclaration de la naissance avait été réalisée en mairie par le facteur. Chemin faisant, celui-ci avait dû inverser l’ordre des prénoms choisis par les parents. Cette pratique de compter sur un tiers pour une telle opération, courante à l’époque dans la région, a eu d’autres conséquences dans la famille, comme nous allons le voir.

Mon grand-père Augustin en tenue de soldat, juché sur son cheval et sabre au côté. Je n’en sais pas plus que n’en montre cette vieille photo.

Ma maman était la cinquième d’une fratrie de sept enfants.

L’aîné, Bertin pour l’état civil et que tous appelaient Marius, son deuxième prénom, s’est marié avec Raymonde et en a eu deux enfants, Claude et Michel. Tous deux résident encore à Trigance aujourd’hui. Il était apiculteur, autrement dit « berger des abeilles ».

Jean, dit Jeannot, s’est marié avec Yvette. Ils habitaient la ferme de Praguillen, avant que la création du camp militaire de Canjuers, dans les années soixante-dix, ne les en chasse. Ils iront s’installer à Forcalquier dans une campagne appelée Le Châlus, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Ils ont eu cinq enfants : Claude, Annie, Gilbert, Odette et Alain.

Hubert s’est marié avec Éliane, une dame d’origine belge rencontrée alors qu’elle passait ses vacances dans la région. Ils ont habité la ferme de Lagne Rose et accru leur territoire en achetant une autre ferme voisine, celle d’Estelle, avant d’être, eux aussi, chassés par l’arrivée des militaires sur le camp de Canjuers. Ensemble, ils auront deux enfants : Henri et Marie-France.

Hubert a aujourd’hui quatre-vingt-quinze ans. Dans sa jeunesse, il a perdu une jambe, un jour de chasse à la bécasse. Alors qu’il traversait un bois, il s’est accidentellement tiré un coup de fusil dans la jambe. Ne pouvant plus marcher, il est rentré jusque chez lui en se traînant sur les fesses. À son arrivée, ma tante Éliane l’a assis dans la Trois-chevaux familiale et l’a conduit à la clinique du docteur Oustric, à Draguignan, où on n’a pas pu faire autrement que de l’amputer.

Tous deux ont très mal vécu l’expropriation pour laisser place au camp militaire de Canjuers. Ce ne fut pas le cas de tout le monde. Bien sûr, dans les premiers temps, chacun trouvait dur de laisser derrière soi autant de son patrimoine, de sa vie, de son histoire personnelle. Mais, dès la réception des premières enveloppes d’indemnisation, certains ont vu là une occasion de rebondir ailleurs dans de meilleures conditions, surtout à la veille de la retraite, laquelle se serait sûrement moins bien présentée s’ils étaient restés sur place.

Les prénoms du quatrième ont subi le même sort que ceux de l’aîné : Georges est celui déclaré à l’état civil, sans doute par le même facteur, et Maurice celui par lequel toute la famille l’a toujours appelé. Il aura quatre enfants d’Andrée Gaymard avec laquelle il s’est marié, dont les parents habitaient la ferme de Ruez, à côté de Lagne Rose : Ghislain, Gilles, Gérard et Marylène. Ils habitent toujours Aups où ils ont fait carrière dans l’apiculture et un peu dans la trufficulture. Cet oncle sera l’autre berger des abeilles de la famille.

Après ma maman est née Marthe, qui a eu trois enfants : Guy, mon parrain, a exercé le métier d’instituteur, notamment à Trigance où il habite toujours, puis Noël et Daniel. Ma tante s’est mariée à Jean Burlet, un bon gars venu de Nancy pendant la Seconde Guerre mondiale. Sur les conseils de sa mère, il cherchait à fuir l’oppression allemande qui sévissait dans sa région d’origine et qui le menaçait d’une réquisition au titre du service du travail obligatoire dont on sait la triste réputation.

Au cours de son séjour dans la région de Draguignan, il a rencontré mon oncle Jeannot, lequel gardait des moutons du côté de Flayosc. Ce dernier lui a soufflé que mon grand-père recherchait un ouvrier pour l’aider à la ferme familiale de Sant-Maïmé. De telles conditions ont favorisé la rencontre entre lui et Marthe, notamment lorsque celle-ci apportait du ravitaillement aux maquisards dans une ferme appartenant également à mon grand-père, La Cornuelle, située entre Sant-Maïmé et la ferme d’Estelle. Elle s’y rendait presque tous les deux jours au prétexte de conduire ses chèvres au pâturage et transportait les vivres dans une biasse1 qu’elle cachait sur place.

La dernière de la fratrie est Jeannette, plus couramment appelée Jeanne, ma marraine. Elle s’est mariée avec Joseph Rabadan, rencontré dans un bal à Lorgues. La famille de ce dernier avait fui l’Espagne franquiste et, après un passage dans le Gard où Joseph est né, elle est venue s’installer du côté de Carcès. Ensemble, ils ont eu deux filles, Marie-Ange et Hélène. Ils ont habité Draguignan et passé une grande partie de leur temps de loisir dans une maison secondaire à Trigance.

Mes grands-parents maternels, Augustin et Marie, devant Trigance.

Ma grand-mère Marie avec un enfant dans les bras, ma mère, la plus grande sur cette photo, et une fillette avec un chat dans les bras.

À Sant-Maïmé, au début des années 1940 En haut et de gauche à droite : ma grand-mère Marie, Marthe les bras croisés, mon grand-père Augustin, Bertin et Hubert. En bas, Georges-Maurice, ma mère qui ne sourit pas, et Jean-Bernard dit Jeannot

Tout à droite, ma grand-mère Marie, puis, en allant vers la gauche, ma mère, et tout à gauche, Hubert…

Tout à gauche, ma mère ; derrière la mule, Hubert, et à droite,

Marthe. Devant, Georges-Maurice avec la casquette. Je ne sais pas qui est l’enfant sur la mule.

La porte qu’on aperçoit est celle de la fénière, où l’on stockait le foin récolté sur la propriété.

Mariage de ma marraine, Jeanne, avec Joseph Rabadan Au premier plan : moi et Nadine

À Praguillen : Jeannot, Yvette, Jean Burlet, Marthe, Guy, Germaine, Maurice (Georges).