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C’est le moment. Jésus l’a décidé, lui et ses apôtres vont retourner sur Terre pour remettre les choses en ordre
Qui d’entre nous n’a pas rêvé que la famine et la misère disparaissent, que les guerres soient abolies une fois pour toutes, qu’aucun grain de sable ne vienne plus gripper les rouages du fonctionnement de notre bonne vieille planète ?
Que la Terre devienne un jour un monde parfait, le Paradis en somme. Qui n’en n’a pas rêvé, sans trop y croire ? C’est pourtant possible. Surtout lorsque les Dieux s’en mêlent !
Mais...
Un texte écrit avec force, humour et tendresse. Sous couvert d’une intrigue fictive, l’auteur dresse ici un réquisitoire véridique, où le sacré et le profane se mêlent intimement, et sur lequel chacun de nous devrait se pencher pour conserver son sens de l’humanité.
Un roman drôle et étonnant qui mélange subtilement religion et fiction, mettant en scène une mission qui n'est pas de tout repos !
EXTRAIT
Avec une majestueuse lenteur, la sphère traverse le ciel constellé de mille éclats d’or vibrant dans l’obscurité. D’une limpidité bleu turquoise intense, elle est somptueuse, presque irréelle. Elle plane au-dessus de la ville dont les lumières clignotent dans le lointain, s’y attarde quelques instants. Puis brusquement, à l’instar d’une étoile filante, elle disparaît dans l’espace infini, aspirée par la nuit.
Monique, sidérée, figée dans la stupéfaction, scrute fiévreusement la voûte céleste. Elle tend vers le haut un index qui tremble un peu. Il flotte dans l’air quelque chose d’abstrait, une impression étrange, comme un vague danger. Se tournant vers le groupe d’amis qui devise en riant devant le restaurant d’où ils sortent à l’instant, elle les interpelle :
— Voyez ! Là-haut, dans le ciel, une grosse boule !
— Qu’y a-t-il ? Tu as aperçu une apparition ?
A PROPOS DE L’AUTEUR
Monique Le Dantec, membre de l'Académie ARTS-SCIENCES-LETTRES (médaille Argent 2013), est née en 1945 à Paris, berceau de sa famille depuis plusieurs générations. C’est d’ailleurs dans la capitale que ses premiers romans prennent leur source. Mais c’est vers 1995 qu’elle s’installe réellement dans l’écriture.
Si elle privilégie les intrigues où le fantastique se mêle au quotidien, où l’imaginaire fait la part belle au futur et à l’anticipation, elle sait aussi, pour certaines œuvres, rester dans l’air du temps, et s’appuyer sur un simple fait divers pour le transformer en un thriller inquiétant.
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Seitenzahl: 254
Veröffentlichungsjahr: 2016
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PRÉSENTATION - PARADIS SUR TERRE – Monique Le Dantec
Qui d’entre nous n’a pas rêvé que la famine et la misère disparaissent, que les guerres soient abolies une fois pour toutes, qu’ aucun grain de sable ne vienne plus gripper les rouages du fonctionnement de notre bonne vieille planète.
Que la Terre devienne un jour un monde parfait, le Paradis en somme. Qui n’en n’a pas rêvé, sans trop y croire ? C’est pourtant possible. Surtout lorsque les Dieux s’en mêlent !
Mais...
Si vous souhaitez en savoir plus, voici PARADIS SUR TERRE, écrit tout au long du texte avec force, humour et tendresse. Sous couvert d’une intrigue fictive, l’auteur dresse ici un réquisitoire véridique, où le sacré et le profane se mêlent intimement, et sur lequel chacun de nous devrait se pencher pour conserver son sens de l’humanité.
« Loin, très loin
Est la terre du Paradis
Ai-je entendu dire
Mais ceux qui veulent s’y rendre
Peuvent l’atteindre en un seul jour ».
Kuya
À Cédric
PROLOGUE
Avec une majestueuse lenteur, la sphère traverse le ciel constellé de mille éclats d’or vibrant dans l’obscurité. D’une limpidité bleu turquoise intense, elle est somptueuse, presque irréelle. Elle plane au-dessus de la ville dont les lumières clignotent dans le lointain, s’y attarde quelques instants. Puis brusquement, à l’instar d’une étoile filante, elle disparaît dans l’espace infini, aspirée par la nuit.
Monique, sidérée, figée dans la stupéfaction, scrute fiévreusement la voûte céleste. Elle tend vers le haut un index qui tremble un peu. Il flotte dans l’air quelque chose d’abstrait, une impression étrange, comme un vague danger. Se tournant vers le groupe d’amis qui devise en riant devant le restaurant d’où ils sortent à l’instant, elle les interpelle :
— Voyez ! Là-haut, dans le ciel, une grosse boule !
— Qu’y a-t-il ? Tu as aperçu une apparition ?
Jean-Jacques, le mari de Monique, s’approche, la prend par le bras :
— Viens, on t’attend.
Monique résiste, ne peut détacher ses yeux du firmament. Elle répond avec humeur :
— Pas un fantôme, non. Une sphère bleue, plus grosse que la lune.
Dubitatifs, tous les regards convergent dans la même direction se perdent dans l’immensité obscure.
Marie-France s’esclaffe :
— Une soucoupe volante peut-être ?
La voix de Monique se charge de colère :
— Je ne suis pas aveugle. Je vous dis qu’il y avait quelque chose de bizarre là-haut !
Sous le sourire collectif de ses compagnons, autant moqueur qu’empreint de sollicitude, elle regagne d’un pas songeur les voitures qui stationnent un peu plus loin.
Avant de partir, les amis s’accoudent à un parapet qui surplombe Perpignan, jetant un dernier regard interrogatif vers les cieux. À l’arrière de la ville scintillante qui s’étend sous eux, fermant l’horizon, la courbe violine des Pyrénées s’évanouit dans la mer qui s’argente au clair de lune.
Jean-Jacques ricane, gentiment :
— Ce doit être l’effet du Fitou. Le repas était bien arrosé !
Bernard qui vient juste de les rejoindre intervient :
— Moi aussi, j’ai cru remarquer un objet qui disparaissait dans l’espace.
Monique sursaute :
— Bleu turquoise ?
— Oui !
Elle sourit, soulagée :
— Et bien, vous voyez que j’avais raison !
Soudain, jaillissant du coeur de la ville, un faisceau de fusées illumine les murs du palais des Rois de Majorque que l’on devine dans l’ombre de la cité. Elles s’élèvent dans l’azur, pétaradent en gerbe d’étoiles multicolores, dérivent dans des feulements aigus, explosent de nouveau en une cascade d’étincelles bariolées, naviguent encore un instant, éclatent une dernière fois en s’élargissant au-dessus des toits dans un tonnerre de déflagrations lointaines.
— La fête commence, allons-y !
Maintenant pressés, les amis s’engouffrent dans les automobiles, et rapidement empruntent la direction de Perpignan où les bals du 14 juillet ont été installés dans chaque quartier.
Monique, l’esprit un peu flou, ne sait bientôt plus si elle a réellement vu la sphère bleu-turquoise traverser le ciel, si elle ne confond pas avec le feu d’artifice. Ne se souvenant plus, elle décide de l’oublier, de ne plus penser qu’à la soirée...
PREMIÈRE PARTIE - JÉSUS
« Voici l’Agneau de Dieu,
qui enlève le péché du Monde ”
Jean Baptiste
§ 1 — DU HAUT DES CIEUX
... Sur terre, un dimanche matin, à l’heure traditionnelle de la grand-messe.
Dans les villes et les campagnes, les cloches se mettent en branle, à l’unisson de celles de la Place Saint-Pierre à Rome. De la cathédrale la plus somptueuse au plus humble campanile, elles résonnent, tintent, vibrent, chantent dans l’immensité de l’azur. Lancinantes ou tumultueuses, elles battent l’air, rassemblent les croyants, fustigent les retardataires...
... Dans un autre espace, le domaine de Dieu, vit Jésus.
En vertu de cette longue habitude, Jésus s’éveille au concert impitoyable de ces carillons qui lui remémore son passage sur Terre. Aujourd’hui plus que d’ordinaire, ces sonnailles l’exaspèrent.
Une onde de colère parcourt son corps, crispe son visage. De méchante humeur, il prête l’oreille à leurs sonorités, identifie leurs provenances. De Rome à Rio de Janeiro, de Dublin à Madagascar... Langage commun aux différents peuples qui obéissent à leurs voix. De partout, des hommes l’appellent.
Puis il prête attention à leurs invocations.
Depuis deux mille ans, il les écoute... Deux mille ans d’oraisons, de litanies, d’implorations, d’Actions de grâce. Deux mille ans de Pater, d’Ave, de Miserere, de Confiteor, de Credo, de Benedicite... Supplications authentiques, artificielles, spontanées, avides, discrètes, ostentatoires, naïves, sournoises...
Toutes les prières du monde... De ce monde fondamentalement incohérent et féroce et cela se voit sur son visage.
Il n’est pas venu apporter la paix à l’humanité, mais le glaive. Ils le savaient pourtant, Jésus leur avait dit : « Je suis venu en ce monde pour une remise en question : pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles ».
Un élan de fureur l’envahit, le brûle, lui donne envie de vomir. Il n’en peut plus d’écouter, il ne veut plus... Jésus porte toujours en lui la blessure qui lui vient des hommes. Bien sûr, il s’adressait à ces fils du diable qui l’avaient conduit sur la croix ! Mais ceux qui ont été convertis à sa parole semblent si mal diriger le monde ! Son sacrifice pour eux a été vain.
Le courroux l’embrase, le domine tout entier. Il reste longtemps ainsi, immobile, pétrifié de chagrin, de colère, de honte.
Puis, doucement, comme la mer qui se retire, sa fureur s’apaise. Fluide et intangible comme de l’eau pure, un sourire effleure bientôt ses lèvres. Le visage maintenant intense et chaleureux, il contemple du haut des cieux ces hommes tournés vers lui.
Bien sûr, il les aime. Les autres aussi, ceux qui regardent ailleurs. Peut-être même plus encore que les premiers.
Jésus n’est rivé ni à hier, ni à aujourd’hui, ni à demain. Il apparaîtra quand il voudra, où il voudra. Sa seconde venue est prévue à la fin des temps. Matthieu leur a dit : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure ».
Alors, une grande clarté monte en lui, irrésistible, évidente. C’est maintenant qu’il doit retourner sur Terre.
D’un coup, résolu, il se lève, regarde encore une fois ces peuples qui l’invoquent, qui espèrent, qui croient. Dans un hymne lumineux, un trait de soleil dessine sa silhouette, parsème sa chevelure de reflets d’or, se diffuse dans son habit blanc. Une ardeur intérieure transparaît sur son visage. Pour eux, il ne désire rien d’autre qu’une paix féconde. Il ira leur dire. Il les convaincra de cesser leurs folies.
Il ne doute pas qu’ils se laisseront conduire.
Puis il s’en méfie, à nouveau. Encore une fois, il chasse de son esprit cette intuition néfaste. De nouveau, il croit en eux... Alors il se décide.
Il appelle auprès de lui le cercle intime des apôtres. Quelques instants plus tard, ceux-ci l’entourent. Ils s’inclinent devant lui :
— Rabbi, nous sommes là. Que veux-tu de nous ?
Jésus se tient au seuil de la lumière. Son regard se tourne résolument vers Jérusalem, la cité où s’est noué son destin. Les mains rayonnantes, il s’absente dans une courte prière.
Graves et solennels, les apôtres attendent. Puis les yeux de Jésus se détournent de la ville sacrée et reviennent vers eux. Des paillettes d’or brillent au fond de ses prunelles. Leurs paumes serviables se tendent vers lui, leurs visages souriants lui font face.
Jésus arbore maintenant son air habituel d’extrême bienveillance. Il leur dit :
— Je vous remercie d’être tous venus à mon appel. J’ai pris une importante décision dont je tenais à vous faire part. Avant tout, prenez place autour de moi.
Tous s’installent dans le halo de lumière qui environne Jésus. Il continue :
— J’ai prévu de revenir sur Terre. Maintenant.
Un silence stupéfait s’abat sur les apôtres. Silence que Jésus rompt immédiatement pour couper court à toute objection. Il précise :
— Nous allons tous y retourner, car vous venez avec moi, mes amis. Plus que jamais, j’ai besoin de vous.
Pendant que chacun prend conscience de cette perspective, son regard glisse sur eux, s’y attarde. Leur expression passe de la stupeur à la crainte, puis de la crainte à la sérénité, mêlée à quelque incertitude.
Il les observe, en quête d’une muette adhésion, ces hommes qui l’ont tant glorifié, qui ont péri pour lui.
Pierre dit, les yeux rivés dans ceux de Jésus :
— Nous avons déjà tout quitté pour te suivre. Partout où tu iras, nous irons.
Puis le Prince des Apôtres se tourne vers ses compagnons, attendant leur réponse. D’un regard circulaire, il guette aussi leurs réactions.
André, équilibré et solide comme toujours, marque d’un signe de tête affirmatif son approbation. Optimiste, il ne doute pas un seul instant de la réussite de l’entreprise.
Jacques et Jean, les deux frères, les « fils du tonnerre » toujours ensemble. Jacques, causeur impénitent, pour une fois se tait prudemment et attend ce que vont dire les autres. Jude, son fils, se tient à côté de lui. Pour se donner une contenance, il lui pose la main sur l’épaule, le prend ainsi sous sa coupe.
Jean, au visage et au corps d’éternel adolescent, sourit à Jésus et approuve d’un mouvement de tête respectueux.
Jésus acquiesce. Pas un instant, il a douté de son disciple, celui qu’il aime plus que les autres. Il se tourne maintenant vers Philippe. Celui-ci a horreur des contraintes, chacun est au courant et attend sa réponse avec curiosité. Esprit original, un peu fantasque, on peut tout imaginer de lui.
Philippe éclate de rire en voyant la mine circonspecte de ses amis, et lance à la cantonade :
— Vous savez bien que je vous suivrai. Vous pouvez compter sur moi.
Il se déplace légèrement, laissant apparaître Barthélemy qui, sans se cacher, se trouvait légèrement en arrière de lui. Le visage grave, le port de tête altier, l’allure un peu rigide, il s’agenouille devant Jésus et dit :
— J’étais peu convaincu de ta Divinité. Mais t’ayant vu et entendu, j’ai compris que tu étais bien le Fils de Dieu. Désormais, tu peux faire de moi ce que tu voudras, tu le sais.
Jésus acquiesce et se dirige maintenant vers Matthieu. Matthieu, collecteur des impôts du roi Hérode. Jésus est entré dans son bureau, lui a dit « Suis-moi » et il l’a suivi. Avant que Jésus ait ouvert la bouche, Matthieu s’approche de lui à le frôler et lui lance d’une voix claire :
— Rabbi, je partirai avec toi.
De ceux qui ont douté, il y a également Thomas. D’un abord aimable, très à l’aise, lui touchant encore une fois la main comme pour s’assurer de sa réalité, celui-ci clame haut et fort qu’il viendra aussi. L’esprit imaginatif, il voit déjà ce que leur réserve leur séjour sur terre et s’apprête à le conter à l’entourage.
Jésus l’arrête gentiment d’un signe de la main, car il n’a pas encore entendu Jacques le Mineur, son propre frère. Petit de taille, d’aspect un peu fragile, timide, il aurait bien voulu se faire oublier, mais le regard de Pierre, et surtout celui de Jésus, le dissuade de faire le moindre commentaire. Il lance un discret « Je viens avec vous » puis se réfugie derrière Simon qui vient de s’approcher de Jésus.
— Et toi Simon, que dis-tu ?
— Tu sais bien que mon zèle t’est acquis !
Paul n’a pas encore prononcé un mot. Il avance de deux pas, s’incline cérémonieusement devant Jésus et Pierre qui se tiennent côte à côte :
— Rabbi, tu peux compter sur moi. Toi aussi Pierre, je t’aiderai du mieux que je le pourrai. Car je pressens que nous allons avoir une lourde tâche à accomplir, dans cet univers désordonné !
Pierre acquiesce, puis visiblement satisfait, rejoint le groupe de ses compagnons.
Jésus les embrasse tous du regard :
— Mes amis, je savais que je pouvais m’appuyer sur vous et je vous remercie. Je vois que vous n’avez pas oublié la parole du Vrai Berger.
Les bras écartés vers eux, le visage radieux, il dit d’un ton de conviction profonde :
— Je Suis. Je suis le pain de vie, la lumière du monde, la voie, la vérité, la vie. Maintenant, allez, mes frères. Nous nous retrouverons là-bas !
Leucate, le 20 septembre
Aujourd’hui, je suis allée acheter un cahier, très gros, le plus épais possible ai-je demandé au papetier, presque en m’excusant. J’ai cru devoir ajouter que c’était pour recopier des recettes de cuisine, que la Catalane me plaisait beaucoup, que je voulais en faire profiter mes amis en revenant à Paris.
Pourquoi ne lui ai-je pas dit tout simplement que l’envie d’écrire m’avait repris soudain, après un silence de près de trente ans ?
Le papetier a souri, a fouillé sur une étagère en maugréant. Il m’a semblé comprendre que la rentrée des classes passée, il ne lui restait pas grand-chose en stock. Mais quelques instants plus tard, il a extrait d’une pile de cahiers plus minces celui-ci qu’il m’a tendu gentiment en demandant s’il convenait. Il répondait parfaitement à mon attente.
La couverture est bleu roi, unie, lisse, brillante. C’est un bel objet, avec des lignes imprimées en noir, qui donne envie de coucher sur le papier des foules de choses.
Maintenant, je rédige. Je me suis installée sur la terrasse près de la piscine, à l’abri des lauriers-roses. Dans le crépuscule, leur fragrance se libère pleinement et fusionne avec le doux vent marin qui annonce déjà l’automne.
Ce soir, je n’ai rien à raconter. C’est juste pour le plaisir d’écrire, comme ça, gratuitement, pour rien. Pour dire simplement que c’est la fin de l’été.
§ 2 — ARRIVÉE SUR TERRE
Un groupe d’hommes vient d’arriver devant la basilique Saint-Pierre. Ils piétinent, hésitent, s’éternisent, manifestement désorientés et indécis. Ils contemplent l’esplanade gigantesque d’un air perplexe. Leur regard s’attarde longuement sur les innombrables statues qui rythment la balustrade supérieure des colonnades dont est ceinte la place.
Il a plu violemment la nuit dernière. Une pluie chaude et orageuse d’été. Le ciel en a gardé un moucheté de nuages floconneux. Soudain, une grande éclaboussure de soleil inonde le parvis de la cathédrale. Éblouissante, la coupole, protectrice et dominatrice, resplendit dans l’air limpide.
À cette heure de midi, il y a peu de monde sur les lieux. Juste quelques touristes nonchalants, guides en main et appareils photo en bandoulière. Un peu plus tard, des ecclésiastiques, tête penchée en avant, se pressent à grands pas vers la Basilique, immédiatement suivis par une dizaine de cornettes blanches qui trottinent derrière eux.
Détournant l’obélisque qui se dresse au centre de la place, les individus s’approchent maintenant de l’escalier monumental. Dubitatifs, ils s’arrêtent devant les deux statues colossales qui encadrent les marches.
De loin, adossé à l’une des deux magnifiques fontaines, un vieillard observe d’un oeil critique et pas encore trop aviné les hommes qui ne se décident toujours pas. Marmonnant quelques paroles inaudibles à l’intention d’un chien de berger tout pelé qui se frotte contre ses jambes, il abandonne un instant son examen. Sur un petit tapis qu’il déroule avec soin, il s’assied lourdement à l’ombre de la margelle. Puis, il extrait d’une sacoche en cuir élimé une large tranche de pain et commence à la mastiquer après en avoir donné une part à son compagnon.
Ensuite, il s’intéresse à nouveau aux étrangers, le regard narquois et le sourire épanoui sur une bouche édentée. Il ricane, s’adresse à l’animal :
— Ils vont finir par avoir une insolation. Qu’est-ce qu’ils attendent donc, sacrebleu !? Le déluge, la fin des temps ?
Il mord des quelques chicots qu’il lui reste son ultime morceau de mie, recrache d’un puissant jet de salive la croûte collée à son palais, éructe d’une mine satisfaite et sort un litron de rouge qu’il boit à longues goulées gourmandes.
L’un des hommes s’extrait du groupe, se dirige justement vers lui d’un pas alerte. Grand, la trentaine, en costume de ville d’alpaga gris de la dernière mode, élégant de la cravate aux chaussures, il masque sous un aspect cordial des manières un peu empruntées. Des cheveux blonds cuivrés ondulent sur ses épaules. Un regard bleu, franc et direct, contraste avec un teint pâle malgré des traits bien marqués, un nez légèrement aquilin et des pommettes saillantes. Il inspire à l’ancien une impression bizarre, indéfinissable. De venir d’ailleurs. Avec pourtant un air de déjà vu.
Il stoppe devant le clochard qui range précipitamment derrière lui la précieuse bouteille. Il lui demande, d’une voix un peu guindée :
— Bonjour, noble vieillard. Est-ce bien ici le Vatican ?
L’homme, s’il n’était pas assis, en tomberait à la renverse. Il balbutie de surprise :
— Ben, oui... Vous y êtes, au Vatican. Cela ne se voit pas ?
D’un mouvement possessif, un bras circulaire englobe en même temps la Basilique Saint-Pierre, la chapelle Sixtine, les colonnades du Bernin.
Jésus, le sourire enjôleur flottant sur ses lèvres, répond en indiquant d’un geste ses compagnons qui le rejoignent à présent :
— Nous sommes en quelque sorte des étrangers, pardonnez-nous notre ignorance. Nous voulons voir le Saint-Père maintenant. Où doit-on s’adresser ?
Pour gagner du temps et masquer le fou rire qui le conquiert, le vieil homme se met à genoux, puis péniblement se lève, s’aidant d’une canne posée sur le sol.
— Mes bons messieurs. Je ne suis pas sûr que vous puissiez rencontrer le Pape aussi facilement que cela. Faut demander audience !
D’une voix en train de muer, à moins que ce ne soit de joie, il pointe du doigt en direction des appartements, plus précisément vers une fenêtre :
— Ici, le dimanche, à l’angélus de midi, on peut le voir souvent. Mais pour un entretien, on doit se rendre à la Préfecture de la Maison Pontificale, là-bas. De nouveau, un signe du menton indique la direction.
Le bonhomme est maintenant intarissable.
— Ils vous donneront un ticket. Mais c’est ouvert le lundi et le mardi. Et aujourd’hui, on est vendredi. Vous n’avez aucune chance, à moins de rencontrer les secrétaires. Et encore !
De les voir tous comme cela, aussi désorientés malgré leurs allures de seigneurs, il en pisserait dans sa culotte, s’il ne se retenait pas. Mais on a beau être de la cloche, on n’a pas moins de l’éducation !
Les hommes, indifférents de l’émoi qu’ils suscitent chez leur interlocuteur, l’entourent maintenant en souriant. Celui aux cheveux blonds, qui a l’air d’être le chef, précise avant de s’éloigner :
— Nous vous remercions de vos renseignements, noble vieillard. Voyez-vous, il est impératif que nous rencontrions le Pape, car je suis Jésus et voici mes apôtres !
D’un coup, les yeux du clochard s’emplissent de larmes. Maintenant, il pleure. Il avale de travers la dernière miette restée coincée entre deux chicots. Une toux irrépressible l’envahit et le secoue en grandes vagues nerveuses. Les mains crispées sur sa poitrine, le buste courbé en deux, il prononce d’une voix rauque, à peine audible :
— Si vous êtes Jésus, moi je suis le Pape !
Puis il ramasse ses affaires, et toujours plié en deux, s’éloigne en zigzaguant, plantant là les hommes qui le regardent partir, un peu interdits.
Jésus se tourne vers ses compagnons.
— Ne nous laissons pas impressionner. Je crois qu’il va nous falloir une certaine période d’adaptation. Mais qui sera de courte durée, j’en suis sûr.
Pierre, carrément agacé, grogne :
— Nous avons réussi à convaincre de ta divinité des gens qui n’avaient jamais entendu parler de toi. Mais ici même, ne pas être crédible est impensable !
Jésus émet un petit rire rassurant :
— C’est un pauvre ère. Il faut lui pardonner. Entrons à présent.
Maintenant au pas de charge, les apôtres pénètrent à l’intérieur du lieu que le vieillard leur a indiqué, jetant au passage un coup d’oeil curieux au planisphère de la galerie des Cartes.
Après avoir erré longtemps dans des couloirs aux dorures et aux fresques somptueuses, et demandé à plusieurs reprises le chemin de la Secrétairerie à des prêtres les bras chargés de dossiers, ils arrivent enfin au bureau désigné.
Là, deux autres hommes d’Église installés dans la gloire sereine de leur fonction, lisent des revues d’une prunelle terne et les annotent de temps à autre d’une écriture appliquée.
Jésus, qui s’est légèrement détaché de ses compagnons, attend patiemment que l’un lui prête attention, ce qui pour le moment n’est pas encore le cas. Il règne dans la pièce aux boiseries précieuses une atmosphère lourde de silence et de poussière.
Après avoir conversé longuement au téléphone à voix basse, un des deux lève un regard apathique vers Jésus, et l’interroge sur l’objet de sa visite. Puis, quand il le sait, allègue d’une voix onctueuse, mais d’un ton qui ne souffre pas de réplique :
— Sa Sainteté ne donne audience que les mercredis !
Jésus hésite à décliner ou pas son identité et celles de ses compagnons. Il décide que non, pour le moment. Mais il insiste toutefois, en martelant ses paroles :
— Il est impératif qu’il nous accorde une entrevue. Maintenant. C’est crucial !
L’ecclésiastique frémit d’indignation :
— Impossible ! Mais si vous y tenez, vous pouvez faire une demande écrite. Je vous préviens, j’ignore quand vous serez reçus.
Jésus sourit légèrement, pour ne pas se fâcher.
— Puisque c’est ainsi ! Donnez-moi ce qu’il faut pour cela.
L’homme lui remet nonchalamment des formulaires à compléter, en précisant bien à l’attention des compagnons qui entourent Jésus :
— Établissez une demande par personne. Nous sommes très pointilleux quant aux procédures !
Tour à tour, les treize apôtres remplissent avec application les documents, partagés entre l’exaspération et le rire. Très sérieusement, Jésus, après avoir collecté les feuillets, les classe par ordre alphabétique puis les tend au prêtre. Celui-ci, de nouveau plongé dans le déchiffrage d’une publication en latin, est en train de marquer au stabilo vert des passages entiers. Il termine avec zèle sa tache, puis relève la tête vers Jésus, le regard maussade. Il lit à haute voix, fiche par fiche, d’un ton monocorde :
— André, Barthélemy, Jacques le Majeur, Jacques le Mineur, Jean, Jésus, Jude, Matthieu, Paul, Philippe, Simon, Simon dit Pierre, Thomas.
Il dénombre d’un oeil rapide les individus qui se tiennent devant lui, vérifie ses papiers et lance :
— C’est bon, le compte y est ! Mais vous n’avez pas inscrit vos noms de famille.
Jésus sourit :
— Est-ce bien utile ?
Puis le prête examine à nouveau les fiches, les hommes, puis encore les fiches, la mine perplexe. L’imprécision qui marque ses traits se fige soudain. Ses prunelles s’éclairent d’une lueur de stupéfaction, s’attardent un instant sur Jésus, fouillent les visages des compagnons qui l’entourent.
Mais l’étincelle de vie s’éteint de nouveau dans l’oeil du prêtre.
— Vous pouvez partir maintenant, Messieurs, je transmettrai vos demandes au Saint-Père.
Il attend une minute que les hommes sortent, hausse imperceptiblement les épaules, puis jette d’un geste las les fiches dans la corbeille à papier sous son bureau, en grommelant de colère d’avoir été ainsi dérangé dans sa noble tâche.
Leucate, le 28 septembre
Je viens de boucler mes bagages. Nous rentrons à Paris demain. Jean-Jacques est allé promener la chienne, excitée comme d’habitude à la vue des valises. Elle les a reniflées sur toutes les coutures. Pour un peu, elle se faufilerait à l’intérieur. Elle a toujours cet air inquiet au moment du départ. Elle craint qu’on l’oublie. Alors, elle fait la folle, aboie, a des caprices.
Les chats sont autant nerveux, tous les trois. Eux s’y sont installés à l’intérieur des valises. Il a fallu les chasser pour y mettre les affaires. Aucun ne ronronne. Ils prennent leur mal en patience, à l’affût, curieux. Ils en oublient de réclamer leur nourriture. Le départ les préoccupe également.
En attendant la nuit, et le retour de mon mari et de la chienne, j’ai ouvert le cahier commencé il y a quelques jours.
Aussi contente d’arriver en Languedoc il y a quelques semaines, que de rentrer à Paris ! Ces vacances ont été cette année comme toutes les autres années, tranquilles, comme elles se seront sans doute l’an prochain. Nous avons revu nos amis de Perpignan. Je n’ai plus rien à dire.
Si, cela me revient ! Il y a eu quelque chose de particulier cette année. Je l’écris, car plus j’y pense, plus je me demande si ce n’est pas pour cette raison que j’ai acheté ce cahier. Si ce n’est pas ce qui justifie cette folle envie de rédiger.
La sphère bleu-turquoise que j’ai vue passer dans le ciel, qui m’a tant intriguée le soir du 14 juillet, je l’ai oubliée, sur le moment. Pas longtemps. Le lendemain, j’écoutais la radio, je me procurais les quotidiens locaux et nationaux. Rien. Aucun journaliste n’en a fait état. Renseignements pris, on m’a suggéré qu’il s’agissait sûrement d’un ballon-sonde. Mais un ballon-sonde peut-il maîtriser sa vitesse ?
Bernard n’aurait pas confirmé mes dires, je croirais avoir rêvé. Mais je n’ai pas rêvé. Je le sais. Cette vision me tarabuste l’esprit. Peut-être qu’en la consignant par écrit, je l’oublierai.
J’entends la chienne aboyer au loin. Je referme mon cahier.
§ 3 – AU VATICAN
Jésus laisse peser son regard sur Simon, puis dit d’un ton sarcastique :
— Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église et je te donnerai les clés du royaume des Cieux. Te souviens-tu de ces paroles ?
Pressentant un orage, Pierre répond, dans un sourire pénible et contracté :
— Bien sûr, Seigneur, je m’en rappelle. Comment aurais-je pu oublier ? Mais j’entends un reproche au fond de ta voix. Qu’y a-t-il ?
Jésus, d’un geste large de la main qui englobe tout l’intérieur de la Basilique, lance brièvement :
— La voici, mon Église ! Ai-je besoin de tant de luxe ? Crois-tu que l’immensité de ce sanctuaire incite les fidèles à prier ?
Pierre ne sait comment aborder la colère qui monte en Jésus. D’un ton mitigé, il rétorque, en baissant la voix :
— C’est pourtant un authentique lieu de culte. Je pense que les architectes ont voulu impressionner tes ouailles en matérialisant d’une façon si somptueuse le pouvoir de mes successeurs. Mais c’est également reconnaître ta Gloire en créant des oeuvres aussi magnifiques !
Jésus, la mine renfrognée, regarde d’un oeil désapprobateur les innombrables chefs-d’oeuvre qui sont exposés dans la nef. Pendant un moment, les deux hommes n’ont plus rien à se dire. Les laissant seuls face à face, par prudence plus que par discrétion — ils se souviennent comme si c’était hier de Jésus chassant les marchands du Temple — les apôtres se dispersent dans l’église.
D’un pas nerveux, Jésus s’éloigne de Pierre, se dirige vers une chapelle latérale dans laquelle se trouve un groupe de statues en carrare qu’il a repérées en arrivant. Il lit « La Pietà » de Michel-Ange — 1500. Il s’en approche aussi près que possible, la contemple longuement. La douceur qui émane de la femme n’a bientôt d’égale que celle de Jésus qui semble du coup avoir oublié l’objet de sa colère. Il ne peut arracher son regard du visage de marbre. Dans un sourire fervent, Jésus murmure « Marie ».
Puis lentement, il revient vers Pierre. Celui-ci est en train d’examiner avec attention le maître-autel, érigé sur sa tombe, surmonté d’un fastueux baldaquin de bronze. Au-dessus, la lumière entre à flots par la vitre dorée d’une fenêtre couronnée d’une colombe.
La tension qui régnait entre les deux hommes s’est envolée. Jésus dit à Pierre, sans colère apparente, mais d’une voix résolue :
— Viens avec moi. J’ai une idée.
Jésus pénètre à l’intérieur de la chapelle Sixtine, suivi par Pierre qui marche dans ses pas, un peu inquiet sur ses intentions. Ils en font lentement le tour, s’attardent longuement devant les fresques des parois latérales signées par les noms prestigieux des plus grands artistes du 15e et 16e siècle — Botticelli, le Pérugin, Michel-Ange... — puis au fond de la chapelle face au Jugement Dernier.
Jésus, montrant du doigt le visage du Christ, dit en étouffant un léger rire :
— C’est moi, ici ? Je ne semble pas éprouver beaucoup de compassion pour les Saints qui m’entourent, ni de pitié pour les morts !
Pierre approuve, et cache sa curiosité sous un air absent. Car il s’attend à quelque chose d’importance, le regard décidé et tant aimé de Jésus ne le trompe pas.
Jésus entraîne à présent derrière lui au pas de course les apôtres qui patientaient au coeur de la basilique, et sortent sur le parvis.
Le soir est maintenant en train de tomber, dans une grande éclaboussure d’or et de rose. Le marbre pâle de la cathédrale et des palais se pare de pourpre, l’eau des fontaines s’embrase, l’obélisque du centre de la place flambe.
Indifférent à la beauté du crépuscule, Jésus vérifie si tous ses amis sont bien là. Non, il en manque un, Thomas, comme toujours. Il envoie Matthieu le chercher à l’intérieur, et les deux compagnons reviennent quelques minutes plus tard en courant.
Le sang du coucher de soleil inonde maintenant la ville, l’emprisonne dans des lueurs vermeilles.
Jésus, soudain impatient, lance d’une voix plus haute, plus rapide et plus forte que de coutume, faisant un large geste du bras vers la Basilique,
— Mes amis, nous devons vendre tout cela !
La foudre serait tombée sur les Apôtres qu’ils n’en seraient pas plus abasourdis. Tous les regards se suspendent aux lèvres de Jésus, attendant des précisions.
Sa parole est d’une grande douceur, tout à coup.
— Si nous voulons aider les hommes, nous aurons besoin de beaucoup d’argent. Et bien, mes amis, tout ce qui est ici nous appartient de plein droit ! Nous allons mettre ces oeuvres d’art aux enchères.
