Une feuille de papier froissée - Hélène Henry - E-Book

Une feuille de papier froissée E-Book

Hélène Henry

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Beschreibung

L'héroïne est telle une feuille de papier qui a été froissée par les accidents de la vie. Dans et par ce récit, elle retrace son parcours parfois chaotique, souvent joyeux et toujours rempli d'amour et d'amitié. Ce chemin la conduit vers son "moi" épanoui, vivant, prometteur.

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Seitenzahl: 129

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Sommaire

La page blanche

Au pays de la feuille d’érable

Au verso du papier glacé

Carnets de voyages

A l’ombre des papyrus

Un cahier tout neuf

Préambule

"On ne choisit pas ses parents", chante Maxime Le Forestier. Et si je lui donne raison, je pense aussi qu’on ne choisit pas qui on est. Je ne saurais même affirmer qu’on choisit qui on devient.

L’identité est selon le Petit Larousse le "caractère permanent et fondamental de la personne". Permanent et fondamental, deux mots forts. L'identité serait donc notre fondation, un « nous » aussi solide et immuable que la couleur des yeux, la couleur de peau, le sexe.

Je suis ma propre identité. Et ce caractère permanent induit l'idée de durée. On change son caractère, des traits de personnalité, mais pas son identité.

Je suis une jeune femme blanche d'origine caucasienne, grande, blonde, aux yeux verts ; j'ai 33 ans. Voilà à quoi je ressemble physiquement. Mais je ne veux pas occulter mon intellect, partie intégrante de mon identité. Issue d'une famille simple et aimante, je suis construite sur des valeurs de travail, de respect, d’entraide et d’indépendance. Mes parents m’ont transmis l’esprit de famille et donné beaucoup d’amour.

L’amour, voilà le vif du sujet. J’ai vécu une enfance baignée de l’amour de mes parents et de mon entourage. Les câlins, les attentions, la volonté de me combler, d'accompagner mon accomplissement, l'ouverture d'esprit, l'altruisme ont fait de moi un être plein de vie et avide de bonheur.

Toutes ces choses sont inscrites en moi, depuis ma venue au monde. En théorie, rien de tout cela ne saurait se discuter. Pourtant, cette question me revient toujours : qui je suis ? Quelle personne souhaiterais-je devenir ?

Si ces interrogations habitent nombre d’individus, je sais que certaines personnes avancent dans la vie sans jamais trop y réfléchir ; elles ne semblent pas se demander qui elles sont réellement, profondément, ni connaître la terrible sensation de se perdre soi-même.

Plus sûrement encore que de savoir qui je suis, je m’inquiète de savoir pourquoi je suis telle que je suis. Interpréter mes réactions spontanées, analyser mes comportements, me remettre en question, chercher à me comprendre, à me définir, identifier ce qui relève de mes actes et ce qui relève de mon « moi » profond, je passe la plus grande partie de mon temps à songer, analyser, réfléchir, tenter de comprendre tout ce que je vis et ressens. Cette recherche permanente peut sembler vaine, mais je suis cette personne pleine de questions.

Par ce livre, je souhaite apporter quelques réponses. Je crois qu’à travers mon histoire, je peux approcher cette vérité qui me hante et se cache à mes yeux.

Ecrire m’a permis d’apprendre sur moi-même ; lire vous permettra de mieux me connaître et de toujours m’aimer. Ecrire m’a aidée à commencer à comprendre quel est mon chemin ; lire éclairera peut-être un peu le vôtre.

Hélène

La page blanche

Mes années d’enfance ont la couleur de ces premiers dimanches de décembre qui suivent la Saint-Nicolas, lorsque Margaux et Jeanne, mes petites sœurs et moi sortons du lit et, encore en pyjama, descendons de nos chambres tout excitées par la journée qui nous attend ! Nous habitons Nancy, dans une région où on néglige encore moins qu’ailleurs la tradition !

Papa est déjà dans le salon, en train de préparer les décorations de Noël qu’il a sorties du placard. Maman met le CD des chansons de Noël. Elle les aime tant, plus particulièrement « la belle nuit de Noël » qu’elle connaît par cœur. Pour moi, décorer la maison pour Noël est déjà une fête. L’approche de cette période me rend très joyeuse. Je souris sans cesse, j’aime les odeurs de biscuits à la cannelle et noix de coco, les marchés de Noël, les couleurs des guirlandes dans le noir de la nuit, la foule qui se presse pour acheter des cadeaux, le froid hivernal avec sa neige et les chaleureuses maisons où crépitent les feux de bois. Margaux et Jeanne ne sont peut-être pas aussi ferventes, mais la journée de décoration en famille demeure un moment de partage et elles se prennent au jeu bien volontiers ! Au rythme des chansons qui s’enchaînent, chacun accroche les petits personnages et les boules sur le sapin. Les pères Noël, les cloches, les photophores prennent place sur les rebords de fenêtres et les meubles. Papa s’est chargé de l’achat d’un vrai beau sapin avec des épines qui tombent au sol et diffusent leur odeur si particulière. Certaines années, il se lance dans l’illumination des sapins du jardin. Quelle agréable sensation que de rentrer chez soi dans l’éclat des ampoules multicolores qui habillent les arbres ! Une ambiance festive et chaleureuse s’installe au sein de notre foyer.

Cette période rime également avec les calendriers de l'avent que maman ne manque jamais de nous offrir et avec notre fameux « après-midi gâteaux » où toute la famille de maman se rassemble pour confectionner les biscuits de Noël, un vrai bonheur fait de discussions, de rires et d’odeurs sucrées. Ainsi, pendant un mois, chaque soir devant la télévision, nous pouvons déguster ces petites douceurs.

Je n’oublie évidemment pas la journée « cousinade avec Mémé Christiane », une journée entière qu’avec ses huit autres petits-enfants je passe avec ma grand-mère. Tous ensemble, nous choisissons nos cadeaux de Noël. Je sais qu’elle est heureuse de nous offrir quelque chose qui nous plait, mais surtout de vivre un moment très spécial avec nous.

...

Avec le mois de mars s’ouvre la période pendant laquelle mes parents se lancent dans la planification des vacances d’été. Nous avons beaucoup voyagé, en France ou à l’étranger, parcouru des kilomètres et des kilomètres en voiture et partagé chaque fois deux semaines en famille.

J’ai appris à goûter une autre nourriture, entendre et même parler une autre langue, écouter d’autres musiques. De plages en visites, de moments de détente en temps d’apprentissages, de paysages en rencontres, j’ai nourri ma curiosité. « En voyageant, ma fille, tu t'instruis et tu ouvres ton esprit au-delà de ta réalité quotidienne. C’est important de voir plus loin que le bout de son nez. »

Les souvenirs de notre circuit dans le désert marocain sont imprimés en grandes et belles lettres : écouter la langue arabe et sa musicalité, manger un couscous bouillant par 50 degrés, dormir en bivouac, faire de la luge sur les dunes avec les Bédouins, déambuler dans le souk et se faire marchander pour une dizaine de gazelles ! Revoir ma mère tenter de prononcer les prénoms en Arabe avec un accent allemand me réjouit toujours autant.

Jeanne, encore petite, nous suit et découvre de ses yeux étonnés la beauté du monde. Dans la voiture, elle demande à chanter « La petite mandarine » et « Ne pleure pas Jeannette » pour passer le temps qui lui paraît si long. Nous avons ri à ne plus pouvoir nous arrêter en regardant Margaux chanter et danser au bord de la piscine. Entre sœurs, nous nous sommes follement amusées lors de nos escapes nocturnes avec les amis du camping. Nous avons pique-niqué sur des plages de galets corses, entourés de cochons sauvages qui ne nous empêchaient nullement de déguster tome de chèvre et charcuterie. Nous nous sommes languis devant les stands de glaces en Italie et avons dégusté une paëlla à l’encre de poulpe en Espagne. Nous avons savouré les pique-niques au parc en nous délectant de chips et de sandwichs, d’habitude exclus de notre alimentation !

...

J’ai 8 ans. Mes parents sortent ce soir et me confient à « F », le fils d’une famille très proche de la mienne. C’est « un grand ». Dans mes souvenirs, il a au moins vingt ans, mais mes parents me disent qu’il en avait à peine quinze. Mon baby-sitter est un adolescent.

Je ne sais s’il nous gardait souvent. Ce dont je me souviens, c'est de sa présence et du climat qu’il instaurait, douceur, gentillesse, aucune agressivité, aucune violence.

Un soir, nous sommes dans le salon, assis chacun dans un sofa noir, face à la télévision. Il est allongé confortablement, détendu ; il m’invite à le rejoindre. Et me voilà à ses côtés. Je n'ai pas tellement d’autre choix que de me blottir contre lui.

Nous nous installons en cuillère, comme le ferait un couple d'amoureux. Je suis baignée de tendresse. Je sens son odeur. Je la reconnaitrais encore aujourd'hui s'il se trouvait derrière moi. Il me caresse lentement les bras, me regarde presque tendrement. Il m'embrasse sur la bouche. Il prend ma main et la dirige vers son pénis. Il me le fait toucher.

Je ne dis pas non, je ne m'éloigne pas et je fais ce qu'il me demande. Je ne suis pas offusquée, mais je suis toute chose. Quelque chose se passe en moi, mais je ne sais pas bien le décrire. Aucun désir, pas d’amour, mais une proximité, une affection douce mêlée d’une sensation de mal-être.

Il est l'heure de se coucher, il me suit jusque dans ma chambre, à côté du salon. Il est proche de moi, je le sens juste là, tendre présence. Il se rapproche et touche mes parties intimes. J’éprouve une sensation humide au niveau de mon vagin. Il pose sa langue sur mon pubis. Avec mes mots d'adulte, je peux dire qu’il me fait un cunnilingus. Je suis figée dans mon lit. Je ne dis rien. Je ne réalise pas ce qu'il se passe. Je ne recule pas. Je me laisse faire. Tétanisée.

Je suis incapable de dire combien de fois et combien de temps ces agressions ont eu lieu. En revanche, je me souviens en avoir parlé à ma maman. Aussi fou que cela puisse paraître, du haut de mes 8 ans, je prends la parole. J’ai oublié les mots que j’ai employés, mais je me revois debout devant elle, dans le salon, sans pleur ni cri. Je lui parle de « F ». Je lui annonce comme une nouvelle quelconque. Je ne pense pas avoir eu l'air effondrée ou même seulement triste étant donné la réaction de ma maman.

Depuis ce jour, « F » n’est jamais revenu et ni ma mère ni mon père – est-il seulement au courant ? - ne m’en ont reparlé. Le silence a pris place dans ma vie. Les mots n’ont pas été prononcés, ceux qui disent ce que j’ai vécu comme ceux de la consolation. J'ai d’ailleurs longtemps pensé que cet épisode n’était finalement pas si important, pas si grave pour qu’on s’y intéresse, un incident banal sans grande conséquence, rien de plus. Quelle belle erreur !

Je réalise que j'ai fait preuve de courage en racontant les agissements de « F » à ma mère. J’ai conscience aussi d’avoir voulu, dans un élan d’instinct maternel, protéger ma petite sœur Margaux.

De nombreuses questions demeurent sans réponse. J’ai dû prendre les choses en main et faire les démarches pour me faire suivre psychologiquement et enfin réussir à poser les vraies questions à mes deux parents.

Toute ma jeunesse et toute mon adolescence je cache cette histoire au fond de moi. J'attends, je prends mon temps avant de consentir à des rapports sexuels avec un homme. Et lorsque je découvre ma sexualité, des questions ressurgissent. J'aime le sexe, mais je ressens beaucoup de gêne et je ne suis pas à l'aise avec mon corps. Certaines positions m’embarrassent. L’orgasme m’échappe longtemps. Je ne peux toucher ni me laisser toucher par un inconnu. Je dois établir un lien de confiance avec mon partenaire. La douceur, la tendresse doivent être au rendez-vous. Je ne suis jamais totalement sexy, je ne lâche pas prise. Je ne regarde que les beaux garçons, alors que je suis complexée. Fais-je en sorte de ne pas me rendre séduisante ? Ai-je si peur de donner ma confiance ? Suis-je capable de choisir un homme pour lui-même plutôt que pour ne pas être seule ? Suis-je capable d’être plutôt que de paraître ? Suis-je capable de prendre des décisions qui peuvent faire mal ? Mon agression a-t-elle définitivement brisé mes rêves d’amour ? Puis-je la dépasser pour m’en libérer ?

Il le faut. Je ne peux plus me meurtrir de la sorte et veux redevenir maîtresse de mes émotions et de mes relations affectives et amoureuses. À trente ans, je dois reprendre le contrôle et me reconstruire correctement. Il est encore temps.

...

Les années passent. Le monstre est tapi dans les fonds inaccessibles de ma conscience, faisant croire qu’il n’est pas là.

Mes sœurs et moi grandissons dans la sérénité des familles heureuses et sans histoire. Nous vivons dans une très belle et grande maison en ville, entourée d’un joli jardin. Nous choisissons des activités périscolaires au gré de nos inspirations : basket, natation synchronisée, danse, trois ans de rugby … Très tournés vers la culture, nos parents nous ont emmenées au cinéma, au théâtre, initiées à l’art et emmenées en voyages.

Chaque jour, de retour de l’école ou du travail, chacun vaque à ses occupations ; maman est en cuisine, mais dès que sonne 19h30, nous sommes impérativement et sans délai réunis autour de la table du dîner. Impossible de déroger ! Mes parents tiennent énormément à ce temps privilégié de partage et d’échanges. Margaux et Jeanne racontent leur journée d’école, papa ses voyages d’affaires. Nous parlons vacances, invitations, peines de cœur, vie de famille, actualité. Les bavardages laissent parfois place aux sujets graves et aux débats animés. Chez nous, ça communique, ça argumente, ça chauffe … et ça ouvre l’esprit !

A la fin de mon année de Terminale scientifique, nos dîners ont connu de longues et houleuses conversations au sujet de mon avenir. J’ai de bons résultats certes, mais obtenus au prix d’efforts constants et de nombreuses heures consacrées aux devoirs. Mes parents ont étudié dans de bonnes écoles et ont quitté le cocon de leur petit village pour vivre une belle carrière en ville ; mon père est informaticien et ma mère travaille dans la publicité. Nos forts caractères se frictionnent. Je crains l’échec ; mes parents veulent ma réussite. J’hésite ; ils sont sûrs de mon potentiel. Je redoute d’être poussée dans une direction qui ne serait pas la mienne ; ils me connaissent bien. Je doute ; ils parlent emploi, salaire, sécurité.

« Si tu n’as pas d’idée précise pour ton avenir, ma fille, alors oriente-toi vers une faculté prestigieuse qui ouvre un maximum de portes professionnelles. Tu es une élève studieuse, toujours investie dans la défense des personnes. Tu es vindicative et très à l’aise à l’oral. Ton fort caractère et ta prestance te seront des alliés pour une telle carrière ! Et si tu ne veux pas devenir avocate, les études de droit te donneront accès à bien d’autres métiers. En prenant cette direction, tu t’offres un panel de choix professionnels pour l’avenir. »

De discussions en réflexions, j’entends mes parents et m’en remets à leur jugement. Je prends conscience de mes ambitions et je me sens forte de leur confiance en moi et en mon intelligence. C’est ainsi que j’ai postulé à la faculté de droit de Nancy et que j’ai été admise.

...

A la rentrée 2006, inscrite à la faculté de droit, je m’engage dans une suite logique pour la justicière dans l'âme que je suis.