Retour de l'U.R.S.S. - André Gide - E-Book

Retour de l'U.R.S.S. E-Book

André Gide

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Beschreibung

Retour de l'U.R.S.S. est un récit de voyage d'André Gide. Il s'intéresse au communisme et s'enthousiasme pour l'expérience soviétique. Il est particulièrement actif dans divers cercles antifascistes. En 1936, les autorités soviétiques l'invitent en URSS. Accompagné de quelques proches, il accepte de partir. Arrivé le 14 juin 1936 à Moscou, quatre jours avant les funérailles de Maxime Gorki, André Gide prononce le 18 juin sur la place Rouge un éloge funèbre de l'écrivain officiel du régime. Il rend visite entre autres à Nikolaï Ostrovski et ne cache pas l'admiration que suscite en lui la personnalité du jeune écrivain. Ses illusions tombent : au lieu de l'homme nouveau, il ne trouve que le totalitarisme. Il accepte progressivement l'amère déception que partagent ses compagnons et publie son témoignage la même année.

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Veröffentlichungsjahr: 2022

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André Gide

Retour de l'U.R.S.S.

e-artnow, 2022 Contact: [email protected]

Table of Contents

Avant-Propos
Appendice
I. Discours Prononcé sur la Place Rouge a Moscou pour les Funérailles de Maxime Gorki
II. Discours aux Étudiants de Moscou
III. Discours aux Gens de Lettres de Léningrad
IV. La Lutte Anti-Religieuse
V. Ostrovski
VI. Un Kolkhose
VII. Bolchevo
VIII. Les Besprizornis
A LA MÉMOIRE DE

EUGÈNE DABIT

JE DÉDIE CES PAGES, REFLETS DE CE QUE J'AI VÉCU ET PENSÉ PRÈS DE LUI,

L'hymne homérique à Déméter raconte que la grande déesse, dans sa course errante à la recherche de sa fille, vint à la Cour de Kéléos. Là, nul ne reconnaissait, sous les traits empruntés d'une niania, la déesse; la garde d'un enfant dernier-né lui fut confiée par la reine Métaneire, du petit Démophoôn qui devint plus tard Triptolème, l'initiateur des travaux des champs.

Toutes portes closes, le soir et tandis que la maison dormait, Déméter prenait Démophoôn, l'enlevait de son berceau douillet et, avec une apparente cruauté, mais en réalité guidée par un immense amour et désireuse d'amener jusqu'à la divinité l'enfant, l'étendait nu sur un ardent lit de braises. J'imagine la grande Déméter penchée, comme sur l'humanité future, sur ce nourrisson radieux. Il supporte l'ardeur des charbons, et cette épreuve le fortifie. En lui, je ne sais quoi de surhumain se prépare, de robuste et d'inespérément glorieux. Ah! que ne put Démeter poursuivre jusqu'au bout sa tentative hardie et mener à bien son défi! Mais Métaneire inquiète, raconte la légende, fit irruption dans la chambre de l'expérience, faussement guidée par une maternelle crainte, repoussa la déesse et tout le surhumain qui se forgeait, écarta les braises et, pour sauver l'enfant, perdit le dieu.

AVANT-PROPOS

Table des matières

J'ai déclaré, il y a trois ans, mon admiration pour l'U.R.S.S., et mon amour. Là-bas une expérience sans précédents était tentée qui nous gonflait le coeur d'espérance et d'où nous attendions un immense progrès, un élan capable d'entraîner l'humanité tout entière. Pour assister à ce renouveau, certes il vaut la peine de vivre, pensais-je, et de donner sa vie pour y aider. Dans nos coeurs et dans nos esprits nous attachions résolument au glorieux destin de l'U.R.S.S. l'avenir même de la culture; nous l'avons maintes fois répété. Nous voudrions pouvoir le dire encore. Déjà, avant d'y aller voir, de récentes décisions qui semblaient dénoter un changement d'orientation ne laissaient pas de nous inquiéter.

J'écrivais alors (Octobre 1935):

«C'est aussi, c'est beaucoup la bêtise et la malhonnêteté des attaques contre l'U.R.S.S. qui font qu'aujourd'hui nous mettons quelque obstination à la défendre. Eux, les aboyeurs, vont commencer à l'approuver lorsque précisément nous cesserons de le faire; car ce qu'ils approuveront ce seront ses compromissions, ses transigeances et qui feront dire aux autres: «Vous voyez bien!» mais par où elle s'écartera du but que d'abord elle poursuivait. Puisse notre regard, en restant fixé sur ce but, ne point être amené, par là même, à se détourner de l'U.R.S.S.» (N. R. F. Mars 1936.)

Pourtant, jusqu'à plus ample informé m'entêtant dans la confiance et préférant douter de mon propre jugement, quatre jours après mon arrivée à Moscou je déclarais encore dans mon discours sur la Place Rouge, à l'occasion des funérailles de Gorki: «Le sort de la culture est lié dans nos esprits au destin même de l'U.R.S.S. Nous la défendrons.»

J'ai toujours professé que le désir de demeurer constant avec soi-même comportait trop souvent un risque d'insincérité; et j'estime que s'il importe d'être sincère c'est bien lorsque la foi d'un grand nombre, avec la nôtre propre, est engagée.

Si je me suis trompé d'abord, le mieux est de reconnaître au plus tôt mon erreur; car je suis responsable, ici, de ceux que cette erreur entraîne. Il n'y a pas, en ce cas, amour-propre qui tienne; et du reste j'en ai fort peu. Il y a des choses plus importantes à mes yeux que moi-même; plus importantes que l'U.R.S.S.: c'est l'humanité, c'est son destin, c'est sa culture.

Mais m'étais-je trompé tout d'abord? Ceux qui ont suivi l'évolution de l'U.R.S.S. depuis à peine un peu plus d'un an, diront si c'est moi qui ai changé ou si ce n'est pas l'U.R.S.S. Et par: l'U.R.S.S. j'entends celui qui la dirige.

D'autres plus compétents que moi, diront si ce changement d'orientation n'est peut-être qu'apparent et si ce qui nous apparaît comme une dérogation n'est pas une conséquence fatale de certaines dispositions antérieures.

L'U.R.S.S. est «en construction», il importe de se le redire sans cesse. Et de là l'exceptionnel intérêt d'un séjour sur cette immense terre en gésine: il semble qu'on y assiste à la parturition du futur.

Il y a là-bas du bon et du mauvais; je devrais dire: de l'excellent et du pire. L'excellent fut obtenu au prix, souvent, d'un immense effort. L'effort n'a pas toujours et partout obtenu ce qu'il prétendait obtenir. Parfois l'on peut penser: pas encore. Parfois le pire accompagne et double le meilleur; on dirait presque qu'il en est la conséquence. Et l'on passe du plus lumineux au plus sombre avec une brusquerie déconcertante. Il arrive souvent que le voyageur, selon des convictions préétablies, ne soit sensible qu'à l'un ou qu'à l'autre. Il arrive trop souvent que les amis de l'U.R.S.S. se refusent à voir le mauvais, ou du moins à le reconnaître; de sorte que, trop souvent, la vérité sur l'U.R.S.S. est dite avec haine, et le mensonge avec amour.

Or, mon esprit est ainsi fait que son plus de sévérité s'adresse à ceux que je voudrais pouvoir approuver toujours. C'est témoigner mal son amour que le borner à la louange et je pense rendre plus grand service à l'U.R.S.S. même et à la cause que pour nous elle représente, en parlant sans feinte et sans ménagement. C'est en raison même de mon admiration pour l'U.R.S.S. et pour les prodiges accomplis par elle déjà, que vont s'élever mes critiques; en raison aussi de ce que nous attendons encore d'elle; en raison surtout de ce qu'elle nous permettait d'espérer.

Qui dira ce que l'U.R.S.S. a été pour nous? Plus qu'une patrie d'élection: un exemple, un guide. Ce que nous rêvions, que nous osions à peine espérer mais à quoi tendaient nos volontés, nos forces, avait eu lieu là-bas. Il était donc une terre où l'utopie était en passe de devenir réalité. D'immenses accomplissements déjà nous emplissaient le coeur d'exigence. Le plus difficile était fait déjà, semblait-il, et nous nous aventurions joyeusement dans cette sorte d'engagement pris avec elle au nom de tous les peuples souffrants.

Jusqu'à quel point, dans une faillite, nous sentirions-nous de même engagés? Mais la seule idée d'une faillite est inadmissible.

Si certaines promesses tacites n'étaient pas tenues que fallait-il incriminer? En fallait-il tenir pour responsables les premières directives, ou plutôt les écarts mêmes, les infractions, les accommodements si motivés qu'ils fussent?...