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De l’animal que j’étais à l’homme que je suis... Avant même nos premières heures de vie, nous avons tous déjà un passé. Celui de l’humanité d’abord, de son hérédité, de ses découvertes et de son histoire, qui nous plonge dans un contexte social. Mais aussi celui de nos parents, qui nous immerge, lui, dans un contexte familial. Autant d’environnements auxquels nous devons nous adapter avant de comprendre ce à quoi notre liberté nous destine. Et si j’emploie la métaphore de l’eau pour parler de la vie, je dirais que la mienne n’a pas été un long fleuve tranquille. Au gré des courants j’ai fait des rencontres, des découvertes, des expériences pour le meilleur ou pour le pire et des voyages. Au fil des berges, à la barre de ma barque, j’ai passé des épreuves en ramant péniblement, là où d’autres auraient paisiblement vogué. Les méandres ont été parfois bucoliques et pittoresques, parfois laborieux et incertains ou ponctués de chutes et de cascades rocambolesques. Certains passages en apnée m’ont fait toucher le fond, dans des abysses où la mort peut prendre la forme d’une solution et l’instinct de survie être la seule réponse. Mais de la source à l’océan, un fleuve peut-il être sans tumultes ?
À PROPOS DE L'AUTEUR
Fabien GALLIOT : J’ai toujours eu l’âme d’un voyageur, mais de tous mes voyages, le plus extraordinaire a été celui intérieur, un voyage du néant à l’infini en passant par la raison. Un parcourt semé d’embuches, de sport, de voyage, un dépôt de brevet, 25 ans de maçonnerie, une psychanalyse, deux saltos et une cabriole, une usine de jus d’ananas au Congo, un livre…
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Seitenzahl: 114
Veröffentlichungsjahr: 2020
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De l’animal que j’étais à l’homme que je suis
Avant même nos premières heures de vie, nous avons tous déjà un passé. Celui de l’humanité d’abord, de son hérédité, de ses découvertes et de son histoire, qui nous plonge dans un contexte social. Mais aussi celui de nos parents, qui nous immerge, lui, dans un contexte familial. Autant d’environnements auxquels nous devons nous adapter avant de comprendre ce à quoi notre liberté nous destine.
Et si j’emploie la métaphore de l’eau pour parler de la vie, je dirais que la mienne n’a pas été un long fleuve tranquille.
Au gré des courants j’ai fait des rencontres, des découvertes, des expériences pour le meilleur ou pour le pire et des voyages. Au fil des berges, à la barre de ma barque, j’ai passé des épreuves en ramant péniblement, là où d’autres auraient paisiblement vogué. Les méandres ont été parfois bucoliques et pittoresques, parfois laborieux et incertains ou ponctués de chutes et de cascades rocambolesques. Certains passages en apnée m’ont fait toucher le fond, dans des abysses où la mort peut prendre la forme d’une solution et l’instinct de survie être la seule réponse.
Mais de la source à l’océan, un fleuve peut-il être sans tumultes ?
Je me souviens de ces accidents de voiture, de ces bagarres, de ces élucubrations débiles et de ces paroles blessantes envers des personnes qui ne les méritaient pas. Paroles régurgitées et dictées par ma colère et ma haine. Bien qu’alarmantes, toutes ces situations, conflictuelles, destructrices, regrettables ou dégradantes, restaient impuissantes face à l’emprise de l’alcool, mais elles m’ont fait prendre peu à peu conscience d’une maladie.
Et puis enfin, entre deux tourbillons, une force capable de créer un courant ascendant : l’amour, qui m’entraîne à la surface de ce lac calme où les moments de bonheur se succèdent contre vents et marées.
Cette force qui, à l’âge de 27 ans, me donne la volonté d’effectuer une cure de désintoxication. Pendant treize ans, le bonheur parfume ma vie, mais les relents du passé me rattrapent. La surface de l’eau s’est ridée et les rapides sont arrivés plus vite que prévu. Ils m’ont replongé dans les profondeurs, entraînant avec moi, cette fois-ci, ma femme et mes deux enfants.
Alors pour arrêter de boire à nouveau, j’ai tenté d’espacer les prises d’alcool. Autant d’échecs qui ont accru ma colère. Une colère que j’ai déversée sur ma femme, une violence verbale qui n’allait pas encore jusqu’aux coups, mais qui en prenait le chemin. Je pouvais tenir quatre ou cinq jours sans boire, mais lorsque l’appel impérieux de l’alcool était plus fort que ma volonté, pour minimiser les risques auprès de ma famille, je partais pour boire.
Poussé par ma femme, miné par ma difficulté à supporter les rires et les joies de mes enfants qui me rappelaient cruellement ce que je n’avais pas eu, j’ai décidé de consul-ter un psychologue : sans résultats. J’ai ensuite fait appel à un magnétiseur à distance qu’un proche m’avait conseil-lé : sans résultats. J’ai rencontré une hypnotiseuse : sans résultats. Ma nièce m’a de nouveau orienté vers un magnétiseur dont le travail avait eu des effets positifs sur elle. Trois séances : sans résultats (même si j’ai vécu grâce à lui une expérience intéressante, j’y reviendrai). Pour finir, j’ai consulté encore deux psychologues, dont une travaillait dans un centre spécialisé autour de l’addiction : sans résultats (même si, là encore, un petit déclic est survenu pendant un entretien avec le médecin du centre).
Après ces vaines tentatives, il m’a finalement semblé que la seule solution pour sortir des griffes de l’enfer serait de mettre mon passé noir sur blanc, pas à pas : afin de l’étudier, de le regarder en face, d’accepter mes actes et de me reconstruire au fur et à mesure que je supprimerais ce qui ne m’appartenait pas.
Malheureusement, connaître et comprendre le passé ne suffit pas à effacer les réseaux neuronaux que notre cerveau a construits pour se protéger.
Pour ne pas disloquer ma famille par un divorce, pour arrêter de me détruire à petit feu, j’ai effacé les pensées contradictoires et les croyances limitantes. Mais ce n’était toujours pas suffisant, le plus dur restait à faire : com-battre mes peurs. Autant de programmations mentales qui nous interdisent toute cohérence.
Mes peurs anéanties ainsi que l’imbroglio de réseaux neuronaux qui m’enlisait, un vent de liberté m’envahit. Poussé par un élan de victoires, j’ai continué à descendre plus profondément dans mon intériorité. Je suis comme le témoin d’un accident : je raconte ce que j’ai vu en moi, ce que j’ai vécu, je n’ai pas de preuve à apporter. De plus, notre vérité est la seule vérité et elle n’est pas exportable : dès que nous la confrontons à une autre vérité, elle cesse d’être.
Néanmoins, je trouve curieux, voire paradoxal, que notre vérité, dont découle notre chemin de vie, soit différente pour chacun, mais que nos routes convergent vers le même point : l’évolution de l’homme ?
Encore faut-il être sur la bonne route, que cette vérité nous colle à la peau. Certains, comme moi, se sont efforcés de se construire une vérité, bout de ficelle après bout de ficelle, dès notre jeune âge, afin de se définir. Cette construction renforcée par le fonctionnement de notre société où nous sommes divisés, conduit à nous desservir et à détruire la cohésion sociale.
Je tentais désespérément de savoir pourquoi j’avais be-soin d’alcool. J’ai fini par trouver qui était-ce « je ». Le vent de liberté insufflé par le vide qui est devenu ma principale consistance s’est peu à peu rempli d’une philosophie.
Une philosophie qui détourne la fameuse question shakespearienne : ce n’est plus « être ou ne pas être ? », mais bien « être et ne pas être » et comment y parvenir.
Et finalement, pour moi comme pour tous ceux qui sont allés au bout du parcours qui est celui du combat contre la mort et au-delà, une spiritualité à naturellement émergée.
Ce livre raconte le voyage que j’ai parcouru depuis le néant jusqu’à la résurrection, en passant par la raison, les deux ans qui se sont écoulés durant lesquels ce voyage intérieur a changé ma vie…
… Mais pour la blague, disons que c’est aussi l’histoire de Jacques Daniel Purgatorius… qui rencontra la déesse Chivas et qui, verre après verre de spiritueux, prit de la bouteille et devint à 50 ans d’âge, spirituel.
Je me rappelle, enfant, entre 5 et 8 ans, m’être dit : « Plus tard, je serai heureux. »
Cette phrase m’est restée gravée à la manière d’un rendez-vous à ne pas manquer. Mais en fait, il y a eu deux rendez-vous. Le premier, pendant ma cure, à l’instant où mon compagnon de chambrée me dit, après le récit de ma vie : « Tu es né pour recoller les morceaux ».
À cet instant, j’ai eu la sensation de me réveiller après des années d’hibernation, comme si je reprenais conscience après un choc. J’ai vu défiler les scènes où je me sentais obligé de minimiser les disputes entre deux personnes par des effets comiques ou autres stratagèmes. Je m’entends dire : « Ah, c’est pour ça… », comme si je venais de comprendre le caractère involontaire et irrationnel de ma façon d’agir dans ces situations.
« Tu es né pour recoller les morceaux » était le mot de passe qui m’a permis alors d’accéder à une mémoire codée dans laquelle étaient stockées toutes les situations en relation avec la mission de recoller les morceaux. Le défilement de ces images est le résultat de la prise de conscience de cette mission. Une part importante du poids que j’avais sur les épaules disparaissait : je me suis senti, en toute honnêteté, physiquement plus léger. Mais je suis sorti de cure avec la peur de replonger dans l’alcool. Chose faite, j’ai compris des années plus tard que cette peur était liée à la raison pour laquelle je devais recoller les morceaux.
Ce fut le second rendez-vous, qui a eu lieu lorsque j’avais 46 ans (six ans après m’être remis à boire) quand, bloc-notes et stylo en main, je me suis décidé à questionner ma mère sur ma préhistoire familiale. En mourant, mon père avait emporté avec lui tous les tabous : elle pouvait alors m’expliquer les mécanismes invisibles pour un jeune enfant que sont les responsabilités d’adultes ainsi que les méandres parcourus. Immergé dans le grand récit familial, je commençais à mettre des mots sur mes problèmes. Des mots qui m’aidaient à comprendre le contexte avant ma naissance et jusqu’à mes premiers souvenirs. J’ai alors pu écrire les premières lignes de mon passé.
Quelques pages séparent mes contacts avec les guérisseurs de la goutte de bière qui a fini par faire déborder le tonneau. Ce que je n’avais pas dit au médecin du centre d’addiction au sujet de ma consommation d’alcool, c’est qu’une fois tous les quinze jours environ, je ne pouvais pas m’empêcher de m’empiffrer la gueule avec la volonté farouche de boire la mer entière. Un soir, au bar du village, exécrable, je me suis fait virer manu militari. Le surlendemain, avec mon billet d’avion acheté quelques jours auparavant et une honte immense, je m’envolais pour l’Islande avec la volonté de mener, contre l’alcool, une bataille de plus.
J’adore la géologie. Je m’y suis senti comme un gamin dans un parc d’attractions géant, donc dans un lieu propice à occuper mes pensées. Le besoin d’alcool était toujours là. Mais chaque fois qu’il remontait du fond de mes entrailles, il était accompagné de la honte du soir béni où je m’étais fait virer du bar. Au bout de trois semaines de voyage, ce sentiment de honte et le fait d’être sans cesse face à des images de toute beauté ont fini par achever mon sevrage alcoolique. Je ne raconterai pas la lutte physique et psychique. Contrairement à ma cure, cette fois mon sevrage a eu lieu sans l’assistance des psychologues ni piqûres de magnésium pour compenser le manque.
De retour d’Islande et sorti des brumes d’alcool, j’ai pris mon courage à quatre mains, non pas parce que je suis allé chercher de l’aide, mais parce que faire ressurgir les mémoires douloureuses enfouies dans notre mémoire codée demande beaucoup de courage. Je ne dis pas ça par prétention, mais bien pour sensibiliser les personnes qui ont dans leur entourage des êtres chers qui consomment des drogues. Pour leur dire combien il est difficile de s’en sortir. Je sais bien que l’indulgence, la patience et la compréhension ont des limites et que c’est également difficile pour les proches, mais ils doivent savoir qu’un alcoolique a conscience des dégâts qu’il s’inflige et qu’il inflige à ceux qu’il aime. D’ailleurs, cette conscience participe à la descente aux enfers, parce que comprendre la nécessité de se défaire de l’alcool n’apporte ni la solution ni le moyen pour y arriver.
Les mémoires : spatiale, épisodique, perceptive, sémantique et nos mémoires, à court ou à long terme, nous permettent en général, via des chemins neuronaux, d’accéder à notre banque de données, c’est-à-dire à la somme des in-formations stockées. Par exemple : nous rencontrons une personne, la mémoire perceptive va enregistrer son visage et lors de notre prochaine rencontre, nous nous rappellerons de son visage. Parce que ces images ont été gravées de manière consciente. J’appelle « mémoire codée » cette banque de données inaccessible sans la conscience de la cause qui a obligé à enfouir ces données. Je l’appelle codée, car les données qui sont inscrites, le sont de manière in-consciente.
Le code peut prendre la forme d’une phrase courte – notre cerveau ne comprend pas les laïus – comme « Tu es né pour recoller les morceaux » ou une métaphore, une image. À chacun son cerveau, à chacun son codage.
J’ai donc pris mon courage à quatre mains et j’ai terminé d’écrire mon autobiographie.
En relisant le récit de la vie de mes parents avant ma naissance, il m’est apparu évident que l’harmonie ne pouvait pas régner. Passons les détails, mais si mon père était resté avec ma mère, c’était parce qu’il ne pouvait pas assumer, seul, les dettes qu’il avait accumulé.
Une situation de couple conflictuelle, un enfant déjà en garde chez ses grands-parents, des dettes… effectivement, ce n’était pas le moment de naître. Il faut dire aussi qu’à cette époque, les moyens de contraception n’étaient pas ceux d’aujourd’hui. Ma mère avait avorté une première fois, avant la naissance de mon frère, et renouveler l’expérience eût été dangereux pour elle… et je ne vous dis pas pour moi.
Mais en aparté, même si un reste, un soupçon d’amour véritable liaient ces deux êtres malgré la foudre qui s’était abattue sur eux et que le désir est une puissante libération d’hormone dictée par un instinct animal (le préservatif existait déjà). Il est quand même impensable pour eux, dans ce contexte, auquel se rajoute l’aspect financier, d’avoir un deuxième enfant. Comment est-il alors possible de commettre l’irréparable ?
Jusqu’à ce que j’arrive à la conclusion de ma psychanalyse, je n’ai pas pu m’empêcher de me demander quelle force avait bien pu pousser mes parents à me permettre de vivre.
Quoi qu’il en soit, écrire ma biographie a facilité mon analyse, a stimulé mes différentes mémoires et m’a apporté l’objectivité. Se mentir et l’afficher noir sur blanc relève de la schizophrénie. Écrire m’a permis de comprendre pourquoi mes parents ne vivaient pas en harmonie. Pourquoi ils n’avaient pas de temps à me consacrer. Pourquoi mon frère et moi étions séparés…
Et avec cette compréhension, j’ai pu pardonner.
Le pardon est une étape essentielle qui permet d’effacer le mélange d’émotions telle la colère et toutes sortes de ressentis, telle l’injustice de vivre dans un monde effrayant. Le pardon coupe les chaînes qui nous ancrent au passé. Alimenter notre colère demande de l’énergie ; pardonner, c’est pouvoir engager cette énergie dans le combat de nos peurs. Car écrire ne suffit pas.
